Δ Chapitre 12 : Le Triangle du sang

- Lâche cette baguette et assieds-toi, m'ordonna Malefoy.
J'avais l'impression de ne plus parvenir à respirer ou à contrôler les tremblements de ma main qui tenait ma baguette, pointée en direction de Malefoy.
- Elle ne te sert à rien, poursuivit-il d'un ton froid. Je suis le seul à pouvoir utiliser la magie ici, donc, si tu ne veux pas que je te fasse de mal, lâche cette baguette !
A présent, il semblait profondément agacé, alors que moi, je n'avais jamais eu aussi peur depuis bien longtemps. Depuis trois en fait, depuis la grande bataille de Poudlard.
- Tu ne risques ici, ajouta-t-il d'un ton plus mesuré. Tu n'es pas en danger, alors arrête de faire l'idiote. Ca m'agace.
- Laisse-moi partir, parvins-je à dire.
Les tremblements de ma voix trahissaient mon état d'anxiété et je me maudis intérieurement de ne pas pouvoir me montrer plus forte. J'avais pourtant affronté une guerre bon sang ! Mais la différence, c'est qu'à l'époque, je ne m'étais pas offerte à l'ennemi, et ce, dans tous les sens du terme. Là, je l'avais suivi, je l'avais laissé me séduire et j'avais couché avec lui.
- Tu me prends pour un psychopathe ? Demanda-t-il sérieusement, comme si la réponse l'intéressait réellement. Tu penses que je suis le genre de personne qui joue avec sa proie avant de la tuer ? Je te rassure, je ne suis pas aussi dérangé que ça. Tu ne risques rien Hermione, alors arrête tes simagrées.
Voyant, que je ne parvenais pas à me calmer, Malefoy soupira d'exaspération et s'éloigna de moi pour rejoindre le fond de la pièce qui faisait office de salon. Il s'affala sur son canapé et m'invita de le rejoindre, d'un signe de tête. Je ne bougeai cependant pas.
- J'ai rejoins le Triangle du sang pratiquement à sa création, déclara-t-il. C'était il y a trois ans, au moment même où j'ai entamé mes études pour devenir Auror. C'est Pansy qui avait entendu parler de cette nouvelle organisation et nous nous y sommes présentés. Le statut de notre sang a fait que nous y avons tout de suite été acceptés, au même titre que beaucoup de mes amis.
Je fis quelques pas dans sa direction pour mieux entendre ses explications. Je demeurais cependant à une distance suffisante, même si cela ne servait pas à grand-chose en fin de compte. Dans tous les cas, j'étais à sa merci.
- Le but du triangle du sang est de transformer le monde sorcier, de le faire évoluer de manière à ce que nous devenions beaucoup plus puissants. Les moldus deviennent de plus en plus fort et s'ils en venaient à apprendre notre existence, nous n'en mènerions pas large, il faut bien l'avouer. Ils ont créé des armes de destruction massives qui sont ignobles. Franchement ce sont de vrais barbares ! S'exclama-t-il en me jetant un coup d'œil.
J'émis un reniflement dédaigneux. Les sangs purs... Encore et toujours ça. Malefoy était toujours le même !
- Au départ, je croyais que le Triangle du sang reprenait l'idéologie de Voldemort, mais pas du tout, poursuivit Malefoy. Les sangs purs ne sont pas l'avenir des sorciers. Mon sang n'est que l'un des deux piliers de l'évolution. Qui t'a envoyé le mot que j'ai vu ce soir ?
Je ne répondis pas et je vis Malefoy serrer les mâchoires. Comme s'il se retenait d'exploser de colère face à mon manque de coopération.
- Le mot que tu as reçu mentionnait les pointes du triangle. Deux pointes forment la base et l'une de ces pointes représente les sorciers au sang pur. L'autre pointe représente les sorciers comme toi Hermione. Les sorciers issus de parents moldus. Les sangs-purs tirent leur puissance de leur longue ligné, mais les sorciers comme toi... Vous avez trop longtemps été incompris et relégués au rang de moldu, alors qu'en fait, vous êtes une merveille de la nature.
Ma mâchoire se serait certainement décrochée dans d'autres circonstances. Malefoy était-il vraiment en train de me qualifier de « merveille de la nature » ? Ou était-ce une nouvelle manipulation de sa part ?
