Alors? Les choses vont-elles s'aplanir un peu dans ce chapitre ou s'aggraver... Mystère... mystère!

Une fois n'est pas coutume, il n'y aura que le point de vue d'Ilyrià et non celui de plusieurs persos et ce pendant plusieurs chapitres... attention pas forcément le sien à elle mais un seul perso par chapitre! Elle monopolise déjà assez l'attention comme ça! ^^ et tout ceci pour un meilleur déroulement de cette partie de l'histoire!

Ce chapitre là est dédié en partie à l'histoire du peuple wallen et son origine mais pas que!... En espérant qu'il vous plaise et n'hésitez pas à me laisser vos impressions positives comme négatives d'ailleurs!

Comme toujours je remercie les anonymes et envoie de gros bisous tout doux à ceux et celles qui me suivent depuis le début et qui se sont fait connaître par leurs reviews et PM... merci à Sandra Lutices D et Eternelly Hysteria pour leurs ajouts et à Toutouille pour ses encouragements et son message trop top! ;)... si les anonymes veulent des bisous sucrés et plein de guimauve vous savez ce qu'il vous reste à faire! ! ;)

Chapitre dédicacé à Juliefanfiction: le tressage y a que ça de vrai!

Enjoy enjoy enjoy... (en tout cas je l'espère! )

Chapitre 14.

Ilyrià,

La patrouille était partie depuis quelques heures et Ilyrià se sentait déjà terriblement seule. Elle aurait aimé les accompagner et découvrir un peu plus ce mystère que représentait la Forêt Noire. Quelle chance avaient-ils de pourvoir se défouler au lieu de stagner comme elle...Ilyrià se voyait comme une poupée inanimée que les autres bougeaient au gré de leurs envies et de leurs besoins...

Elle soupira en pensant à Anaïsa qui, tout en étant là, lui semblait atrocement lointaine depuis leur dispute. Sans doute son amie avait-elle raison mais que pouvait-elle y faire?... A part ce qu'elle faisait déjà? Soit rien, encore et toujours rien... C'était d'ailleurs épuisant physiquement et moralement.

La jeune femme se leva, décidée. Elle ne voulait pas se cacher plus longtemps, ce n'était pas dans son tempérament et elle s'exaspérait elle-même de cette immobilité.

D'un pas ferme, elle se rendit aux appartements du roi pour le remercier de l'assouplissement aussi discret fut-il des règles qu'il venait de lui octroyer. Elle n'en revenait pas! Pourquoi? Pourquoi ce revirement? La Wallen ne pouvait s'empêcher de percevoir son geste comme un tentative de corruption...

Il ne voulait pas qu'elle puisse raconter ce qui était arrivé après le banquet tout simplement. Ça ne pouvait être que ça!

Si tel était vraiment son but, que croyait-il? Qu'elle allait claironner sur tous les toits qu'elle avait failli se faire trousser contre un arbre?

Plus elle avançait, plus elle se mettait toute seule en colère sans preuve, se montant elle-même contre le roi...

Elle devait le voir mauvais, c'était tellement plus facile que d'admettre qu'il avait voulu lui faire plaisir après les élans inavouables auxquels ils avaient failli tous deux succomber. C'est donc en fulminant qu'elle frappa ou plutôt heurta la porte. Il avait à peine ouvert qu'Ilyrià l'enchaîna, la voix vibrante, sur le pas de la porte.

- Pourquoi?!

Il la regarda, les yeux arrondis par la surprise et n'eut pas le temps de répondre qu'elle continuait son monologue:

- Je dois suivre vos ordres mais vous êtes... une véritable girouette, aran nîn! Je ne dois pas muter sinon... et maintenant je peux mais en toute discrétion! Il ne faudrait pas que quelqu'un s'aperçoive que vous n'êtes pas cet espèce de reptile à sang-froid que vous voulez paraître tout le temps! Vous m'épuisez!... Je ne dirai rien vous savez? N'essayez pas de me faire taire de cette façon! C'est... insultant! finit-elle, hors d'haleine.

Tout à coup, Thranduil ouvrit grand la porte de manière à offrir à la jeune femme une vue dégagée sur son salon. Elle se tût, muette de stupeur.

Il n'était pas seul.

