Bonjour à toutes et à tous, je suis de retour après une longue absence et je m'en excuse... L'histoire m'a posé énormément de problèmes de cohérence et, ouais, l'inspiration jouait à cache-cache...

Êtes-vous prêt(e) pour un chapitre "emotional roller-coaster" ?


- Le seul et l'unique, répondit Balthazar en faisant la révérence.

Tendu, Dean observa les deux anges à tour de rôle. Son instinct lui disait de se battre ou de fuir mais Castiel ne semblait plus être sur la défensive, alors il n'esquissa aucun geste dans l'une ou l'autre direction.

- Où étais-tu passé ? Nous te croyions mort…, dit le séraphin d'une voix grave, un léger trémolo sur la dernière note.

Balthazar fit un sourire narquois qui énerva instantanément Dean. Ne voyait-il donc pas que Castiel s'était inquiété pour lui ?

- Ah, les anges. Si naïfs. Si crédules. Tout ce que j'ai eu à faire c'est disparaitre de votre radar et tout de suite, la seule explication possible, c'est que je suis mort. Mais non, j'en ai tout simplement eu marre.

- … Marre ? répétèrent Dean et Castiel en chœur.

L'ange leva les yeux au ciel comme s'il avait affaire à deux attardés mentaux. S'il continuait ainsi, Dean se verrait dans l'obligation de lui mettre son poing dans la figure pour lui inculquer un minimum de respect.

- Oui. Marre de devoir suivre des ordres insensés. Marre de m'ennuyer. Marre de devoir malmener des créatures dont nous avons tant à apprendre… Oh et j'ai tant appris, Castiel. Mais je pense que toi aussi, ricana-t-il en désignant Dean de son verre.

Le séraphin pinça les lèvres et fit de son mieux pour éviter le regard du jeune homme qui attendait sa réaction avec un intérêt soigneusement déguisé en lassitude. Devait-il nier les sous-entendus déplacés de son frère d'arme au risque de blesser Dean, plus qu'il ne l'avait déjà fait ? Ou les confirmer et les mettre tous les deux en danger ?

- Je te taquine, Cassounet ! rigola Balthazar avant de boire une gorgée de scotch. Je serais bien le dernier à pouvoir critiquer tes relations intimes… Après tout, hier j'ai eu un- il y a un mot pour désigner les ménages à douze ?

Dean fronça les sourcils à deux reprises. Cassounet ? Ménage à douze ?

- Pas à ma connaissance, répondit Castiel le plus sérieusement du monde.

Ils se connaissaient manifestement depuis très longtemps, vu que l'excentricité de Balthazar et ses surnoms ridicules ne déstabilisaient même plus le séraphin.

L'ange considéra ce dernier un court instant pendant lequel sa façade nonchalante et je-m'en-foutiste s'effrita pour dévoiler une sincère appréhension :

- Tu ne vas pas… me dénoncer, hein ?

- Cela dépend, répliqua sèchement Castiel à la surprise générale.

Son regard sévère était fixé sur son frère d'arme, qui fit discrètement un pas en arrière. Épaules carrées et menton volontaire, tout son être exprimait la menace et il le savait, il en jouait même, ce que Dean trouvait terriblement sexy. Balthazar avait l'air intimidé mais il pouvait très bien être un excellent acteur.

- … de quoi ?

Dean aperçut un éclat argenté dans la manche de son veston noir et jura à mi-voix. Une Lame.

- Je ne te dénoncerai pas à condition que tu ne me dénonces pas non plus, expliqua posément Castiel.

Balthazar soupira de soulagement et l'arme remonta dans sa manche comme par magie, toute trace de tension dans sa posture évaporée.

- Ah, mais si ce n'est que ça… Ne vous inquiétez pas, je ne vous ai jamais vus, ni toi, ni ton jules.

- Il ne s'appelle pas Jules.

