ça va commencer avec des vilains méchants tout pas beaux... ;) mais tout d'abord merci à tous! quand je vois le nombre de personnes qui viennent lire, j'en suis toute tourneboulée...
Alors les remerciements... à Darkklinne qui m'a fait une belle pub sur son groupe Facebook pour mon anniversaire (le nombre de vues le plus important de juillet :)), Julie toujours là pour me soutenir tu es trop mimi, Legolaskili: bienvenue et très heureuse que l'histoire te plaise, poly popy je t'adoooore (je savais que la dédicace te ferait braire... et ça a pas manqué!), Tyra Misu: tes messages m'ont fait trop plaisir, que de compliments pourvu qu'ils durent ^^, Sandra parce qu'on se tape de sacrées barres et ma Nanoush: alors j'ai bien avancé t'as vu? ;) je suis ravie que tu aimes... et je t'aime!... et pourquoi veux-tu flageller mon wallen d'amour?
alors au vu des messages privés et des reviews, je me rends compte que la fessée a beaucoup plu... finalement c'est plutôt Thranduil qui en a profité, non?... vilain garnement!
Chapitre 11.
La conspiration, Mirkwood.
Les elfes présents dans l'arrière salle de la taverne étaient rassemblés autour d'une table à l'abri des regards indiscrets. Un charme avait été incanté pour bloquer l'intrusion de possibles oreilles trop curieuses.
Ils étaient désormais au nombre de cinq maintenant que Lomion avait rejoint leurs rangs. Qui d'étranger à leur monde aurait pu imaginer que des personnes aussi magnifiques, «les belles gens» comme les autres peuples les appelaient parfois, pouvaient être si vindicatifs?!
C'était de sa faute à elle. Ils se devaient d'étouffer le serpent dans l'oeuf avant qu'il ne dévore tout sur son passage, ne laissant que des ruines derrière lui. Ils étaient ainsi persuadés du bien- fondé de la mission qu'ils s'étaient eux-même astreinte.
Ils devaient se concentrer sur elle. Après tout, si elle disparaissait, les autres s'en retourneraient dans leur cité d'eux même. Pour le moment, il n'était pas réellement question d'attenter à sa vie à proprement parler mais de la compromettre assez pour que le carctère du roi Thranduil fasse le reste et qu'il la renvoie chez elle séance tenante.
Le dernier elfe arriva enfin, celui qui les avait tous réuni. Il s'assit lourdement sur la chaise qui lui avait été tirée et inspira un grand coup, les yeux clos.
- Je ne sais pas ce que ce démon femelle a encore bien pu faire mais le salon du roi était encore sans dessus dessous, soupira-t-il, excédé. Il faut que cela cesse avant que notre Seigneur y perde la raison...
- L'avoir comme élève, essayer de faire rentrer quelque chose dans ce crâne est une tâche vide de sens... comme son esprit, fit remarquer Lomion d'un air sombre sous les acquiescements des autres elfes.
- C'est une mégère! Une harpie! Elle détruit régulièrement tout son mobilier au nom de ses colères! renchérit un autre ellon aux cheveux blonds cendrés.
- Mais elle a Elëa avec elle, à ses côtés qui lui passe tous ses caprices comme notre bien aimé prince... L'elleth, elle, passe souvent derrière elle pour camoufler les dégâts...
- Elëa est une elfine perdue! intervint froidement leur chef. Elle s'est laissée corrompre par le Commandant de la Garde. Cela fait une semaine qu'elle passe ses nuits avec lui et je doute que ce soit pour jouer aux dés!
- Il faut le dire au roi! Jamais il ne tolèrera ce comportement!
- Il la fera punir pour cette attitude!
- Là n'est pas notre problème, trancha froidement l'elfe qui venait de s' asseoir. Nous règlerons le cas d'Elëa plus tard quand notre mission sera accomplie et qu'aucun Wallen ne foulera jamais plus le sol de notre Forêt! En réalité, je trouve même la situation plutôt positive pour nous ... L'esprit du Wallen est distrait et c'est là une occasion à saisir... Je me méfie grandement de lui et de sa soeur. Ils sont habiles et rusés... Ce que nous devons faire à cette heure, mes amis, c'est casser l'image déjà flétrie de cette envoyée de Morgoth et l'éloigner du roi comme de son fils. Grâce soit rendue aux Valar, il est loin de sa néfaste influence pour le moment! Cependant, je n'aime pas qu'elle passe autant de temps seule avec le roi...
- Je suis étonné qu'elle ne soit pas encore passée au fil de sa lame! s'écria Lomion. Elle est tellement insupportable! Moi- même, j'ai bien failli l'occire à maintes occasions!