Deux ellons se tenaient là, un au regard gris et serein et un autre aux yeux bleutés, rieurs. La Wallen se jeta dans les bras de ce dernier plus heureuse que jamais sans se soucier de son air décontenancé.

- Elrohir! Vous êtes venus! s'écria-t-elle en se hissant sur la pointe des pieds pour l'embrasser avec chaleur malgré la mine hautement désappobatrice du roi.

Elle se tourna ensuite vers son frère et lui prit la main sans lâcher pour autant le premier.

- Elladan! Je suis si... si... Je n'ai pas les mots!

- Voilà qui est rare et précieux... commenta Thranduil, glacial et mécontent de la voir si transportée pour les fils d'Imladris.

Ilyrià lui jeta un regard venimeux avant de reporter toute son attention sur les deux visiteurs.

- Personne ne m'a prévenu de votre visite! dit elle accusatrice.

- Car personne n'était au courant. Nous avons fait un détour au dernier moment... pour voir comment allait notre petite protégée wallen sans douter pour autant que tout allait très bien, lui expliqua Elrohir, un léger sourire aux lèvres et avec un hochement de tête pour le roi. Ne soyez donc pas prompte à jeter la pierre au souverain.

La Wallen se mordit la langue pour ne pas sortir une réplique bien cinglante quant à sa situation à Mirkwood mais elle se retint, certaine que les jumeaux n'apprécieraient pas.

- Certes, mes amis, répondit-elle avec une douceur rare. Combien de temps resterez-vous en Forêt Noire?

- Nous repartons demain pour notre domaine...

- Si peu de temps? se désola Ilyrià avec une moue.

- Ne boudez pas, Aranel, rit Elladan. Nous venions prendre de vos nouvelles comme promis mais si vous êtes fâchée, peut-être devrions-nous repartir à l'instant?

- Il faudrait me passer sur le corps! les menaça la jeune femme.

- Alors, profitons du temps qui nous est imparti, sourit Elrohir. Laissez-nous nous rafraîchir et retrouvons-nous pour le dîner, mellon nîn, conclut-il en passant la porte suivi de son frère après avoir salué le roi d'un hochement de tête.

Elle allait les suivre sans un mot ni un regard pour l'ellon resté en retrait face à ces retrouvailles quand elle se ravisa. Son père l'avait mieux élevé que ça! Elle avait fait preuve d'une telle puérilité qu'elle se serait giflée elle-même...

Ilyrià ferma la porte et s'y appuya quelques secondes avant de se retourner vers lui. Elle voulait le remercier et s'excuser de s'être, une fois encore, mise dans tous ses états. Elle se mordit la lèvre d'un geste nerveux et s'approcha de quelques pas, laissant une distance de sécurité entre eux deux.

La Wallen voulait être sûre de ne rien faire de fâcheux omme c'était malheureusement souvent le cas en sa présence... ne pas se laisser enivrer par son parfum grisant par exemple.

Plantant son regard dans celui hivernal, de Thranduil, elle bafouilla avec son sans gêne coutumier:

- Désolée... J'étais venue pour vous remercier et voilà que je vous hurle dessus!... Je ne sais pas pourquoi j'en arrive toujours là avec vous! Mais c'est de votre faute aussi... Vous êtes si...

L'ellon combla la distance qui les séparait en deux enjambées sans toutefois la quitter des yeux.

- Si quoi, wen nîn? murmura-t-il de sa voix de basse qui la faisait tant chavirer.

- Si... Je ne sais plus, soupira Ilyrià. Vous êtes trop proche et vous m'empêchez de réfléchir...

La franchise déconcertante de la jeune femme le fit rire et elle frissonna en se disant que c'était la première fois qu'elle l'entendait faire. Il paraissait tellement détendu ainsi qu'elle ne put s'empêcher de replacer une mèche de ses cheveux échappée de son oreille. Il s'arrêta aussitôt de rire et saisit sa main pour la broyer entre ses longs doigts.

- Ne faîtes pas ça, dit l'elfe dans un grondement sourd. Il ne vaut mieux pas. Je ne suis pas sûr de pouvoir toujours être maître de moi.

- Oh, souffla Ilyrià, le coeur battant à tout rompre, oui... d'accord... certes. Rendez la moi alors. -elle lui désigna sa main qu'il avait gardé emprisonné dans la sienne.