- Tu es la meilleure preuve que vous êtes uniques et puissants, qu'il faut vous considérez comme les meilleurs éléments de notre population magique, au même titre que les sangs purs. Ainsi, toi et moi sommes la base du triangle. Comprends-tu quelle est la pointe supérieure à présent ?
Voulait-il dire que ?... Non, ce n'était pas possible... Malefoy ne pouvait pas être en train de prôner un tel mélange... Pas lui !
- Les sangs-mêlés, oui, affirma Malefoy comme s'il avait lu dans mes pensées. Mais les vrais sangs-mêlés. Les sangs-mêlés purs. Ceux qui proviennent du mélange d'un sorcier au sang totalement pur et d'un sorcier issu de parents moldus. Ces deux sorciers, ne pourraient qu'en créer un meilleur en mélangeant leurs gênes. Ces sangs-mêlés sont l'avenir du monde magique. Regarde Potter ! Ajouta-t-il comme pour me convaincre. Il est issu de cet exact mélange et regarde le sorcier qu'il est aujourd'hui ! Voilà le but du Triangle du sang Hermione, réunir un sang pur et un sorcier issu de parents moldu, dans le but d'en créer un encore plus puissant.
- C'est n'importe quoi... laissai-je échapper complètement choquée par ses révélations.
- Non, leur idéologie est belle en soi. Je suis moi-même persuadé que les sorciers comme Potter sont l'avenir du monde magique. Cependant, je n'ai pas rejoins le Triangle du sang, pour cette raison. Je l'ai rejoins parce que cette organisation est le mal incarné.
Je haussai les sourcils, surprise par le changement de ton de Malefoy. Un mince espoir s'insinua également en moi. Se pouvait-il qu'il soit finalement du bon côté ?
- Nous sortions tout juste de la guerre il y a trois ans et si j'ai rejoins le Triangle du sang, c'était pour les stopper. Pour détruire cette organisation de l'intérieur. Cette dictature est loin d'être humaine et morale ! Si les sangs mêlés purs sont l'avenir de notre monde, alors il en sera ainsi. Mais cela se fera naturellement et pas parce qu'un chef nous demande de le mettre en place. Ils usent de la force et n'hésitent pas à tuer pour arriver à leurs fins. C'est ignoble. Il y a trois ans, ton camp a tué Voldemort et je vous en serais éternellement reconnaissant, donc il est hors de question qu'un autre sorcier complètement fou prenne le pouvoir ! Parce que c'est exactement ce qui est en train de se passer. L'organisation grossit de jour en jour et je ne serais pas étonné que dans quelques années encore...
Il s'interrompit, comme si la suite était trop dure à dire à voix haute.
- Cela fait trois ans que je me tue à la tâche pour essayer de découvrir qui est « T » et ...
- « T » ? Le coupai-je en fronçant les sourcils.
- C'est comme ça que le chef du Triangle se fait appeler.
- Mais tu ne sais pas qui c'est ? Demandai-je choquée.
- Personne ne l'a jamais vu. Personne. Insista-t-il d'une voix grave. Il nous transmet ses ordres par écrit, c'est tout.
Un étrange silence s'insinua dans la pièce. Malefoy était-il en train de me mentir ? Voulait-il vraiment détruire cette affreuse organisation ? Qu'avait-il accomplit en trois ans ? Rien visiblement !
- Les membres du Triangle du sang portent des masques blancs ? Demandai-je.
- Oui.
- Tu en as déjà porté ? Insistai-je.
- Oui, je n'ai pas vraiment le choix. Si je veux découvrir qui est « T » je dois me comporter comme l'un de ses plus fidèles collaborateurs. Je dois montrer que je crois en son idéologie et que j'œuvre dans leur sens.
- Les meurtres et les disparitions, poursuivis-je d'une voix hésitante. C'est vous ?
- Oui. Nous essayons d'agrandir nos rangs et de rallier le plus de monde à notre cause.
- En tuant ? Répétai-je d'une voix étranglée.
- Il faut que tu essayes de comprendre Hermione... Le Triangle du sang essaye de recruter des sorciers avec ton sang, mais également des sangs purs. Et tout le monde n'est pas d'accord avec l'idéologie de l'organisation.
- Donc vous tuez ceux qui ne sont pas d'accord ? Insistai-je.
- Cela dépend.
