Volazurys: Oui, on va parler de Mako, mais progressivement. Il tue pour ramener Pretta, donc oui, il s'est servi de la scientifique qu'il a tué pour le tenter. En tout cas, merci pour ta review :)
Rafrob: Merci :)
Chapitre 12 :
Lentement, je me relevai dans la pénombre du labo dévasté, avant de baisser la tête. Devant moi, il y avait cette fille dont on ne reconnaissait même plus le visage. Elle n'était plus rien. Même son corps me semblait à peine humain. Que ce soit ses bras troués par les aiguilles, ou son buste ravagé de coups de scalpels. Et je me permettais de la regarder. De regarder ses yeux vitreux des miens presque indifférents. Ses cheveux en parti arrachés par mon énervement, ses lèvres éclatées et ses jambes brisées. Je ne pouvais même plus appeler ce que je voyais un cadavre. C'était un amas de chaire animale.
Je l'avais abattu, torturé,défiguré, arraché à son identité comme un animal. Mes doigts en tremblaient encore, serré autour d'une seringue vide. J'avais même oublié le produit que j'avais mis dedans. En vérité, j'avais su à un moment qu'il ne servait plus à rien de m'acharner sur elle, que je n'en tirerais plus rien. Et pourtant, j'avais continué. J'avais continué parce que j'en avais ressenti le besoin. Le besoin de découvrir ce que j'avais entre les mains, de la moindre parcelle de peau au plus profond vaisseau sanguin. Alors je l'avais haché toute la nuit durant, m'attardant parfois pour faire quelques tests, chercher encore et encore ce qui pourrait réveiller Pretta, sans pour autant réellement y croire. Dans ce corps là, il n'y avait plus rien. Et Pretta continuait de dormir, paisible, allongée. J'avais de plus en plus l'impression de la voir morte en sentant son corps froid et raide entre mes doigts.
Néanmoins, personne ne semblait s'en rendre vraiment compte. Je m'étais approprié ce labo, et l'avais scellé de façon à ce que personne n'y entre si ce n'est moi. Et j'y entassais flacons, seringues, scalpels, toute sorte de matériel, et deux cadavres de femmes. Ou plutôt, ce qu'il restait de l'une, et le corps endormi de l'autre. Et pour la réveiller, j'avais commencé à prendre en note chacune de mes découvertes, expériences, à dessiner ce que je voyais de ce premier corps disséqué. Je n'arrivais même pas à me dégoûter. En vérité je ne réalisais pas.
Mon calepin entre les mains, je finis par me diriger vers la porte, le couteau dans la poche. L'ouvrant avant de la verrouiller, je pris le chemin des longs couloirs de l'établissement, et plus précisément, ceux menant à l'aile gauche. Elle était très peu fréquentée au petit matin, et j'avais bien l'intention de m'y promener un peu. Bien que ma tête me fasse souffrir, je continuais de marcher sans broncher. J'avais mal de cette nuit sans sommeil, mal de cette immonde odeur de sang que j'avais la désagréable impression de traîner partout. Elle me donnait la nausée, bien qu'il me fallait régulièrement secouer la tête pour m'en débarrasser, accentuant au passage mon mal de crâne. Finalement, parvenu devant la porte d'un autre laboratoire, j'en poussais discrètement la porte, avant de me glisser à l'intérieur. Il ne ressemblait pas exactement à celui que j'occupais. Il était plus sombre, bien qu'en meilleur état, et plus spacieux. Il n'était pas destiné aux mêmes choses. Jamais je n'avais eu l'autorisation de manipuler à l'intérieur de celui. Il était fait pour les véritables scientifiques. Car à l'intérieur de ce laboratoire, le principal produit utilisé était la Mako. Contenu dans de larges cuves circulaires ou en flacons contre les murs, sa lumière verte suintant au travers du verre, elle m'avait toujours particulièrement attiré. Alors j'en attrapai plusieurs échantillons, manquant de les laisser tomber et de les briser tant je tremblais. Mes jambes me portaient à peine. Je ne savais pas vraiment si j'avais peur ou simplement froid. Peut être un peu des deux. Je glissai les flacons dans les poches de ma blouse, et me retournai dans le but de sortir de la pièce.
