Chapitre 15.
Ilyrià,
La patrouille revint en fin d'après-midi et avec elle un semblant d'air frais dont manquait cruellement la Wallen.
Elle embrassa Klaùs et Finnàm, leur assurant qu'elle allait merveilleusement bien. Elle nota leurs mines réjouies d'être sortis et de s'être battus. La chasse avait été excellente selon son cousin qui venait de déclarer adorer ces arachnides géantes et surtout les éplucher... soit leur arracher chaque patte avec une délectation peu commune. Elle ne voulait pas gâcher leur plaisir et eut du mal à tenir son sourire extatique face à leurs joyeuses exclamations.
La jeune femme pouvait lire sur leurs visages tout le bien qu'ils avaient retiré de cette expédition et les deux hommes ne semblaient guère déçus d'avoir loupé les elfes d'Imladris.
Anaïsa lui adressa un regard contrit avant de filer tout aussi vite, Muir sur les talons. Elle lui en voulait toujours et ne lui avait quasiment pas parlé depuis cette soirée de malheur, il y avait un mois et demi... Bien! Le plan qu'elle avait en tête n'en serait que plus facilement réalisable!
Elle y avait réfléchi toute la nuit et n'avait plus aucun doute... Elle devait s'y tenir et surtout ne pas flancher. C'était le mieux pour tout le monde et, même si elle savait qu'aucun d'entre eux ne pourrait comprendre, ils se rangeraient un jour à sa décision, se félicitant de sa lucidité.
Ilyrià rentra dans ses appartements avant l'arrivée de Legolas, occupé à donner les derniers ordres à ses hommes qui, pour certains, repartaient déjà dans la forêt. Elle aurait aimé le voir mais redoutait de croiser son regard acéré. L'ellon faisait tellement cas d'elle, de la moindre de ses émotions qu'il aurait pu déceler quelque chose et l'aurait ainsi empêcher de mener son plan à exécution. De plus, depuis ses derniers déboires, il était réellement aux aguets, surveillant le moindre mouvements des personnes évoluant autour d'elle ainsi que des siens.
Une fois de plus, elle fit renvoyer tout le monde prétextant une grande fatigue. Il était utile dans ce cas de passer pour une petite chose fragile... Elle ne voulait voir personne de peur de ne plus avpir le courage de mener son plan à exécution...
La Wallen ferma les yeux un instant, allongée sur son lit. La vision de Thranduil, de son visage et de la chaleur de son damné corps sur lesquels elle n'aurait jamais aucun droit lui brûla la rétine et la décida comme jamais.
Ilyrià se releva d'un bond et alla fouiller dans l'armoire pour y chercher son sac dans lequel étaient dissimulés ses précieux trésors ramenés de Terra. Elle en vida le contenu sur son lit et y fourra quelques vêtements et articles de toilette sans oublier une dague que lui avait offerte Legolas.
Après réflexion, la Wallen reprit certaines petites choses abandonnées sur sa couche: du chocolat pour les futures déprimes à venir (elle en croqua un bout tout de suite sentant ladite déprime pointer le bout de son nez), une bouteille de vodka (pour lui tenir chaud à défaut de bras... non ne pas penser à ça) et encore d'autres comme son étui de cigarillos.
Elle se changea ensuite et revêtit un sarouel noir avec de longues bottes en cuir souple ainsi qu'une tunique sombre elle aussi. La jeune femme se tressa ensuite les cheveux pour les ramener en un chignon serré sur sa nuque et coinça son cimeterre d'un geste sec dans sa ceinture.
Ça y était. Elle était prête à partir, seule. Car là c'était la solution à tous ses maux et à ceux qu'elle avait provoqué à tous les autres... A sa famille wallen pour les avoir contraints à quitter leur foyer... à Legolas pour ne pas partager l'intensité de ses sentiments comme elle l'avait pourtant ardemment souhaité... à Thranduil pour l'opposé justement, pour ses sens qui s'embrasaient rien que de penser à lui... et même à Lomion dont la vie s'était écourtée de manière tragique à cause de son aversion pour elle.
La meilleure solution. La fuite.
