Δ Chapitre 19 : La mission d'Hermione

Aujourd'hui avait été la pire journée de travail de toute ma vie. Kingsley n'avait pas encore choisi de nouveau chef du magenmagot et j'avais donc été toute seule dans le bureau. J'en regrettais presque le temps où Becker me faisait sans cesse des reproches quant à mon travail. Elle avait paru si sincère dans ces moments là... Alors qu'en fait, c'était dans le seul but de m'endurcir et de me motiver. Elle avait cru en ma volonté de fer alors que moi j'étais allée pleurer auprès d'Harry et Ron. J'avais été faible... Mais pour elle, je ne le serais plus jamais !
D'ailleurs, il ne fallait pas que je fasse la moindre erreur maintenant que j'avais rejoins l'organisation. Il fallait que je redevienne celle que j'avais toujours été. Il ne fallait plus que je me repose uniquement sur Drago. Il en allait à présent de ma vie et j'allais la reprendre en main, comme je le voulais. Drago n'avait plus autant son mot à dire qu'avant. J'étais autant en danger que lui à présent.

On frappa soudain à la porte de mon bureau et j'autorisai la personne à entrer, m'attendant à tout moment, à accueillir le nouveau chef du magenmagot. Cependant ce n'était pas lui et je restai totalement figée face à la personne que j'avais en face de moi. Daphné. Mais que faisait-elle là ? Alors que j'allais ouvrir la bouche, je me rendis compte qu'elle n'était pas seule. Une jeune fille que je ne connaissais pas l'accompagnait.
- Granger, me salua-t-elle avec froideur.
Si elle employait ce ton avec moi c'était certainement que la fille à ses côtés ne faisait pas partie de l'organisation. Elle devait donc jouer le jeu et il fallait que j'en fasse de même. Je devais me comporter avec cette ancienne Serpentarde, comme je l'aurais fait auparavant.
- Je viens prendre tes mesures, ajouta-t-elle en se postant face à mon bureau.
Face à mon manque de réaction, elle poursuivit.
- Au cas où tu ne serais pas au courant c'est moi qui confectionne les vêtements officiels du ministère. Et comme aucun chef du magenmagot n'a été désigné, je crains fort que cela soit à toi d'en assumer le rôle pour les prochains jours. Je dois donc prendre tes mesures pour ta nouvelle robe. Et ne pense que cela m'enchante, ajouta-t-elle d'une voix un peu plus aigu.
Je la toisai d'un air suffisant et me levai finalement de ma chaise pour la laisser approcher.
Elle claqua deux fois dans ses mains d'un geste impatient et la sorcière que je ne connaissais pas accouru à sa suite en lui tendant un sac ouvert. Daphné y jeta un bref coup d'œil avant que la porte de mon bureau s'ouvre de nouveau. Cette fois, c'était Kingsley et son arrivé sembla déstabiliser Daphné.
- Bonjour.
- Elle vient prendre mes mesures, répondis-je. Comment ça se fait que vous n'avez toujours pas trouvé de nouveau chef du magenmagot ? Il doit bien y avoir des sorciers de qualifiés.
Ma voix trahissait ma nervosité. Je ne voulais en effet en aucun cas être chef. Pas maintenant ! Je ne pouvais pas assumer un poste qui demandait autant de temps alors que je devais m'occuper de l'organisation.
- Prendre des mesures pour quoi exactement ? Demanda Kingsley à Daphné.
- Pour sa robe de chef du magenmagot, répondit-elle.
- Mlle Granger n'est pas encore chef du magenmagot et cela n'arrivera pas avant un an.
- Alors pourrais-je savoir pourquoi on me fait venir pour rien ? Demanda-t-elle d'un air suffisant. J'ai du travail vous savez, je n'ai pas que ça à faire.
- Qui vous a demandé de venir ? Insista-t-il en fronçant les sourcils.
- J'ai reçu une lettre qui disait que cette commande était prioritaire !
- Il y a dû avoir une erreur, j'en suis désolé. Mlle Granger, ajouta-t-il en se tournant dans ma direction. Vous êtes relevés de vos fonctions.
