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- Hojo.
Je perçus l'écho de cette voix dans mon sommeil. Ouvrant lentement les yeux, je maugréai plusieurs jurons inaudibles à l'importun. Il faisait nuit noire. Le complexe entier sommeillait. J'ignorais qui avait décidé de venir me réveiller, mais il n'était pas le bienvenue. Nerveusement, je tirai la couette jusqu'à mon visage. Je voulais que cela ne soit qu'un rêve. Plus beau que ceux que je faisais d'ordinaire, mais bien un rêve.
- Hojo !
Cette fois ci, le petit cri étouffé manqua de me faire crier. Je me redressai d'un seul coup, envoyant valser mon coussin dans mon élan. Tournant la tête de tout côté, mon regard à demi somnolent finit par croiser l'ombre d'une silhouette, penchée au dessus de moi. Une petite silhouette. Une silhouette de femme. Ses longs cheveux caressaient doucement mon visage, et le petit rire clair qu'elle lâcha en me voyant réveillé aussi brusquement me fit froncer les sourcils. Il n'y avait qu'une seule personne capable de tirer les gens de leur sommeil sans gêne.
- Mais Pretta qu'est ce que tu fiches ici ?grognai-je en me frottant le visage.
- J'arrive pas à dormir, me répondit la petite brune en se hissant sur mon lit.
Elle s'étala de tout son long dans la largeur du matelas, m'écrasant les jambes au passage. Elle semblait profiter de mon manque de réactivité. Sans rien ajouter, elle commença à jouer avec mes mèches de cheveux rebelles, pendouillant sur les côtés de mon visage.
- Et ben moi j'y arrivais, râlai-je. Jusqu'à ce que tu viennes t'en mêler.
- Dis, je peux te poser une question ?me demanda Pretta sans faire attention à ce que je venais de lui dire.
- A 3h du matin ?rétorquai-je en regardant le cadran de mon réveil.
Je devinai aisément le sourire se dessiner sur les lèvres de mon amie. Avec moi, elle n'avait aucune retenu. Aucun savoir vivre. Elle était capable de venir me réveiller juste pour savoir à quelle heure j'allais partir le lendemain ou savoir ce que l'on mangeait le midi. Elle était comme ça, Pretta. Je la sentis rouler sur le côté, tirant au passage mes cheveux toujours enroulés autour de ses doigts.
- Quel intérêt trouves tu au mont Nibel ?lâcha la jeune fille au bout de plusieurs minutes.
Cette question là, je ne m'y attendais pas. Je restais donc sans voix, la bouche entre ouverte, partagé entre l'idée de lui parler de Vitany ou de l'envoyer paître. En vérité, je ne savais pas quoi lui dire. Je devais avouer m'y rendre de plus en plus souvent. Avant, mes sortis de ce côté là n'avaient lieu qu'une fois par semaine. Entre temps, je restais dans les labos à effectuer les stupides travaux que l'on me donnait. Même si je n'aimais pas cela, je ne m'entêtais pas à les fuir. Mais maintenant, je m'y échappais tous les jours. Toutes les après midi, je m'y rendais. J'étais comme attiré par la pureté de ce lieu. Par sa beauté, par sa force, par son aura. Ou tout simplement par la beauté que je trouvais en ces lieux, et pas par la beauté des lieux eux même. Ce n'étaient pas les falaises qui m'avaient donné envie d'y aller plus souvent. Je m'évadais pour une toute autre raison. Raison qui n'était pas les monts Nibel.
- Je suis sûre que c'est une histoire de nana, reprit Pretta, voyant que je ne répondais pas.
- Tu ne crois pas si bien dire, soupirai-je en fermant les yeux.
Oui, c'était pour elle que j'y allais. Pour ses yeux, pour sa bouche, pour son visage, pour son ombre, pour ses gestes. Juste pour me délecter un peu plus chaque fois de son caractère hors du commun, de sa force sauvage, de sa beauté enivrante.
- Ah ah !s'exclama Pretta. Je le savais. Elle est comment ?
- Si seulement c'était possible de la décrire, marmonnai-je, l'esprit ailleurs.
Même si j'avais décidé d'en parler à Pretta, je ne pouvais pas l'inventer. Ou inventer le vocabulaire approprié pour la présenter sans l'insulter. Elle n'était pas belle, elle était tellement plus. Elle n'était pas douce, elle était pire encore. Elle n'était pas particulière, elle était au delà de ça.