Elle jeta un dernier coup d'oeil et sortit à pas de loup. Elle ne rencontra personne jusqu'au rez-de-chaussée où la Wallen tomba nez-à-nez avec un garde. Sans lui laisser le temps de quoi que ce soit, elle lui mit un grand coup de talon au niveau du genou pour le faire plier et l'assomma avec la fusée de son cimeterre. Elle sauta lestement par dessus le corps évanoui de l'elfe et ne put s'empêcher de sourire. Tous voulaient la protéger, lui interdisant le moindre mouvement, mais elle n'avait rien d'une damoiselle.
Au détour d'un des jardins, Ilyrià tomba sur Muir. Il se mit à japper joyeusement, ignorant ses suppliques muettes pour obtenir le silence. Si le chien était là, sa maîtresse ne devait pas être loin non plus. Un grondement sourd dans son dos lui permirent de comprendre à quel point elle était clairvoyante. Elle fit une grimace en se retournant tout doucement avec un air blasé.
- Oups... prise la main dans le sac!
Anaïsa la dévisagea, atterrée.
- Que fais-tu, Ily? demanda-t-elle craignant la réponse même si elle lui paraissait plus qu'évidente.
- Je vais cueillir des baies, mo caraid... à la coutume elfique, la nuit... Que crois-tu que je fasse, Naoï?!
- Tu fuis... hallucina son amie.
- Je m'échappe, corrigea la princesse.
- Arrête de jouer sur les mots!
Ilyrià planta ses yeux vairons dans ceux de son amie et lui dit tranquillement:
- Alors oui je m'en vais... Trouvez-vous en une autre, a bana-phrionnsa (princesse)... J'en ai assez!
- Toute seule? Dans une forêt où tu n'as été qu'une seule fois? cria la guerrière, cédant à la colère. Pourquoi?
- Parce que sinon... et bien je vais devenir complètement folle et que j'ai bien failli craquer hier...
- Que veux-tu dire?
- Je veux dire, reprit Ilyrià, sa voix rocailleuse légèrement tremblante, que je me suis offerte à lui...
- Ciod? s'étrangla Anaïsa, livide. As-tu perdu l'esprit?!
- Il n'a pas voulu de moi, alors cesse tes airs outragés, mo caraid!
- Oh, Ily... murmura son amie navrée de la voir se dépêtrer dans ce fatras de sentiments.
- Tu vois, je n'ai pas le choix... parce que là je n' oeuvre pas à la préservation de royaumes mais plutôt à leur perte! Imagine si Legolas...
- Tùch! Ne dis plus rien! Je... je vais t'aider, lâcha Anaïsa d'une voix ferme. Viens!
Elle accompagna ses mots d'un geste en prenant la main de son amie. Elles se mirent à courir telles deux ombres et atteignirent rapidement la Grande Porte, gardée par deux elfes. Rien de bien difficile, surtout avec la présence de la guerrière. Elles s'accroupirent et, avant que cette dernière ne passa à l'attaque, Ilyrià lui saisit le bras et la força à lui faire face.
- Carson?
La cadette de Finnàm sourit avec une grande douceur et lui répondit en replaçant une mèche de cheveux échappée de son chignon:
- Tu n'aurais jamais dû être forcée à venir ici, mo piuthar...
- Finnàm ne te pardonnera jamais...
- Je m'en occuperai plus tard...
La guerrière se releva et, avec un mouvement de tête furtif vers Muir pour lui donner un ordre silencieux, elle se projeta violemment sur les gardes et leur décocha simultanément un coup de pied pour l'un et abattit sa lance sur la tête de l'autre. Ils s'affaissèrent dans un bruit sourd, laissant le temps aux deux femmes de leur voler les clés et de se faufiler à l'extérieur.
Enfin la liberté! Enfin fini ce marasme de sentiments plus dégoulinants les uns que les autres!
Anaïsa se tourna vers sa princesse quand elles eurent passé le grand pont de pierre.
- Et maintenant? Où veux-tu aller?
- La mer... Je ne vois que cette réglera définitivement la question. ..
La jeune femme ne put qu'approuver cette décision si radicale soit-elle. Elle ne reverrait donc jamais son amie, celle-ci oublierait jusqu'à son nom dans les eaux de l'oubli... Mais c'était indubitablement le meilleur choix.
Soudain, un cri de rage retentit derrière elles. Un cri ou plutôt un hurlement à la mort. Glacées car elles savaient toutes deux qui se tenait dans leur dos, elles se retournèrent.
Finnàm.
Finnàm, les yeux jaunes lançant des éclairs, le corps tendu à l'extrême, une légère écume aux lèvres...
