Coucou! Hi! Ola! Namaste! Sa salam Alaykom! God dag! Ay! Yambo! Azul! Aloha! Fè! Ni hao!

Salut les didous! C'est moi que v'là! pour un chapitre qui m'a posé quelques soucis... Ces personnages, quels bougres! ils ne sont pas faciles en ce moment car s'ils me susurrent beaucoup de choses, les retranscrire est une autre paire de manches... Aussi, je croise les doigts qu'il vous plaise! :)

Krassanïa: ma pilouiette chérie jolie...merci de ton soutien et de m'écouter délirer en boucle... et voici les ours mal léchés!

Juliefanfic: oui Legolas était un peu crétin mais qu'est ce que tu veux, il est amoureux...

Virginie: le rhume inspire, c'est reconnu! Ou alors ce sont les litres de morve... beurkk! J'espère que tu trouveras ton compte dans la suite de ces aventures...

Mathy: heyyyyyyyyyy ma tomate! comment ça me fait plaisir que tu sois là! et merci pour tous les beaux compliments... suis toute rouge! contente que tu aimes Klaùs (un secret? Je l'aime beaucoup aussi!;) La lionne reviendra bientôt et Ilyrià quant à elle... humhum... tu verras bien! Mais mon Finnàm alors? ;) il est si mimi!... je ne dirai qu'une chose... Slainte! ;)

Mane-jei: bienvenue à toi! Quelle analyse! Que je ne contredirai ni n'affirmerai pour certains points... Mystère et boules de gommes... en tout cas tu me vois très heureuse que mon histoire te plaise. Le temps et le boulot passé dessus en vaut la peine apparemment! C'est trop coooool... :) et encore flattée qu'Ilyrià t'ai donné envie de lui dessiner ses tenues...

Sandra: nos messages sont justes délirants, tu le sais doudou! je voulais te remercier pour tes superbes dédicaces... et les infos et idées débattues!

Toutouille: je te gardai pour la fin car la place de ma glorieuse relectrice est à part! :) 1ère chose: j adore les jeux de mots pourris! Et cul-te est un parfait synonyme de Thranduil! ensuite merci pour tout! Pour ton oeil avisé, les discussions et tout le reste et puis... place toute particulière à ma 100ème review! Bisous bisous bisous!

Poly Pops: après la lionne, le bébé étoile de mer... voici la Rôdeuse!

Et pour finir merci à ceux qui m'ont ajouté dans leurs alertes et favoris comme à tous ceux qui prennent sur leur temps pour me lire!

ah oui dernière chose: je n'ai pas inventé la langue des Wallens... en fait c'est un mélange de mon crû et d'une langue qui existe... si vous la trouvez, vous trouverez de quel peuple descend Ilyrià! ce n'est pas un pays à proprement parler mais un peuple... un indice?: mon cousin est né sur ces terres! Hahahaha que je suis drôle!

Chapitre 23,

Legolas, plus tôt dans l'après-midi,

Il claqua la porte, plus mécontent que jamais. Non ce n'était pas le mot adéquat... Colère l'était, tout comme rage...

Comment pouvaient-ils rester aussi indifférents et accepter ça sans y trouver à redire?! La simple idée que tous ces nains, sans parler de tous ceux qui seraient présents ce soir, que tous posent leurs yeux sur elle le rendait tout simplement fou. Jamais. Jamais il ne serait capable de le supporter et il ne comprenait pas que son père aussi fier soit-il puisse seulement y songer. Quant à Ilyrià, pour le coup, il aurait aimé qu'elle se rebella un peu au lieu de cet abattement qui la poussait à accepter une telle chose sans broncher ! Depuis quand se laissait-elle dicter sa conduite sans émettre la moindre objection?!

L'ellon traversa le corridor surchargé de pierreries d'un pas rapide. Ses bottes résonnaient sèchement sur le sol pavé d'or mais il s'en moquait éperdument. Seule la dispute avec Ilyrià se rejouait en boucle dans son esprit. Il revoyait l'éclat tour à tour coléreux et effondré des yeux si particuliers qu'il avait appris à chérir. Comme il pouvait s'en vouloir d'avoir mentionné Bolg et le calvaire qu'elle avait enduré entre ses mains! Par les Valar, il le retrouverait et lui ferait payer chaque affront perpétré sur sa princesse. Il le jurait encore et encore. Dût-il y passer le reste de sa vie, il le tuerait et y prendrait grand plaisir...

Une fois n'était pas coutume pour un elfe, il avait parlé sans réfléchir. Un elfing boudeur n'aurait pas mieux fait... Il l'avait blessée mais il avait été pris de fureur comme de peur en constatant sa disparition du camp... Comment ne pas penser à ces quelques jours en forêt? Ils en portaient encore tous les deux les stigmates, lui avec sa main et elle... avec sa lèvre à jamais couturée... N'avait-elle donc rien retenu? Était-ce là la dure loi des hommes, leur malédiction? Refaire les mêmes erreurs encore et toujours?

