Précédemment :

Il inspira un grand coup pour se redonner une contenance et se retourna lentement. Et quand il le vit, son visage se glaça d'effroi.


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PARTIE I : John au pays des merveilles

Chapitre 6

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Tous ses souvenirs lui revinrent en mémoire comme un raz-de-marrée. Lui, le forçant à porter une veste bardée d'explosifs qui avait failli lui coûter la vie. Lui, obligeant Sherlock à sauter du toit de St Barts et qui l'avait ancré dans une profonde dépression. Et encore lui qui semblait revenu tout récemment d'entre les morts et dont l'enquête était en cours pour savoir si cela pouvait être possible alors qu'il s'était tiré une balle dans la bouche. Cet homme qui hantait ses cauchemars depuis qu'ils enquêtaient sur lui, se trouvait à présent en face de lui. James Moriarty.

Tout récemment, une vidéo du criminel consultant, avait circulé dans tous les médias, annonçant le retour de Moriarty. Pourtant, il était tout à fait impossible qu'il soit encore en vie. Sherlock l'avait vu se suicider sous ses yeux et il avait démanteler tout son réseau. Jusqu'à ce qu'il soit catapulter dans ce monde, l'affaire s'enlisait. Moriarty n'était pas réapparu et tout pensait à croire qu'un admirateur tentait de faire revivre la peur qu'il inspirait. Alors le retrouver dans ce monde, bien qu'il savait pertinemment que ce n'était pas la même personne, le perturbait beaucoup.

Ce monde avait beau être à l'opposer de ce qu'il connaissait, rien qu'en l'observant, il savait qu'il n'était pas si différent du psychopathe de son monde. Son arrogance suintait dans son attitude. Le Chapelier l'avait mis en garde contre lui, ce qui voulait tout dire. Même s'il ne faisait pas partie d'une organisation criminelle, il devait forcément avoir une tare quelque part. Reste à savoir lequel ?

Seulement voilà, un problème résidait, et pas des moindres : il appartenait à la famille royale de ce monde et par conséquent, totalement intouchable sans risquer sa vie. Il devait donc faire très attention à ce qu'il lui dirait.

Le Valet chevauchait un grand destrier blanc. Il était accompagné d'une dizaine de soldat dont l'un se trouvait à ses côtés et portait le numéro deux sur son plastron. D'ailleurs, en y regardant bien, tous portaient un numéro différent et peu de choses les différenciaient les uns des autres, comme s'ils étaient des clones.

— Votre Majesté, c'est un plaisir de vous rencontrer, dit-il d'une voix qui se voulait assurée.

— Jaime de Cœur, ravi de faire enfin votre connaissance, mon cher John. Ma mère m'a parlé de vous en des termes très élogieux. Vous semblez avoir faire bonne impression. Il est fort dommageable que nous nous soyons manqués à la partie de croquet. Je suis arrivé peu après que le jeu fut fini.

— Eh bien, voilà chose faite, Votre Majesté. Veuillez m'excuser, mais il se trouve que je suis attendu quelque part et je...

— Vous savez que nous organisons un grand bal qui aura lieu ce soir, le coupa-t-il. J'aimerais beaucoup vous compter parmi nos invités.

— Vous m'en voyez navré, mais j'ai d'autres projets qui...

— J'insiste ! dit-il d'une voix forte et ferme qui n'admettait aucune contestation.

John sentit la colère monter en lui. Il comprenait mieux les paroles de Locky sur le danger qui pouvait y avoir. Cet homme semblait ne pas accepter de refus, mais il ne comptait pas se laisser faire. Même si ça pouvait être risqué de le contrarier.

— Et si je refuse ? tenta-t-il quand même.

— Un refus n'est pas acceptable. Comprenez que le cas échéant, je serais obligé d'en venir à des méthodes moins… diplomates, si vous comprenez où je veux en venir.

— Dans ce cas, je n'ai d'autres choix que d'accepter votre invitation, dit-il en grinçant des dents.

— Voilà qui est mieux ! s'exclama Jaime.

— Puis-je m'en aller maintenant, Votre Majesté ?

— Ne l'écoutez pas, Votre Majesté, l'alerta Tweedle Dee Son. Il a dit qu'il voulait rentrer chez lui.

— C'est vrai, Votre Majesté, ajouta Tweedle Dum Van. Si vous le laissez partir, il ne reviendra pas.

— Oh ! Petit cachottier ! Est-ce vrai que vous prévoyez de nous quitter si tôt ?