Sa réponse me paralysa. Il voulait me faire croire qu'il était du bon côté alors qu'il parlait de la mort de sorciers sans la moindre délicatesse... Il ne semblait absolument pas se rendre compte de toute la cruauté dont cette organisation faisait preuve.
- C'est compliqué... ajouta-t-il perdu dans ses pensées.
- Je pense être assez intelligente pour comprendre, répondis-je en le défiant du regard.
Un sourire étira légèrement la commissure de ses lèvres.
- Evidemment. Tu es la plus intelligente des personnes que je connaisse.
- Que s'est-il passé avec Denis Crivey ?
- Nous avons essayé de l'approcher en lui parlant de l'organisation d'une manière détournée. Nous lui avons parlé de l'importance de son sang, nous avons même fait intervenir quelqu'un comme lui pour le convaincre. Cependant, cela n'a pas marché, il était particulièrement méfiant. Nous l'avons donc enlevé pour l'emmener au château.
- Quel château ?
- C'est le siège de notre organisation. C'est là que nous nous retrouvons tous. Il faut aussi que tu comprennes que Denis Crivey est très important pour « T ».
- Et pourquoi ?
- Parce qu'un couple de moldu a donné naissance à deux sorciers. C'est extrêmement rare. Normalement, il n'y a qu'un sorcier dans une famille de moldu, mais deux... « T » pense que son sang est particulièrement imprégné de magie.
- Et qu'en penses-tu, toi ? Lui demandai-je sur un ton de défis.
- Je n'en sais rien. Je ne suis pas là pour juger de ce genre de chose, mais pour les arrêter. Pour en revenir à Denis, nous l'avons donc enlevé pour l'installer au château.
- Pour lui faire un lavage de cerveau j'imagine ?
- En quelque sorte oui. « T » ne nous aurait pas pardonné si nous n'avons pas réussis à le rallier à notre cause.
- Vous avez donc réussis ? M'exclamai-je choquée.
- Tout le monde n'est pas douée de ta force d'esprit Hermione, me répondit Malefoy. Pour la première fois de sa vie, Denis s'est sentis important et reconnu grâce à son sang. Il fait partit de l'organisation à présent.
- Mais ce n'est pas possible ! M'exclamai-je plus pour moi-même. Ce n'est pas possible... Et Eléna Rosier ? C'était vous aussi ?
Malefoy laissa échapper un rire totalement dénué d'humour.
- Oui, c'était nous, finit-il par dire. L'organisation l'a tué car elle nous mettait en danger. Elle a refusé de nous rejoindre malgré notre insistance.
- Donc quand quelqu'un refuse, il est tué ? Insistai-je pour être sur de bien comprendre.
- Eléna Rosier était au courant de tout pour nous et comme elle refusait catégoriquement de nous rejoindre, nous avons dû la tuer pour l'empêcher de parler.
Je me laissai tomber sur le canapé libre en face de Malefoy. C'était pire que tout ce que j'aurais pu imaginer. Nous revenions trois ans en arrière. C'était une nouvelle guerre qui se préparait et personne n'avait idée de tout ça...
- Je ne suis pas de leur côté, me lança Malefoy. J'œuvre pour le bien.
- Sur les ordres du chef des Aurors ? M'enquis-je avec espoir.
- J'ai rejoins l'organisation il y a trois ans, je n'étai pas encore Auror, me contredit-il. Je n'ai pas besoin qu'on me dise quoi faire, je le fais, c'est tout.
- Mais Robards est au courant, n'est-ce pas ? Insistai-je.
- Tu penses que je serais encore en vie si quiconque était au courant de ma condition ? Me demanda-t-il d'un ton froid. Ma vie ne tient qu'à un fil Hermione. Je n'ai pas l'impression que tu te rendes compte ! Si « T » apprends pour moi, si l'un des membres de l'organisation apprends pour moi... Je serais automatiquement tué ! Non pire, ajouta-t-il perdu dans ses pensées. Je serais torturé indéfiniment je pense.
- Pourquoi me le dire dans ce cas là ?
- Je n'avais pas le choix. Toi et Potter me foutez dans la merde avec votre petite enquête ! Vous vous mettez aussi en danger tous les deux ! Il fallait que je vous arrête et la seule manière était de tout te dire.
- Comme si notre vie te tenait à cœur ! M'exclamai-je.
