Me voilà de retour avec un chapitre plus long cette fois-ci !
Suggestion musicale pour la deuxième partie de ce chapitre 5 : The Eden Projet – Crazy In Love feat. Leah Kelly (j'en profite pour vous conseiller de regarder les 2 dernières fanvids de ma playlist Best Slash Vids sur youtube (lien sur mon profil) car elles utilisent à merveille cette même chanson et qu'elles sont très sexyyy ;))
Bonne lecture !
Une jeune femme aux longs cheveux bruns pleurait au-dessus d'un berceau dans la pouponnière d'un hôpital public. Elle serrait contre sa poitrine un nouveau-né inconsolable en implorant à mi-voix quiconque pouvait l'entendre de bien vouloir l'aider, parce qu'elle était désespérée et impuissante devant la souffrance de son enfant.
Parce que si les anges existaient, il devait forcément y avoir un Dieu, là-haut, qui écoutait ses prières. Du moins s'efforçait-elle de le croire, malgré le silence qui suivait invariablement chacun de ses sanglots.
Un soir, toutefois, ses efforts furent récompensés; alors qu'elle relevait la tête pour scruter la pièce aseptisée pour la centième fois, à la recherche d'un signe, de quoi que ce soit qui aurait prouvé qu'elle avait été entendue, qu'elle n'était pas seule, elle vit un homme vêtu d'un long trenchcoat beige se tenir en face d'elle.
Elle sut tout de suite qu'il n'était pas vraiment un homme et recula instinctivement, cachant son bébé dans le creux de ses bras et faisant bouclier de son corps dans un réflexe maternel.
Castiel fut peiné par sa réaction. Il se mordit les lèvres puis baissa les yeux au sol, contrit et confus de l'être. Des sentiments, des interrogations qu'il avait réussi à taire durant tous ses millénaires d'existence rampaient désormais sans chaînes sous sa peau. Dieu nous a-t-il réellement créés pour inspirer la terreur chez ses créatures préférées ?
- N'ayez pas peur, madame. Je souhaite seulement guérir votre enfant.
La femme le fixait toujours avec défiance, mais la détermination était perceptible dans son regard brouillé. Elle n'avait pas une chance contre lui, pourtant elle était prête à donner sa vie pour protéger sa progéniture; Castiel admirait cette facette de l'humanité.
- Elle pleure depuis deux jours entiers, n'est-ce pas ?
- … Oui.
- Écoutez, je sais- j'imagine que c'est difficile pour vous, mais s'il-vous-plaît… faites-moi confiance. Les anges peuvent aussi faire des miracles.
Elle l'étudia nerveusement. Pesa le pour et le contre. Fit son choix.
Elle se rapprocha de lui et déplia délicatement ses bras afin qu'il ait accès à son bébé. Castiel lui sourit gentiment, à la fois pour la remercier et pour lui demander la permission, avant de poser deux doigts sur le front de la petite.
D'un coup, les vagissements de cette dernière cessèrent. Le silence fut si soudain que la mère, surprise, éclata d'un rire mêlé de larmes.
- Oh mon Dieu ! Clara… Clara…
Elle avait de la peine à y croire : elle regardait Castiel, puis son bébé, et de nouveau Castiel. Elle avait peur de se réveiller dans ses habits de la veille, avachie sur la rambarde du petit lit de sa fille en pleurs, encore. Elle avait peur que le docteur lui dise qu'il n'y avait rien à faire, que les infirmières lui disent qu'elle ne pouvait pas rester, que sa fille dérangeait tous les autres bébés. Encore.
- Elle avait une hernie inguinale… c'est très difficile à déceler, cela ne m'étonne pas que le médecin l'ait manquée, expliqua l'ange.
Le nouveau-né les observait tous les deux de ses grands yeux clairs, plus apaisé qu'il ne l'avait jamais été. Il leur offrit même un sourire édenté, sourire que sa mère vit pour la première fois depuis qu'elle l'avait mis au monde.
