La nuit même, suite à cette après-midi passée avec le corps enseignant, j'étais transférée de chambre. Finis la solitude des nuits passées à "essayer de dormir" dans mon impressionnante chambre, j'allais désormais séjourner dans le dortoirs des Serdaigle. Comme il fut jugé que mon intégration serait plus simple ainsi, je me retrouvais à devoir partager ma chambre avec des élèves de seconde. C'était inattendu comme idée mais je m'en contentais.
L'ambiance était étrange dans la salle commune. Chacun semblait très ... "dévoué" à ces études ou d'autres activités extra-scolaires qui leur était propre. La championne d'échec se trouvait là, ennuyée de broyer littéralement un nouvel adversaire. Un autre élève trônait sur un canapé en brocart bleu et or, il tenait un bouquin "avancé" de potions -les potions étant déjà en elles-même une branche redoutée à Poudlard-. Il y avait aussi des habitants presque "normaux", ils ne se démarquaient pas dans une branche ou un domaine précis, ils excellaient simplement en tout. Ces derniers étaient souvent les enfants de quelques riches politiciens, les 1% comme les appelaient familièrement les moldus. Il suffisait de les entendre parler, ils s'exprimaient aisément sur toutes sortes de sujets, le charisme faisait partie de leur code génétique. En soit, Serdaigle pouvait s'apparenter à St George, seulement ici personne ne s'attardait à prêter de l'attention à l'insignifiant petit insecte que je représentais. A bien y regarder, la plupart se complaisaient dans une bulle d'autosatisfaction narcissique, ils étaient tous convaincus d'être le meilleur. Ils évitaient donc de trop regarder leur voisin pour que cette petite bulle ne prennent pas le risque d'exploser. Seuls les plus jeunes étaient encore un peu balbutiants, ils observaient leur aînés avec attention, espérant suivre rapidement leur trace, je comprenais mieux pourquoi je partageais leur chambre.
Après quelques jours Pucey m'adressait à nouveau la parole. Peut-être était-il lunatique?
-Alors comme ça tu es dans le groupe des pètes secs? Tu es l'ennemie désormais , je ne sais pas si nous pourrons continuer de nous parler!
Le brun déblatérerait avec le sourire pendant que le professeur McGonagall donnait son cours. Elle nous regardait sombrement de temps à autres.
-Arrêtes de dire des âneries! Sérieusement, tu ne t'arrêtes jamais? Je suis une serdaigle et alors! Depuis que je suis arrivée, tout le monde m'évite, je pourrais tout aussi bien être une serpentard. -Je l'observais longuement.- Heureusement que le ridicule ne tue pas!
-Pardon?! Être un serpentard c'est très prestigieux, pas digne de la petite pète sec que tu es!
Et là McGonagall s'enflamma. Son cours était pourtant très intéressant mais je devais avouer que dans mon enthousiasme d'avoir retrouvé une personne à qui parler, j'avais longuement ignoré les signaux alarmant d'une professeure qui voulait de toute évidence nous étriper vifs. Nous nous retrouvions à terminer le reste du cours dehors, un sot à chaque mains et un sortilège de motus et bouche cousue pour chacun.
En dehors de cette mésaventure toute la journée se déroulait tranquillement, enfin autant que cela se pouvait dans l'enceinte de cette école. Les cours étaient affolants pour certains, même les plumes ensorcelées ne prenaient pas assez de notes pour remplir le quota d'informations à retenir. Les fins d'après-midi en salle commune sonnaient comme une libération pour moi. Je prenais le temps de me préparer un thé ou un chocolat chaud, me réservais un canapé et révisais calmement le temps d'une petite demi-heure. Serdaigle était vraiment digne d'un ascenseur émotionnel à lui tout seul. Je côtoyais des génies, et force était de constater que je ne leur arrivais pas à la cheville, mais en même temps, c'était aussi un avantage, il se passait toujours des événements assez incroyables.
Marcus Belby qui était donc le jeune homme qui étudiait le cours de potions avancées à mon arrivé, nous avait graciés de quelques belles inventions. Bien qu'il connaissait assez peu son illustre oncle Damoclès, il semblait avoir les mêmes prédisposions à devenir un très grand sorcier. En dehors de cela, il était pour le moins réservé, mais laissait volontiers la foule venir examiner son travail, il m'avait donné quelques conseils que je ne manquais pas d'utiliser en cours. De même Shoma qui entrait en dernière année, se préparait quand à lui à intégrer une école de magie et d'art, il s'occupait de réparer quelques tableaux qui pendaient sur les murs de Poudlard mais nous invitait parfois aussi à des spectacles plus inattendus et exotiques. Une fois tout les meubles de notre aile avaient prit vie sous nos yeux et s'étaient mis à danser. Dans une autre maison, le préfet aurait hurlé, mais ici chaque élève se devait de s'élever autant que possible et pour cela très peu de limites nous étaient imposées. Certains jours et heures de la semaines étaient donc de véritables quartier libres.
Le jeudi pointait rapidement au firmament et la journée bien qu'elle fut un peu banale me stressait quelque peu. C'était ce genre de rares rendez-vous où tout pouvait arriver selon l'humeur de votre interlocuteur, et autant dire que les deux heures de potions que nous avions pour clore la journée, ne présagèrent rien de bon. Le professeur Rogue était fébrile, il regardait ça et là une victime à interroger. Nous, nous étions blêmes, tâchant de disparaître en bougeant et en respirant le moins possible. Nous savions pertinemment qui allait être interrogé, ce pauvre Andy Klein. Il était mauvais dans cette discipline, plus que moi, plus Rica Oritz elle-même - et elle n'avait pas inventé le levé de baguette-.
