Δ Chapitre 15 : La mission de Drago

- Astoria me sort par les yeux, grogna Drago qui venait tout juste de traverser le mur de sa grande chambre.
Je me contentai de le regarder d'un air absent, à moitié affalée sur la table, un verre de jus de citrouille à la main. Ma journée m'avait épuisé, tant physiquement que moralement.
- Tu n'imagines pas à quel point je peux avoir envie de la tuer, je te jure, ça me démange, insista-t-il. Et le pire c'est qu'elle se croit tellement maligne ! Mais si «T » savait ce qu'elle pense vraiment de l'organisation ! En plus, Weasley m'a emmerdé toute la journée à vérifier ce que je faisais alors que...
- Tu veux vraiment qu'on décerne une médaille à celui qui a passé la plus mauvaise journée ? Le coupai-je d'un air maussade. Parce que c'est moi qui remporterais la partie à coup sûr.
Drago s'immobilisa et me fixa avec attention. Puis, d'un signe de tête, il m'incita à en dire plus.
- J'ai croisé Blaise aujourd'hui. Il m'a lancé un regard tellement désespéré que j'aie eu envie de vomir toute la journée. Je ferais peut-être mieux de tout lui dire pour ce qu'il s'est passé entre nous, il sentirait sûrement moins coupable. Parce que là, je n'arrive même pas à le regarder dans les yeux tellement j'ai honte de mon comportement. Mais ne t'en fais pas, ajoutai-je aussitôt, je ne dirais rien. Je ne peux pas te mettre dans une situation dangereuse vis-à-vis de T. Donc je souffre et je culpabilise en silence. Ensuite, Harry m'a lancé des regards insistants toute la journée pour savoir si on pouvait enfin reprendre nos recherches sur le Triangle du sang et Becker me prend pour une incapable qui n'arrive pas à avancer sur notre enquête. Elle m'a posé de nouvelles questions, mais comme je ne peux rien lui dévoiler...
- Becker est au courant ? S'exclama soudain Drago, me coupant la parole.
- Oui, je te l'ai déjà dis.
- Non, tu ne m'as absolument rien dit à ce sujet, répliqua-t-il.
- C'est elle qui m'a chargé de découvrir ce qu'il se passait par rapport aux disparitions et aux meurtres.
- Que sait-elle exactement ? Insista Drago.
- Rien. Elle ne sait pas grand-chose, mis à part qu'aucun sang mêlé n'est touché par l'organisation. Ah si, poursuivis-je, elle est au courant que vous portez des masques blancs.
Drago se laissa lentement tomber sur la chaise en face de moi, tandis que je fronçai les sourcils.
- Si jamais « T » venait à l'apprendre... Elle serait non seulement tuée, mais en plus, ils penseraient peut-être qu'elle t'a mise au courant. Ce qui est le cas. Il faut vraiment que tu fasses quelque chose.
- Ah oui ? Et qu'est-ce que tu suggères ? Répliquai-je d'une voix aiguë. Que je lui ordonne de cesser son enquête secrète ? C'est la chef du magenmagot !
- Mets-toi au moins à l'abri. Dis-lui que tu ne veux plus enquêter là-dessus et que cela n'entre pas dans l'exercice de tes fonctions.
- Bah bien sûr ! Tu veux que je me fasse virer ?
Drago écarquilla les yeux de surprise.
- Tu préfères te mettre en danger plutôt que te faire virer ? Me demanda-t-il d'un air ahuri.
- Si j'abandonne, elle pensera que je n'ai pas les épaules pour le poste de chef, elle pensera que je ne suis pas assez douée et que...
- Ouai, c'est bon, me coupa Drago avec humeur. Tu nous fous tous dans la merde Hermione.
- Tous ? C'est toi que je mets dans la merde plutôt, hein ? Répliquai-je brusquement.
Il se contenta de m'adresser un regard noir, avant de se lever de sa chaise pour rejoindre la salle de bain.
