Bonjour à tout(e)s, me voilà de retour avec un chapitre fort en émotions et en nouveaux personnages :D
Mais avant cela, j'ai deux choses à vous dire:
1) Je n'ai plus de nouvelles de ma beta depuis des mois, donc je suis à la recherche d'une nouvelle beta fiable qui serait d'accord de passer mes chapitres au peigne fin pour trouver toutes les incohérences/fautes d'orthographe/oublis qui s'y cachent, si vous êtes intéressé(e), merci de m'envoyer un mp :)
2) 9'040 vues sur ma fic en cours "W pour Winchester". 144 reviews. Entre deux, la Fosse des Mariannes.
Les vues et les favoris me font bien plaisir mais sont complètement inutiles. Comment est-ce que je suis sensé savoir ce que vous avez aimé ? Ce que vous n'avez pas aimé ? Ce que vous aimeriez voir ? Je sais que j'ai mes torts, je mets beaucoup de temps à écrire et je poste de façon irrégulière... Je ne suis certainement pas non plus la meilleure écrivaine de ce site.
Mais même si on enlève ces facteurs, vous êtes 60 à suivre cette fic, et pourtant j'ai entre 6-13 reviews par chapitre (merci à mes fidèles revieweuses, ce n'est pas à vous que s'adresse ce point xoxo)... Vous trouvez cela normal ? On m'a dit que certaines d'entre vous attendaient de voir la fin de la fic pour commenter, pour s'assurer que je la termine comme ils le souhaitent. Désolée mais je comprendrai jamais ça; si l'auteure ne termine pas la fic ou pas comme les gens l'aurait souhaité, est-ce que ça anéantit tout ce qu'elle a fait jusque-là ? Est-ce que tous ses premiers chapitres ne méritent plus de compliments/remarques/encouragements ? Je pourrais mourir avant d'avoir terminé W et je mourrais avant d'avoir eu tous les reviews que j'aurais eu si j'avais terminé la fic: je mourrais donc en étant persuadée que les gens n'en avaient rien à foutre de ma fic alors qu'en fait ils voulaient hypothétiquement rester dans l'ombre pour s'assurer que je finisse correctement la fic pour daigner laisser un commentaire. Sans compter le fait que je ne pourrais pas prendre en compte vos désirs si vous ne commentez qu'à la fin. C'est complètement con.
J'espère vous avoir montré un autre point de vue, celui de l'auteur qui s'arrache les cheveux pour écrire et mettre à disposition gratuitement quelque chose. Bien sûr "on écrit d'abord pour soi" et toutes ces conneries. Bien sur que j'écris pour moi. Mais j'écris pour vous aussi. Parce que moi je connais déjà l'histoire. Elle est dans ma tête, en full HD, DTS et 4D. Et essayer de vous la retransmettre comme si vous la voyiez dans votre tête, c'est mon but. ça me prend des plombes, plombes que je prends sur le peu de temps libre que me laissent mes études.
Alors un "g bien aimer tel ou tel sène merci" serait la moindre des choses. Surtout que je réponds toujours à tous les reviews.
Coup(s) de gueule terminé(s).
Trigger warnings : violence graphique, harcèlement sexuel et mention sous-entendue d'abus sexuel (passé), aucun des deux n'étant perpétré par Dean.
Bonne lecture !
Nous avons tous eu dans notre vie un moment où le sol s'était dérobé sous nos pieds et où un noir abîme nous avait engloutis tout entiers. Nous ne pouvions alors ni penser, ni pleurer, ni crier.
Notre cerveau nous avait coupés de la réalité afin de se préserver.
Il ne restait alors plus que les fonctions automatiques du corps qui s'évertuaient à vouloir vivre malgré la mort imminente de l'âme ; les images qui se reflétaient sur la surface humide de nos cornées et les sons qui faisaient vibrer nos tympans comme un tonnerre lointain.
C'était ainsi, qu'impuissants, Dean et les autres assistaient à l'exécution de leur chef et père adoptif.
Les anges étaient aussi immobiles que leurs victimes amassées dans la fosse commune derrière eux.