- Quoi ? Demandai-je d'une voix étranglée.
- Ce n'est pas définitif, ajouta-t-il en souriant. Le bureau de la justice magique est juste fermé le temps qu'on trouve un remplaçant à Mme Becker. Vous serez averti dès que ce sera chose faites. Mes dames, nous salua-t-il avant de quitter le bureau.
Daphné poussa un juron et ordonna à son assistante de sortir du bureau, d'un geste impérieux de la main. Lorsque nous fûmes seules, elle me lança un regard sévère.
- Il fallait absolument que je trouve un prétexte pour venir te voir. Prendre tes mesures était la seule chose que je pouvais faire pour justifier ma présence ici. Un mot à ton attention t'attend depuis ce matin. Il faut tout le temps que tu aille vérifier si « T » t'a écris quelque chose ou non. Tout le temps ! Insista-t-elle. Que tu te fasses punir ou tuer, c'est ton problème. Tu gères ton arrivée dans l'organisation comme tu veux. Mais si tu échoues, Drago échouera aussi. « T » l'en tiendra pour responsable. Alors dépêche-toi de retourner au château !
Mon visage se décomposa. J'avais oublié. J'avais complètement oublié d'aller dans la salle de transmission avant de me rendre au ministère.
- Bouge-toi Granger, euh Hermione ! S'exclama-t-elle.

J'étais encore en train de me maudire pour mon oubli quand j'entrai dans ma chambre pour déposer mon sac, afin de rapidement rejoindre le rez-de-chaussée et la salle de transmission. Cependant, mon regard se posa sur une grande boite blanche posée sur mon lit. Il n'y avait pas le moindre mot avec. Etait-ce un cadeau de Drago ? Je retirai le couvercle intriguée. La première chose que je vis fut du papier de soie blanc. C'était les vêtements qui étaient habituellement si bien emballés. Cependant, lorsque je défis le papier, je tombai sur tout à fait autre chose. Ce n'était pas un cadeau de la part de Drago. C'était le masque blanc du Triangle du sang. Mon masque blanc. Je l'attrapai entre mes mains pour l'observer de plus près, le cœur battant. Il était plutôt lourd et je n'aurais su déterminer en quelle matière il était fait. Je m'avançai jusqu'au miroir de plein pied de mon armoire et portai le masque à mon visage. Il s'encra automatiquement à ma peau comme s'il avait spécialement été fait pour moi. Le masque suivit parfaitement le contour de ma mâchoire, s'imbriquant totalement au relief de mon nez. Il était ensorcelé. Je remarquai également qu'il ne semblait plus rien peser et qu'il tenait parfaitement en place. J'étais certaine de pouvoir courir pendant des kilomètres et des kilomètres sans qu'il ne bouge d'un millimètre. Je pris un peu plus de temps pour me contempler. Je me trouvais effrayante. Ou peut-être était-ce uniquement dû au symbole de ce que représentait ce masque : le Triangle du sang. Lorsque je reportai mes mains à mon visage, le masque se détacha sans la moindre difficulté. Je devais bien accorder à « T » que c'était très bien fait. Ce qui m'intriguait cependant c'était le choix de la couleur blanche. Le blanc symbolisait la paix, la pureté... Tout l'inverse d'une telle organisation. Les adeptes de la magie noire où tous les cruels personnages de ce monde avaient toujours opté pour le noir où des couleurs sombres, mais là... A moins que « T » ne se considère réellement pas comme quelqu'un de mauvais. Pourtant n'importe quel mage noir avait toujours été persuadé de servir la bonne cause... Alors pourquoi le blanc ? Le blanc avait-il une signification ou étais-je en train de me poser des questions pour rien ? Mes yeux s'égarèrent à l'horloge murale de ma chambre et je reposai le masque pour descendre. J'avais déjà perdu suffisamment de temps et il fallait absolument que je prenne connaissance du mot que m'avait laissé « T ».