Il commença à se déshabiller et je fis apparaître un voile opaque pour fermer la salle de bain. J'entendis Drago soupirer, mais il ne fit aucun commentaire et j'entendis bientôt l'eau de la douche couler.
Au bout de quelques minutes, la voix de Drago s'éleva jusqu'à moi.
- J'espère que je serais vivant dans deux mois.
- Mais oui tu seras vivant, arrête de t'inquiéter ! M'exclamai-je. Franchement, tu as tellement peur pour ta vie que je me demande ce qui ta poussé à infiltrer le Triangle du sang !
- JE T'EMMERDE !
- Et pourquoi dans deux mois exactement ? Poursuivis-je intriguée.
- Tu es sûr que tu es la meilleure amie de Potter et Weasley ? Ils se marient dans deux mois.
- Oh c'est vrai, dis-je dans un souffle.
Comment avais-je pu oublier un tel événement ? Comment avais-je pu être si centrée sur moi-même ? J'avais honte.
- Mais en quoi ça te concerne ? Repris-je. Tu... tu as été invité ?
- Bien sûr que j'ai été invité ! S'exclama-t-il. Je suis son collègue.
- Je vois...
L'eau s'arrêta de couler et Drago sortit de la salle de bain, une serviette nouée autour de sa taille. Il m'adressa un regard entendu.
- En fait, il a invité tous les Aurors c'est ça ? Demandai-je amusée.
- Je pense que je vais proposer à Astoria de m'accompagner, déclara-t-il avec sérieux.
Je lâchai brusquement le verre que je tenais à la main et levai les yeux vers Drago.
- J'espère que tu plaisantes, signalai-je. Je croyais qu'elle te sortait par les yeux ?
Il m'observa attentivement avant d'ouvrir la bouche.
- Evidemment que je plaisante. Mais si tu continues à être aussi désagréable, je vais vraiment finir par l'inviter, juste pour te remettre à ta place, répliqua-t-il d'une voix dure.
Et voilà qu'il redevenait l'autre Drago, celui que je n'aimais pas.
- Franchement, tu deviens désagréable là. Tu peux inviter qui tu veux, mais pas elle, tu le sais très bien. Elle a couché avec Blaise.
- Et toi avec moi. Qui est la pire des deux hein ?
Je me contentais de lui adresser un regard noir.
- Toi, tu as couché avec moi, et ce, à plusieurs reprises, parce que tu en avais envie, parce que tu aimais ça. Blaise n'a pas du prendre une seconde son pied avec Astoria. De toute façon, personne ne prend son pied avec elle. Elle est froide et totalement...
- Qu'est-ce que tu en sais ?
- Parce que j'ai déjà couché avec elle, répondit-il sans la moindre gêne.
Je sentis mon visage se décomposer.
- Tu ne croyais quand même pas que j'étais puceau avant de poser les mains sur toi ? Me lança-t-il d'un air moqueur.
Je ne répondis pas. De toute façon, c'était exactement ce qu'il voulait, que je réplique, et ça, il en était hors de question. Je n'allais pas rentrer dans son jeu malsain. Comment pouvait-il être si protecteur et gentil, et l'instant d'après aussi dur et dénué de sentiments ? C'était incroyable d'avoir deux facettes de sa personnalité aussi différentes. Il avança d'un pas dans ma direction et plongea son regard dans le mien.
- C'est dur d'avoir une double vie Hermione. Très dur, insista-t-il comme s'il avait lu dans mes pensées. Ce comportement que j'ai parfois avec toi, c'est celui que j'ai au sein du Triangle du sang. C'est celui qui j'adopte et qui me colle après à la peau. C'est compliqué de faire la part des choses, avoua-t-il d'une voix plus douce cette fois-ci. Je sais que ce n'est qu'un rôle que je joue, mais parfois je me laisse happer par tout ça. Là, je reviens d'une réunion au château et... Ce n'est pas plus mal que tu vives ici maintenant. Tu me reconnectes à la réalité.
