Une petite review ?

Rafrob: Merci :)


Chapitre 5 :

- Hojo.

- Oui, c'est comme cela que je m'appelle.

La jeune femme rousses répétait doucement mon prénom, son corps fin calé contre un pan rocheux des monts Nibel. Le regard perdu dans l'immensité de l'horizon, elle se contentait de repousser par moment ses boucles sauvages soufflées par le vent contre son visage félin. Les reflets ors du soleil couchant sur sa peau de lait laissait entrevoir les quelques tâches dû à sa rousseur. Les sourcils arqués, l'air aussi doux que la veille, elle semblait incapable de se départir de son sourire sincère.

Je n'avais pas pu m'empêcher de retourner auprès de cette curieuse étrangère aux paroles étonnantes. Ses yeux d'un bleu peu commun m'avait autant attirés que son intriguant caractère. La veille, je n'avais pas vraiment pris la peine de la regarder en détail. Je n'avais pas pour habitude de reluquer les femmes comme la plupart des hommes de mon âge. Non, je n'avais reporté mon attention que sur la discussion étrange et les questions complètement délirantes qu'elle avait implanté dans mon esprit rationnel de scientifique en herbe. Mais en cette fin d'après midi, j'avais décidé de la voir physiquement. Et j'en avais conclu qu'elle était physiquement belle. Pas de cette beauté banale dont on qualifiait les mannequins en lingerie féminine, ou les femmes respectables d'un âge certain malgré leur effrayante jeunesse apparente. Non, sa beauté à elle était bien plus spéciale. Bien plus profonde. Indéfinissable quand on y réfléchissait bien. Elle était de ces femmes que l'on ne voit que dans nos rêves, ou soumis à une trop forte dose d'alcool. Elle avait la beauté d'un fauve.

- Et donc, Hojo, pourrais-je en apprendre plus sur toi ?

Elle avait cette art de poser les questions les plus simples à travers des phrases complexes, ce qui ne faisait que renforcer son charme particulier. Chacune de ses paroles nécessitaient un semblant de réflexion pour en comprendre pleinement le sens. Je lâchai un soupir, mes yeux sombres rivés vers le sol. A pied s'étendaient des fleurs pâles par bouquet, renforçant un semblant de mal être torturant un coin de mon crâne. Et Vitany broyait ces fleurs une à une, comme elle l'avait fait la veille, laissant leurs pétales s'échapper de ses doigts.

- Tu sais, tu peux me répondre franchement et le plus simplement du monde, finit par lâcher la jeune fille en souriant. Je ne suis peut être pas ce à quoi tu es habituée, mais j'ai un semblant de civilité. Je sais ce que sont un téléphone et une petite cuillère.

Sa remarque m'arracha un rire. Elle avait conscience de sa différence majeure avec les autres. De ses agissements décalés ou de ses tirades insensées. Alors peut être y prenait elle juste plaisir.

- Et bien, finis-je par lâcher. Je n'aime pas les labos, comme je te l'ai déjà dit.

Je ne savais pas vraiment quoi lui dire. J'aurais pu commencer ma phrase tout simplement par ce que j'aimais manger ou la description de mon lieu de travail. Est ce que j'avais des animaux ou non. De la famille, mon travail, mes amis, mon univers. Comme quelqu'un de normal. Mais tout deux étions bien loin de la normalité. Alors je me contentais de lui répéter ce qu'elle savait déjà, patientant plus de précision sur la réponse attendue.

- Aimes tu ce monde ?me demanda-t-elle en plantant ces yeux bleus dans les miens.

Je réfléchis un instant sur la question qu'elle me posait, sans même savoir pourquoi elle me la posait. Elle aurait pu commencer par un bilan sur les différences de climat ou la mauvaise répartition des richesses dans notre pauvre monde. Mais non, elle voulait juste un oui ou un non.

- On va dire que ça dépend, chuchotai-je ne baissant les yeux vers les fleurs.

En voyant les végétaux caresser l'herbe sous les coups de vent doux, je ne pouvais que le haïr. Ma haine contre ces plantes de s'expliquait pas. Moi, je savais, et cela suffisait. Je n'aimais pas ce monde quand il me rappelait la personne que j'avais perdu. La souffrance qu'il m'infligeait était aussi grande que les peurs qui me prenaient. Mais je l'aimais quand il me permettait de voir les visages de gens comme elle. Ou simplement d'entendre les beuglements de Pretta à travers des couloirs sombres, geignant face à l'orage. Oui, j'aimais ce monde autant que je le détestait. J'aimais ce monde tant qu'il n'empiétait pas sur le mien. Tant qu'il ne me nuisait.