Bobby tira sur ses liens dans l'espoir de se libérer, grogna de douleur quand l'os de son avant-bras cassé perça la peau.
Et cessa de se débattre.
Un clin d'œil plus tard, un ange aux traits trop parfaits était apparu à l'écran. Il regarda ses soldats et les cadavres, puis, satisfait, commença son discours :
« Chers Fidèles, chers humains. Moi, Michel, messager de la parole de Dieu, je suis venu en personne mettre fin à la rébellion qui trouble depuis trop longtemps notre coexistence. Aujourd'hui est un jour de fête : en effet, ce matin, nous avons débusqué et exterminé ces rats, dans les égouts mêmes où ils se terraient sans contribuer à la société. Leur chef, Bobby Singer, a été capturé afin d'être soumis, comme le veut la loi divine, au châtiment de l'Aigle de Sang. »
Un souvenir traumatique resurgit dans la mémoire de Dean à l'entente de ce nom et l'angoisse qu'il provoqua fut telle qu'elle le reconnecta au présent, lui redonnant l'usage de la parole :
- Non-non-non, Sam, on doit faire quelque chose ! Vite, on doit-
Il s'étrangla avec un sanglot; il savait pertinemment que c'était impossible. Sam le serra dans ses bras, une main posée sur sa tête comme si c'était lui, l'aîné qui réconfortait son petit frère.
- On ne peut rien faire, Dean… Tu n'as pas à regarder, dit Sam en clignant des yeux pour chasser ses larmes.
Dean se dégagea de son étreinte et se força à fixer l'écran. Il inspira profondément, serra les poings jusqu'à ce que le sang goutte sur le vieux tapis effilé de la cabane.
- Non.
Sois un homme, Dean.
Il renifla, hocha la tête.
- Tu n'auras pas à le porter tout seul, ajouta-t-il d'une voix rauque.
Un sourire peiné tordit la bouche de Sam.
À la télévision, les anges avaient changé de place : ils étaient désormais postés en demi-cercle autour du condamné et avaient entamé un chant d'une beauté funèbre. Quant à Michel, il avait dégainé son épée et saisi rudement le crâne de Bobby pour montrer son visage aux caméras.
Une terreur infinie brillait dans ses yeux gris mais elle ne franchit jamais la barrière de ses lèvres.
Celles de Dean tremblaient.
Michel reprit d'une voix sans appel :
« Bobby Singer, vous êtes reconnu coupable d'abandon de poste, d'évasion fiscale et administrative, de diffamation, de mutinerie, de plusieurs outrages à officier public, de détournement de fonds et d'attentat à la bombe. La peine encourue ne serait-ce que pour le premier de ces actes est la mort. Vous repentez-vous pour tous ces péchés ? Souhaitez-vous supplier Dieu à travers moi de vous accorder sa miséricorde ? »
« Pour retrouver vos sales têtes d'emplumés au Paradis, comme si je n'avais pas dû me les coltiner toute ma vie ?! Plutôt aller en Enfer ! Au moins, là-bas, le Diable ne se présente pas comme le messager de Dieu ! »
Les anges cessèrent de chanter. L'archange découvrit ses dents dans un rictus meurtrier. Débordant de fierté, Sam et Dean s'échangèrent une claque fraternelle dans le dos, et tous dans le salon retrouvèrent brièvement le sourire.
« Bien... je me dois donc d'ajouter le blasphème à la liste. »
Michel claqua des doigts et Bobby se retrouva soudain nu comme un ver. Il n'eut pas le temps de réagir que l'épée angélique s'abattit sur lui, à une distance soigneusement calculée de ses vertèbres, sectionnant une première côte.
Une gerbe de sang éclaboussa la joue gauche de Michel, qui ne cilla même pas.
Plus personne ne souriait dans le salon. Au contraire, la plupart avait détourné le regard et couvert leurs oreilles pour ne pas entendre les cris atroces que poussait Bobby.
La lame poursuivit son chemin, coupant os et chair indifféremment, le sang ruisselant sur la peau pâle de l'ancien camionneur avant de se perdre dans l'herbe jaunie du champ.
