Δ Chapitre 20 : Le cachot

Deux jours étaient passés. Deux jours pendant lesquels, je m'étais penchée sur les recommandations que « T » m'avaient demandé de faire, avec un soin particulier. Il fallait que je lui fasse grande impression pour qu'il accepte de mettre en place ce que je préconisais.

- Bon je peux regarder maintenant que tu as finis ? Insista Drago en tendant une main impérieuse dans ma direction.

- Non.

- Pardon ? Fit-il surpris.

Son haussement de ton valu à plusieurs sorciers présents dans la grande salle, de se tourner dans notre direction.

- Ce n'est pas pour toi que je les ai écrites mais pour « T ».

- J'espère que tu plaisantes ?

- Absolument pas. Et pourquoi tu veux les voir de toute façon ? Tu ne me fais pas confiance ? Lui lançai-je sur un ton de défis.

- Ne joue pas à ça avec moi s'il te plait. Nous sommes dans le même camp je te rappelle, fit-il à voix basse. Je veux juste m'assurer que tu n'as pas mis de bêtises qui pourraient te coûter la vie.

- Je n'ai pas mis de « bêtises » comme tu dis. Mon entrevue avec lui c'est très bien passé, alors maintenant arrête parce que…

- Qu'est-ce qu'il se passe encore ? Lâche-là Drago ! S'exclama Théodore en se joignant à nous. Ta mission était de la recruter, pas de lui coller au train toute la journée.

Drago se tourna lentement vers lui.

- Je lui colle au train ? Moi ? S'enquit Drago.

- Oui, exactement, répondit Théodore d'une voix appuyée.

J'adressai un regard particulièrement satisfait à Drago et j'eus l'impression que ne pas répondre à Théodore, lui demandait un effort surhumain. Je le trouvais d'ailleurs particulièrement imprudent pour quelqu'un qui n'avait cessé de me mettre en garde contre les dangers de l'organisation. Il me demandait ouvertement de lui faire part des recommandations que j'avais faites à « T » alors que c'était certainement censé être secret, et en plus il le faisait dans un lieu public. N'avait-il donc pas peur que la moindre de nos paroles soit écoutée ? Surveillée ? Bien sûr que j'avais l'intention de lui faire part de mes recommandations, mais pas ici, pas devant tout le monde. Les seuls endroits sûrs étaient nos chambres, car si « T » nous avait fait surveiller à ces endroits, il aurait à coup sûr appris que j'avais couché avec Drago, que ce soit dans ma chambre ou dans la sienne… Et alors… nous aurions certainement été tués sur le champ pour avoir rompu les principes du Triangle du sang.

- Oh ! S'exclama Théodore.

Je me rendis compte qu'il me fixait d'un regard interrogateur.

- C'est quoi ? Insista-t-il en désignant le dossier que j'avais à la main.

- Un dossier pour le ministère, répondis-je.

- Je t'avais dit qu'elle était folle, signala Drago d'une voix désagréable. Elle n'a plus ordre de travailler, mais elle le fait quand même.

- Moi je trouve que c'est tout à son honneur. C'est une sorcière impliquée, c'est bien d'avoir des personnes comme ça, au sein de notre organisation.

Le regard désespéré de Drago me donna presque de envie de rire. Cependant, mon amusement retomba aussitôt lorsque je vis Daphné entrer dans la salle et se diriger vers notre table. Elle était dans un état effrayant. L'un de ses yeux était noir et si enflé qu'elle ne pouvait plus l'ouvrir. Sa lèvre inférieure était dans le même état et sa démarche était particulièrement raide et hachée, comme si elle avait du mal à marcher. Nous la regardâmes se joindre à nous en silence et elle s'assit avec difficulté sur la chaise libre à ma gauche.- - Qu'est-ce qu'il s'est passé ? Lui demanda Théodore avec inquiétude.

Elle se contenta d'adresser un regard indéchiffrable à Drago.

- Tu payes pour tes fautes, pas les miennes, lui lança-t-il sans la moindre once d'empathie.

- C'est « T » ? Insista Théodore.

