Il avait fallu à Tristan un bon quart d'heure pour se rendre dans les cachots malgré sa visite du mois d'août. À vrai dire, il était nécessaire de passer plusieurs années au château avant d'en connaître les moindres recoins. Et si l'on voulait se rendre en cours à l'heure, il fallait prendre en considération le temps du trajet. Ce que n'avait pas fait Tristan, trop heureux de se lever à la dernière minute et de profiter d'un peu de solitude. Il n'était pas particulièrement bavard, il faut dire que ses innombrables voyages avec sa mère pour seule compagne l'avait rendu solitaire. Seule la présence de Juliet qui avait égaillé ses étés à la campagne dans le sud de la France lui avait permis de se sociabiliser. Il s'était bien fait un ami ou deux dans le vaste monde qui fut le sien jusqu'à ses onze ans. Mais Saule et Cook restaient surtout des connaissances épistolaires avec qui il échangeait souvent afin de rendre sa vie moins monotone. Alors, il était évident que de voir autant de mondes autour de lui pouvait-être pesant. Sa mère l'avait prévenu pourtant, qu'il lui faudrait s'ouvrir aux autres et que grâce à ça il passerait les plus belles années de sa vie à Poudlard. Néanmoins, il ne pouvait empêcher les regrets de s'insinuer en lui comme le poison le ferait dans ses veines. Et cette impression d'abandon n'était pas prête de s'en aller avant longtemps. C'est pourquoi, il n'avait pas pu s'empêcher de faire le con en arrivant en retard en cours de Potion. Il avait un besoin d'attention qui dépassait l'entendement de beaucoup de personnes. Mais ce n'était pas la compassion qu'il recherchait dans le regard des autres. Cependant, il avait bien vu cette dernière dans les yeux de Rogue ce matin là. Comment Rogue pouvait éprouver de la compassion à son sujet alors qu'il détestait son père ? C'était un mystère qu'il allait résoudre coûte que coûte.
Il arriva bientôt dans un couloir qui lui était inconnu où il n'y avait rien d'autre qu'un grand tableau représentant une vaste étentue d'herbe. Il avait suivi un chemin sans réfléchir où il allait perdu dans ses réflexions. Comme il n'avait pas cours avant deux heures, il préférerait s'aventurer dans les couloirs sombres du château plutôt que de devoir affronter les autres. Il s'assurerait que Juliet allait bien au prochain cours. En effet, il l'avait vu s'enfuir à la va vite des cachots comme si elle avait le diable à ses trousses. Et d'ailleurs, qu'est-ce qu'il lui avait pris de répondre ainsi à un professeur ? Juliet avait hérité de la douceur de son père ainsi que de sa sagesse, ce n'était vraiment pas dans ses habitudes. C'est elle en plus qui l'avait résonné la veille quand il s'était tiré du bureau directorial après l'esclandre qu'il avait engendré en répondant de la sorte à son arrière grand-père qui était également le directeur de cette école. Bien entendu, Juliet n'était pas une réplique parfaite de ses préfets de parents. Elle avait des défauts comme la plupart des gens. Et la susceptibilité dont elle avait fait preuve tout à l'heure était l'exemple le plus concret. Lui non plus, n'avait pas hérité du caractère facile de sa mère. Il n'avait ni sa docilité ni sa facilité à se concentrer dans le travail. Sa mère lui reprochait sa trop grande ressemblance avec son père qu'il n'avait pas connu alors qu'elle s'était efforcée de l'oublier pendant de nombreuses années... jusqu'à maintenant.
"Hey, mon petit vilain, que fais-tu sur mes nobles terres ? S'exclama le chevalier au catogan qui venait d'apparaître dans le tableau.
Tristan sursauta à l'entente de ses mots, non qu'il n'était pas habitué aux tableaux vivants, après tout il avait toujours vécu avec des sorciers, mais il détestait se faire surprendre comme présentement.
- Mais d'où venez-vous chevalier ? Je ne vois pas votre noble destrier ! Poursuivis Tristan au courant des usages de la noblesse dont il faisait parti.
- En voilà de bonnes manières, mon cher ami ! S'écria le chevalier tout fier. Il allait de nouveau prendre la parole quand Hermione se matérialisa devant eux.
