Bon, ben je reprend du service après mon grand stand by. Voilà. J'espère que ce sera à la hauteur de l'attente. Pour ce qui est de ce chapitre, il est clair que la vision du personnage devient clairement délirante et paradoxale. Voilà voilà

Chapitre 11 :

J'aurais presque pleuré de la douleur que je m'infligeais en frottant ainsi mes mains jusqu'au sang. Si cela n'avait pas été pour en laver un autre sang. Je les grattais, les torturais, dans l'eau froide de ce lac, jusqu'à ne plus les sentir. Je reniflais, ravalant de plus en plus mes larmes, alors qu'elles coulaient lentement le long de mon visage. Jamais je n'aurais cru souffrir autant. Je ne pensais même pas une telle douleur possible. Pour tout avouer, je ne savais pas comment j'y survivais encore.

Je ne prêtais pas un seul instant attention à Vitany, assise à quelques mètres de moi. La si douce Vitany qui soupirait, angoissée, à chaque glapissement que j'échappais quand je m'écorchais trop la peau. Je n'en avais que faire. Elle était transparente. Sa chevelure de feu était transparente. Je ne la voyais pas. Je ne voyais plus rien, à travers mes larmes. Je ne voyais plus que ce reflet de moi même, que je ne supportais déjà plus. Je ne me supportais pas. Ca r je n'avais pas su la protéger comme j'aurais dû. Pretta. Ma Pretta. Sans elle, j'étais comme un papillon à qui l'on a coupé les ailes. Je me rendais compte à quel point je l'aimais. Et je l'aimais tellement plus que Vitany. Cela me faisait encore plus mal. J'avais la froide et amère sensation de ne plus jamais réussir à aimer.

Et j'avais tué. J'avais tué de sang froid. J'avais aimé le tuer. Et je pourrais tuer la terre entière si cela pouvait me la rendre. Cette si petite fille au corps devenu froid, encore abandonné au milieu de débris. Je voulais la revoir. Je ne savais pas combien de fois déjà je me l'étais répété. Je voulais la revoir. Plus que tout au monde. Je ne comprenais plus, en l'espace de quelques secondes, ce qui m'avait poussé à rejoindre Vitany. Car plus que tout, je pensais à Pretta. Vitany était peut être sublime, sous cette lune rongée de nuages, elle ne détournait en rien mon attention du sang que je m'acharnais à ôter de mes mains. Son sang. Le sang de mon sang.

Lentement, je laissai mes yeux se fermer. Je n'en pouvais plus. Ma Pretta endormie. Ma Pretta qui devait se réveiller. Elle le devait. Elle ne pouvait pas être autre chose qu'endormie. Et je tuerais encore et encore pour trouver un moyen de la réveiller. Cette seule chose qui m'ait jamais été précieuse.

- Je l'aimais tellement, sanglotai-je en me passant une main sur le visage.

L'odeur du sang sur ma peau me fit monter un haut le cœur, et je m'écroulais violemment, les entrailles tordues d'une forte douleur. Je sentais une bile âcre remonter dans ma gorge.

- Hojo.

Deux bras doux m'enlacèrent les épaules alors que je me relevais, tremblants de toute part, plus fragile encore qu'un enfant. Le vent me fouettait le visage. La lune se reflétait sur l'eau gondolée du lac, sur les lys blancs. Sur tout ce qui pouvait m'entourer. Le bleu que l'obscurité créait autour de nous me débectait plus encore que le sang. Je le haïssais. Ce bleu si sombre. Il me semblait tellement plus terne que le bleu des yeux pétillants de Pretta.

Naturellement, Vitany sentit mon brusque changement d'humeur. Comme si ma haine de cette couleur l'avait inquiété, elle avait resserré la prise qu'elle avait sur moi, jusqu'à m'agripper de ses ongles. Je sentais sa respiration me caresser la nuque. Comme cella de Pretta quand elle venait dormir près de moi.

- Hojo, je...tenta la jeune fille derrière moi.

- Je me fiche que tu sois désolée ou non, crachai-je brusquement, plus durement que je l'aurais souhaité.

Je ne me rendais plus compte de rien. Ma réalité en était comme décalée. J'agissais avant de penser. Comme si j'avais été drogué. Et je ne parvenais pas à agir avec douceur avec cette femme que j'étais censé aimer. Je ne le pouvais plus. J'étais survolté. Révolté. Déchiré.

Me relevant, je dégrafai de moi les bras de Vitany, comme étouffé. Je haletais. J'avais chaud, froid. A chaque pas que je faisais, j'avais l'impression atroce d'un coup sur le crâne. Comme si l'on me frappait. Mais j'aurais préféré me faire frapper toute une vie durant plutôt que de subir ça.

