Salut à tout(e)s, voilà le chapitre 2 ! Attention, quelques descriptions de torture (pas trop graphiques, cependant) et léger Destiel en amorce ;)

Bonne lecture !


Dean en eut le souffle coupé.

Chaque cellule de son corps s'était retrouvée irrésistiblement attirée par le mur froid derrière lui, comme si on l'avait transformé en aimant humain et collé contre un réfrigérateur démesuré. Il ne pouvait bouger que la tête.

L'ange s'approcha de lui d'une démarche souple et rapide.

- Où as-tu vu ce symbole ? répéta-t-il.

- Chez ta mère, répliqua Dean avec un rictus insolent.

Son tortionnaire plissa ses yeux céruléens.

- Je n'ai pas de mère, seulement un Père.

Dean était perplexe : était-il sérieux ou était-ce le premier ange à faire de l'humour ? Il n'eut pas le temps de s'appesantir sur la question car ledit ange avança son visage tout près du sien, si près qu'il put sentir sur sa peau… absolument aucun souffle. Il ne respirait pas.

Et lui non plus, écrasé qu'il était par la pure puissance qui se dégageait de l'être qu'il dépassait pourtant de quelques centimètres. L'ange le sondait intensément du regard il avait l'impression qu'il lisait chaque page du livre de sa vie, de ses rêves, de ses pensées et de ses craintes les plus profondes.

Il fut contraint de baisser les yeux au sol. Jamais il ne s'était senti aussi nu de toute son existence.

L'être finit par reculer d'un pas, à son grand soulagement.

- Je ne veux pas te faire du mal. S'il-te-plait, réponds à ma question.

Le jeune homme comprit sa stratégie.

- Tu comptes alterner bon et méchant flic jusqu'à la fin des temps ? Parce que je commence sérieusement à m'ennuyer, là.

La commissure des lèvres de l'ange se recourba en un sourire quasi imperceptible. Il hocha la tête, leva une main devant lui et la tourna comme pour ouvrir un bouton de porte invisible.

Dean grogna de douleur : tous ses organes internes avaient suivi le mouvement, s'étaient tordus et emmêlés les uns dans les autres en une sensation des plus désagréables.

- Où as-tu vu ce symbole ?

Il cracha un filet de bile mêlé de sang pour toute réponse.

L'ange s'attaqua alors à sa gorge, l'étouffant jusqu'à ce qu'il soit à la lisière de l'évanouissement, puis libérant son étreinte, avant de recommencer la manœuvre, encore et encore, tandis que Dean luttait contre les larmes qui lui brûlaient les yeux.

Mais comme ce dernier persistait dans son silence, l'être revint vers lui et lui envoya un coup de poing qui projeta une gerbe de sang contre la paroi adjacente. Il le frappa encore une fois, et Dean entendit plus qu'il ne sentit l'os de sa pommette gauche se briser sous l'impact.

- Où. As. Tu. Vu. Ce. Symbole ? asséna l'ange en ponctuant chaque mot d'un crochet à la précision chirurgicale.

- C-c'est bon, je t'en prie, arrête, je vais tout te dire, pitié… ! gémit Dean d'une voix rauque.

La force qui l'immobilisait disparut immédiatement ses jambes vacillèrent sous son poids nouvellement retrouvé et il faillit s'effondrer. La pièce tournait furieusement autour de lui, ce qui ne l'aidait pas à se débarrasser de ses nausées. Il lui semblait que ses viscères étaient toujours sans dessus dessous.

Les mains jointes derrière le dos et l'air pensif, l'ange entreprit sans se presser de tourner autour de la table au centre de la pièce. Il aurait pu tout aussi bien se balader dans un parc par une belle journée ensoleillée. Dean devina qu'il lui laissait ainsi le temps de récupérer avant d'écouter ses aveux et profita de ces précieuses secondes d'inattention pour prendre un peu du liquide poisseux qui ruisselait sur son menton et peindre à l'aveuglette derrière lui un sceau qu'il avait appris par cœur. Son bras cassé tremblait et l'élançait à chaque mouvement, mais sa mission était bien plus importante que sa souffrance.

