Coucou! Hi! Ola! Namaste! Sa salam Alaykom! God dag! Ay! Yambo! Azul! Aloha! Fè! Ni hao!

Salut les didous! Je vous avais prédit certaines scènes qui finalement seront pour plus tard... trop d'infos étaient prévues et du coup peu réalisables en un seul chapitre... Sinon quoi... bah rien en fait! =p j 'espère juste que ce chapitre vous plaira... Voili voilou! :)

Virginie: merci pour ton enthousiasme, il est réellement bluffant... ;)

Krassania ma beauté: je sais qu' Ily t'énerve et oui tu as mis le doigt dessus... c'est une femme comme certaines que je connais... qui savent ce qu'elles doivent faire mais qui, si on leur dit, rebroussent chemin! ;) Ahhhhhhh Finnàm ton Wallen à toi... bon bah y a une dédicace dans ce chapitre juste pour toi ma douce...

Poly Pops: patiente, tu seras bientôt là ma tite loute! Plus longtemps à attendre...

Julie: ma douce lady, heureuse que ce chapitre t'ait plu! comme je l'ai dit plusieurs fois, celui là je l'ai enfanté dans la douleur... et pourtant j'ai eu deux enfants! ;) non frustration et doutes ne font pas toujours bon ménage... Quant à Legolas... hihihihi oui ça craint pour ses petites tresses blondes...

Toutouille: ahhhhhh que dire sinon que je ressens une immense joie devant tes reviews et qu'elles ont, en plus de nos conversations, réchauffé la petite pompe aortique qui me sert de cœur... Merci, merci! tu es quelqu'un d'absolument fantastique! Et j'espère que cette histoire continuera de te plaire...

sinon merci à tous, vous ceux que je connais pas mais qui continuez à lire les aventures de mes chéris doudis Wallens et de mes elfes préférés...

Relectrice (et je suis extrêmement fière de l'écrire): quand une auteure que vous admirez prend le temps de vous relire... roulements de tambour ... Toutouille!

Gros bisous à Sandra et Darkklinne! :)

Chapitre 22,

Ilyrià,

L'après-midi touchait à sa fin lorsqu'ils atteignirent les alentours de la Montagne Solitaire et l'humeur des elfes s'en ressentait grandement. Ilyrià pouvait le voir à leurs mines sombres et fermées comme si chacun de leur pas leur demandait un effort incommensurable. On aurait pu croire à les voir ainsi qu'ils se rendaient à l'échafaud... Les conversations comme les rires s'étaient tûs depuis qu'ils avaient dépassé Lacville où les hommes s'étaient agglutinés pour les voir passer. Ils étaient relativement près les uns des autres mais la jeune femme savait à quel point Thranduil n'aimait pas voir les siens se mélanger. Elle aurait pourtant apprécier visiter la cité sur piloris...

La Wallen soupira intérieurement. Elle avait hâte d'arriver. Depuis qu'ils avaient repris la route quelque chose clochait. C'était le moins que l'on puisse dire. L'air était suffocant de non-dits et de reproches... Elle ressentait avec désolation la froideur dont Legolas faisait preuve à son égard. La chaleur coutumière qui l'enveloppait avec tant de douceur à son contact avait laissé place à une distance horriblement pesante. Oh, il était toujours aussi prêt d'elle physiquement parlant, son corps moulé au sien mais ce n'était dû qu'au si petit espace qu'offrait la croupe de Silmë. Le torse de l'ellon qu'elle avait trouvé si accueillant et réconfortant s'était mué en pierre froide. Même ses mains lui semblaient dures sur les siennes. Non quelque chose n'allait décidément pas et la Wallen avait une peur irraisonnée d'en savoir le pourquoi. Elle avait cru un instant qu'il avait été le témoin malheureux de la triste scène entre elle et le roi mais elle avait vite réfuté cette idée. Elle commençait à le connaître et était quasiment sûr que si tel avait été le cas, le prince aurait explosé beaucoup plus tôt. Or là, il suintait plutôt la réprobation. Elle se doutait bien que sa petite escapade n'y était pas pour rien. Elle avait failli mourir... encore une fois mais le souverain l'avait sauvée... encore une fois. Cela dit, lui ne le savait pas. Alors quoi?

Avoir penser au Seigneur de la Forêt Noire même fugacement lui fut douloureux. C'était comme si son âme se délitait d'elle-même sans qu'elle puisse y faire quoi que ce soit... Le voir aussi près d'elle et malgré tout totalement inaccessible était un véritable crève-cœur. Elle sentit la colère lui battre encore une fois les tempes quand elle repensa à la façon qu'il avait eu de l'inciter à se tourner vers Legolas. Comment pouvait-il prétendre à un quelconque sentiment envers elle tout en la jetant dans les bras de qui qui ce soit d'autre? Elle même avait l'impression de subir mille morts dès qu'elle le voyait adresser la parole à une elleth... Mais Thranduil n'était plus un jeune premier et avait plus d'expérience qu'elle n'en aurait jamais. Encore un fossé que rien ne pourrait jamais combler... Le résumé d'une relation avortée avant même d'avoir pu commencer...

Certes il avait raison mais si sa tête était d'accord, ses émotions elles ne l'étaient pas. L'amour... car la Wallen savait au plus profond d'elle qu'il s'agissait malheureusement de cela et ce même si elle se refusait à se l'avouer... l'amour donc n'était pas une décision que l'on prenait mais un sentiment qui s'imposait avec violence et passion, du moins dans son cas. La jeune femme était jeune, elle, et novice dans cette ronde folle qu'étaient les sentiments... Elle avait connu un certain nombre d'amants mais il avait toujours été question de pulsions charnelles. Celui qui s'était le plus rapproché d'elle avait été Finnàm et Erù savait à quel point ils ne s'étaient jamais vus que comme des amis privilégiés très chaleureux l'un envers l'autre... Elle sourit à cette pensée. Elle était heureuse que le Ceanar ait été le premier homme qui lui ait comblé les sens et le cœur. Malgré tout le passif qui s'accumulait entre eux depuis quelques mois, il n'en restait pas moins la personne sur laquelle elle pouvait compter quoiqu'il arrive.

Là, il s'agissait de tout autre chose... L'embrasement qui s'emparait d'elle et son coeur qui chavirait à sa simple vue étaient autant de signes qui ne trompaient pas. Ilyrià aurait pourtant, à choisir, préféré aimer Legolas sans restriction aucune. Elle aurait voulu pouvoir lui donner ce qu'il méritait, une femme au cœur complètement tourné vers lui et rien que lui. Mais, si elle ne pouvait nier ressentir quelque chose de réellement très fort envers le prince, le roi restait malgré tout dans un coin de son esprit enseveli sous toute la hargne qu'il pouvait aussi lui inspirer. Car oui, il était l'ellon le plus insupportable qui fut et légèrement cyclothymique qu'elle connaisse... Les Valar savaient pourtant combien les Wallens étaient eux même d'un caractère difficile! Comment faisait-il donc pour exceller dans l'art d'alterner le chaud voire bouillant et le froid polaire?

Et oui, Ilyrià était bien une femme et comme beaucoup de représentantes de son sexe, elle aurait aimé qu'il lui montre qu'il tenait un tant soit peu à elle. Elle avait envie d'actes et non de mots vains et stériles tout en sachant pertinemment la chose impossible. Le voir, comme à cet instant précis ne serait-ce que son dos droit, était trop et trop peu... Folle envie de le toucher, de goûter à son grain de peau pâle et parfaite comme de le frapper à mort avec la fusée de la miséricorde qu'elle cachait dans sa botte... Les Wallens étaient comme ça tout en contradictions et excès et elle en était leur digne princesse!

Telle était la problématique de sa vie... le trop! Elle ne savait pas rien faire dans la demi mesure et était tombée sur la seule autre créature d' Arda faîte comme elle... têtue, bornée et juste impossible. A défaut de pouvoir lui donner quoi que ce soit, il lui avait tout retiré et fait comme si rien ne s'était passé. Apparemment, il arrivait très bien à occulter les rares moments passés ensemble mais pas elle. Malgré ses efforts, le souvenir de ses mains sur sa chair, lui, était toujours présent. Elle pouvait encore sentir ses doigts caresser sa peau... une véritable torture.

