Le reste du cours de potion se déroula dans un silence morbide, on entendait plus que le bruit des aliments broyés et le tournoiement de la cuillère en bois qui servait à savamment mélanger la mixture. En effet, les deuxièmes années n'utilisaient pas encore leur baguette magique. Le professeur Rogue pensait que tant que ses élèves ne maîtrisaient pas l'art des potions, il était inutile de s'encombrer de sa baguette. Ce que Severus Rogue n'avait pu s'empêcher de faire remarquer aux premières années : "il n'y aura ni baguette magique, ni d'incantations idiotes dans ce cours". Et les cornichons qui lui servaient d'élèves rouspétaient à chaque nouvelles années qu'il était temps qu'ils apprennent à lier la magie avec les potions qu'ils réalisaient. Ce qui n'était pas aux goûts du directeur de maison des Serpentards qui s'acharnait à punir chaque éléments perturbateurs. Seulement, il pouvait arriver que dans certaines classes comme dans cette dernière qu'il n'y en avait pas. Chose que ne supportait pas le pire professeur de cette école ; il était indéniable qu'afin d'éviter de perdre patience il lui fallait enlever des points. Et ce n'était sûrement pas les petits nouveaux que ça dérangeraient, après tout il était de notoriété publique que Severus Rogue n'était pas tendre avec les Gryffondors. C'est bien ce que Juliet apprit à ses dépends à sa première heure de cours. D'ailleurs, son père allait la "tuer" enfin façon de parler mais elle était certaine qu'elle allait se prendre un sacré savon et devant toute l'école en plus. C'était loin d'être le pied d'être la fille d'un professeur, se prit-elle à penser.
"Juliet, ce n'est pas le moment de révasser ! Le cours se termine dans cinq minutes, on devrait déjà se dépêcher de ranger les ingrédients que nous n'avons pas utiliser à leur place puis aller laver les ustensiles dans l'évier au fond de la classe, bouge-toi ! S'écria Ginny pas trop fort, de peur de se mettre dans l'embarras si jamais Rogue l'avait entendu.
- Excuse-moi, j'étais perdue dans mes pensées. Si tu savais combien j'ai honte...
Ginny l'interrompit :
- Tu n'as pas à avoir honte devant ton père, si tu veux je pourrais prendre ta défense et lui expliquer ce qu'il s'est passé.
- Ginny ! Là n'est pas le problème, mon père n'approuvera pas de m'être permise de me montrer insolente alors qu'il est lui-même professeur ici.
- Je crois sincèrement que tu juges bien sévèrement ton père si je puis me permettre.
- Eh bien tu juges mal, s'emporta Juliet. Elle prit ses affaires et son sac, se tourna en direction de la porte alors que retentissait la sonnerie.
Bien entendu, le comportement de Juliet ne blessa nullement Ginny. Elle s'était attendue à toutes sortes de réactions mais pas à celle-là. Il faut dire que Ginny était habituée aux affrontements dans sa famille avec une telle fratrie. Cependant, ses frères n'auraient pas fuit devant ses assauts au contraire ils lui seraient rentrer dedans. Ginny n'avait pas suffisamment de jugeote à son âge pour comprendre les réactions de la gente féminine. Élevée comme un garçon, elle ne s'était jamais sentie proche des filles de son année, peut-être qu'avec Juliet ça changerait...
Alors qu'elle replaçait les ingrédients que Juliet avait laissé à leur place habituelle, Ginny se retrouva nez à nez avec un jeune garçon qu'elle avait déjà vu quelque part. Bien sûr, ce n'était pas la première fois qu'elle partageait un cours avec les Serdaigles. Mais jusqu'à présent, elle n'avait jamais fais attention aux autres élèves qui l'entourait sûrement parce qu'à l'époque de sa première année, elle avait autre chose en tête notamment un certain journal relié de cuir noir. Le jeune garçon en question la fixa soudainement :
"C'est bien toi la jeune rousse que l'on a retrouvé dans la chambre des secrets ? Ginevra Weasley si je me souviens bien ?
Ginny le fixa à son tour avec de grands yeux ronds, elle qui pensait que l'année dernière personne ne s'était aperçue de sa présence à Poudlard. Eh bien, il s'avérait qu'elle s'était trompée. Affreusement gênée par sa demande, elle remit une mèche de cheveux à sa place puis répondit :
- Très bonne mémoire, en effet ! Et toi, tu es... ? Ginny semblait réfléchir à propos de son identité.
- Luke Carlton et voici ma co-équipière Luna Lovegood."
Il désigna du menton une jeune fille aux longs cheveux blonds bébés et aux yeux bleus globuleux qui rangeait ses affaires dans son drôle de sac à bandoulière. Quand elle releva la tête, elle fit un grand sourire en direction de Ginny. Et avant même qu'elle n'eut le temps de lui retourner son geste, le professeur Rogue leurs ordonna de déguerpir au plus vite. Ce qu'ils firent avec empressement.
Lorsque la porte se referma, Severus Rogue soupira et se dirigea vers la seule table du fond, celle où se trouvait Tristan. Ce dernier attendait sagement en siflottant et Rogue ne put s'empêcher de sentir les souvenirs le submerger. Il se souvenait parfaitement de Sirius Black et de son air insolent. Il avait l'impression de voir le passé ressurgir devant ses yeux. C'était impressionnant de constater à quel point son fils lui ressemblait, le fils de ce traître. Comment avait-il pu trahir sa Lily ? La seule femme qu'il n'ait jamais aimé. Si jamais il lui mettait la main dessus il lui ferait payer. Ça, il se le jura...
"Black.
- Non c'est Disraeli, professeur.
- C'est pourtant bel et bien le nom de votre père. Sirius Black. Il était dans la même promotion que moi. Sauf que j'étais à Serpentard...
- Et qu'il était à Gryffondor ! Tristan le défia des yeux. Il n'avait pas peur de lui, loin de là.
- Je ne vous ai pas permit de m'interrompre, Black.
- Et moi, je ne vous ai pas permit de parler de mon père.
- Si je me fie aux rumeurs, votre mère est injoignable pour le moment. Elle doit être partie à la recherche du fugitif qui vous sert de père !
- J'ai dit...
- Black, qu'est-ce que je viens de dire ? Ce n'est pas vous qui dirigez ici. Vous êtes dans ma classe et sous ma responsabilité. C'est moi qui donne les ordres et j'exige que vous la fermiez. C'est compris !
- Oui. Tristan baissa la tête. Il avait honte d'admettre qu'il avait tort.
- Oui qui ?
- Oui, professeur.
- Bien. Je disais donc que pour le moment je ne peux pas prévenir votre mère de votre effroyable comportement. Et il serait judicieux que je n'en fasse pas part à votre arrière grand-père qui comme vous le savez pertinemment est le directeur de cette école. Me suis-je bien fait comprendre ?
- Pourquoi vous faîtes ça ?
- Parce que contrairement à ce que vous pensez, je ne suis pas un salaud. Et j'ai entendu dire que vous n'étiez pas en très bon terme. Ce qui n'excuse en rien votre comportement. Vous viendrez me voir chaque lundi soir à partir de 20h dans mon bureau pendant un mois. Vous m'aiderez à corriger mes copies. Maintenant, sortez et allez retrouver vos petits camarades. J'ai un cours à préparer, moi.
Tristan ne se le fît pas dire deux fois, il partit rejoindre le reste de sa classe.
