Bonjour à tou(te)s, vous m'avez manqué !

J'ai une bonne et une mauvaise nouvelle, laquelle voulez-vous en premier ? Bon je commence par la bonne : j'ai réussi mes examens et passe donc en dernière année de Bachelor o/ La mauvaise : j'ai des horaires de malade en plus d'un travail à rédiger donc j'aurais très très peu de temps pour écrire… Dans le pire des cas, vous aurez donc la suite en janvier.

Bonne lecture !


Au sommet d'un mont enneigé se tenait une femme à la chevelure rouge balayée par une brise glaciale.

En dessous d'elle, un monastère bouddhiste était logé dans la fissure rocailleuse qui zébrait la montagne. Les mantras des moines et les vibrations des bols chantants s'en élevaient librement, sans aucun obstacle pour en atténuer le son.

Un léger sourire sur les lèvres et les yeux fermés, elle se laissait simplement porter par cette mélodie aussi épurée que la neige qu'elle foulait, lorsque deux hommes apparurent derrière elle.

Elle fit volte-face.

- Anna, je t'en prie, je dois te parler. Ne nous signale pas aux autres, la supplia Castiel, les yeux plissés à cause de la blancheur aveuglante du paysage.

- Pourquoi devrais-je t'accorder cette faveur ? Et qui est-il ? répliqua la jeune femme en désignant Gadriel de son épée angélique.

- Ce n'est pas important. Ecoute, je suis venu à toi car je sais que nous ne sommes pas si différents, toi et moi. Tu as été ma supérieure et tu m'as formé à la fonction d'inquisiteur, mais je sais que tu as toi aussi été en proie au doute, et aux… sentiments, par le passé.

Anna croisa les bras.

- Si tu crois cela, tu as vraiment perdu la raison, Castiel… Je sais où va ma loyauté, contrairement à toi : elle va à notre Père et à son messager, Michel.

- Donc tuer jour après jour les êtres humains qui auraient soit disant enfreint ses lois « divines » ne te dérange pas le moins du monde ?

Elle ignora les guillemets qu'il avait esquissés avec ses doigts.

- Non. C'est mon devoir. Je l'accomplis sans plaisir ni remords.

Castiel pencha la tête sur le côté, un sourcil rehaussé avec défi.

- … Ainsi tu ne te réfugies pas dans les prières de ces moines pour taire les voix qui hurlent dans ta tête ? Leurs voix ?

Elle tressaillit. Les mains crispées sur les manches de son blouson kaki, elle reprit d'un ton aussi las qu'accablé :

- Qu'attends-tu de moi, Castiel ?

Enthousiasmé d'avoir réussi à lui faire baisser sa garde, il s'approcha d'elle, les paumes tournées vers le ciel.

Plus aucune provocation sur ses traits.

- Rejoins-nous, Anna ! Aide-nous à arrêter ce massacre inutile et à mettre fin à la tyrannie de Michel ! Notre Père ne cautionnerait jamais ces actes, tu le sais au fond de toi. Nous n'avons pas été créés pour semer la terreur et la mort parmi Ses créatures.

- Alors pourquoi avons-nous été créés ?

Pris de court par cette question qu'il n'avait jamais eu à se poser auparavant, Castiel y réfléchit quelques secondes. En vain.

- Je ne le sais pas. Je t'en prie, Anna… nous avons besoin de ton aide et de celle du maximum d'anges qui voudront bien se rallier à notre cause.

- Ta « cause » ? On croirait entendre Lucifer…, ricana la jeune femme, de plus en plus déstabilisée.

Le chant des moines cessa un silence de plomb tomba sur le mont. Le séraphin ne releva pas l'insulte. Il était persuadé d'avoir raison et était prêt à tout pour atteindre son but, tout comme Lucifer avant lui la comparaison était donc exacte au moins sur ces points.

Anna lui tourna le dos et fixa l'horizon, en se frottant les bras comme si elle souffrait du froid. Le soleil allait bientôt se coucher derrière les crêtes aiguisées.

- Je suis désolée, Castiel… Je ne peux pas. Je…je ne saurais pas comment faire…

Castiel sourit tristement et hocha la tête.

- Ne t'en fais pas, je comprends. Le libre arbitre est terrifiant, au début… Et il le demeure bien souvent plus tard. Merci de m'avoir écouté.

Il s'apprêtait à partir avec Gadriel quand Anna les retint :

- Attendez… je ne peux pas vous suivre mais je peux vous dire ceci : ils ont capturé un des membres de la Résistance ce matin aux Etats-Unis et tu sais comme moi que ce n'est qu'une question de temps avant qu'il ne leur révèle tout ce qu'ils veulent savoir…

Une peur vertigineuse saisit la poitrine de Castiel.