Mais il avait raison, c'était mieux ainsi. Ce mantra finirait bien à s'imprimer dans sa satanée caboche à un moment ou l'autre et s'il le fallait elle l'y ferait rentrer à coups de pioche!

La Wallen rougit en se décalant sur sa selle de façon à ne plus être complètement moulée au corps pressant de l'elfe derrière elle. Penser au père en étant si près du fils lui tournait la tête... Elle pressa la main de Legolas pour attirer son attention.

Caraid, murmura-t-elle, merci pour ce que tu as fait...

Manan? Pour avoir cru que tu t'étais encore fourrée là où il ne le fallait pas?

L'accusation était à peine voilée et une flambée d'indignation saisit la jeune femme.

Tu es injuste, dit-elle en se renfrognant. Finnàm m'a... Je suis allée faire un tour... En voilà bien une affaire d' Etat!

Avec mon père? Celui que tu exècres?

Nous nous sommes rencontrés sur le chemin, voilà tout!

Ne me mens pas Ilyrià, gronda l'ellon les dents serrées. J'ai croisé Beorn... Tu as failli mourir, te briser la nuque!

Ilyrià tressaillit. Legolas avait sans le vouloir utiliser les mots exacts de Thranduil à peine quelques heures auparavant et c'en était odieusement troublant.

Je ne mens pas -elle était réellement furieuse et martelait chaque mot, son accent encore plus prononcé qu'à l'accoutumée- Je suis déçue, prionnsa... Je ne suis pas captive que je sache... ou alors on m'a très mal renseigné, maître elfe!

Sa voix n'avait plus rien d'amical ou tendre et, si Thranduil en avait plus d'une fois fait les frais depuis quelques mois, Legolas lui en fut décontenancé. Or, sa colère était beaucoup trop ancrée pour qu'il puisse faire marche arrière.

Tu te mets en danger et Ilyrià, tu as l'instinct de conservation d'un elfing et encore, pinig! Il faut bien que quelqu'un veille sur toi... quitte à devoir te brider!

Le mot était lâché, celui qu'il contenait et auquel il pensait depuis quelques temps déjà. Les intentions mises au grand jour de l'elfe mit à mal le peu de quiétude qui leur restait encore. Même Silmë le ressentit et commença à montrer des signes d'impatience lui aussi. Il piaffa nerveusement, ce qui eut pour effet de faire légèrement tourner la tête du souverain, à quelques pas devant eux. De toute évidence, il ne perdait rien de leur altercation et n'avait pas l'air de vouloir intervenir. La Wallen ne put faire bonne figure plus longtemps et se retourna du mieux qu'elle le put pour lui faire face. Ses yeux lançaient des éclairs et ses lèvres ne formaient plus qu'une mince ligne amère.

Me quoi?! Me brider?! Me prends-tu pour un de tes stupides canassons, Legolas Vertefeuille? Es-tu devenu fou?

Et toi? répliqua-t-il sur le même ton dur et cassant. Cherches-tu donc à attenter à ta vie pour agir aussi sottement?!

Elle vacilla devant cette accusation somme toute assez juste mais sa colère n'avait d'égale que sa mauvaise foi.

Amadan aelfica!

Ne te réfugie pas derrière ta langue, gwend! (jeune fille) C'est un procédé, par les Valar, bien trop aisé! Ton inconscience m'oblige à prendre des décisions drastiques pour toi! Si ta sécurité t'importe peu, elle me tient à cœur à moi! Et si je dois faire surveiller chacun de tes gestes, je le ferai, sois-en sûre! Tu as failli être tuée, tu as été torturée Adaneth... Cette misérable pourriture d'orc que je tuerai un jour ou l'autre je puis te le jurer a posé ses immondes mains sur toi... s'emporta-t-il, et...

Duin do bheul! Tùch! siffla Ilyrià, les larmes menaçant dangereusement de poindre. Tais-toi, Legolas! Comment peux-tu... Je veux descendre!

L'ellon eut alors l'air mortifié par ses paroles, se rendant compte que leurs tons tenaient plus du cri que des murmures. Beaucoup d'elfes autour d'eux les avaient entendu même s'ils mettaient tous un point d'honneur à faire comme si tel n'était pas le cas. Thranduil s'était retourné d'un mouvement brusque et le fusillait maintenant de son regard glacial. Ce qui, jusque là, avait été étouffé par les soins du roi était désormais de notoriété publique et ne tarderait pas à faire le tour des cavernes dès leur retour...

Wen nîn, je suis désolé, souffla-t-il, éperdu. Je ne voulais pas... je n'aurai jamais...

Je veux descendre tout de suite! Galla! Si tu ne t'arrêtes pas immédiatement, je le ferai moi-même! s'exclama-t-elle en faisant mine de passer une jambe par-dessus l'encolure de Silmë.

Soudain, la jeune femme se sentit soulevée dans les airs, arrachée des bras de l'ellon qui venait de la blesser. Elle fut assise brutalement sur une autre monture. Elle allait invectiver l'audacieux quand l'odeur dégagé par ce dernier lui fit taire toute velléité.

Mélange de sang séché, d'hydromel et de braises encore chaudes... Klaùs!

Il l'installa devant lui et lui embrassa le sommet du crâne. Le Wallen adressa un signe de tête au prince plus que contrit de la tournure qu'avait pris les événements mais toujours autant contrarié. Il ralentit l'allure pour se dégager de la compagnie des deux seigneurs elfiques. Ilyrià cala sa tête contre son torse, heureuse de pouvoir s'abandonner dans une étreinte chaste et sans aucune arrière pensée.

A chaileag (petite fille), tu vas finir par tuer ton elfe! dit-il avec un rire qui tenait plus du grondement.

Prionnsa Legolas n'est pas mon elfe! marmonna-t-elle, boudeuse et l'âme encore rancunière après cette première dispute sérieuse avec le prince.

Klaùs porta à sa bouche un cigarillo qu'il alluma d'une espèce d'éternuement enflammé avant de le passer à sa cousine. elle le coinça avec gratitude entre ses lèvres. Il se pencha ensuite vers elle et lui souffla à l'oreille:

Ah oui?... Duquel parles-tu? Et de qui crois-tu que je parle moi?

Les joues rondes de la jeune femme rosirent sous l'insinuation qu'il ne prenait pas même la peine de déguiser.

Mo co-ogha (ma cousine)... Je lis en toi comme dans un livre ouvert, je te l'ai déjà dit, soupira Klaùs dans le creux de son cou, tu ne peux rien me cacher... Je te connais mieux que tu ne te connais toi-même...

N'abuse pas vilain garnement!

L'usage de leur langue leur permettait de converser à l'insu des oreilles elfiques beaucoup trop présentes autour d'eux.

A righ, mo chridhe (mon cœur)... susurra-t-il avec un léger dégoût dans la voix qu'il ne pouvait cacher, ne peux-tu donc pas passer outre? Je peux comprendre... Non en fait non, je ne peux pas croire qu'un tel être ait pareille emprise sur toi! Il est si... si... aelfica! cracha-t-il avec dédain.

Klaùs...

Carson e? (pourquoi lui?)

Klaùs...

An aithne dhut? (le sais-tu vraiment toi?)

Klaùs, répéta-t-elle exaspérée en guise d'avertissement. Il ne s'arrêta pas pour autant.

Chain eil mi a' tuigsinn (je ne comprends pas)... marmotta le soldat, une ride soucieuse lui barrant le front.

Tha fios agam! (je sais!) explosa Ilyrià. Je ne comprends déjà pas moi-même, comment le pourrais-tu toi? Il est tant de choses que je n'aime pas!

Elle tira une longue bouffée avant de repasser le cigarillo à son cousin qui le termina et le jeta d'une pichenette sous l' oeil écœuré d'un elfe. Un sourire carnassier étira ses lèvres fines à l'attention du perturbateur. Comme pour le narguer lui et tous ses congénères, il sortit une flasque de sa tunique

pour en boire une longue rasade après l'avoir salué avec sa boisson.