Dean et Balthazar échangèrent un regard exaspéré mais attendri, et pour la première fois, le jeune homme se rendit compte qu'ils partageaient une réelle affection pour Castiel.

- Bon, sur ce, j'ai deux charmantes jeunes femmes qui m'attendent au bar, alors je vous souhaite une bonne soirée ! s'exclama l'ange avant de se faufiler dans la foule qui avait continué à danser autour d'eux pendant toute la durée de ces retrouvailles, imperturbable.

- C'est un sacré numéro, celui-là, fit Dean, les bras croisés.

- Tu n'as pas idée…, soupira Castiel à ses côtés.

Soudain, ils se rappelèrent de ce qu'il s'était passé avant que Balthazar ne les interrompe et la gêne les rattrapa à toute vitesse; la musique se fit trop forte, la chaleur insupportable, les gens étouffants.

- ça te dérange si on part ? demanda Dean en se frottant la nuque, les yeux rivés sur le sol moquetté.

- Non, au contraire.

Ils sortirent de la salle, récupèrent leurs affaires au vestiaire et payèrent le gardien avant de remonter à la surface. Là, Castiel posa la main sur l'épaule de Dean et les ramena tous les deux au ponton.

- Je crois que je ne m'y habituerais jamais, maugréa le jeune homme en frissonnant dans l'air humide du fleuve.

Castiel ne dit rien. Le paysage nocturne était féerique mais il ne voyait que Dean qui essayait de lui sourire comme s'il ne l'avait pas froidement repoussé après avoir répondu à ses avances.

Son cœur se serra.

- Dean… à propos de… ce qu'il s'est passé lors de notre danse, je-

- Non, c'est bon, j'ai pigé. J'ai été trop loin, c'est d'ma faute, le coupa Dean avec empressement.

Il se sentait déjà trop mal pour en plus avoir à entendre ses excuses et il n'avait certainement pas besoin de sa pitié.

Si cela doit être la faute de l'un de nous, cela ne peut être que la mienne, dit tristement Castiel.

Dean se haïssait. Il l'avait contraint à le suivre et l'avait séduit alors qu'il savait pertinemment n'avoir aucune chance avec lui. Et maintenant, c'était lui qui souhaitait en porter toute la responsabilité ?

- Je t'interdis de t'en vouloir, tu m'entends ? siffla-t-il en le pointant du doigt. C'est moi qui ai abusé de la situation et qui t'ai poussé à… faire quelque chose que tu ne souhaitais pas.

Le séraphin secoua la tête et il crut voir ses yeux céruléens briller de larmes dans le clair de lune.

- Dean, non…

L'intéressé ne le laissa pas terminer sa phrase, secrètement terrifié à l'idée de s'être trompé. Après tout, être rejeté serait plus facile qu'être aimé par lui. Pour tout le monde.

Et ce serait surtout plus compréhensible.

- Si. Alors je te propose quelque chose : on fait comme si de rien n'était, d'accord ? Comme si cette soirée n'avait jamais eu lieu.

Castiel le regardait avec une expression de pure souffrance qui mit Dean hors de lui.

Parce que l'étincelle qu'il avait créée et attisée avait fini par causer un incendie.

- … d'accord.

- Parfait.

Ils se contemplèrent en silence pendant quelques secondes, l'un désespéré, l'autre fulminant.

- Bon, passe-moi ta Lame, s'te-plait. Je t'appellerai pour te la rendre dès qu'on en aura plus besoin.

Castiel la lui tendit après un bref moment d'hésitation et Dean la prit en évitant soigneusement son regard peiné.

- Bonne nuit, Cas, dit-il sur un ton plus dur que nécessaire.

- Bonne nuit.

L'ange se volatilisa abruptement, laissant un Dean frigorifié et misérable sur le ponton.

Le jeune homme rentra au QG et passa comme une tornade devant son frère qui le bombarda de questions auxquelles il ne répondit pas. Il claqua la porte de sa chambre derrière lui et se laissa tomber sur son lit après avoir posé sa veste en cuir sur le dos de sa chaise.

