Cihanethyste: Hey ! Merci de ta review, et très belle compraison ;)

Et non, ce n'est pas à l'abandon xD

Chapitre 13 :

Je me plaquai un peu plus contre le mur d'un des longs couloirs de l'aile droite, alors que les premiers rayons du jour pointaient faiblement à travers les fenêtres. Lentement, tremblant, je resserrai doucement mes doigts autour de mon couteau déjà souillé de trois sangs différents. J'avais l'impression de tenir là le responsable de ces tueries. Ce n'était pas moi, c'était ce couteau. Moi, je ne cherchais qu'à faire le bien, qu'à sortir Pretta de son long sommeil. Mais ce couteau, ce couteau s'étirait tel un serpent avant de mordre ses victimes pour me pousser à les prendre et à les défigurer. Il me dépossédait de mon humanité, et je le sentis frétiller dans le prolongement de ma main alors que des bruits de pas résonnaient au début du couloir. Je fermai les yeux, et cherchai à calmer ma respiration nerveuse et irrégulière. Pas cette fois. Cette fois, le couteau-serpent n'allait pas mordre. Il n'allait pas tuer. Car j'avais besoin de cette femme vivante. Du corps de cette chercheuse bien matinal encore chaud.

Je la vis enfin se diriger vers moi de sa démarche chaloupée, ses hanches se balançant de droite à gauche au rythme de ses pas, alors qu'elle souriait naturellement en tournant son regard félin vers les fenêtres. Elle n'était pas bien grande, et je carrai la mâchoire. Je devais la maîtriser. Cela n'allait pas être compliqué. J'allais le faire. Pour Pretta, j'allais encore le faire. Alors je bondis hors de ma cachette, oubliant les deux autres femmes que j'avais réduit à néant pour le bien de ma Pretta, j'oubliais leur sang qui m'avait poussé à m'arracher la peau des mains, j'oubliais leur odeur et leur regard vitreux. Je me saisis de cette nouvelle chercheuse, lui posant avec souplesse une main sur la bouche avant de lui passer mon couteau sous la gorge. Cependant, je stoppai le serpent à effleurer sa peau, et je la soulevai par la seule force de mon bras libre alors qu'elle roulait des yeux affolés et effarés en tout sens, me donnant presque le vertige.

Derrière moi, les ombres monstrueuses des couleurs semblèrent s'éveiller, et leurs grands sourires sombres commencèrent à me torturer de leurs dents difformes.

- Partez, grinçai-je en resserrant ma prise autour de la taille de la pauvre fille. Partez !

Je faisais mon possible pour accélérer, fuyant ces monstres comme je le pouvais, traînant contre moi la nouvelle victime du couteau-serpent. Mon cœur battait fort lorsque je parvins enfin jusqu'à la porte de mon laboratoire. Je cognai violemment dedans pour l'ouvrir, et m'y engouffrai avant de refermer derrière moi. D'un geste assuré, je me saisis d'un morceau de ruban adhésif, et je l'appliquai sur les lèvres de la captive qui se débattait comme elle le pouvait.

- Qui êtes... Qu'est ce que...

- La ferme, grondai-je d'une voix tremblante en achevant de la bâillonner.

Croisant son regard tordu de frayeur, je la lâchai brusquement, la laissant retomber lourdement au sol. Lentement, je portai une main à mon visage. Mon sang affluait contre mes tempes. J'eus soudainement peur de cette fille à peine plus âgée que moi, recroquevillée contre les gravats de ce laboratoire, entre les fioles brisées. Elle jeta plusieurs coups d'oeil aux deux cadavres à peine identifiables en tant qu'être humain abandonné dans un coin, et s'agita plus encore, des larmes ruisselant contre ses joues pâles.

- Tu dois comprendre, murmurai-je, plaqué contre la porte. J'ai besoin de toi. J'ai besoin de ta vie.

Elle secoua négativement la tête, paniquée, sa poitrine se soulevant de plus en plus vite, et je me dirigeai vers les étagères afin de m'emparer d'une corde. Je revins vers elle, et elle chercha à nouveau à se débattre lorsque je la soulevai pour la hisser sur la table froide de mon labo. Table que je n'avais pas nettoyée, toujours tâchée de sang et de chaire, de produits chimiques, et sans doute également de larmes. Mais cela ne m'atteignait pas. Je ne comprenais pas pourquoi, mais cela ne me faisait plus rien. Si l'odeur de charogne m'avait donné mal au crâne les premières fois, actuellement, je la sentais comme familière. Elle commençait à faire partie intégrante de mon monde, et d'un geste mécanique, je passai la corde autour des jambes et des bras de la jeune chercheuse afin de l'attacher à mon plan de travail.

