salut les didous!

j'espère que vous avez aimé le précédent chapitre et donc celui-ci se passe quelques mois après l'arrivée de mes chéris jolis à Mirkwood... ou comment ne pas réussir à se fondre dans le décors...

Sinon un grand merci à Julie d'être fidèle au poste et de vivre à fond chaque chapitre... c'est tellement plaisant de voir que ce qu'on écrit est apprécié! Merci aussi à Baka Saru 6 pour ce compliment qui fait chaud à ma pompe aortique (et oui j'ai trop regardé Friends!;))... Poly Pops merci de m'avoir lu... et un grand merci à tous ceux qui restent anonymes et... laissez moi une trace de votre passage... sinon je pleure roulée en boule devant mon écran. .. :))

Petite note: je me suis trompée dans le nom de l'elfine au service fe de cette peste d'Ily! Elle s' appelle Elëa! ;) Tintalle etait le prénom qui me servait de substantif quand j'étais en panne d'inspi...

Et maintenant bonne lecture... en tout cas je l'espère!

Chapitre 9.

Anaïsa,

Ils étaient arrivés à Mirkwood depuis deux lunes maintenant et, par les Valar, que le temps lui semblait long! Sa cité lui manquait atrocement ainsi que la liberté que lui procurait l'immensité bleue de la mer. Elle se sentait étouffer dans ces cavernes qui, malgré leur indéniable beauté, ressemblaient un peu trop à une prison à ses yeux. Ne voir le ciel qu'au travers de l'épaisse barrière du feuillage la déprimait et elle avait l'impression de dépérir à petit feu.

Anaïsa n'aimait vivre qu'au contact du littoral, en immersion avec lui et la seule chose qu'elle avait trouvé pour se sentir un peu plus en communion avec la nature était d'avoir installé sa couche sur le balcon. Maigre consolation!

Ce balcon communiquait aussi avec les appartements alloués à Klaùs. Elle soupira en se demandant où était encore passé ce dernier. Ils ne le voyaient quasiment plus ou, quand elle l'apercevait enfin, c'était pour le voir errer désoeuvré dans les couloirs de la maison du roi. Il passait des heures à admirer les oeuvres fastueuses de pierreries qui ornaient les murs. Elle l'avait même vu une fois caresser une sculpture incrustée de rubis et d'émeraudes d'un air totalement fasciné. Lorsqu'il s'était tourné vers elle, son regard brillait encore des éclats chatoyants des métaux précieux. Le Wallen avait au moins ça de commun avec le roi elfique, l'amour des belles choses.

Plusieurs rumeurs disaient aussi de lui qu'il faisait une cour assidûe aux elfines du royaume. Klaùs s'ennuyait comme elle mais avait des instincts que lui ne savait pas contrôler... même si elle aussi aurait aimé avoir un autre genre de compagnie que celle de son frère ou de son amie...

Quant aux elfes, elle apprenait à les connaître et avait pu réviser son jugement sur certains de ses préjugés alors que d'autres s'étaient au contraire vérifiés. Leur communion avec la nature et leurs aptitudes guerrières lui plaisaient beaucoup. Certains, à l'instar du prince Legolas, se révélaient d'une grande noblesse de coeur et d'âme; d'autres par contre se montraient sans pitié dans leurs moqueries et quolibets à leur encontre. Elle avait ainsi failli arracher la gorge d'un elfe qui avait insulté son frère de «Wallen dégénéré à la face déchirée» ou encore d'une autre, jalouse, qui s'était gaussée d'Ily, la traitant de «grosse sauvage»...

la Wallen se mit à triturer le bijou qu'elle avait fait percer dans sa lèvre inférieure.

Comment faisait son aîné pour rester toujours aussi stoïque? Elle le voyait évoluer au sein de la cité sans jamais montrer quoi que ce soit, toujours à l'affût dans l'ombre d'Ilyrià ou encore dans l'obscurité des cavernes pour s'assurer de sa sécurité. La mission avait toujours été ce qu'il y avait de plus important dans la vie du Ceannar. Jamais une émotion ne trahissait son visage sauf dans une sphère extrêmement privée où il se permettait un peu plus de laisser-aller. Sa soeur voyait combien il faisait marcher les rouages de son esprit... il calculait chaque portée de chaque geste, chaque parole et ce, à tout moment pour le compte de leur roi. Elle se rendait compte que Sturten avait placé sur ses épaules beaucoup plus que la sécurité de sa fille. Elle trouvait cela injuste, témoin impuissant de la lente dégradation de sa relation avec la princesse certes au profit du prince elfe.