- Qui d'autre, lâcha-t-elle dans un ricanement totalement dénué d'humour.

- « T » s'en est pris à toi ? Demandai-je à voix basse.

- Pas directement. Il a demandé à quelqu'un de s'en charger pour lui, comme d'habitude, répondit Daphné avec sarcasme.

- Qui ? Insistai-je.

- Nous ne savons jamais qui nous torture, le sorcier en face de nous porte le masque blanc et une capuche. Cela évite que cela sème la discorde entre nous. Si ça se trouve c'était toi, poursuivit-elle à l'attention de Drago. Cela ne m'étonnerait même pas.

- Arrête de dire n'importe quoi, répondit Drago agacé. J'ai à peine eu le temps de rentrer pour déjeuner.

- Tu veux que je t'aide à te soigner ? Proposai-je à Daphné. Je suis assez bonne pour…

- Non, « T » le saurait et me le ferait payer une nouvelle fois. Il veut qu'on encaisse les coups lorsqu'il estime qu'on le mérite.

Elle avait parlé avec une animosité certaine dans la voix et j'eu presque de la peine pour elle, avant de me rappeler qu'elle avait tué une sorcière innocente deux jours auparavant. J'avais beau trouver tous les amis de Drago assez sympathiques dans l'ensemble, ils n'en étaient pas moins, pour la plus part, des meurtriers. Il ne fallait pas que je l'oublie. Ils étaient tous du mauvais côté.

- Comment tu trouves « T » ? Demandai-je à Daphné. Drago m'a dit qu'il avait été particulièrement impressionnant lorsqu'il s'était montré dans la grande salle et que…

- Pfff, toujours en train de fanfaronner celui-là, lâcha Daphné en lui lançant un regard en biais. Il n'était même pas là.

- Quoi ? Fis-je surprise en regardant tour à tour Daphné et Drago.

Il ne sembla cependant pas vouloir intervenir, comme s'il voulait voir ce qu'allait ajouter son amie.

- Drago n'était pas là le soir où « T » est venu, répéta-t-elle. Mais en effet, « T » était particulièrement impressionnant. Il a tué l'un d'entre nous tu sais… Il n'a pas hésité une seconde, son geste était sûr et précis. Il se dégageait de lui une aura particulièrement puissante.

- Mais je ne comprends pas, tu m'avais dis que tu l'avais vu, insistai-je en me tournant vers Drago.

Il n'eut pas le temps de répondre que Théodore intervint.

- Il a juste voulu faire le malin, comme d'habitude, fit ce dernier en levant les yeux au ciel amusé. Il n'était pas avec nous, il était au ministère.

Daphné et Théodore se trompaient. Drago m'avait raconté tout ce qu'il s'était passé dans la salle ce fameux soir. Bon d'accord, se vanter était tout à fait le genre de Drago, mais c'était le Drago d'autrefois. Il avait forcément été présent ou alors c'était surement moi qui avais mal compris, quand il m'en avait parlé. Peut-être n'avait-il jamais indiqué qu'il avait été dans la salle à ce moment précis.

- Il n'y en a pas un pour rattraper l'autre, lâcha soudain Drago d'un air méprisant en se levant de sa chaise. J'étais avec Pansy près de la porte. On est arrivé juste au bon moment. Bande d'idiots ! Je dois retourner au ministère, je vais être en retard.

Il jeta un bref coup d'œil au dossier que j'avais toujours dans les mains et je me retins de lever les yeux au ciel. Comment pouvait-il croire une seconde que je n'allais pas lui faire part du contenu… Je le regardai s'éloigner en me disant que j'avais hâte d'être ce soir pour le retrouver. Il était la seule personne avec qui je pouvais réellement sincère. La seule personne a qui je pouvais tout dire. Je n'avais plus que lui.

Daphné attendit que Drago soit sortit de la grande salle avant de se retourner vers moi.

- Je suis sûr qu'il n'était pas là, dit-elle. Drago passe juste ses journées à se vanter qu'il est l'un des plus forts, que « T » a une grande confiance en lui et je ne sais quoi d'autre. Tout ça lui monte un peu trop à la tête si tu vois ce que je veux dire et réussir à te faire intégrer l'organisation n'a pas aidé, ajouta-t-elle sur un ton étrange.