-Dites-moi, monsieur Klein, comment s'y prend-t-on pour réaliser une potion de lune?
Le dit Klein sursauta et se jeta à l'assaut de son livre de cours. Il cherchait avec désespoir la page de recette de la fameuse potion.
-Vous ne savez pas. A quoi sert-elle alors?
Encore la tête blonde s'agitait et tentait un début de réponse mais les mots se mélangeaient dans une phrase confuse, qui si elle n'était pas entièrement fausse, n'était pas clairement orienté vers son utilité première. A bien y réfléchir, même pour un cinquième année, décrire l'utilité et les propriétés de la potion de lune était difficile. La lune était réputée pour avoir une influence sur nos personnalités et à titre plus vérifiable sur la hauteur de la marrée mais aussi sur la botanique. La potion de lune était ainsi nommée parce qu'elle permettait aux hommes d'entrer dans un état second, elle était utilisée dans des rîtes tribaux anciens.
-Si cela ne tenait qu'à moi, je ne garderais pas des éléments aussi décevants parmi mes élèves.
Le cours de potions était sombre et peu avenant , la salle et son maître l'étaient tout aussi peu. Mais au moins quand nous passions à l'aspect pratique , nous n'étions plus interrogés comme des prisonniers d'Azkaban et le temps semblait passer soudainement plus vite.
Après une petite heure, j'avais face à moi, une potion qui avait malheureusement quelques petits grumeaux. Malgré les conseils de Belby, impossible d'y échapper. Le cours se terminaient sur une observation de nos réalisations, il se réserva la mienne pour la fin, mais n'ajouta aucune observation. Pas tellement besoin de posséder des dons de clairvoyance pour lire dans le regard plus que dédaigneux du professeur.
-Bien, ce cours est terminé. Puissiez-vous progresser suffisamment rapidement en vue d'obtenir votre moyenne.
Aucun élève ne se fit prier, lavant sommairement leurs ustensiles et quittant prestement les lieux. Je les entendais rire dans les couloirs tandis que la salle sombre et humide, n'appartenait plus qu'à moi et à l'homme qui y enseignait.
-Pas pour vous. Bien sur.
Il m'examinait puis étudiait un petit carnet, celui qui contenait les informations sur mon transfert. Il sourcillait.
- Cela ne m'étonne guère, vous n'étiez pas meilleure élèves en potion que vous ne l'êtes ici. Cela dit, Minerva a prit soin de m'affirmer que vous n'aviez besoin d'aucun soutien en métamorphose. Vos résultats en défense contre les forces du mal sont médiocres, il ne reste donc que les soins aux créatures magiques et la botaniques qui semblent remonter votre moyenne. Bien des cours de secondes zones, si vous voulez mon avis.
-Vous irez dire cela au professeur McGonagall ou à madame Chourave.
-Et insolante de surcroît, comprenez que bien que vous soyez une serdaigle et que cela semble être une tard de votre maison, il ne suffit pas de privilégier les cours que vous préférez à ceux qui vous ennuie à Poudlard. De plus, je vois ici que vous aspirez à entrer à la Royal Finn School, une école d'art prestigieuse. Laissez-moi vous dire que vous n'y parviendrez pas ainsi, en réalité, je ne vous crois pas même digne d'y aspirer mais enfin, une fois encore, cela ce n'est que mon avis.
C'était humiliant, douloureux parce que cela était tellement proche de la réalité, mais horriblement cruel surtout. Je regardais le professeur en clignant des yeux, les larmes étaient là, pointant sur le coins de mes paupières.
-Pourquoi vous être proposé? Par plaisir? C'est si géniale que ça de m'en foutre plein la gueule?
Le professeur se surprit, alors il plissait alors ses paupières, se rapprochant autant que possible de mon visage.
-La jeunesse vous rends idiots. Vous avez des ambitions, des désirs, et tant de projets mais la paresse vous accable. Il est facile de se dire, mademoiselle Cavalieri, qu'en obtenant sa moyenne cela suffit. Mais pensez-vous que ces ambitions, qui nécessitent des écoles, un travail ou un mari pour les satisfaire, se contenteront de votre vaste médiocrité?
Rien n'était tout à fait faux dans ses propos mais c'était toujours aussi cruel. Je n'avais pas envie de répondre, pas envie de lui donner raison.
-Je comprends, est-ce qu'on pourrait donc passer au cours s'il vous plait?
Il reconsidérait ma proposition un instant, et puis acquiesçait. C'était un professeur précis et implacable mais seul et avec toute mon attention, il s'avérait moins gratuitement méchant. J'avais amené des questions que j'avais prit le soin d'annoter et pour sa part, il se donnait la peine d'y répondre. Je voulais sincèrement réussir mon année, et avoir un professeur personnel était tout de même une aubaine dont je ne manquais pas de profiter. L'heure était assez dense en informations, et je n'étais pas certaine de tout retenir mais elle se passait au moins sans autre inconvénient majeur.
-Vous pouvez disposer.
Le professeur jetait un œil à l'heure et ferma son livre de cours, décidant d'y mettre un terme tout de gond. Je récupérais mes affaires et m'apprêtait à quitter la salle.
-Au revoir monsieur.
-Mademoiselle Cavalieri.
-Oui?
-Vous devriez tamiser vos ingrédients avant de les incorporer à vos préparations si vous voulez éviter les grumeaux.
-Ah merci...
Et cette fois je quittais la salle, les couloirs étaient encore visités par quelques élèves, mais c'était plutôt calme. C'était en tout cas ce que je croyais, près de l'entrée de la salle commune des serdaigles m'attendait un groupe de serpentars.