Mais le sommeil ne vint pas.

Son esprit embrumé par l'alcool s'acharnait à rejouer en boucle sa danse avec Castiel et son corps semblait encore sentir ses mains puissantes le parcourir. Il se mit sur le dos pour que son érection n'appuie plus contre le matelas, hélas, le tissu rugueux de son jeans frottait toujours douloureusement sur elle.

Il ôta donc son pantalon et se retourna dans son lit encore et encore à la recherche d'une position confortable, avant de céder avec un juron; il enfouit rageusement sa main dans son boxer et empoigna son sexe qui ne voulait pas ramollir, se mordant les lèvres pour étouffer le grognement sourd qui lui échappa. Il se branla vite et fort, trop frustré pour prendre son temps et trop coupable pour mériter un meilleur orgasme.

Il ne pouvait s'empêcher d'imaginer que c'était Castiel qui le touchait, son regard perçant planté dans le sien, ses larges lèvres entrouvertes, des compliments obscènes s'écoulant de la bouche qu'il avait failli goûter ce soir et cette pensée le poussa à enfoncer ses talons dans le matelas et à se cambrer de plaisir.

Dean jouit dans un cri à travers ses dents serrées, sa semence parsemant son poing et son t-shirt noir. Il resta un long moment à fixer le plafond dans l'obscurité, jusqu'à ce que l'extase se soit dissipée et qu'elle soit remplacée par un dégout intense.

Pour lui-même. Pour ce qu'il venait de faire.

Un sanglot resta prisonnier de sa gorge.


Dean entra dans la cuisine du QG vêtu de son peignoir gris, ses cheveux encore humides pointant dans tous les sens. Charlie et Sam déjeunaient ensemble en discutant avec animation; ils se turent quand ils virent Dean se verser une grosse tasse de café avant de venir s'assoir à côté d'eux, l'air franchement maussade.

- Mauvaise soirée ? demanda son petit frère et Dean l'aimait plus que tout mais il aurait pu le tuer à cet instant précis.

Il ne lui avait même pas laissé le temps de prendre une gorgée, pour l'amour de Dieu.

- Oui et non, se surprit-il à dire la vérité, aussi contradictoire fut-elle.

Charlie et Sam échangèrent un regard interrogateur. Toutefois, ils optèrent pour la prudence et n'essayèrent pas de creuser le sujet davantage.

- Votre vidéo a eu du succès, regarde, vous êtes pratiquement des rock stars maintenant, déclara Charlie en posant son ordinateur portable devant Dean.

Le journal télévisé montrait des manifestants portant des drapeaux ou des vêtements arborant un grand « W » rouge sur fond noir alors qu'ils marchaient fièrement dans la rue contre les forces de police, puis une vidéo tournée avec un téléphone de mauvaise qualité montrant un employé à bout de nerf dessiner un Sceau d'Expulsion avec son sang contre le mur de son bureau pour envoyer son supérieur angélique au Paradis. Une belle femme blonde récitait sur la chaîne officielle: « Partout dans le monde, des révoltes éclatent contre nos Sauveurs : nous prions nos Fidèles d'ouvrir l'œil et d'avertir immédiatement un ange s'ils venaient à rencontrer des individus suspects ou à mettre la main sur les informations illicites qui circulent actuellement… ». Finalement, une vidéo montra un homme noir légèrement enrobé en train de châtier des rebelles à la chaîne sur un échafaud, un sourire ravi sur les lèvres tandis que ses victimes se liquéfiaient de l'intérieur. Dean frissonna, un goût âcre sur la langue.

- J'espère que ce fils de pute est sur notre liste, siffla-t-il.

- Je pense que oui, c'est l'ange qui est à la tête de la faction européenne : Uriel, expliqua Sam avec la même aversion.