Tout de même, elle était sûre qu'il en souffrait. Ça avait commencé une quinzaine de jours après leur arrivée quand il avait dû la traîner de force à son heure d'étude du sindarin et ce n'était malheureusement pas un euphémisme...

Ilyrià s'était accrochée à un des montants de son lit refusant catégoriquement de rejoindre l'elfe en charge de cet aspect de son apprentissage, arguant que ce n'était pas un balai qu'il avait de coincé dans le fondement mais un tronc tout entier. Finnàm l'avait arraché de sa couche sans ménagement et jeté sur son épaule pour l'asseoir sans douceur sur sa chaise.

Et ça avait continué comme ça... une fois pour la harpe, une autre pour l'histoire puis le dessin etc etc... Le Commandant se montrait à chaque fois inflexible. Du coup, ils se disputaient sans relâche tous les jours, leurs colères allant crescendo. Anaïsa souffrait de les voir se déchirer ainsi et redoutait qu'ils finissent par en venir aux mains.

La seule chose à laquelle ne rechignait pas la Wallen était son entraînement aux armes.

Elle l'attendait toujours avec une grande impatience. Il lui permettait de défouler toute sa rancoeur et, si elle avait fait de gros progrès avec le maniment des épées, elle restait une calamité au tir à l'arc malgré l'infinie patience de son professeur. La guerrière voyait qu'ils prenaient plaisir à être ensemble et ce, à n'importe quelle occasion. Legolas venait la chercher chaque jour pour sa leçon, lui faisait visiter un nouvel endroit de sa cité et prenait la quasi totalité de ses repas avec elle. Ils s'attachaient l'un à l'autre un peu plus à chaque fois et Finnàm s'effaçait aussi pour leur permettre ce rapprochement. Sa soeur lui en savait grée. Ils n'en parlaient jamais mais elle savait que ça lui coûtait, lui qui n'avait que peu confiance en les elfes. Il tolérait Legolas mais avait encore du mal à lui laisser une marche de manoeuvre plus importante.

Le prince était un ellon réellement très agréable, chaleureux avec tous et Anaïsa avait compris que ce qui n'était qu'un devoir à ses yeux dans les premiers temps se transformait peu à peu. Elle était fine observatrice et ressentait l'attirance grandissante de l'elfe pour son amie. Toujours présent, toujours prévenant, il satisfaisait au moindre de ses désirs et se laissait immanquablement fléchir à chacun des battements de cils de la Wallen. Il la suivait du regard et tressaillait à chaque contact, le faisait durer aussi longtemps qu'il le pouvait. Plusieurs fois, la jeune femme avait dû se retenir de rire en les voyant interagir!

Mais quelque chose la chiffonnait tout de même et ce quelque chose était en réalité quelqu'un.

Ilyrià.

Elle ne répondait pas aux attentions du prince comme elle aurait pu le faire. La guerrière Wallen connaissait son amie mieux que cette dernière et savait que la princesse avait toujours été d'un caractère impulsif dans ses affections allant souvent vite, trop parfois. Là ce n'était vraiment pas le cas ou alors involontairement comme la fois une semaine auparavant où elle avait retiré la tunique du prince, insistant pour soigner une plaie elle-même. Il avait été blessé lors d'un raid contre ces maudites araignées (Anaïsa frissonna en pensant à ces horreurs). Elle avait vu Legolas retenir son souffle mais n'avait rien détecté de semblable chez Ilyrià si ce n'était un très léger frémissement.

Peut-être voulait-elle prendre son temps et enfin devenir raisonnable lui avait dit Finnàm qui ne souhaitait pas s'étendre sur le sujet quand elle avait tenté de lui en parler. Klaùs, lui, avait juste haussé les épaules avant de retourner à ses contemplations et autres méditations.

Non, ce comportement ne lui ressemblait pas et elle trouvait cela préoccupant. Elle souhaitait pour son amie la plus chère une union heureuse et épanouie et voulait pousser en ce sens. Elle souhaitait partir de la Forêt Noire dans une dizaine de mois le coeur serein.

Caressant la tête de Muir, son énorme chien couleur de feu, elle sourit distraitement.