- Daphné, grogna Théodore en la fixant intensément du regard.

- Qu'est-ce que tu fais là Hermione ? Hein ? Poursuivit-elle.

- Daphné arrête, insista Théodore.

- Quoi ? Qu'est-ce qu'il y a ? Lui lança-t-elle sur un ton de défis. Qu'est-ce qu'il a de mal à lui dire que tout le monde se méfie d'elle ? Hein ?

Elle se retourna de nouveau vers moi en me fixant.

- Ce n'est pas ton genre Hermione d'être là, pas du tout ton genre. Je suis, certes, persuadée, que tu es ravie d'avoir pris connaissance de l'importance de ton sang, mais tu ne me feras pas croire, que toi, tu adhères à toute cette violence. Nous, nous savons qu'elle est nécessaire mais toi…

- Daphné, arrête, fit Théodore en tirant sur la manche de sa robe d'un air catastrophé.

Cependant Daphné, garda ses yeux plantés dans les miens.

- Je n'ai pas à répondre de ma foi devant toi, répliquai-je avec courage. Si tu as des soupçons tu peux en référer à « T », mais toi, tu n'as aucune autorité sur moi.

Daphné ne répondit pas, se contentant de me fixer avec méfiance. Quant à Théodore il semblait plus mal que jamais, ce qui indiquait que tout le monde, devait en effet, se méfier de moi. Moi qui pensais avoir parfaitement réussis mon entrée ici, je m'étais lourdement trompée.

- Je me contre fiche des méthodes utilisées, tant que je n'aurais pas à tuer qui que ce soit moi-même, ajoutai-je. Maintenant, si tu as un problème, je te laisse aller dans la salle de transmission Daphné. Lâche-toi. De toute façon, vu l'état dans lequel tu es, je ne suis pas sûr qu'on puisse t'infliger pire comme punition.

Je raclai, presque aussitôt, bruyamment ma chaise au sol pour m'écarter de la table. Je me levai, lui adressai un regard particulièrement méprisant et sortis de la salle le cœur battant.

Au milieu de l'après-midi, mon dossier était suffisamment peaufiné pour que je le laisse à la disposition de « T » dans la salle de transmission. Ce fut donc le cœur battant que je passais le pas de la porte de la salle, pour me diriger vers le long meuble où des petits mots attendaient leurs destinataires. Il n'y en avait pas à mon attention et je déposai le dossier au milieu, dans un bref soupire. Je transmettais mes préconisations sans l'aval de Drago, mais j'étais sûre de moi et Drago sera soulagé lorsque je lui ferais part du contenu du dossier quand il rentrerait du ministère.

- Tu es une sorcière efficace Hermione Granger.

Je me retournai en sursaut vers « T » qui était debout près de l'unique porte de la pièce. Je ne l'avais même pas entendu arriver. Cette fois il ne portait pas de longue robe noire, mais un costume complètement noir, agrémenté d'une cape et d'une capuche aussi sombre, contrastant particulièrement avec la blancheur de son masque. Je détaillai discrètement sa silhouette. Il ne semblait pas avoir de poitrine, ce qui indiquait que c'était certainement un homme. A moins que cela soit une femme avec des formes peu visibles. Pourtant, il semblait bel et bien avoir la carrure d'un homme. La taille de ses chaussures semblait également davantage correspondre aux pieds d'un homme. Il tendit soudain une main dans ma direction et j'hésitai un sur ses intentions.

- Le dossier, fit-il avec une pointe d'impatience dans la voix.

Je l'attrapai aussitôt et m'approchai de « T » pour lui donner. Il l'attrapa de sa main gantée et avança jusqu'à l'un des canapés où il prit place. Quant à moi, je restai figée, le cœur battant. Il feuilleta le dossier, s'attarda sur certaines pages et finit par lever les yeux vers moi.

- C'est très détaillé, commenta-t-il.

