Chapitre 3
Anaïsa,
Anaïsa ouvrit la porte de ses appartements avec une certaine difficulté, l'esprit encore embrumé par les chopes d'hydromel et de bière qu'elle avait bues.
Après quelques essais infructueux, elle réussit à entrer et se laissa tomber sur une des bergères du salon en gloussant comme une petite Wallen à peine pré-pubère. Par les Valars, le banquet avait été fameux! Du moins, après le départ de Klaùs. Celui- là avait décidément un caractère aussi difficile que celui d'un mùmak! La jeune femme n'avait jamais réussi à savoir si elle l'appréciait ou non. Il pouvait être charmant et l'instant suivant détestable au plus haut point. On ne savait jamais quel Klaùs allait se trouver devant soi et ça Anaïsa avait beaucoup de mal à l'appréhender. Elle soupira et ferma les yeux.
Elle se sentit dériver, prête à glisser dans le sommeil quand une main attrapa ses chevilles et souleva ses jambes. Elle laissa échapper un petit cri.
Finnàm se cala dans le divan et passa les jambes de sa sœur sur les siennes. Il lui pinça l'orteil, la faisant glapir.
- Tu n'as qu'à mettre des chaussures! la réprimanda-t-il.
Elle lui tira la langue et essaya de se dégager, ce qui les entraîna dans une séance intense de chatouilles comme seuls en ont les enfants d'une même fratrie.
Au bout d'une dizaine de minutes, ils se calmèrent et se laissèrent aller à la rêverie. Finnàm alluma un cigarillo fait à base d'herbes de Longoulet et fit quelques ronds de fumée, songeur.
- As-tu préparé tes affaires, mo piuthar? (ma sœur) demanda-t-il paisiblement.
Anaïsa haussa les épaules.
- Je n'ai pas besoin de beaucoup de choses, tu me connais… à ton instar, mo brathair. Ma lance…
- Des bottes peut-être? ricana le guerrier.
Sa sœur lui jeta un coussin qu'il esquiva facilement. Anaïsa savait qu'il aimait la taquiner sur le fait qu'elle marchait les trois quart du temps pieds nus, ses ongles longs recourbés et acérés prêts à mutiler en cas de nécessité. Elle avait ainsi deux armes redoutables en permanence sur elle.
La jeune Wallen fit une pirouette arrière pour se lever et alla ouvrir la porte de sa chambre au plus gros chien qu'Arda ait jamais porté! Un énorme molosse à la crinière de feu se jeta sur elle et aurait pu la faire aisément tomber si elle n'avait pas eu l'habitude de le laisser lui fondre dessus ainsi.
Finnàm regarda sa sœur jouer avec Muir, esquivant gracieusement chacun de ses mouvements avec force pirouettes et autres saltos. Il pouvait ressentir son côté animal dans tous ses gestes. Le lion transfiguré dans ses tatouages faciaux était là lui insufflant force, légèreté et grâce. Soudain, elle fit face au chien, le souffle court et s'accroupit, le visage à quelques centimètres de sa gueule : un grondement sourd lui monta dans la gorge et elle rugit à en faire trembler les murs. L'animal s'aplatit avec un petit gémissement plaintif. Anaïsa se redressa et fit une caresse sur sa tête.
Elle s'assit ensuite à califourchon sur une chaise, calant son menton sur le dossier .
- Cuim'a tha e ri tilleadh? (quand reviendrons-nous?)
Finnàm la regarda attentivement à travers le rideau de fumée.
- - chan eil fhios agam. (je ne sais pas) Mais pas tout de suite.
- Je ne veux pas abandonner Ily aussi vite… même si ces elfes n'ont pas l' air aussi terribles que nous le pensions…
- J'ai vu ça, grimaça son frère avec une moue dégoutée. Tu as dansé avec plusieurs d'entre eux…
Elle fit sortir ses crocs et gronda férocement devant le regard du Wallen, nullement impressionné.
- Peut-être trouveras-tu un gentil petit elfe avec qui vivre en pleine symbiose et harmonie… railla-t-il.
Anaïsa eut une moue dédaigneuse.