- Mellyn nîn, les calma l'ellon en charge de cette insurrection. J'ai une excellente nouvelle! Grâce aux missives de certains amis de notre juste cause, je peux vous assurer que cette... femme tombera en disgrâce... et ce, dès ce soir!
Sous les applaudissements de ses pairs, Gallion se rassit, un sourire retors sur ses lèvres.
Oh oui, elle allait tomber, et de très haut...
o0o0o0o0o0o0o0o0o0o0o0o
Ilyrià.
La jeune femme attendait depuis déjà un bon moment...
Voulait-il donc la punir en la faisant mourir d'ennui?... Elle s'assit à même le sol en attendant que sa Majesté daigna l'honorer de sa royale présence.
Pourquoi avait-il fallu qu'elle se joue ainsi de lui? Ça avait été plus fort qu'elle... La Wallen avait vu une occasion de prendre une petite revenche sur lui et s'était engouffrée dans la brèche sans penser une seule seconde aux conséquences... ce qui devenait une très fâcheuse habitude ces derniers temps...
Elle aurait dû se douter que jamais il ne l'aurait laissé s'en sortir indemne. A moins qu'elle l'ait toujours su... qu'elle n'attendait que ça...
Ilyrià chassa la petite voix insidieuse. Elle aimait l'asticoter, le faire sortir de ses gonds et lui faire perdre le contrôle.
C'était si drôle!
Quoiqu'en y réfléchissant bien, cette fois-ci, elle avait eu peur et une sentiment bizarre l'avait parcouru toute entière quand il l'avait eu à sa merci, comme ça sur la table sans aucun moyen de défense. Elle avait cru, l'espace d'un court instant, qu'il allait déverser sur elle toute la rage qu'il avait accumulé contre elle ces derniers mois.
Un léger bruit la fit sortir de sa rêverie et elle se redressa d'un bond. Le terrain d'entraînement était vide et la nuit tombée. Elle serra un peu plus fort la fusée de son épée.
- Juste au cas où, pensa-t-elle, rassurée par la présence de l'arme dans sa main.
Mais non, il n'y avait personne. Ilyrià attendit encore une heure avant de se décider à s'en aller, excédée de ce manque de... politesse! Un comble quand même!
Le premier mot qui lui était venu à l'esprit était «correction» mais le souvenir de l'après-midi lui fit monter le rouge aux joues et elle eut l'impression de sentir sur elle la pression du genou de l'ellon ainsi que le contact de sa main là où elle ne voulait absolument pas s'en souvenir.
Elle avait hâte que Legolas soit de retour, lui dont la faculté principale était de la calmer instantanément... ce qui ne serait pas du luxe au vu de la folie ambiante!
Peut-être pourrait-il assurer les cours de sindarin?... même si elle devait avouer que Thranduil était un excellent précepteur.
Ilyrià remontait à ses appartements, appréciant de plus en plus la beauté à la fois sereine et sauvage de la cité. Elle ne s'y sentait pas chez elle mais ne pouvait nier que les jardins qui bordaient le chemin étaient particulièrement beaux. Ils étaient teintés de la lumière argentée de la lune qui se reflétait ainsi en miroir sur l'eau de l'important lac creusé le long du côté du sentier.
Ce bassin était juste immense et l'eau paraissait noire sous le manteau de la nuit. Un espèce d'ilôt minuscule se dressait en son milieu d'où s'élevait un énorme frêne blanc.
A chacun de ses passages, elle ne pouvait s'empêcher de faire le parallèle avec l'Irmensùl de sa propre cité. Elle aurait tant aimé passer la main sur son écorce comme si un lien invisible le reliait à son frère Wallen.
En revenant du terrain, elle s'arrêta pour le saluer comme tous les soirs.
Cependant, cette nuit, la jeune femme ne parvint pas à repartir. Quelque chose la retenait là, quelque chose d'infiniment puissant... d'animal.
Son corps se chargeait d'une puissance qu'elle ne connaissait que trop bien... Elle sentait des grésillements parcourir la moindre parcelle de son être. Pourquoi n'arrivait-elle donc pas à passer outre cette nuit?
Sans s'en rendre compte, obsédée par l'eau sombre qui l'appelait inlassablement, elle avança, fiévreuse, dans l'eau.
Un besoin vital s'emparait d'elle. Agaçée d'être gênée par ses bottes, Ilyrià les ôta juste pour sentir l'eau filtrer sur ses pieds.
A l'instant même où le liquide toucha sa peau, l'urgence se fit pressante à lui en faire mal jusque dans sa chair.
La Wallen retira la totalité de ses vêtements et les jeta au loin puis défit son chignon pour laisser cascader ses longues boucles noires. Elle ne pouvait plus revenir en arrière, c'était trop tard sinon la folie qui la guettait aurait raison d'elle.