Je ne savais pas si c'était une bonne ou une mauvaise chose, puisque je ne pouvais pas voir les expressions de son visage.

- Je ne vais pas tout lire maintenant, donc peux-tu m'en dire plus sur le fait de ne pas commettre de meurtre ?

Cette fois, j'avais l'impression que ce point de mon dossier l'amusait. Mais encore une fois, je ne savais pas si c'était une bonne nouvelle.

- Pour l'instant le but de l'organisation est d'être discret n'est-ce pas ?

Il se contenta de hocher la tête.

- Eh bien les disparitions et les meurtres ne passent pas inaperçu au ministère. Je pense qu'il faudrait donc agir autrement. Au lieu de tuer les personnes qui refusent de nous rejoindre, pourquoi ne peux leur faire perdre la mémoire ?

- Tu penses vraiment que des sorciers perdants la mémoire ne vont pas alerter le ministère ?

- Cela alertera toujours moins que des meurtres, insistai-je. Les meurtres sont la priorité des Aurors, pas les pertes de mémoire.

- Donc, ceux qui refusent de comprendre que l'avenir des sorciers passe par le Triangle du Sang devraient être épargnés ? C'est ce que tu es en train de dire ?

- Epargnés pour le moment, tant que l'organisation est secrète. C'est pour être plus discret, insistai-je.

Le visage de « T », caché sous son masque, me fit face pendant quelques instants, sans le moindre mouvement. Mon cœur battait à tout rompre et j'avais l'impression que mes doigts s'engourdissaient. Ma baguette était contre moi et je n'avais qu'un mouvement à faire pour le mettre hors d'état de nuire, mais j'étais persuadée que « T » avait pris des précautions. J'étais certaine que mon sort, quel qu'il soit, ne l'atteindrait pas. Pas dans ce château remplie de magie noire en tout cas. A l'avenir, il faudrait que je réfléchisse à un moyen de le faire sortir du château. Il fallait que je trouve une bonne raison qui nécessiterait sa présence hors de ces murs. « T » finit par se replonger dans le dossier pendant quelques secondes, avant de me faire face de nouveau.

- Concernant les couples, tu souhaites que chacun puisse choisir, c'est bien ça ?

- Je pense que cela serait une bonne façon de fédérer vos troupes, en effet. Un bon chef, sait donner du leste.

- C'est une suggestion intelligente.

Je sentis une vague de soulagement me submerger. Au moins une chose qui plaisait à « T » et qui allait rendre ma vie ici moins pénible. Je poursuivis donc, animée par un élan de confiance en moi.

- Je pense que chacun devrait venir ici, donner le nom de la personne avec qui il aimerait être, de façon anonyme. Ainsi, imaginons que je choisisse quelqu'un et que celui-ci ne mette pas mon nom, je ne souffrirais pas d'une éventuelle humiliation.

- Je pense au contraire, que cela pourrait être très drôle de rendre ça public.

Je me figeai aussitôt. Il ne pouvait tout de même pas être aussi indélicat que ça. Il ne pouvait tout de même pas être aussi… Si. « T » était un sorcier cruel.

- Faire ça publiquement risquerait de semer la discorde au sein des membres du Triangle du sang. Ce ne serait vraiment pas bon pour la cohésion de groupe ! M'exclamai-je.

Ce fut au tour de « T » de se figer. Il se leva du canapé pour me dominer de toute sa hauteur et me fixa pendant plusieurs secondes qui me parurent interminables.

- Cela fait deux jours que tu es là, Hermione Granger, baisse d'un ton tu veux. Je te fais déjà l'immense honneur de te laisser me faire des suggestions et tu te permets de hausser la voix en ma présence ?