Tu es ingérable, cousin...

Tha fois agam ort tù! sourit le Wallen en lui caressant ses cheveux désormais courts. Tes cheveux sont pires qu'avant, Ily! On aurait dit une méduse aux innombrables tentacules et maintenant...

Aye (oui)?

Et maintenant, reprit Klaùs, tu ressembles à... non en fait j'aime... Ils sont comme toi, fougueux et inqualifiables! Rien que ça, co-ogha... tu vois que tu n'as rien de commun avec cet ellon si parfait!

Peut-être est-ce toi qui éprouves quelque chose pour lui? susurra Ilyrià avant de se dire qu'elle était peut-être allée trop loin.

Quelques longues, très longues secondes passèrent où la Wallen attendit de voir s'il allait la jeter de son cheval pour avoir osé lui dire ça mais rien. Au contraire, le seaghdear se mit à rire grassement et un léger chuintement de fumée sortit de sa bouche.

Ahhhhh! Tu es la seule à qui je n'arracherais pas la tête pour avoir ne serait ce que penser que je pouvais être attiré par un elfe! -il se passa sa grande main calleuse dans ses cheveux très courts, les ébouriffants pour le coup totalement- Nous les Wallens sommes les esclaves de nos pulsions certes et d'aucun dirait même animales... mais un elfe! Par Erù, si c'est un homme que je veux dans mon lit, il sera toujours plus... Wallen, cela n'a rien d'un secret, conclut-il en coulant un œil amusé vers le Ceanar un peu plus loin.

Si les autres connaissaient cet aspect de notre personnalité, nous serions brûlés vifs... commenta la jeune femme avec un rictus désabusé.

Nous sommes libres... à l'écoute de nos envies et nous les assouvissons.

Toi plus qu'aucun autre! rit-elle en le frappant gentiment sur le bras.

Surtout moi, confirma-t-il joyeusement.

Elle allait lui répondre quand les clameurs autour d'elle lui firent perdre le fil de ses pensées. Elle vit alors ce qui arrachait tant de réactions aux elfes d'ordinaire si taciturnes. Et en resta bouche bée.

- A beinn... (la montagne...) souffla Klaùs lui aussi subjugué en resserrant machinalement l'emprise de ses bras sur sa cousine.

La Montagne Solitaire. Erebor.

Ilyrià eut le souffle coupé par la beauté du spectacle qui s'offrait à elle. Car pour être spectaculaire, ce pic l'était assurément et le mot était d'ailleurs sans doute trop faible pour faire état de ce qu'elle pensait là tout de suite.

Il était juste énorme... Elle ne voyait pas d'autre mot pour résumer la montagne dressée devant elle. Elle devait avoisiner facilement les mille deux cents mètres de haut si on s'en tenait à la présence de neige éternelle et, à vue de nez, son diamètre colossal devait dépasser les quinze kilomètres... La Wallen notait avidement chaque détail. Elle ne voulait rien louper de cette imposante beauté de la nature. De son sommet, elle pouvait voir serpenter plusieurs crêtes qui formaient de loin une espèce d'étoile escarpée et sauvage. En les suivant du regard, elle aperçut que l'une d'elle menait sur une large vallée où trônait une cité tandis qu'une autre s'achevait sur une immense construction ressemblant fort à une grande porte. Là où la caravane se dirigeait justement... D'impressionnantes statues représentant des rois nains à n'en pas douter l'encadraient. La jeune femme reporta son regard sur la montagne, soufflée par ce tableau qui lui rappelait étrangement sa cité... la nature dans tout ce qu'elle avait de plus vivante et de brute.

Regarde co-ogha... a clachann, lui montrait Klaùs du doigt, lui aussi enchanté de la vue devant eux, as creag...as bleàth... a sneachda... (le village... les rochers... la flore... la neige...)

Sgèimheach! (magnifique!), s'exclama-t-elle.

Leur contemplation fut interrompue par l'arrivée à leurs côtés de Thranduil qui avait rebroussé chemin. Son visage plus fermé que jamais témoignait de la tension extrême qu'il ressentait à ce moment. Il les fit s'arrêter et se plaça à côté de leur cheval.

Il serait souhaitable que Dame Ilyrià monte désormais avec moi ou Legolas, dit-il d'une voix neutre. Question de protocole.

Je suis son cousin et j'appartiens de ce fait à la famille royale wallen. Le protocole est tout trouvé!

Je ne renie pas votre ascendance wallen, rétorqua le roi avec une certaine lassitude, mais la princesse fera bientôt partie de notre peuple et à ce titre...

Je vais monter avec vous, le coupa Ilyrià. Il est inutile de tergiverser, Klaùs. A righ a raison, nous le savons tous les deux. Je vais descendre...

Inutile.

Avant de pouvoir dire quoi que ce soit, la Wallen se sentit une nouvelle fois soulevée pour prendre place juste devant l'elfe. Monter sur son espèce de... elle ne savait même pas trop de quelle espèce il s'agissait là la fit glapir de frayeur et d'agacement.

Oh mais par Erù! Quelle est cette manie que vous avez tous de me déplacer sans me demander mon avis comme un vulgaire sac de provisions! grommela-t-elle.

Le seigneur ne prit pas la peine de lui répondre et lança sa monture au galop afin de repasser en tête du cortège. Un soubresaut de l'animal lui arracha un cri d'épouvante. Elle sentit alors le bras de Thranduil s'enrouler fermement autour de sa taille et la serrer contre lui... un peu plus étroitement qu'il n'était nécessaire et le temps d'un battement de cœur elle s'en délecta humant avec délice les effluves de son enivrant parfum. Plus ils avançaient et plus elle le sentait se raidir dans son dos. La haine farouche qu'il portait à ce peuple dont les aïeux avaient massacré les siens était viscérale, elle en prenait réellement la pleine mesure.

La Wallen voulut soulager sa peine pour le calmer d'une part mais aussi pour que la confrontation ne tourne pas au désastre le plus total. Elle savait au plus profond d'elle que c'était là sa tâche pour le moment... mettre de côté les sentiments qui pouvaient l' animer quels qu'ils soient et le soutenir dans cette épreuve, laquelle tenait plus du calvaire pour lui. Le roi était tellement tendu que les choses ne pourraient que mal se passer...

Ilyrià posa ses doigts frais sur la main de l'ellon. Ce simple contact l'électrisa, une nuée de papillons voletant avec frénésie dans son ventre. Elle la pressa rapidement en tentant d'ignorer les frémissements de sa peau sur la sienne.

Aran nîn, air do shacain (calmez-vous)... Ne leur donnez pas de l'occasion de médire... Restez vous-même, vous êtes le roi... mo righ.

Il ne dit rien mais leurs doigts s'entrelacèrent quelques secondes et le pouce de Thranduil caressa légèrement le creux de sa paume. Ilyrià, rassérénée, reporta toute son attention sur le cortège qui les attendait en deçà de la Grande Porte et fit abstraction du reste.

La délégation naine était composée d'une quarantaine de soldats précédés de quelques hauts dignitaires. Elle pouvait le voir à leurs riches vêtements et aux diverses parures qui les recouvraient. Thranduil se crispa un peu plus dans son dos. La jeune femme n'eut pas besoin de poser la moindre question pour saisir l'affront qui lui était fait. Si elle s'en référait au peu qui lui avait été rapporté sur le roi nain, la seule chose qu'il avait en commun avec son homologue elfe était leur amour des pierreries et autres colifichets comme se plaisait à les appeler la Wallen. Aussi, ne doutait-elle pas que le souverain, hautement conscient de son royal statut, ne se présentait exclusivement que couronné. Elle comprit donc aisément qu'il n'avait pas eu la correction de venir accueillir le seigneur sylvestre. Elle ne put retenir un sourire narquois. Le si hautain ellon des bois comprendrait peut-être ce qu'elle même avait pu ressentir lors de son arrivée en Forêt Noire...