- Je veux que le monde paye, Vitany, assénai-je, la voix nouée.

Serrant les poings, je fermai les yeux. Elle n'y était pour rien, pourtant. Et je me savais amoureux d'elle. Mais elle faisait parti de ce monde. Elle faisait parti de ce monde cruel qui me l'avait arraché.

- Je veux que le monde entier paye, hurlai-je en me tournant vers elle.

Ses yeux opalins ne respiraient plus l'enfance et l'insouciance. Ils étaient assombris par la lune. Ses lèvres étaient closes, désertées du moindre sourire. Ses cheveux battus par le vent. Ses cheveux de fauve. Sa beauté sauvage. Elle me toisait comme un animal aurait pu le faire. Je n'étais plus face à la si jolie Vitany que je voyais la journée. Cette si particulière jeune fille qui me renversait la tête de son parfum enivrant. J'étais face à la Vitany nocturne. La Vitany si sombre qu'elle aurait pu en être effrayante. Il ne me semblait pas me souvenir de l'avoir déjà vu ainsi. Aussi neutre. Telle une automate. Mais, après tout, elle non plus ne m'avait jamais vu comme cela.

- Et je fais partie de ce monde, éluda-t-elle en relevant les yeux vers moi.

Elle les plantant durement dans le fond de mes prunelles. Elle avait compris. Elle avait compris ce que je devenais. Tellement haineux que j'en étais presque fou. Elle que j'aimais tant, je la rangeais du côté du monde. Malgré tout ce que je pensais, elle me rappelait dangereusement ma Pretta. Ses yeux bleus, l'amour que je lui portais. Bien qu'il soit plus faible. Et j'avais du mal à le supporter. Ce soir plus que jamais.

Je n'avais pas le droit de lui en vouloir. Elle était comme la main qui aurait pu me tirer de la noyade. Mais je sentais le fond. Le fond dans lequel Pretta reposait, endormie. Le fond duquel je me devais de la tirer. Je devais la réveiller avant toute chose.

Comme ralenti, je me penchai jusqu'aux lèvres de Vitany. Les embrassant presque furtivement, je ne parvins pas à retenir mes larmes. Je l'aimais. Et je me dégoûtais de parvenir à l'aimer encore. Ce n'était pas juste. Rien n'était juste. Me relevant tout aussi lentement, je tournai les talons, m'essuyant sauvagement le visage d'un revers de manche. Avant de me diriger à grandes enjambées vers l'endroit où sommeillait Pretta. Là où elle attendait, seule dans la nuit.

- Hojo, je peux tout comprendre, murmura Vitany avant que je ne puisse plus l'entendre. Ne l'oublies pas, s'il te plaît.

Serrant le moins à m'en briser les phalanges, je secouai la tête pour chasser sa voix de ma tête. Il m'avait presque semblé l'entendre pleurer.

ooo

Tapis dans l'ombre, j'attendais. Puis je me remettais à marcher, à déambuler comme un fou dans les couloirs de notre complexe. Couloir bouffé par la nuit, noyés d'ombres immenses étalées sur les murs. Elles me suivaient. Respirant de manière saccadée, le dos hérissé de frissons, je ne cessais de me retourner. Je sentais tellement de présence dans mon dos que j'avais peur. Ces couloirs me faisaient peurs. Ces couloirs baignés d'obscurité. On me suivait. Je les sentais me suivre. Ces ombres menaçantes me léchaient les talons. J'étais en sueur, serrant un couteau entre mes mains moites. Toujours le même couteau.

Un grand fracas me fit faire volte face. Sans aucun bruit, je me retrouvais face à un autre couloir. Rabaissant mon poing, je m'essuyai le front. Je ne sentais plus le moindre de mes membres. J'étais comme épuisé. Je ne savais plus ce que je faisais. J'étais incapable de retrouver Pretta. Peut être que je ne le voulais pas. Pas maintenant. Pas tant que je n'avais pas de solution pour la tirer de son si long sommeil. Lentement, je me tassai dans le coin que j'avais dans le dos. Jetant un coup d'oeil furtif aux grandes portes à double battant, il me sembla les voir bouger. Rejettant mes cheveux derrière mon épaule, je serrai plus encore mon arme. La même arme. Le même tranchant. Que je n'avais pas pris la peine de nettoyer. Encore tâché du sang de l'homme que j'avais tué. Et de sa victime.

Jetant un énième coup d'oeil vers le nouveau couloir, je plissai les yeux en voyant une jeune femme se diriger vers moi. Une pile de dossiers entre les mains, bâillant de sa nuit écourtée, ses longs cheveux bouclées encore emmêlés. Elle se rapprochait de moi. Je pouvais presque sentir son odeur. Sa chaleur. Pliant les genoux, je me collai au mur. Toujours plus. Et lorsqu'elle passa enfin devant moi, je ne pus que lui bondir dessus. Pour lui planter mon couteau en plein cœur. Un autre sang. Lui tailladant la poitrine comme un fou, je ne lui laissais pas l'occasion de hurler. Lui ne lui en avais pas laissé l'occasion. Si Pretta n'avait crié à sa mort, alors personne ne le devait. Je ne le supportais pas.