- Mais gente dame, je vous ai vu partir de mauvaises humeurs il y a cinq minutes de la classe de divination. Comment est-ce possible que vous apparaissiez soudainement ?
- Vous êtes sûre que vous allez bien chevalier ? Vous semblez délirer, Hermione prit une voix affectée et continua le plus naturellement du monde. Je venais chercher Tristan.
Puis, elle attrapa ce dernier par le bras, le tira dans sa direction et ils partirent en saluant le pauvre chevalier qui avait l'air perdu.
- Merci Hermione, de m'avoir tiré de là.
- Il n'y a pas de quoi. Et si tu as besoin de quoique ce soit, je suis là. Lui répondit-elle en souriant.
- Ne te sens pas obligée de me tenir compagnie, commença Tristan qui n'avait pas l'habitude d'autant de bienveillance.
- Je t'arrête tout de suite, je ne fais pas ça parce que tu es l'arrière petit-fils du professeur Dumbledore mais parce que je le veux bien. Ça serait pour moi un réel plaisir que tu réussisses à t'intégrer. J'ai bien vu que tu avais du mal avec les autres. Ça doit-être difficile pour toi de te retrouver dans cette école alors que tu as passé ton enfance à voyager à travers le monde...
- Excuse-moi Hermione, mais je n'ai pas trop envie qu'on s'apitoie sur mon sort, tu vois, répondit-il.
Tristan venait de s'arrêter en chemin, il n'appréciait pas la tournure de la conversation.
- Oh ! Ce n'était pas dans mes intentions. Excuse mon indélicatesse. Je ne voulais pas te froisser, plaida Hermione.
- Je ne t'en veux aucunement, dit-il en brassant l'air d'une main. Il se força à sourire puis ajouta : Je n'aime pas trop parler de moi. Et puis, ça n'intéresse personne en revanche parle-moi de toi et d'Harry, tien ! Ça fait longtemps que vous êtes amis ?
- Depuis la première année, on va dire que les épreuves nous ont rapproché Harry, Ron et moi. Ron me trouvait terriblement agaçante et je suppose qu'Harry aussi bien qu'il ait eu la décence de ne pas le dire ouvertement pour éviter de me blesser. Disons que le soir d'Halloween, le professeur de Défense contre les forces du Mal avait fais entrer un troll des montagnes dans les cachots, et que ce dernier s'était naturellement dirigé vers les toilettes des filles où je m'étais enfermée pour pleurer. Harry et Ron m'ont sauvé la vie. Bien que l'initiative du sauvetage vienne sûrement d'Harry, c'est Ron qui a assommé le troll.
- Incroyable ! S'exclama Tristan impressionné. Vous avez eu une chance inouïe de vous en sortir vivant. Quel sort a utilisé Weasley pour assommé la bête ?
- Un wingardium leviosa, il a ainsi pu soulever la massu que le troll avait en main, répondit-elle.
- Ingénieux ! Il n'a pas l'air si bête que ça Weasley, finit par dire Tristan légèrement moqueur.
- Eh bien disons qu'il n'a pas vraiment eu le temps de réflexion sinon Harry se serait pris la massu en pleine tête haha. Et appelle-le Ron, s'il te plaît. Pour me faire plaisir.
- Je ferai n'importe quoi pour vous contentez ma demoiselle. Tristan s'inclina comme l'avait fais avant lui le chevalier au catogan.
- Merci noble chevalier ! Hermione s'exclaffa après lui avoir répondu du mieux qu'elle put, ce n'était point de ses usages de converser de la sorte.
Tristan la suivit dans son fou-rire et ils reprirent le chemin vers la grande salle tout sourire et de bonne humeur.
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La Grande Salle commençait à se remplir quand Tristan accompagné d'Hermione arrivèrent, on aurait pu penser qu'ils se connaissaient depuis très longtemps vu leur complicité.
Ravie de ce rapprochement inopiné, Juliet se joignit à eux dans l'espoir de retrouver le sourire. Elle avait croisé son père durant l'heure qui avait précédé et ce fut la douche froide. Apparemment, tout se savait très vite à Poudlard. Et le pire dans tout ça, c'est qu'elle l'avait déçus, ça Juliet ne pouvait se le pardonner. Elle, qui comptait se rapprocher de lui, ça tombait déjà à l'eau... Dire que Ginny la trouvait dur avec son père, c'est bien parce qu'elle ne le connaissait pas.