- Qu'est ce que vous faites ici ?
Une voix autoritaire me glaça le sang, alors qu'une jeune femme petite et blonde, un dossier dans les mains, se plantait devant moi, sourcils haussés. J'entre ouvrais d'abord la bouche, avant de la refermer, ne sachant que répondre. Je crus un instant m'effondrer, mes os claquant presque entre eux sous le coup de mes tremblements incessants. Je fermai les yeux en cherchant à calmer cette peur viscérale qui me broyait soudainement les côtes, avant de sentir une respiration saccadée monter dans ma gorge nouée. J'avais particulièrement froid, et pourtant je sentais des filer de sueur me couler le long du dos.
- Cet endroit est interdit aux...
Je ne lui laissai pas le temps de finir sa phrase, et lui plaquai une main sur la bouche. Je vis la surprise se peindre dans le fond de ses yeux délavés, avant de fermer les miens, et de lui enfoncer sans attendre mon couteau dans le ventre. Il me fallut redoubler de force pour la retenir de s'effondrer, sentant son corps d'abord se crisper, puis se débattre, avant de se relâcher. Rouvrant les yeux, je sentis mon cœur s'accélérer en apercevant le corps de la jeune femme reposant faiblement entre mes bras, encore secoué de ce que je venais de faire. Elle était encore vivante. Sa respiration rauque me parvenait lentement, me figeant de plus en plus. Alors que son sang coulait peu à peu contre moi, je brandis de nouveau ma lame de couteau pour lui glisser cette fois ci dans les côtes.
- Je suis désolée, murmurai-je en posant mon front contre le sien alors qu'elle mourait entre mes mains.
Pourtant, je ne perdais pas un instant pour la pleurer. J'avais déjà l'impression d'être épié pour ce que j'avais fait. Je sentais des souffles inconnus dans mon dos, des ombres agressives, alors que je je ressortais dans le couloir. Tournant la tête de tout côté, je hissai ce nouveau corps sur mes épaules, avant de courir jusqu'à mon refuge. Sur la route, je savais que je ne croiserais personne. Il était encore trop tôt, le soleil se levait à peine. Pourtant, je sentais quelque chose. D'abord le sang chaud de ma victime coulant contre mes vêtements, et les ombres immenses des couloirs me suivre. Elles m'effrayaient. Je ne savais pas pourquoi, mais je les sentais me lécher la joue dans un souffle, rire en me voyant courir de la sorte, et se délecter de ma détresse. Immonde, c'était immonde.
Lorsque je parvins enfin dans mon refuge, je m'y écroulait, laissant rouler le corps de la petite blonde. Elle se perdit dans les gravats encore très présent. Je ne lui laissai pas le temps de se poser d'avantage, et la hissai un peu plus en hauteur, sur une des tables retournée. Finalement, je m'en écartai un moment pour me diriger vers Pretta. Toujours aussi immobile, le visage tourné vers le plafond, ses cheveux ternes coulant le long de ses bras de plus en plus blancs. Lentement, je lui caressai la joue, avant de m'emparer de plusieurs seringues et de revenir à mon nouveau corps. Il me fallut plusieurs minutes avant de parvenir à saisir les flacons que j'avais dans ma poche, et de remplir la première seringue de leur contenu. J'étais pris de vertiges devant cette lumière verte. La seule chose qui me poussait à ne pas me recroqueviller contre moi même, c'était Pretta. Ma petite Pretta, endormie à quelques pas de moi. Elle me semblait si paisible que je me surpris à sourire quelques secondes. Elle était encore bien belle, malgré le sang séché contre sa peau. Elle était le seul courage qui me restait. Et la seule goutte de raison que je pouvais trouver dans cette pièce. Je le faisais pour elle. Et si j'avais dû déplacer des montagnes, alors je l'aurais fait. Je le devais.