Tremblant, je relevai la lame devant mon visage. Elle luisait d'un éclat rouge vif, alors qu'un sang chaud coulait contre ma blouse. Le corps encore tiède de la jeune scientifique reposait mollement entre mes bras, sa bouche entre ouverte, ses yeux exorbités de surprise. Prudemment, je me relevai, la portant contre moi avec une infinie délicatesse. Trébuchant sous le poids du corps mort, je me mis presque à courir en direction du couloir. Rapidement, je gagnai un territoire connu. La zone où j'avais laissé Pretta. Dans ce labo dévasté que j'avais moi même condamné. Alors que je le gagnais, je sentais plusieurs larmes me ravager le visage. J'avais tué quelqu'un. Encore. Et sans même savoir pourquoi. Il m'avait juste semblé que je devais le faire. C'était la seule chose que je pouvais encore faire.

J'ouvris la porte d'un seul coup de pied, avant de laisser tomber le cadavre que j'avais dans les bras. Fermant derrière moi, je me jetai à côté de Pretta, saisissant sa petite tête froide entre mes mains. Déposant un baiser sur son front coupé, je lui caressai tendrement les cheveux. Avant de sangloter dedans.

- Je suis désolé, m'excusai-je en la broyant presque entre mes bras.

Puis je me levai, et attrapai autant de produits que je le pouvais sur les étagères. Les fioles encore en état, les poudres, les solvants. Tout ce que je jugeais utile. Retrouvant mon cadavre, je m'agenouillai près de lui. Elle ne méritait pas cela. Mais j'avais besoin d'elle. Elle était un peu une part de la dette que le monde me devait. Passant un doigt sur sa joue, je m'attardais un instant. Elle avait sans doute dû être belle, sans ses affreux yeux vitreux, et ce sang contre ses lèvres. Sans cette poitrine lacérée de toute part. Mais je n'avais pas eu le choix. Respirant profondément, je me jetai sur mes composants.

On m'avait dit doué à temps de reprises que je devais l'être. Alors je devais être doué pour cela aussi. Je devais pouvoir me jouer de la mort. Je devais pouvoir la ramener. Puis ramener Pretta. La réveiller. Mélangeant, remuant, j'insérais chacun de mes produits dans une seringue que je plantais dans les bras de mon cadavre. Puis, quand les bras ne furent plus suffisant, je piquais partout où il était possible de piquer. Il me semblait y être depuis des heures. J'étais sans aucun doute entrain d'y passer la nuit. Mais ni la fatigue, ni mes espoirs de plus en plus faibles n'auraient raison de moi. J'étais allé bien trop loin pour m'arrêter. Pourtant, rien ne survenait. Pas le moindre battement de cil de la part de ma victime. Un instant, je me sentis inhumain de lui faire subir une telle chose. Avant de tourner un regard vers le petit corps de Pretta, et de reprendre de plus belle.

Un instant, je me saisis le crâne. Je le sentais sur le point d'exploser. Je devenais dingue. Emprisonné dans les vapeurs de mes expériences, un cadavre entre les mains. Le cadavre d'une fille que j'avais déjà dû croisé dans les couloirs, avec qui j'avais sans doute déjà mangé. Que je défigurait un peu plus au fur et à mesure que la nuit défilait et que son corps devenait froid. Pourtant, je me devais de réussir. Je devais cela à Pretta. Pour tout le bonheur qu'elle avait pu m'apporter au cour de ma vie. Tout ce bonheur que sans elle, je n'aurais jamais pu trouver. Elle avait été mon échelle, mes ailes. Je faisais cela pour elle, et juste pour elle.

- J'espère que tu me comprends, au moins, chuchotai-je en enroulant une boucle de mon cadavre autour de mon doigt.

Caressant les cheveux de la jeune femme, je lui fermai les yeux. Avant de fermer les miens sur un nouvel assaut de larmes. Je ne supportais pas la manière qu'elle avait de me regarder. Elle avait cet air effaré et effrayé que je craignais plus que tout. Comme si j'avais été son pire cauchemar. Mais elle devait comprendre que je n'y étais pour rien. Je devais le faire. Ce n'était pas ma faute. Je n'étais pas coupable. Elle devait me comprendre.

- Si seulement tu pouvais être comme elle, soupirai-je en croisant ses deux mains.

Ses mains rougies de son propre sang, que j'avais moi même fait couler.