Thranduil la porta à ses lèvres et, la retournant, déposa un baiser brûlant malgré sa peau glacée au creux de sa paume avant de la lâcher. Ilyrià secoua la tête et recula vers la sortie quand la voix du roi lui parvint aux oreilles, aussi cassante qu'elle avait été caressante une seconde plus tôt:

- Dame Ilyrià, ne revenez plus m'invectiver comme une furie sinon je vais finir par croire qu'une visite des cachots vous serait bénéfique!

Thranduil ou l'art de souffler le chaud et le froid... La colère qu'elle avait refoulé reflua et elle claqua la porte violemment.

Le soir venu, la Wallen enfila pour une fois la tenue préparée par Elëa, souhaitant faire honneur aux elfes d'Imladris. Elle se regarda dans le miroir de la psyché et se dit que l'elfine avait décidément très bon goût. Quoi de plus normal pour une elfe?!

Peut-être devrait-elle suivre ses recommandations un peu plus souvent? La jeune femme, à l'instar de toutes les femmes où que ce soit, aimait se sentir un minimum à son avantage et s'acharner à se rendre le moins attirante possible était somme toute ennuyeux...

Elle avait revêtu pour l'occasion une robe longue bien évidemment et fluide couleur pêche qui épousait ses formes vraiment généreuses sans pour autant en faire de trop. Sans manches, son décolleté carré bordé d'une bande de satin crème soulignait joliment sa poitrine et un large bandeau ceignait le haut de sa taille, l'affinant... ce qui était loin de lui déplaire. Elle compléta sa tenue en chaussant une paire de sandales dorées. Ilyrià termina en domptant tant bien que mal ses boucles. Elle les ramena ainsi, à l'aide d'une multitude d'épingles, en masse sur son épaule gauche. La princesse wallen dédaigna les bijoux portés à son attention sur la coiffeuse. Elle n'aimait que porter sa chaîne ventrale où reposait contre son nombril le pendentif qui permettait le passage des Irmensùls. Elle était certaine de ne jamais pouvoir retourner sur un des autres mondes mais qu'importe! Elle avait ainsi l'impression de se rapprocher de chez elle par cet infime contact.

Le dîner serait dressé dans le salon des appartements privés du roi, privilégiant ainsi l'intimité de cette pièce cossue à la froideur de la grande salle où se tenaient usuellement les réceptions. Ilyrià se sentait déjà intimidée avant même de s'y rendre. La pensée de partager cette soirée en la seule compagnie des fils d'Elrond et de Thranduil la mettait mal à l'aise. C'était la première fois qu'elle se retrouvait avec lui dans ce contexte et elle craignait que les frères, en observateurs chevronnés, ne vissent quelque chose qui les déservirait tous les deux... même si le roi l'avait clairement revoyée un peu plus tôt.

Avec un ultime geste de coquetterie, elle se réajusta rapidement et se mordit légèrement les lèvres pour les rougir un peu plus. La jeune Wallen toqua timidement loin des coups rageurs de l'après-midi. Ce fut Elrohir qui vint lui ouvrir avec un immense sourire qui la réchauffa.

-Aranel! Vous voilà... Il ne manquait décidément plus que vous! Venez donc égayer trois ellons qui se morfondent... lui dit-il, une main sur le coeur.

Il se poussa pour la laisser passer et elle dût retenir à grand peine une exclamation de ravissement. Le salon austère qu'elle côtoyait depuis plusieurs mois lui semblait tout autre ce soir à la lueur des inombrables bougies disséminées un peu partout. L'air embaumait des fleurs sauvages qui agrémentaient la pièce en de gros bouquets savamment dressés.

Ilyrià nota avec un plaisir non dissimulé la présence d'un énorme bac rectangulaire de pierres bleutées typiquement wallens où étaient plantés plusieurs pieds de bruyère. Sans un mot, elle fondit dessus et se baissa pour en humer le parfum enivrant. Cette merveilleuse odeur la renvoya aussitôt à sa cité où cette plante poussait absolument partout comme si elle était chez elle et c'était le cas.

La jeune femme leva les yeux et croisa ceux, océaniques, du souverain. L'espace d'un court instant, elle aurait pu jurer être seule avec lui, que rien d'autre ne comptait comme s'il avait capturé la sirène dans ses filets. Il arborait une expression indéchiffrable mais ne put empêcher un léger sourire de filtrer sur ses lèvres devant son air ravi.