Malgré le son métallique de sa voix, je percevais nettement le ton menaçant. Il fit un geste de main dans ma direction, m'intimant de ne pas bouger et s'approcha du tableau de la porte. Il chuchota quelque chose que je n'entendis pas et il revint s'installer sur le canapé. Il ferma brusquement le dossier et le posa sur la table basse. Que se passait-il donc ? Etais-je censée parler ? Bouger ? J'optai pour le silence, attendant qu'il reprenne la parole, mais il n'en fit rien. Il resta silencieux pendant de nombreuses minutes. Mon cœur battait si fort que j'avais l'impression qu'il pouvait l'entendre et soudain, la porte s'ouvrit. Un sorcier portant un masque blanc et une capuche se posta face à « T » en inclinant légèrement la tête en signe de respect. « T » fit un signe étrange de la main et le sorcier fondit aussitôt sur moi. Alors que je sortais ma baguette pour me défendre, il me désarma aussitôt et m'empoigna par le bras pour m'entraîner avec lui à l'extérieur de la chambre.

- Qu'est-ce qu'il se passe ? Demandai-je au sorcier qui me trainait le long du couloir.

Il ne me répondit pas.

- Je veux juste savoir, insistai-je la gorge nouée.

Il n'y eu toujours aucun réponse. Arrivé à la fin du couloir, il ouvrit une porte qui donnait sur des escaliers en pierre menant à l'étage inférieur. Il me poussa en avant et j'avançai avec appréhension. Un hurlement déchira le silence du sous-sol et je compris où on m'emmenait. J'avais défié « T » avec mon insistance et j'allais être puni pour ça.

- S'il vous plait, j'ai juste commis une petite erreur, dis-je en me retournant terrifiée vers le sorcier qui me menaçait de sa baguette. Je n'ai rien fait de grave, je n'ai…

- Avance ! M'ordonna une voix d'homme.

Je repris me descente avec une boule au ventre. Je ne pouvais rien faire, j'étais totalement piégée. J'allais être torturée, j'allais enfin faire face à la cruauté de l'organisation. Pourtant Drago m'avait prévenu… Il m'avait dit de faire attention… Comment avais-je pu être aussi stupide face à « T » ?! Comment avais-je pu… Soudain, je réalisai que je n'étais pas la seule à avoir vu le chef de l'organisation. Le sorcier avec moi, n'avait pas paru étonné de le voir dans la salle de transmission. Je n'étais donc pas la seule à avoir eu cette opportunité ! Ils n'en parlaient juste pas entre eux. Ce qui était d'ailleurs une excellente manière pour « T » de conserver une part de mystère et de peur. Le sorcier m'attrapa soudain par l'épaule pour me forcer à me stopper devant une porte. Il l'ouvrit à l'aide de sa baguette et me poussa à l'intérieur. Lorsque la lourde porte en métal se referma, le sorcier pointa sa baguette sur moi, tandis que je fermai les yeux, attendant mon châtiment. Pourtant, rien ne vint. Après quelques secondes supplémentaires, j'ouvris un œil. Le sorcier me faisait toujours face, il avait également toujours sa baguette pointée sur moi, mais il semblait hésiter. J'avais peut-être une chance de m'en sortir. Alors que j'allais ouvrir la bouche pour plaider ma cause, un sort fusa dans ma direction.

- Endoloris !

Mon corps se crispa aussitôt. Je sentis mon corps se courber, puis mes jambes fléchir, me laissant mollement tomber sur les genoux. Le sort ne dura que quelques secondes, pourtant, j'eus l'impression de mourir tant je souffrais. La baguette du sorcier s'illumina de nouveau et le deuxième doloris me frappa en pleine poitrine. J'avais l'impression que mon cerveau allait exploser, que le sang de mon corps bouillonnait. La douleur était si forte que je ne parvenais pas à penser à autre chose qu'à mon hurlement de douleur. Il fallait que je me concentre dessus pour ne pas perdre pied. Le sort s'arrêta de nouveau tandis que je tombai à plat ventre sur le sol poussiéreux du cachot.

- Je suis désolé Hermione, souffla le sorcier. Je n'ai pas le choix. Si je ne le fait pas « T » le saura.

Un jet de lumière me toucha de nouveau.