- Moi je l'aime d'une certaine manière, murmura Vitany. Je l'aime pour la rivière de la vie. Je l'aime pour les bienfaits de sa nature.

Elle soupira avant de cueillir une nouvelle fleur. Elle la porta à son visage, et en huma le parfum en fermant les yeux.

- J'aime beaucoup ces fleurs, souffla-t-elle.

- Je n'aime pas les fleurs, soupirai-je.

La jeune fille posa sur moi un regard interrogateur, non sans oublier de broyer la fleur entre ses mains frêles.

- Elles sont grossières, agressives, fausses, me justifiai-je en croisant mes bras sur ma poitrine. Et elles s'insinuent partout.

- Visiblement, pardonner n'est pas quelque chose qui t'es facile, lâcha Vitany sans méchanceté.

Un sourire déconcertant illumina son visage angélique. Je ne comprenais une fois de plus pas bien le sens de sa phrase. Plissant légèrement les yeux, elle effleura ma joue du bout des doigts, ce qui eut le mérite de me faire sursauter.

- Que s'est-il passé pour que tu les déteste tant ?me demanda-t-elle finalement.

Je n'arrivais pas à me faire à l'idée que cette étrange demoiselle parvenait à monter une discussion autour de simples fleurs. Laissant retomber mes bras le long de mon corps, je lâchai un rire nerveux. Son visage débordant de fraîcheur attendait des réponses, tourné vers moi comme celui d'un enfant.

- Ma mère est mort au milieu des fleurs, lui dis-je sans chercher à masquer le chagrin qui m'assaillait.

Je n'aimais pas en parler. Mais avec cette fille, j'aurais pu parler de n'importe quoi. J'étais pourtant d'un naturel méfiant, mais son caractère tellement hors du commun m'avait fait baisser ma garde dès la première seconde. Elle et Pretta étaient les seules personnes à ne pas subir la surveillance de mes regards perçants.

- Je ne te dirais pas que je suis désolée.

Sa voix me ramena à la réalité. Sa voix une fois de plus sonnant au travers de paroles surprenantes.

- On a du te le dire trop souvent, reprit-elle. Et puis, ce n'est pas moi qui l'ai tué, alors je n'ai pas à m'excuser. Je comprends simplement l'aversion que tu as de la moindre chose qui te le rappelle.

Son ton n'était en rien méprisant, comme l'auraient laissé penser ses propos. Comme toujours, elle souriait. Un sourire plus léger et moins insouciant. Un sourire dénué de tout sens. Presque un sourire de fou.

- Je ne te demanderais pas de me parler de toi, lâchai-je en repoussant le sujet actuel. On garde ça pour la prochaine fois.

Vitany m'accorda un regard des plus sublimes en guise d'approbation. Nous apprenions à nous connaître selon un planning bien précis. C'était original. Agréable même. Cela me changeait énormément des rencontres affreusement ennuyeuse du bâtiment dans lequel je vivais. Tous plus hypocrites et prétentieux, cupides et ambitieux, les hommes que je voyais passé n'avaient aucune importance à mes yeux. Je ne cherchais pas ce genre de personne aux relations faussées de mensonges acides. Je cherchais juste l'évasion que procurait le bonheur d'être avec des gens que l'on aime. Malgré mon goût assez prononcé pour la solitude, j'aimais la compagnie des gens comme Pretta, ou cette étrange fille. J'aimais la compagnie de ces gens n'ayant pas peur d'eux même, et ne se cachant pas sous les yeux du monde.

- Arrives tu à trouver un peu d'amour autour de toi ?m'interrogea Vitany, semblant lire en moi.

- Ma foi, peu, avouai-je en la regardant. Mais je ne l'échangerais pour rien au monde. Il m'est trop précieux.

- De qui vient-il ?me demanda la jeune fille en changeant de pied d'appui.

Pretta. Il vient de Pretta. J'aurais pu lui parler d'elle pendant une éternité. Lui décrir tout ce que cette fille était. Dans les moindre détails, elle aurait pu connaître son caractère débordant et son physique fort agréable. Elle aurait pu tout savoir. Le temps m'aurait même manqué pour lui parler de tout l'amour que je lui portais.