Malefoy releva lentement les yeux vers moi, d'un air surpris.
- Potter n'est pas mon ami, mais je suis du côté du bien. Je protégerais le plus de personnes possible. Quant à toi... Penses-tu vraiment que je ne me soucis pas de ton bien être ? Penses-tu encore cela après ce qu'il s'est passé entre nous ?
- Il ne s'est rien passé ! Le contredis-je vivement.
- Vraiment ? S'enquit-il en haussant les sourcils. Tu veux que je te rafraichisse la mémoire ?
Il se leva et se dirigea vers moi.
- Ne t'approche surtout pas! M'exclamai-je en me levant à mon tour et le défiant du regard.
Malefoy ricana et finit par se diriger vers son bar où il se servit un verre de Whisky pur feu.
- J'imagine que tu n'en veux toujours pas ?
Je ne répondis pas et Malefoy se contenta d'hausser les épaules.
- Je n'aurais révélé ma condition pour personne d'autre que toi Hermione. Parce que je ne veux pas que tu te fasses tuer. Si le Triangle du sang apprenait sur quoi tu enquêtes, ils voudraient te rallier à leur cause.
- Et pourquoi n'ont-ils pas déjà essayé ? M'enquis-je. Je rentre dans leurs critères après tout.
- Parce que ce n'était pas nécessaire, répondit Malefoy. Tu étais exactement là où ils avaient besoin que tu sois. C'est également pour ça qu'ils ne sont pas rentrés en contact avec Blaise. Un sang pur et une enfant de moldu... Vous étiez en train de faire exactement ce qu'ils attendaient.
- Pourquoi parles-tu au passé ? Lui lançai-je sur un ton de reproche.
- Parce que tu ne vas plus pouvoir être avec lui, répondit Malefoy comme si c'était évident. Après ce qu'il vient de se passer entre nous, tu ne pourras pas faire comme si de rien n'était. Tu es une personne trop intègre Hermione. Tu finiras par quitter Blaise.
- Je l'aime. Je ne le quitterais pas.
Malefoy leva les yeux au ciel et bu une gorgé de son whisky.
- Dans tous les cas, si les membres du Triangle du sang apprennent pour ton enquête, ils essayeront de te rallier à la cause. Te connaissant, tu refuseras et ils n'auront pas d'autres choix que de te tuer pour te faire taire. Et sois sûr qu'ils le feront sans la moindre hésitation. Si j'ai découvert aussi vite ce que tu manigançais, tu penses que les autres le comprendront au bout de combien de temps ? Ajouta-t-il en m'adressant un regard entendu. Il faut que tu arrêtes tout.
- Hors de question ! Je ne peux pas laisser une telle organisation exister ! Je vais...
- NON ! S'écria Malefoy me faisant sursauter. Tu ne vas rien faire du tout. Ce n'est pas ton travail !
- Et c'est le tien peut-être ? Qui me dit que tu ne me mens pas d'ailleurs ? Hein ? Qui me dit que tu ne me racontes pas tout ça pour justement me faire croire que tu es du bon côté ? Qui me dit que tu n'essayes pas de me retourner le cerveau parce que tu as appris ma petite enquête ?! Hein ? Ca se trouve du me mens pour me manipuler, encore une fois !
Contre toute attente, Malefoy explosa de rire.
- Je viens de tout te dévoiler et tu n'as pas confiance en moi ? Je viens de te confier ma vie sur un plateau ! Si tu parles de moi, je suis mort. Tu n'imagines pas toutes les personnes qui font partis du Triangle du sang.
- Je ne te fais pas confiance Malefoy.
Il poussa un profond soupire d'exaspération.
- Je veux juste que tu arrêtes ton enquête et que tu ne parles jamais de notre conversation à qui que ce soit.
- Je ne dirais rien te concernant. Pour l'instant. Et c'est uniquement parce que je te laisse le bénéfice du doute. Mais je continue mon enquête.
- TU VAS NOUS FAIRE TUER ! Hurla Malefoy dont les yeux semblaient sortir de leurs orbites. Qu'est-ce qu'il faut que je te dise pour que tu me fasses confiance ? HEIN ? Hurla-t-il de plus belle. Si je faisais réellement parti du Triangle du sang, tu crois que je me serrais mis entre toi et Blaise ? Tu crois que j'aurais séparé un couple qui correspondait parfaitement à nos principes ? Pansy sait que je m'en suis pris à vous et elle ne m'a pas dénoncé uniquement parce que c'est ma meilleure amie, mais j'ai pris d'énormes risques pour toi !