Non, ce qui ressemblait le plus au caractère de la fille de Sturten était sans conteste ses envolées lyriques après chacune de ses entrevues avec le roi Thranduil pour faire le point, d'ailleurs fort peu concluant, de ses progrès soit à peu près tous les un à deux soirs.

Chaque retour de la jeune femme était cosmique... Elle tremblait de rage, ravageait tout ce qui était sur son passage et hurlait après tout le monde... y compris la pauvre Elëa qui n'avait jamais dû entendre autant de grossièretés au cours de sa longue vie. Et après avoir vu le seigneur elfe à plusieurs reprises au sortir de ces réunions, Anaïsa avait pu constater que l'ellon était dans le même état de nerfs.

Il fallait dire qu'Ilyrià prenait un malin plaisir à le provoquer. Elle se rendait à son étude toujours dans des états pitoyables, sale et dépeignée alors que l'elfine à son service la suppliait de faire des efforts, une brosse ou un gant à la main.

La seule consigne qu'elle respectait scrupuleusement était l'interdiction de se transformer malgré le besoin de sa nature profonde de se révéler. Anaïsa doutait que le roi se rende compte de la douleur et des efforts surhumains que cela demandait. Bien sûr qu'il ne pouvait pas comprendre, il fallait le vivre pour ça... sinon il l'aurait laissé faire. Grâce soit rendue à Erù, il ne leur avait jamais demandé d'en faire autant du moment qu'ils soient un tant soit peu discrets. Souvent, la nuit, la guerrière s'abandonnait à sa félinité et dévalait les cavernes aux côtés de Muir.

La jeune femme en était là dans ses réflexions quand sa porte s'ouvrit avec fracas.

Ilyrià.

Qui d'autre cela aurait-il pu être?

- Sindarin... Mo ton! (mon cul!), maugréa-t-elle en se laissant tomber si lourdement qu'elle écrasa la queue de Muir qui jappa en lui montrant ses crocs.

Anaïsa soupira. L'heure de la colère quotidienne était arrivée...

- Je le hais, dit la princesse en arquant ses sourcils comme si elle même était malgré tout étonnée de pouvoir en venir à de telles extrêmités.

- Comme tous les soirs, mo piuthar (ma soeur)... comme tous les jours... sourit la guerrière.

- Cet elfe me tuera, tu sais! commenta son amie en chipant une poignée de cerises qu'elle engouffra consciencieusement dans sa bouche.

- Pas de faim en tous cas! rit la cadette du Commandant en lui ôtant le plateau des mains sous ses plaintes indignées.

- Je ne fais jamais rien de bien... Je n'apprends pas assez vite, je dessine comme un pied et la harpe lui déchire les tympans...

- Oui et bien... tu déchires les miens également...

- A clàrsach (la harpe) est un instrument de malheur, inventé pour notre seule torture... Si seulement je pouvais l'étrangler avec et voir sa jolie petite tête... Bref...

Anaïsa tiqua à ses paroles et lui jeta un regard aigu.

- Sa jolie petite tête?...

Mais Ilyrià n'entendit pas et continua son monologue, toute à sa colère:

- Oui, tu vois ce que je veux dire, mo caraid... Ou alors la lui arracher... -ses yeux brillèrent d'une lueur mauvaise- Il paraît que les cordes sont assez solides pour cela... Les deux blocs de glace qui lui servent d'yeux pourraient refléter ainsi une quelconque émotion!...

Ilyrià se tourna vers elle et la prit dans ses bras.

- Et toi, mo chridhe ( mon coeur)? Qu'as-tu fait aujourd'hui?... Une rencontre intéressante peut-être? lui dit-elle avec un clin d'oeil coquin.

- Arrête de vouloir me caser tous les jours, amadan piuthar! rit Anaïsa en lui infligeant une claque sur le bras. Les elfes ne sont pas du tout des mâles pour moi! Ils n'ont rien à voir avec ce à quoi j'aspire... C'est à toi que revient cet honneur...

Ilyrià somnolait déjà, vaincue par son trop plein de colère.

- Quel honneur, marmonna-t-elle à moitié dans les bras d'Irmo. Si seulement il pouvait être moins... lui... ce serait plus facile...

Anaïsa ne comprit pas tout de suite. Elle ne voyait pas en quoi le prince devait être moins... Soudain, la vérité la frappa de plein fouet et elle regarda son amie le coeur glacé.