Tous ces gens qui se démenaient à travers le monde pour aider la Résistance Terrestre, avec pour seule arme leur courage et le peu d'informations qu'ils leur avaient fournies. Qui partageaient leur vidéo et des prospectus au péril de leur vie pour que jamais le savoir ne retombe dans l'oubli. Une femme en Afrique avait même réussi à tuer deux anges avec une Lame angélique qu'elle avait subtilisée à un premier, avant d'être abattue par un Fidèle.

Tous ces gens qui souffraient et mouraient et qu'ils ne pouvaient pas tous sauver.

Dean serra les poings.

- Alors, qu'est-ce qu'on attend ?


Castiel n'avait plus une minute à lui, et c'était tant mieux : c'était tout cela de temps en moins qu'il pouvait passer à penser à Dean et à se culpabiliser.

Il marchait sur des œufs à longueur de journée, tâchant de diriger ses subalternes sur des fausses pistes pour épargner un maximum de rebelles, tout en devant régulièrement en sacrifier quelques-uns pour éviter qu'un ange ne remette sa compétence en question, ou pire, ne découvre sa trahison. De tous ses millénaires d'existence, il ne s'était jamais retrouvé dans une situation aussi délicate.

Chaque personne qu'il exécutait s'ajoutait à la longue liste de ses victimes dont les visages terrifiés et ruisselants de larmes hantaient sa mémoire en permanence. Au lieu de défendre la veuve et l'orphelin, il en créait à la pelle.

Assis sur un banc aux abords d'une forêt, il pria son Père de lui venir en aide mais Il ne lui donna aucun signe.


Sam et Dean avaient aménagé un vieux local commercial en périphérie du centre-ville pour y invoquer Uriel et l'exécuter. Si le cadet avait été surpris que son aîné ait récupéré la Lame, il ne lui avait pas demandé comment; il n'était de loin pas stupide.

Quand tous les Sceaux furent terminés, il jeta un coup d'œil à son frère pour avoir son assentiment avant de gratter une allumette et de la jeter dans un bol rempli d'herbes et de minéraux rares. Les ingrédients nécessaires au sort s'enflammèrent et les lumières vacillèrent pendant quelques secondes.

Le Noir qu'ils avaient vu dans le dernier reportage apparut pile au bon endroit et cette chance inhabituelle étonna les Winchesters. Il regarda le Piège à ses pieds puis ses joues tremblotèrent comme de la gelée lorsqu'il cracha rageusement :

- Vous…! sales singes ré-

- pugnants, oui, on sait, termina Dean en lui enfonçant la Lame dans le cœur d'un mouvement leste et précis.

Les yeux et la bouche d'Uriel s'illuminèrent d'une lueur blanche puis il s'effondra sur le sol dans un bruit sourd, deux ailes de cendre s'imprimant aussitôt de chaque côté de sa dépouille.

Sam et Dean observèrent cette dernière, satisfaits mais également déçus que cela ait été aussi facile.

Des heures de préparation pour une demi-minute de combat.

Ils échangèrent le même regard avant de hausser les épaules et de se débarrasser du corps.


Il leur restait juste assez d'ingrédients pour une deuxième invocation, alors ils arrêtèrent leur choix sur Zachary, qui ne devrait pas leur poser plus de problèmes qu'Uriel; en effet, d'après leurs informations, son rôle se résumait à surveiller le Paradis, il n'était donc pas un soldat.

L'ange en question, un cinquantenaire à l'embonpoint marqué et au crâne dégarni, apparut ainsi dans la salle, hélas cette fois-ci hors du Piège. Heureusement, les Winchesters avaient préparé plusieurs cercles d'Huile Sacrée dans cette éventualité; Sam embrasa l'un des deux que Zachary enjambait, ce qui l'obligea à reculer précipitamment au centre de celui de droite pour éviter les flammes orangées, cercle que Dean alluma à son tour.