- Traîtresses! les accusa-t-il, blanc comme un linge. Vous savez ce que je devrais faire, là?! Toi, continua le Ceannar en pointant son index sur Ilyrià, je devrais te ramener par les cheveux à ton fiancé et toi -sa voix se brisa quand il regarda sa sœur - tu sais quel est le sort réservé aux fêlons, non?
- La mort, murmura-t-elle en fermant les yeux comme si elle acceptait son sort.
- Pire que ça... une mort longue et douloureuse! Est-ce ça que tu veux, Naoï? -elle ne répondit pas, ses yeux toujours clos- je vous ramène maintenant!
C'est alors qu' Ilyrià vit une chose qu'elle n'aurait jamais cru possible... Alors que Finnàm allait se saisir d'elle, la Wallen sentit une espèce de barrière les séparer. Elle baissa les yeux et vit qu'il s'agissait de la lance d' Anaïsa. D'un coup sec, elle envoya son frère au loin. Il se réceptionna malgré tout avec grâce en la regardant avec fureur et regrets.
- Tu veux te battre contre moi, petite fille? grinça-t-il d'une voix doucereuse qui fit frémir Ilyrià.
- Tu n'écoutes pas, a brathair... Tu ne me laisses pas le choix.
- Arrêtez tous les deux! supplia la princesse en se mettant entre eux, les bras tendus. Vous n'allez pas vous battre! Je rentre avec toi, Finnàm.
- Non.
Ce simple petit mot dans la bouche d' Anaïsa était malheureusement une promesse de ce qui allait se passer de pire et tous les trois en étaient parfaitement conscients.
- Cha... Tu dois la laisser s'en aller, mon frère. Aies pitié... Fais passer ton amie avant les ordres.
- Feumaidh mi fabh, mo caraid! (je dois m'en aller!), gémit Ilyrià.
Le Commandant ne se laissa fléchir ni par leurs paroles ni par leurs mines tristes et désespérées. Il secoua la tête sans un mot, les yeux aussi durs que l'acier.
- O mo thruaighe! (quel dommage!), s'écria sa soeur, peinée par son attitude. Tu ne veux pas aller plus loin que tes satanés ordres, saghdear! -elle se tourna vers Ilyrià et lui dit entre ses dents serrées- Va-t-en! Je n'aurai jamais le dessus mais je le retiendrai aussi longtemps que possible...
Elle avait à peine fini de parler qu'elle avait déjà mué et se jetai sur son aîné d'un bond inhumain, sa lance à sa main.
Ilyrià vit Finnàm, l'homme qui avait partagé ses nuits pendant si longtemps et qu'elle pensait connaître, se ruer sur sa soeur, toutes griffes dehors. Les voir dressés l'un contre l'autre lui déchira le coeur mais elle se força à suivre les consignes de son amie.
La jeune femme se mit à courir comme une dératée, s'enfonçant dans cette forêt qu'elle n'avait foulé qu'une seule et unique fois avec un prince elfe à cheval. Mais elle ne s'en souciait pas, elle n'avait pas le temps pour ça. La priorité était de mettre le plus de distance possible entre elle et les cavernes de Mirkwood.
Il lui semblait qu'elle courait depuis des heures. Ses jambes étaient de plomb et ses pieds... mieux valait ne pas y penser. Elle avait perdu son sac et n'avait plus le briquet de Terra pour avoir un peu de lumière dans la nuit noire. En bonne fainéante, elle n'avait jamais pris le temps d'apprendre autrement à faire ne serait-ce qu'une flammèche...
Par Erù, que cette forêt avait l'air menaçante avec ses ombres fantomatiques et ses innombrables bruits partout autour d'elle! Ilyrià s'assit au pied d'un grand chêne et ramena ses genoux contre sa poitrine. Juste quelques minutes de repos, c'est tout ce dont elle avait besoin...La Wallen passa ses bras autour d'elle pour tenter de se réchauffer. Il n'y avait pas à tergiverser, elle était perdue et seule... mais sûre et certaine d'avoir fait le bon choix.
La jeune femme se força à occulter Thranduil de ses pensées. De toute façon, le roi avait dû être mis au courant de sa disparition à cette heure et devait, au moins secrètement, s'en réjouir. Une épine de moins dans son royal pied!