John fusilla du regard les deux dénonciateurs. Comment pouvait-il croire qu'eux aussi pouvaient être différents ? Aussi ressemblant soient-ils tous, les bons restent bons et les mauvais le restent aussi, mais avec un degré d'écart très prononcé qui ne laissait aucune place à un jugement impartial : ici, c'est tout blanc ou tout noir.

— Si vous me laissez partir, je vous promets de venir pour le bal, tenta-t-il de convaincre. Je n'ai rien à me mettre et je dois faire quelques emplettes.

— J'aimerais bien vous croire ! Vraiment ! Mais je ne peux pas prendre le risque de vous laisser me filer entre les doigts, alors je vous emmène au château.

— Mais non ! Vous n'avez pas le droit ! s'écria John, reculant pour mettre de la distance entre eux.

— Bastien, attrape-le ! ordonna le Valet.

John tenta de s'échapper, mais il fut vite rattrapé par les soldats qui pointèrent leur lance autour de lui.

— Inutile de fuir, nous vous rattraperions facilement. Nous sommes les meilleurs chasseurs du pays. Maintenant, montez ! le força le dénommé Bastien.

Il tendit une main à John pour l'aider à monter. Ce dernier souffla et se résigna à la prendre pour se hisser sur le cheval derrière lui qui le ramena au côté du Valet. John n'apprécia pas comment prenait la tournures des événements. Qui sait ce qu'ils allaient faire de lui ? Il espérait qu'il n'aurait qu'à participer au bal, mais il avait l'horrible pressentiment que ce n'était pas tout ce dont on attendait de lui. Il se rappela les avertissements de toutes les personnes qu'il avait croisé et commença à se poser pas mal de questions sur les circonstances de sa présence ici. Il songea qu'il n'était pas là par hasard. Mais pour le moment, John était encore loin d'imaginé tous les enjeux que sa présence allait déclencher.

— Voilà une méthode pas très loyale, Majesté, dit le chat tout sourire, perché sur une branche. Il était apparu peu avant l'enlèvement de John et était resté silencieux jusque là.

— Microsoft ! Toujours à me faire la morale, stupide chat de gouttière ! gronda le Valet.

— Kidnapper les gens n'est pas non plus dans vos habitudes. Quel plan impossible avez-vous encore inventé ?

— Cela ne vous concerne en rien ! Je vous conseille de ne pas intervenir, sinon, vous y perdriez la tête !

— Oh ! Mais loin de moi de me mêler de vos affaires, Majesté. Et je suis même ravi que votre chasse ait enfin pris fin. Je suis juste tout simplement curieux de savoir ce que cet homme a de si particulier pour que vous l'invitiez en personne à votre fête ?

— Vous le saurez bien assez tôt. (S'adressant à son escorte) Retournons au château, il est tard et nous avons encore beaucoup de choses à terminer d'ici ce soir.

John observa le chat, qui pour la première fois, ne souriait pas. Leurs regards se croisèrent avant qu'il ne disparaisse, laissant John perplexe et inquiet sur ce qu'il allait lui arriver. Le chat en savait sûrement plus qu'il n'en avait laissé paraître.

Le chemin vers le château fut plus long que John pensait. À dos de Griffon, tout paraissait si proche, mais il se rendit compte que plusieurs miles séparaient les habitations du château dont les terres s'étendaient sur plusieurs milliers d'hectares.

Les chevaux galopaient à vive allure, risquant de faire tomber John plus d'une fois s'il ne s'était pas fermement accroché à la taille du garde.

Quand ils furent en vue des tourelles, il comprit que le château était gigantesque. Détail qu'il n'avait pas pris la peine d'observer la première fois qu'il s'y était rendu.

Ils montèrent sur un pont levis, passant sous la herse relevée et entrèrent dans une cour où de nombreux courtisans s'étaient attroupés à l'arrivée de l'héritier du trône. Ils défilèrent sous les acclamations du Valet qui revenait d'une longue chasse qui s'avérait fructifiant. John se demanda de quelle chasse il s'agissait vu qu'il ne voyait aucun gibier accroché aux selles des chevaux.

Ils s'arrêtèrent devant les écuries et descendirent de cheval. John refusa la main qu'on lui tendit et atterrit sur le sol non sans mal. N'étant pas habitué à monter à cheval, il ressentit une vive douleur à l'entrejambe qui l'empêcha de marcher normalement.