- Les gens voient souvent notre amour autrement que nous nous le voyons, finis-je par expliquer. C'est assez fusionnelle comme relation. Fraternelle. Pretta est comme ma petite sœur. C'est ma petite sœur, peu importe que nos sangs soient différents. Je pourrais faire n'importe quoi pour elle. Elle est cette chaleur qui me permet de sourire dans ce monde trop terne.

Vitany lâcha un rire. Ma dernière phrase l'amusa visiblement. Un monde trop terne. Oui, ce monde était terne, Vitany. Et tu t'en rendais autant compte que moi. Tu en riais même sous mes yeux. Nous avions l'air de deux spectateurs de ce monde. Deux personnes nous posant simplement les bonnes questions. Un monde trop terne. Oui. Mais heureusement que certains sourires y demeuraient pour le réchauffer.

- Comment est elle ?finit par me questionner la demoiselle féline en reprenant tout son sérieux.

- Elle est jolie, avant tout, lui répondis-je en souriant. Et je dois avouer avoir peur pour elle. Parce que sa beauté est un danger. Je n'ai pas envie qu'on lui face du mal. Elle a les yeux bleus, elle aussi.

Respirant un coup avant de reprendre, je fixais les yeux clairs de mon interlocutrice. Oui, elle avait les yeux bleus. Mais pas d'un bleu agité comme ceux de Pretta. D'un bleu doux et obsédant, presque opalins.

- Mais pas comme les tiens, ne pus-je m'empêcher de murmurer.

Vitany me sourit tendrement, sa douceur toujours aussi bienveillante. Elle avait beau être particulière, elle était quelqu'un qui m'était plus qu'agréable. Elle aussi, elle m'apportait un peu de chaleur, de part ses sourires et réflexions insouciantes.

- Elle a un caractère bien à elle, soupirai-je en pensant à la petite brune. Un vrai dragon, avec une capacité impressionnante à faire les grimaces les plus drôles du monde. Et on ne fera jamais plus maladroite qu'elle. Mais c'est quelqu'un d'adorablement rieur. Elle est souriante, boudeuse, et pleine de vie. Un espoir à elle seule. Pas pour la science, juste pour la vie.

La jeune fille aux cheveux de feux m'écoutaient, attentives. Elle ne disait pas mots, avalant simplement la description très abrégée que je lui faisais de Pretta. J'aimais bien parler de ma furie brune. Tournant les yeux vers le ciel, je fronçai les sourcils en voyant le soleil décliner, parant le ciel d'un rouge crépusculaire entêtant. Me levant, j'adressai un sourire sincère à la jolie rousse. Jolie. Je n'aimais pas vraiment utiliser ce mot pour la qualifier. Elle était tellement plus que cela.

- Il va être temps pour toi d'aller la retrouver tu ne crois pas ?sourit Vitany en s'étirant doucement.

Je hochai la tête, et la jaugeai un instant. Elle ne semblait pas désireuse de partir.

- Et toi, tu ne t'en vas pas ?m'étonnai-je en m'éloignant.

- Non, lâcha-t-elle, ses lèvres perdant leur impérissable sourire.

Je lui lançai un regard interrogateur, stoppant ma courte avancée entre les roches. Son visage avait pâlit, perdant cette clarté si pure qui la rendait plus douce que n'importe qui. Elle avait l'air peinée. Elle avait tout simplement l'air de se réveiller. D'être elle même.

- Non, répéta-t-elle. Personne ne m'attend à la maison.

ooo

Le dernier regard de Vitany me hantait, alors que je gagnais peu à peu le secteur où Pretta avait été assignée pour la journée. Son calme inquiétant doublé de ses yeux soudainement si vides me faisaient presque regretter de l'avoir laisser. Je me promettais d'y retourner le lendemain. Après tout, je ne savais rien d'elle. Si ce n'est qu'elle était curieuse et curieusement seule. Et atrocement belle. Ses geste félins, son allure gracile, son regard clair, sa silhouette envoûtante. Elle était de ces beautés qu'on ne désire pas. Et je ne pouvais que me maudire sur le coup de penser une fois de plus à elle.