A la place où aurait dû se tenir le roi sous la montagne se trouvait un autre nain. Au vu de la déférence que semblait lui vouer l'armée autour de lui, elle sut qu'il s'agissait là du prince Thrain. L'héritier de Durin était plutôt grand et pourvu d'une barbe grisonnante de taille impressionnante. Elle fut surtout frappée par l'éclat de douceur qui illuminait son regard grenat. On disait le peuple nain rude mais celui-ci dénotait par cet aspect doux, voire faible. Son regard fut ensuite attiré par celui à sa droite.

Là la faiblesse n'était pas de mise. Loin de là. Lui aussi de haute stature, il était musclé pour les critères nains. Ilyrià fut frappée par l'aura écrasante et guerrière qu'il dégageait et qui n'était pas sans lui rappeler celles des hommes de sa cité. Ses cheveux aile-de-corbeau lui tombaient en de gracieuses ondulations le long de ses épaules carrées et étaient parsemés de tresses comme de bijoux. Le visage anguleux, les traits forts taillés à la serpe, des orbes couleur de houle, la barbe fine et tressée... La Wallen ne put s'empêcher de le trouver séduisant et incroyablement viril. Comme s'il avait perçu ses pensées, Thranduil gronda dans son cou.

Les nains! maugréa-t-il, les dents serrées. Ne leur faîtes pas confiance, ma Dame.

Il arrêta l'élan devant eux et en descendit lestement. Sans un regard dans leur direction, il se focalisa sur sa compagne d'infortune et lui tendit le bras pour l'aider à mettre pied à terre. Legolas se posta à leurs côtés et le moins que l'on puisse dire c'est qu'elle se sentait protégée entre ces deux ellyn imposants! Le prince avait encore le regard durci des suites de leur altercation. La Wallen posa sa main sur le poing du roi puis ils avancèrent d'un pas bien trop cérémonieux au goût de la jeune femme.

Un nain à l'allure beaucoup plus traditionnelle à celle que s'en faisait Ilyrià s'approcha d'eux, un sourire bienveillant plaqué sur ses lèvres fines. Une barbe châtaine absolument démente lui descendait jusqu'à la taille et mangeait les trois quarts de son visage rond. Ses petits yeux bruns pétillaient d'intelligence et de malice. Après une petite courbette, il déclama:

Roi Thranduil, fils d'Oropher, seigneur sous les arbres de la Forêt de Grand'Peur anciennement nommée Vert-Bois-Le-Grand, bienvenue à Erebor, royaume sous la Montagne!

Il se décala avec un geste ample de la main en direction de son prince pour faire les présentations sous les yeux de toutes les parties en présence.

Voici Thrain, fils de Thror et son héritier Thorin, dit-il en désignant le nain aux cheveux noirs.

Thrain, après un bref signe de tête vers les deux ellons, se tourna vers Ilyrià et la détailla avec curiosité, un sourire aux lèvres.

Merci Balin, mon ami. Ainsi donc voilà en notre domaine de rocs et de pierres la Princesse sous la Mer... Une représentante Wallen hors de sa cité flottante... curieux et fort rare... fit-il d'un ton amical. Le roi Thror, mon père, attendait votre venue avec grande impatience. Mes seigneurs, ne faisons pas attendre notre souverain! Vous pourrez ensuite rejoindre les appartements qui vous ont été assignés et profiter des splendeurs de nos cavernes! Et ce soir, conclut-il avec un clin d'œil coquin vers Ilyrià, ce soir le banquet! Un bal, chers amis! Dans la plus pure tradition naine, en l'honneur des hauts dignitaires ici présents... Gondor! Rohan! Harrad! énuméra le nain fièrement.

Sommes-nous donc les seuls elfes ici présents? demanda naïvement Ilyrià.

Car vous êtes vous-même une elfine, ma Dame? se moqua le susnommé Thorin avec un rictus narquois.

La jeune femme rougit violemment avant d'éclater de rire. Elle avança jusqu'au nain bourru et lui asséna une grosse accolade.

Caraid, je crois que nous allons bien nous entendre! rit-elle en lui prenant le bras au grand dam des deux elfes à ses côtés. Mon pauvre cousin n'arrête pas de le crier... je tiens plus du gobelin mal dégrossi que de l'elfe!

Thorin sourit à la jeune femme avant de jeter un regard torve à Legolas.

Quelle chance a donc votre promis, ma mie... Un bien beau mélange en perspective...

Suivez-nous, roi de la Forêt Noire, suivez-nous jusqu'au coeur de la montagne solitaire! Venez admirer sa puissance enchanteresse! claironna Thrain.

Thranduil se retourna vers le reste de sa troupe et d'un mouvement gracile de la main leur fit signe de suivre les soldats nains. Il ne garda auprès de lui qu'Elwë. Le roi prit la tête de la marche avec Thrain suivi d'un Legolas fort sombre et de Thorin flanquée d'Ilyrià à son bras. Le souverain sylvestre répondait aux questions du prince du bout des lèvres. La Wallen devinait aisément à la raideur de son port de tête combien il lui était pénible de se retrouver là en ce qu'il considérait comme un terrain fortement hostile. Quant à Elwë, il suivait son roi comme son ombre, certainement plus fidèle encore pensa-t-elle. Legolas s'approcha d'elle d'une démarche qui se voulait mesurée, lui démontrant ainsi toute la réticence qu'il éprouvait encore envers elle. La jeune femme se détacha à regret du prince nain et posa sa petite main sur son bras en prenant soin de laisser le plus de distance possible entre eux deux. Elle n'aimait pas ça mais était d'une nature hautement vindicative. Après tout ce n'était un secret pour personne... et apparemment l'ellon l'était lui aussi.

Ils entrèrent sans un mot dans une salle tout bonnement gigantesque et comme poudrée d'or. Tout y était d'un faste et d'une richesse inouïs... Qui que ce fut ne pouvait qu'être ébloui de tant de beauté y compris les Wallens pourtant peu portés sur les possessions matérielles. Mais là! Ilyrià en avait le souffle coupé et son cavalier, tout prince elfe qu'il fut, n'y était pas insensible non plus si l'on s'en référait à son air béat. La démesure était de mise partout, dans chaque recoin de ces entrailles terrestres. C'en était d'une complète indécence... Tant d'or, de pierreries plus précieuses les unes que les autres à quelques lieux d'où tant d'êtres vivotaient.

La voûte de cette galerie était retenues par d'énormes obélisques ciselés et veinés d'émeraudes et autres rubis. De nombreuses statues étaient érigées de part et d'autres comme autant de témoignages de la fameuse lignée de Durin.

Est-ce là la seule entrée? demanda Ilyrià en regardant tout autour d'elle d'un œil critique. Une seule grande porte pour pareil endroit me paraît bien présomptueux... Ne craignez-vous pas pour les vôtres?

Non, Dame Wallen, nous ne craignons pas pour les nôtres... Qui oserait s'en prendre au royaume d'Erebor? Ce ne pourrait être que l'acte d'un fou... Mais ne vous inquiétez pas, certaines sont juste disséminées aux yeux des non-initiés, répondit Balin avec un sourire indulgent. Plusieurs entrées plus confidentielles amènent aussi aux différentes éminences qui nous entourent comme celle de Ravenhill.

Je vous avoue que de me savoir enfermée dans une montagne me met légèrement mal à l'aise... dit-elle dans un filet de voix.

Ce n'est pas étonnant pour une fille de la mer... marmotta Thorin, ses yeux d'oiseau de proie fixés sur elle. Malgré son regard peu amène, elle lui fut grée de transmettre aussi simplement son malaise. Le prince nain lui inspirait décidément confiance en dépit des injonctives de Thranduil. C'est magnifique et démentiel! finit-elle en ne sachant plus où poser ses yeux tellement il y avait de choses à voir.

Thrain poussa une lourde double porte sertie elle aussi d'une multitude de pierres précieuses pour les faire entrer dans une nouvelle pièce bien différente de la longue galerie qu'ils venait de traverser. Ilyrià ne trouvait plus ses mots, ce qui était rare il fallait l'admettre. Cette grande salle semblait littéralement faîte de mythril liquide... Elle étincelait à s'en brûler la rétine. Les murs comme le sol étaient si lumineux que l'enceinte paraissait irradier. Rien n'ornait les murs sans aucune fioriture. Ils n'en avaient juste pas besoin. Les matériaux utilisés faisaient eux-même office de décorum. Aucune ouverture, aucune trace de vie végétale ou animale... La jeune femme habituée à vivre au contact de la nature si récalcitrante qu'elle puisse être comme la Forêt Noire suffoquait. Ne pas sentir le moindre filet d'air sur son visage lui donnait l'impression d'étouffer aussi sûrement que si une main invisible lui broyait la trachée. Elle se serra instinctivement contre le prince. Comment faisait-il donc pour rester aussi stoïque, lui l'elfe des bois, alors qu'elle savait combien il lui en coûtait d'être sous terre?