Elle respira profondément et plongea dans l'eau glaciale.
C'était merveilleusement bon et apaisant...
Ses jambes se soudèrent pour devenir sa longue queue de poisson émeraude et elle sentit chaque écaille se former avec délice sur son corps. Elle était si légère et son esprit tellement plus clair à présent!
Elle savait plus nettement que jamais ce qu'elle devait faire à présent! Trouver la mer et fuir loin d'ici et par la même occasion loin de lui...
D'un coup de reins, Ilyrià atteignit l'îlot et s'y hissa. Elle put enfin effleurer avec bonheur l'arbre blanc.
La sirène qui prenait peu à peu le dessus sur elle, se mit à chantonner une vieille berceuse de son peuple.
«Seinn an duan seo dhan
Innis àigh
An innis uaine as gile
through;
Bidh sian air uainrean a'
bagaint cruaidh ris
Ach's e mo luaidh-sa
bith amn a 'tàmh.
Càit'as tràigh'an tig
samhradh caomh
Càit'as boidhche an
seinm am smeorach
Air bhàrr nam ogam? 's am
Innis àigh!
O's geàrr an ùine gu'm
teirig là;
Thig an oidhche 's gun
iarr mi tàmh.
Mo chadal buan-sa bidh
e cho suaimhmeach
Ma bhios mo chluasag's
an innis àigh.»
Ilyrià s'étira et fit claquer joyeusement sa queue sur l'eau noire. Ses yeux étaient voilés, trop occupés à étudier avec ravissement le miroitement de la lune sur le lac.
Elle n'entendit pas les bruissements ni les pas se rapprocher de la berge.
Des cris et un hurlement rageur d'animal la firent sortir de sa douce torpeur. Plusieurs hommes se tenaient au bord de l'eau et l'appelaient, la sommant de les rejoindre sur le champ.
Elle reconnut avec effroi le roi elfe à sa longue crinière argentée et son Ceannar, Finnàm. Thranduil ne bougeait pas comme s'il était pétrifié alors que le Commandant Wallen avançait, indifférent à l'eau imbibant ses vêtements. Elle vit Anaïsa arriver en courant, Muir sur ses talons et tenter de tirer son frère en arrière.
Instinctivement, la sirène recula le plus possible jusqu'à se retrouver acculée au grand frêne.
La Wallen regarda autour d'elle, cherchant la moindre échappatoire, en vain.
Elle était perdue.
O0o0o0o0o0o0o0o0o0o0o0o0o0o0o0
Finnàm, plus tôt dans la soirée,
Le guerrier s'étira paresseusement sur sa couche et sourit à l'elleth allongée à ses côtés. Cette journée de repos lui avait fait le plus grand bien... Son esprit comme son corps le lui réclamaient depuis bien longtemps.
Ilyrià étant si occupée avec ses diverses obligations qu'il s'était octroyé ces quelques heures et Elëa avait été heureuse qu'il ait choisi de les passer avec elle.
Il appréciait énormément l'elfine qui ne l'obligeait à rien, pas même à lui faire la conversation.
Pourtant, ce soir, il lui avait confié certaines choses à propos de lui, de sa famille en omettant les détails sordides et surtout il lui avait parlé de la magnificience intemporelle de sa cité: sa haute tour d'ambre et d'airain, ses huit branches, ses fjords, sa magie...
Il avait été heureux de voir les yeux émerveillés d'Elëa, rêvant de ce royaume dérivant au gré des flots...
Il l'attrapa et la fit rouler sur lui, l'emprisonnant entre ses bras puissants. Elle rit joyeusement et suivit d'un doigt la longue cicatrice qui lui barrait la lèvre et qui courait dans son cou.
- Comment t'es-tu fait ça, mellon nîm?
- Ah ça... La lame d'un Harradrim, lui expliqua-t-il avec un rire grave devant son air horrifié. Leurs cimeterres sont des armes mortelles! J'aurai dû avoir le visage déchiré en deux mais heureusement pour moi le Guérisseur sans Nom était là et m'a rafistolé, me laissant juste un petit souvenir... histoire de me rappeler d'être toujours vigilent...
- le Guérisseur sans Nom? Quelle appellation curieuse... Qui est-il? demanda Elëa, intriguée.
- Tùch, ma belle elleth! Ça c'est un secret Wallen...
Elëa eut la sagesse de ne pas poser plus de questions. Ça n'aurait servi à rien sinon à l'éloigner et cette idée lui était intolérable.
Elle s'était attachée au Wallen plus que de raison mais c'était là son problème, pas celui de Finnàm.
Soudain, la porte de la chambre s'ouvrit sur Anaïsa.
