J'ai fait un dessin couleur de Johanna dans sa robe de bal que j'ai mis sur ma page facebook (voir profil)

Warning : présence d'une tentative de viol. Soyez prudent !


Précédemment :

« On est mal, mal, maaaaaaaal ! » trembla le lapin qui sauta dans tous les sens. « Il faut que je prévienne les autres ou nous courrons droit à la catastrophe ! »


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PARTIE I : John au pays des merveilles

Chapitre 8

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John claqua la porte de sa chambre et fit les cent pas, furieux.

— C'est pas une gifle que j'aurais dû lui coller, mais mon poing dans la gueule ! Bon sang ! Je fais n'importe quoi !… S'il ose me toucher encore une fois, je jure que je le tue !

Il croisa son image dans le miroir et s'arrêta net.

— Une robe ! Comment ai-je pu me laisser embobiner ! cracha-t-il avec dégoût.

Il entra dans la salle de bains, se déshabilla et enfila la robe de chambre qui pendait sur un cintre. Il entreprit de se rincer la bouche en bonne et due forme, puis il retourna dans la chambre et se laissa tomber à plat ventre sur le lit, enfouissant sa tête dans les oreillers.

— Sherlock, je voudrais tellement que tu sois là. Je veux rentrer chez moi, gémit-il.

Après un moment à se calmer, il se tourna sur le côté et laissa le sommeil le submerger.

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— Mère, j'ai besoin de vos connaissances, dit le Valet.

— Que veux-tu savoir, mon fils ?

— Malgré la transformation, Johanna est encore trop impulsive. Je crains qu'elle nous cause des problèmes. Comment pourrais-je dompter son caractère ?

— Connais-tu les baies du diable ?

— Il me semble que c'est une plante toxique. En manger nous tuerait en quelques instants. On l'utilisait souvent pour éliminer les indésirables.

— Sache que ce fruit possède une autre propriété très particulière. Il permet de rendre une personne d'un autre monde, emplit de désir pour celle qu'elle verrait en premier – homme ou femme, elle ne fera pas de distinction.

— Combien de temps faut-il pour que l'on en voit les effets ?

— C'est quasi immédiat. Elle s'attachera progressivement à toi, et d'ici cette nuit, elle sera toute à toi.

— Les effets peuvent-ils s'estomper ?

— Seulement si elle rencontrait l'amour de sa vie et un baiser lui ferait retrouver tous ses souvenirs, mais il est impossible qu'elle rencontre sa fiancée ici. Eh puis, elle va progressivement oublier son monde, ce qu'elle était, pensant qu'elle a toujours vécu étant femme dans notre royaume. Elle est seule et totalement à notre merci.

Jaime prit le fruit que sa mère lui remit. Un sourire sadique s'afficha sur son visage lorsqu'il quitta la pièce.

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John dormait depuis un peu plus d'une heure lorsqu'il sentit une présence près de lui qui le réveilla, ses sens en alerte. Il n'eut pas le temps de dire et faire quoi que ce soit, que deux mains le plaquèrent contre l'édredon, l'empêchant de faire le moindre mouvement tandis qu'on lui pinça le nez, l'obligeant à ouvrir la bouche pour respirer. Il sentit une petite bille molle tomber à l'intérieur et une main sur sa bouche pour qu'il ne recrache pas l'intruse inconnue qui se coinça au fond de sa gorge. John se débattit tant qu'il put, mais s'il ne voulait pas étouffer, il devait déglutir ce qu'il l'obligea à avaler.

— Restez calme, ma toute belle, ça va vous faire du bien.

Le Valet l'observait tandis que Bastien gardait sa prise. Ils semblaient attendre quelque chose que John ignorait. Sa respiration se calma et il ne quitta plus des yeux le Valet qui lui fit un sourire charmeur. Après quelques instants, sur un signe de ce dernier, Bastien le libéra et quitta la pièce. John savait qu'il aurait dû faire quelque chose en le voyant à sa portée, mais là, tout de suite, rien ne lui vint à l'esprit.