- Aran nîn! De la bruyère de ma cité! Hannon le! La voir... respirer son parfum me transporte de joie...

Tout au bonheur qu'elle éprouvait, Ilyrià avait parlé sans réfléchir... en sindarin! Elle vit le plaisir se refléter dans le regard de Thranduil mais aussi l'étonnement dans ceux des jumeaux.

- Wen Ilyrià! Que de progrès! C'est encore balbutiant mais déjà très bien! Je vous aurai pensé moins réceptive... Allez savoir pourquoi! s'exclama Elladan.

- J'ai un bon professeur désormais... bredouilla-t-elle, les joues cramoisies en se relevant et lissant sa robe.

- Vous pourrez le féliciter, Aran Thranduil, dit Elrohir d'une voix taquine en se retournant vers ce dernier. Il faut dire qu'il partait de loin...

- Hannon le, cund Elrohir. Vous venez de le faire, répondit posément l'ellon.

- C'est vous? s'étonna Elladan. Vous ne pouviez rêver meilleur maître, Aranel, conclut-il avec un doux sourire.

- Certes, certes...

Elle saisit le bras de son jumeau et s'y appuya légèrement, les joues toujours aussi empourprées, ce que nota l'elfe. Il l'observa plus attentivement et remarqua ses yeux brillants qui évitaient consciencieusement ceux polaires du roi ainsi que le léger tremblement de son corps.

Voilà qui ne ressemblait pas à la jeune femme effrontée rencontrée quelques mois auparavant... Il espérait que la vie à Mirkwood n'était pas trop dure et que son souverain faisait preuve de clémence à son égard. Il n'était là que pour quelques heures mais comptait les mettre à profit pour étudier la situation sous toutes les coutures. De plus, il savait que son père ne manquerait pas de les questionner à leur retour à Imladris. Lui aussi s'inquiétait de l'attitude de Thranduil envers la Wallen. Tous savaient combien il pouvait être proprement imbuvable!

Ils allèrent s'installer à la table dressée pour le repas qui promettait, comme à chaque fois, d'être exquis. Placée en bout de table, entre les deux frères et face au roi, Ilyrià n'en menait pas large et se taisait, les laissant faire la conversation. Son esprit vagabondait vers sa cité, ses couleurs et son peuple...

Sans s'en rendre compte, elle soupira en portant la coupe de vin à ses lèvres.

- Nous vous aurions-nous perdue? demanda malicieusement Elrohir en référence à leur premier dîner ensemble.

Elle leva les yeux vers lui, surprise, et dit à voix basse en faisant en sorte de ne pas croiser ceux de Thranduil:

- Je pensais à chez moi... l'odeur, la vue de cette plante m'y ont ramené...

L'ellon à sa droite cala son menton au creux de sa paume, accoudé sur la table.

- Il est vrai que votre cité est incroyable... renchérit Ellandan.

- Parlez-nous d'elle, de son histoire ma chère... Après tout, ce n'est que justice au vu de tout ce que le peuple elfique vous demande de suivre et d'ingurgiter, continua Elrohir avec un soupçon de reproche envers Thranduil.

Ilyryà regarda ce dernier pour en avoir l'assentiment et, à sa façon de l'effleurer de ses prunelles, elle se décida.

- «Je vois la Terre sortant une seconde fois

Hors de l'écume, belle et verte;

Courent les cascades, et au-dessus d'elle, haut dans les

Montagnes, l'aigle guette le poisson.

Les champs produisent sans être ensemencés.

Tout malheur est détruit.»* récita Ilyrià, rêveuse.

- Qu'est-ce donc? demanda Elladan avec curiosité.

- L'histoire de ma cité... répondit la Wallen, les pupilles brûlantes d'un feu intense. L'histoire wallen dans ce qu'elle a de plus pure. La légende dit que mon peuple n'est pas réellement originaire d'Arda...

- Et dans ce cas, d'où viendriez-vous? questionna le second fils du Perendhil, suspendu aux lèvres de la jeune femme.

- Le peuple de mon père serait issu d'un des huit autres mondes gravitant autour de l'Arbre-des-Mondes...

- Un Irmensùl? l'interrompit Elrohir, fasciné.