J'avais perdu toute notion du temps. Je ne savais pas combien de temps s'était écoulé depuis que j'étais entrée dans le cachot. A vrai dire, je ne savais même pas quand était parti le sorcier qui m'avait torturé. Il m'avait appelé Hermione. Il savait qui j'étais, mais cela ne pouvait pas franchement m'aider. Beaucoup de monde savait qui j'étais, mais le ton qu'il avait employé avec moi m'avait paru… Le sorcier avait vraiment eu l'air désolé. Le cachot dans lequel j'étais était complètement noir. Je me hissai sur mes bras pour m'asseoir et tenter de déterminer où j'étais physiquement. Mes doigts tombèrent sur quelque chose de dure. Une assiette !

Etions-nous toujours la même journée ? La pièce était toujours complètement plongée dans le noir et certainement insonorisée puisque je n'entendais rien. Je me souvenais qu'un deuxième sorcier était entré dans le cachot, ou peut-être était-ce le même. Il m'avait lancé deux doloris et j'avais certainement dû m'évanouir après, car je ne me souvenais de rien.

Quelle heure pouvait-il bien être ? Drago avait-il remarqué mon absence ? Que pouvait-il bien faire pour moi de toute façon ?... Rien… Il ne pouvait pas griller sa couverture en venant me voir. Il ne pouvait pas se montrer plus fidèle envers moi qu'envers les décisions de « T ». Cela l'aurait automatiquement mis en danger.

Je sentis soudain qu'on m'enfonçait des choses dans la bouche, me forçant à les avaler. N'ayant absolument pas la force de me défende, je me laissais lamentablement faire, sans vraiment comprendre ce qu'il se passait. Peut-être était-on en train de me nourrir. J'avais certainement perdu le sens du goût puisque j'étais bien incapable de dire si ce que j'avais dans la bouche était bon ou non.

Lorsque je me réveillais de nouveau, il y avait enfin de la lumière dans ma cellule. Après avoir papillonné plusieurs fois des yeux, je vis que c'était en fait la porte de ma prison qui était ouverte, laissant la lumière du couloir entrer dans la pièce. Pourquoi était-elle ouverte ? Etait-ce une erreur de l'un des sorciers qui m'avait torturé ? Etait-ce Drago qui était finalement intervenu ? Non aucunes de ces possibilités ne me semblait logique ou prudente. C'était peut-être tout simplement ainsi que la punition prenait fin. Peut-être qu'on me laissait juste sortir pour rejoindre ma chambre, seule. Mon hypothèse fut confirmée lorsque je vis ma baguette posée au sol près de l'entrée. Je me ruai dessus et je pris alors conscience de ma faiblesse. Après quelques secondes, je parvins à me relever sur mes jambes qui ne me paraissaient plus aussi sûres qu'avant. Lorsque je passai la tête dans l'encadrement de la porte, je vis un sorcier avec un masque blanc se tourner vers moi. J'avais visiblement réellement le droit de sortir puisqu'il ne bougea pas, se contentant de me fixer. Je fis quelques pas à l'extérieur de la cellule et cette fois, il avança dans ma direction. Il s'arrêta à à peine un mètre de moi. Il semblait vouloir dire quelque chose sans pour autant s'y autoriser, tandis que moi, je tremblais de la tête aux pieds. C'était un mélange de fatigue et de peur, que le sorcier dû certainement lire dans mes yeux. Il esquissa un geste dans ma direction, mais se reprit presque aussitôt, tandis que je le fixai sans comprendre. Finalement, son bras bougea de nouveau, m'indiquant la sortie. Je ne me fis pas prier pour quitter cet effroyable endroit.

Lorsque je passai le pas de la porte de ma chambre et qu'elle fut bien refermée derrière moi, j'éclatai en sanglot. Si j'étais parvenue à garder la tête haute en traversant les nombreux couloirs du château, une fois seule, je n'y arrivais plus. Etais-je restée dans ce cachot durant une journée entière ? Je m'avançai jusqu'à ma fenêtre pour voir qu'il faisait nuit noir à l'extérieur. Peut-être y étais-je restée plus d'un jour, je n'aurais su dire. Cela m'avait parut interminable et court en même temps. Je restais un peu plus d'une heure à observer les étoiles à travers la fenêtre et ce fut une voix qui me ramena sur terre.