Quand j'entrai enfin dans la salle de transmission. La pièce était assez vaste. Deux canapés en cuir se faisaient face, avec en leur centre une longue table basse. Un large buffet en bois de noyer recouvrait un pan entier du mur. Je vis que plusieurs parchemins roulés y avaient été déposés. Sur chacun d'eux était inscrit un prénom. Je trouvai rapidement le mien et l'ouvris le cœur battant.

« J'avais véritablement hâte de te rencontrer Hermione Granger »

Un petit ricanement s'échappa de ma gorge. « Me rencontrer » tient donc. « T » ne me rencontrait pas, il laissait simplement un mot à mon attention. D'ailleurs, il ne rencontrait jamais personne et...
- Le mot n'avait pas pour objectif d'être drôle, déclara une voix métallique.
Mon cœur loupa un battement et je me retournai en levant ma baguette face à moi. Il était là. « T » était là.
Il était vêtu d'une grande robe noire, le recouvrant totalement. Je savais que c'était lui, parce que Drago m'avait explicitement expliqué la différence entre son masque et ceux des autres. Le sien comportait des triangles noirs à la place des yeux. Je constatai également qu'il n'avait pas la moindre parcelle de peau visible. Il portait en effet des gants noirs, tandis qu'un grand col remontait jusqu'à la base de son masque. « T » n'avait pas lésiné sur la manière de conserver son identité secrète. Il n'avait pas seulement dissimulé sa voix grâce à un sort, on ne pouvait même pas voir la couleur de sa peau. Mais le plus déstabilisant était de le voir posté face à moi, sans vraiment savoir ce qu'il regardait, ses yeux étant cachés derrière ce masque. J'aurais voulu garder ma baguette bien en main, pour me défendre, mais je savais que si je conservais ma posture, c'était mauvais pour moi. J'avais rejoins le Triangle du sang, je n'étais donc pas sensée me méfier de l'organisation ou de son chef. Je n'étais pas sensée le défier. J'abaissai alors mon arme, le cœur battant, allant même jusqu'à la poser sur le meuble derrière moi, prouvant ainsi à « T » que je ne comptais rien faire d'idiot. Pourquoi était-il là d'ailleurs ? Après tout, personne ne l'avait jamais vu avant qu'il fasse une apparition publique dans la grande salle et cela n'était arrivé qu'une fois. Fois dont Drago m'avait parlé. Il n'avait donc pas l'habitude de rencontrer ses nouveaux adhérents. Alors pourquoi moi ? Je tentai de respirer calmement pour dissimuler mon appréhension. Se méfiait-il de moi ? Sans aucun doute, mais pourquoi aller jusqu'à me rencontrer ? Lorsqu'il s'était méfié de Drago il l'avait mis à l'épreuve. Pourquoi était-ce différent pour moi ?
- Quand j'ai donné la mission à Drago de te recruter, c'était dans le but qu'il échoue, déclara « T » brisant l'intense silence de la pièce. Mais pourtant tu es là.
Il me tutoyait et il ne pouvait y avoir que deux raisons à cela. Soit, il me prenait de haut, comme tout chef le faisait souvent, soit il avait mon âge, comme je l'en avais déjà soupçonné.
Il bougea enfin et s'avança dans ma direction d'une démarche particulièrement fluide, comme s'il flottait. Il se rapprocha encore de moi et je tentai de masquer mon trouble. Je ne savais pas s'il fallait que je parle où que je le laisse poursuivre. Il me contourna et posa sa main gantée sur ma baguette magique. Mon estomac se souleva.
- 27,30 centimètres, bois de vigne avec du ventricule de dragon, c'est bien ça ? S'enquit-il en la faisant rouler entre ses doigts.
Je me contentai de hocher la tête d'un air peu certain. Aucun sorcier n'aimait qu'on touche à sa baguette et j'étais certaine que cela l'amusait beaucoup de me torturer ainsi, mais au moins, j'en savais déjà un peu plus sur lui. Il s'y connaissait particulièrement bien en baguette. Il s'écarta finalement quelque peu de moi, ma baguette toujours dans sa main. Je n'avais aucune possibilité de me défendre, il le savait et je le savais.