Cela suffit à la convaincre qu'elle ne rêvait pas; sous le coup de l'émotion et de la fatigue accumulées, elle se laissa tomber contre Castiel plus qu'elle ne se blottit contre lui, son enfant niché entre eux.
D'abord pétrifié, l'ange finit par lui rendre maladroitement son étreinte en tapotant son dos avec hésitation.
- Merci… Merci mille fois !
- … Je vous en prie, madame.
Dans le couloir en face de la nursery, un Fidèle en blouse blanche avait assisté à toute la scène. Il remonta ses lunettes sur son nez aquilin et s'éloigna.
Dean sortit de sa cachette et s'avança vers l'ange qui n'avait pas changé d'un poil depuis leur dernière rencontre. Il aperçut alors Sam derrière lui; allongé sur le flanc près de la porte de service, ses jambes démesurées recroquevillées contre lui, il ne bougeait pas.
Dean sentit une rage aveugle monter en lui, immédiatement talonnée par une peur si grande qu'il eut l'impression de perdre pied et de tomber dans un abîme sans fond.
- Espèce de fils de pute, tu m'as dit que tu ne le blesserais pas si je sortais ! rugit Dean, les poings serrés mais restant à bonne distance de l'être surnaturel.
- Il n'est pas blessé. Juste endormi.
Silence tendu. Les deux adversaires se jaugèrent mutuellement, tournant l'un autour de l'autre à la manière des fauves sans même s'en rendre compte.
- Comment m'as-tu retrouvé ? Comment as-tu su que c'était un piège ? demanda Dean, sa main planant juste au-dessus de la Lame dans sa veste, prêt à la dégainer au moindre mouvement hostile de l'ange.
- Eh bien, des anges disparaissaient et ne se représentaient plus à leur poste. Ils ne répondaient plus non plus à l'appel... Or, la seule raison qui pousserait un ange à agir de la sorte serait sa propre mort.
Dean déglutit.
- Ces mêmes anges travaillaient tous dans ce périmètre, et le dernier d'entre eux a été vu suivre un clochard… A partir de là, trouver cet endroit était un jeu d'enfant.
D'un mouvement brusque de la main, il cloua Dean contre une des colonnes en béton qui soutenait la toiture du hangar. Comme un air de déjà-vu… ironisa mentalement le jeune homme à court de souffle, suspendu dans le vide. L'ange s'approcha de lui, les sourcils froncés de colère.
- Quant à leur disparition… Seule une Lame angélique pouvait en être la cause… Une Lame du genre de celle que tu m'as volée.
Le ressentiment avait transformé sa voix en un grondement sourd qui avait fait frissonner Dean de tout son être. Un grondement aussi beau qu'effrayant, comme le tonnerre un soir d'été.
- Tu as tué mes frères d'arme. Et si j'en juge par le Piège Angélique derrière nous, tu ne t'es pas contenté de prendre leur vie…
Dean sourit férocement et opta pour la provocation; quitte à mourir, autant infliger le maximum de dégâts possible à son ennemi auparavant.
- T'as raison, Castiel... (l'ange plissa ses yeux céruléens, surpris qu'il connaisse son nom) je les ai torturés, tes potes. Et ils m'ont supplié. Tu veux savoir lesquels d'entre eux étaient des mauviettes ?
L'ange empoigna sa gorge et le décolla du pilier par la seule force de son bras.
- Comment oses-tu… Pourquoi ? siffla-t-il entre ses dents serrées.
Dean s'agrippa tant bien que mal à son avant-bras pour ne pas étouffer.
- Parce que vous tous, vous êtes une putain de vermine pour ce monde… Un monde qui ne vous appartient pas, d'ailleurs, que vous nous avez volé. Parce que les hommes se lèvent chaque matin dans la crainte d'être la prochaine victime sur votre liste, pour une faute que vous aurez décidé qu'ils ont commise ou parce qu'ils auront contrarié l'un de vous ou de vos larbins humains… Parce que les enfants font nuit après nuit des cauchemars à propos de vous, des cauchemars dans lesquels vous torturez leurs parents avant de les exécuter sous leurs yeux, cracha-t-il péniblement, le regard brillant de larmes et de haine.