La jeune Wallen venait d'entrevoir quelque chose dont même son amie n'avait pas conscience et qui finalement prenait tout son sens dans le puzzle de ces dernières semaines...

Depuis tout ce temps, il n'avait jamais été question de Legolas. Les ennuis allaient commencer. De ça, Anaïsa en était certaine.

- Galla, on est dans la merde... se dit-elle en repensant à cette fameuse expression sur Terra.

O0o0o0o0o0o0o0o0o0o0o0o0o0o

La conspiration, Mirkwood,

Deux lunes.

Déjà deux lunes que ces dégénérés se promenaient impunément dans le royaume comme s'il leur appartenait...

Il les voyait ces maudits Wallens déambuler dans la cité, guettant chaque trésor, chaque richesse d'un oeil cupide à l'instar du grand blond, Klaùs, ou dans l'ombre des couloirs de la maison de son cher souverain, comme leur chef.

Quant aux femmes, elles étaient encore pires à ses yeux.

La guerrière au visage percé était discrète la journée, partageant sont temps entre les jardins et la clairière, mais la nuit!... Il avait eu plusieurs retours d'elfes qui l'avaient vu courir comme une dératée à travers les cavernes, crinière au vent avec son étrange animal en poussant de terribles rugissements.

Un tel comportement était innaceptable! Surtout qu'il se méfiait particulièrement d'elle... c'était une fine mouche... Il en aurait mis sa main à couper...

Comme son frère! se dit l'elfe, exaspéré.

Il devait faire attention à ces deux-là, qu'ils ne démasquent pas leurs projets. Il ne craignait pas l'autre guerrier, trop occupé, ni cette stupide Ilyrià...

Dire qu'une telle engeance était promise à leur prince bien-aimé et à devenir très certainement un jour la souveraine de la Forêt Noire! Même si sa vie, tellement plus courte que celle des elfes, ne lui permettait de monter sur le trône, elle pouvait enfanter...

Des bâtards à moitié Wallen étaient une option inenvisageable...

Celle-là représentait à elle seule tout ce qu'il ne pouvait souffrir, tout ce qu'il haïssait. Il avait eu le temps de l'étudier... Elle était caractérielle, rustre, vindicative et c'était une ... traînée.

En tant qu'elfe, il répugnait à user de ce genre de discours mais là, le terme était adéquat. Le faucon reçu quelques semaines plus tôt de son ami d'Imladris lui avait confirmé ses craintes. Le noldo avait fait partie de la délégation elfique qui avait été dépêchée à l'escorte de la Wallen et ce qu'il lui avait rapporté était tout bonnement catastrophique.

Les Wallens devaient rester en territoire Wallen!

C'étaient des personnes sauvages aux limites de l'animalité, lui avait écrit son informateur choqué de la violence avec laquelle ils s'étaient battus sans armes à mains nues, contre des orcs. Ils étaient sans aucune manière et il les avaient même surpris dans des situations incroyablement brutes... comme la fois où la «traînée» s'était baignée nue en compagnie des deux hommes de sa Garde eux aussi en costume de naissance et sans aucune pudeur.

Il la soupçonnait d'avoir essayé de séduire le très respectable Elrohir et ne s'était pas gênée pour tomber dans les bras du prince sylvestre, feignant un malaise à leur première rencontre.

L'elfe sylvain perçait lui aussi à jour son jeu de séduction envers Legolas. Elle paradait et minaudait devant lui, exposant ses attributs sous son nez. Le prince, malheureusement, ne se rendait compte de rien, au contraire. Comment pouvait-il se laisser abuser?... Elle n'était même pas belle avec son petit corps trop opulent!... Il grimaça de dégoût.

Les Valar soient loués, son roi n'était pas aussi bien disposé que son fils trop faible envers la jeune femme, loin s'en faut à en juger par la violence de chacune de leurs entrevues!

Il faisait surveiller les moindres faits et gestes de la Wallen, voire s'en chargeait lui même en toute discrétion, ses yeux de glace fixés avec colère sur la princesse.

-Aranel! Il cracha le mot avec dédain. Aucun titre n'avait été plus mal porté!

Cependant, son roi ne pouvait faire grand chose à part tenter de dresser cette affreuse petite femme! C'était un ellon pour qui l'honneur était primordial et jamais il ne dérogerait à une volonté des Valar.