Je me contentais de le fixer, sans broncher.
- Tu verras quand tu y seras toi aussi. Tu verras que tu changeras malgré toi, le rôle te collera à la peau. Mais comme nous serons deux, nous arriverons à redevenir les sorciers que nous sommes réellement. Nous arriverons davantage à retrouver notre vraie nature. Je ne devrais pas dire ça, parce que ça nous mets tous les deux en danger et c'est très égoïste de ma part, mais dans un sens, je suis content que tu sois là et que tu intègres bientôt le Triangle du sang. Tu es la bouffée d'oxygène qui me manquait. Tu es ma connexion au vrai monde.
Drago arriva presque à me faire de la peine et il dû le voir dans mon regard, car il se reprit aussitôt. Il redressa les épaules pour se donner une contenance et resserra sa serviette autour de sa taille.
- Quel était l'ordre du jour à cette réunion ? Demandai-je pour rompre le silence.
Drago ne répondit pas, se contentant de plonger ses yeux dans les miens, d'un air étrangement tendu. Avaient-ils parlé de moi ? Drago s'y attendait, on s'y attendait tous les deux, alors pourquoi un tel silence ? Non, il ne devait pas s'agir de moi, il devait s'agir de quelque chose de plus grave. Je m'approchai de lui, pour lui poser une main encourageant sur l'épaule.
- On a vu « T », finit-il par dire d'un ton grave.
- Quoi ? M'exclamai-je surprise. C'est qui ? On le connait ? A quoi ressemblait-il ? Jeune ou âgé ? Pourquoi s'est-il montré ?
- On ne l'a pas expressément vu, rectifia Drago. Il portait des vêtements noirs, une capuche pour dissimuler ses cheveux et un masque blanc. Mais pas le même que nous. Le notre est complètement blanc, mais le sien avait des triangles noirs à la place des yeux.
- Mais sa voix ? Insistai-je le cœur battant.
- Trafiquée par un sort. Il avait une voix grave et métallique.
- Il était grand ? Petit ?
- Hermione... soupira Drago en roulant des yeux. Je n'en sais rien. Tu crois vraiment qu'on s'est rapproché à ce point de lui ? Nous n'avons pas d'éléments permettant de le reconnaître. Il n'est pas stupide.
- Mais comment vous pouvez être sûr que c'était bien lui ? Ca aurait pu...
- C'était lui, me coupa Drago d'un air grave. Les tableaux se sont tous mis à chuchoter à voix basse et... il est très doué en matière de magie. Quand il est arrivé dans la grande salle, d'un simple geste de baguette il nous a tous immobilisé pour avoir notre attention. Nous pouvions seulement bouger la tête et lorsque...
Il s'arrêta, les yeux perdus dans le vide. Je resserrai mon emprise sur l'épaule nue de Drago, y plantant mes ongles, ce qui lui arracha une petite grimace.
- Et lorsque quoi ? Insistai-je le cœur battant.
- Lorsque l'un de nous a élevé la voix pour demander à voir son visage, pour demander à ce qu'il nous prouve qu'il était bien « T », il l'a tué d'un sort informulé. C'est allé si vite que... On a rien vu venir... Tu te rends compte ? Insista-t-il en relevant les yeux vers moi. Tu te rends compte si c'était moi qui avais ouvert la bouche ? Je serais mort ! Tu aurais attendu mon retour éternellement dans cette chambre. Non pire... murmura-t-il apeuré. Toutes les protections de cette chambre auraient été annulées à ma mort et tu aurais rapidement été découverte... Par Merlin...
- Calme-toi Drago, lui intimai-je d'une voix douce. Tout va bien. Il ne s'est rien passé et il ne se passera jamais rien. Je te le promets.
Drago explosa d'un rire froid.