Je me claquai le front en atteignant le labo 6 du secteur 8, d'où s'échappait la voix portante de mon amie. Je reconnus ce timbre tonitruant avant même de gagner le couloir. Elle portait tellement loin qu'il était difficile de ne pas l'entendre. Je souris rien qu'à l'imaginer entrain de se battre avec ses fioles, en désespérant de devoir lire un mode d'emploi. Elle allait encore me sauter dessus en me suppliant de l'aider. C'était Pretta. Cependant, une seconde, bien plus grave s'échappant du même endroit me stoppa net sur place. Il s'agissait d'une voix d'homme, chose dont je n'étais pas forcément heureux. Reprenant ma marche d'une allure moins calme, je finis par gagner la porte, et découvrir Pretta à quelques centimètres d'un jeune homme, grommelant plusieurs insultes aux produits étalés sur la table. La garçon à côté d'elle lui souriait, visiblement de son tempérament aussi emporté. Je me raclai la gorge, les bras croisés sur la poitrine, signalant ainsi ma présence.

- Oh Hojo !s'exclama Pretta en relevant la tête. Je ne t'espérais plus !

- Mais tu avais quelqu'un d'autre pour t'aider de toute façon, grognai-je à l'intention du grand brun.

Ce dernier recula légèrement,gêné. Son visage me paraissait plus froid qu'il ne semblait vouloir le montrer derrière ses gestes attentionnés.

- Je vais vous laisser, murmura-t-il en reposant sa blouse, remarquant mon agacement.

Je n'aimais pas que Pretta fréquente d'autres hommes que moi. Je les repoussais systématiquement. Pas par jalousie. Par sécurité. Simplement parce que j'avais peur pour Pretta. J'avais peur que l'un d'eux lui face du mal. La jeune fille était bien trop adorable et enjouée pour repousser quelqu'un ou déceler le moindre de danger. Alors je la protégeais comme je le pouvais. Et la retrouver en soirée accompagnée d'un jeune homme me déplaisait. Ce que ce dernier semblait le comprendre.

Sans un mot, mon « ennemi » se pencha vers mon amie et déposa un baiser sur son front, avant de quitter la pièce en me contournant, glacial. Son léger sourire ne m'échappa pas, mais je préférais le laisser de côté. Reportant mon attention sur Pretta et son sourire de condamné, je ne pus m'empêcher de rire.

- N'aggrave pas ton cas avec des yeux de chien battu, raillai-je en me rapprochant.

- Roh, je t'en pris Hojo, bouda Pretta en sautillant d'un pied sur l'autre. Tom n'est pas méchant.

- Ah parce qu'il a un prénom en plus, maugréai-je. Tu sais pourtant que je t'avais dit...

- De ne pas m'approcher des hommes, je sais, soupira Pretta en tripotant ses cheveux.

Un silence assez curieux s'installa entre nous. Pour la première fois, il était pesant. Pretta ne me regardait même pas. Elle semblait blessée. J'avais parfaitement conscience que cette règle que je lui imposais n'était pas des plus tendres. Mais si jamais il lui arrivait malheur à elle, je ne pourrais me le pardonner. Je l'aimais trop pour la laisser se faire malmener par n'importe qui.

- Je ne veux pas qu'il t'arrive quelque chose, me justifiai-je en m'agenouillant près d'elle.

- Tu sais Hojo, chuchota Pretta en posant une main sur mon genou. Dans la vie on a deux choix. Se faire confiance à soit, ou faire confiance aux autres. Si pour une fois tu essayais de faire confiance aux autres ?

Sa question me laissa surpris. Elle avait perdu son visage puérile, me toisant désormais avec tout le sérieux du monde.

- Mais je...bredouillai-je, incapable d'en dire plus.

- Pour une fois, essaye de me faire confiance, me coupa-t-elle, implorante.

Je ne savais pas. Je ne voulais pas. J'avais peur de lui faire confiance. Me fier à ses jugements trop rapides n'étaient pas prudent. Pretta n'était pas prudente. Elle était bien trop impulsive pour être prudente. Mais je ne supportais pas d'être un bourreau à ses yeux. Je ne voulais pas l'enfermer.

- Je ne peux pas, marmonnai-je en gémissant.

- Je t'en pris, implora la jeune fille.

Je lâchai un soupir.

- Je te jure que si cet homme te fait du mal, souris-je, las. Il n'aurait même pas le temps de s'en rendre compte.

Les yeux de Pretta se mirent à briller, alors qu'elle s'accrochait comme une folle à ma chemise, la froissant de plus en plus. Remuant dans son extase, elle se blottit contre moi et joie comme une enfant avec les mèches de cheveux me tombant sur la visage.

- Merci Hojo, chuchota-t-elle. Et je te promets qu'il ne m'arrivera rien.