Zachary regarda le piège de feu se refermer autour de lui et hocha la tête, l'air impressionné.

- Pas mal, les garçons, dit-il d'une voix nasillarde et incroyablement condescendante.

Dean s'apprêtait déjà à lui lancer la Lame dans la poitrine lorsque l'ange ajouta :

- Au fait, votre mère vous passe le bonjour.

Il s'arrêta net, la pointe de l'arme entre le bout de ses doigts, manche en haut. Le sourire odieux de Zachary s'étira encore un peu plus.

- Quoi ? dirent Sam et Dean à l'unisson.

- Votre mère, Mary. Oh, cette chère petite Mary…, fit-il en se léchant les lèvres d'une façon qui leur retourna l'estomac.

- Comment sais-tu son nom ?! rugit Dean.

- Je m'occupe du Paradis. Des Paradis, pour être exact. J'ai donc accès à chacun d'entre eux… y compris celui de votre mère.

Sam et Dean assimilèrent ces explications sommaires du mieux qu'ils purent.

- ça veut dire… Et notre père ? John ? demanda Dean d'une voix fluette que son petit frère ne lui avait jamais entendue.

- Mmh… cela ne me dit rien.

Il eut un rictus carnassier :

- Il est sûrement en train de brûler en Enfer.

Dean serra les poings à s'en blanchir les jointures, la mâchoire contractée. Sam posa une main sur son avant-bras pour le retenir. Mais il était trop tard; Zachary avait déjà trouvé la faille et il l'exploita sans vergogne :

- Ne t'inquiètes pas, je m'occupe très bien de Mary… Bien mieux que ton père ne l'a jamais fait, j'en suis sûr…

- La ferme ! gronda Dean en se dégageant de l'emprise de son cadet.

- Dean, ne l'écoute pas ! C'est un piège, il ment ! l'exhorta Sam, au bord de la panique.

- Oh, mais je ne mens pas…

L'ange plissa les yeux, souriant jusqu'aux oreilles et faisant mine de se remémorer un souvenir délicieux :

- Vous devriez entendre comme elle gémit quand je la prends par derrière…

Dans un cri de rage, Dean se jeta sur Zachary mais avant qu'il ne puisse l'atteindre, ce dernier recula suffisamment dans le cercle pour se mettre hors de sa portée et la Lame se planta dans le vide; il ne lui resta ainsi plus qu'à tirer sur la manche de la chemise à carreaux du jeune homme pour le faire tomber en travers du cercle de feu.

Les flammes dévorèrent la chair de son ventre et Dean hurla à s'en déchirer les cordes vocales, couvrant ainsi les éclats de rire de Zachary alors qu'il le piétinait pour sortir du cercle, réajustant son veston anthracite avec une désinvolture confondante. Sam s'était entaillé le bras pour dessiner un Sceau d'Expulsion dans l'urgence mais l'ange ne lui laissa pas le temps de l'activer; d'un geste de la main, il l'envoya valser contre le mur.

Rompu, le cercle de feu finit par s'éteindre, cependant Dean se tordait toujours de douleur sur le sol huileux, la voix brisée et le souffle erratique. Zachary dressa sa main libre dans sa direction et il se retrouva assis inconfortablement, le haut de son corps tenu par une force invisible. Ce n'est qu'à ce moment qu'il rouvrit les yeux et qu'il vit Sam à travers ses larmes, immobilisé et désespéré.

- Dean ! s'écria vainement son petit frère, avant de détourner le regard de ses brûlures sans pouvoir retenir une grimace.

L'intéressé serra les dents et décida de ne pas les regarder lui aussi; la douleur était telle que ses côtes pouvaient très bien être à vif pour ce qu'il en savait.

- Laisse… mon frère… tranquille…, cracha-t-il péniblement.

- Je ne crois pas, non, répondit Zachary avant de fermer sa main gauche.

Immédiatement, Sam se recroquevilla sur lui-même et cracha du sang entre ses pieds.