-Mo piuthar, gronda-t-il en couvrant le corps de sa compagne avec le drap, a mach! (dehors!)
Mais le visage bouleversé de sa soeur le fit frémir.
- Ciod?
- Personne ne sait où est Ilyrià... Gallion la cherchait depuis des heures pour la prévenir que le roi avait annulé son entraînement mais elle n'est nulle part, Finnàm! débita la Wallen, hors d'haleine.
- A righ?
- Il est sorti la chercher avec quelques elfes de sa garde.
Finnàm sortit du lit et s'habilla en vitesse, ne prenant même pas la peine de laçer sa chemise.
- Klaùs?
- Il la cherche au sud des cavernes.
- Galla! jura le Ceannar en saisissant son couteau qu'il coinça à la Wallen, en chignon dans sa longue tresse.
Il se tourna vers Elëa, habillée elle aussi.
- Va chez elle et restes-y -un grondement sourd monta dans sa gorge et il lui attrapa le bras lorsqu'elle passa devant lui pour sortir- Si elle arrive, frappe-là et attache-là.
- Finnàm! s'écria Anaïsa, outrée.
Son frère la fusilla du regard, ses yeux dangeureusement jaunis par la rage.
- Chain eil thu a' tiungsinn, Naoï! (tu ne comprends rien!), lui dit-il à voix basse en sortant avec elle sur les talons. Quoiqu'elle ait fait, tu n'imagines ce que j'aurai moi à faire!
Ses paroles glacèrent Anaïsa.
O0o0o0o0o0o0o0o0o0o0o0o0o0
Thranduil, au même moment,
La tranquillité de cette soirée, Thranduil l'avait accueillie avec bonheur. Il se félicitait de cette paix de quelques heures après l'après-midi tumultueux qu'il avait eu.
Il avait passé une tunique et un pantalon de lin simples et légers propices à cette chaude soirée pour sortir sur sa terrasse en compagnie d'une carafe d'un excellent cru de Dale et d'un livre qu'il ne comptait pas ouvrir.
- Du calme et de la sérénité, voilà ce dont j'ai désespérément besoin... et que Legolas revienne vite de sa mission.
Une mission qu'il lui avait lui-même donné pour l'éloigner de la jeune Wallen sans savoir exactement pourquoi.
Etait-ce pour son bien ou parce que lui-même était...?
il ne voulut pas chercher plus loin, refusant ce mot, le rejetant du plus profond de son être, l'excécrant même.
Il en était là dans ses réflexions quand quelqu'un frappa à la porte. L'ellon prit la décision de ne pas répondre mais cette damnée porte s'ouvrit tout de même. Il allait renvoyer vertement l'intrus quand il vit l'air préocupé de son intendant.
Quelque chose n'allait de toute évidence pas.
- Gallion?
- Aran nîn... Vous me voyez navré de vous déranger...
- Mais quoi? Arrêtez de tergiverser ainsi! s'impatienta le roi.
- Il s'agit de Dame Ilyrià, Aran nîm... Je l'ai cherché partout pour lui remettre votre pli...
- Et donc? Vous aurait-elle sauté à la gorge? ironisa-t-il.
- Non... répondit l'intendant avec un sourire penaud. Elle est introuvable, Majesté. J'ai fait quérir le Conui de sa Garde ainsi que plusieurs des nôtres mais elle reste...
- Introuvable, compléta Thranduil d'une voix blanche en allant prendre son épée.
Gallion hocha la tête en silence.
- Retournez-y et trouvez-là moi! tonna le souverain, vibrant de colère.
Où était-elle, par Morgoth?! Qu'avait-elle encore bien pu inventer pour le torturer?
Son corps entier tremblait de fureur mais aussi de peur à l'idée que quelque chose ait pu arriver à sa Wallen.
Il soupira en prenant le sentier du terrain d'entraînement. Alors, il en était vraiment là? Il ressentait un très désagréable sentiment de possessivité à l'égard d'Ilyrià... Il secoua la tête, se répugnant lui-même.
Il hâta le pas quand il entendit des clapotis inhabituels venant du bassin au frêne blanc.
Il s'avança furtivement et la scène sous ses yeux le liquéfia. Elle était là, merveilleusement en vie... merveilleusement inconsciente de la précarité de la situation dans laquelle elle se trouvait.
Il ne pouvait pas détacher son regard de la Wallen transmuée. La queue de la sirène d'un vert émeraude qui lui rappelait son regard étrange brillait comme autant de pierreries en caressant l'eau. Des écailles d'or recouvraient la ligne de ses côtes et sa poitrine généreuse jusqu'à son visage où elles se superposaient à ses tatouages qu'il n'arrivait même plus à trouver atroces...