- Comme je le disais, je pensais que Drago échouerait et que je pourrais le tuer, déclara-t-il.
Sa voix avait beau avoir été transformée, l'intonation y était toujours présente, ainsi que certaine nuances d'aigu et de grave. Là, sa voix était dure. Il ne plaisantait visiblement pas.
- Mais tu es là et je ne peux que l'en féliciter. Il n'est pas l'incapable que j'imaginais. Cependant, j'aimerais beaucoup savoir pourquoi toi tu es là.
Je m'étais attendu à ce genre de question, je m'y étais même plus que préparée. Mais à aucun moment je ne m'étais imaginée que ce serait « T » lui-même qui me les poserait. Drago non plus, sinon il m'y aurait préparé.
Il posa son avant bras le long meuble et je reculai d'un pas malgré moi. « T » était particulièrement imposant. Pas par sa taille ou sa corpulence qui étaient toutes deux communes, mais par sa seule présence. Il semblait aussi dangereux que mystérieux.
- Je t'écoute, insista-t-il. Je peine à croire qu'Hermione Granger, défenseuse du monde entier soit là, au sein de notre organisation.
« T » me testait, il fallait donc que je la joue fine et que je ne mette pas totalement de côté celle que j'étais vraiment.
- Je crois en l'idéologie du Triangle du sang, déclarai-je alors avec sérieux. J'y crois véritablement. J'en ai eu la preuve avec Harry Potter. Les vrais sang-mêlé sont l'avenir de notre population. Je pense aussi que les sorciers tels que moi, issus de parents moldus, ont longtemps été mis de côté, parce qu'au fond, la population magique savait ce qui coulait en nous. Je suis donc totalement pour la mixité, cela ne fera de nous que de meilleurs sorciers. Sur le plan magique mais également sur le plan intérieur.
C'était particulièrement déstabilisant de ne pas voir les réactions de « T » face à ce que je disais. Je ne pouvais pas détecter un haussement de sourcil ou tout autre signe qui aurait pu m'indiquer si j'étais sur la bonne voie ou pas, à cause de son masque. J'avançais véritablement à l'aveugle, sans savoir ce qu'il pensait de ce que je disais.
- Néanmoins, je pense que la violence n'est pas nécessaire.
Cette fois, je vis sa main bouger quelque peu. Soit je l'énervais, soit, comme je l'espérais, il prenait confiance. Dire que j'étais contre la violence était mon essence même. La nier m'aurait aussitôt condamnée. L'Hermione que j'étais n'aurait jamais pu accepter de tels traitements. J'étais certaine qu'il le savait.
- Avec une approche quelque peut revue, nous n'aurions pas à tuer qui que ce soit. Nous ne pouvons pas forcer tout le monde à être d'accord avec nous. Je ne remets pas en cause vos techniques, puisque je suis moi-même là, convaincue que ce que fait le Triangle du sang a de l'avenir. Vous avez réussi avec moi, mais cela n'a pas été le cas avec tout le monde. Se balader dans les rues avec des masques blancs ne fait qu'alimenter la crainte à l'encontre de l'organisation. Ce n'est à mon sens pas l'image qu'il faut donner.
Nouveau mouvement de la main de « T ». Etais-je en train d'aller trop loin dans ma stratégie ? Dans tous les cas, je ne pouvais pas revenir sur mes propos, il fallait donc que je poursuive.
- Il faut donner une bonne image de l'organisation que ce soit à l'extérieur de ces murs où en leur sein. Je suis sûr que nous pouvons améliorer tout ça, ce qui nous ferait considérablement gagner du terrain dans l'opinion publique.
« T » retira brusquement sa bras du meuble et j'eu un pas de recul, effrayée.
- Dans l'opinion publique ? Répéta-t-il de sa voix métallique. J'imagine que tu es au courant que l'organisation est secrète ?