— Vous vous y ferez avec le temps, dit le Valet.

— Je ne pense pas. Après le bal, je rentre chez moi… N'en vous déplaise, Votre Majesté.

— Je suis sûr que vous changerez d'avis d'ici là. Et appelez-moi Jaime, je vous prie. C'est moins formel, surtout si nous devons nous côtoyer régulièrement.

— Et moi, je suis sûr que non, Votre Majesté, le contra-t-il volontairement, sous le sourire énigmatique du Valet.

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Pendant ce temps, à la maison du Lièvre de Mars, le Chapelier et ses associés s'étaient de nouveau réunis autour d'une table, une tasse de thé à la main. Enfin, tous sauf le loir qui dormait toujours.

Le thé étant une tradition qui remontait très loin dans le temps et parce que le temps était un moment qui devait rester figé, l'heure du thé était donc rigoureusement observé à la même heure.

— Connaissez-vous l'histoire de la souris qui a bien failli se noyer ? Il est dit qu'un jour, une jeune fille pleura tant qu'une rivière de larme en est née. La souris, pas très experte à la natation, réussit néanmoins à rejoindre la berge avec la fameuse jeune fille.

— C'était il y a fort longtemps, répondit avec nostalgie le Chapelier. Il me semble avoir déjà entendu cette histoire. Quel était le nom de la jeune fille ?

— Alice ! Une petite fille insolente, d'ailleurs, qui n'en faisait qu'à sa tête.

— Ah oui… Alice. J'ai l'impression que c'était hier, soupira le Chapelier avec nostalgie.

— Maintenant, nous avons John. Il est différent et de plus agréable compagnie. Au moins, pouvons-nous avoir une discussion plus adulte.

Locky soupira à nouveau à la mention de John, son menton reposant sur ses mains.

— Hé ! Tu es toujours avec moi ? dit le Lièvre en claquant ses doigts devant lui. Je te trouve moins drôle depuis qu'il est ici.

— Il est amoureux, marmonna le Loir dans son sommeil.

— Allons bon, en voilà une idée complètement folle. Oublie-le, Locky ! Ça te mènera nulle part. Il n'est pas de chez nous et il n'y restera pas non plus.

Le Chapelier inspira et expira profondément, laissant échapper soupir après soupir, les yeux dans le vague.

— Bah ! Inutile d'insister. Nous l'avons déjà perdu !

Pendant leur divagation, le Lapin Blanc arriva vers eux, profitant de son peu de temps libre pour saluer ses amis avant de partir travailler.

— Salut cousin ! lança-t-il à l'adresse du Lièvre de Mars.

— À toi aussi, je te salue, répondit le propriétaire des lieux. C'est rare de te voir ici, tu n'es pas censé être au château ?

— Je fais une pause pendant que les festivités s'organisent. J'ai demandé à Simili-Tortue de me remplacer un moment. Je viens donc aux nouvelles. Alors, que pensez-vous de John ?

À l'entente du prénom, Locky sortit de ses songes et attaqua de but en blanc :

— Il paraît que John a dormi chez toi.

Ce n'était pas une question puisque John lui en avait parlé.

— C'est vrai. Je l'ai trouvé un peu tendu. Il se pose beaucoup de questions sur sa présence ici. Mais tant qu'il ne rencontre pas certaines personnes... Il a l'air de bien s'adapter à notre monde et à ne plus le considérer comme un rêve. D'ici peu, on pourra le mettre au courant du reste.

— Il était chez la Reine ce matin, tu as dû le voir.

— Oui... Au début, j'ai été fâché contre lui qu'il n'ait pas écouté les avertissements. Vous l'avez bien averti qu'il ne devait pas s'y rendre, n'est-ce pas ?

— Bien sûr, qu'est-ce que tu crois ! s'insurgea le Chapelier.

— Pourtant, ça ne l'a pas empêché d'y aller quand même. D'ailleurs, j'ai été rendre visite à Griffon qui m'a parlé du quiproquo. C'est lui qui a mal interprété les paroles de John qui avait envie de s'y rendre sans vraiment le demander.

— Il s'est passé quoi ensuite ? Je n'ai pas eu les détails.

— Bill le lézard était sur le point de se faire décapité alors John est intervenu. C'était idiot de sa part, pourtant, il lui a sauvé la vie et à lui-même aussi en soudoyant un hérisson. Il est malin ! Il m'a impressionné. Mais en même temps, j'ai peur qu'il se soit fait trop remarquer de la Reine. Sa présence là-bas était un peu trop prématurée, car peu après qu'il soit parti, le Valet est rentré au château. C'est est fallu de peu qu'ils se rencontrent.