Le QG !


Les deux anges rebelles apparurent dans la chambre de Charlie, qui dormait encore. A mi-voix, le séraphin ordonna à Gadriel de localiser Sam et Dean sans jamais se montrer. Dès qu'il se fut volatilisé, il réveilla la jeune femme en touchant son épaule; elle sursauta tant qu'elle faillit tomber de sa couchette.

- C-C-Castiel qu'est-ce que vous faites ici ?! demanda-t-elle d'une voix aigüe en réajustant nerveusement son pyjama Betty Boop.

- Les anges vont débarquer ici d'une minute à l'autre, vous devez évacuer le QG !

- Sérieux ?! Oh mon Dieu, je veux dire- ou-oui d'accord, je file avertir Bobby !

- Ne lui dis pas que c'est moi qui t'ai avertie, il ne te croirait pas, ajouta-t-il amèrement.

- Bien sûr ! répondit-elle en se levant avec une rapidité surprenante.

A peine eut-elle passé le seuil de sa porte que Gadriel était de retour:

- Sam est dans la salle de sport. Aucune trace de Dean.

Castiel pinça les lèvres. Il n'avait pas le temps de le chercher; il pouvait déjà sentir les ondes multidimensionnelles des anges se propager dans leur direction et Gadriel attendait stoïquement ses ordres.

- Suis-moi.


Charlie ouvrit brusquement la porte de la salle de réunion, surprenant Bobby qui y lisait un vieux manuscrit hébraïque en sirotant du café froid. Les poches sous ses yeux et la cafetière presque vide à côté de lui indiquaient qu'il avait fait nuit blanche.

- Charlie ? Qu'est-ce qu'il se passe ? la questionna-t-il, alerté à la fois par sa tenue et par sa lividité.

- Ordonnez l'évacuation tout de suite ! Les anges arrivent !

Trop tard.

Les murs se mirent à trembler sourdement. Les étagères grincèrent. Les livres s'entrechoquèrent.

Certains s'écrasèrent par terre tandis que les ampoules grésillaient avant d'éclater en mille morceaux, plongeant la salle ainsi que la majeure partie du QG dans l'obscurité totale.

Le cinquantenaire marmonna la plus longue litanie de jurons de toute sa vie en enclenchant à tâtons le microphone.

« C'est Bobby. Evacuez immédiatement, le QG est compromis, je répète, le QG est compromis ! »

Tandis que l'annonce était diffusée sur tous les haut-parleurs, Castiel et Gadriel téléportaient à la chaine autant de rebelles qu'ils le pouvaient, brosse-à-dent à la bouche s'il le fallait, vidant cellule après cellule.

- Castiel, on ne peut pas rester ! Les anges sont trop nombreux ! hurla le second par-dessus les cris.

Terrorisés, les gens avaient commencé à sortir dans les couloirs et à se diriger en masse vers les issues de secours. Le séraphin attrapa une fillette et sa mère juste avant qu'elles ne soient piétinées dans la panique générale et alla les mettre à l'abri.

Lorsqu'il fut de retour sous terre, Gadriel lui saisit fermement le bras.

- Mon frère, nous ne pouvons pas tous les sauver. Partons tant que nous le pouvons encore !

Castiel scruta une dernière fois la foule que les néons défaillants éclairaient par intermittence, cherchant désespérément parmi les visages terrifiés celui de Dean.

- Castiel !

A contrecœur, il se volatilisa, suivi de près par Gadriel.


Bobby fouilla dans les tiroirs et craqua un bâton luminescent. Dès qu'une lueur verte s'en dégagea, il entraina Charlie dans les couloirs, vers la sortie la plus proche.

Ils arrivèrent essoufflés devant celle-ci et constatèrent avec effroi que trop de personnes essayaient d'en sortir en même temps, créant un bouchon de bras et de jambes gigotant dans tous les sens.

- Idiots ! Il faut passer l'un après l'autre ! s'écria Bobby avant de pousser un jeune homme qui essayait de faire tomber une femme déjà engagée sur l'échelle. Qu'est-il arrivé à votre esprit d'équipe ? Nous sommes tous dans la même merde alors entraidez-vous, bon sang !

Contre toute attente, les rebelles l'écoutèrent et firent la queue sous la bouche d'égout, aidant les autres à monter en les éclairant avec leurs lampes torches.

Satisfait de son autorité, Bobby se retourna et son sourire se décomposa.

Il se trouvait nez à nez avec un ange immense, qui regardait déjà par-dessus lui comme s'il n'était qu'un inconvénient mineur.

Il n'en fallut pas plus au camionneur pour l'apostropher.

- Écoute-moi bien, l'emplumé. C'est moi que tu veux : je suis le chef de la Résistance !