Pour une obscure raison, ses paroles semblèrent toucher Castiel; il le dévisagea brièvement, puis le lâcha avant de faire quelques pas, les mains sur les hanches, la tête baissée. Dean toussa tandis que l'air circulait à nouveau dans sa gorge meurtrie, tout en le surveillant du coin de l'œil, perplexe.
- Pourquoi le « W » ? demanda l'ange à l'improviste.
- Quoi ?
- Pourquoi le « W » que tu as gravé sur la table de la salle d'interrogatoire ?
- Ah, ça… C'est l'initiale de mon nom de famille.
Il s'immobilisa et le fixa étrangement.
- Qui est… ?
- Winchester. Dean Winchester.
Castiel afficha une expression soigneusement vide mais Dean discerna le léger tremblement de sa lèvre supérieure. Avant qu'il ne puisse le questionner à ce propos, l'ange poursuivit :
- Donc ton but- votre but, c'est de tous nous éradiquer et de récupérer la Terre ?
Dean hocha les épaules.
- En résumé, ouais.
- « En résumé » ?
Le jeune homme ricana :
- Attends, mec, tu crois quand-même pas que je vais tout te dévoiler sans même que tu m'aies offert un verre ?
L'ange parut déconcerté et pencha la tête sur le côté.
- Un verre ? Pourquoi t'offrir un simple récipient t'amènerait-il à parler ?
Dean se pinça l'arête du nez, excédé. Ah d'accord. C'est à ce point-là.
- Non, j'entends, un verre plein, tu sais, d'alcool… Dans un bar.
- Oh.
La discussion prenait décidément une tournure bizarre qui rendit Dean mal-à-l'aise. Pourquoi respirait-il toujours ? Pourquoi l'ange voulait-il prendre le temps de comprendre ses raisons, et non pas le jeter lui et son frère dans un cachot pour les torturer et leur soutirer des infos sur la RT ? Pourquoi ne se sentait-il pas en danger alors qu'il avait toutes les raisons de l'être ?
Pourquoi l'ange avait-il désormais de la peine à le regarder en face, lui qui avait l'habitude de le fixer sans ciller ?
- Je sais que tu penses agir pour le bien de tes semblables mais…
- J'en suis persuadé, l'emplumé.
- … tu as tué mes frères, continua l'ange en ignorant l'interruption de Dean. Ils n'étaient pas seulement mes subordonnés, ils étaient ma famille. Tu comprendras que je ne peux laisser ces crimes impunis.
Il leva sa main droite et la Lame apparut dans celle-ci alors qu'elle se trouvait encore dans la poche de Dean une fraction de secondes plus tôt. Il vérifia qu'elle était intacte avant de marcher d'un pas résolu vers sa cible, qui recula en jurant.
- Attends, attends, s'il-te-plait, pourquoi demander tout ça ? Qu'est-ce que ça peut bien te faire, pourquoi on fait tout ça ?
- Simple curiosité, je suppose…
- Conneries. Quelque chose me dit que ta conscience te titille. Que tu commences à voir les anges tels qu'ils sont…
- Les anges vous ont empêchés de vous entretuer ! Nous sommes là pour vous protéger, et pour cela, il nous est parfois nécessaire de prendre des mesures drastiques.
Dean continuait à reculer, campé sur ses jambes arquées.
- Comme nous garder en esclavage ? Comme nous garder en cage, surveiller nos faits et gestes pour nous trucider au moindre soupçon ?
- Oui, pour le bien du plus grand nombre !
- Putain, mais tu t'entends parler ? J'ai l'impression d'écouter la connerie de propagande que vous passez à la TV…
- Ne te tais-tu donc jamais ?! s'énerva Castiel en se projetant en avant pour attraper Dean.