- « Je te le promets », répéta-t-il en riant. Tu ne connais rien au Triangle du sang, que pourrais-tu donc bien me promettre ?! Tu ne sais pas encore dans quoi tu as mis les pieds Hermione !
- Bon, et qu'a-t-il dit ? S'il s'est montré pour la première fois c'est qu'il avait quelque chose d'important à dire non ?
- Il veut qu'on accélère le recrutement et qu'on dénonce les comportements déviants des uns et des autres.
Mon regard si figea. Et si Astoria finissait par parler de l'entêtement de Drago pour briser mon couple avec Blaise ? Si Pansy décidait elle aussi, qu'elle ne voulait plus le couvrir ? Le regard de Drago semblait vide et j'étais certaine qu'il avait les mêmes craintes que moi. Je me rapprochai davantage de lui pour le serrer dans mes bras en lui murmurant que j'étais certaine que tout allait bien se passer. Il poussa un profond soupire, mais ne répondit rien pour autant.
Au bout de quelques minutes, Drago se racla la gorge et je levai la tête vers lui.
- Si tu continues de me serrer contre toi, je vais finir par te sauter dessus Hermione, me lança-t-il. Donc arrête, s'il te plait.
Je réprimai un sourire amusée et mis fin à notre proximité.

Durant le dîné, Drago me raconta avec intérêt son entrée dans l'organisation grâce à Pansy. Il me raconta à quel point il avait été dur pour lui de mettre ses préjugés de côté, pour finir par croire réellement à l'important de mon propre sang, sans pour autant être d'accord avec la cruauté dont « T » faisait preuve pour arriver à ses fins.
- En fait, ce qui m'a le plus surpris, c'est que tant de gens adhèrent à cette idéologie. Surtout les sangs purs. Je pense que c'est pour ça que « T » veut qu'on dénonce les comportements déviants. Il doit savoir que certains ne sont là que pour protéger leurs petites fesses ou pour faire partie de cette nouvelle élite. Ou les deux.
- Tu penses à Astoria ? M'enquis-je.
- Bien sûr, mais pas que.
- Tu vas la dénoncer ?
- Je ne suis pas là pour faire assassiner des sorciers. Je suis là pour mettre fin à tous ça, répondit-il en me lançant un regard sévère.
J'avais beau le traiter de peureux par moment, Drago avait été incroyablement courageux et ce depuis le début. Cela contrastait tellement avec le garçon que j'avais connu à Poudlard. C'était vraiment réconfortant de voir à quel point les gens pouvaient changer en bien. C'est vrai qu'il se mettait continuellement en danger depuis longtemps et m'ajouter à l'équation n'était pas sans risque pour lui. Je lâchai soudain ma fourchette dans mon assiette. Je n'étais pas la seule à pouvoir compromettre Drago ! Il y avait Becker !
- Qu'est-ce que tu as ? Me demanda Drago en voyant que je n'avais ni récupéré ma fourchette, ni bougé d'un poil.
- Pendant un moment, je me suis méfiée de Becker. J'ai cru qu'elle me donnait cette mission pour voir si j'allais réussir à découvrir quelque chose. Comme tu ne m'as pas parlé d'elle, j'en ai aussitôt déduit qu'elle ne faisait pas partie de l'organisation et...
- Accouche Hermione ! M'ordonna Drago qui semblait perdre patience.
- Becker te soupçonne de quelque chose.
- Quoi ?! S'exclama-t-il.
- Elle m'avait demandé de garder un œil sur toi, mais quand Harry m'a dit d'arrêter, je n'y ai plus prêté attention. Mais elle est persuadée que tu traines dans quelque chose de louche.
- Mais comment a-t-elle pu en arriver à une telle conclusion ?! Il faut que tu en saches plus !
- Ah oui et comment ? Si je lui parle de toi demain, elle va se douter qu'il se trame quelque chose !