- Arrête, enfoiré… !

Mais il continua pendant ce qui lui sembla une éternité, se délectant de ses réactions à chaque fois que Sam geignait de douleur ou qu'une gerbe de sang mêlé de caillots noirâtres s'échappait de sa bouche.

- Dis-moi où se trouve votre quartier général, ordonna l'ange d'un ton qui signifiait qu'il ne plaisantait plus.

- Je… J'peux pas…, sanglota Dean, incapable de regarder son petit frère souffrir plus longtemps.

Un soubresaut agita le corps de ce dernier et sa tête heurta violemment le mur derrière lui. Il haleta comme s'il ne pouvait plus respirer, puis un bruit de gargouillis s'éleva de sa gorge avant qu'un filet de bile sombre ne ruisselle sur ses lèvres.

- Voilà ce que cela fait d'avoir un cancer de l'estomac au stade terminal… oh, et aussi un cancer des poumons, j'ai failli oublier. Voyons voir, quelle autre maladie atroce pourrais-je lui donner…

- Zachary, arrête, je t'en prie… Pitié !

Dean pleurait ouvertement à ce stade, il était aussi impuissant qu'un bébé; Sammy se convulsait devant lui, ses longues mèches brunes collées sur son front par la sueur, ses yeux révulsés, et pitié, tout mais pas ça, tout mais pas lui… Son cœur cognait si fort dans sa poitrine qu'il ne s'entendait même plus penser, et une partie de lui souhaita qu'il lâche.

Parce qu'au moment même où il allait vendre Bobby, Ash, Charlie, et tout ce qu'il avait de plus proche d'une famille pour sauver Sam, les yeux et la bouche de Zachary irradièrent d'une lumière familière et l'ange tomba face la première, dévoilant Castiel debout derrière lui, sa Lame ensanglantée.

La force qui maintenait Dean assis disparut et il gémit en tombant sur ses coudes, le changement subit de position ayant tiré sur la peau carbonisée de son abdomen.

- Non, Sam d'abord ! grogna-t-il à Castiel quand il le vit s'approcher de lui.

Le séraphin obéit et alla s'accroupir à côté de son frère, passant sa main au-dessus de son corps tel un scanner. Une lueur bleuâtre entoura ensuite celle-ci et Sam reprit conscience après quelques minutes, complètement désorienté et inquiet de voir Castiel penché sur lui.

- Sammy, c'est bon… c'est fini…, le rassura Dean en essayant de se lever, sans succès.

Le séraphin revint vers lui et le recoucha délicatement sur le sol avant d'écarter les lambeaux de tissu qui avaient fusionné avec sa chair calcinée. Dean grimaça et Castiel l'imita, comme s'il ressentait sa souffrance et peut-être le pouvait-il. Il avait l'impression qu'on effilait chacun de ses nerfs au couteau de boucher.

- Cas…, soupira Dean qui se sentit soudain très faible.

Il était tellement soulagé qu'il soit arrivé à temps qu'une larme coula sur sa joue malgré tous ses efforts pour conserver le peu de dignité qu'il lui restait.

- Je suis là, Dean… ne parle pas, garde tes forces. Sam va bien, il n'aura aucune séquelle.

Dean hocha la tête avec reconnaissance et lutta pour rester conscient tandis que Castiel créait une nouvelle peau laiteuse pour recouvrir ses muscles à vif. Sa main ne se contenta pas de rester en suspension au-dessus de lui, toutefois; ses longs doigts parcoururent le haut de son ventre en long et en large et Dean soupira d'aise, la douleur étant progressivement remplacée par une douce fraicheur, sensation salvatrice qui faillit le faire geindre tant elle était agréable.

- Voilà, j'ai terminé. J'ai fait du mieux que j'ai pu, mais il s'agissait d'Huile Sacrée… Tu conserveras malheureusement une cicatrice.

- Mmmh.