- Bi sàmhach! (tais toi !) On pourrait croire que tu es jaloux, mo brathair…
- Ciod? (quoi ?)… devant tant d'étalage de promesse d'amour conjugal ?! répondit –t-il, l'air sombre.
Quelques minutes passèrent dans le silence puis il reprit la parole après avoir mûrement réfléchi la suite :
- Non… Ily et moi, nous n' avons jamais considéré notre relation sous cet angle, ni l'un ni l'autre… comme l'exclusivité n'a jamais été de mise entre nous.
Sa sœur opina. Elle avait toujours su ce qui en était entre son aîné et son amie.
- Cependant, reprit son frère après une courte hésitation, ça ne veut pas dire que je ne m'inquiète pas pour autant. L'arracher des siens et de son foyer est assez violent malgré tout… Et même si les elfes que nous venons de rencontrer ont l'air de gens de bien, je ne suis pas sûr qu'il en sera ainsi à Mirkwood…
- Pourquoi dis-tu ça, Finnàm? l'interrompit Anaïsa brusquement. Son frère lui cachait quelque chose, elle en était certaine.
Il inspira et planta son regard turquoise dans celui azuré de sa petite sœur.
- Disons que depuis la vision de la Preta, je glane des informations partout où je peux en trouver y compris hors de la cité…
- Et? Elle était suspendue à ses lèvres et si impatiente qu'elle en bouillait littéralement.
- Et si les rumeurs sont fondées, la réputation du Haut Roi n'est plus à faire… Il apparaît comme quelqu'un de dominateur, prompt à l'emportement…
- Je connais d'autres personnes à qui toutes ces qualités s'appliquent, murmura la Wallen, un soupçon d'ironie dans la voix.
Finnàm lui jeta un œil noir tout en continuant son énumération peu flatteuse à l'égard du Seigneur elfe.
- … et calculateur…
- C'est un roi, cela va de pair!
- … arrogant qui plus est.
- Même réponse !
- Mo piuthàr! explosa-t-il, véritablement furieux. Pourquoi me contrecarres-tu ainsi? Serais-tu devenue une adepte de Thranduil Orophérion?!
Sous le coup de la colère, ses yeux jaunirent et ses canines s'allongèrent dangereusement. Anaïsa n'avait pas peur de son frère mais elle jugea plus intelligent de calmer le jeu.
- Mo brathàir, le raisonna-t-telle d'une voix douce comme lorsque l'on s'adresse à un enfant boudeur, il ne sert à rien de ressasser les défauts de cet elfe…
- Mais…
- Mais rien… le coupa la Wallen, autoritaire puis elle reprit plus diplomate : je comprends tes inquiétudes Finnàm mais tu dois réagir différemment désormais… et puis ce n'est pas lui qu'elle va épouser mais son fils. Les choses pourraient être toutes autres… Moi aussi je me suis renseignée et il a l'air tout à fait agréable.
Finnàm haussa un sourcil dubitatif mais ne renchérit pas, s'inclinant devant le raisonnement de sa cadette.
- Depuis quand Anaïsa'Ail est-elle devenue aussi sage ?
- Depuis que Finnàm'Ail est devenu le plus irréfléchi ! rit-elle en se levant. Allons profiter d'un bon lit une dernière fois… Demain sera une longue journée.
Sturten,
Le souverain Wallen n'avait pas pu fermer l'œil de la nuit et ce n'était pas dû aux effets de la boisson malheureusement. Il ne voulait pas l'admettre mais il était terriblement inquiet quant à l'avenir de sa fille et aussi, dans une moindre mesure, pour ses compagnons. Ne pas pouvoir être à leurs côtés en cas de besoin le rendait fou même s'il ne doutait d'aucun d'entre eux et avait particulièrement toute confiance en son Commandant. Klaùs le laissait perplexe et il avait profité de ce voyage pour envoyer au loin son neveu, espérant que cet éloignement apprivoiserait son caractère délétaire.
Le vieil homme soupira, frustré. Il se leva du fauteuil pour lequel il avait déserté son lit. Il attrapa sa cape bleue qu'il attacha à son pourpoint. Sturten voulait aller voir sa fille et avoir une dernière conversation avec elle avant son départ.
Des coups frappés à sa porte le firent sortir de sa rêverie et il reprit instantanémentson masque royal.