- Et tu l'aimes cette fille ?me demanda très sérieusement mon amie.
Je ne sus répondre à cette question. Ou peut être que j'en étais incapable. Je ne pouvais pas lui dire oui. Mais je ne pouvais pas non plus lui donner tort. J'aimais ce que je voyais, lorsque je la voyais. J'aimais l'entendre. J'aimais lui parler. Mais il aurait été insensé de ma part d'avouer des sentiments forts pour une personne que je connaissais à peine. Et pourtant, notre relation n'était basée que sur l'étrange. Sur des mots en cachant d'autres. Des histoires, des peurs. Des pleurs. Internes, mais bien présents. Et ni elle ni moi ne les avions éloigné. J'aimais cette façon de voir les choses qui lui était propre. J'aimais ses réponses inattendues. J'étais pourtant quelqu'un de réputé pour mes refus, pour mon manque d'attention envers les femmes. J'étais tellement peu intéressé qu'on en venait même à penser que j'étais insensible. Mais je ne l'étais visiblement pas aux charmes particuliers comme ceux de Pretta ou de Vitany. Peut être étais-je sensible à Vitany sans l'aimer pour autant.
- Non, je ne l'aime pas, finis-je par déclarer.
Bien que j'ai du mal à croire à mes propres paroles, elles me paraissaient plus sages et agréables qu'un simple oui. Je ne pouvais pas dire oui comme Pretta le souhaitais. Je ne pouvais pas dire oui à cela. Car même moi j'ignorais si la réponse était belle et bien oui. Alors je ne voulais pas dire oui pour réaliser que ce n'était pas le cas.
- Tu pourras dire ce que tu voudras, Hojo, me dit Pretta en se redressant. L'amour, c'est comme cela que ça commence.
Je restais muet. Je ne voulais plus l'écouter. Pretta savait. Elle savait toujours tout avant moi, même lorsque cela me concernait. Elle savait lire à travers moi même sans me voir. Comme si tout dans ma voix ou mes réflexions me trahissait. Mais une fois de plus je ne répondis rien. Parce que là encore, je ne pouvais me payer le luxe de répondre oui.
- Hojo ?m'interpella soudain Pretta, la voix vibrante. Tu m'apprendrais à danser ?
Ça aussi c'était un don de Pretta. Passer d'un sujet à un autre lorsque le précédent devenait gênant. Et trouver une discussion nouvelle basée sur quelque chose n'ayant pas le moindre rapport.
- Quoi, maintenant ?m'exclamai-je.
- Oui ! Tu me l'as toujours promis !me rappela Pretta en jubilant.
Il fallait avoué que je n'étais pas un piètre danseur, et que ma brune amie ne savait pas mettre un pied devant l'autre. Je savais danser, et elle le savait. Elle voulait que lui apprenne ce talent tellement prisé lors des soirées. Mais de là à ce qu'elle me le demande à une heure aussi avancée de la nuit. Bien que je la connaisse depuis très longtemps, elle parvenait encore à me surprendre.
- Mais tu veux faire ça où ?lui demandai-je.
Elle interpréta ma question comme un consentement, et se leva d'un bon. Elle me saisit le bras pour me tirer hors de ma couette, et me força à marcher vers la porte malgré l'heure tardive. Résistant mollement en essayant de lui faire entendre raison, je finis pas abandonner et me laisser traîner hors de ma chambre. Je ne savais pas d'où mon amie tirait sa formidable énergie. Et encore moins où elle allait chercher toutes ces idées plus farfelues les unes que les autres. Moi, à cette heure ci de la nuit, je n'avais pas d'autres envies que dormir. Mais elle, elle trouvait sans cesse une nouvelle chose pour s'occuper l'esprit. C'était une autre de ses forces. Force dont je me serais bien passé en ce moment. J'avais juste besoin de sommeil.
Au bout de plusieurs minutes à maudire mon amie pour ces élans d'excentricité nocturne, je finis par réaliser où elle m'entraînait. Sautillant, dansant dans les couloirs alors que je la suivais, la jeune fille se planta devant une grande porte close. Notre grand réfectoire. Haussant un sourcil, je la laissais ouvrir les deux grandes portes et me traîner à l'intérieur.