- Hermione…

Je me retournai vers Drago, qui sortait à moitié de l'un des murs de ma chambre. Il avait ouvert le passage menant à sa chambre. Il m'observait d'un air véritablement désolé et tendait une main tremblante dans ma direction. Je sentis de nouveau les larmes me monter aux yeux alors que j'avançai lentement pour le rejoindre. Lorsque j'eus attrapé sa main, il me tira contre lui, me faisant traverser le mur.

- Je suis tellement désolé Hermione… dit-il en me serrant doucement dans ses bras. Qu'est-ce qu'il s'est passé ? Tu n'es quand même pas restée une semaine là-bas hein ?

- Une semaine ? Répétai-je d'une voix tremblante en relevant les yeux vers lui. Ca a duré une semaine ?

Il parut catastrophé.

- C'est Pansy qui t'a vu partir avec un masque blanc la semaine dernière. Elle t'a vu descendre au cachot, ajouta-t-il. Viens avec moi.

Il attrapa délicatement ma main et m'entraîna avec lui dans la salle de bain. Il fit en sorte qu'à aucun moment je ne puisse voir mon reflet dans le miroir, puis, il me déshabilla et me força à entrer dans la douche, en prenant soin de ne pas me regarder.

Lorsque je sortis de la douche, Drago était allé s'installer sur l'un des canapés de son petit salon. Certainement pour me laisser de l'intimité. Je m'approchai du miroir au dessus du lavabo et mon cœur loupa un battement. J'avais d'énormes cernes sous les yeux qui tournaient au violet, des joues quelque peu creusées et un regard… un regard que je ne reconnus pas. Par le biais du miroir, je vis Drago arriver derrière moi et enrouler dans une serviette particulièrement douce autour des mes épaules.

- Je suis désolé Hermione.

- On sait tout les deux que ce n'est pas ta faute.

J'avais répondu d'une manière particulièrement sèche et je m'en voulu aussitôt. Je me retournai alors pour faire face à Drago et posai ma tête sur son épaule. D'un geste doux, il passa sa main derrière ma tête. Il y déposa un baisé et je laissai échapper une nouvelle larme.

Drago fut particulièrement attentionné ce soir-là. Il me prépara un petit repas, du mieux qu'il pu et ne posa pas la moindre question sur ce qu'il s'était passé. Il attendait visiblement que je parle de moi-même. Ce que je finis par faire. Je lui racontai mon entrevue avec « T » jusqu'au moment où le masque blanc m'avait enfermé dans le cachot.

- C'était moi tout à l'heure en bas, quand tu es sortie de ta cellule, répondit-il. C'était mon tour de garde. Je voulais t'aider à monter, mais je ne sais pas à quel point le château est surveillé… Je ne voulais prendre le risque que tu sois une nouvelle fois puni, je…

- Tu as bien fait, lui assurai-je en lui adressant un faible sourire. Mais qu'est-ce que je suis censée faire maintenant ?

- Garder la tête haute. Tu n'es pas la seule à être passée par là malheureusement. D'ailleurs, tout cela n'aura pas été vain.

Je fronçai les sourcils, attendant qu'il poursuive.

- « T » s'est une nouvelle fois présenté à nous pour faire une annonce lorsque tu n'étais pas là. Nous pouvons choisir avec qui nous voulons être en couple.

Mes yeux s'écarquillèrent de surprise et Drago me répondit par un sourire radieux. Cependant, je ne voulais pas me réjouir trop tôt.

- Et de quelle manière doit-on s'y prendre pour faire par de notre choix ? M'enquis-je.

- Nous devons aller déposer une note à son attention avant dimanche soir, avec le nom de la personne que nous choisissons.

« T » m'avait écouté… J'avais été lourdement puni pour ce qu'il avait jugé être de l'insolence de ma part, mais il m'avait tout de même écouté. J'arrivais à peine à y croire.

- Nous sommes lundi, donc nous avons le temps, se permit d'ajouter Drago. J'imagine qu'il ne faut pas trop se précipiter, sinon « T » croira que nous étions déjà plus que de simples « amis ».Tu sais, comme c'est moi qui t'ai fait intégrer l'organisation…

- On déposera notre mot dimanche matin ! C'est le mariage d'Harry et Ginny samedi.