- Entre ! aboya le roi, sachant de qui il s'agissant.
La porte s'ouvrit pour laisser place à son frère, Crawen, son conseiller le plus proche. De taille moyenne et trapu, ce dernier n'avait pas l'allure majestueuse de Sturten mais ses yeux noirs comme de l'encre et sa mâchoire carrée faisaient entrevoir une toute aussi grande force de caractère. Une fine cicatrice lui barrait le menton et on pouvait voir ses tatouages de lien de chaque côté de son cou comme ceux reptiliens qui lui descendaient de sous les yeux et qui disparaissaient dans le col de sa tunique.
Le dragon était son double mais lui n'avait pas l'habilité de se transmuer totalement comme son frère.
Le père de Klaùs le regarda, amusé.
- Mo brathàir, arriverai-je un jour à te surprendre au lever du lit ?
Sturten se mit à rire, heureux de cette acalmie dans le tumulte de ses pensées.
- On ne surprend pas son roi, mo brathàir !
- Beannachd Erù ort, mo righ ! (Qu'Eruù te garde mon roi !) le salua-t-il, ironique, la main sur le cœur à la manière elfique.
- Tùch ! (chut !) le gronda son aîné. Tu me donnes mal au crâne !
- Il faut t'y habituer, dit posément Crawen en croquant dans une pomme et en se calant dans un fauteuil, les jambes par-dessus l'accoudoir.
- As-tu fait tes adieux à ton fils ? Tu ne le reverras pas de sitôt…
- Une année passe vite ! répondit négligeamment son frère en jetant le trognon de son fruit dans les flammes de l'âtre… et ça lui forgera le caractère ! Ce dragonnet doit être maté ! Je compte sur ton Commandant et le Sieur Haut Roi pour cela !
- Tu as un cœur de pierre, mo brathàir. Dit Sturten, les sourcils froncés mais néanmoins résigné de son attitude.
- Ainsi sont faits les dragons, ton Altesse ! L'amour filial et la réussite éducative ne sont pas nos premières qualités ! s'en amusa Crawen. Ceci dit, il est triste que ce petit ait perdu sa mère si jeune, cela aurait eu le mérite de compenser les défauts paternels…
- Tout comme Ilyrià, soupira Sturten alors que son frère sautait sur ses pieds.
- Tu allais la voir ? Avant le départ… en aparté… Dis-lui de ne pas trop s'en laisser compter par les oreilles pointues. Elle n'est pas des leurs, sussura-t-il à l'oreille du roi avant de repartir dans ses propres appartements.
La main sur la poignée, il conclut sans se retourner :
- Qu'elle sache à qui elle doit allégence, mo righ.
Sturten se rendit au logis de sa fille après le départ de son cadet. Il ouvrit la porte sans prendre la pein de frapper.
La grande chambre était plongée dans la pénombre, les rideaux tirés se mouvaient doucement au gré du vent, cachant les premières lueurs de l'aube naissante.
Ilyrià dormait toujours comme en témoignait son souffle régulier et paisible. Il s'assit au bord du lit et regarda le visage détendu de sa fille, la bouche légèrement entrouverte. Elle avait l'air si jeune ! Sturten aurait donné cher pour qu'elle soit encore une enfant insouciante. Bientôt, elle serait à Mirkwood et le roi ne doutait pas un instant que son apprentissage ne serait pas aisé. Il lui caressa la joue.
- Debout ma fille…
Ladite fille grogna avec la délicatesse d'un warg et se retourna en se cachant la tête sous sa couette de plumes.
- Plus tard ! grogna-t-telle. On n'est pas à deux minutes…
Sturten n'était pas connu pour sa patience. Il arracha les couvertures et les lança au loin. Ilyrià glapit de colère et de froid dans sa légère chemise de nuit en baptiste blanche. Elle se leva d'un bond, furieuse d'être ainsi réveillée.
- Athair, par les Valars ! Ne pouvais-tu faire preuve de clémence une dernière fois ? fulmina-t-elle en se drapant dans une robe de chambre abandonnée au pied de sa couche.
Il sourit devant l'impertinence de son enfant. Que cela allait donc lui manquer ! Elle ne savait qu'aller à contre-pied de ce qui lui était imposé.