Elle était assise, rêveuse, et chantonnait un air de chez elle à n'en point douter.
Une douceur inhabituelle se dégageait d'elle et Thranduil se maudit d'avoir eu cette idée grotesque de brider sa double nature à la voir ainsi si sereine. Il devait trouver le moyen de la faire revenir jusqu'à la berge sans l'effrayer malgré la colère sourde qui lui vrillait les tempes.
L'ellon s'en voulait de ressentir encore plus cette drôle d'attirance qu'il jugeait malsaine et lui en voulait à elle de le mettre ainsi au pied du mur...
Il ne savait pas comment il allait devoir juger sa désobéissance si flagrante maintenant qu'autant de monde était au courant de son absence. Il devrait faire preuve d'autorité et ça le contrariait d'avance.
Il n'eut pas le temps d'y réfléchir plus longuement. Finnàm arriva suivi de sa soeur et de Gallion. Le Conui se mit à crier, non à hurler comme un loup en commençant à entrer dans l'eau, prêt à aller la chercher lui-même.
Anaïsa tenta de le raisonner mais il la repoussa violemment et Thranduil eut à peine le temps de la retenir.
Le Wallen continua d'invectiver Ilyrià qui refusait farouchement de venir à lui.
- Viens ici! A dràsda! (maintenant!)
- Cha! (non!)
- An seo! (ici!) rugit Finnàm. S'il le faut, je vais venir te chercher et te traînerai par ta queue, galla! Tu me connais, tu sais que je le ferai!
- Cha! Feumaidh mi falbh! A muir, Finnàm... supplia-t-elle. (non, je dois m'en aller! La mer...)
Anaïsa était elle aussi pétrifiée par cette violente altercation entre les deux personnes qu'elle chérissait le plus. Le Wallen eut alors les seuls mots qui pouvaient la faire fléchir.
- Obéis à ton père, Wallen! Obéis à ton roi!
Sidéré, le roi vit la jeune femme se décomposer et se remettre à l'eau tandis que Finnàm ramassait ses vêtements au sol. Le souverain elfe se retourna pour lui laisser le temps de se rhabiller.
- En vertu de l'autorité de Sturten, le seul et unique roi de la cité sur la mer, le châtiment sera expéditif et sans appel!
A ces mots, l'ellon se tourna de nouveau vers eux et sentit un étau lui broyer le coeur.
Il n'était pas un elfing au coeur tendre, loin de là, et avait eu plus que son comptant d'horreurs en tout genre mais la violence de ce moment lui était insupportable.
Ilyrià avait juste enfilé sa jupe et avait les bras croisés sur sa poitrine nue, la couvrant à grand peine. Klaùs, qui était arrvié quelques minutes plus tôt, l'avait attrapé par les bras et, sur ordre de son supérieur, la mit dos à Finnàm.
D'où il était, Thranduil pouvait voir le visage ravagé de la jeune femme. Le Commandant de la Garde, les mâchoires serrées, retira sa ceinture d'un geste sec. Le roi comprit alors ce que signifiait cette punition. Il allait s'interposer quand les yeux d'Ilyrià s'accrochèrent aux siens et qu'elle murmura pour lui seul un non silencieux. Il devait laisser faire et se taire. Une larme roula le long de sa jour pour s'écraser sur ses lèvres tremblantes.
D'une voix atone, Finnàm récita:
- Comme jugé par le roi Sturten, en cas de non respect des directives données par le Haut Roi Thranduil Oropherion, six coups de ceinture seront donnés à sa fille, Ilyrià, princesse sous la mer, par le porteur de l'ordre, Finnàm'Ail; six coups qui seront décomposés en Wallen ainsi qu'en sindarin par la contrevenante elle-même.
Thranduil ferma les yeux de dégoût mais il se força à les rouvrir et fixa ses prunelles azurées à celles apeurées mais résignées de la Wallen.
Le premier coup claqua sur le dos d'Ilyrià qui tressaillit sous la douleur cuisante.
- Aon, mîn, dit-elle, d'une voix hachée.
Les cinq coups restant résonnèrent à leur tour suivis du comptage laborieux de la jeune femme.
- Dà, tâd – tri,nêl -ceithir, canad -coig, leben – sià, eneg.
Elle ne versa pas une seule autre larme et ne quitta pas l'elfe du regard à un seul moment. Jamais quelques minutes n'avaient paru aussi longues à cet ellon millénaire.
Il comprenait mieux pourquoi le Conui s'était montré si inflexible avec Ilyrià sur le respect de ses obligations. Il savait ce qui arriverait si elle désobéissait et ce qu'il serait obligé de faire.