- Oui bien sûr, mais elle ne le sera pas éternellement. C'est le but ultime non ?... Les sorciers doivent avoir confiance en l'organisation pour pouvoir y adhérer. Il faut améliorer l'image du Triangle du sang, à commencer par les membres déjà recrutés.
Je marquai un court instant d'hésitation, avant de poursuivre.
- Je suis complètement pour la mixité comme je vous l'ai dit, mais par exemple, laissez le choix aux sorciers de s'unir avec qui bon leur semble. Laissez les sangs-purs choisir parmi les sorciers issus de parents moldus. Un bon chef sait donner du leste, sait récompenser ses équipes. Ne rien leur donner pourrait conduire, dans le pire des scénarios, à une rébellion de leurs parts. Il faut renforcer le Triangle du sang si nous voulons qu'il pérennise ses activités et prenne de l'ampleur.
- Tu es particulièrement prétentieuse Hermione Granger, siffla la voix métallique. A peine arrivée, que tu veux déjà tout réorganiser à ta manière.
- Ce sont simplement des suggestions, dis-je d'une voix mesurée. C'est plus facile de faire des suggestions, étant donné que vous avez déjà fait tout le gros du travail. Je pense juste qu'on peut améliorer certains points et que...
- Prétentieuse... me coupa-t-il. Alors que tu es totalement désarmée.
Je le vis jouer avec ma baguette entre ses doigts et je sentis mon estomac se contracter. J'avais peur, vraiment peur. Je n'avais pas ressentit ça depuis longtemps maintenant. Mais là, j'étais complètement à sa merci, à la merci de sa folie. Car il ne pouvait être que fou pour avoir eu l'idée d'une telle organisation.
- Tu as une chambre ici car je compte te surveiller de très près Hermione et pas parce que tu es quelqu'un d'important ou de confiance. Ca, l'avenir nous le dira. Je veux ton rapport dans une semaine.
- Mon rapport ? Demandai-je d'une voix hésitante.
- Oui, je veux toutes tes suggestions. Je veux tout noir sur blanc et en détail.
Je n'eus pas l'occasion de répondre que « T » glissa à travers le sol, laissant ma baguette au sol. Il était passé à travers le parquet ! Je récupérai ma baguette et rejoignis le canapé le plus proche pour m'y laisser tomber. Avais-je réussi l'entrevue ? Certainement puisque j'étais encore vivante. « T » comptait-il vraiment prendre en considération mes suggestions ou avait-il un autre but ? C'était à peine croyable... Il avait raison, je m'étais montrée très prétentieuse, mais cela avait ressemblé à la vrai Hermione. Tout autre comportement m'aurait certainement mené à ma perte.

Il fallait que je m'y mette aussitôt. N'ayant plus de travail au ministère pour le moment, c'était l'occasion de m'investir au sein du Triangle du sang. C'était également l'occasion de rendre l'organisation moins cruelle et sauver le plus de vies possible. C'était mon objectif premier avant de découvrir qui était réellement « T ». Il fallait que je réduise l'impact de leurs actes ignobles ! Par Merlin Drago n'allait pas en revenir... J'étais particulièrement fière de moi, je devais bien l'avouer. Néanmoins, « T » avait bien insisté sur le fait qu'il ne me faisait pas confiance pour l'instant, il fallait donc que je fasse disparaitre cette méfiance à mon égard, même si pour cela, il fallait également que je lui donne des idées pour améliorer l'impact de son organisation.

Lorsque je poussai la porte de la salle de transmission pour en sortir, je tombai nez à nez avec Hortense, qui était appuyée contre le mur, entre deux tableaux, d'un air profondément agacé.
- Tu veux peut-être que je t'explique le principe ? Me lança-t-elle avec humeur en se redressant. On entre, on prend ou on dépose un mot et on sort. Tu es restée vingt minutes ! Je n'ai pas que ça foutre, je travaille moi !
- Je prends le temps qu'il me faut et si cela ne te convient pas, rien ne t'empêche de le signaler à « T » ! Répliquai-je avant de la dépasser et de m'enfoncer dans le long couloir.