- Je ne sais pas si vous vous connaissez, lâchai-je d'un ton neutre en désignant le corps endormi de Pettra.

La jeune femme hocha négativement la tête, une veine dilatée ressortant contre son front.

- Elle dort, repris-je en achevant mon nœuds.

Un sourire s'étira sur mes lèvres, et j'abandonnai un instant mon sujet pour me diriger au chevet de Pretta. Doucement, je lui caressais le visage.

- Mais elle ne veut pas se réveiller, enchaînai-je en penchant la tête sur le côté. Alors j'essaye de l'aider. Mais je ne peux pas faire d'erreur sur elle, alors je dois en faire d'abord sur toi, tu comprends ?

Le regard de ma victime s'agrandit, et je crus ses yeux sur le point de quitter son crâne, alors qu'elle s'agitait plus violemment encore, faisant trembler la table.

- J'ai bien essayé sur des morts, soupirai-je. Mais j'ai compris que ça ne marcherait pas sur eux. Puisque Pretta dort, il me faut quelqu'un de vivant. Elle n'est pas morte, tu comprends ?

Je voulais qu'elle comprenne pourquoi je me devais d'agir de la sorte, mais elle ne semblait pas disposer à m'écouter. Elle se débattait, cherchait à casser la corde qui la serrait contre cette table, sans pour autant comprendre ce que je lui disais. Cela me fit baisser les yeux, et je quittai Pretta afin de rassembler du matériel étalé sur divers étagères de fortune. Mes doigts tremblaient lorsque je m'emparai de seringues remplies de Mako et d'une perfusion. Cette fois ci, cela devait marcher. Cela n'avait pas lieu d'échouer. Tout devait marcher. La science me le devait. Elle me devait au moins cela. Je lui avais tout donné. Je lui avais même donné Pretta. Alors elle devait me la rendre. Elle devait la ramener.

Je portai une main à mon visage, essuyant la larme qui me venait. Je tremblais de toute part en revenant vers mon sujet d'expérience. Mes pas étaient chancelants, et j'eus du mal à enfoncer l'aiguille et la perfusion de Mako dans les veines de la chercheuse qui se démenait furieusement et désespérément pour m'échapper. Pourtant, je lui avais dit. Je lui avais expliqué ce que j'attendais d'elle. Je ne voulais pas lui faire de mal. Je voulais qu'elle m'aide, rien de plus.

Lorsque la Mako se noua à son sang, l'expression de la jeune femme changea complètement. D'abord, elle se contracta, comme prise de convulsion. Puis, ses pupilles se dilatèrent, et un hurlement silencieux lui déchira la gorge. Elle voulait crier. Je le voyais aux geste brusques et saccadés qu'elle dirigeait vers ses lèvres collées. Elle touchait le ruban adhésif, s'écorchait le visage à vouloir se l'arracher, la douleur lui tordant les doigts.

- Arrête ça, grinçai-je les dents serrées.

Elle ne m'écouta pas, et continua de se lacérer la naissance du visage afin de libérer sa voix de son entrave. Je dus lui saisir les bras et les plaquer durement contre la table pour qu'elle cesse, son corps tremblant à présent autant que le mien. Je la regardais, mes mains la maintenant fermement en place. Je la regardais pleurer, impuissante, et je sentis mes yeux me brûler. Je ne savais pas pourquoi j'avais fait cela. Je ne savais pas en quoi cela allait m'aider à ramener Pretta. Cela ne semblait apporter qu'une souffrance supplémentaire à cette fille qui se débattait sous mes doigts. Je ne comprenais plus ce que je faisais. Je ne me comprenais plus, et alors que je fixai nerveusement ses yeux irradiés de vert, j'éclatai à mon tour en sanglots.

- Je suis désolé, bredouillai-je en baissant la tête. Tellement désolé.

La jeune femme ne prêta pas attention à moi, et il me sembla que les battements de son cœur faiblissaient. Lentement, j'entrepris de passer une main dans ses cheveux,

- Je l'aime tellement, soufflai-je en attrapant son visage pour le tourner vers Pretta.

Pretta que rien ne perturbait. Pretta qui restait inerte, me matraquant de coups de poignards invisibles. Plus les jours, plus les heures s'écoulaient, plus je me sentais chuter. Sans Pretta, je n'étais plus moi même. Je n'étais plus rien.