Finnàm prit la jeune femme à demi évanouie dans ses bras après avoir jeté sa ceinture au loin avec un geste de répulsion et regarda sa soeur, muette d'horreur.
- Comprends-tu maintenant? lui dit-il d'une voix dure avant de les planter là avec son précieux fardeau.
Thranduil attendit patiemment que tout le monde ait quitté les appartements de la Wallen pour s'y glisser furtivement. Il alla directement dans la chambre.
Ilyrià gisait sur son lit à plat ventre. La chair à vif de son dos était couverte d'un linge imbibé d'un baume guérisseur. Il souleva le tissu et sentit son estomac se révulser à la vue de la peau martyrisée. Il aurait aimé pouvoir faire disparaître sa souffrance.
Il eut l'impression que son fëa se déchirait encore un peu plus en entendant ses râles de douleur.
L'ellon posa une main fraîche sur son front en sueur et sentit la légère fièvre qui s'était emparée d'elle. Il s'assit sur le lit et approcha son visage, balayé par le souffle rauque de la jeune femme.
- Lasto beth nîn, tolo dan nan galad... (entend ma voix, reviens vers la lumière). Lasto nîn, wen nîn (écoutez moi ma Dame), murmura-t-il d'une voix douce en effleurant sa bouche de ses lèvres.
Les yeux d'Ilyrià s'ouvrirent enfin, voilés par la souffrance.
- Mo righ, Aran nîn... Is sibh... (c'est vous)
- Daro (silence). Ne parlez pas, wen nîn. Gardez vos forces...
- Vous m'avez embrassée...
- Vous avez rêvé, sourit Thranduil.
- Vous mentez mal... gémit Ilyrià et d'une voix somnolente -elle reprit en touchant du bout des doigts la joue gauche de l'elfe- Vous êtes en colère, ne le soyez pas, mo righ...
- Pourquoi dîtes-vous ça, wen nîn?
- Parce que je sais quand vous êtes furieux, chuchota la Wallen, votre visage, il mue... comme moi...
o0o0o0o0o0o0o0o0o0o0o0o0o0o0
Finnàm,
En quittant les appartements d'Ilyrià, Finnàm revint directement aux siens, Klaùs, Elëa et sa soeur sur les talons. Il alla directement sur le balcon, souhaitant que l'air frais de cette fin de nuit lui calma les nerfs.
Mais une fois de plus, il n'y parvint pas ni à refouler sa mutation. Ses yeux étaient toujours ceux d'un loup, ses crocs lui écorchaient les lèvres et ses griffes ne se rétractaient pas. Il inspira un grand bol d'air et les planta volontairement dans ses cuisses. La violente douleur remplaça la colère un court moment, permettant ainsi au guerrier de reprendre le contrôle sur le loup.
Sa cadette s'assit, à son habitude, ou plutôt s'accroupit en équilibre sur la fine rembarde tandis qu'Elëa prenait place dans un fauteuil en osier. Klaùs, lui, s'adossa au mur, une jambe repliée dessus et croisa les bras. Le regard dur du dragon se fixa sur son Commandant.
- Comment a-t-il pu t'ordonner de faire ça?! cracha-t-il.
Ça y était, les hostilités étaient lancées.
- Parce que c'est son droit, a Athair, a righ (de père, de roi), répondit Finnàm. An do thiug thu? (as-tu compris?) je suis un soldat!
Le visage de Klaùs se couvrit d'écailles pourpres.
- Alors c'est un imbécile doublé d'un sadique! Quand je pensais que mon père était le plus fou des deux!
- Ne parle pas de ton roi ainsi! gronda le Commandant.
Klaùs se pencha en avant, les yeux plissés et, la voix dangereusement douce, lui dit:
- Je dis ce que je veux, a Ceannar. Que crains-tu? Qu'il vienne nous botter les fesses à tir d'ailes, le Phénix?!
Finnàm l'attrapa à la gorge d'un geste vif alors que son second, pour le faire lâcher, mua un peu plus encore et cracha une gerbe de feu... par le nez.
Les deux guerriers se regardèrent et se mirent à rire.
- Par Erù, qu'est ce que c'est que ça?! s'exclama le Chef de la garde en soufflant sur sa manche fumante.
- C'est nouveau et intéressant, commenta le cousin d'Ilyrià, des flammes dansant dans ses yeux. Pratique pour les nuits en plein air...
- Enfin une utilité pour le fils de Crawen...
- Ou griller un ou deux elfes... Je pose une option sur le roi aux longues oreilles!
Elëa eut un hoquet horrifié. Finnàm se retourna vers elle, prit son menton entre ses doigts et l'embrassa à la comissure de ses lèvres.