- DEBROUILLE TOI ! TROUVE UNE SOLUTION ! Je n'ai que des problèmes depuis que tu es rentrée à Londres !
Mon visage se durcit.
- Tu m'as d'abord exaspéré à sortir avec Blaise, ensuite tu t'es insinuée dans ma tête jusqu'à me plaire, je me suis fais torturé parce que je n'ai pas tué Calvin alors que « T » me l'avait expressément demandé, Becker se méfie de moi et pour couronner le tout, tu vas rentrer dans le Triangle du sang, me mettant particulièrement en danger !
Je savais que Drago ne pensait pas ce qu'il disait, du moins pas vraiment. Je savais aussi qu'il avait besoin d'accuser quelqu'un, je ne me défendis donc pas, surtout que j'avais un autre élément à lui rappeler. Quelque chose qu'il avait oublié et qui pesait pourtant au dessus de nos têtes. De ma tête plus exactement.
- Tu as oublié les lettres anonymes que j'ai reçues, marmonnai-je à voix basse.
Le visage de Drago ne bougea pas pendant quelques secondes, puis je vis sa mâchoire se resserrer et son regard devenir noir. Je m'attendais à une nouvelle slave de reproches mais étrangement, son regard se détendit peu à peu.
- Ca, c'est la solution pour que « T » te fasse pleinement confiance. Après ça, tu seras tranquille.
Je lui adressai un regard ahuris.
- Quand tu seras recruté, il faudra que tu prouves ta valeur. C'est ton ticket VIP Hermione ! Tu le diras à « T » et tu gagneras ainsi sa confiance.
- Mais je vais peut-être mettre en danger un innocent ! Quelqu'un qui essaye peut-être de m'aider, de me mettre sur la bonne piste.
- La dernière lettre que tu as reçue parlait des pointes du Triangle. C'est donc quelqu'un qui en sait beaucoup sur l'organisation. Je suis sûr à 99% que c'est un membre du Triangle du sang. C'est évident !
- Et pour le 1% restant ? Insistai-je.
- C'est un risque à prendre.
- On met en danger la vie de quelqu'un qui veut m'aider ! Insistai-je, n'en croyant pas mes oreilles.
- Arrête maintenant ! S'exclama-t-il d'une voix cassante. Ce sont les risques du métier. Si tu n'es pas capable de prendre sur toi, tu n'as rien à faire dans l'organisation. Avouer à « T » que tu as reçu ces lettres pourrait t'éviter d'avoir l'ordre de tuer quelqu'un ! Tu te rends compte ? Tu pourrais directement passer au moment où « T » a confiance en toi. Il ne te demandera peut-être aucune autre preuve de ta loyauté... On ne pouvait pas rêver mieux Hermione.

Drago semblait déjà dormir paisiblement, à en juger par les mouvements régulier de son torse. Moi, j'en étais incapable, c'était encore pire que la veille. Ma tête ne cessait de passer en revu tous les chamboulements de ma vie. Blaise, le mariage de Harry et Ginny, Becker, Drago, le Triangle du sang, encore Blaise, encore Drago, mes mensonges, « T »... Qui pouvait-il être ? Un puissant sorcier ne sortait pas de nulle part. Si je connaissais au moins son âge, j'aurais pu faire des recherches à ce sujet, j'aurais pu étudier les profils des sorciers susceptibles de mal tourner tout en étant très doué en magie.
Je me tournai pour regarder Drago. Il était paisiblement étendu sur le dos à côté de moi. Je posai ma main sur son épaule et le secouai légèrement.
- Tu dors ? Soufflai-je à voix basse.
Comme il n'eut aucune réaction, je le secouai plus fort et il émit finalement un grognement.
- Tu dors ? Répétai-je.
- Oui.
- Pourquoi tu ne me réponds si tu dors ?
Il soupira d'un air exaspéré et pivota sur le côté, me tournant ainsi le dos.
- Drago, j'ai une question.