Au milieu se trouvait un trône surplombant la salle pour afficher sa suprématie sur le reste de la lie... Encore une chose qui n'existait pas chez elle et dont elle se félicitait. Un roi n'était pas meilleur que ses sujets disait son père... Au contraire, c'était lui qui était à leur service. Manifestement, le suzerain nain ne l'entendait pas ainsi... Le siège royal était à l'image du reste de la pièce, soit massif et sans apparat. Seule une pierre était enchâssée dans son dossier... Mais quel joyau! Oval et bombé, il s'en dégageait une indicible aura qui donnait à tout le reste autour une atmosphère mortifère tellement elle était éclatante...

Le fameux Arkenstone déterré ou plutôt arraché du cœur de la Montagne Solitaire. C'était comme de regarder la robe étoilée de Varda d'infiniment près... comme si chacun des astres dont Thranduil lui avait conté l'histoire était désormais accessible... Une myriade de couleurs au diapason de ce que lui renvoyait sa propre humeur...

La Wallen s'arracha de sa contemplation pour reporter son attention sur le roi de ces lieux bien trop dispendieux pour être honnêtes. Le souverain nain était la copie aux favoris de neige conforme de son fils. La seule différence résidait dans la richesse outrancière de ses habits. Chaque vêtement semblait être cousu d'or fin... même sa barbe tressée s'ornait d'une multitude de perles et bagues plus ouvragées les une que les autres.

Mais ce qui frappa Ilyrià fut sans conteste le regard du nain. Elle pouvait y lire chaque expression que Sturten lui avait maintes fois décrites au propos de ses oncles maternels: violence, cupidité, avidité... Elle frissonna et ce n'était pas dû à la fraîcheur de la pièce qui n'avait d'égale que celle dégagée par la quasi totalité des personnes présentes.

Thrain et son fils allèrent prendre place sur les marches attenantes au trône duquel le roi ne se leva pas, marquant par là tout ce qu'il pouvait ressentir à l'égard de ses hôtes. Il défiait ainsi ouvertement le souverain elfe d'une vaine impolitesse. Les deux seigneurs se jaugèrent du regard avec animosité. L'ellon prononça de sa voix de basse les quelques paroles de circonstance qu'on attendait de lui et de la si légendaire correction elfique. La Wallen pouvait sentir à chacune de ses intonations combien il lui en coûtait et qu'il voyait cela comme une réelle vicissitude. L'affaire qu'il avait à conclure devait être incroyablement importante pour qu'il se laisse aller à de telles pratiques, lui si hautain et tout de même très légèrement narcissique. Legolas lui aussi était aussi tendu qu'une des cordes de son arc et il serrait les poings si convulsivement que la jeune femme ne put le bouder plus longtemps. Elle prit sa main blessée entre les siennes et l'effleura du bout des doigts en lui adressant un sourire timide. A celui qu'il lui retourna, éblouissant, elle sut qu'il s'était détendu, un peu du moins et c'était déjà ça. Tout était bon à prendre comme on disait chez elle. Legolas avait moins d'expérience que son père dans les rouages politiques et diplomatiques. Il ne pouvait aussi bien dissimuler son ressentiment...

Elle détesta le sourire mauvais qui fleurit alors sur les lèvres parcheminées du roi nain. Il ne se donna pas la peine non plus de répondre aux formules de politesse, se contentant d'un vulgaire hochement de tête. Au regard de Thorin, elle devina qu'il ne cautionnait pas l'attitude de son grand-père et s'en trouva soulagée. La jeune femme était sûre qu'il pouvait se révéler un potentiel allié à leur cause. Thror fit signe à un de ses congénères qui jusque là s'était montré digne des meilleures statues. Il avança en claquant des doigts et encore un autre nain lui apporta un coffret de métal orné d'un motif qu'Ilyrià put reconnaître de là où elle se trouvait. Une feuille. L'emblème de la Maison de la Vertefeuille, celle de Legolas. Elle le sentit se contracter à la vue de la caissette grise. Visiblement quelque chose lui échappait, quelque chose d'important pour lui comme pour son père. Voilà donc la raison de leur venue... C'était donc cela qui avait décidé Thranduil à se rendre dans cette montagne si répugnante à ses yeux?... Présenter ses respects à un nain, lui Haut Roi, devait lui écorcher le coprs entier... Elle devinait sans les voir le regard d'acier et ses belles lèvres pincées.

Le nain ouvrit alors la caissette sous les yeux du roi elfique. On aurait dit que le temps s'était figé tel le Grand Arbre Monde à la naissance de ses neufs enfants... Quel était l'étrange maléfice qui captivait tant son roi?... Qui donnait à Thror ce sourire suffisant?... Qu'est-ce qui voilait ainsi le regard d'azur du prince elfe?

Elle lâcha le bras de ce dernier et s'avança d'un pas, juste assez pour voir un amoncellement de gemmes blanches ainsi qu'une parure digne d'une reine. La jeune femme n'en crût pas ses yeux. Tant de roulements de tambour et autres manières ampoulées pour ça? Son coeur de Wallen étranger à ce genre de gourmandises piaffa d'incompréhension. Où donc était le plaisir de posséder ce genre de richesses?! Certes elle savait apprécier elle aussi de beaux bijoux mais de là à tant de simagrées... Elle était Wallen et la seule chose qu'elle désirait, elle comme les siens, étaient l'assouvissement de ses besoins, si primaires soient-ils...

Le nain avait entre temps refermé la boîte et l'avait remise à nouveau entre les mains du précédent porteur qu'Ilyrià identifia comme étant un écuyer. L'air contrarié de Thranduil fut rapidement occulté par le masque doux et affable que la jeune femme avait appris à craindre. Soudain, la voix de Thror s'éleva gutturale dans ce silence quasi religieux.

Roi Thranduil, seigneur de la Forêt, je vous ai montré mon trésor... Souffrez de me dévoiler le vôtre...

Ilyrià ne comprit pas tout de suite de quoi il retournait, de quoi parlait ce suzerain qui ne lui inspirait que de la méfiance. Seulement la prise de Legolas sur sa main à nouveau ne lui dit rien qui vaille. Au contraire. Elle le regarda et prit peur. Ses yeux bleus métalliques et la ligne de ses mâchoires serrées étaient sans conteste annonciateurs d'orage. Son instinct de conservation s'éveilla. On aurait dit qu'une colonie de minuscules araignées lui remontait la colonne vertébrale.

Thranduil s'écarta à regret pour laisser la vue libre à Thror et elle sut. Le nain parlait d'elle. Il la regardait comme si elle était une chose rare et précieuse, ce qui aurait pu être flatteur sans l'éclat dans ses yeux. La convoitise qu'elle lut dans son regard délavé la fit frémir de dégoût. Il la détaillait sans vergogne de haut en bas puis dans le sens contraire... comme une possession qu'il songeait à acquérir. Voilà à quoi elle ressemblait. Voilà ce qu'elle était là tout de suite, son rôle précis dans ce voyage. Quelque part, Thranduil se servait d'elle pour attirer le roi nain friand de reconnaissance. Or avoir une princesse wallen à sa cour était un signe de prestige dont peu ou prou pouvait s'enorgueillir. Sturten mettait un point d'honneur à banaliser leur cité de façon à n'avoir que très peu de rapports avec les autres peuples d'Arda. Elle- même avant de partir dans son nouveau royaume n'était jamais sortie de la cité sur la mer si ce n'était pour se rendre sur Terra. Son père était d'une extrême prudence car il ne souhaitait pas voir les siens réduits à un spectacle de foire aux monstres. A voir l'excitation contracter le visage du roi nain, il n'avait visiblement pas eu tort...