- Tu comptes vraiment danser ici ?lui demandai-je, étonné.
- Oui, me répondit-elle en poussant quelques tables.
Une fois sa piste improvisée dégagée, elle me rejoint et me saisit les mains. Comprenant son geste, je lui fis faire un pas en arrière. Elle n'était pas non plus dépourvue de savoir dans le domaine de la danse, et parvenait à tenir à peu près debout. Je lui souris doucement, presque tendrement. Elle était adorable lorsqu'elle qu'elle ne disait rien. Lentement, je la fis tourner sur elle même, provoquant son rire, plus doux que de coutume. Elle posa une main sur mon épaule, et se laissa presque porter par mes pas. Un instant elle ferma les yeux. Je n'osais plus faire le moindre bruit. Peut être imaginait-elle une musique, un cavalier, ou encore une autre salle.
- Je nous vois, finit-elle par souffler. Au milieu d'une grande salle surmontée de colonnes, comme les prestigieuses salles de réceptions. Vois tu ces belles armoiries ?
Curieux, je regardai la direction qu'elle pointait du doigt. Il n'y avait que des tables gris morne. Fronçant les sourcils, je hochai négativement la tête.
- Je ne vois rien, lui dis-je en la soulevant légèrement.
- C'est peut être parce que tu ne veux pas regarder, chuchota Pretta en souriant tristement. Regarde ces gens, au fond, qui nous regardent. Je me vois tout de pourpre vêtue, ma robe surfilée d'or, dansant au milieu de cette pièce aux immenses fenêtres parées de rideaux lavandes.
- Je nous vois danser, murmurai-je à mon tour, me plaisant à l'imaginer en robe. Ensembles, au milieu de ces gens qui nous regardent.
Pretta se détacha alors de moi, et tourna un instant sur elle même. Son regard brillait comme jamais. Elle aimait vivre dans ses rêves lumineux. S'échapper de cet endroit si terne. De cette cage aux reflets métalliques. Je la voyais, volant dans une robe de soie, les plis du tissus froissant sa peau sous les impulsions de son corps. Ses joues rougies par la chaleur. Ses mains tremblants sous l'émotion. Ses dents blanches derrière son sourire franc. Je la voyais heureuse. Et c'est tout ce qui importait pour moi.
- Moi, je me vois danser avec Tom, rigola-t-elle en me faisant de nouveau face.
- Arrête avec ça, soupirai-je, faussement agacé.
Plus rayonnante encore, Pretta me saisit le visage de ses mains brûlantes, et posa délicatement ses lèvre sur ma joue. Effleurant ma peau de ses doigts fins, elle se décala au bout de quelques secondes, laissant glisser un frisson le long de mon échine.
- Mais je te vois plus distinctement, murmura-t-elle, me laissant apprécier la douceur de son geste. Je te vois dans chaque coin de cette pièce. Je te vois nous voir.
Des personnes extérieurs à la scène auraient pu nous croire fous. Ou simplement délirants. Oui, nous l'étions, actuellement. Tout simplement fous. L'un de l'autre, de cet univers, de ces rêves que nous montions. De ce monde dans lequel nous nous enfermions. Cette pensée m'arracha un sourire, et sans rien dire, je saisis Pretta par la taille, l'entraînant de nouveau dans une danse, beaucoup plus douce. Elle riait de bon cœur. Elle posait de temps à autre ses mains sur mes épaules, sa joue contre moi. Elle enroulait puérilement mes cheveux autour de ses doigts, avant de les poser sur mes joues. Elle grimaçait, provoquant chez moi un sourire amusé. Elle dégageait cette aura de bonne humeur qui faisait que même en pleine nuit, je pourrais répondre présent à chacun de ses appels. Et elle profitait de cette faiblesse de ma part. Elle adorait jouer avec ma petite personne, à me faire crapahuter partout dans ces murs. Mais il ne se passait pas une journée sans qu'elle me montre à quel point elle m'aimait. A quel point je n'étais pas le seul à aimer. Entre nous, personne n'aurait pu dire qui aimait le plus. Nous nous aimions de la même manière, peut être beaucoup trop pour les amis que nous étions. Une overdose d'émotions. Une overdose d'amour. Une bien belle façon de mourir.