Les paupières de Bobby papillonnaient, l'hémorragie l'amenant à la lisière de l'évanouissement avant que la douleur ne le ramène à lui, encore et encore, sa tête dansant mollement sur son cou. Il n'avait plus la force de hurler.
Quand l'archange eut terminé de séparer les côtes de sa colonne, il enfonça ses doigts dans les plaies et ouvrit sa cage thoracique tel les portes d'une armoire, agrippant les poumons encore chauds et gonflés d'air afin de les déposer sur les épaules du condamné.
La tête de Bobby tomba en avant une énième fois.
Et ne se releva plus.
Les jambes de Dean le portèrent d'elles-mêmes à l'évier de la cuisine, où il y vomit l'intégralité du repas qu'il avait consommé à peine une heure plus tôt. Entre l'acide et les sanglots, sa gorge était en feu. Il n'arrivait plus à respirer, l'obscurité se refermait sur lui, il lui fallait de l'air, de l'air, de l'air !
Il poussa son petit frère hors de son chemin et sortit en courant de la cabane; il l'entendit à peine crier son nom, à travers les battements tonitruants de son cœur.
Ses pieds volaient au-dessus de la terre meuble de la forêt tandis qu'il courait à toute allure le plus loin qu'il pouvait, slalomant entre les silhouettes lugubres des arbres avec la lueur argentée de la lune comme seul repère.
Quand sa respiration ressembla au râle d'un mourant et que son corps fut incapable de faire un pas de plus, Dean s'effondra.
Charlie saisit les mains qui la hissèrent hors de la bouche d'égout.
Elle et huit résistants se trouvaient à présent dans une ruelle obstruée par des containers, effrayés et pris au piège.
Aucune porte perçant les murs de brique et un flot continu de passants à chaque bout qui contiendrait à coup sûr au moins un Fidèle pour révéler leur emplacement aux anges s'ils décidaient de s'y mêler.
Sans compter leur tenue et état général, qui étaient loin de passer inaperçus.
- Qu'est-ce qu'on fait ?!
Charlie sursauta. Un jeune homme la regardait de ses grands yeux marrons, les mêmes que ceux d'une biche qui avait surgi dans les phares de sa voiture, des années plutôt.
- Euh… je… hum…
Tous la fixaient. Elle passa nerveusement ses doigts dans ses cheveux roux, s'en arracha quelques-uns.
- Je ne sais pas, désolée !
Déçus par sa réponse mais pas encore prêts à abandonner, les rebelles s'armèrent de bouteilles de verre cassées et firent le guet, protégeant le petit cercle au centre de la ruelle pendant qu'il tachait tant bien que mal de trouver une échappatoire.
- On doit aller à la cabane de Bobby ! chuchota une mère dont la fille se cachait dans les pans de sa chemise de nuit.
- Oui mais comment ?! On est fait comme des rats ! répliqua un homme.
- Pas forcément, on court, on saute dans le premier taxi…
- Non, aucun taxi ne voudra de nous et nous sommes trop nom-
Charlie ne put finir sa phrase : venant chacun d'un côté de la venelle, deux anges brisèrent le cou des guetteurs avant de s'approcher d'une démarche inéluctable.
Au moment où la jeune femme crut que tout était perdu, une pointe métallique sortit de la poitrine de l'ange de droite, puis tous les orifices de celui-ci irradièrent d'une lumière blanche.
Il tomba en révélant un personnage familier debout derrière lui.
- Castiel ! s'exclama Charlie avec soulagement.
Elle se retourna pour découvrir que l'autre ange avait subi le même sort, de la main de celui qui accompagnait le séraphin le matin même.
- Est-ce que ça va ? leur demanda le séraphin en les étudiant un à un pour voir s'ils étaient blessés.
Les rebelles hochèrent la tête après un temps de retard, incrédules.