Un bruit un peu plus fort que les autres lui fit dresser l'oreille. Elle se remit difficilement debout, serrant convulsivement la garde de son arme, la seule qui lui restait. La Wallen exhala un long soupir. Elle crut avoir rêvé l'espace d'un court, trop court instant... quand l'horreur déferla. Une bande d'orcs surgit devant elle, hideux et monstrueux au possible, et l'encerclèrent, l'acculant contre l'arbre derrière elle.
Leur excitation à sa vue transpirait dans leurs gargouillis inaudibles, leurs claquements de langues et leurs yeux meurtriers. Le cuir charcuté de leur peau tiquait devant le corps appétissant et tremblant devant eux. Ils se rapprochèrent d'elle en se bousculant les uns les autres pour avoir la primeur de se saisir d'elle.
Ilyrià fit glisser la lame de son cimeterre contre son ventre. La Wallen préférait encore s'éventrer elle même plutôt que de les laisser faire d'elle leur jouet. Elle avait entendu trop d'histoires immondes sur les femmes prises en otages par ces bêtes. Elle faillit vomir à l'idée qu'ils puissent poser leurs mains sur elle.
Soudain l'air siffla et elle vit un des orcs tomber face contre terre, une flèche plantée en pleine tête. Un fol espoir naquit en elle. Une forme sombre, l'épée à la main surgit des fourrés et se propulsa sur les immondices de Morgoth. Un éclair blond que le coeur d' Ilyrià reconnut avant ses yeux.
- Legolas! cria-t-elle, tout autant éperdue de reconnaissance que de peur pour lui.
Leurs yeux se croisèrent une demie seconde et elle fut frappée de plein fouet par l'éclat de dureté et de fureur qu'elle y vit. Elle n'avait jamais eu à faire à ce côté sombre de sa personnalité et en restait bouche bée. Il ressemblait tellement à son père ainsi! Elle fut troublée de penser à ce dernier dans un moment pareil mais aussi de voir le prionnsa se battre avec autant de sauvagerie.
Il était partout à la fois, virvoletant, se cabrant... il était réellement partout à la fois... L'elfe trancha la tête d'un orc tout en en plantant un autre dans l' oeil avec une flèche dont il se servait comme d'un poignard. Elle était fascinée par le ballet morbide qu'il dansait avec ces monstres...
La jeune femme fut tirée de sa contemplation quand l'un d'eux s'approcha près d'elle et lui attrapa le bras en y enfonçant ses griffes. Elle gémit de douleur et lui coupa la main avec son cimeterre avant de passer à sa tête qui alla rouler un peu plus loin.
Ilyrià allait rejoindre Legolas lorsqu'elle se sentit happée en arrière par une poigne de fer. Elle heurta le tronc de l'arbre derrière elle et un craquement sinistre en provenance de son dos retentit. Elle grimaça sous la souffrance mais n'eut pas le temps de s'y appesantir. La main avait lâché son bras pour la prendre à la gorge, la soulevant ainsi de terre jusqu'à ce que ses pieds ne touchassent plus le sol. Sa vue se brouilla et elle ne distingua bientôt plus que les contours d'un immense orc à la peau blanche, ce qui était assez inhabituel pour leur espèce.
Tout en la maintenant dans son étau, il se tourna à moitié et dit d'une voix que le noir parler rendait encore plus gutturale:
- Prince elfe! Rends- toi sinon l'humaine mourra! Je n'hésiterai pas à lui trancher la gorge!
Il l'attira contre lui, plaquant son dos contre son torse , une lame sur la peau fine de son cou. Elle réprima un mouvement de dégoût pour ne pas lui donner satisfaction.
Legolas étouffa un grondement de rage et Ilyrià ne put s'empêcher de se demander si c'était contre l'orc, contre elle ou même les deux. A voir son regard furieux, elle penchait pour la troisième hypothèse.
- Ne l'écoute pas, mellon nîn!
Son cri mourût sur ses lèvres tellement il lui serrait la trachée. L'elfe jura en sindar et jeta son arme au loin. Aussitôt, les autres créatures se jetèrent sur lui et l'obligèrent à se mettre à genoux sans qu'il y opposât la moindre résistance.
Il ne quittait pas la Wallen du regard, indifférent aux orcs grouillant autour de lui. Sous les yeux éplorés d'Ilyrià, ils se mirent à le rouer de coups. L'orc pâle se mit à rire et colla son horrible bouche craquelée à l'oreille de la jeune femme.