Certes je m'étais comportée d'une façon aussi puérile qu'elle, mais il n'était pas question de commencer à me laisser marcher sur les pieds. Il fallait que je m'impose. A la fin du couloir, je tombai sur Conor qui m'adressait un regard interrogateur.
- Qu'est-ce qu'elle avait encore la mégère ? S'enquit-il en regardant Hortense refermer rageusement la porte de la salle derrière elle.
Alors que j'allais lui répondre, des éclats de voix retentirent. Conor et moi nous tournâmes dans un même mouvement et nous avançâmes d'un pas rapide en direction du hall d'entrée, dont semblaient provenir les voix qui vociféraient.
- SI TU ME REFAIS UN COUP PAREIL JE TE TUE !
Je reconnus aussitôt la voix de Drago et accélérai le pas.
- AH OUAI ? ET BIEN VAS-Y ! JE T'ATTENDS !
Lorsque nous débouchâmes dans le hall, nous nous retrouvâmes face à Daphné et Drago qui était couvert de sang de la tête au pied. Ils se menaçaient de leurs baguettes et je voulus me précipiter vers lui pour voir s'il allait bien, mais me retins de justesse. Je n'étais pas censée être aussi proche de lui, surtout pas en public. Et puis il ne devait pas être si mal en point que ça pour parvenir à hurler de la sorte.
- TU NE POUVAIS PAS ATTENDRE ! TU ES COMPLETEMENT FOLLE ! Hurla Drago en agitant dangereusement sa baguette dans sa direction.
- JE DEVAIS AGIR ET LA TUER ! SI J'AVAIS ATTENDU, ELLE AURAIT PARLE ET TU LE SAIS TRES BIEN ! C'EST TOI QUI ETAIT DANS MES PATES !
- Experlliamus ! S'exclama soudain quelqu'un parmi la petite foule qui s'était regroupé autour d'eux.
Les baguettes de Drago et Daphné s'envolèrent aussitôt.
Je crus que les yeux de Drago allaient sortir de leurs orbites. Ses poings se crispèrent, mais il se força à respirer un grand coup.
- Je te rappelle que je suis Auror Daphné, c'est mon travail, ma tâche, c'est ce que j'apporte au Triangle du sang, lâcha-t-il d'une voix dangereuse. Tu étais censée me laisser faire.
Il ne m'avait jamais paru aussi effrayant qu'à cet instant. Son calme apparent était glaçant.
- J'étais en patrouille, reprit-il. Que voulais-tu que je fasse hein ? Que j'immobilise tous ceux qui étaient avec moi ? Tu as faillit griller ma couverture et devant Potter ! Le seul qui me fait à peut près confiance.
- Si les gens ne te font pas confiance c'est peut-être parce que tu es très mauvais comédien, signala Daphné dans un reniflement dédaigneux.
Drago se jeta soudain violement sur elle pour la plaquer au sol. Conor se précipita à leur suite pour attraper Drago qui enserrait la gorge de Daphné, l'empêchant de respirer.
- Drago arrête ! C'est Daphné arrête ! Fit-il en vain.
- Drago ! M'exclamai-je à mon tour.
- LA PROCHAINE FOIS JE LES LAISSE TE TUER ! JE TE JURE ! Hurla-t-il sans faire attention à Conor qui essayait de l'écarter.
- STUPEFIX !
Drago valdingua à l'autre bout du hall et je me retournai vers Pansy qui venait de faire son entrée, baguette toujours pointée dans sa direction. Drago se releva rageusement du sol et chercha du regard celui ou celle qui avait osé lui lancer un sort. Lorsqu'il rencontra le regard sévère de Pansy, il sembla particulièrement agacé.
- Non mais de quoi je me mêle... siffla-t-il avec rage.
- Ca suffit maintenant, arrête Drago... dit-t-elle. C'est ton sang ?
- Non, celui de Gwen Koch que Daphné a fait exploser juste devant moi.
Le regard de Pansy passa de Daphné à lui pendant quelques secondes.
- Qui fait le rapport à « T » ? S'enquit-elle.