- Je ne t'avais rien demandé ! Tu n'avais qu'à me laisser vivre avec Blaise, sans t'en mêler, je ne demandais que ça ! Tu ne peux t'en prendre qu'à toi-même.
- Parlons de la fois où tu es venu me voir à Saint-Mangouste et de mon absence de cicatrices, poursuivit Malefoy. Je n'ai jamais rien eu au visage, j'ai fais semblant. Dans l'unique but de pouvoir jeter un œil à Denis qui était lui aussi à Saint-Mangouste. Je voulais être sûr que ce soit un Auror qui remette la main sur lui et pas un des membres du Triangle du sang !
- Tu aurais très bien pu agir pour le compte du Triangle du sang, le contredis-je. Pour justement le surveiller.
Le visage de Malefoy se décomposa et sa réaction me troubla quelque peu. Il semblait sincèrement anéanti que je ne le crois pas. Se pouvait-il qu'il soit réellement sincère ?
- Cela fait trois ans que tu fais partie du Triangle du sang et tu n'as visiblement rien fait pour les arrêter, dis-je.
- Parce que je n'arrive pas à savoir qui est T.
- Et alors ? Insistai-je. Il faut enfermer le plus de personnes possibles ! Tu les connais, tu n'as qu'à les dénoncer !
- Et avec quelles preuves ? Hein ? Et à quoi cela servirait ? Le passé nous a déjà prouvé que c'était le chef qu'il fallait anéantir. C'est lorsque Voldemort est tombé que tout s'est arrêté, pas avant.
Je voulus répliquer, mais Malefoy avait raison. Enfermer des mangemorts n'avait servit à rien de vraiment concret. C'était la mort du mage noir qui avait mis un point final à tout.
- Combien de sorciers as-tu déjà tué ? Demandai-je la gorge nouée.
Ma question sembla surprendre Malefoy car il avala sa gorgée de travers. Il toussa pendant quelques secondes et finit par se tourner vers moi.
- Zéro.
Je lui adressai un regard entendu.
- Zéro, répéta-t-il. Mon rôle est important, ma mission est importante, mais pas au détriment de la vie de sorciers innocents.
- Et personne ne s'est jamais rendu compte que tu n'accomplissais pas « correctement » ta mission ? Tu m'excuseras mais ta réponse n'est pas vraiment crédible. Tu mens !
- Je ne mens pas. Je n'ai juste jamais eu personne à tuer. Nos ordres proviennent de « T », c'est lui qui nous dit quoi faire.
- Et pourquoi ne t'aurait-il jamais donné un tel ordre ? Hein ? Insistai-je.
- Parce qu'il pense que je suis l'un de ses plus fidèles collaborateurs. J'étais là dès le début, j'ai fais mes preuves. J'imagine qu'il préfère confier les meurtres à des personnes dont il voudrait tester la loyauté.
J'avais envie de le croire. Etrangement, j'en avais vraiment envie. Mais pourtant, je n'arrivais pas. Cependant, il y avait peut-être un moyen de vérifier au moins une des informations qu'il me donnait.
- Pendant mes trois années d'études, j'ai rédigé un mémoire.
- Comme tout le monde, fit remarquer Malefoy en levant les yeux au ciel.
- Mon mémoire a consisté en la création d'un nouveau sortilège.
Cette fois, Malefoy parut intéressé.
- J'ai créé un sort permettant de déterminer si une baguette avait déjà lancé le sort de mort.
- Quoi ? S'exclama-t-il surpris. Je n'en ai jamais entendu parler.
- Parce que le sort n'a pas encore été approuvé officiellement. Mon mémoire n'a pas été rendu public pour cette raison.
- Tu as inventé un nouveau sort ? Insista Malefoy.
Il semblait à moitié impressionné et à moitié soupçonneux. Comme s'il ne me croyait pas.
- Ce sort n'aurait le droit d'être utilisé que par un sorcier, par le Chef du magenmagot plus exactement et seulement durant un jugement, poursuivis-je. Puis-je l'utiliser sur toi ?
- Pardon ?