— Quoi qu'il en soit, tant qu'il nous écoutera, tout ira bien. Je lui ai bien fait comprendre, au déjeuner, d'éviter le Valet, indiqua le Chapelier.

— Je crois qu'il est un peu tard pour s'en soucier ! clama une voix qui les firent tous se tourner dans sa direction.

Le Chat de Cheshire venait d'apparaître sur la table.

— Microsoft, qu'est-ce que tu viens faire là, toi qui traînes souvent au château ? Tu viens nous espionner, cracha le Chapelier qui n'aimait pas beaucoup ce chat.

— Oh non, loin de moi des idées de trahison. Vous savez pour qui va ma loyauté de toute façon ! Par contre, je dois vous annoncer que le Valet a trouvé John.

— QUOI ! ! ! ! ! rugirent-ils tous en même temps, se levant d'un coup. Même le Loir se réveilla sous le choc de la nouvelle.

— En fait, les faux jumeaux Tweedle l'ont dénoncé. Ce sont eux qui livrent certains d'entre-nous à la Reine.

— Maudit soient-ils, ragea le Lièvre. Eh moi qui pensais qu'ils étaient dignes de confiance.

— Où est John ? s'inquiéta le lapin Blanc. Que lui a-t-il fait ?

— Il l'a emmené au château pour participer au bal. Vous comprenez ce que ça veut dire et ce que ça implique ?

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John avait suivi le Valet sans un mot jusqu'au château. À l'intérieur, John croisa de nombreux serviteurs qui courraient en tous sens pour préparer la grande salle de bal qu'il avait entr'aperçu en passant devant les deux énormes portes restés ouvertes le temps que les installations se finissent. Rien qu'à la décoration, il pouvait imaginer que ce serait une fête sublime.

Il accéléra le pas pour ne pas se laisser distancer de son hôte royal. Jaime le considérait comme son invité, mais à sa manière de s'approprier de lui, John lui fit davantage penser qu'il était prisonnier. Maintenant qu'il savait qu'il ne lui voulait aucun mal, il préféra ne pas tenter une évasion dans l'immédiat et se contenter d'observer les lieux et d'emmagasiner un maximum d'informations qui pourraient lui être utiles plus tard.

La grande salle était également la salle du trône où la famille royale recevait les demandes du peuple et les grands repas avec les pays voisins.

Le Valet lui apprit que le pays des merveilles comptaient plusieurs royaumes et que le leur se trouvait au centre du monde ce qui le surprit beaucoup, ne croyant pour tout à fait que tout cela existe réellement. Une part de lui, pensait toujours qu'il rêvait. Que rien n'était réel. Surtout depuis qu'il avait furtivement vu une image de Baker Street sur le miroir, chez le Chapelier. D'un autre côté, il se sentait bien éveillé en cet instant, les sensations lui semblaient si réelles qu'il n'arrivait pas à différencier le vrai du faux.

Il marchait depuis un moment au côté de Jaime qui lui expliquait l'utilité des différentes salles, du nombre de soldat à leur actif et leur capacité à se protéger contre tout envahisseur. Tout était calculé dans les moindres détails pour parer à toute éventualité, comme une horloge bien huilée. L'aspect militaire l'intéressait beaucoup, ayant été lui-même soldat.

Ils arrivèrent à un grand salon richement décoré avec goûts. En entrant dans la pièce, il vit que deux fauteuils étaient occupés. Il n'eut aucun mal à reconnaître la Reine, vêtue d'une longue robe rouge et coiffée d'une couronne. Quand l'homme à ses côtés se leva, John se raidit. Habillé d'un chemisier blanc et d'un costume noir et coiffé d'une immense couronne, il ne pouvait s'agir de nul autre que Magnussen ou du moins, son alter-ego, et par conséquent, le Roi.

« Bon sang, je ne pouvais pas pire tomber. Pourquoi ai-je suivi ce lapin ? Je préférerais encore être enlevé par Mycroft. Au moins avec lui, je sais à quoi m'attendre… Je suis tombé dans un nid de vipères ! » se désespéra-t-il.

— Mère, père, voici John. John, je vous présente la Reine, Irène de Cœur et le Roi, Charles de Cœur.

— En-enchanté de vous connaître, Vos Majestés, bégayait-il en faisant une courbette.