- Rien ne pourra la réveiller, n'est ce pas ?demandai-je en essuyant mes larmes qui ne cessaient d'affluer.

Le silence me répondit, et je commençai à détailler l'univers étrange aux odeurs étranges qui m'entourait dans cette folie. Des ruines. Des débris, du verre brisé, des étagères écroulées. Du sang. Des corps. Des charognes. Des produits. Des seringues usagées abandonnées au sol. Des morts. Même moi. J'étais mort. Je mourrais un peu plus chaque jour.

Je me sentais mal en me redressant. Ma tête était lourde. Des vertiges me prirent, et je dus m'y reprendre à deux fois afin de saisir mon calepin dans la poche de ma blouse. Lentement, je l'ouvrai, sentant ma vision se troubler.

- Expérience terminée, balbutiai-je en l'écrivant. Il faut... Il faut que je continue, je...

Je me laissai glisser au sol, le visage entre mes mains. J'avais tout lâché. Mon carnet, mon stylo. Tout. Même moi. J'étais épuisé. Alors, lentement, je me relevai, et je serrai les poings. J'en voulais au monde entier. J'en voulais à tout le monde. Et je m'en voulais de ne parvenir à aucun résultats. Pourquoi, pourquoi ne pouvais-je pas la ramener, la réveiller ? On me disait doué, mais je ne devais pas l'être tant que cela. Je haïssais ceux qui avaient pu me dire cela. Ils m'avaient donné trop de confiance. La science ne servait à rien si elle ne pouvait me rendre mon trésor. Ma vie. Ma Pretta.

Je m'approchai à nouveau de ma table d'expérience. Et, brutalement, envoyait mon poing serré dans la mâchoire de la fille qui y était allongée, respirant faiblement. Elle ne réagit presque pas. Sa tête bascula simplement sur le côté, alors que la naissance de sa joue se teintait de rouge. Je la détestais. Je les détestais tous. Ils devaient payer. Et celle ci avant les autres. Celle ci qui ne m'aidait pas. Celle ci qui se mourrait à cause du Mako. Soudainement en colère, les sourcils froncés, je lui envoyais mon autre poing au visage. Qu'ils payent. Qu'ils payent, tous.

ooo

Ayant atteint le paroxysme de la nervosité humaine, je me jetai sur les fleurs en arrivant aux lacs, et les empoignai à pleine main afin de les arracher. Je les saisissais, tirais violemment dessus alors que du rouge semblait couler sur leurs pétales blanc nacre. Elles s'auréolaient de pourpre sous mes pauvres yeux plissés sous le coup des larmes. Je sentais ce liquide chaud et poisseux se déverser contre mes mains alors que je continuais mon carnage, les envoyant valser loin, tellement plus loin de moi. L'une d'elle atterrit sur la surface calme du lac, et la troubla de plusieurs ondes aquatiques.

- Je vous hais, je vous hais !criai-je en m'écroulant sur moi même, au milieu des cadavres de lys.

Mon horizon renversée me montra un soleil à son zénith, rebondit sur une surface plane d'eau cristalline. Je plaquai une main contre mon visage, m'agrippant solidement à mes cheveux. Rien de tout cela ne pouvait être réel. Que ce soit cet endroit si étrange, ma Pretta endormie, ou toutes ces personnes que j'avais massacrées. Rien de tout cela ne devait exister. J'allais me réveiller d'un instant à l'autre et sortir de ce cauchemar irréversible. Il n'y avait rien de tout cela. Même si mes sanglots étranglés dans le fond de ma gorge sèche avaient tout de réels, je ne pouvais croire qu'ils l'étaient.

Lentement, j'ouvris la paume de ma main libre. Je ne pouvais croire ce que j'avais fait.

- Hojo !

Je me redressai brutalement, si bien que je fus pris de vertige. Me tenant le crâne, je me remis sur pied aussi rapidement que je le pus, afin de faire face à la rouquine qui venait d'apparaître derrière moi. Comme toujours, sans un seul bruit. Elle était juste là, comme si elle n'avait jamais été ailleurs. Elle n'existait qu'ici, dans mon petit monde. Le seul qui me semblait encore stable.

Elle me regardait d'un air troublé, sans pour autant perdre la légèreté naturelle qui imprégnait tant son sublime regard opalin. Elle posa sans une hésitation une main contre mon bras, et je tressaillis violemment, avant de baisser les yeux vers les fleurs arrachées. Blanches. Elles n'étaient que blanches. Il n'y avait plus de rouge. Ahuri, je regardai mes mains. Elles n'étaient qu'échauffées par mon acharnement. Il n'y avait plus de sang.