- Ne t'inquiète pas, mo ruin (mon amour)... Tu ne crains rien, tu es des nôtres. Klaùs est un petit plaisantin...
Anaïsa qui n'avait pas encore ouvert la bouche se leva et sauta à terre. Elle attrapa le devant de la tunique trempée de son frère et le força à baisser la tête vers elle.
- Tu savais ce qui risquait d'arriver?! Hein? cria-t-elle malheureuse et folle de rage.
- Evidemment, mo piuthar! hurla-t-il en cherchant à se défaire de son étreinte.
- Carson? Pourquoi ne pas nous en avoir parlé? Nous aurions pu t'aider!
- Je suis en charge de la Garde, Naoï, dit-il calmement, pas vous. C'est à moi que Sturten a donné ses directives et j'ai échoué lamentablement...
Sa soeur le gifla.
- Reprends tes esprits! Réfléchis! cria-t-elle encore une fois d'un ton autoritaire puis plus doucement: tha mi duilich, mo brathair ( je suis désolée, mon frère)...
- Cha! Tu as raison... dit Finnàm en frottant sa joue rougie.
Il fit lever l'elfine de son fauteuil et s'y assit en l'installant sur ses genoux. Il se mit à caresser son dos machinalement, les yeux mi- clos comme si ce geste l'aidait à réfléchir. L'elleth était cramoisie... Jamais les elfes n'avaient ce genre de comportement si... inconvenant! Mais elle aimait ça, ce manque de manière et cette façon d'être spontanée... Aussi se laissa-t-elle aller contre son torse.
Anaïsa sourit, heureuse de voir l'elfine regarder son frère avec adoration mais inquiète tout de même pour elle, pour cette histoire de fëa qu'on lui avait conté. La Wallen s'assit en tailleur aux pieds de son aîné, Muir à ses côtés, toujours fidèle.
Klaùs était resté debout à ruminer le sort réservé à sa cousine. Ils s'étaient éloignés ces dernières années mais elle restait ce qu'il avait de plus proche d'une famille. Sa mère était morte en couches, comme c'était souvent le cas lorsqu'il s'agissait de grossesse de dragons, la cause étant leur température extrêment élevée. Quant à son père... En fait, il n'y avait rien à dire, il était inexistant.
Soudain, il s'arrêta et se tourna vers eux, les yeux brillants.
- Ce n'est pas normal... Jamais elle n'aurait mué comme ça! C'est la seule condition du roi qu'Ily n'a jamais transgressé!... Ce que j'ai toujours trouvé curieux d'ailleurs... quand on connaît la souffrance physique et mentale que cela entraîne...
- Dans la mesure où notre propre statut dans cette cité y était lié, non ça n'a rien de bizarre., fit remarquer le Commandant.
Klaùs soupira de mécontentement.
- A righ? demanda-t-il, les lèvres pincées.
- Cha. Non, pas le roi, assura Finnàm. Il avait l'air aussi surpris que nous et il a beaucoup trop d'honneur pour ça quoiqu'on puisse penser de lui.
- Donc? C'est Ily qui a fait n'importe quoi?!
Tout à coup, le Ceannar ouvrit grand les yeux. Il poussa l'elleth sans ménagement et se leva. Sans un mot, il prit appui sur la balustrade et sauta par-dessus dans le vide, le visage de Klaùs s'éclaira d'un sourire carnassier.
- A nous de jouer! marmonna-t-il avant de faire un salto pour suivre son supérieur.
Elëa se précipta vers le bord du blacon et vit les deux Wallens disparaître dans la nuit... deux ombres fantomatiques qui couraient comme si leur vie en dépendait.
Elle frissonna. On aurait vraiment dit deux prédateurs à la poursuite de leur gibier... Ils étaient réellement effrayants.
- Par les Valar, je n'aimerai pas être leur cible! pensa-t-elle.
Anaïsa avait dû lire dans ses pensées car elle souffla d'une voix tranquille:
- Ils sont en chasse et si quelqu'un est responsable, ils le trouveront et il paiera cher ce qu'il a poussé Finnàm à faire... Oh oui, il le paiera très cher... de sa vie.
Les deux guerriers arrivèrent près du bassin. Finnàm serra les dents en apercevant sa ceinture rougie du sang de son amie. Il se détourna volontairement afin de se concentrer pleinement. Il alla au bord de l'eau et ferma les yeux, se laissant muter pour que son don d'odorat soit à son apogée. Alors, il se mit à marcher le long de la berge en inspirant à pleins poumons.
Soudain, il s'arrêta et se tourna vers son acolyte. Ses prunelles étaient d'un jaune moucheté de noir et un rictus de mauvaise augure déformait son beau visage.
- De l 'eau de mer...
