Adrian Pucey s'avançait vers moi de quelques pas, se détachant ainsi du groupe.
-Tu es cordialement invité à venir fricoter avec des serpents!
Crabbe et Goyle s'avancèrent à leur tours et en quelques instants je me retrouvais en sac à patates sur les épaules de ce lourdaud de Goyle.
-Hé les gars, dépêchez-vous! Y a Rogue qui vient par là! -Un minuscule serpentard venait de débarquer en chuchotant entraînant ses aînés un peu plus loin.
Je ne savais pas trop quoi dire, simplement le malaise était constant. Je n'étais pas pour ainsi dire excessivement tactile, la pensée que mon rare contact avec une autre personne était destiné à Goyle était un peu... Enfin j'imagine que vous compreniez, à moins que vous n'ayez à quelque moment développé une amourette secrète et étrange pour ce neuneu.
Nous empruntions un dédale de couloirs secrets, au sous sol. Adrian ralentissait enfin pour se retrouver à ma hauteur, cet imbécile m'avait ignoré jusque là, préférant lancer des paris sur les maigres chances de réussite de Harry Potter.
-Tu es bien silencieuse, d'habitude les filles sont bien plus enrag... combatives que cela.
Je regardais mon "ami" -je suppose- dépitée.
-Je ne suis pas une "fille".
Le garçon me regardait dérouté, il était peut-être crédule.
-Comment ça?
-Tu n'avais pas remarqué? Je sais que ça ne se voit pas et je fais tout pour cela mais, je suis un garçon.
Je tombais littéralement de la montagne qui avait continué de me porter jusque là, d'ailleurs ma petite blague avait retenu l'attention générale. La tête de Pucey était à cet instant aussi blanche que celle du baron sanglant et moi j'étais hilare.
-C'était une blague!
Adrian me calait une claque derrière la tête.
-He!
-T'es pas une "fille" non? Bon laisse-moi t'expliquer, aujourd'hui on va trinquer! Bon comme t'es une "fille pas une fille" , tu bois si tu veux, hein on te forces pas mais enfin le truc c'est de passer un bon moment. T'es une privilégiée, tu vois, y a que des serpentard ici, notre petit Drago, Crabbe, Goyle, Cindy, Kim, Lucian, Montague, Cassius, Miles, bref notre équipe de quidditch et maintenant toi bien sur!
Drago déboulait avec hargne poussant son collègue et me toisait d'un grand air.
-Comme Pucey l'a dit, tu n'es pas une serpentard. Je n'ai même jamais entendu parlé de ta famille. Il y a donc un prix d'entrée.
-Il me semble que tu as le même âge que Harry Potter. -Je devais avoir donc un an de plus que le jeune blond, cela dit dit j'avais probablement dit quelque chose de mal puisque tous autours de moi semblaient pétrifiés observant fixement le petit blond.-
-POTTER! ENCORE POTTER! -Le serpentard pestiférait avec hargne me regardant avec ses pupilles bleues dilatées tandis que Pucey passait un bras autours de mes épaules en souriant tâchant de calmer l'autre.
-Elle est nouvelle Drago, elle ne peut pas vraiment le connaître! Allez Crabbe amène la bière, on a soif! On risque bien de finir desséchés.
Et Goyle obéissait, il plantait au sol une tente magique et pucey s'occupait d'un coup de baguette de la monter. Quand chacun fut rentré, je jetais un coup d'œil à la seule personne que je connaissais ici.
-Fait pas attention à lui, évite juste de parler d'Harry Potter et de sa bande et tout devrait aller pour le mieux. -Le brun levait un pan de tente, désignant l'entrée avec son bras restant.- Après vous.
J'entrais à mon tours après une telle invitation et jetais un œil à la salle aménagée avec goût. La soie verte et brillante côtoyait du cuir noir de qualité, et chaque meuble était fait du bois le plus exquis, de l'ébène pour la plus part. Goyle et Crabbe s'approchèrent du centre de la tente avec deux immenses barils. Une jeune femme plus malicieuse, Minna, prit place sur un canapé, nous regardant tour à tour, elle tenait un petit sachet hermétiquement fermé.