Thror se pencha pour la fixer un peu plus avant de se renfoncer dans son trône.

Dame Ilyrià... commença-t-il d'une voix doucereuse qui ne fit que la hérisser un peu plus. Je suis charmé de votre présence dans ma Montagne. Puisse-t-elle nous être agréable à tous ma chère... La princesse sous la mer ici accompagnée de deux membres de la célèbre Garde qui plus est... Quel honneur me faîtes-vous donc là! J' espère que vous trouverez vos appartements à votre goût, princesse sirène... -il ne put s'empêcher de passer sa langue sur ses lèvres- mon amie si j'osais... si j'osais... Allez faisons fi des protocoles ma Dame! Je suis sûr que votre séjour nous permettra de devenir bons amis! Alors... aurons-nous le plaisir d'assister à votre transformation? Un tel spectacle doit valoir son pesant d'or! Grogna-t-il avec envie.

Ilyrià ne sut quoi répondre, effarée par ce qu'elle venait d'entendre. Avait-il vraiment dit ce qu'elle avait cru comprendre? Alors oui effectivement comment osait-il? Comme si elle n'était qu'un vulgaire animal destiné au plaisir et au bon vouloir de ce roi prétentieux et pédant! La colère lui empourpra les joues et elle allait plus que vertement lui répondre avec toute l'indignation dont elle était capable quand la voix de Legolas s'éleva cinglante.

Ma Dame, lâcha l'ellon en insistant lourdement sur ces deux mots, ma Dame ne se transmue plus. Elle vit désormais à l'elfique et ne souhaite plus en venir à cette coutume wallen même si elle ne renie en rien son appartenance à son peuple et à ses coutumes.

A ces mots prononcés avec véhémence, Thror sembla se rembrunir et les congédia d'un bref salut toujours aussi peu protocolaire. Thorin regarda la jeune femme avec affliction comme s'il savait quelque chose dont eux n'avaient pas encore conscience et qui allait fortement leur déplaire. Ils se détournèrent et rebroussaient chemin quand la voix du souverain s'éleva à nouveau.

Vous me voyez heureux de savoir que les traditions wallens sont toujours chères à votre cœur, Ilyrià princesse sous et sur la Mer... N'est-il pas coutume que l'une des vôtre danse lors des rencontres diplomatiques en gage d'amitié sincère?...

La jeune femme s'arrêta net. Le cœur lourd, elle se retourna vers lui en ignorant les visages étonnés des deux ellyn. Elle planta son regard dans celui du roi. Elle lut clairement qu'il avait gagné ce qu'il souhaitait réellement depuis le début.

Or, à moins que l'on ne m'ait abusé, vous êtes la seule représentante présente... J'aurai donc la joie et le bonheur d'assister à ce spectacle sans commune mesure, susurra-t-il en souriant vicieusement à Legolas. -alors qu'elle allait répliquer, il ne lui en laissa pas le temps- Tout est prêt pour cela, ma Dame... Vous trouverez tout ce qu'il vous est nécessaire dans vos appartements... cadeau de votre père... Quelle chance avons-nous donc! Votre réputation vous précède! La meilleure des danseuses au bal du seul et unique roi sous la montagne! Voilà qui restera dans les annales d'Arda!

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Thranduil,

L'aller jusqu'aux appartements du roi sylvestre se fit dans le silence le plus total. La Wallen était encore sonnée de l'impudence dont venait de faire preuve le seigneur nain à son égard. Ils entrèrent sans un regard pour la magnificence du salon. Chose inconcevable, Legolas alla directement à une petite desserte se servir une coupe de vin qu'il vida d'un trait. L'ébahissement se lisait sur son visage. Quant à Thranduil, Ilyrià osait à peine lever les yeux sur lui. Après avoir fait les cent pas en long et en large, il alla s'asseoir dans un fauteuil crapaud. Il croisa ses longues jambes et cala son menton dans le creux d'une de ses paumes, pensif. Aucuns d'eux ne semblaient vouloir prendre la parole. Ilyrià resta debout au centre de la pièce, ne sachant quoi faire de son corps. Elle se dandinait d'un pied sur l'autre. Tout à coup l'orage éclata.

Mais que s'est-il passé? tonna Legolas en reposant le verre si fort qu'il cassa en mille morceau sans que l'ellon y porte la moindre attention.

Il se passe, ion nîn, que ce fourbe a réussi son coup... soupira le roi en dardant son regard de glace dans celui furieux de son fils. Il a tout ce qu'il n'a jamais osé que désirer secrètement... rabaisser un seigneur elfe... Quoi de mieux pour cela que faire danser comme une vulgaire fille d'auberge la future princesse de son royaume?!

Elle ne le fera pas!s'écria le prince, les yeux brillants de rage. Hors de question! Elle ne se donnera pas en spectacle pour assouvir les besoins de ce porc! Je lui arracherai les yeux avant qu'il puisse les poser sur elle!

La violence de l'ellon laissa la Wallen incrédule. Elle savait de quoi il était capable mais cet accès d'agressivité la laissa médusée. Elle sentait la possessivité latente dans ses mots. Surtout il devait se calmer pour éviter un quelconque incident diplomatique.

N'exagérons rien, ce n'est qu'une danse, marmonna-t-elle en haussant les épaules. Ne vous méprenez pas, continua la jeune femme devant leur air outré, cela ne m'amuse pas du tout... enfin pas dans ces circonstances. Bien évidemment que de me faire forcer la main ne me réjouit pas... mais ce n'est qu'une danse. Je l'ai fait des centaines et des centaines de fois! Si mon père n'y voit là aucune objection et apparemment ce n'est pas le cas, qui suis-je pour m'opposer?... Et puis s'y opposer serait pour lui le meilleur moyen de vous refuser ce que vous êtes venus chercher mes seigneurs... Alors ne vous agacez pas comme ça... Je le ferai et chacun aura ce qu'il souhaite.

Vraiment? s'exclama Legolas, rageur. Parce que je ne me vois pas dans ce cas de figure! Rien ne me sied dans cette mascarade!

Ion nîn, ta promise a fait son choix de toute évidence...

Ada, je me fiche que vous récupéreriez vos précieuses gemmes! Quand bien même elles auraient appartenu à ma mère! Tout cela est trop cher payé! Le tribut demandé est tout simplement trop élevé! Mais puisque je suis le seul à penser ainsi... Je vous laisse à vos idées délirantes! conclut-il avant de sortir, prenant bien soin de claquer la porte pour marquer son extrême mécontentement.

Thranduil soupira de nouveau tout comme Ilyrià. Tous deux se regardèrent quelques secondes avant de détourner le regard, aussi gêné l'un que l'autre. Ils ne savaient quoi dire. Thranduil ne pouvait lui montrer à quel point l'idée de la voir danser devant qui que ce soit lui était juste insupportable et qu'il s'en était fallu de peu pour qu'il éclate devant Thror. Quant à Ilyrià, elle ne pouvait comprendre tout à fait qu'il la laissa s'exhiber pour récupérer des pierres qui, comble de tout, appartenaient à sa défunte épouse. La jalousie leur mordait le cœur à tous les deux mais leur incapacité à communiquer les enferrait dans un profond mutisme.

Je vais le faire, répéta-t-elle comme pour s'en convaincre elle même. Je vais le faire et vous aurez ce que vous êtes venus chercher ici, a righ. Tout ce qui vous tient si désespérément à cœur, finit-elle avec une légère pointe accusatrice dans la voix.

L'ellon se leva vivement et fit quelques pas dans sa direction quand la porte s'ouvrit à la volée. Il n'eut le temps de dire ou faire quoi que ce soit qu'une tornade entra dans le salon et se jeta sur la jeune femme en face de lui. Soufflé, il la vit être soulevée dans les airs et se mettre à rire en débitant tout un tas de paroles incompréhensibles... du wallen, bien entendu.