— Enfin vous voilà ! Nous attendions votre venue depuis si longtemps, s'exclama le Roi. Vous n'imaginez pas combien nous étions impatients de vous rencontrer.

— Vraiment ? Comment pouviez-vous m'attendre alors que je ne suis ici que depuis hier, Majesté ? s'étonna-t-il.

— Il y a une légende qui dit qu'un jour, un homme venu d'un autre monde viendrait dans notre royaume… (La Reine se perdit un instant dans ses pensées) Mais peu importe ! L'important est que vous soyez ici et j'espère que vous vous y sentirez bien. (Elle lui prit ses mains dans les siennes). Vous êtes ici comme chez vous et nous comblerons le moindre de vos désirs. Jaime y veillera.

— Absolument ! Venez John, que je vous montre vos appartements.

John suivit le Valet. Il jeta un regard en arrière pour voir les deux époux l'observer avec une lueur de convoitise dans les yeux qui lui fit hérisser l'échine.

« Il y a quelque chose qui ne tourne pas rond ici. Je devrais peut-être mener l'enquête. Je suis sûr que Sherlock aurait trouvé de quoi il en retourne ou peu s'en faut. » songea-t-il.

Jaime le mena aux étages supérieurs qui comprenaient plusieurs petits salons et surtout beaucoup de chambres.

— Voici votre chambre ! Entrez, je vous prie, l'invita Jaime.

John se trouvait dans une somptueuse chambre très spacieuse comprenant un très grand lit à baldaquin, deux tables de chevet, une immense armoire, une commode, une petite table ronde et deux chaises et un miroir sur pied. Plusieurs tableaux ornaient les murs montrant des paysages féériques. Les rideaux blancs volaient dès qu'une légère brise s'engouffrait par la porte-fenêtre qui donnait sur un très grand balcon, face aux jardins. Ce qui le dérangeait le plus, c'était ce rose qui colorait chaque élément de la pièce depuis le mobilier jusqu'à la moquette sur le sol. Cette chambre était clairement décorée pour accueillir une femme.

« Ai-je l'air d'une femme pour me faire subir cet affront ! Les autres chambres sont clairement plus neutres et m'auraient mieux convenu – même si je n'ai pas l'intention de traîner ici plus que de raison », fulmina-t-il.

— Je vais appeler la couturière pour prendre vos mesures afin de confectionner une tenue adaptée pour le bal. En attendant, acceptez de trinquer avec moi à notre rencontre.

Jaime prit sur la table deux verres dans lesquelles il versa le contenu d'un pichet rempli de vin rouge. Il lui en remit un et firent tinter leurs deux verres. John but d'une traite sous le regard brillant du Valet qui garda le sien à la main.

John porta son regard sur Jaime qui n'avait pas touché à son vin. Celui-ci sourit malicieusement.

Tout à coup, le regard de John se fit trouble. Sa tête lui tourna. Alors qu'il avait l'habitude de tenir l'alcool, il ne comprenait pas ce qui lui arrivait. Il s'affaissa, ses jambes refusaient de le porter. Son verre tomba et se brisa au sol. Il tangua un moment, essayant vainement d'attendre le lit, mais il s'écroula sur le sol où il perdit connaissance.

Quelques minutes plus tard, John émergea de son sommeil forcé. Il tenta de se lever, s'accrochant au lit pour se mettre sur ses pieds. Il remarqua une chose étrange : ses mains étaient plus fines qu'avant et ses ongles avaient poussé.

— Bon sang, combien de temps ai-je dormi ?

Il observa la pièce. Le Valet n'était plus là. Une fois debout, il constata que ses vêtements étaient trop serrés à la poitrine et à ses hanches, mais trop larges aux entournures.

— Qu'est-ce qui s'est passé ? Ai-je grandi ou rapetissé ? Ou plutôt, ai-je maigri ou grossi ? Je n'aurais jamais dû boire ce vin. Les effets sont trop bizarres.

Il s'approcha du miroir pour voir la mine qu'il se payait et il ne comprit pas tout de suite ce qu'il voyait.

— Pourquoi je vois ma sœur dans le miroir ? s'étonna-t-il.

Puis comprenant que l'apparition faisait les mêmes mouvements que lui, ses jambes se dérobèrent sous lui et il se retrouva à genoux devant la contemplation de ce qu'il était devenu. Il porta ses mains tremblantes à son visage, complètement sous le choc.