Il ne répondit pas. S'était-il rendormi ? Quelle heure était-il d'ailleurs ?
- J'attends, lâcha-t-il avec humeur.
- « T » a dit qu'il voulait accélérer le recrutement et tu es persuadé qu'ils vont se tourner vers moi, n'est-ce pas ?
- Oui, grogna Drago qui avait visiblement hâte d'en finir.
- Donc, j'imagine qu'ils vont vouloir en faire de même avec Blaise ?
Cette fois, Drago se retourna vers moi et plongea son regard dans le mien. Visiblement, il n'avait pas pensé une seconde à cette possibilité.
- Je pense que oui, lâcha-t-il finalement.
- Ce serait embêtant, hein ? Demandai-je d'un air hésitant.
- Il faudra que tu te prennes sur toi lorsque tu seras en sa présence.
- Je parlais pour toi. Si jamais Blaise dit que tu t'es immiscé entre nous et que...
Le visage de Drago se crispa et il se rallongea sur le dos, brisant ainsi le lien entre nos deux regards.
- Les seuls moments où je suis apaisé, sont les moments où je dors Hermione. Tu as toute la journée pour me tordre l'estomac avec tes réflexions et tes craintes... Est-ce que tu pourrais me laisser la nuit ? Juste la nuit ?
- Oui, répondis-je dans un souffle presque inaudible.

Nous passâmes la semaine à jouer nos rôles à la perfection. Moi, comme la fidèle adjointe de Becker qui le détestait et lui, comme un simple Auror que personne n'aimait vraiment. Drago était décidément l'une des personnes les plus courageuses que je connaisse, même si des démons prenaient parfois possession de lui. Je savais à présent que c'était sa double vie qui voulait ça, je savais ce qu'il endurait et je n'en prendrais pleinement conscience que lorsque je serais à mon tour jeté dans la fosse aux serpents. Il était courageux et fascinant. Il se fichait que seul Harry et le chef des Aurors croient véritablement en sa bonne foi. Il se fichait que tout le monde continuent de le considérer comme un ancien mangemort. Il avançait. Il avançait pour le bien commun et ce, dans le plus grand secret. C'était admirable. Nous avions beau nous croiser fréquemment dans les couloirs du ministère, Drago ne trahissait jamais rien quant à notre relation, rien. En revanche, si tôt que l'on se retrouvait dans sa chambre le soir, il redevenait le Drago que j'appréciai et que j'apprenais à connaître peu à peu. Il était même drôle par moment quant il oubliait le poids du Triangle du sang. Concernant mon couple avec Blaise, tout le monde avait finit par comprendre que nous n'étions plus ensemble. J'avais subis les questions incessantes de Harry, Ginny ou encore Ron, pourtant, la culpabilité que je ressentais à l'égard de Blaise commençait à disparaitre. Nous n'avions surement jamais été fais pour être ensemble.
Allongée sur le canapé de la chambre de Drago, je contemplais le plafond d'un air distrait, attendant qu'il sorte de la douche pour y aller à mon tour. Lorsqu'il m'annonça que c'était bon, je me retins de le regarder. J'avais de plus en plus de mal à lui être indifférente. J'aurais pu succomber à cet appel, je savais qu'il aurait été là pour y répondre lui aussi, mais je m'y refusais. Nous avions commencé notre relation en nous détestant, puis en couchant subitement ensemble. Ce n'était pas sensé se passer comme ça. Pas dans mon idéal.

Une nouvelle semaine était passée et pourtant aucun membre du Triangle du sang n'avait tenté de m'approcher. Pourtant, j'avais ouvert l'œil au moindre comportement suspect. Drago aurait pu m'aider en m'indiquant qui faisait parti de l'organisation, mais il avait refusé pour la simple et bonne raison, qu'il fallait que j'ai l'air le plus surprise possible lorsqu'on m'aborderait enfin. Il n'avait pas tord, mais l'attente me semblait de plus en plus pesante. Et si finalement personne ne venait me chercher ? Comment ferais-je pour rejoindre cette organisation ? Que deviendrait notre plan ? Que deviendraient nos projets ?