- Je n'ai aucune preuve de ta bonne foie et de ce que tu avances depuis tout à l'heure. L'usage du veritaserum est interdit et de toute façon, cela m'étonnerait que tu acceptes que je m'en serve sur toi.
- Exacte, répliqua aussitôt Malefoy.
- En revanche, il n'y a encore aucune loi concernant le sort de mon invention étant donné qu'il est en cour d'étude. Si tu acceptes que je soumette ta baguette à ce sortilège et que le résultat se révèle bon, alors je pourrais peut-être envisager de te faire confiance.
- D'accord.
Je m'étais attendu à ce qu'il refuse ou qu'il détourne ma proposition. Je m'étais attendu à tout sauf à avoir son accord aussi vite.
- Tu es d'accord pour que j'analyse ta baguette ? Le sort que je vais lui lancer me révélera si tu as un jour lancé le sortilège de mort, insistai-je de peur qu'il n'ait pas compris.
- Je te le répète Hermione, je n'ai tué personne. Alors vas-y, lance ton sort ! Je n'ai rien à cacher.
Il me tendit sa baguette que j'attrapai avec précaution, m'attendant un mauvais coup de sa part à tout moment. Cependant, lorsque j'eu enfin sa baguette en main, il s'éloigna et retourna s'asseoir sur le canapé. Après lui avoir lancé un dernier coup d'œil, je posai la baguette de Malefoy sur le meuble du bar et pointai ma propre baguette dessus.
- Je vais lancer un sort informulé, lui signalai-je pour le prévenir qu'il n'était pas question qu'il prenne connaissance d'un tel sort.
- Je n'en attendais pas moins de ta part, répliqua-t-il mi-amusé, mi-agacé.
Mon cœur battait à tout rompre. Après quelques secondes supplémentaires, je lançai finalement le sort. Une lumière orange sortit de ma baguette et atteignit celle de Malefoy. Elle le recouvrit d'un halo lumineux orange et je maintins le sort pendant quelques secondes. Cependant rien ne changea. La baguette de Malefoy n'avait jamais tué, sinon le halo lumineux serait devenu rouge. Je peinais tant à y croire que je ne relâchai pas le sort, me disant que peut-être, cela mettrait du temps à se révéler.
- Alors ? Demanda Malefoy.
Il fallait que je me rende à l'évidence. Malefoy n'avait pas mentit sur ce point. Je relâchai alors le sort et me tournai vers lui.
- Rien, dis-je simplement.
Il se leva du canapé et récupéra aussitôt sa baguette. Il entama un mouvement dans ma direction, mais j'eu un pas de recul.
- Tu as la preuve que je n'ai jamais commis le moindre meurtre, mais tu ne me fais pas confiance pour autant.
Il n'avait pas dit ça sur un ton de reproche, non. C'était plutôt une constatation qui semblait particulièrement le décevoir.
- Eh bien on est mal, ajouta-t-il.
Je confirmai d'un faible hochement de la tête en allant à mon tour m'asseoir sur le canapé libre en face de lui. Nous nous défiâmes du regard pendant longtemps, très longtemps et ce, dans un silence complet. Le son devenait également de plus en plus faible. Je sentais également mes yeux s'alourdirent et je compris que je me laissais gagner par le sommeil.

Lorsque je me réveillai le lendemain matin, j'étais toujours sur l'un des canapés de Malefoy. Pendant les quelques secondes qu'avaient duré mon réveil, j'avais oublié où j'étais. Et à présent, la réalité me revenait en pleine face. J'étais dans son étrange chambre et j'avais eu les révélations les plus affreuses de ma vie, la veille. Je constatai en me redressant, qu'une couverture me recouvrait et je ne pu m'empêcher de l'inspecter d'un mauvais œil.
- Excuse-moi de prendre soin de toi, entendis-je Malefoy me dire sur un ton de reproche.
Je me tournai en direction de sa voix. Il était dans le coin salle de bain et se coiffait face à un miroir. C'était si étrange de le voir exécuter des gestes aussi anodins après la conversation que nous avions eu la veille... Il se donna un dernier coup de peigne et se tourna vers moi.
- Il va falloir qu'on règle notre problème, parce que je ne te laisserais pas sortir d'ici avant que tu me fasses confiance, dit-il. Il est hors de question que tu trahisses ma couverture. J'ai passé trois ans de ma vie à la peaufiner.