- Moi ! S'exclama Daphné en se relevant douloureusement du sol.
Drago explosa d'un rire fou.
- Drago ! Gronda Pansy.
- Vas-y, lâcha-t-il à Daphné d'un ton moqueur. Va faire ton petit rapport, enfonce-moi bien, tu verras que je serais toujours là demain ! « T » a trop besoin de moi. Regarde ce que je lui ai rapporté, fit-il en me désignant soudain du doigt. Hermione Granger ! J'ai ramené Hermione Granger ! QUI PEUT FAIRE MIEUX ? HEIN ? Hurla-t-il à l'attention de tous les intéressés présents en tournant sur lui-même pour capter le regard de chacun.
Pansy récupéra les baguettes de ses deux amis, tendit à Daphné la sienne et s'approcha de moi pour me donner celle de Drago.
- Daphné, tu vas aller faire ton rapport pendant que c'est encore frais. Ne rapporte que les faits, tu as bien compris ? Insista-t-elle. Drago, tu vas monter avec Hermione.
- Je n'ai pas besoin de nounou !
- Tu montes avec elle, un point c'est tout.
Je lançai à Drago un regard encourageant, mais il me gratifia, de son côté, d'un regard noir.

L'eau de la douche de Drago coulait déjà depuis un bon moment. Estimant qu'il avait besoin d'être seul, je lui avais laissé l'intimité nécessaire en allant m'asseoir à la table près de son bar. Je ne lui en voulais pas. Une innocente avait été tuée juste devant lui. Non avait explosée devant lui plus précisément. Qui n'aurait pas été dans un tel état de choc après ça ? Qui n'aurait pas été complètement perturbé ? Cependant, j'avais terriblement peur pour lui. Qu'allait dire Daphné dans son rapport à « T » ? Drago n'en avait pas conscience, mais « T » ne l'avait absolument pas dans ses petits papiers. Après tout, il avait donné comme mission à Drago de me recruter, dans le seul but qu'il échoue. Et si le scandale de Drago donnait à « T » l'occasion de se débarrasser de lui ? Mon estomac se contracta à cette idée. Dans quoi m'étais embarquée... Je sentis soudain des lèvres chaudes se déposer dans mon cou. Je ne m'étais même pas aperçue que l'eau avait cessé de couler. Drago intensifia ses baisers, ce qui me mit particulièrement mal à l'aise. Il n'était pas en état pour ça. Une fille était morte violement devant lui. Je me levai alors brusquement de ma chaise pour lui faire face.
- J'ai envie de toi, dit-il d'un regard pénétrant.
- Ce n'est pas une bonne idée, répliquai-je mal à l'aise.
Il s'approcha de moi et m'attrapa fermement par la taille.
- Drago arrête, l'intimai-je.
Il soupira profondément et posa délicatement son front sur le mien.
- Désolé...
Je passai mes bras autour de son cou et l'attirai à moi pour me serrer contre son torse. Nous restâmes ainsi quelques instants, puis Drago se détacha de moi.
- Que s'est-il passé ? Demandai-je.
- J'étais avec Potter et Londubat au nord de l'Angleterre. On avait une piste liée à une disparition, Gwen Koch. Elle s'était enfuit du château. Je la pensais du côté du Triangle du sang, on pensait l'avoir ralliée à notre cause, mais pas du tout... Quand nous l'avons retrouvé elle était déjà pratiquement aux mains de Daphné. Cela m'est déjà arrivé une ou deux fois de rencontrer un masque blanc dans l'exercice de mes fonctions d'Auror. Je suis alors censé partir avec la victime pendant que les autres Aurors se chargent des masques blancs. Je ramène le sorcier au château et je simule une attaque auprès du ministère. Les masques blancs sont donc censés me laisser le chant libre et s'en prendre aux autres Aurors. Mais tout à l'heure Daphné a paniqué parce qu'elle était toute seule. Elle a préféré tuer la fille alors que je me jetai dans leur direction. J'aurais pu transplanner avec Gwen et épargner sa vie, mais Daphné a préféré la tuer plutôt que d'avoir à se battre contre Potter et Londubat, le temps que je disparaisse. Elle a eu peur et a ainsi condamné une innocente. Elle a préféré la tuer plutôt que de lui laisser l'occasion de parler. C'est évidemment ce qu'on est censé faire quand on n'a pas le choix, mais là elle l'avait ! Elle aurait pu me laisser sauver la fille, mais non ! Elle avait bien trop peur pour ses petites fesses.