- Belle dame, tu comprendras bientôt pourquoi je suis la progéniture de celui qu'on appelle le Profanateur...
De nouveau, il rit et lui lécha la joue en prenant tout son temps puis... ce fut le trou noir.
Ilyrià avait cessé de compter les minutes, les heures et les jours, elle ne savait même plus depuis combien de temps...
Les orcs bougeaient sans arrêt, ne restant jamais plus d'une nuit au même endroit. Ils craignaient les troupes qu'avait dépêché le roi et qui sillonnaient sans relâche la forêt à leur recherche ou tout du moins à celle du prince. Or ils ne voulaient pas quitter la Forêt Noire car leur but était de rejoindre leur forteresse de Dol Guldur et de ramener Legolas à leur chef, Azog.
Les journées se passaient inlassablement de la même façon et cette routine effrayait grandement Ilyrià car elle savait ainsi à l'avance ce qui allait leur arriver. Bolg, car c'était avec ce nom qu'il s'était fièrement présenté après les avoir battus, la maintenait couchée sur le ventre en travers de son warg juste devant lui. Ses mains la palpaient durement et blessaient sa chair tendre avec délectation tandis qu'il l'insultait ou lui promettait mille douleurs pires que la mort.
Legolas, quant à lui, n'était pas mieux loti... bien au contraire. Il était traîné attaché à une autre de leurs hideuses montures juste derrière eux de façon à ne rien lui faire louper du spectacle de Bolg avec la jeune femme. La fatigue se faisait de plus en plus sentir. Il luttait pour rester debout, pour ne pas leur donner la satisfaction de le voir décliner.
Sa beau blanche était désormais striée des coups qui pleuvaient sur lui à longueur de journée comme de nuit. Des ecchymoses, des bleus et des coupures plus ou moins profondes couvraient l'ensemble de son corps. Il avait la lèvre supérieure ouverte et son oeil droit était si tuméfié qu'il ne pouvait que très peu l'ouvrir. Ilyrià aurait aimé lui parler mais l'occasion ne se présentait malheureusement jamais.
Les nuits étaient toutes aussi épouvantables si ce n'était plus... mille fois plus. Elles étaient l'occasion de jeux pervers qui les amusaient énormément. Leur attraction préférée était de les attacher face à face juste assez loin pour qu'ils ne puissent se toucher mais assez près pour qu'ils aient l'impression, qu'en tirant assez fort sur leurs liens, ils le pourraient. Ensuite ils en frappaient un jusqu' à épuisement sous les yeux impuissants de l'autre. Legolas les conjurait à chaque fois de s'en prendre à lui et de la laisser malgré les vives protestations d'Ilyrià.
Leur chef prenait un malin plaisir à le voir ainsi s'abaisser, lui l'elfe princier. S'ils savait parfaitement qui était l'ellon, il n'en était apparemment pas de même pour la Wallen. Il la prenait pour une vulgaire humaine qui ne lui servait qu'à faire plier l'elfe soucieux d'elle et eux ne cherchaient pas à le détromper. C'était peut-être là une carte à jouer même si la jeune femme ne savait pour le moment quand et comment se servir de cet atout.
Elle les voyait avec horreur se réjouir de toutes les souffrances qu'ils leur infligeaient sans relâche, le plaisir qu'ils prenaient à frapper le prince sylvestre et à lui faire du mal à elle sous ses yeux impuissants. Plus les nuits défilaient, plus leur sadisme prenait de l'ampleur.
Une nuit, ils décidèrent de monter leur camp en haut d'une chute d'eau pour avoir un point de vue imprenable sur la forêt et les possibles mouvements de patrouilles elfiques. Les orcs étaient particulièrement énervés de ne pouvoir rejoindre Dol Guldur, leur forteresse noire. Des dissensions commençaient à parcourir leurs rangs.
Aussi, Bolg décida de leur offrir un spectacle un peu plus divertissant qu'à l'accoutumée.
Il fit attacher Legolas au sol sur les genoux, à quelques mètres d'où il comptait faire de même avec l'humaine. Mû par une soudaine inspiration, il alla la chercher de dessus son warg. Il se sentait d'humeur créative et badine ce soir là.
Il attrapa Ilyrià par les cheveux et la plaça debout face à l'elfe, à peine à un mètre de lui et libre de toutes entraves.