Elle s'était encore mise dans une situation dangereuse où elle aurait pu perdre la vie. Si Beorn n'avait pas retrouvé sa trace et conduit son père jusqu'à la Wallen, elle reposerait désormais dans les cavernes de Mandos... et ça, ça lui était juste intolérable.

Il arriva enfin aux appartements qui lui avaient été dévolus et y entra en jurant... comme un Wallen. Thror avait-il fait exprès de l'installer si loin de la jeune femme? Comment était-il sensé alors en prendre soin?!

L'ellon se jeta sur le lit sans un seul coup d'œil sur le salon ou encore sa chambre. Peu lui importait l'aspect cossu du mobilier ou la grandeur des pièces. Rien de ce royaume ne l'intéressait. Il ne pensait qu'à en repartir le plus vite possible. Legolas avait encore ses dagues harnachées qui lui meurtrissaient le dos, ainsi couché mais il n'en avait cure. Au contraire, il trouva la douleur salutaire, un exutoire à ses emportements. Son esprit tournait à plein régime... Ilyrià avait réellement le don de se fourrer dans des situations peu enviables et de lui retourner les sangs...

Pourquoi donc était-elle partie ainsi? Que s'était-il passé avec le Conui pour qu'elle le fuisse? Et question plus insidieuse... comment se faisait-il que ce fut son père qui l'ait retrouvée? Legolas fronça les sourcils, donnant à son visage carré un aspect plus dur encore. Une sensation étrange était née au creux de son ventre lorsqu'il les avait enfin trouvés dans l'ancien cercle d'Oropher pour ne plus le quitter depuis... comme s'il avait troublé quelque chose d'intime. Son père et Ilyrià étaient comme dans une espèce de bulle hors du temps tant et si bien qu'il avait eu la désagréable impression d'être un intrus... L'ellon secoua la tête pour se remettre les idées en place. Il déraillait. Cela venait sans doute du fait qu'il aurait aimé être le premier à arriver sur les lieux. Après tout, ils s'appartenaient l'un à l'autre avec la princesse wallen ou tout du moins, ce serait bientôt le cas. Aussi jugeait-il normal que tout ce qui touche à elle passa par lui. L'elfe se rendait bien compte que sa possessivité sous-jacente pour tout ce qui était relatif à Ilyrià était par trop exacerbée. Mais comment assagir un tel sentiment quand tout autour de vous ne faisait que l'attiser?

Un coup discret retentit à la porte. Legolas se leva à contrecoeur pour aller ouvrir. Son air peu amène se renfrogna un peu plus quand il découvrit le nain devant lui. Par les Valar, il n'était pas sûr de pouvoir supporter une telle proximité très longtemps... Rien que leur vue provoquait chez lui l'écœurement et l'envie de frapper.

- Oui, lâcha-t-il d'un ton hargneux.

- Mon seigneur, répondit le nain aux cheveux noirs comme la nuit en s'inclinant avec déférence. Pour vous, du roi Thror.

Il lui fourra un pli entre les mains avant de détaler les jambes à son cou comme si un warg le poursuivait. Le prince de la Maison Vertefeuille n'avait pas bonne réputation au sein de la population naine tout comme son père. Leur inimitié était trop ancrée et ils ne tentaient même pas de s'en cacher comme aurait pu le faire un elfe d'Imladris. Peu souhaitaient donc avoir le moindre rapport avec l'un d'entre eux. Il allait sans dire que cela lui convenait fort bien...

L'elfe referma la porte d'un coup de talon et alla s'asseoir confortablement dans une bergère. Que pouvait lui vouloir personnellement ce maudit roi sous sa damnée montagne?! Il décacheta la courte missive et se redressa d'un bond après avoir pris connaissance des quelques lignes. Il manqua s'étrangler de rage. Il dût relire à deux fois, certain de s'être trompé. De toute évidence, il ne s'agissait ni d'une erreur ni d'un mirage. Le souverain se gaussait de lui avec cette mascarade! Sous prétexte de bienséance et pour le bon déroulement de la soirée à venir, le prince Thorin avait été dévolu à sa Wallen. Quant à lui, le roi le priait de bien vouloir accompagner la représentante des Dunedains du Nord, Paoel' Salorn. Un sourire éclaira malgré tout son visage tendu. A tout malheur, au moins un zeste de beau temps. A défaut d'être avec Ilyrià, il serait le cavalier d'une rôdeuse qu'il connaissait et, qui plus est, respectait. En revanche, savoir la jeune pupille de Mirkwood au bras d'un prince nain lui était plus que rébarbatif...

Quelqu'un toqua de nouveau à la porte. S'il s'agissait encore d'un représentant de Durin, il n'était pas sûr de pouvoir répondre de ses actes! Agacé, il cria à l'intrus d'entrer et fut agréablement surpris de voir s'avancer Finnàm. Le pas léger, la démarche féline, il vint jusqu'à lui et le salua comme s'ils se voyaient pour la première fois de cette trop longue journée. Ses yeux turquoises ne brillaient pas de leur éternelle lueur rusée et paraissaient même... vides. Il se triturait les lèvres en les mordillant avec force, à tel point qu'une goutte de sang perla et suivit le sillon de la cicatrice qui lui barrait le menton sans qu'il chercha à l'essuyer.