Enjambant les ailes de cendre sur le sol, Castiel marcha jusqu'aux corps des guetteurs dont la tête avait subi une rotation de presque 180 degrés et posa deux doigts sur leur front. Un son strident se fit entendre, son qui ne couvrit pas tout à fait celui des os se remettant en place, et l'un après l'autre, ils revinrent à la vie sous les yeux éberlués de leurs confrères.
- Je vais maintenant graver votre cage thoracique de sceaux qui vous rendront invisibles à tous les anges, moi y compris, déclara Castiel au petit groupe.
- Quoi ?! Hors de question ! s'offusqua un des hommes.
Le séraphin le fixa de ses yeux céruléens, sa voix aussi aiguisée que la dague qu'il tenait.
- Souhaites-tu vivre ? Ou mourir avant d'avoir atteint le premier carrefour ?
L'homme déglutit et hocha la tête, le regard rivé par terre. Castiel ne perdit pas une minute une de plus.
- Charlie, avez-vous un endroit où vous réfugier ? demanda-t-il tout en scellant les personnes deux par deux.
- Oui, Bobby a une cabane dans les bois à l'ouest de la ville… ouch, ça brûle ! s'exclama la jeune femme quand son tour arriva.
- Navré. Est-elle protégée ?
- Connaissant Bobby, certainement.
- Bien. Prie-moi si vous avez besoin de quoi que ce soit.
- Mon frère, trois anges viennent par ici ! l'avertit Gadriel.
Le séraphin saisit les épaules de la jeune femme et une image apparut comme un flash dans son esprit.
Un souvenir qui ne lui appartenait pas; celui de la vitrine d'un salon de tatouage.
- Descendez la route puis tournez à droite au carrefour. Au prochain, tournez à gauche. Maintenant dépêchez-vous et ne vous arrêtez sous aucun prétexte ! Nous allons les retenir.
Charlie hocha la tête et s'enfuit avec les autres, juste avant que l'escadron d'anges ne débarque dans la ruelle.
Castiel et Gadriel les y attendaient, épées dégainées.
- Efram, Jonah, Daniel. Je vous en prie, nous ne voulons pas nous battre contre vous. Seul Michel est notre ennemi : lui et Naomi ont manipulés nos esprits pendant toutes ces années, contrôler le Paradis ne leur suffisait pas… Il leur fallait en plus la Terre. Mais ce n'est pas le travail du Seigneur que nous accomplissons ici, dit le séraphin.
- Silence ! Nous n'avons que faire des délires d'un renégat, répliqua Daniel.
- Oui, que sais-tu du Seigneur, Castiel ? Aucun d'entre nous n'est jamais entré en contact avec Lui, ajouta Jonah.
- Ce n'est pas ce que je « sais »… c'est ce que je ressens.
Les anges le fixèrent un instant sans comprendre.
Puis ils se rappelèrent leurs ordres.
Le premier se jeta sur Gadriel, qui l'esquiva habilement avant de le tuer. Les deux autres s'attaquèrent à Castiel, impatients de récupérer la récompense qui avait été mise sur sa tête. Il se débarrassa facilement de l'un, toutefois l'autre était meilleur combattant et le séraphin était très affaibli par toute la grâce qu'il venait d'utiliser; l'ange réussit à l'atteindre au bras avant que Gadriel ne l'achève pour lui.
- Merci.
- Je t'en prie.
Ils contemplèrent les corps inanimés de leurs frères, le fantôme de leurs ailes imprimé sur le sol. Vue à laquelle ils devraient selon toute vraisemblance s'habituer, mais qu'ils n'arriveraient jamais à oublier.
Dès qu'ils sentirent d'autres anges fondre sur leur location, ils se volatilisèrent.
Le petit groupe se faufila en file indienne à travers la foule de pendulaires qui sortaient du bureau pour aller manger, marchant rapidement mais pas trop vite pour ne pas trop attirer l'attention.
Charlie était en tête et suivait l'itinéraire que lui avait donné Castiel. Elle était presque parvenue au bout de la rue qu'elle se retrouva nez-à-nez avec une Fidèle.