- Est-ce que tu peux te rapprocher… ? Je ne peux pas… parler très fort, demanda-t-il à l'ange en mentant à peine; il avait encore l'impression d'avoir du papier de verre à la place de la trachée.

L'ange fronça les sourcils, mais accéda à sa requête.

Dean jubilait intérieurement, drogué à l'adrénaline.

Quand il fut assez près de lui, il caressa sa mâchoire carrée puis passa un doigt sanguinolent sur ses lèvres, ces lèvres larges et rose pâle, sentant chacune de leurs nombreuses stries, et putain si ça n'avait pas été un emplumé, je me le serais bien fait, pensa-t-il confusément à travers le bourdonnement incessant qui lui vrillait la cervelle.

L'ange s'était figé à son contact, totalement pris au dépourvu. Comme subjugué, il dévisagea Dean, ses yeux verts mis en valeur par ses ecchymoses violacées, sa barbe de trois jours, sa lèvre fendue, sa pomme d'Adam qui faisait l'ascenseur et il ne sentit pas la main du jeune homme se glisser dans son trenchcoat.

- A plus, cul plumeux, susurra Dean avant de faire un pas de côté et de plaquer sa paume sur le sceau contre le mur.

Le dessin s'illumina et l'ange se volatilisa avant de pouvoir comprendre ce qui lui arrivait, happé par son rayonnement.

Dean était abasourdi : cela avait fonctionné. Il avait réussi.

Il contempla l'objet qu'il avait dérobé à l'ange et partit d'un rire triomphant qui se mua en quinte de toux.

Une fois remis de cette dernière, il décida de graver une lettre sur le plateau en guise de signature mais aussi de provocation, tel un tueur en série signant ses macabres œuvres à l'intention de la police qui le rechercherait en vain.

Au cas-où l'ange se repointerait ici, se dit-il sans trop savoir pourquoi.

Au moment-même où il dissimulait l'objet sous son sweatshirt, la porte de la cellule s'ouvrit à la dérobée et le commissaire se jeta sur lui en brandissant une matraque.


Le commissaire n'avait quitté son poste d'observation derrière la vitre de la salle d'interrogatoire que le temps d'aller se prendre une tasse de café.

Quand il fut de retour, il découvrit le prévenu, seul, et un dessin incompréhensible fait de ce qui ressemblait à du sang coagulé contre le mur du fond. Un juron sur les lèvres, il posa sa tasse sur le premier bureau à sa portée et déverrouilla la porte automatique, qui se referma derrière lui en un claquement sourd.

Dean esquiva le coup de matraque et se servit du bras du commissaire comme levier pour le faire basculer par-dessus son épaule droite; à peine eût-il touché le sol qu'il l'immobilisa en s'asseyant à califourchon sur son ventre bedonnant et le frappa de son poing valide de toutes ses forces, vif et rétractif comme la morsure du serpent à sonnettes, comme lui disait Bobby.

Cela suffit à mettre le Fidèle hors d'état de nuire. Dean se releva péniblement, prêt à accueillir d'autres policiers de la même manière, lorsqu'une explosion fit trembler les murs du commissariat tout entier. Il entendit des cris et des bruits de course désordonnée à l'extérieur de la cellule. A peine une minute plus tard, des dizaines de téléphones se mirent à sonner.

Au bout d'un moment qui lui sembla une éternité, le silence retomba. Dean crut que ses renforts étaient arrivés; hélas, ce fut un policier qui déverrouilla la porte métallique, pointant un flingue sur lui.

Il s'attendit à voir sa vie défiler devant ses yeux mais tout ce qu'il vit fut un géant aux cheveux mi-longs désarmer habilement l'agent avant de l'électrocuter avec son propre taser.

- T'en as mis du temps, Sammy, sourit Dean, le reconnaissant au premier coup d'œil malgré le foulard noir qui lui cachait le visage.