Mais cette union n'était qu'une supercherie envoyée par les forces de Morgoth! L'elfe en était persuadé. Les forces noires voulaient pervertir la pureté de la lignée des Premiers Nés et ça, il ne pouvait le permettre.

Grâce soit rendue à Erù Illùvatar, il n'était pas seul dans sa lutte... D'autres elfes se dressaient contre cette union contre-nature que ce soit dans leur royaume mais aussi des noldor d'Imladris et des Galadhrim de la Lothlorien.

Ils n'étaient certes pas nombreux mais leur cause était juste.

Ils réussiraient quitte à user de méthodes radicales. Ils ne pouvaient échouer. Elle devait être éradiquée de Mirkwood.

O0o0o0o0o0o0o0o0o0o0o0o0o0o

Thranduil,

Frustré, voilà ce qu'il était.

Frustré, froid et un bloc de glace à la place du coeur... voilà de quoi elle l'avait gratifié ce soir en mettant un coup de pied exaspéré à son bureau. Elle n'avait même pas cillé sous la douleur, toute à sa colère contre lui.

Des mots moins durs que ceux qu'elle avait eu la veille mais plus forts que ceux qu'elle avait tenu deux soirs plus tôt.

Son quotidien était ainsi rythmé depuis deux mois qu'elle était arrivée au sein de son royaume... au gré des crises d'Ilyrià et des siennes. Jamais personne ne l'avait autant exaspéré.

La Wallen avait raison sur un point.

Il se sentait frustré et ce, à chaque fois qu'il la voyait. Elle le défiait sans cesse, trouvait une parade à toutes ses remontrances et les lui renvoyait en hurlant. Elle ne faisait que peu de progrès et il aurait pu jurer qu'elle s'appliquait consciencieusement à échouer.

Par les Valar, qu'aurait-il aimé la mettre sur son épaule et la jeter par dessus la balustrade de sa terrasse!

Comment faisait donc Legolas pour la supporter et y trouver plaisir qui plus est?!

Ceci étant dit, à bien y réfléchir, une partie de l'ellon trouvait ces interludes récréatifs et divertissants dans la morosité de ses journées... Il avait beau sentir le poids des millénaires sur ses épaules à chacune de leurs entrevues, Thranduil ne pouvait s'empêcher de penser que ces moments-là passaient plus vite...

La jeune femme était une tornade se fracassant sur Mirkwood et ses habitants.

Le roi se leva et s'arracha de la lecture des papiers officiels qui jonchaient son bureau. Il tournait comme un lion en cage.

Il aurait eu besoin de se défouler, par un entraînement par exemple, mais il n'avait envie de voir personne. Il était à la fois fatigué et plein d'énergie comme il ne s'était pas senti depuis longtemps...

Aussi décida-t-il de sortir prendre l'air autre part que sur sa terrasse pour changer un peu. Cela lui ferait le plus grand bien... Le roi voulut se vêtir de manière plus sobre pour passer inaperçu ou tout du moins le plus dicret possible. Il ôta sa couronne et la posa délicatement sur la console qui jouxtait la double porte de ses appartements. Il quitta aussi son lourd manteau et troqua sa riche tunique pour une noire sans fioritures.

Il longea les couloirs de sa maison avec précaution mais n'y croisa âme qui vive.

La nuit était déjà bien avancée et l'elfe pouvait apercevoir avec une grande joie les étoiles au-travers de l'épais feuillage.

Peu d'elfes étaient encore debouts à cette heure tardive et se contentaient de le saluer, respectant son désir manifeste de solitude. Tous savaient que leur roi n'avait que leur bien-être en tête et leur amour pour lui était la récompense de son labeur.

Ses pas hasardeux le menèrent presque malgré lui dans les petits jardins au nord de la caverne centrale.

Lorsqu'il s'en rendit compte, Thranduil faillit faire demi-tour mais la beauté et la tranquillité qui s'en dégageaient l'en dissuadèrent.

Il n'aimait pas venir ici car c'était sa femme bien aimée, partie aux cavernes de Mandos depuis si longtemps, qui en avait fait les aménagements avec amour et infinie patience.

C'était une suite de plusieurs petits jardins en escaliers. Ils étaient réellement magiques. Des milliers de fleurs les couvraient comme de doux tapis de soie sous les pieds et d'immenses arbres aux feuillages touffus et tombants donnaient l' impression d'une grande intimité. De petits bancs de pierres blanches importées de Minas Tirith ornaient ces jardins, surplombés d'arches croulants sous les roses et autres fleurs délicates tels les niphrédils.