- Eh bien on n'est pas prêt de le régler le problème, répliquai-je.
Malefoy s'avança jusqu'à moi et me toisa avec insistance.
- Tu veux aller prendre une douche ?
Je jetai un œil à la partie de sa chambre qui faisait office de salle de bain et lui adressai un regard agacé. Comme si j'allais prendre une douche devant lui.
- Désolé, je n'ai que ça. Tu veux que je baisse les lumières et que je t'accompagne ?
- Je te demande pardon ?! M'exclamai-je d'un air offusqué.
- Même avec tes cheveux en bataille et ton maquillage de la veille qui a moitié coulé, tu restes canon.
Je me levai du canapé pour être à sa hauteur et lui adressai un regard mauvais.
- Arrête ça tout de suite Malefoy ! Ca ne me fait pas rire !
- Tu me fais confiance au fond de toi Hermione et tu le sais. Sinon, tu ne te comporterais pas comme ça avec moi. Tu ne serais pas autant...toi-même. Tu ne veux juste pas admettre que tu as confiance en moi, parce que ce serait accepter ce qu'il s'est passé entre nous hier. Tout ce qu'il s'est passé, ajouta-t-il d'un regard pénétrant.
- Qui fait partis du Triangle du sang ?
- Beaucoup de monde, tu ne veux quand même pas que je te fasse une liste.
- Et pourquoi pas ?
- Pour que tu ailles la donner à je ne sais pas qui ? Hors de question ! Je ne veux plus que tu te mêles de cette affaire.
- A quel sujet te disputais-tu avec Astoria Greengrass au ministère ? Tu veux que je te fasse confiance ? Réponds à mes questions.
- On se disputait au sujet de sa balafre au visage.
J'adressai un regard insistant à Malefoy pour qu'il poursuive.
- Le jour où Potter et moi avons remis la main sur Denis Crivey, des membres de Triangle du sang ont débarqué. Astoria en faisait partie. Comme ils pensent que je suis avec eux et qu'ils ne veulent pas griller ma couverture, ils doivent aussi s'en prendre à moi lorsque je suis avec les Aurors. Cependant, ils ne doivent pas attenter à ma vie. Et Astoria m'a balancé un sort en plein visage. Par chance, je suis extrêmement doué en matière de guérison, ce qui fait que je n'ai plus rien, mais « T » a visiblement estimé qu'elle devait être punie pour le geste qu'elle avait eu à mon encontre.
- Par Merlin ! M'exclamai-je horrifiée en plaquant une main contre ma bouche.
- Et au ministère, elle m'a accusé d'en avoir fais des tonnes alors que je n'avais finalement aucunes séquelles.
- Elle n'a pas tord.
- J'en ai fais des tonnes pour pouvoir rester à Saint-Mangouste et jeter un œil à Denis. Astoria est un malheureux dommage collatéral. Mais elle ne peut s'en prendre qu'à elle-même au final. Elle m'a visé au visage exprès.
- Et pourquoi aurait-elle fait ça ?
- Parce qu'elle est folle de moi.
Je levai les yeux au ciel.
- Je sais que je l'ai envoyé se faire voir un certain nombre de fois, mais ce qu'elle ne comprend pas, ce que même si je tenais à elle, ce qui n'est absolument pas le cas, nous ne pourrions pas être ensemble. Nous n'avons pas le droit.
- Comment ça pas le droit ?
- Tu n'as pas compris le but du Triangle du sang ou quoi ? Me demanda Drago avec agacement. L'objectif est d'assembler des sangs-purs et des sorciers issus de parent moldu. Deux sangs-purs n'ont rien à faire ensemble, c'est totalement interdit. Nous n'avons pas le droit d'être avec qui on veut. « T » choisit pour nous.
- Tu plaisantes ? Demandai-je en me décomposant.
Malefoy se contenta de secouer la tête d'un air grave.
- Il est complètement fou... marmonnai-je à voix basse. C'est... C'est un monstre...
Soudain, la chambre de Drago fut envahit d'une lumière éblouissante. Si éblouissante qu'elle me força à plisser les yeux.
- Qu'est-ce qu'il se passe ? Demandai-je en fronçant les sourcils.
- Il faut que tu partes ! M'ordonna Malefoy.