Le vendredi soir, lorsqu'Harry me ré-aborda au sujet de notre enquête, j'avais eu le temps de préparer la réponse parfaite. Harry et moi nous étions retrouvés, comme par hasard, à attendre l'ascenseur en même temps et j'étais presque certaine qu'il avait forcé le destin.
- Ca va ? Me lança-t-il en m'adressant néanmoins un sourire compatissant.
- Tout va bien Harry, je t'assure, répondis-je en levant les yeux au ciel. Blaise et moi n'avons jamais été fais pour être ensemble.
L'ascenseur arriva et nous montâmes à l'intérieur de la cabine vide.
- Sinon, pour...pour l'enquête ?
Nous y étions, il remettait ça sur le tapis.
- Becker m'a ordonné de ne plus m'en occuper.
Harry me lança un regard hésitant.
- Lorsque ma chef me donne des ordres je m'exécute, insistai-je.
- Donc tu vas arrêter ? Juste parce qu'elle te le demande ?
- Oui Harry, je n'ai pas le choix. Tu vas continuer toi ?
- Oui, répondit-il avec mélange de détermination et de défis dans la voix.
- Tant mieux. Il faut que quelqu'un continue, moi je ne peux plus... Becker le remarquerait à coup sûr.
Harry paru véritablement soulagé que je le soutienne même si je ne m'impliquais plus.
- Tu me tiendras quand même au courant de ton avancement ? Ajoutai-je.
Il me répondit par un sourire et je sus que c'était gagné. Avec ou sans mon accord, Harry aurait continué ses recherches et il était donc préférable que je puisse continuer de savoir où il en était, sans pour autant faire semblant de l'aider ou prendre le risque de me faire prendre sur le fait par le Triangle du sang.
L'ascenseur s'arrêta à un étage et du monde se mêla à nous. Harry ne pu plus me parler, même si j'avais l'impression qu'il aurait aimé poursuivre la conversation. Lorsque nous sortîmes de la cabine, il eu juste le temps de me glisser un mot avant de transplaner.
- Astoria Greengrass a été tuée.
Mon estomac se souleva. « T » n'avait pas mentis, les choses allaient bouger et rapidement.

Lorsque je passai le mur de la chambre de Drago, il était déjà là, assit sur l'un de ses canapés, droit comme un « i ». Il ne me salua pas, ne m'adressa pas le moindre signe. Il resta totalement figée, même lorsque je vins m'asseoir en face de lui.
- Tu as appris pour... ?
Je ne parvins pas à formuler la fin de ma phrase. Je ne voulais pas paraître indélicate en parlant de son amie. Car elle avait été son amie n'est-ce pas ? Non plus que ça en fait... Ils avaient eu bien plus qu'une relation amicale. Et j'avais beau la détester pour ça et pour Blaise, je n'avais jamais souhaité sa mort.
- « T » m'a convoqué ce soir, répondit-il finalement en ignorant ma question précédente.
Je sentis mon cœur se soulever et une incroyable peur s'insinuer en moi. Son calme était-il un mauvais présage ? Drago présentait-il quelque chose de mauvais ? Certainement.
- Il ne faut pas que tu restes, poursuivit-il sans pour autant me regarder.
Je ne répondis rien, na sachant pas vraiment quoi dire.
- Astoria a été convoquée hier et elle est morte. Tu sais ce qu'il se passera avec cette chambre si c'est ce qu'il m'arrive ? Tu ne seras absolument plus protégée.
- Drago, ne dis pas ça...
- Il faut que tu partes, insista-t-il d'une voix dure en se levant du canapé.