Une bouffée de nostalgie envahit l'ellon et il dut s'appuyer d'une main sur un grand frêne pour reprendre ses esprits.

Il se sentait si seul, enfermé dans son propre corps...

Pourquoi l'appel de la mer ne parvenait-il pas encore à lui? Pour quoi rester? Pour qui?

Il se sentait engourdi comme s'il n'arriverait jamais à refaire surface...

C'était pour y pallier que l'elfe avait commencé à accumuler toutes ses richesses tout en sachant pertinemment que les pierres ou tout l'or d'Arda ne combleraient jamais le gouffre béant qui s'était immiscé en lui.

Thranduil allait rentrer quand des éclats l'intriguèrent. Des voix étouffées lui parvinrent et il reconnut avec surprise celle amusée de Legolas poser une question puis une autre répondre, féminine celle-là au timbre rocailleux y répondre.

La Wallen, encore elle.

Où qu'il aille, elle se rappelait toujours à lui. C'était à proprement insupportable!

Il ne voulut pas les épier mais ses pas furent plus fort que sa volonté. L'ellon ne savait pas pourquoi mais il voulait, non, désirait la voir à son insu quand elle n'était pas dans une rage folle.

Il s'avança en restant dans l'ombre d'un saule pleureur et resta cloué sur place, médusé.

Legolas était assis à même le sol, le dos appuyé au tronc d'un arbre, les jambes repliées et avait le menton posé sur ses genoux dans une position décontractée qui ne lui était pas familière ni à aucun elfe d'ailleurs.

Son regard voilé ne quittait pas la jeune femme debout devant lui qui lui narrait avec de grands gestes une anecdote apparemment très drôle de la vie sur Terra.

Le coeur du roi manqua un battement en la regardant . Elle semblait si différente lorsqu'elle était loin de lui. La Wallen qu'il voyait là n'avait rien à voir avec la furie que lui côtoyait chaque soir.

A qui la responsabilité? lui susurra une petite voix dans sa tête.

L'Ilyrià qu'il avait sous les yeux semblait douce et rieuse. Elle était animée d'une joie de vivre visiblement communicative aux rires de son fils.

Même physiquement, elle était une toute autre personne. Ses longues boucles noires étaient attachées en une tresse lâche ramenée sur son épaule gauche. Lui qui ne l'avait jamais vu qu'en sarouel miteux et tunique crasseuse, était abasourdi de la voir porter autre chose... et que ça lui aille aussi bien... La jeune femme avait revêtu pour la soirée une robe longue et aérienne d'un vert tendre qui lui dénudait joliment les bras et les épaules. Elle ne portait aucun bijou, sa fraîcheur étant sa seule parure.

Thranduil la regarda s'agenouiller devant Legolas et le regarder avec malice.

- As-tu confiance en moi, mo Prionnsa? demanda-t-elle, enjôleuse.

- Entièrement, assura l'ellon, les yeux brillants... même si je ne suis pas sûr d'avoir raison là tout de suite... avec toi, on ne sait jamais!

Ainsi son fils la tutoyait... Le roi fut surpris de cette marque d'attachement.

Ilyrià se pencha et plongea la main dans un grand sac noir posé à côté d'elle.

- Fermes les yeux, mo caraid, lui ordonna-t-elle en joignant le geste à la parole. Et ouvre la bouche... Voilà! Goûte moi ça!

Elle lui fourra quelque chose dans la bouche et Thranduil retint difficilement un claquement de langue réprobateur devant tant de familiarité entre son fils et la jeune femme. Il se demanda où en était réellement leur relation pour qu'ils s'autorisent un tel comportement... et d'ailleurs pourquoi étaient-ils seuls à une heure pareille?!

- Alors?

- C'est très sucré et un peu pâteux... répondit l'elfe en rouvrant les yeux, le nez plissé.

Ilyrià éclata de rire, rire qui fit penser au roi à un léger carillon. Il savait qu'il aurait dû se retirer mais il était comme enchâssé dans le sol, hypnotisé.

- C'est un fruit séché... une datte, expliqua-t-elle à son cobaye. Pour mon peuple, le dattier est un arbre de vie. On en donne à manger aux femmes lors des cérémonies d'union pour assurer leur fertilité et leur offrir une généreuse progéniture.