-Voici un petit quelque chose de ce que les moldus font de mieux.
-Parle toujours sang-mêlée. -Drago n'en ratait pas une mais s'accaparait le premier du paquet, il était insupportable mais chacun semblait accepter comme une chose naturelle qu'il était le maître ici. Cela dit il avait beau regarder le sachet d'herbe, il ne savait pas quoi en faire alors il le rendit à sa propriétaire et lui sommait d'en faire une marchandise consommable.
Elle roulait calmement le calumet de la paix et une fois allumé, le fit tourner entre les différentes personnes qui étaient invitées, de suite l'ambiance se fit plus détendue.
-C'est vraiment nul qu'ils aient annulé le match de quidditch cette année, juste pour cette connerie des trois sorciers!
-T'as vu un peu Krumm, il vaut mieux nous éviter ça! On se prendrait une sacrée déculottée.
Les uns et les autres parlotaient , fumaient se baladaient et profitaient de la chaire de quelques demoiselles plus ouvertes que d'autres.
Pucey, lui, apportait une table basse, cigarette au bec, répartissait quelques cartes par dessus et des verres d'alcool. Puis il gravit à son tours sur le petit meuble et leva la main au ciel.
-Oyez, oyez chers matelots, préparez-vous à voguer en pleine mers.
Il s'approchait de nous très théâtrale, un œil fermé.
-L'on dit que certains ne survivent pas à l'avenir des cartes, mais ce soir tout ce que vous risquez, c'est de finir comme ce bon vieux Flint, perdu en Ecosse chez les moldus, avec sa bonne petite chienne Lola tatouée sur les fesses.
Un OUAI général fut scandé. Il reprit de plus belle, contant mythes et légendes sur ce jeu. Il était assez simple les carte , nous permettaient de donner autant de verre à boire qu'il était indiqué sur la carte à une personne de notre choix. Le 7, on racontait une chose personnelle et honteuse sur nous. 8 on avait droit à un gage, 9 et 10 on donnait un gage à quelqu'un. Valet on pouvait à tout moment changer le nom des personnes concernées par les gages ou les verres à boire et la reine elle nous servait à donner notre propre gage à la place de celui d'un autre. Puis finalement le rois, où l'on ajoutais un ingrédient de notre choix à une préparation, et bien évidement celui qui attrapait le quatrième et dernier rois buvait le breuvage total et montait sur le bateau.
Les verres d'alcool étaient minuscules et contenaient de la bière uniquement, il ne s'agissait pas de nous rincer les intestins mais après quelques cartes tirées , dix de ces verres avaient déjà disparus. La soirée se poursuivait et certains dansaient, d'autres se défiaient à bases de bonbons berty crochus, je m'amusais pas trop mal moi non plus. Crabbe et Goyle n'étaient pas de flèches mais ils étaient plutôt drôles et drago qui surestimais sa tolérance à l'alcool l'était tout autant, jusqu'à ce qu'il finisse sa soirée à vomir parce qu'en plus du jeu, il s'était sustenté d'autres breuvages. Pucey était las et m'invitait donc à le rejoindre, ce que je fis.
- Minna nous a ramené d'autres objets de contrebande moldus.
Il nous emmenait dans un coin plus reculé de la tente, s'installait sur un hamac et sortit un long objet, similaire à une baguette magique mais plus large. Confortablement allongé, le brun désignait un instrument rectangulaire en face de lui.
-Ils appellent ça une télévision. Vient, vient voir.