- Désolé, Dean, j'ai fait le plus vite que j'ai pu mais y'a eu un retard dans le mécanisme de détonation…

Sam aperçut le commissaire étendu sur le sol derrière son frère ainé, caricature grossière d'une étoile de mer.

- … mais je vois que tu t'en es très bien sorti tout seul.

- Tu as l'air surpris ! s'exclama Dean d'un air faussement offensé.

- Non, j'étais sûr que tu y arriverais, et Bobby aussi, sinon il ne t'aurait jamais chargé de cette mission.

Lorsque Dean voyait la fierté qu'il inspirait chez son petit frère, comme c'était le cas à cet instant précis, il se sentait invincible, prêt à affronter une armée entière d'anges armé de son seul courage. Il était prêt à remuer ciel et terre pour lui offrir un avenir décent, il ne reculerait devant rien, et cette certitude l'effrayait souvent.

Sam glissa son bras sous l'épaule valide de son ainé et l'aida à sortir du commissariat déserté; tous les policiers s'étaient en effet rués vers un vieil immeuble locatif qui s'était effondré par un heureux hasard à deux rues d'ici. Immeuble qui avait bien évidemment été au préalable vidé de ses occupants grâce à moult pots-de-vin versés par la RT.

Une fois à l'extérieur, ils s'engouffrèrent le plus rapidement possible dans une ruelle étroite qui débouchait sur une petite cour intérieure ornée de pots de fleurs et percée d'une bouche d'égout.

Sam en souleva la plaque avant d'aider Dean à descendre, puis il le suivit dans les souterrains de la ville. Il s'agissait de vrais labyrinthes, humides, sombres et nauséabonds; n'importe qui les auraient eus en horreur mais pas eux, qui y avaient trouvé un foyer, ni la RT, qui en avait fait son refuge.

Après quelques détours dans les tunnels, ils tombèrent sur un bateau à moteur dont la peinture noire soigneusement entretenue étincela dans le faisceau de la lampe torche; ils montèrent à bord, larguèrent les amarres et mirent le contact.

- Putain, ce que j'aime ce bruit, dit Dean en écoutant ronronner le moteur.

- Tu aimes un peu trop ce bateau, répondit Sam en riant, assis à ses côtés sur la banquette en cuir blanc.

- Ouais et ben… C'était le bateau de papa. Les seuls moments que je passais avec lui étaient quand il décidait de m'emmener aux réunions du Conseil. Il me faisait monter sur son bateau et m'expliquait comment il fonctionnait, comment le conduire, comment en prendre soin… Parfois, il accélérait comme un fou dans les virages pour asperger d'eau les rats sur les rives… Il savait que ça me faisait tellement rire…

Le sourire de Dean se fana graduellement, son expression passant de pur bonheur à nostalgie, puis finalement, au deuil. Il relégua le souvenir à l'arrière-plan de sa conscience et se mura dans le silence.

Cela peinait Sam de le voir se refermer sur lui-même afin de garder sa tristesse pour lui seul. Certes, son père lui manquait à lui aussi, mais Dean étant plus âgé, il avait pu passer plus de temps avec lui et l'avait de plus toujours idolâtré; il lui manquait donc beaucoup plus.

Sam donnerait tout pour partager sa peine, alléger ne serait-ce qu'un peu le fardeau qui pesait sur ses épaules depuis que leur mère était morte. Toutefois, Dean était son grand frère, et les grands frères se devaient d'être forts et de protéger à tout prix leurs petits frères, même si cela signifiait parfois devoir les protéger d'eux-mêmes.

Ils arrivèrent au quartier général de la RT, point névralgique du réseau où la plupart des canaux se rejoignaient pour former un lac souterrain d'une centaine de mètres de diamètre, muni d'un port et même d'une buvette. Ils débarquèrent sur les quais et y retrouvèrent les autres rebelles qui avaient aidé Sam à faire diversion pour libérer Dean. Ces derniers étaient rentrés au bercail par d'autres voies, par mesure de prudence. Ils se dirigèrent vers le bar de fortune après les avoir remerciés chaleureusement.