La jeune femme sourit avec indulgence devant l'ignorance de ces êtres millénaires.

- Non, pas un Irmensùl... mais le grand Arbre-des-Mondes, celui qui porte tous les autres et à partir duquel sont créés tous les Irmensùls.

- Oh...

Elle reprit, l'air songeur, perdue dans ses souvenirs des leçons que lui avait données son vénérable Athair (père).

- Nous ne savons plus quel est ce monde... Je ne suis pas sûre qu'Athair le sache lui-même... C'était il y a si longtemps! Peut-être le Guérisseur lui... Enfin! Tout ce que notre mémoire collective se rappelle est le nom de cette terre originelle... A Ghaidhealtachd. Nos ancêtres ont dû la fuir lorsqu'une faille l'a quasiment détruite. Grâce à sa magie Erù a reproduit notre terre à une échelle infime de ce qu'elle était et notre cité nous a alors sauvé lors de l'exode...

- Mais si vous n'étiez pas d'Arda, comment auriez-vous pu faire pour...

- Venir ici? compléta Ilyrià avec un sourire espiègle. Me demandez-vous de vous révéler un des secrets les plus jalousement gardés de ma race, seigneurs?

Elle les dévisagea les uns après les autres, s'attardant un peu plus longuement sur l'ellon assis en face d'elle. Ses mâchoires serrés et la fine ligne de ses lèvres ourlées lui firent comprendre qu'il n'appréciait pas vraiment cet étalage d'histoire wallen mais les jumeaux avaient l'air si captivés... Et puis, elle était sûre de pouvoir faire confiance au roi, à son roi se prit-elle à penser, qu'elle leur livra une des vérités les plus incroyables de sa cité. Klaùs l'aurait certainement étripée de ses propres mains en l'entendant.

- Et bien... C'est là que réside toute la magie wallen! La cité elle-même...

- Oui? la coupa Elrohir, avide.

- Laissez-moi finir, mellon nîn! La cité elle-même, disai-je donc, est à elle seule un immense Irmensùl!

- Manan?! s'écrièrent les deux frères de concert. Comment cela est-il possible?!

Ilyrià se mit rire doucement devant cet emportement digne de jeunes enfants.

- Sous ses pierres est disséminé un peu partout de l'écorce de frêne blanc. Quant à l'airain et l'ambre nécessaire...

- Il y en a d'incrusté dans ces fameuses pierres bleues! s'exclama Elrohir en repensant à sa visite dans la fabuleuse cité. Ainsi, vous voyagez avec entre les différents mondes?

La jeune femme secoua la tête.

- Malheureusement non... Elle est trop vieille désormais ou tout du moins le supposons-nous...Elle a juste assez de magie pour dériver le long du littoral d'Arda...

- Malheureusement? la coupa Thranduil d'une voix cinglante, jusque là silencieux. Regrettez-vous d'être coincée ici? Je devine que oui... Vous devez rêver d'être sur un de ces autres mondes... tout sauf être à Mirkwood!

Il était maintenant furieux. Ilyrià pouvait le voir, furieux et... affecté, triste. Mais pourquoi? Elle ne chercha pas, préférant l'attaque comme mode de défense. Avec un claquement de langue sonore, elle lui répondit agressive:

- Je sais où est mon devoir, a righ -l'entendre reprendre volontairement sa langue le fit tiquer- ... et je l'assume quoi qu'il m'en coûte! C'est plutôt vous qui aimeriez me voir partout ailleurs sauf dans vos précieuses cavernes, galla! Vous et votre coeur plus dur que le roc...

Elle n'eût pas le temps de finir que la main de Thranduil s'abattit sur la table, renversant plusieurs des verres. Il se leva, raide d'une rage glacée, et dit d'une voix blanche:

- Mes Seigneurs, vous me voyez navré de devoir écourter mais cette soirée n'a que trop duré...

Les deux ellons hochèrent la tête et se levèrent, conscients du congé cavalier qui venait de leur être donné. Ilyrià allait les suivre quand la voix du roi retentit, péremptoire:

- Pas vous, Wen Ilyrià.

La Wallen se figea, sentant son sang quitter peu à peu ses veines. Sa respiration devint de plus en plus erratique. Qu'allait-il lui faire? Elle savait qu'elle avait été trop loin en lui parlant de la sorte et plus particulièrement devant témoins. Il allait lui faire payer cet affront car le roi était trop narcissique et conscient de sa royale personne pour laisser couler... Elle jeta un regard éperdu à Elrohir qui tenta de lui venir en aide. En vain.