Avec un dédain non dissimulé, le regard de l'ange se posa enfin sur lui. Vide et inhumain, pas si éloigné de celui d'une poupée ou d'un robot. Bobby déglutit et sortit discrètement une épée angélique de la poche arrière de son jeans.

Il entendit Charlie et plusieurs autres crier son nom.

- Dépêchez-vous, je vais le retenir ! hurla-t-il par-dessus son épaule avant d'enfoncer sa Lame dans la poitrine du géant.

Hélas, il manqua sa cible et elle se planta dans le biceps de l'ange, qui grimaça. Bobby fit une nouvelle tentative, mais une main puissante se referma sur son bras et en broya l'os aussi aisément qu'une coquille d'œuf. Il eut à peine le temps de grogner de douleur qu'un coup de poing l'envoya valser contre le mur de briques humides.

La vision trouble et les oreilles sifflantes, il distingua l'ange s'approcher des derniers rebelles encore sur l'échelle et trouva le courage de se relever.

Il retrouva sa Lame sur le sol et, puisant dans ses dernières forces, transperça le dos du géant.

L'odeur de cendre envahit ses narines et lui piquèrent les yeux. Lorsqu'il put les rouvrir, deux nouveaux anges s'étaient emparés de lui et l'avaient désarmé.

La dernière chose qu'il vit fut la pantoufle rose de Charlie s'extrayant du souterrain.


Sam n'avait jamais rien vu de pareil.

Des silhouettes sombres apparaissaient par flashs, juste le temps de briser la nuque d'un rebelle avant de réapparaitre plus loin pour en exécuter un autre de la même manière, dans une valse de mort au caractère psychédélique renforcé par la lueur verte des bâtons fluorescents que les corps sans vie lâchaient l'un après l'autre sur le sol.

Il surveillait toutes les directions à la fois tout en sachant que c'était pertinemment inutile, vu la rapidité des anges. Les solutions qu'il envisageait défilaient dans son esprit comme les rouleaux d'une machine à sous, sans s'arrêter sur aucune qui pourrait éventuellement leur sauver la vie. Il n'entendait plus rien à part le son de sa respiration erratique et les battements effrénés de son cœur.

Non.

Il ferma les yeux, prit une profonde inspiration. Ce n'était pas le moment de céder à la panique. Derrière lui, les siens étaient encore en train de monter à l'échelle. Il était leur seul rempart contre une mort certaine.

Sam sortit la Lame angélique qu'il avait gardé sur lui par précaution depuis la menace de Michel et s'entailla l'avant-bras avec, le sang coulant tout de suite à profusion.

- Quelle chance... Sam Winchester, fit soudain une voix spectrale à sa droite.

Sans perdre une seconde à l'écouter, il planta la Lame dans la poitrine osseuse d'une vieille femme aux cheveux gris relevés en un chignon parfait.

Cette dernière tituba en suffocant, ses yeux écarquillés brillant d'une lueur blanche, puis elle s'effondra dans un nuage de cendres.

Trois autres anges la remplacèrent aussitôt; il comprit qu'elle les avait appelés en renfort juste avant de mourir.

Plus grands, plus forts, plus nombreux.

Mais il était Sam Putain de Winchester et avait plus d'un tour dans son sac.

Il fit un pas de côté et plaqua sa main ensanglantée sur le Sceau d'Expulsion qu'il avait tracé contre le mur.

Les trois gorilles s'évaporèrent en hurlant.


- Je t'ai eu ! s'exclama Dean en brandissant le poisson qu'il venait de remonter du fleuve à l'aide de sa canne à pêche.

Il le tua d'un coup sec et le lança dans le seau à côté de lui qui contenait déjà neuf de ses congénères maigre pitance pour une centaine de personnes, mais c'était mieux que rien.

Le soleil de midi brillait sur son visage. Il ferma les yeux et savoura la chaleur intense qu'il lui procura, un luxe dont il avait été privé pendant toute la durée de la quarantaine.

Quelques instants où plus rien n'existait, où tout était balayé par les clapotis de l'eau sous ses jambes qu'il laissait pendre du ponton.

Un sourire paisible sur les lèvres, il remit un appât sur l'hameçon et relança sa ligne.

Tout d'un coup, des éclats de voix troublèrent le calme de la rive. Dean les évalua à quinze, peut-être vingt mètres de distance. Il se leva d'un bond et alla se cacher dans les buissons, épée angélique dégainée.

C'était Sam et un petit groupe de rebelles. Ils avaient tout l'air d'avoir traversé l'enfer. Beaucoup étaient en chemise de nuit ou même torse nu. Sam pressait sa main sur son avant-bras et avait la mine pâle. Une femme épongeait le sang qui s'écoulait de son arcade sourcilière avec un chiffon.