Les narines de Klaùs frémirent de fureur et une larme de sang roula sur sa joue, comme toujours lorsqu'il était à la limite de laisser imploser son double dragon.
- Nous trouverons le responsable, mo Ceannar et...
- Nous le massacrerons, compléta Finnàm d'une voix éraillée.
- J'ai hâte, conclut son second, sinistre.
Sur ces derniers mots, comme pour sceller leur promesse de mort, Finnàm lassa éclater le loup en lui et hurla tandis que Klaùs lâchait un cri inhumain.
Le commandant frappa à la porte des appartements du roi et y entra sans attendre la formule d'usage. Il n'avait pas le temps pour ces balivernes de protocole.
Il trouva le roi sur sa terrasse, vêtu uniquement d'un pantalon et son épée à la main.
- Cela devient une habitude de rentrer chez moi sans invitation ce soir, constata-t-il d'une voix neutre.
- J'ai frappé et c'est déjà beaucoup pour moi, righ Thranduil, vous pouvez me croire, répondit Finnàm en s'appuyant sur la rembarde de fer forgé.
Il alluma un cigarillo sous le regard noir de l'ellon mais ce soir les bonnes manières étaient tombées dans les oubliettes de sa colère. Le Wallen observa attentivement l'elfe à travers les nuages de fumée tandis qu'il passait une tunique. Thranduil avait l'air épuisé... pour un elfe, ce qui était grandement relatif, mais l'ellon avait d'imposants cercles noirs sous les yeux et ses lèvres étaient exhangues.
Le Commandant de la Garde restait persuadé qu'il n'avait rien à voir avec ce qui c'était passé. Or, à ce stade, il avait besoin d'un allié et, mis à part Elëa, il n'avait noué aucun lien avec le peuple elfique.
- Etait-ce bien nécessaire? explosa Thranduil, ses yeux lançant des éclairs glacés.
Finnàm écrasa son mégot d'un coup de talon rageur.
- Etait-ce bien nécessaire d'instaurer de telles règles?! riposta-t-il, furieux.
Le roi blêmit. Ce reproche, il se l'était déjà fait une bonne centaine de fois mais ça le Wallen ne pouvait le savoir.
- Ce châtiment était d'une rare barbarie, dit-il, hautain. Jamais mon peuple ne pourrait faire acte d'un telle cruauté. Je vous croyais attachée à votre princesse, Conui, qu'elle était même votre amie...
- Elle l'est...
- Ce n'est pas l'impression que j'avais tout à l'heure, Wallen. Dîtes-moi... Y avez-vous pris plaisir? l'accusa froidement Thranduil.
Finnàm serra les poings pour ne pas agraver la situation déjà tendue mais il ne put résister à le provoquer.
- Elle est plus qu'une amie, répondit-il les dents serrées, et depuis bien longtemps, roi elfe... Votre fils aura l'immense privauté d'épouser ma princesse mais pas celle de sa première nuit dans les bras d'un homme. Cet honneur là est à moi!
Une lueur dangereuse s'alluma dans les yeux de l'elfe. Son corps se raidit et le Wallen crut un instant qu'il allait se jeter sur lui mais non. Il avait bien trop de maîtrise pour cela.
Ils se défièrent pendant encore plusieurs minutes avant que Finnàm ne se décide à livrer la raison de sa venue tardive.
- De l'eau de mer, marmotta-t-il abruptement.
Devant la mine interloquée du roi, il reprit:
- De l'eau de mer dans le bassin.
- C'est impossible, murmura l'ellon, ébranlé. Il n'est rempli que de l'eau claire du cours de Mirkwood...
- Non, je suis formel, a righ. Une grande quantité d'eau de mer y a été déversée... et vous n'êtes pas sans savoir que...
- Cette eau agit de façon particulière sur les sirènes Wallen, oui je suis au courant, compléta Thranduil d'une voix altérée.
Finnàm hocha la tête sombrement.
- Elle seule a la capacité d'endormir l'humanité d'une sirène Wallen. Elle l'attire, comme l'or attire les dragons, et lui fait tout oublier si ce n'est son appel. Ilyrià n'a pas pu résister et c'est pourquoi elle a transgressé votre règle... la seule qu'elle avait scrupuleusement respecté jusque là.
L'elfe et le Wallen se dévisagèrent cette fois sans défiance. Enfin il se comprenaient parfaitement.
- Il y a un traître à Mirkwood et c'est l'un des miens, annonça Thranduil d'une voix posée mais les yeux possédés d'une violence dévastatrice.
O0o0o0o0o0o0o0oo0o0o0o0o0oo0o0
So? une remarque? Un commentaire?
La berceuse chantée par Ilyrià n'appartient pas au peuple wallen mais à un certain peuple des highlands!