- Aran Thranduil... Il est tard. Peut-être devriez-vous remettre cette conversation à demain? Dame Ilyrià a les yeux qui se ferment tout seuls... Vous...

- En aucun cas, trancha l'elfe d'une voix que la colère rendait encore plus rauque qu'à l'accoutumée.

Elrohir sut qu'il n'y avait plus rien à faire. Le roi n'entendrait jamais raison et, à insister ainsi, il risquait d'aggraver la situation de la jeune femme. Il regarda la jeune femme avec pitié et lui serra la main pour lui insuffler du courage avant de refermer la porte derrière lui.

Ilyrià eut la désagréable impression que c'était celle des geôles que le roi lui avait promises cet après-midi et qu'elle y était enfermée avec un fou dangereux. Elle le sentait faire les cent pas dans son dos et refusait de lui faire face. C'est pourquoi elle fixait obstinément le mur qui la séparait de la liberté. Plusieurs minutes passèrent ainsi sans autre bruit que celui de la carafe qu'il vidait méticuleusement.

Soudain, deux grandes mains lui enserrèrent la taille et elle se sentit happée contre le torse de pierre de Thranduil. La tenant contre lui, un bras enroulé autour d'elle, il avança contre le mur pour s'y retenir de son autre main valide. Il se moula un peu plus encore à Ilyrià et perdit son visage dans ses boucles, autant enivré par le vin que le parfum de sa peau.

Toujours dos à lui, la Wallen frissonna en sentant les lèvres de l'elfe lui effleurer la nuque, égrainant un essaim de baisers de son cou à sa clavicule. Elle aussi dût s'appuyer pour ne pas tomber. Chaque pore de sa peau brûlait littéralement sous le toucher de cette bouche diablement tentatrice. Sa langue remonta de son épaule au derrière de son oreille et il murmura, tourmenté:

- Vous me rendez fou, wen nîn! Vous en rendez-vous compte?... Jamais je ne vous laisserai partir... Je ne peux pas...

Sa voix se brisa de colère d'avoir laissé échapper un tel aveu de sa propre faiblesse. Il la retourna sans ménagement et la plaqua contre le mur brutalement.

- Que m'avez-vous fait, sorcière? siffla-t-il. Quelle magie avez...

Cette fois, ce fut lui qui ne put terminer sa phrase. Ilyrià avait passé la main dans ses longs cheveux qu'elle tira pour abaisser son visage vers le sien. Elle colla ses lèvres fiévreuses sur celles glacées de l'ellon et, furieuse de cette scène dont elle savait l'issue une fois de plus stérile, elle le mordit pour qu'il la lâche... ce qu'il fit avec un juron étouffé.

Elle mit ses poings serrés sur ses hanches sans tenir compte de son épaule dénudée et le fixa, ses yeux luisants de larmes de rage et de frustration.

- C'est vous qui me rendez folle! Je ne suis pas un jouet que vous pouvez prendre et rejeter à votre guise! Je ne suis pas une de vos elfines rougissantes et promptes à satisfaire le moindre de vos désirs! cria la jeune femme -elle se mordit le poing pour ne pas hurler de tant d'inconstance. Faire un pas en avant et deux en arrière n'avait jamais été dans son caractère- vous volez de moi ces quelques instants, aussi pénibles fussent-ils au vu de cette situation malsaine, et à chaque fois vous me repoussez! Vous finirez par me tuer, aran nîn... soupira-t-elle, affligée.

La Wallen se rapprocha de lui et lui dit dans un chuchotement empreint de défi:

- Prenez-moi ou laissez moi une bonne fois pour toutes...

D'un mouvement brusque de l'épaule, elle fit glisser sa robe jusqu'à sa taille, se dévoilant à demi nue sous les yeux médusés du roi. Il n'avait pas l'habitude de tant de franchise et de passion aussi dévorante que celle là. Jamais une elleth ne l'avait aussi ouvertement provoqué.

Elle n'avait aucunement idée du combat intérieur qu'il se livrait. Ilyrià ne voyait que le néant dans ses prunelles gelées.