- Allons, mes amis! Cette nuit sera divine! tonna -t-il en pourléchant ses lèvres craquelées.
Ils grognèrent tous d'excitation et se bousculèrent pour avoir la meilleure vue possible. L'orc blanc se mit devant elle, ses yeux bleus impitoyables brûlaient d'une lueur malsaine et d'envie en pensant à la suite de son programme.
- Tu vas rester debout, femelle, et sans attaches. A chaque faiblesse, chaque mouvement que tu feras, l'elfe en subira les conséquences... hurla-t-il pour bien se faire entendre de sa troupe. Tu vas te laisser faire et goûter au toucher magique de Bolg!
Il se mit à rire bientôt suivi de tous les autres. Ilyrià planta son regard dans celui du grand orc, le défiant ouvertement. Elle ne devait pas lui montrer sa peur, lui donner ce plaisir. Surtout, la jeune femme devait faire tout son possible pour éviter de nouveaux coups à son compagnon d'infortune. Au vu de son état, elle n'était pas sûre qu'il tiendrait encore longtemps et puis... tout était de sa faute à elle. En voulant les épargner lui et les autres, elle l'avait conduit directement en enfer.
Bolg tourna autour d'elle durant quelques minutes sans un mot. Tout à coup, il la gifla à pleine volée. Sa lèvre se fendit sous l'impact mais elle ne sourcilla pas, ce qui lui valut un regard furieux de l'orc. Il ne dit rien et lui attrapa ses longs cheveux, attirant son visage à quelques centimètres du sien, grimaçant.
- Tu es drôlement fière pour une humaine... siffla-t-il en empoignant son poignard de son autre main. Avoir attiré l'attention d'un elfe te fait certainement avoir une haute estime de toi... Peut-être dois-je m'y prendre autrement alors... Qu'aime-t-il chez toi?... tes beaux cheveux?!
Avec une extrême brutalité, il tordit la masse de ses boucles noires et la tranche d'un geste net. Avec un rire dément, il les jeta au visage de l'ellon. Legolas hurla de rage et essaya de se lever sans succès alors qu'un des monstres lui assénait un grand coup dans le creux arrière de ses genoux.
- Ah... soupira leur chef de façon théâtrale. Elle te semble moins désirable ton humaine, l'elfe, sans sa belle chevelure ?
Il se pencha vers l'ellon et lui murmura à l'oreille :
- Ce n'est que le début... le premier des outrages que je compte lui faire subir. Après tout, ce n'est qu'une sale humaine... elle ne sert en rien nos desseins, mon prince.
Devant les yeux écarquillés de terreur et de fureur de Legolas qui ne comprenait que trop bien les sous-entendus de cette menace, Bolg se rapprocha une nouvelle fois d'Ilyrià, un sourire prédateur flottant sur ce qui lui tenait de lèvres.
-Qu'aime-t-il chez toi, femelle ? répéta-t-il avec un sourire torve... ton corps?... ta poitrine?
Il lui arracha sa tunique révélant à tous sa chair déjà meurtrie par les coups des jours passés. Ilyrià ne put s'empêcher de tenter de cacher sa poitrine offerte aux yeux de tous. Elle avait tellement honte et encore plus que son ami la voir ainsi, lui qu'un orc tenait fermement par les cheveux pour qu'il ne perde rien de l'immonde spectacle.
- Je t'avais prévenu, femelle!
Bolg fit signe à son soldat derrière le prince qui, à l'aide de sa lame, lui entailla la joue gauche.
- Arrêtez! cria-t-elle en laissant tomber ses bras le long de son corps.
les larmes coulaient sur ses joues et l'orc pâle semblait s'en délecter. Il les lécha à nouveau et la proximité de son corps comme de son haleine fétide faillirent la faire vomir. Puis, d'un mouvement lent, il passa la lame affûtée sur son ventre pour remonter jusqu'à son cou, laissant une traînée de sang sur son passage. Un gémissement de profonde douleur s'échappa des lèvres de la jeune femme. Elle crut défaillir mais le regard fiévreux de Legolas la fit tenir droite sur ses jambes. Elle réussit même à lui sourire au-travers de ses pleurs silencieux.
A la voir ainsi se tenir coite sans se débattre, Bolg grogna de mécontentement. Il voulait la voir se tordre à ses pieds et assister à leur déchéance à tous les deux. Leur connivence muette le rendit furieux . Il attrapa sans ménagement un des seins de la Wallen et le griffa au sang jusqu'à sa pointe.