Entre les quelques secondes qui fallut à cette dernière pour se souvenir du visage de Charlie et le moment où elle ouvrit la bouche dans le but de crier aux anges qu'une de leur victime était revenue à la vie, Charlie l'assomma d'un coup de poing.
- Oh ! Je viens de frapper quelqu'un ! s'exclama-t-elle en secouant sa main, étonnée par son propre réflexe.
- Et tu ne l'as pas ratée, dit avec admiration le garçon aux yeux de biche, derrière elle.
Sa stupeur se mua en assurance et elle reprit la marche de plus belle.
- Merci, Kevin.
Elle pourra se féliciter de son acte héroïque quand ils seront tous en sécurité.
Quand elle se retrouva enfin devant la vitrine du salon de tatouage que Castiel lui avait transmise par la pensée, elle y entra, les autres rebelles sur les talons.
- Euh… je peux vous aider ? demanda une jeune femme aux cheveux roses en examinant l'étrange assemblée par-dessus ses lunettes noires.
- Oui nous sommes poursuivis par les anges et un… ami nous a envoyés ici.
La tatoueuse posa les rouleaux de papiers qu'elle portait sur une commode.
- Laisse-moi deviner… Monsieur trench-coat beige et son acolyte constipé ?
Charlie ne put s'empêcher de rire.
- Exactement ! Désolés mais nous devons sceller la pièce par mesure de précaution, dit Charlie en faisant signe aux autres.
Deux hommes s'entaillèrent aussitôt le bras et se mirent à dessiner sur les vitres avec leur sang.
- Et voilà que ça recommence, soupira la tatoueuse en levant les yeux au ciel.
Charlie ne sut pas trop quoi répondre alors elle s'excusa encore une fois en tirant sur son pyjama Betty Boop taché par sa fuite à travers les égouts.
La tatoueuse la contourna pour aller descendre les stores métalliques afin que les sceaux ne soient pas visibles depuis l'extérieur, puis elle s'adressa au groupe :
- J'ai une salle de bain à l'arrière, si jamais… Oh, et des biscuits et du soda sous mon bureau. Servez-vous.
Les rebelles la remercièrent chaleureusement avant de se disperser autant que le petit local le permettait.
Elle désinfecta encore les coupures des deux hommes et les recouvrit d'une bande bien serrée, sous les yeux mi-impressionnés, mi-attendris de Charlie.
- Au fait, comment est-ce que tu t'appelles ? lui demanda celle-ci une fois qu'elle eut assemblé assez de courage pour le faire.
- Rose, et toi ?
- Charlie.
Rose regarda le petit groupe vider ses réserves de nourriture, assis les uns à côté des autres contre le mur de son salon.
- Drôles de circonstances, mais ravie de te rencontrer, Charlie, dit-elle en se fendant d'un sourire pour la première fois.
Le cœur de l'intéressée s'emballa.
Une fraîche odeur d'humus lui piquait le nez.
Quand Dean reprit conscience, le croissant de lune était toujours haut dans le ciel. Il roula sur le dos, les bras en croix, et contempla le ciel étoilé entre les branches noires des arbres.
Pendant ces quelques secondes que met toujours la mémoire à rattraper la conscience, il était en paix.
Il n'était rien ni personne, à peine un animal.
Puis il se souvint. Les anges. Bobby.
Il serra les dents et se redressa, faisant craquer les feuilles mortes sous ses doigts.
Une lumière jaune dansait à quelques centaines de mètres de lui, clignotant entre chaque tronc d'arbre.
Sam.
Il ne pouvait pas y retourner et affronter tous ces visages en deuil. Tous ces gens qui attendaient de l'espoir alors qu'il n'en avait plus à leur donner.
Dean se remit sur pied et partit dans la direction opposée à la lumière.
Quand il ne l'aperçut même plus, il ralentit sans pour autant s'arrêter; sa gorge était aussi sèche qu'un désert et ses jambes lui faisaient mal à chaque pas, mais s'il s'arrêtait, il finirait en repas pour loups.
Le ciel commençait à se teinter de jaune et de rose lorsqu'il déboucha sur une route goudronnée qui coupait à travers la forêt comme une cicatrice. Il se mit à la suivre, pour ce qui lui sembla des heures.