Alors, posant une main bienveillante sur le front de la petite blonde, sans même prendre la peine de lui fermer les yeux, je lui injectai violemment le liquide de ma première seringue. Je fus surpris de voir la lumière verte de la Mako s'infiltrer dans ses veines.
Je regardais mes mains, avant de les frotter jusqu'à m'en arracher la peau dans l'eau glacée du lac. Puis je répétais l'opération. Cinq, six, sept fois. Sans jamais me sentir détaché de ce sang vif. Le sang d'une autre innocente, torturée par mes soins. Et rien n'y avait fait. Une fois encore, je m'étais acharné. Je lui avais injecté de la Mako à de nombreuses reprises, dans différentes parties du corps. Rien, pas le moindre geste. Il ne s'était rien passé. Alors je l'avais étudié. Découpé, défiguré. Et j'avais rempli mon calepin d'au moins cinq nouvelles pages pleines de croquis et de gribouillis illisibles. Qui n'avaient servi à rien. Si ce n'est à décorer mon refuse d'un second cadavre réduit à l'était d'amas de chaire. Je me sentais comme trahi par la science que je me tuais à étudier. Je la croyais invincible, capable de tout. Et la seule chose que je lui ai jamais demandé, elle était incapable de le faire. Elle était incapable de me rendre Pretta. Me priver d'elle n'était pas humain.
ooo
Je frottai mes mains de plus en plus, m'arrachant un gémissement douloureux, alors que plusieurs larmes se pressaient dans le coin de mes yeux. M'attrapant le crâne entre les mains, je me recroquevillai sur moi même en tirant sur la racine de mes cheveux. Je n'en pouvais plus de me sentir déposséder de cette fille que j'aimais. Je voulais qu'elle me parle. C'était tout ce que je voulais. Je n'en demandais pas plus. Je fermai les yeux en sentant une larme rouler contre ma joue, puis tomber brusquement sur les pétales d'un des lys blancs. Ces lys. Ces lys aussi me faisaient peur. Je les voyais partout. Je les sentais grandir autour de moi, m'étouffer, me détruire.
- Hojo ?
Je manquai de hurler en tombant en arrière, les yeux grands ouverts, les poings si serrés que je croyais mes phalanges brisées. Vitany me regardait, perplexe, son éternel sourire envolé. Ses énormes cheveux lui caressaient les épaules, alors qu'elle s'accroupissait devant moi. Ses yeux opalins me scrutèrent un instant, sceptique, avant qu'un léger sourire ne s'étire sur ses lèvres.
- Que se passe-t-il ?me demanda-t-elle en me tendant une main.
Sa voix me semblait si lointaine que je ne fis pas le moindre geste. Même elle paraissait effacée. Disparue, irréelle. Comme si elle n'avait jamais été là.
- Es tu seulement réelle, Vitany ?me hasardai-je d'une voix que je ne me connaissais pas.
Elle pencha la tête sur le côté, et fronça les sourcils. Mon ton effaré sembla la dérangé.
- Il me semble, oui, réfléchit-elle, un doigt sur le menton.
Je relâchai peu à peu mes doigts toujours crispés, en me redressant peu à peu, sans pour autant la quitter des yeux.
- Mais peut être pas de la manière dont tu me vois, chuchota-t-elle enfin en reculant de quelques pas.
Je suspendit le moindre de mes gestes. De nouveau, elle me semblait perdue. Perdue à regarder le lac, ses cheveux soufflés par la brise, son regard clair égaré sur cette étendue de vagues.
- Je ne comprend pas, articulai-je finalement en la rejoignant.
Vitany m'adressa un sourire si beau que je crus rougir, alors qu'elle croisait ses mains derrière son dos de manière enfantine.
- Je crois que tu deviens fou Hojo, me dit-elle sans se départir de son sourire.
J'écarquillai les yeux en les baissant mécaniquement vers mes mains rougies par mon acharnement.
- Alors ta réalité devient différente, acheva la jeune femme en jetant une pierre dans le lac.
Elle ricocha, avant de couler pour se perdre dans l'immensité de l'eau.