Je pris place à mon tours sur le hamac, j'étais pas parfaitement à l'aise même si l'effet était moins désagréable qu'avec Goyle auparavant. Pucey, quand à lui, allumait l'engin assez serein, actionnant ce qu'il appelait un film. Des moldus mettaient en scène une histoire, elle était drôle, mais je ne me rappelais pas très bien de tout. Surtout parce que de temps à autres nous observions les autres qui jouaient encore. Ce fut finalement Minna elle-même qui dut boire le breuvage, il contenait de la mayonnaise, du vinaigre et du café moulu. La jeune femme nous regardait, en espérant de la pitié de notre part, et nous en avions mais elle ne laissait pas facilement apeurer et avala le tout d'une traite. Par la barbe de Dumbledore, je n'aurais pas pu en faire autant. Cela dit Drago qui revenait d'une nouvelle régurgitation s'offrit pour monter en bateau.
-Non, tu es déjà une serpillière, c'est à moi de le faire. -Pucey me rappelait que celui qui venait de parler était Miles, le capitaine de l'équipe lui-même. Le principe était simple, il devait deviner les 5 premières cartes qui allaient être tirées, sinon il buvait.
Autant dire qu'après le sixième verre, on finit par lui dire gentiment que c'était bon.
Il était tard quand la petite fête commençait à gentiment prendre fin et je n'avais plus quitté le hamac jusque là, mais j'étais malgré tout prise de paresse à l'idée de rejoindre le dortoir. Les couloirs étaient maintenant bel et bien vides et comme en principe plus personne n'était censé s'y balader, plongés dans l'obscurité. Heureusement pour moi la salle des serdaigles était plus proche que celle des serpentards et je fus donc gentiment déposée par les autres qui rentraient aussi en traînant la patte. Je plongeais la tête la première dans le matelas et entendit une petite -ma voisine- grogner, m'intimant de faire silence.
Je n'arrivais pas à m'endormir, j'étais trop heureuse. Avant on ne pouvait pas dire que j'avais eu le moindre ami, enfin si, une fille mais parfois j'avais comme l'impression qu'elle se cachait de moi, enfin, elle ne m'avait jamais invité ou que se soit.
Lendemain fut franchement difficile, mais passait étonnement plus vite que je ne l'aurais cru, nous débutions par deux heures de potions. Le professeur Rogue était en forme, agitant ses mains sèchement en revenant sur des points importants de notre examen de fin d'année.
-Ne me faites pas regretter d'avoir essayé de vous enseigner le moindre cours cette année encore!
Quand il eut finit de s'acharner sur la partie théorique, bénit soit-il, il nous accorda enfin un peu de pratique. Une petite potion assez simple, censé nous permettre d'asseoir nos bases. La potion d'Amanis, réalisée à base de bardane essentiellement, permettait d'éviter la calvitie. La mienne était vraiment pas trop moche. Je n'étais pas mécontente de mon résultat mais enfin, il ne fallait pas s'asseoir sur ses lauriers, après tout il ne s'agissait que d'une potion basique. Je crus même entrevoir une certaine satisfaction tandis que mon professeur particulier survolait ma préparation du regard.
Le reste de la journée me parut plus léger, les professeurs eux-mêmes se laissaient aller dans l'engouement que supposaient les préparatifs de tournois de cette après-midi. Un des cours de métamorphose fut même supplanté par un cours de valse pour honorer le bal de noël.
-1, 2, 3, 1, 2, 3. Le dos bien droit monsieur Klein! -La voie sévère de madame McGonagall accompagnait nos pas tel un chef d'orchestre.
Comme je n'étais vraiment pas très grande, je dansais de paire avec Rick Oneil. Je ne le connaissais pas et mes doigts reposaient à peine sur son épaule et sa propre main, mais la gêne était partagée, nous nous regardions le moins possible. Le porté était vraiment le moment le plus délicat pour chacun je pense, il n'était plus question pour un petit instant de faire semblant.
Encore quelques cours, et nous étions enfin devant les tribunes du tournois. Pucey se tenait assis entre moi et Minna, comme à son habitude, il bavardait se penchant sur ses amis juste devant nous qu'il secouait.
-Harry Potter va remporter ce défis , je te le dis!