Il était si bien, allongé là, et si épuisé qu'il aurait pu s'endormir sur place. Mais Castiel glissa un bras sous son aisselle et l'autre sous ses genoux pour le porter comme une mariée à la sortie de l'église.

- P-Putain, qu'est-ce qui te prend, Cas ?!

- Tu ne semblais pas en état de marcher alors j'ai pensé-

- Lâche-moi tout de suite, je peux marcher, ok ?! s'énerva Dean, rougissant jusqu'aux oreilles.

Castiel le reposa et Dean évita sa main tendue pour l'aider quand il chancela sur ses jambes. C'était bien le moment d'avoir des vertiges ! Le séraphin le dévisagea avec une expression proche de la tendresse, et il sentit ses joues s'échauffer davantage. Ses yeux de saphir s'attardèrent sur des points précis de son nez, de ses pommettes puis de ses oreilles, l'air d'avoir fait une passionnante découverte et Dean s'empressa de lui tourner le dos pour aller rejoindre son frère.

Il avait eu son compte d'émotion pour la journée, ou plutôt pour l'année entière.

- Dean…, dit Sam d'une voix à peine audible, toujours assis contre le mur.

- Oui ? s'inquiéta aussitôt Dean en prenant son visage en coupe, à la recherche d'une quelconque blessure que Castiel aurait manquée.

Cependant Sam ricana faiblement avant de dire :

- Je vous déclare à présent… mari et mari.

Dean lui donna une claque.


Castiel déposa Sam et Dean au ponton, et le cadet dut voir qu'ils avaient besoin de parler puisqu'il déclara :

- Je, euh… Je rentre déjà, Dean. Rejoins-moi quand… quand vous aurez fini, quoi.

Il se racla la gorge, plus que mal à l'aise, et jeta un coup d'œil à Castiel en espérant qu'il ne le tuerait pas s'il avait pris sa maladresse pour une allusion scabreuse :

- Merci de m'avoir soigné.

- Je t'en prie.

Sam les salua puis descendit le long du fleuve, sa silhouette dégingandée disparaissant derrière le feuillage des saules pleureurs.

Castiel fixa les cicatrices dentelées de Dean à travers sa chemise déchirée, les sourcils froncés et le regard trouble.

- Je n'aurais jamais dû vous laisser invoquer des anges… vous avez failli mourir aujourd'hui.

- Bonne chance pour nous empêcher de faire quoi que ce soit; on est plutôt têtus, dans la famille, plaisanta Dean d'une voix encore éraillée. Et on n'est pas morts, grâce à toi. Je te le revaudrai un jour.

- Je n'aurais pas su que vous étiez en danger si tu ne m'avais pas appelé.

Dean haussa les sourcils, perplexe.

- Je ne t'ai pas appelé, pourtant…

- Cela n'a pas besoin d'être explicite, expliqua le séraphin. Un souhait, un désir, ou… un besoin intense suffit.

Le jeune homme déglutit nerveusement, se rappelant qu'il avait utilisé l'image de l'ange pour se branler la nuit dernière, le tout avec une précision surnaturelle. Lorsqu'il osa à nouveau regarder Castiel dans les yeux, il le regretta immédiatement; ils étaient dilatés, le bleu de ses iris encore plus profond que d'habitude, et son souffle s'arrêta à mi-chemin de sa trachée parce qu'il comprit qu'il savait.

Qu'il l'avait entendu.

Dean se hâta de changer de sujet mais ses joues le picotaient déjà. Foutue peau de roux trop sensible.

- Qu'est-ce que tu comptes faire, maintenant ?

Castiel enfouit ses mains dans les poches de son trenchcoat et regarda le ciel, les lèvres pincées.

- Je ne sais pas. Je ne peux pas- je ne peux plus vous aider à tuer mes frères. Je sais qu'ils ont commis beaucoup de péchés, mais cela reste un fratricide.