Jaime se pencha et l'embrassa tendrement. Effrayé, John tenta de le repousser, mais le Valet ne se laissa pas faire et crocheta ses poignets pour les maintenir contre l'édredon tout en l'embrassant avec plus de passion. Il mordilla sa lèvre inférieure pour lui quémander l'accès à sa bouche. John ne résista pas très longtemps et une langue vint taquiner la sienne. Toutes ses résolutions fondirent tandis qu'un désir incontrôlé s'empara de lui. Ses muscles se détendirent et il était prêt à s'abandonner à l'étreinte de cet homme.

La main du valet commençait à remonter sa cuisse lorsque, tout à coup, la porte s'ouvrit sans préavis sur la Duchesse Natricia qui entra avec les deux femmes de chambre, les bras chargés. Elles furent pétrifiées en comprenant ce qu'elles venaient d'interrompre.

— Oh ! Majesté, pardonnez-nous, nous ignorions que vous étiez ici, dit-elle confuse en courbant l'échine.

Le Valet se releva pour s'asseoir, contrarié d'être ainsi dérangé, tout en restant près de John qui soupira discrètement de soulagement pour ce répit.

— Comment osez-vous entrer ici sans vous annoncer ! gronda Jaime.

— Je… Je suis désolée… Nous… Nous devions préparer Miss Johanna, et j'ignorais que vous seriez ici, bafouilla-t-elle.

Jaime retint une réplique cinglante. Il se leva et arrivé près de la porte, il leur dit :

— Vous avez intérêt qu'elle soit parfaite. Je n'admettrais aucune faute de goût. Ou c'est plus d'une tête qui tombera ce soir, ordonna-t-il. Puis il s'en alla.

Il y eut un moment de silence où personne ne fit le moindre geste, le temps que la tension descende. La Duchesse souffla de soulagement.

— J'ai eu peur en le voyant. Je ne pensais pas le trouver avec vous (elle remarqua John partiellement dénudé) Oh ! Ma pauvre chérie, vous a-t-il violenté ? s'exclama-t-elle avec angoisse en se précipitant vers lui.

— Non, je crois que votre arrivée inopinée l'a arrêté juste à temps.

John s'assit au bord du lit et réajusta sa robe de chambre.

— Vous allez bien ?

— Oui, je crois que ça va. Je suis prêt à commencer l'essayage si vous le voulez bien.

La Duchesse fut déconcertée face au calme de John qui, au contraire, devrait être paniqué ou en colère et tenter de s'enfuir.

Quand elle lui montra la robe que ses servantes et elle lui avaient créé en si peu de temps, John fut époustouflé par la créativité qu'elles avaient fait preuve.

— Elle est magnifique ! J'ai hâte de la porter.

— Si Mary vous voyait avec, elle en serait jalouse, sourit-elle.

— Qui ça ? interrogea-t-il.

— Eh bien votre fiancée.

— Quelle fiancée ? Je ne vous comprends pas. Je n'ai personne dans ma vie.

Stupéfaite, elle n'osa pas lui demander s'il s'était passée quelque chose pendant son absence. Il semblait avoir oublié l'existence de la femme qu'il aimait. Le comportement de John aussi était différent depuis la dernière fois qu'ils s'étaient vus. John marchait avec plus de légèreté et observait une attitude plus féminine. Elle se demanda si les effets de la métamorphose sur une longue durée ne changeaient pas la personnalité. Quoi qu'il en soit, elle ne pouvait pas y faire grand-chose.

L'habillage et la mise en beauté durèrent deux heures pendant lesquelles il fallut pratiquer de nombreuses retouches pour que la robe soit parfaite, ne voulant pas subir les foudres du Valet.

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À la tombée de la nuit, les invités arrivèrent par carrosses, dévoilant de nombreuses personnalités influentes dans le royaume ainsi que des royaumes voisins venus rencontrer celui dont la prophétie mentionnait. Tout le pays des merveilles était présent.