Alors prit-elle la décision pour eux deux, persuadée que tout n'était qu'illusion et qu'en réalité il s'était joué impunément d'elle. Et ça, elle ne pouvait tout simplement pas le supporter. La jeune femme avait sa fierté et il l'avait foulé allègrement; elle se sentait plus idiote que l'idiot du village comme on disait chez elle.

Comment avait-elle pu croire un seul instant que cet elfe aussi beau que misérablement égocentrique avait pu la désirer, elle? Alors qu'il s'était moqué d'elle, de la couleur de sa peau, de l'étrangeté de ses yeux? Comment aurait-il pu changer à ce point?... Comment avait-elle pu faire défaut à un ellon charmant et d'une douceur sans égale pour celui-là à l'âme tourmentée? Idiote, stupide...

Mortifiée, la jeune femme se réajusta d'une main tremblante et s'enfuit en courant sans qu'il fasse quoi que ce soit pour la retenir. Si Ilyrià s'était retournée ne serait-ce qu'une seconde, elle aurait pu voir le visage de Thranduil se tordre sous la violence intense de ce qu'il ressentait, déchiré entre devoir et désir, entre ses obligations de roi et le besoin qu'il avait de la faire sienne.

C'était certainement mieux ainsi.

Les fils d'Elrond repartirent le lendemain matin après avoir déjeuné avec le roi. La Wallen envoya Elëa faire dire qu'elle se sentait indisposée et qu'elle ne pourrait se joindre à eux. Les jumeaux ne furent évidemment pas dupes et se dirent que la fin de la soirée n'était certainement pas étrangère à ce malaise. Ils vinrent faire leurs adieux en bonne et dûe forme à la jeune femme sur le pas de sa porte en lui promettant de revenir bientôt la voir.

Promesse que tous les deux comptaient bien honorer d'une façon ou d'une autre en voyant ses cernes noirs et la pâleur de son visage si loin de sa peau d'ordinaire dorée. Elrohir, particulièrement proche d'Ilyrià, sentait qu'il se passait quelque chose mais n'arrivait pas à mettre le doigt dessus. Il en parlerait dès son retour à son père et sa grand-mère qui devait les visiter bientôt.

Il laissa son frère s'éloigner en premier et resta quelques minutes de plus avec elle. La voir regarder partout sauf lui-même le laissa perplexe. Qu'essayait-elle donc de lui cacher? Il saisit son menton entre ses longs doigts fins et la força à l'affronter.

- Mellon nîn, dit-il d'une voix douce. Qu'avez-vous? Je ne vous reconnais pas...

- Je vais bien. Tout va bien dans le meilleur des mondes...

- Ce qui, venant de vous, se prend au sens littéral, j'imagine... plaisanta-t-il. Il avait compris qu'il n'obtiendrait rien d'elle, pas pour le moment. Aussi, prit-il sa main et se pencha-t-il pour lui souffler: Ayez foi en votre avenir, Aranel. Je ne doute pas qu'il vous sera radieux. Soyez patiente.

Elrohir lui baisa galamment la main et la salua, le poing sur le coeur. Il tourna ensuite les talons et s'en fut sous les yeux tristes mais secs de la jeune femme. Elle avait épuisé toutes les larmes qu'elle avait sur son oreiller, larmes de rage, de frustration et de chagrin.

Ilyrià médita longuement sur les mots de son ami... Non, elle n'y croyait décidément pas...

A force de se marteler la tête encore et encore, elle entrevit soudain la solution à tous ses maux. C'était tellement évident! Pourquoi n'y avait-elle pas pensé plus tôt?...

Bientôt toute cette folie serait enfin terminée.

O0o0o0o0o0o0o0o0o0o0o0o0o0o0o0o0o0o

Voili voilou! alors?! Ma pauvre Wallen, elle n'est pas épargnée... Thranduil non plus cela dit... Et c'est pas fini! ^^

* cette citation est tirée d'un texte que j'adoooore. Il s'agit de la Voluspa, Edda Poétique sur la mythologie... biiiiiiip. Je ne vous en dit pas plus... L'histoire wallen est un condensé de ce qui est à moi et des us d'un certain peuple... mais ce poème lui correspondait si bien... Si vous trouvez de qui il s'agit, je vous envoie l'elfe ou le Wallen de votre choix... Tentant, non?