- Sam ? Que s'est-il passé ? lui demanda-t-il en sortant de sa cachette.

Le soulagement illumina le visage l'intéressé.

- Dean ! On doit partir, vite ! Les anges ont trouvé le QG…

Dean se figea dans l'examen du bras de son petit frère.

Cas.

Non, il n'aurait pas pu… ?

- Comment ?

- Tôt ce matin les anges ont menacé de torturer la mère de Rufus s'il ne se rendait pas… Du temps qu'on se rende compte de sa disparition, c'était déjà trop tard.

Il pinça les lèvres et déchira un bout de sa chemise pour faire un garrot. La trahison venait ainsi de leurs propres rangs.

- Et Charlie ? Bobby ? Ash ?

- Je ne sais pas, on ne les a pas vus...

Dean passa la main sur sa bouche et hocha la tête, le regard rivé sur la berge. Sam tenta de le rassurer.

- Il y a plusieurs sorties de secours, ils ont peut-être réussi à s'enfuir…

- Mmh.

Il alla récupérer son seau et sa canne à pêche.

- Ok, on bouge.

- Direction la cabane de chasse de Bobby, compléta Sam à l'attention du petit groupe. Les autres savent qu'ils doivent nous rejoindre là-bas.

S'il en reste.


Ils arrivèrent à ladite cabane à la nuit tombée, après avoir déambulé dans les bois pendant des kilomètres. Une chance qu'aucun grizzly ne leur soit tombé dessus.

Dean déverrouilla la porte d'entrée avec la clé qui était cachée sous l'un des nombreux pots de fleurs qui ornaient la barrière du porche et alluma un feu dans la cheminée pour que le groupe puisse se réchauffer.

Épuisés, les rebelles s'affalèrent sur le vieux canapé effilé, blottis les uns contre les autres. Sam insista pour aider Dean à vider et préparer les poissons mais Dean lui dit d'aller se reposer; il avait besoin de récupérer.

Quant à lui, il avait surtout besoin de s'occuper pour taire ses angoisses. Alors il vida les tripes et releva les filets d'un coup de couteau, comme son père le lui avait enseigné des années plus tôt.

Il s'était moqué de lui quand il avait détourné le regard pendant que le poisson pourtant mort se tordait entre ses mains, le ventre ouvert.

"Allez, Dean, sois un homme !"

Dean pouffa d'un rire sans joie. Quel homme il était de n'avoir pas été là pour protéger sa famille.

Heureusement, son petit frère l'était. Il le regarda et une vague de fierté le submergea; son cadet somnolait sur le sofa, son bras entourant un petit garçon appuyé contre lui. Ce dernier avait été séparé de ses parents durant l'attaque et avait pleuré pendant une grande partie du trajet, inconsolable, jusqu'à ce que Sam le porte sur ses épaules.

Quand le poisson fut cuit et assaisonné avec le peu d'épices qu'il avait pu trouver dans les armoires, Dean réveilla les autres et ils mangèrent en silence, le regard perdu dans les flammes.

Il y avait une ancienne télévision cathodique dans un coin de la pièce. A la fin du repas, Dean regarda son frère et il hocha la tête. C'était la seule source d'information qui leur restait.

La gorge nouée, il se leva et alluma le groupe électrogène. Après quelques protestations, il se mit en route et le téléviseur se couvrit de neige.

Dean ajusta l'antenne jusqu'à ce qu'il capte une chaine. Il avait l'embarras du choix, car toutes celles qu'il trouva montraient les mêmes images.

Une femme jura avant de prendre le petit garçon avec elle et de sortir sur le porche en lui couvrant les yeux.

Une centaine de personnes étaient empilées dans une fosse à ciel ouvert, au milieu d'un champ. Des personnes qu'ils avaient tous connus, de près ou de loin, avec qui ils avaient partagés un verre, un repas, une chambre.

Des amis, des parents, des amants.

Dans cette masse de corps nus et grisâtres, Dean reconnut Ash, ses longs cheveux châtains couronnant son visage livide.

- Non..., murmura-t-il dans un souffle.

Sam serra son épaule pour le réconforter.

Sur la prochaine image, les anges étaient alignés devant les cadavres, les mains croisées derrière le dos.

La caméra se focalisa sur la personne agenouillée devant eux, dont chaque bras était solidement attaché à un poteau planté dans le sol.

Dean arrêta de respirer.

C'était Bobby.


Ce chapitre est plus court que d'habitude mais j'ai jugé mieux de le laisser ainsi que de le rallonger inutilement. Il s'y passe déjà beaucoup de choses et je voulais laisser le doute planer sur le sort des autres personnages…

PS : la partie sur le vidage des poissons est inspirée d'une expérience personnelle ô combien traumatisante haha

A bientôt !