- Oui, je n'ai pas oublié, mais je ne vois pas le rapport.

- Ce que je veux dire, c'est que nous y sommes tous les deux invités. « T » croira que c'est lors du mariage que nous nous sommes réellement rapprochés et pas avant.

- Oui ça peut marcher, répondit-il sans sembler vraiment y croire.

- Tu veux bien être en couple avec moi, n'est-ce pas ? Enfin, je ne veux pas que tu sentes obligé et que…
- Hermione, arrête de dire n'importe quoi, me coupa-t-il en levant les yeux au ciel. C'est juste qu'il faut que je te dise quelque chose par rapport à Blaise…

- Oui je sais, je vais au mariage avec lui, mais cela ne change rien on s'en fiche.

- Non on ne s'en fiche pas. Les membres de l'organisation sont pratiquement tous au courant que tu as été avec Blaise. Ils vont donc tous s'attendre, au même titre que « T » à ce que tu demandes à être en couple avec lui.

- Quoi ?

Mais qu'est-ce que racontait Drago ?

- Il a été recruté il y a deux jours Hermione…

J'eu l'impression qu'un saut glacé se déversait sur ma tête.

- C'est un certain Paul Porg qui l'a recruté. Pendant qu'il essayait de le convaincre, il lui a dit que tu avais rejoins notre cause. Je suis certain que c'est pour ça qu'il est venu. Tout le monde va s'attendre à ce que vous vous mettiez ensemble, « T » le premier. Après tout, c'est le seul que tu connais vraiment. C'est vrai que si je n'étais pas là, c'est avec lui que tu te serrais mis, non ? Parce que c'est celui en qui tu aurais eu le plus confiance. Et en plus, tu te rends au mariage avec lui samedi ! Il va falloir qu'on…

Drago ne termina pas sa phrase et me regarda me laisser lentement tomber sur le canapé d'un air médusé. Comment Blaise, mon Blaise, celui que j'avais connu, celui que j'avais aimé, avait-il pu adhérer à pareille organisation ? Faisait-il ça uniquement pour moi ou le Triangle du sang l'intéressait-il réellement ?

- Ne t'inquiète pas Hermione, on va trouver une solution. Tu n'auras qu'à être particulièrement détestable avec lui devant tout le monde et ils comprendront que vous n'avez plus…

- Ce n'est pas ça, le coupai-je. C'est juste que… Je croyais le connaître. J'ai passé trois ans avec lui ! Trois ! Comment a-t-il pu rejoindre une organisation pareille ? Comment peut-il penser que ce que fait le Triangle du sang est une cause juste ?

- Il fait peut-être ça uniquement pour toi.

- Non. S'il faisait ça pour moi, s'il faisait ça par amour, il aurait essayé de me tirer de ce pétrin et de me ramener à la raison.

- C'est peut-être son but, commenta Drago.

- J'ai été amoureuse d'un monstre…

- Il y a du bon et du mauvais chez chacun d'entre nous Hermione, répliqua Drago d'un air agacé. Alors arrête maintenant. Tout n'est pas blanc ou noir.

- Mais tu le défends en plus ?

- Je ne le défends pas, je dis juste que…

- Eh bien ne dis plus rien ! J'ai été enfermé dans un cachot, à subir des doloris, pendant une semaine ! Je n'oublierais jamais ce qu'il s'est passé ! Et c'est ça que Blaise veut devenir ? Quelqu'un qui est d'accord avec ce genre de pratique ?

Drago ouvrit la bouche, mais aucun son n'en sortit. Que pouvait-il dire de plus de toute façon ? De nouveau essayer de défendre Blaise pour me remonter le moral ? C'était peine perdue. Seules les véritables intentions de Blaise pourraient me rassurer, car même si je ne ressentirais plus jamais rien pour lui, j'espérais sincèrement qu'il était là pour moi et pas parce qu'il défendait les idées du Triangle du sang.