- Eh bien Tris, je suis témoin que tu t'es fait une nouvelle amie ! Pas si associable que ça à ce que je vois. Commença Juliet un peu moqueuse, puis elle se tourna vers Hermione et la salua.
- Et moi, je ne peux que constater ta mauvaise humeur, répondit Tristan. Tu as croisé ton père ou tu cherches juste à m'imiter ?
- Très drôle, Tristan ! Et m'en parle pas, je crois qu'il n'a jamais admis que je ne suis plus la gamine qu'il a quitté en partant de la maison, continua Juliet.
- En même temps, ce n'est pas dans tes habitudes de répondre à un professeur. Lui dit Tristan.
- Oh mon dieu ! Tu as osé répondre au professeur Rogue. Hermione s'était permise de s'incruster dans la conversation. Elle était attérée mais également admirative envers Juliet. Elle avait fais quelque chose qu'elle n'avait jamais osé faire.
- Oui, bon c'est vrai, c'était une erreur ! Mais je n'ai pas pu m'en empêcher, il m'a fait perdre mon sang froid...
- Heureusement que je suis intervenu, sinon il ne t'aurait pas lâché !
- Je t'en suis grée. D'ailleurs, il t'a dit quoi ce satané Rogue ?
- Ne me dîtes pas que vous avez fait perdre des points à Gryffondor ? Pas déjà ? S'exclama Hermione furieuse, les poings sur les hanches.
- Vingt point, seulement Hermione, ce n'est pas la mort ! Elle aurait pu en perdre d'avantages si je n'avais débarqué à l'improviste, répondit Tristan.
- Attends, est-ce que tu te rends compte qu'on vient à peine de commencer les cours et qu'on a déjà vingt points de retard par rapport aux autres ? J'en ai pas l'impression et tu te permets en plus d'arriver en retard à ton premier cours de l'année. Il va vraiment falloir que tu te ressaisisses.
- Tu me soûles Hermione, tu ne vas pas t'y mettre toi aussi ! Protesta Tristan avant de s'en aller furieux.
- Si je m'énerve sache que c'est pour ton bien... Lâcha Hermione alors qu'elle le voyait s'éloigner.
- Il va se calmer ne t'en fais pas. Je crois qu'il a un sérieux problème avec l'autorité. Commença Juliet. Ensuite, elle ajouta : Et je suis vraiment désolée pour les points de perdu. Je ferai au mieux pour me rattraper, je te le jure.
- T'inquiètes pas, le professeur Rogue ferait sortir de ses gonds n'importe qui. Et je ne vais te blâmer alors que mon meilleur ami passe son temps à Poudlard à faire perdre des points à notre maison. Bon, je ne vais pas te mentir ça ne me fait pas plaisir. Mais si tu me promets de ne plus répondre au professeur Rogue et de te tenir à carreaux. Je t'en serai reconnaissante, déclara Hermione.
- Marché conclu, répondit Juliet. Elle lui tendit la main qu'Hermione s'empressa de serrer. Alors c'est vrai toutes ces rumeurs à propos d'Harry ?
- De quoi parles-tu ? Lui demanda Hermione.
- Il paraît qu'il passe son temps à s'attirer des ennuis.
- Ou bien c'est les ennuis qui me trouvent, plaisanta Harry. Il venait d'arriver, Ron à ses côtés.
- Vous venez on va manger, j'ai la dalle ! Finit par dire Ron.
Harry et Juliet explosèrent de rire de concert. Quant à Hermione, elle leva les yeux au ciel devant l'impatience de son ami de toujours. Ils se dirigèrent en direction de leur tablée avant de s'asseoir chacun sur une chaise autour de la grande table.
Ginny les rejoignit quelques minutes plus tard :
- Je peux m'asseoir ? Demanda t-elle à Juliet."
Cette dernière répondit par l'affirmative. Le repas commença dans la joie et la bonne humeur pour tout le monde.
Enfin, sauf pour Tristan qui continuait d'hanter les couloirs à la recherche d'une quelconque consolation...