- Salut, Ash, tu sais où est Bobby ? demanda Dean en s'affalant à moitié sur le comptoir en bois.

Maintenant que la tension était retombée, il sentait très distinctement chacune de ses blessures. Cela avait été une looongue journée.

- Waouh t'as pris cher, mon pote ! Bien sûr, il est à la salle de réunion. Le pauvre était tellement stressé qu'il a presque vidé mon stock de scotch, lui répondit l'intéressé, un gringalet à la coupe de redneck.

Ash lui tendit un whisky sans glaçons.

- Tiens, c'est ma tournée, lui dit-il avec un clin d'œil.

- Oh mec, tu as toujours eu les mots qu'il faut, répliqua Dean sur le même ton dragueur.

Sam, qui avait aussi eu droit à son verre, sourit discrètement; c'était rare de voir deux ex-amants s'entendre si bien après leur rupture. En même temps, ils n'avaient été ensemble que brièvement, le temps d'une soirée trop arrosée, et s'étaient rendus compte le lendemain qu'ils préféraient rester amis.

Les deux frères entrechoquèrent leur verre avant de le vider d'une traite, leurs mouvements parfaitement synchronisés.


L'ange réapparut dans la cellule, intact mais encore plus renfrogné qu'avant sa visite forcée au Paradis. Le commissaire, accompagné de l'homme que Sam avait électrocuté, le rejoignit dès qu'il l'aperçut et se confondit en excuse :

- Ah vous êtes là, je suis vraiment, vraiment navré, je me suis absenté trente secondes le temps de prendre un café et quand je suis revenu, vous aviez disparu, alors j'ai essayé d'assommer le prévenu pour ne pas qu'il s'échappe mais-

- Je sais, l'interrompit l'être en soupirant. Vous l'avez sous-estimé, j'ai fait la même erreur.

Il affichait une expression indéchiffrable.

- … Oui… Un autre individu l'a aidé à s'enfuir; il a maitrisé cet officier, qui était resté ici pour surveiller le prévenu, mais il n'a pas pu voir son visage…

L'ange observa les deux Fidèles à tour de rôle. Ces derniers suaient à grosses gouttes, croyant leur dernière heure arrivée, pourtant il se contenta de déclarer :

- Je veux que vous diffusiez les images de la caméra de surveillance sur toutes les chaînes et dans tous les journaux : lancez un avis de recherche sur le prévenu. Il y aura une grande récompense à la clé. Et vous feriez mieux de retrouver son acolyte, ainsi que les auteurs de l'attentat à la bombe. Me suis-je bien fait comprendre ?

- Dieu merci ! Je veux dire oui, à vos ordres, bredouilla le commissaire qui se dépêcha d'aller relayer les ordres à ses subalternes.

Une fois seul, l'ange prit le sceau en photo sur son portable, puis l'effaça d'un claquement de doigts. Juste avant de s'en aller, il repéra une marque gravée sur la table à l'aide d'un instrument au tranchant caractéristique, un tranchant qu'il reconnaitrait entre mille. Il porta aussitôt la main à la poche intérieure de son trenchcoat et serra les dents lorsque ses craintes se confirmèrent; elle était vide.

Il parcourut la gravure du bout de l'index, lentement, aussi délicatement que son auteur avait caressé son visage quelques heures plus tôt. Il se remémora l'intégralité de l'interrogatoire mais son esprit semblait porter une plus grande attention au jeune homme et à son geste qu'aux éventuels indices qui lui permettrait de le retrouver.

Il pouvait encore goûter son sang sur ses lèvres.

Songeur, l'ange lut à haute voix :

« W »…


Voilà, j'ai essayé d'introduire pleins de nouveaux éléments et personnages dans ce chapitre, j'espère que c'est pas trop bordélique^^' Je pars en vacances demain et je serais de retour dans 2 semaines, donc il vous faudra être patientes pour le chapitre 3 ;)

A bientôt !