La tornade en question était double. A proprement parler... des jumeaux... à demi nus! Aussi roux que les flammes du grand œil de Sauron, ils étaient immenses. Jamais il n'avait vu d'hommes aussi grands. Ils dépassaient largement les deux mètres et étaient d'une musculature impressionnante. Leurs torses étaient recouverts de cicatrices et de tatouages tribaux. Sur chacun de leurs pectoraux trônaient les dessins de pattes d'ours, il en aurait mis sa main à couper. Leurs visages, copies conformes l'un de l'autre, étaient carrés avec des traits épais et marqués malgré leur jeunesse flagrante. L'un avait les cheveux coupés à ras, quant à l'autre il les portait aussi longs que les siens. Leurs yeux couleur de mousse brillaient de malice.

De toute évidence, ils n'avaient que faire de sa présence et ne se formalisaient absolument pas de leur manque de manières. Encore des Wallens... Il ne manquait plus que cela pour parfaire cette horrible journée. Des Wallens encore plus rustres que ceux qu'il côtoyait déjà... Pourquoi Erù lui infligeait-il cela? Qu'avait-il donc bien pu faire pour mériter telle punition?! Il dût prendre sur lui pour ne pas arracher la jeune femme de leurs bras beaucoup trop entreprenants à son goût. Étaient-ils donc obligés de la serrer ainsi entre eux deux? Et était-elle obligée d'y prendre apparemment autant de plaisir? Le sourire éclatant qu'elle affichait lui faisait mal. Thranduil n'était pas elfe à aimer partager ce qui était à lui et là trop était trop. Quoi qu'il ait pu lui tenir comme discours plus tôt dans les bois n'était que façade destinée à la jeune femme et à la dédouaner de ce qu'elle pouvait ressentir pour son fils. Mais là, il ne se sentait pas la force de réitérer cet exploit. Il se racla la gorge et les regarda d'un œil impérieux. Le rire d'Ilyrià mourut dans sa gorge et elle reprit une posture plus sage.

Mo righ, permettez moi de vous présenter deux incorrigibles garnements de ma bien-aimée cité Fingall et Fillan Kentigen. Ils sont venus pour... -elle les écouta lui expliquer quelque chose à une vitesse folle avant de reprendre à son attention- ... ils sont venus en soutien de la part de mon père. Ils représentent mon peuple et se joindront à moi pour la danse que je dois exécuter ce soir. Vous devez les excuser aran nîn, ils ne parlent rien d'autre que le Wallen, pas même le commun! Et leurs manières sont... comment dire...

Wallen? finit le roi avec un haussement de sourcils significatif.

C'est cela, acquiesça Ilyrià avec un grand sourire. Je pense que nous avons fini ici... Je voudrai passer un peu de temps avec mes amis, a righ. Les voir me fait un bien fou! Ils sont totalement hors de contrôle et je ne crois pas que votre royale vue pourra les souffrir plus longtemps!

Avant même qu'il ait pu répondre quelque chose, celui aux cheveux longs empoigna la jeune femme et la mit sur son épaule sous les yeux incrédules de l'elfe. Ils sortirent tous les trois sans demander leur reste, laissant le roi totalement perplexe et à la limite d'exploser pour de bon.

Thranduil était médusé par l'aplomb de sa Wallen et de ces hommes. Ils paraissaient encore plus ingérables que le cousin d'Ilyrià qui était déjà un summum à lui seul de tout ce qu'il abhorrait en question de protocole... Deux animaux sauvages là où chaque attitude serait décryptée, analysée et réfutée... Un éclair de lucidité traversa le roi. Sturten. Il avait fait exprès de lui envoyer ces deux catastrophes ambulantes pour lui mettre des bâtons dans les roues. Tant de rouerie était difficilement imaginable même pour le phénix. Se rendait-il compte de la position dans laquelle il avait plongé sa fille en acceptant qu'elle soit ainsi rabaissée?...

L'elfe alla se servir un verre de vin elfique et se rassit, l'esprit tourmenté. Avoir vu les gemmes d'Artanis avait remué un certain nombre de sentiments et de souvenirs qu'il aurait préféré laisser enfouis profondément. Il comprenait la réaction de son fils qui n'avait qu'un souvenir diffus de sa mère... Il comprenait aussi celle d'Ilyrià et la déception qu'il avait lu dans ses yeux lui brûlait encore la rétine...

Que croyait-elle? Qu'il se moquait de se servir d'elle ainsi? De la donner en pâture au bon plaisir d'un roi nain mal dégrossi?! Il en crevait déjà d'avance... Mais il devait aussi les récupérer comme sa reine en avait émis le désir avant de rejoindre les cavernes de Mandos. Il lui avait fait une promesse et ne la romprait pas. Ce n'était tout simplement pas possible... encore moins maintenant . Pas depuis qu'il ressentait ce qui n'aurait jamais dû être pour une autre qu'elle. Quelque part cette épreuve avait un goût de revanche et de punition pour eux deux. Il se resservit une seconde coupe et la but avec avidité sans réellement en apprécier le goût. Il laissa tomber le verre au sol et se pinça l'arête du nez. Oui c'était cela... Une punition divine pour avoir passé outre la barrière qu'il aurait dû s'imposer et qu'il ne cessait de franchir.

Allait-il survivre à ces vingt-quatre heures de torture dans cette montagne entouré de tous ces nains?! Il comptait rester dans ses appartements pour rester le plus longtemps possible hors de leur présence qui lui pesait tant... Quant au bal donné ce soir... La bile qui lui remontait dans la gorge était aussi significative que le moindre mot. L'apitoiement sur lui-même lui donna mal au crâne aussi sûrement que s'il avait bu une dizaine des carafons. Il se leva d'un bond et se rendit dans la chambre attenant où ses malles avaient été remisées. Il ôta sa cape de voyage puis sa tunique et troqua son pantalon contre un autre fin en toile. L'ellon allait passer une chemise quand il changea d'avis. Il serait aussi bien torse nu pour faire ses exercices. La sévérité usuelle de son habillement ne serait pas de mise maintenant. Il posa précautionneusement son diadème sur une console et sortit son sa longue épée de son fourreau. L'inaction n'était pas pour lui et se dépenser lui viderait l'esprit.

Il s'entraîna ainsi durant plusieurs heures, ne voyant pas le temps passer. Lorsque Gallion entra dans la suite, il trouva son souverain en pleine action, les muscles tendus sous l'effort. Une fine pellicule de sueur perlait sur sa peau glabre mais aucun signe de fatigue ne trahissait la fougue qui l'avait saisie durant ce laps de temps. Il s'arrêta aussitôt et rangea son arme d'un mouvement sec, mécontent d'être ainsi dérangé. Il toisa son Intendant.

Gallion?

Monseigneur, dit l'elfe en le saluant la main sur le cœur, veuillez excuser mon intrusion mais l'heure approche... Vous devez songer à vous apprêter pour ce soir...

Déjà? S'étonna le roi. Les heures avaient défilé sans qu'il s'en aperçoive et aucune Wallen, elfe ou nain en avait troublé la quiétude éphémère.

Il vous reste du temps mais...

Mais quoi? s'agaça l'ellon. Gallion, vous êtes décidément usant avec vos façons de toujours mettre cent mots où deux suffiraient...

Aran nîn, dit l'intendant cette fois plus fermement, il s'agit de...

Non ne me dîtes rien, le stoppa Thranduil en se frottant les tempes d'anticipation. Qu'a-t-elle encore fait?

Pour le moment, encore rien de grave, aran nîn... mais elle s'affiche ouvertement avec ses compagnons wallens sur les petites terrasses...

Voilà qui ne nous change guère, murmura le roi.

Oui mais ils ne sont pas, comment dirai-je seuls... Disons que la princesse a trouvé en certains de nos hôtes de charmants compagnons... j'ai pensé que vous aimeriez être mis au courant...

Des nains?!