- Oh... Et en prendrez-vous vous-même, wen nîn? lui dit-il avec un sourire canaille.

La Wallen lui mit une tape douce sur le torse.

- Tu es impossible, mo prionnsa! Un vrai... comment dîtes-vous déjà? Aide-moi... a clann?...

- Elfing? traduisit Legolas avec un rire moqueur. Tu n'arrives même pas à retenir ça?!

Elle sourit, un brin tristement.

- Ton père est beaucoup trop terrifiant et exigent avec moi pour que je puisse retenir quoi que ce soit. Il annihile tous mes moyens et aura ma tête avant que je n'ai l'occasion de manger ne serait-ce que la moitié d'une datte...

Elle ne put se rendre compte de l'impact de ses paroles sur l'ellon dissimulé dans l'ombre. De colère contre elle une fois de plus mais aussi contre lui-même, il griffa l'écorce de l'arbre derrière lui jusqu'au sang.

- Ne parlons plus de ça et profitons de cette nuit et de la paix qu'elle nous offre, fit Legolas, conciliant.

- Tu as raison... comme trop souvent à mon goût d'ailleurs! C'est très agaçant... grommela-t-elle. Mais bon, tu es si âgé... Tu croules sous les années, vieux débris!

L'elfe fit mine d'être offusqué et de vouloir se lever. La jeune femme le contra en le repoussant d'une main contre l'arbre et pesa de tout son poids sur lui pour le maintenir.

- Fermes les yeux, souffla-t-elle d'une voix qui ne souffrait aucun refus.

L'ellon rendit les armes et obtempéra. Elle prit de nouveau quelque chose dans son sac à malices et le lui glissa entre les lèvres avant d'en mettre un autre morceau entre les siennes en se léchant les doigts avec une telle gourmandise et concupiscence que Thranduil tressaillit.

Legolas ouvrit les yeux, agréablement surpris cette fois.

- La meilleure chose que j'ai mangé sur Terra... du chocolat, mo caraid, lui expliqua-t-elle en se levant. Je pourrais en manger des tonnes mais il faudrait alors me rouler pour me déplacer! conclut-elle en riant.

Le prince suivit son exemple et se leva à son tour, dardant sur elle un regard étrange qu'elle ne vit pas, occupée à rassembler ses affaires pour rentrer à ses appartements.

- C'est ce que je vois... murmura-t-il d'une voix rauque. Elle allait partir quand il lui attrapa le poignet pour la faire pivoter vers lui. Ilyrià le regarda, interloquée.

- Ciod?

- Tu as du... chocolat? C'est ça?... juste là, vorace petite Wallen... Attends...

Joignant le geste à la parole, Legolas captura son menton avec son autre main et caressa sa lèvre de son pouce pour effacer toute trace du délit de gourmandise. Soudain, l'elfe l'attira tout contre lui et déposa un léger baiser sur le coin de sa bouche.

Avant qu'elle n'ait pu dire ou faire le moindre geste, il la lâcha, sauta dans l'arbre au-dessus d'eux et disparut, la laissant seule et désemparée. Au bout de quelques secondes où elle resta figée, elle partit elle aussi d'un pas mal assuré. Heureusement pour Thranduil, elle s'en alla dans la direction inverse de celle où il se trouvait.

L'ellon s'appuya contre le tronc et se passa la main dans les cheveux. Il se maudit d'être venu là et d'avoir assisté à cette scène intime, beaucoup trop intime à son goût. Il se dégoûtait lui-même de les avoir ainsi espionnés...

Il fulminait contre la jeune femme et contre son fils aussi bizarrement. Une rage froide embrasa son corps tout entier. Thranduil se retourna et écrasa son poing violemment contre l'arbre.

Il n'aimait pas du tout les sentiments qui déferlaient en lui en vagues puissantes. Il préféra voir l'aiguillon de jalousie et de possessivité qui lui mordait le coeur comme une colère implacable envers la Wallen.

Il rentra à ses appartements et s'enivra comme rarement. Se voiler la face était tellement plus facile dans son monde devenu chaotique.

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alors, alors? Qu'en dîtes-vous? C'est la mouise ou pas? Comme diraient certains Wallen de ma connaissance: Galla! Qui que c'est donc que ce très vilain elfe qui ne donne même pas son nom ni celui de son pote d'Imladris?! non mais vraiment!... Tout ne risque-t-il pas de partir en sucette?... hum hum...

bisous tout doux!