- Les femmes ne résistent pas aux accouplements avec les orcs, susurra-t-il de sa voix caverneuse. Elles ne sont pas assez... résistantes...
A ces mots, il planta ses ongles acérés dans la peau tendre de la cuisse d'Ilyrià. Elle tomba à genoux sous la fulgurance de la douleur. Il passa alors derrière elle et la prit à la gorge, l'étouffant juste assez pour que l'air manqua mais qu'elle ne s'évanouisse pas.
- Détachez l'elfe!... Qu'il vienne admirer le travail de Bolg de plus près! Tous les deux à genoux devant moi!
Legolas fut amené si près d'elle qu'il pouvait sentir son souffle lui balayer le visage et que leurs genoux se touchaient. Il plongea résolument son regard aux pupilles noircies dans le sien. La Wallen pouvait y lire toute la rage et le désespoir qu'il ressentait en cet instant... ainsi qu'une autre émotion qu'elle perçut comme de la culpabilité. Elle en fut épouvantée.
Comment pouvait-il se rendre responsable de toute cette fange, du malheur qui s'était abattu sur eux? Comment?! Pourquoi?! Alors que tout était absolument de sa faute à elle! La jeune femme aurait tant aimé le lui crier, le prendre par les épaules et le secouer jusqu'à ce qu'il arrête de se flageller!
L'ellon restait droit et fier sans dévier ses yeux de son visage pour ne pas ajouter à son déshonneur de la voir à demi nue. Elle se dit que dans d'autres circonstances, sans celui auquel elle ne voulait certainement pas penser, elle aurait pu l'aimer entièrement et passionnément comme il le méritait.
L'attitude du prionnsa fit remonter en Ilyrià une bouffée de courage et de combativité. Elle devait faire quelque chose même si l'issue serait certainement vaine.
La jeune femme agrippa la taille de Bolg qui, tout à la jouissance que lui provoquaient leurs souffrances, n'en tint pas compte. Elle s'entailla la main sur le poignard qu'il avait glissé à sa ceinture.
Alors, elle sut quoi faire... du moins à peu près car elle se rendait bien compte qu'elle avait l'esprit quelque peu embrouillé par la fatigue et la douleur.
Dans un sursaut, elle saisit la dague à pleine main et tira dessus, occultant la douleur que lui infligea la lame. Legolas la vit faire et, d'un accord tacite, ils agirent tous les deux avec une parfaite synchronisation. Ils n'avaient qu'une seule chance et encore mais ils en étaient pleinement conscients.
Elle planta la lame dans la cuisse de Bolg qui la lâcha en glapissant alors que l'elfe se leva d'un bond et mit un coup de tête arrière à celui qui le maintenait somme toute assez mollement le croyant trop faible pour faire quoi que ce soit. Ils se mirent dos à dos mais savaient qu'ils ne feraient jamais le poids face à la horde dans leur état de faiblesse extrême.
Soudain, des grésillements familiers parcoururent le corps de la Wallen comme un rappel de sa double nature. Bien sûr! Comment n'y avait-elle pas pensé avant?!
Elle prit doucement la main de l'ellon et le fit se déplacer tout doucement vers le bord de la chute d'eau sans relâcher sa vigilance. L'immense orc pâle avait retiré l'arme de sa cuisse et se mit à rire devant leur manège en faisant signe à sa troupe de continuer à les encercler.
- Que croyez-vous pouvoir faire? Sauter? ironisa-t-il avec un rire tonitruant. Vous vous noierez ou vous romprez le cou avant même d'atteindre l'eau!
Ilyrià sourit à son tour, les yeux soudainement secs et légèrement amusés de tant d'ignorance... ce qui fit tiquer Bolg. Enfin, elle allait pouvoir jouer son va-tout.
- Enlace-moi, mo prionnsa, souffla-t-elle. Serres-moi aussi fort que possible et surtout baisse la tête...
- Es-tu sûre de ce que tu fais, wen nîn? Murmura-t-il d'une voix rauque.
Legolas la regarda comme si elle était devenue complètement folle mais elle avait l'air si sûre d'elle qu'il obtempéra maladroitement, l'esprit embrumé mais suffisamment conscient de sa poitrine nue contre lui.
- Plus fort! lui intima-t-elle. Ce n'est pas l'heure d'avoir des scrupules Legolas!