Gallion n'eut pas besoin de répondre que le souverain s'étranglait de fureur. Il le regarda jeter son épée sur sa couche et passer prestement une tunique propre. Ses gestes saccadés étaient autant de preuves de la colère sourde qui l'avait envahi et, s'il s'était retourné au lieu de s'agacer sur les boutons de sa chemise en jurant comme peu d'elfes le faisaient, Thranduil aurait pu voir le sourire tordu qui incurvaient les lèvres de son intendant. Il n'avait pas fini de s'apprêter qu'il était déjà sorti de ses appartements. Il n'avait pas ceint son diadème, ses cheveux libres de toute entrave et ses yeux glacés comme jamais ne laissaient rien présager de bon. L'ellon dévala et remonta plusieurs escaliers sans réellement prendre garde au chemin qu'il empruntait. Il suivait Gallion d'un pas pressé que peu auraient pu suivre dans les dédales de ce labyrinthe. Il croisa plusieurs nains ainsi que quelques elfes de son cortège mais ne s'arrêta pas une seule fois. Il n'avait cure de leurs salutations.

Il ne voulait qu'une seule chose... la trouver et l'enfermer loin de tous. Que lui avait-il dit déjà? De se méfier des nains! Et il apprenait qu'elle passait son temps avec certains d'entre eux et, à la mine de Gallion, il n'était même pas sûr de vouloir ce qu'elle faisait. Pourquoi fallait-il toujours qu'elle n'en fasse qu'à sa tête? Sa mésaventure ne lui avait donc servi à rien? Ne comprenait-elle décidément rien à rien?

Ils débouchèrent enfin sur les fameuses terrasses en escaliers dont lui avait parlé l'elfe sylvestre. Il dut reconnaître que ces jardins étaient réellement magnifiques et un je-ne-sais-quoi de magiques... Bardés de rambardes de bois ouvragés qui délimitaient chaque espace, ce n'était que fleurs et végétation luxuriante... Les odeurs qui s'en élevaient étaient tout simplement divines... explosion de couleurs et de parfums enivrants...

Des cris attirèrent son attention ou plutôt des éclats de voix joyeuses et passablement excitées. Il s'avança et la vision qu'il eut,elle, n'avait rien de divine ou d'enivrante... Une longue table rectangulaire était dressée au milieu d'un des jardins au milieu des herbes hautes. Tableau bucolique ... si on en ôtait les nains saouls et les Wallens à demis dévêtus... Certains étaient vautrés sur la table et jouaient aux dés ou aux cartes tandis que d'autres ripaillaient. Les cadavres de carafes et autres bouteilles jonchaient le sol... Toute une cargaison de nains et de Wallens alcoolisés... Merveilleux! Thranduil chercha des yeux celle pour qui il s'était expressément déplacé quand enfin il la vit.

Sa princesse était sur les épaules d'un de ses amis fraîchement débarqués de sa cité... dans une fontaine. Trempée jusqu'aux os, ses bouclettes collées lamentablement sur son visage rieur, sa robe plaquée sur son corps ne laissant aucune place à l'imagination... et pourtant l'elfe ne l'en trouva que plus affriolante, horriblement appétissante. Elle paraissait si heureuse de vivre. Cette douce lumière qui se dégageait d'elle à cet instant lui griffa le cœur. Lui ne l'avait jamais vu ainsi aussi détendue et au grand jamais un tel sourire ne lui avait été destiné... Entre eux, il ne s'agissait toujours que de drames, cris et chantage...

Son attention se recentra quand il vit plusieurs habitants d'Erebor sauter dans ledit bassin et tenter de renverser la colonne wallen qui vint se renforcer de l'autre jumeau. Thranduil se mordit la lèvre de mécontentement en les voyant s'arracher la jeune femme de leurs bras et se la renvoyer tour à tour malgré ses cris d'orfraie.

Soudain, il sentit la présence de quelqu'un de beaucoup plus imposant que Gallion prendre place à ses côtés. Ce dernier avait eu la bonne idée de laisser son roi une fois arrivé à destination. Thranduil le soupçonnait de ne pas vouloir assister à l'esclandre qui allait suivre inéluctablement. Il n'eut pas besoin de tourner la tête pour reconnaître le Wallen. Rien qu'à son odeur plus que particulière, il était reconnaissable... sang et braises.

Klaùs s'accouda à la rambarde derrière eux et alluma un énorme cigarillo. Quelle habitude désastreuse! Le soldat fit claquer sa langue et recracha sa première bouffée par ses narines. Quelques minutes passèrent sans que l'un ou l'autre ouvre la bouche, trop occupés à regarder nains et Wallens s'ébattre dans l'eau.

Cela vous déplaît, a righ?

L'accent à couper au couteau devait être une dizaine de fois plus prononcé que celui de sa cousine ou encore du Conui et Thranduil se rendit compte alors qu' ils n'avaient dû échanger jusque là que très peu de mots. La voix du jeune homme était rocailleuse, basse et douce à la fois. Moqueuse aussi.

On ne peut pas dire que je suis enchanté du tableau en effet... commenta l'ellon, les lèvres pincées.

Il allait d'ailleurs faire un pas dans leur direction quand la main de l'impudent Wallen l'arrêta subitement.

A righ Thranduil, un mot... -devant son air indécis, il reprit- Ne me forcez pas à insister... Je n'ai ni la patience ni les bonnes manières de mon Ceanar, l'avertit-il, un éclat dur dans le regard.

Un rire sans joie s'échappa de la bouche de l'elfe. Il s'adossa à la même balustrade que Klaùs en croisant les bras.

J'attends.

Moi aussi justement, a righ, j'attends... Je ne fais que ça d'attendre, gronda le Wallen sans le regarder puis il planta ses yeux noirs dans ceux de Thranduil... que vous restiez à votre place... que vous cessiez de la tourmenter. Vous savez bien de qui je parle, a righ. Ne nous abaissons pas tous deux à prononcer son nom ni vous, à nier. Nous nous comprenons, j'en suis sûr et certain. Elle ne mérite pas ce qui lui arrive. L'envoyer dans votre royaume était d'une stupidité sans nom, la faire épouser un elfe n'en parlons pas... Mais ce qui se passe entre vous, soupira le cousin d'Ilyrià, là c'est carrément un non-sens pour vous comme pour elle... Vous la voyez là? -il la désigna du menton en train de batifoler comme une folle- ça c'est ma cousine... pas le petite chose tremblante qu'elle devient peu à peu dans votre foutue forêt... Galla! Laissez-la, a righ. Vous avez plusieurs millénaires d'expérience de plus qu'elle. C'est à vous de l'éloigner. Je sais que vous croyez l'avoir fait mais elle reviendra encore et encore... et vous craquerez, conclut-il d'une voix affligée, c'est inéluctable, righ Thranduil. Le pire est que vous êtes sincère en croyant pouvoir lui échapper... Vous êtes deux proies chassées par deux bêtes sauvages... Vous finirez par succomber une bonne fois pour toutes et vous ne pourrez plus vous en passer... Rappelez-vous de mes paroles ce jour-là car tout volera en éclats...

Il se redressa brusquement et le salua de deux doigts sur la tempe, un rictus torve aux lèvres.

J'aurais au moins essayé! fit-il nonchalamment. Même si, soyons honnêtes, cela ne servira à rien au final... - il s'éloigna avant de se retourner, l'air narquois- A righ? Un conseil. Ne cherchez même pas une once de bon sens chez ceux-là, rit Klaùs en montrant les jumeaux du doigt- Ce sont les pires Wallens qui puissent fouler le sol d'Arda! Pires que moi et ce n'est pas peu dire... Je crois que mon oncle s'est joué du roi Thror et lui rend la monnaie de sa pièce... Ils vont lui retourner sa montagne! Les ours ne sont pas connus pour leur sagesse ou bien encore leur délicatesse!

Thranduil resta à méditer quelques instants sur le discours que lui avait tenu le cousin de sa Wallen. Avait-il raison? Étaient-ils destinés à fouler aux pieds leurs principes et les personnes qui les entouraient?

Certainement pas. En aucun cas. Il avait mis les choses au clair cette nuit-là dans sa chambre puis dans la forêt. Le Wallen avait tort. Sûr de ses intentions, il se décida à arrêter le carnage nautique qui se déroulait un peu plus bas.

Le Wallen avait tort.

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J'espère que ce chapitre vous aura plu... Next: la danse selon les Wallens et avec Ilyrià, on peut s'attendre à tout! ;) Comment réagira Thranduil? Et Legolas surtout après leur première prise de bec?!

Bisous tout doux les didous!