- Je comprends. De toute façon on n'a plus de quoi faire une invocation et nos réserves d'Huile Sacrée sont quasiment à sec, alors…

Le séraphin reporta son attention sur lui.

- Je peux vous procurer les ingrédients nécessaires.

Dean contempla un instant l'être facétieux qui se tenait devant lui. Un être qui pouvait être tantôt terrifiant, tantôt attendrissant, tantôt assuré et tantôt désemparé. Il sentit une chaleur se propager dans sa poitrine mais elle n'avait rien à voir avec celle qui avait marqué sa chair à jamais peu de temps auparavant.

- Merci, Cas. Pour tout.

Castiel sourit et s'apprêta à disparaitre quand Dean lui demanda :

- Et si… et si tu venais rencontrer le reste de la Résistance ?

Pétrifié, l'ange le dévisagea avec une expression indéchiffrable.

- … mais tu es sûrement débordé, laisse tomber, on se tient au courant et je t'appelle si Sam et moi on est de nouveau dans la merde, ok ? bredouilla Dean à toute vitesse en maudissant son impulsivité.

Pour la deuxième fois depuis qu'ils s'étaient rencontrés, Castiel lui offrit le sourire rayonnant dont il avait le secret, celui qui menaçait les genoux de Dean de se dérober sous son poids et qui l'étourdissait comme une demi-bouteille de Jack Daniels.

- Non, j'en serais honoré.

- … Super ! s'exclama Dean avant de l'inviter à le suivre sur le sentier riverain.

Un quart d'heure plus tard, ils s'immobilisèrent devant le portail grillagé à la sortie du canal. Dean déverrouilla la porte et la poussa. Elle grinça bruyamment sur ses gonds, ajoutant à la solennité de l'instant.

Castiel le regarda, attendant qu'il passe le premier, mais ce n'est pas ce qu'il fit.

Il glissa sa main dans la sienne à l'improviste, faisant d'abord sursauter le séraphin, qui finit par entremêler délicatement leurs doigts. Leurs mains s'imbriquèrent l'une dans l'autre avec la perfection mécanique de deux rouages qui avaient été moulés dans ce seul but et Dean sentit quelque chose s'ajuster au fond de lui.

Un déclic.

Sam - qui attendait son frère et l'ange à bord du bateau à moteur à seulement quelques pas d'eux - contempla en souriant leurs silhouettes découpées à contrejour dans l'entrée circulaire de l'aqueduc, assistant sans le savoir à une scène inédite de l'histoire du monde.


Voilà, voilà, j'espère que cela vous a plu !

Notes: Vous aurez remarqué (je l'espère, du moins) que je fais souvent référence au feu; j'avais écrit dans le chapitre 6 en parlant de Dean: "Tout ce qu'il savait, c'est qu'il jouait avec le feu, un feu qui était susceptible le dévorer dès que le vent soufflerait dans sa direction et dont il pouvait déjà sentir déjà la brise sur sa peau.". C'était un "foreshadowing" de ses brûlures dans ce chapitre ;) *fière*. Non mais plus sérieusement, j'espère avoir été claire mais je l'explique quand même ici au cas-où, même si un bon écrivain vous dirait que c'est mieux de vous laisser interpréter comme vous voulez: le feu est une métaphore pour leur amour; Dean en a créé l'étincelle, l'a attisée en séduisant Cas depuis le départ, et le feu qu'il a créé a fini par se retourner contre lui. L'arroseur arrosé, en quelque sorte. Il reste à voir si ce feu s'étendra à d'autres personnes...

Autre explication importante: dans ma fic comme dans la série, les pièges angéliques empêchent les anges de se mouvoir ou d'utiliser leurs pouvoirs (à l'instar des pièges à démon), alors que le cercle de feu ne fait qu'affaiblir leurs pouvoirs; c'est pour ça que Zachary a pu esquiver l'attaque de Dean.

That's all, folks ;)