Il semblait soudain perdre toute l'assurance, dont il faisait habituellement preuve en ma compagnie et cela m'effraya au plus au point.
- Je t'ouvre le passage, vite, ajouta-t-il en m'attrapant le bras pour me tirer vers l'un des pans du mur.
Il pointa sa baguette dessus et je vis un film transparent le recouvrir.
- Qu'est-ce qu'il se passe ? Insistai-je en me tournant vers lui inquiète.
- « T » à laissé un message d'importance capital pour moi.
- Quoi ?
- Sors ! Il faut que j'aille voir ce qu'il se passe.
- Mais comment ça ? Malefoy ! Insistai-je en posant ma main sur son bras. Explique-moi !
Il inspira profondément, comme s'il tentait de reprendre son calme.
- Nous sommes actuellement dans le château.
J'eus l'impression que ma mâchoire se décrochait.
- Certains membres ont leur chambre dans le château, expliqua-t-il. Il s'agit de membres en qui « T » à particulièrement confiance ou au contraire de membres qu'il souhaite surveiller. Cette chambre où nous sommes est dans le château. C'est ma chambre.
- Mais nous ne sommes pas derrière le bar miteux d'hier ? Demandai-je d'une voix tremblante. Tu m'as emmené dans le château ? Tu te rends compte du risque que...
- Tu n'as courus aucun risque Hermione, je te le promets, insista-t-il en plongeant son regard dans le mien. Personne ne peut rentrer dans ma chambre sans mon autorisation. Maintenant pars, je n'ais pas envie que « T » voit que je mets du temps à arriver. Il s'est visiblement passé quelque chose d'important.
- Et s'il savait pour moi ? Et s'il s'en prenait à toi ?
Le visage crispé de Malefoy se changea en un regard d'hébétude.
- Tu as peur pour moi ?
- Non, c'est juste que...
- Allez pars Hermione ! Et ne me trahit pas s'il te plait, ajouta-t-il d'une voix suppliante. Sauve-toi !
Il m'attrapa par les épaules, déposa ses lèvres sur les miennes avec empressement, puis me poussa avec force en arrière, me faisant traverser le mur.
Je trébuchai quelque peu dans le bar miteux de la veille. Je me tournai pour voir la salle. Il n'y avait pas grand monde en cette mâtiné. Seulement quelques sorciers accoudés au bar. Ils me jetèrent un bref coup d'œil avant de se remettre à discuter entre eux. Je me tournai de nouveau vers le mur et y posai une main. Le passage s'était refermé et mon estomac se noua. Qu'allait-il se passer ? « T » avait-il eu vent de ma discussion avec Drago ? Etait-il tout simplement au courant de mon enquête ? Allais-je me faire tuer ? Non... Ce dont j'avais le plus peur en réalité, c'était qu'on s'en prenne à Drago. Drago... C'était la première fois de ma vie que je l'appelais par son prénom. Ce prénom était finalement si doux.
- Drago... murmurai-je à voix basse.
Je fis lentement glisser ma main contre le mur. La pierre était glaciale et un frisson désagréable me parcouru le dos. Il avait raison, j'avais étrangement confiance en lui et à présent, j'étais morte de peur pour lui. La dernière fois que j'avais vu une telle expression de frayeur sur son visage, c'était lorsque Ron, Harry et moi avions été emmené chez lui, lors de notre chasse aux horcruxes. A cette époque, Drago avait été paralysé par la peur, mais cette fois, il avait fait passer ma sécurité avant la sienne. Il m'avait fait sortir de sa chambre, sans savoir si je n'allais pas le trahir une fois dehors. Il avait choisit de prendre ce risque. Ma main quitta le mur et se déposa sur mes lèvres. Il m'avait embrassé. Pourquoi ? Pourquoi de cette manière ? Cela n'avait rien eu avoir avec les précédentes fois. Il m'avait cette fois-ci embrassé d'une manière naturelle, comme s'il m'avait simplement dit au-revoir avec empressement. Comme si nous avions été n'importe quel couple forcé de se séparer trop vite. Mais le pire au fond, c'est que cela ne me choquait que maintenant. Sur le moment, je n'avais rien trouvé de surprenant dans son geste.
Je posai une nouvelle fois ma main sur le mur, toujours aussi froid et dur. Qu'était-il en train de se passer ?