Une fois que l'ange fut précisément là où il le voulait, Dean esquiva sa poigne de fer et lança un briquet à ses pieds; deux lignes de flammes s'embrasèrent rapidement et se rejoignirent pour former un cercle autour de Castiel, qui évita juste à temps de finir carbonisé. Il étouffa la flammèche qui crépitait sur le bord de son trenchcoat et grimaça de douleur lorsqu'elle lui brûla la paume.
- Non, mais on m'a toujours dit que c'était ce qui faisait mon charme, répliqua Dean d'un air suffisant. Ecoute-moi bien maintenant. Tu vas nous laisser partir, et en échange je te laisse la vie sauve… Et pas la peine d'essayer d'appeler des renforts, les sceaux t'en empêcheront.
L'ange rit. Un son inattendu mais non désagréable qui prit Dean au dépourvu autant qu'il lui glaça le sang.
- Vraiment, gamin ?
Trois paires d'ailes immenses se déployèrent sous la forme d'ombres derrière lui alors que l'installation électrique de la scierie survoltait et qu'une lueur bleue irradiait de ses yeux.
- Je suis un séraphin, pauvre fou, déclara-t-il d'une voix tonitruante.
Au milieu des éclairs et des étincelles qui virevoltaient dans tous les sens, Dean le vit porter son attention sur les parois couvertes de graffitis et réalisa avec horreur qu'il avait trouvé les symboles; toute la salle se mit à trembler et des fissures apparurent, les brisant l'un après l'autre.
- Merde !
L'ange se concentra ensuite sur le plafond, jusqu'à ce qu'un pan de ce dernier s'écroule avec fracas sur le cercle, abaissant d'abord le mur de feu puis l'éteignant complètement.
- Merdemerdemerde ! jura Dean en se faisant volteface pour prendre ses jambes à son cou.
Mais Castiel lui barra la route; il eut l'impression de percuter un mur de briques. Alors qu'il titubait encore suite à l'impact, l'être posa doucement sa main sur sa joue. Le réseau de câbles au-dessus de leur tête arrêta de grésiller, toutefois, l'air ne se retrouva pas déchargé de son électricité.
Bien au contraire.
Dean se figea, les sourcils haussés de surprise et les lèvres entrouvertes en une question muette. Les saphirs de l'ange passèrent de son attelle à sa pommette gauche, qui s'était refermée mais qui avait conservé une vilaine bosse violacée, l'os s'étant mal ressoudé en-dessous.
- Je suis désolé, murmura Castiel.
Avant que Dean ne puisse lui demander pour quoi, il sentit une vague de chaleur paradoxalement rafraichissante parcourir son visage, son cou, son torse, ses bras… Il sentit les os se remodeler comme de l'argile, les muscles se détendre par-dessus eux, sa peau picoter.
Toute trace de douleur avait disparu. Il se sentait incroyablement bien, comme s'il flottait sur un nuage dans le ciel bleu, que rien ne pouvait l'atteindre. Un bien-être tel que son cerveau peinait à l'appréhender.
Et l'ange le regardait toujours avec attention, ses yeux se posant tour à tour sur les siens, sur son front, sur son nez, sur ses lèvres… Le temps n'avait plus d'emprise sur eux, le monde entier retenait sa respiration devant ces deux êtres qui se savaient inextricablement liés.
- Fuis, avant que je ne change d'avis.
Dean n'en crut pas ses oreilles.
- Fuis ! répéta Castiel plus sévèrement.
Cette fois, il obéit. Il lui jeta un dernier regard circonspect avant de se débarrasser de son attelle, de hisser son frère inconscient par-dessus son épaule et de sortir de la scierie au pas de course.
Le jeu du chat et de la souris continue ! Ah ces deux-là, toujours en train de se répondre comme des miroirs, toujours en train de surprendre l'autre avec plus d'un tour dans leur sac
PS: la réplique de Dean quand il dit avoir torturé les potes de Castiel et qu'il lui demande s'il veut savoir lesquels d'entre eux étaient des mauviettes sort tout droit du film The Dark Knight (2008) et de la bouche de mon bien-aimé Joker. Si vous aviez noté la référence, vous avez gagné un cupcake virtuel ;)