Les brouhahas emplissaient la salle, dans l'attente de l'apparition du Trophée de la famille de Cœur. Les souverains de tous les royaumes, qui connaissaient la prophétie, attendaient la venue de l'étranger. Par conséquent, ne sachant pas comment il était et où il devait apparaître, tous s'étaient attelés à la tâche pour le rechercher. La Reine avait une longueur d'avance sur tout le monde vu qu'elle était la seule à posséder une trace écrite de la prophétie alors que tous les autres n'en connaissaient que quelques bribes. Elle savait donc qu'il devait apparaître dans le royaume de cœur.

Pendant ce temps-là, un peu à l'écart, le Chapelier, le Lièvre de Mars et le Chat de Cheshire qui flottait dans les airs, tous habillés et munis d'un masque, attendaient près d'un pilier lorsque le Lapin blanc, habillé de son costume d'apparat et coiffé d'un chapeau à plume, s'approcha d'eux.

— Enfin vous êtes là ! Vous connaissez le plan : s'approcher de John et le faire sortir discrètement du château. Après, il ne nous restera plus qu'à le cacher.

— C'est risqué, Cousin. Le Valet le fera rechercher partout et en premier lieu en fouillant chez tous ceux qui l'ont rencontré.

— Eh bien dans ce cas, on le renvoie chez lui.

— Locky, qu'en pensez-vous ? s'enquit Gory.

— Mmm, quoi ? Oh oui, aucun problème : je l'aborde et il nous suivra sans problème, dit le Chapelier rêveur et impatient de revoir John.

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John était très nerveux. Il allait devoir défiler devant tous les invités en traversant la salle jusqu'aux trônes.

Pendant la dernière demi-heure où les invités étaient en train d'arriver au château, il dut apprendre à marcher et à se tenir droit avec ses chaussures à talons, exercice qui ne fut pas de tout repos. Il se demanda comment les femmes arrivaient à marcher avec de tels instruments de torture. Après plusieurs essais, il finit par prendre le rythme et la Duchesse l'avait quitté en lui recommandant de continuer à s'entraîner.

Beaucoup d'événements s'étaient passés depuis son arrivée au pays des merveilles, pourtant, il n'en garda que peu de souvenirs marquants, comme si tout devenait diffus jusqu'à son entrée au château. Il avait beau essayer de se rappeler de ce qu'il avait fait la veille, des personnes qu'il avait rencontré... Rien ne lui revint en mémoire à part des visages flous. Même sa vie d'avant semblait si lointaine qu'il se demandait s'il n'avait pas rêvé d'une autre vie. Tout ce dont il se rappelait, c'était les belles paroles de Jaime et la promesse d'une vie de château.

Il se regarda une dernière fois dans le miroir, tournant plusieurs fois sur lui-même pour admirer la danse du volant autour de lui. Il avait hâte de danser. Il se rappelait qu'un ami lui avait appris à valser. Il ne se rappela toutefois pas de son nom, juste qu'il était grand avec de belles boucles brunes et d'incroyables yeux gris hypnotisant. De sa vie passée, seule cette présence lui fit un pincement au cœur, comme un manque.

Le carillon de la grande horloge du hall sonna ses premiers coups. Il sortit de la chambre et descendit le grand escalier avec beaucoup de précautions – inutile de se tordre une cheville bêtement – et se rendit vers l'entrée de la salle de bal.

Le moment de vérité était arrivé, les portes s'ouvrirent en grand devant lui.

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Soudain, on entendit un ébahissement général qui fit tourner toutes les têtes vers l'entrée de la salle où venait d'apparaître la superbe créature qu'était devenue John.