-C'est contre des dragons qu'il va devoir se mesurer , tu es un inconscient de croire cela possible un seul instant! -répondait Flint en lui décochant un coup de poing sur l'épaule, forçant l'autre à se rasseoir correctement.
Krumm soulevait les passions de la foule et à son arrivée, tout le monde se leva. C'était un surhomme, connu pour ces prouesses au quidditch. Mais après avoir vu la délicate Fleur Delacour mettre la pâté à ce dragon, nous nous doutions que pour lui ce combat serrait vite réglé aussi. En réalité, tout le monde attendait Potter, tout pouvait arriver, même la mort était envisageable.
Et nous fûmes régalés. Il se débrouillait bien, seul contre ce dragon, armé seulement de sa baguette et son balais. Il filait ça et là comme l'éclaire, seulement un énorme bruit retentit tandis que le dragon suivait les traces de son en cas vivant. Le dragon venait de se libérer, détruisant une partie des gradins d'un coup de queue. J'étais sur le point de prendre la fuite mais Pucey venait de me retenir sans lâcher Potter du regard.
-On est protégés par un sortilège magique, on est plus en sécurité ici que dehors.
-Mais il faut aller l'aider!
Le garçon me fit rasseoir, et continua de papoter. J'étais dépité, d'autant que devant moi ça en rajoutait largement des couches.
-J'espère qu'il va rôtir vivant. -Drago se réjouissait sincèrement à cette idée. Je lui balançais un coup de pied tandis que le dragon nous survolait une nouvelle fois, prétextant un sursaut. Heureusement qu'à la perspective de voir Potter rôtir, je passais presque inaperçu, parce que son regard me fit regretter mon geste.
-Tu fais quoi?! Me chuchotait Pucey de mauvais humeur.
-T'es un imbécile.
-Super, qu'est-ce que j'ai fait pour que tu en arrives aux insultes moldues?
-Potter pourrait mourir, vous êtes vraiment horribles.
-Potter ne mourrait pas des mains de tu sais qui lui-même, c'est pas un petit dragon qui va lui faire peur. Enfin calme-toi, depuis quand tu te comportes comme une chochotte hystérique!
J'avais pas envie d'être une chochotte hystérique, mais je n'étais pas franchement contente, d'être ici à parier sur la mort d'un élève. Je me contentais donc de faire la moue dans mon coin, manifestant silencieusement mon désaccord.
Harry Potter disparut un si long moment, tout le monde retenait son souffle, et quand finalement il reparut. Il avait l'œuf, incroyable.
-Tu me dois 30 gallions! -Lançait Pucey à Flint.- Et toi aussi Drago.
Les deux le regardèrent les lèvres pincées.
-Méfie-toi, on te doit surtout une salle raclée pour parier sur ce nullard de Harry Potter, je suis sure que les jeux sont truqués. -Drago était un peu mauvais perdant, mais l'argent fut remis et moi j'étais rassurée.
Je quittais l'arène l'esprit plus tranquille. A Poudlard tout les jours étaient exceptionnels, mais certains un peu plus que d'autres. Le soir même j'écrivais une lettre à mes parents, je n'en avais pas encore eu l'occasion depuis mon arrivée et envoyait Nero -mon corbeau- la remettre. J'étais heureuse, je sentais que cette école avait bien de bonnes choses à me réserver, quelques mauvaises aussi mais je voulais bien les affronter.
En tout cas, ma mère n'allait pas en croire ces oreilles et mon père non plus, Harry Potter allait peut-être remporter la coupe des sorciers. Mes parents avaient connus Lily et James Potter et ils avaient su quels rôles ils avaient joué contre Voldemort à l'époque. Mon père avait refusé de les rejoindre, il ne voulait pas nous faire prendre de risques à tous, mais il les admirait grandement pour leur courage. Il serrait heureux de savoir que leur fils avait bien grandit, et avait hérité de leur vaillance, peut-être même qu'il serrait aussi heureux de savoir que j'avais rejoins les rangs en devenant une fière serdaigle à mon tours.