Tout d'un coup, le vrombissement familier d'un moteur se fit entendre, et un camion à la peinture rouge écaillée s'arrêta à côté de lui.
La porte du côté passager s'ouvrit et un rouquin au ventre rebondi lui dit :
- Hé, ça va mon pote ? Je te dépose quelque part ?
Après avoir hésité quelques secondes, Dean escalada les marches métalliques et s'installa sur le siège couvert de poussière.
- T'es pas un tueur en série, si ? marmonna Dean, pince-sans-rire.
Le camionneur s'éclata de rire.
- Non… et toi ?
Dean ferma la portière, le fantôme d'un sourire sur les lèvres.
- Non.
- Cool, cool. Hum, t'as une destination en particulier ou… ?
- La première ville qu'on passera.
- Ok...
Dean reposa son crâne contre le siège et ferma les yeux, pris d'un soudain vertige.
- Tu es pâle comme la mort, tiens.
L'homme glissa une canette de bière dans sa main gauche et un paquet de beef jerky dans l'autre.
- Putain, j'pourrais t'épouser, là tout de suite, sourit Dean en ouvrant la bière.
- Désolé, mec, je suis déjà pris, rigola le camionneur en lui montrant son alliance.
- Les meilleurs le sont.
Le camionneur réveilla Dean en le secouant doucement par l'épaule.
Il avait dû dormir un long moment car le soleil était déjà en train de se coucher. Le tableau de bord le lui confirma en indiquant « 18:34 ».
Dean passa la main sur son visage pour chasser les restes de sommeil et regarda par la fenêtre. Ils étaient arrêtés dans une station d'essence, à l'entrée d'une ville d'arrière-pays.
- Merci, euh…
- Larry.
- Larry. Prends soin de toi.
- Attends, prends au moins ça !
Il lui tendit un billet de 20 dollars tout chiffonné.
Dean le prit et lui serra la main en soutenant son regard.
- Merci pour tout, Larry. Vraiment. Je ne le mérite pas.
- J't'en prie, répondit-il d'un air gêné, ses joues teintées de rose là où sa barbe naissait.
Après un dernier sourire triste, Dean descendit du camion et passa aux toilettes de la station avant d'aller explorer la ville.
Il déambula jusqu'à ce qu'il tombe sur un bar assez peu fréquenté. Il avait nettoyé sa veste de surplus militaire du mieux qu'il avait pu mais elle était encore tachée de boue, de même que son jeans délavé; les habitués le regardèrent de haut en bas tandis qu'il gardait la tête baissée en passant devant eux, priant pour qu'ils ne le reconnaissent pas.
Il s'assit au bar et commanda un whisky avec un croque-monsieur, qu'il se força à manger.
Il pensa à son frère, qui était sûrement mort d'inquiétude… Qui sait, peut-être le cherchait-il encore dans les bois... Il pensa aux autres, seuls dans la cabane… Il pensa à Charlie. Pourvu qu'elle ait survécu…
Puis il pensa à Ash.
Et les cris de Bobby résonnèrent dans ses oreilles.
Il descendit son verre d'une traite et en commanda un deuxième.
- Son prochain est pour moi ! On dirait qu'il a passé une sale journée…, dit un homme à la barmaid sur un ton de confidence.
Il prit place à côté de Dean et lui adressa un grand sourire. Pas mal. La petite quarantaine. Dents blanches.
Yeux bleus.
Trench-coat.
Le cœur de Dean rata un battement et il reporta son attention sur les dessins dans le bois du comptoir.
- Je m'appelle Robert.
Dean ne répondit pas, il n'avait qu'une envie, qu'on le laisse tranquille. Heureusement, son troisième verre arriva.
- T'es pas du genre causant, toi, hein ?