Il était habillé d'une longue robe de satin fuchsia qui descendait jusqu'aux pieds à l'arrière et ouverte à l'avant, dévoilant ses jambes chaussées d'escarpins argentés à talons hauts. Sans manches et le dos nu, une encolure en forme de trou de serrures ouvrant sur une partie de sa poitrine galbée, maintenue par des bretelles parsemées de perles scintillantes ainsi qu'autour de la taille en guise de ceinture, la robe semblait voler à chacun de ses pas. Il portait des boucles d'oreilles en diamant et de plusieurs bracelets argentés qui brillèrent sous les lumières des bougies. Ses cheveux, attachés en chignon avec deux mèches bouclés qui descendaient sur ses tempes, sur lesquelles un diadème scintillant trônait sur sa tête. Maquillé avec raffinement et les ongles des vingt doigts vernis en rose brillant, il avança vers les trônes avec l'allure d'une véritable princesse. Arrivé devant la famille royale, il fit une révérence.

Jaime était ébahi par le résultat. John était devenu si belle qu'il se surprit d'en tomber amoureux. Il descendit de l'estrade, prit la main de John et ils entamèrent la première valse de la soirée dès que les musiciens commencèrent à jouer, tournoyants seuls au milieu de la salle pendant que tout le monde les regardait.

John se souvint d'un conte où Cendrillon était allée au bal du château et tout comme lui, engagea la première danse avec le prince avec qui elle finit par se marier. Il se sentait heureux d'avoir la même chance.

Les amis de John n'arrivaient pas à décrocher les yeux de cette apparition qui les laissa sans voix. Seul le Lapin l'avait déjà vu en femme, il fut donc le premier à se ressaisir.

— Microsoft, prend le prochain tour de danse. Tu dois parler avec lui pour le mettre dans la confidence.

Locky ne détacha pas un seul instant son regard de John, un sourire béant aux lèvres. Gory lui marcha sur le pied, ce qui eut pour effet de le détourner de cette vision envoûtante.

— Arrête de baver, ce n'est que John en femme !

Le Chapelier fit la moue, contrarié d'être interrompu de la contemplation de la Belle. Il soupira en le regardant à nouveau. Son cœur battait la chamade. L'apparence féminine de John était un régal pour ses yeux et une douceur pour son cœur.

Quand la musique changea et que le Valet alla se servir un verre avec John, le Chat tenta une approche.

— Majesté, puis-je avoir l'honneur d'une danse avec Miss Johanna ?

— Allez-y ! Amusez-vous, ma chère, après tout, ce bal est en votre honneur.

Lorsqu'ils amorcèrent les premiers pas, le Chat de Cheshire l'interrogea :

— John, avec le Chapelier et ses associés, nous allons vous sortir de là.

— Qui est John ? Mon nom est Johanna et pourquoi voulez-vous que je parte, je me trouve bien ici.

— Pardon ? Mais il faut vous échapper. Ne savez-vous donc ce que le Valet compte vous faire ?

— Jaime est un homme charmant. Je ne vois pas ce que vous lui reprocher, se fâcha John.

— Il veut coucher avec vous, ça ne vous effraie pas ?

— Un peu, mais il faut bien une première fois. Et il est si beau !

Le Chat était choqué – malgré le sourire qui ne reflétait pas du tout son étonnement – par l'attitude de John. La musique s'arrêta et John changea de partenaire.

Complètement désorienté, le Chat mit un moment avant de se décider à bouger de la piste de danse. La transformation ne pouvait pas l'avoir changé autant et en aussi peu de temps. Il se remémora qu'il existait une baie capable de rendre amoureux la première personne que l'on voyait dans un seul cas précis. Il était l'un des rares à connaître cette particularité pour cette plante réputée mortelle, mais il était prêt à parier que la Reine la connaissait aussi.

Tout en se dirigeant vers ses amis, il réfléchit à un moyen de ramener John à la raison compte tenu de la situation, lorsque son regard s'attarda un moment sur le Chapelier. Ses yeux se plissèrent et son sourire s'élargit encore davantage et c'est à ce moment-là qu'il trouva la solution.

— Bon changement de programme : il est temps de faire entrer en scène le grand amour de John.