- Hors de question. Tout va bien se passer. Et tu sais ce que tu vas faire si ça se passe mal ? Tu diras à « T » que tu es sûr un gros coup ! Que tu es en train de réussir à me faire adhérer au Triangle du Sang. Ca jouera forcément en ta faveur, n'est-ce pas ? Je suis quelqu'un d'important pour l'organisation, n'est-ce pas ?
Drago jeta un œil à l'horloge murale et se leva précipitamment du canapé. Il me désigna le mur, mais je refusai une nouvelle fois de partir. Je le vis serrer les dents, puis jeter un nouveau regard inquiet à l'horloge. Je m'approchai alors de lui et vins me serrer contre son torse. Mon cœur battait si fort qu'il devait certainement le sentir.
- Sois tout de même prête à partir, me souffla-t-il à l'oreille, reste près d'un mur, juste au cas où. D'accord ?
J'acquiesçai d'un faible signe de tête et il se détacha alors quelque peu de moi pour plongea son regard dans le mien.
- Promets-le-moi, insista-t-il.
- D'accord, répondis-je dans un souffle presque inaudible.
J'avançai lentement mes mains vers son visage, pour le prendre en coupe afin de lui déposer un baiser sur les lèvres. Il se laissa faire. Je savais que je ne voulais pas de proximité entre nous, du moins pas encore, mais là, j'avais juste besoin de le sentir et de le réconforter quelque peu. Je lui lançai un dernier regard encourageant, même si je tremblais intérieurement et il traversa le mur.

Seule. J'étais seule depuis une bonne demi-heure.
Etait-ce si long habituellement ? D'habitude, « T » ne se montrait pas, il se contentait de laisser des messages à l'attention des membres du Triangle du sang. Alors, un face à face était peut-être plus long, cela aurait semblé normal. Un dialogue prenait plus de temps que la lecture d'un petit parchemin. C'était évident ! Au bout de dix minutes supplémentaires, je filai en direction du lit et me glissai dessous à plat ventre. Il était hors de question que je parte, mais il était tout de même plus prudent que je me cache.

Le temps défila, si bien que je finis par m'endormir même si ma posture était assez inconfortable. Ce fut un cri qui me réveilla.
- HERMIONE !
Je me réveillai un sursaut et me tapai la tête aux les lattes du lit au dessus de moi.
- Aih... marmonnai-je en me frottant le crâne endoloris.
Il y eu du mouvement et Drago s'allongea au sol, juste devant le lit. Lorsque son regard croisa enfin le mien, je m'étais attendu à voir de la peur et de l'inquiétude, mais non. Il semblait étrangement excité. Se pouvait-il que cela se soit bien passé ? Il me tendit une main que j'attrapai et il me tira de sous le lit. Lorsque je fus debout face à lui, un large sourire étira ses lèvres.
- « T » m'a donné une émission pour me punir et en même temps tester ma loyauté, déclara-t-il. Il m'a donné une mission qu'il juge particulièrement difficile, insista-t-il avec excitation.
Je le fixai d'un air incertain. Pourquoi une mission délicate le réjouissait autant ? Ce n'était pas normal.
- Il m'a ordonné de te recruter, annonça-t-il alors les yeux pétillants de malice. Après mon échec de l'autre week-end et ma lourde punition, il veut me tester. Il veut tester ma loyauté ! Il sait que je te déteste depuis toujours et je suis presque certain qu'il s'attend à ce que j'échoue, mais on sait tout les deux, que je vais merveilleusement bien réussir ! Il m'a demandé de te recruter, insista-t-il face à mon manque de réaction. Tu comprends ou pas ? Non seulement, je vais lui montrer que je suis particulièrement doué et digne de confiance, mais en plus cela va te protéger ! Tu n'auras pas à jouer la comédie avec un autre membre du Triangle du sang, tu n'auras pas à faire attention à ne pas faire de gaffe. Hermione ! On n'aurait pas pu rêver mieux.
Il explosa d'un rire franc et je ne pus que me joindre à lui.