J'observai Drago sans savoir quoi dire. Que pouvais-je lui répondre... Comment pouvais-je lui remonter le moral ? Lui dire qu'il n'y était pour rien ? Il le savait au fond. C'était Daphné qui avait mal agit. Je m'approchai alors de nouveau de lui pour le serrer une nouvelle fois dans mes bras.
- Qu'est-ce que tu fais ici d'ailleurs ? En pleine journée ? Tu n'es pas censée être au ministère ?
- Le bureau de la justice magique est fermé le temps que soit nommé un nouveau chef du magenmagot.
- « T » va le savoir... marmonna-t-il d'un air torturé. Il va te solliciter davantage et je ne serais pas là... Je ne sais pas ce qu'il va te demander, mais...
- Je l'ai vu, déclarai-je en m'écartant quelque peu de Drago pour capter son regard.
Il fronça les sourcils.
- J'ai vu « T » tout à l'heure. Je suis allée chercher mon mot ce matin et il est apparu.
- Quoi ?! S'exclama-t-il en s'écartant brusquement de moi. Tu as vu « T ». Mais pourquoi s'est-il présenté à toi ? Que t'a-t-il dit ?
Je racontai alors tout à Drago. Lorsque je mentionnai la manière dont je m'y étais prise pour que « T » ait un minimum confiance en moi, Drago m'adressa un regard emplit de fierté. Puis, il fut soulagé de voir que ma mission ne consistait qu'en l'élaboration d'un dossier pour le moment.
- Je n'en reviens quand même pas... Il veut que tu lui fasses part de l'ensemble de tes remarques, c'est dingue...
- Il sait que je suis intelligente, répliquai-je avec un faux air prétentieux.
Drago rit, amusé et soulagé de voir j'étais en sécurité pour l'instant.
- Pansy a une bonne place ici non ? M'enquis-je.
Drago haussa les épaules.
- On va déjeuner ?

Nous descendîmes en silence jusqu'à la grande salle, tandis que je repensais à « T ». Qui pouvait-il donc être ? Comment pouvais-je en apprendre plus sur lui ?
- Tu n'auras jamais à tuer personne Hermione, me lança Drago alors que nous nous asseyons à une table libre. Si jamais tu en recevais l'ordre, j'exécuterais la tâche à ta place. Je te le promets.
- Nous trouverons une autre solution. Ton âme est importante pour moi.
- Même si je n'ai jamais tué qui que ce soit, elle n'est plus vraiment pure, répondit-il avec une once de tristesse dans les yeux.
Je lui adressai un regard désolée tout en serrant sa main sous la table à l'abri des regards.
- Les autres arrivent, m'avertit Drago.
Il serra une dernièrement fois fermement ma main dans la sienne avant de la relâcher au moment même où Pansy tira la chaise à sa droite. Conor et Théodore se joignirent à nous dans un silence étrange. Avaient-ils vu nos mains liées ?
- Vous en faites des têtes ! S'exclama Drago. Qu'est-ce que vous avez encore ?
- Ca va mieux ? Lui demanda Pansy.
Il ne répondit pas et jeta un œil mauvais à Daphné qui prenait place à une table non loin de nous.
- Essaye d'éviter les crises de ce genre devant tout le monde. Dans ton intérêt...
- Je te remercie pour tes précieux conseils Pansy, mais je ne crois pas t'avoir demandé ton avis, répondit-il d'une voix sèche.
Elle leva les yeux au ciel, attrapa la carafe d'eau au centre de la table et entreprit de servir tout le monde.