- Ma fille… Nous devions parler seul à seule encore une fois. Erù sait quand nous pourrons nous revoir, certainement pas avant la fin de cette année… commença son père en tapotant le lit à côté de lui. Ilyrià vint s'assoir, sa mine renfrognée adoucie. Il planta son œil dans les siens et lui prit la main entre les siennes, sérieux.
- Ma fille, reprit-il, je suis profondément désolé.
La Wallen le regarda, estomaquée. Elle n'avait jamais entendu ces mots dans la bouche du roi et doutait qu'il les ait jamais pronnoncé auparavant.
- Si j'avais pu t'éviter, continua-t-il la voix troublée, n'en doute pas, je l'aurai fait… mais là est le devoir d'un souverain et par répercussion de sa progéniture…
- L'intérêt du Royaume avant les intérêts personnels… récita machinalement Ilyrià.
Le roi sourit.
- Je vois que finalement quelque chose a réussi à imprégner ton esprit sauvage ! s'amusa-t-il avant de reprendre sérieusement : les visions envoyées par les Valars ne peuvent être ignorées qu'elles nous plaisent ou non. La survie de plusieurs royaumes d'Arda est concernée par l'alliance scellée par cette union.
- Et je m'y soumets, athair (père), souffla-t-elle, j'essaierai de te rendre fier même si cela va être.. comment dire ? tendu.
- Je suis déjà fier de toi, ma princesse Wallen. Lui assura Sturten pour la toute première fois… et sache mon cœur t'accompagnera au-delà de nos frontières.
Ilyrià serra la main de son père sans un mot, heureusement étonnée de cet aveu.
- Les Elfes sont un peuple très différent du nôtre. Tu sais que je ne les porte pas spécialement en grande estime… peut-être est-ce dû au manque de relations ces derniers millénaires… Mais je dois admettre que, dans l'ensemble, ils sont justes et nobles. (la Wallen étouffa un sourire ; qu'il devait lui coûter de dire cela !) Cependant, le peuple sylvestre est réputé pour être plus sauvage et brutal que son cousin de Fontcombes. Fais attention et sois sur tes gardes. Tu es et resteras avant tout une Wallen, ton cœur ne sera jamais elfique et eux se feront un devoir de ne pas te le faire oublier.
Sturten ne pouvait s'empêcher de penser au Seigneur Thranduil en disant ça. Il chassa ses idées noires. Il s'agissait, là tout de suite, de rassurer sa fille en la mettant en garde.
- Toutefois, j'ai pris une décision, dont le mérite, je dois l'avouer humblement, revient à ton oncle. … Finnàm et la Garde ne repartiront pas au terme de votre voyage. (Ilyrià laissa échapper un petit cri de joie) Ils resteront avec toi durant cette année comme invitée - il cracha le dernier mot – et s'en retourneront après tes noces avec nous. Ils s'assureront personnellement de ta sécurité et veilleront à ce que certaines limites ne soient pas franchies.
- Que vais-je réellement devoir faire durant ce temps ? Lui cirer ses royales bottes ? Lui curer son nez altier ?
L'œil du souverain se fit ombrageux. Il n'avait pas réussi à faire fléchir le Haut Roi au sujet de cet aberration, trop heureux d'imposes sa volonté au roi Wallen.
- Te façonner en une espèce d'ersatz d'elfine, voilà tout, minimisa-t-il devant l'air outré de sa fille.
- Pffff ….
- Tu dois te préparer maintenant, dit-il en se levant à regret. L'heure du départ approche, tu n'as plus beaucoup de temps. Tes bagages sont-ils prêts ?
- Affirmatif, mo righ !
- Et j'ose espérer que ton sac à malices de Terra n'est pas trop chargé …
Ilyrià rougit violemment et Sturten eut un gros rire.
- Je sais tout, mo nigheann (ma fille) ! Tu devrais le savoir depuis le temps !
Il l'embrassa sur le front tendrement sans lui laisser le temps de répondre et allait passer la porte quand il se retourna pour la fixer.
- Fais leur voir ce qu'être Wallen signifie mais ne dépasse pas les limites, ma fille. Ne m'oblige pas à sévir même de loin.