Tout en le disant, la jeune femme passa à son tour les bras autour de lui et enroula sa jambe blessée sur sa hanche. Elle regarda le chef des orcs par dessus l'épaule de l'ellon qui avait enfoui son visage dans le creux de son cou comme elle le lui avait demandé.
- Recules maintenant... au plus près du bord, lui commanda-t-elle en surveillant la progression de leurs tortionnaires.
Bolg se rendait compte que quelque chose clochait, elle pouvait le voir dans ses yeux malveillants.
- Sauter vous tueras tous les deux, l'humaine! gronda-t-il.
- Oui... dit Ilyrià d'une voix assurée malgré la lassitude et la douleur. Mais... encore aurait-il fallu pour cela que je sois humaine!
A ces mots, elle ferma les yeux et se laissa tomber en arrière en maintenant fermement Legolas contre elle. La Wallen entendit à peine les hurlements rageurs de Bolg et de sa troupe, toute à sa mutation. Le peu de vêtements qu'elle portait encore se déchira et elle sentit l'ondulation provoquée par l'apparition de ses écailles. Ses cheveux reprirent leur longueur et s'emmêlèrent un peu plus encore. Ilyrià put sentir la vigueur de la sirène remplacer son extrême fatigue et elle réaffirma sa prise sur l'elfe en maintenant sa tête penchée. Elle ne voulait pas qu'il puisse se rompre les cervicales au contact brutal de l'eau.
Heureusement, elle avait totalement transmué quand ils s'écrasèrent dans l'eau gelée de la rivière. Ils plongèrent profondément à cause de la hauteur de leur chute et elle vit que Legolas avalait beaucoup d'eau, beaucoup trop.
La Wallen lui attrapa le menton entre ses doigts et plaqua sa bouche sur la sienne, forçant le barrage de ses lèvres avec sa langue.
Sous la surprise, il ouvrit grand les yeux et eut l'impression que le temps s'était figé dans l'eau verte stagnante. Il la regarda intensément et sut avec certitude qu'il garderait toujours cette image là d'Ilyrià. La sirène le tenait collé contre elle pour qu'il ne coule pas et il percevait sa peau hérissée d'écailles sous la mince barrière qu'offrait le tissu de sa tunique. Ses cheveux formaient une corolle noire autour de son visage fantomatique et il ne pouvait y voir que ses grands yeux si étranges. Il sentait son nez frôler le sien et le goût métallique du sang sur sa bouche. Le sien ou celui de la Wallen, il n'aurait su le dire...
Quand il écarta ses lèvres sous la douce pression que lui infligeait la sirène, elle lui insuffla une grande goulée d'air. Ils remontèrent ensuite à la surface.
- Nous ne devons pas nous attarder, mo prionnsa... Ils vont finir par nous rattraper. Le plus sûr est de remonter le courant... J'ai beaucoup plus de force ainsi et toi... tu n'es pas au mieux, loin de là!
- Je me fie à toi, wen nîn, murmura-t-il avec difficulté.
Elle caressa ses cheveux et lui ferma les yeux malgré ses faibles protestations. Ilyrià utilisa son don d'enjôlement que lui conférait son double pour qu'il se relâche entre ses bras et que leur fuite puisse être ainsi facilitée.
-Repose-toi, mo aelfica prionnsa... chantonna-t-elle au creux de son oreille tout en réajustant sa prise sur on torse.
Quand elle fut sûre, qu'elle le sentit s'abandonner entre ses bras, Ilyrià jeta un regard dur vers le haut de la cascade et aperçut la silhouette massive de leur tortionnaire. Elle se renversa en arrière pour que Legolas ait le visage hors de l'eau et commença à nager avec de furieux coups de queue claquant sur l'eau calme.
Elle retournait à son point de départ. A Mirkwood.
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Alors ? Suis-je une vilaine pas belle de les avoir fait souffrir ainsi ? Ou peut-être l'ont-ils mérité après tout ? Qui les retrouvera ? Bolg... Thranduil... Finnàm à moins qu'il ne soit mort... ou sa sœur à moins qu'elle soit dead elle aussi ?!:)
A vous de me dire ce que vous en avez pensé... Le prochain chapitre... point de vue exclusivement d'un autre personnage mais pas d'Ily même si elle sera là ! Elle est toujours là celle là d'ailleurs !
bisous tout doux !