« Robert » se pencha sur lui et susurra :
- C'est pas grave, on peut faire quelque chose qui ne requiert pas de mots…
Dean ne fut pas surpris; il connaissait ce genre de types. Des pères de famille modèles, qui payaient de jeunes hommes comme lui pour se faire sucer dans les toilettes du bar avant de rentrer chez eux comme si de rien n'était. Il avait dû se rabaisser à cela, les fois où il perdait au billard ou n'arrivait pas à voler ce dont lui et la Résistance avaient besoin.
Et parfois donner plus que ce qui avait été prévu.
- Pas intéressé.
- Alléluia, il parle ! plaisanta l'homme.
Dean serra les dents, sentant la colère monter en lui.
- Fiche-moi la paix, mec.
- Tu es sûr ? J'ai vu la façon dont tu m'as regardé, je crois que je suis ton genre…
Dean lâcha un rire sans joie. Le sort aimait décidément le torturer.
- Non, tu m'as juste… rappelé quelqu'un.
Il fronça les sourcils. Pourquoi diable avait-il répondu ça ? Il était entré dans son jeu par mégarde et maintenant il ne le lâcherait plus…
Il reposa son verre et tâcha de se lever.
Mais Robert posa une main ferme sur sa nuque.
- Allez, fiston, tu n'es pas en état de rentrer chez toi… Laisse-moi prendre soin de toi, chuchota-t-il.
Dean n'eut même pas à réfléchir.
Son poing alla se ficher dans le nez de l'homme, qui tomba du tabouret et s'écrasa lourdement sur le sol.
Toutes les discussions dans le bar cessèrent.
Robert toucha le sang qui coulait sur son visage et regarda ses doigts d'un air hébété.
- Tu aimes toucher tout en restant intouchable, pas vrai ? dit Dean en lui donnant un coup de pied dans les côtes.
Il s'assit à califourchon sur son ventre. L'adrénaline avait bien dissipé les effets de l'alcool mais il faillit tout de même perdre l'équilibre.
- Il est temps d'inverser les rôles, papa.
Dean lui asséna coup sur coup pendant que tous le regardaient faire sans oser intervenir. Ou sans le vouloir; l'homme n'avait pas été discret dans ses intentions et on leur avait appris que la vie d'un pédé ne valait rien.
- Lâche-le tout de suite ou j'appelle les flics ! s'écria la barmaid.
Le visage de Castiel se superposant à celui de Robert dans sa vision troublée, Dean frappa encore et encore jusqu'à ce que la peau de ses joues craque au niveau des pommettes, suivie de peu par sa lèvre inférieure. L'homme avait beau être plus grand et plus âgé que Dean, ce dernier avait assez d'entraînement et de rage pour compenser.
- P-pitié, arrête… je suis… d-désolé, pi-
L'homme arrivait à peine à parler tant il avait de sang dans la bouche. Il fit même des bulles au coin de ses lèvres.
Dean sentit soudain la froideur caractéristique du métal contre son crâne et se figea.
- J'ai dit : lâche-le ! ordonna la serveuse en armant ce qui se révéla être un fusil.
Il leva les mains par réflexe et, essoufflé, contempla l'état pitoyable de sa victime; écrasée sous son poids, celle-ci s'étrangla avant de cracher une gerbe de salive rougeâtre sur sa veste.
Dean se releva aussitôt en titubant, le regard happé par la pure crainte qui brillait dans les yeux bleus de l'homme, la même qui brillait dans ceux de la barmaid.
- Fiche le camp et ne remets jamais les pieds ici, siffla-t-elle en poussant le canon sur sa tempe.
Elle n'eut pas besoin de se répéter; Dean sortit du bar en courant et se faufila dans une allée sombre.
Il s'arrêta sous le néon blanc de la porte arrière d'un restaurant pour contempler ses poings meurtris, une terrible question tournoyant sans relâche dans son esprit embrumé.
Est-ce que je me serais arrêté à temps si la barmaid n'avait pas été là ?
- Bonsoir, mon garçon, lança une voix au fort accent écossais.
Dean sursauta et fit volte-face. Au milieu de la ruelle se tenait un homme au front dégarni, vêtu d'un long manteau noir en laine. Il lui souriait, mains dans les poches.
- J'ai quelque chose qui te permettrait de vaincre Michel.