- Les...Les fleurs, bredouillai-je en secouant la tête, complètement perdu.

- Il n'y a jamais eu de sang, Hojo, me répondis doucement Vitany, comme si elle lisait dans la moindre de mes pensées.

Je relevai les yeux vers elle. Des yeux écarquillés, comme fous. Je l'avais vu. J'avais vu ce sang, je l'avais senti couler contre mes mains. Je serrai le poing, puis les dents, et me défis de l'emprise de la jeune femme. Une impressionnante colère commença alors à bouillir contre mes tempes. Je ne savais plus où j'en étais. Véritablement, je ne l'avais jamais su. J'avais toujours flotté dans cet entre deux de raison et déraison sans savoir vers où penchait mon allégeance.

- Il y avait du sang, grinçai-je. Je l'ai vu. Il était là.

Cela ne veut pas pour autant dire qu'il était réel, éluda la jeune femme rousse en souriant légèrement.

C'était comme sa façon à elle d'être gênée. Mais cela m'agaça plus encore, et je tournai brusquement les talons afin de me diriger vers la falaise. Je voulais y grimper. J'avais besoin d'air. De hauteur. Je ne voulais plus la voir. Plus les voir. Je ne voulais plus rien. Je ne sentais plus rien sinon les affreux battements irréguliers de mon cœur et les tremblements dans le bout froid de mes doigts.

- Hojo, attend !s'écria Vitany en m'emboîtant le pas, alors que je m'engageais sur le sentir menant en haut de la falaise qui nous surplombait.

Je fermai les yeux, et accélérai le pas jusqu'à me mettre à courir. Tout cela devait prendre fin. Les morts, Pretta, Vitany, le labo, Pretta, les morts, les morts, Vitany, Pretta. Cela ne faisait que tourner en boucle dans mon crâne douloureux, se répercutant avec une violence inouïe contre ses bords. Cela n'avait aucune fin. Il y avait plus de mille voix qui se confondaient avec mes pensées, plus de mille sentiments, des sentiments qui n'étaient pas les miens. Je les sentais comme étrangers, je me sentais trois à l'intérieur de mon propre corps.

Je ne stoppai ma course qu'une fois au bord de cette immense falaise, sans jamais prêter attention aux cris de Vitany qui me poursuivait. Je me redressai, surplombant pour la première fois la majesté du grand lac que j'avais eu tant l'habitude d'admirer d'en bas. Du haut de cette masse rocheuse brune, tout me sembla petit, si ce n'est le soleil qui lui m'apparut comme énorme. Brûlant, nimbé de lumière, et aveuglant. Je dus plisser les yeux.

- Hojo.

Je ne tournai pas la tête. Le souffle de Vitany était rauque d'avoir couru pour me rattraper, et je la vis me passer devant afin de placer une main sur mon épaule. Curieusement, ce morceau de chair blanc m'apparut comme un parasite, et je fronçai les sourcils.

- Arrête toi, Hojo, reprit la jeune femme.

Comme toujours, elle ne semblait pas paniquée. Pas même préoccupée. C'était un mélange curieux d'amour et de sympathie enfantine.

- Vitany, je ne peux pas faire comme si rien ne s'était passé, grondai-je à son intention, lui signifiant mon agacement grandissant.

Ma colère rugissait comme une tempête dans un coin de ma tête, et je sentais mes muscles trembler.

- Bien sûr que si, répliqua-t-elle d'une voix tout à fait naturelle, son sourire reprenant le dessus. Car tu as toujours été comme cela, Hojo. Ce n'est rien de plus que ta plus profonde nature.

Ce fut trop. Beaucoup trop pour que je me contienne. Je ne pouvais accepter ce qu'elle me disait. Ma part de colère le refusait. Elle le refusait si fort que d'un geste brusque, je détachai sa main de mon épaule, ce qui ne fut pas sans lui faire hausser doucement un sourcil. Malgré tout, elle n'était pas surprise. Elle n'en donnait pas l'impression.

- Ma nature profonde, répétai-je d'une voix sombre.

Je n'étais rien de cela. Je n'étais pas fou. Je n'étais pas un monstre. Je n'étais rien de tout cela. Elle avait tort, affreusement tort.

- Tu n'es même pas réelle !hurlai-je sans pouvoir m'en retenir, la poussant bien trop violemment de mes deux mains.

La dernière chose que je vis fut son regard opalin se voiler pour la première fois de frayeur, et son corps féerique chuter de la falaise sous mon impulsion, entraînant à sa suite une myriade de cheveux roux.