Tout était dit. Aucune place au malentendu quel qu'il soit et tous deux en étaient conscients. Sur ces derniers mots, il sortit et laissa la Wallen méditer à ce qui venait d'être dit.
Trois heures avaient passé depuis leur échange et Sturten attendait patiemment sa fille sur le ponton en compagnie de la délégation elfique et de ses compagnons de voyage.
Tous les Wallens de la cité étaient présents derrière eux dans un silence quasi religieux pour faire leurs adieux à leur héritière et sa Garde. Il était encore très tôt et tous les braseros étaient allumés, faisant naître des ombres fantomatiques et scintillantes sur les parois de l'immense cité ainsi que sur la mer calme.
Le regard du roi s'arrêta sur son Commandant pour commencer. Ce dernier était vêtu d'une tunique bleue foncée au col délacé, d'un pantalon de cuir élimé et de bottes usées jusqu'à la trame. Un grand manteau de cuir lui aussi complétait sa tenue. Toute son allure transpirait le prédateur à l'affût même si son attitude nonchalante pouvait faire penser le contraire. Son œil s'attarda ensuite sur sa sœur, petit bout de femme redoutable elle aussi. La féline Anaïsa avait attaché ses longues dreads (une coiffure de Terra lui avait appris sa fille) et une tresse lui barrait le front. Elle aussi avait revêtu la tunique bleue traditionnelle Wallen mais était pieds nus, ses ongles griffus prêts. Son chien était à ses côtes, il n'aurait servi à rien de tenter de l'en dissuader et elle tenait son imposante lance à la main, son arme de prédilection.
A sa droite, se tenait Klaùs, immense et tout en muscles saillants sous sa tenue ocre et marron, pour changer. Il était toujours peu habillé car il ne craignait pas les températures froides. Rien ne l'atteignait, ni l'eau ni la neige, rien. Ainsi étaient les dragons. Sturten pouvait presque entendre son sang bouillir de rage rien qu'à voir les regards de frustration qu' il jetaient alternativement aux elfes et à son propre père. L'envoyer au loin serait décidément bénéfique à son neveu.
Des clameurs s'élevèrent de partout dans la cité. Sa fille venait d'arriver, en retard comme à son éternelle habitude… Mais aujourd'hui, il ne pouvait lui en tenir rigueur. Il la regarda attentivement comme pour en graver chaque détail dans sa mémoire. Elle était pâle et des cercles bistres soulignaient ses yeux éteints. La Wallen avait relevé ses cheveux en un haut chignon lâche d'où s'échappaient des mèches rebelles. Elle portait elle aussi une tunique azurée mais courte sur un sarouel noir, typique de la mode harrad. Ilyrià se planta devant son père, lui mit une main sur l'épaule et baissa la tête, gestes qu'il lui retourna.
Tous les Wallens s'inclinèrent à leur tour dans un silence déférent, si loin de leurs habitudes bruyantes. Les Elfes firent de même pour montrer leur respect envers ce peuple à des lieux de toutes les rumeurs colportées.
Le roi releva son visage et prit la main de sa fille qu'il posa délicatement dans celle d'Elrohir dont les yeux pétillaient de bonté.
- Vous voilà prêts au départ, mes amis, ma Garde, ma fille, claironna-t-il d'une voix de stentor en westron de façon à être compris de tous. Que les Valars vous soient favorables durant ce voyage ! Je vous confie mon bien le plus précieux, préservez- la comme je le ferai ! Beannachd erù ort !
Sturten se détacha d'eux à grand-peine, ses doigts ayant du mal à lâcher ceux d'Ilyrià et recula de quelques pas de façon la frontière imaginaire entre la cité et le ponton.
Alors toute la compagnie se retourna et commença à marcher lentement en direction d'un avenir qui semblait si incertain aux Wallen. Le ponton franchi, ils montèrent tous à cheval et prirent la route sans un regard en arrière. Soudain, un vacarme assourdissant emplit l'air: c'était le fracas des boucliers sur lesquels chaque Wallen frappait avec force pour signifier sa fierté et l'amour qu'ils ressentaient tous pour ceux des leurs qui partaient afin de leur assurer un futur meilleur.