Quelque chose préoccupait le Conui, c'était plus qu'évident. Cela ne lui parut pas être un bon signe car ce Wallen là était particulièrement imperturbable... si l'on excluait son comportement ces derniers temps. Peut-être allait-il enfin avoir les réponses aux questions qu'il se posait.

Il invita le Commandant à s'installer dans le fauteuil qui lui faisait face devant l'âtre. Finnàm s'assit, l'air absent. Il alluma un cigarillo les yeux perdus dans les flammes dansantes.

- Comment donc font ces gens pour avoir des cheminées si profondément enfouies dans la montagne? demanda-t-il sans suivre précisément un chemin de pensées cohérent.

Legolas le regarda, interdit.

- Comment font... répéta-t-il avant de se reprendre. Conui, allez-vous bien? Vous semblez fort troublé, mellon... Certaines de vos réactions ne vous ressemblent pas vraiment, à l'instar de celle envers ma Dame...

- L'aimes-tu? l'interrompit brusquement Finnàm qui reprenait pied dans la réalité.

Il planta ses yeux dans ceux de l'elfe. Le prince soutint son regard perçant et se carra dans le fauteuil. Il croisa les jambes avant d'appuyer sa tempe contre son poing.

- De cela, je n'ai aucun doute, mellon nîn. Je donnerai ma vie pour elle... même si elle ne semble pas en accord avec cet état de faits...

- Ilyrià est une Wallen, sourit Finnàm en jetant son mégot dans les braises. Je sais que nous disons souvent cela pour dédouaner certains de nos comportements mais... telle est la réalité. Elle est fougueuse et n'en fait qu'à sa tête. La liberté n'est pas un vain concept chez nous. Cependant... ma princesse s'étiole depuis quelques temps... Un conseil, prionnsa. Ne l'entrave pas comme te le dicte ta conscience. Oui... J'ai eu vent de votre querelle... continua-t-il en se penchant vers lui les avant-bras sur les genoux. Un petit oiseau de près deux mètres me l'a soufflé à l'oreille. Ily a besoin de vivre, de rire sans condition aucune... comme elle est en train de le faire dans une des fontaines des jardins en ce moment même...

- Que dis-tu?! dit Legolas en bondissant du fauteuil suivi du Conui.

- Air do shocain! Du calme! rit ce dernier. Elle est avec deux de nos amis fraîchement débarqués de notre bien-aimée cité ainsi qu'une bande de nains fort joyeux d'ailleurs!

Finnàm agrippa l'épaule de l'ellon d'une pression assez forte pour le contraindre à tempérer ses ardeurs et le regarda gravement.

- Mo caraid, cha. Laisse-la s'amuser sans avoir à penser à quoi que ce soit. Je sais combien il t'en coûte... J'ai moi même énormément de mal à ne pas la cloîtrer à double tour mais il faut lui donner plus de liberté, lui faire confiance sinon nous finirons par la perdre, cette peste de Wallen... Ne t'inquiète pas, Klaùs veille... - un rictus tordu étira les lèvres couturées du soldat- Je ne suis pas fou non plus au point de la laisser sans surveillance...

Le Wallen allait quitter la suite de Legolas quand la voix de l'elfe l'arrêta dans son élan.

- Conui, un instant... Que s'est-il passé tout à l'heure dans la forêt? Pourquoi user de violence avec votre... notre protégée?

Finnàm soupira et ferma les yeux une demi seconde. Il ralluma une seconde tige d'herbes de Longoulet, les mains légèrement tremblantes en dépit de sa tentative pour donner le change. Il lui répondit de dos sans le regarder.

- Mearan, caraid, mearan, des cauchemars... Je dors peu et mes nerfs en pâtissent, je le crains... Mais tout sera désormais sous contrôle. Aucun autre incident ne sera plus à déplorer et je réglerai les choses avec mo bana- phrionnsa. J'ai préparé moi même une potion à base de coquelicots qui est un des plus puissants sédatifs qui soient. Apprentissage de notre Guérisseur... Maintenant, prionnsa, tu devrais songer à te changer. Le jour décline et la nuit risque d'être longue... prédit le loup avant de sortir une bonne fois pour toutes.

L'ellon médita quelques instants les paroles du Wallen. S'il était honnête, il se devait d'admettre que le Conui parlait avec clairvoyance au sujet de la jeune femme qui hantait ses pensées, un peu trop d'ailleurs. Après tout, il la connaissait mieux que quiconque, Anaïsa mise à part et peut-être Klaùs. Legolas soupçonnait avec une pointe d'amertume qu'il avait s'agi à un moment donné de plus que d'amitié entre eux deux.

Lui aussi avait remarqué qu'Ilyrià avait perdu de sa verve depuis quelques semaines. Il avait imputé cet état de cause à leur mésaventure avec les orcs. Mais force lui était de constater que certes, cela avait empiré, mais que cette situation prenait ses racines depuis bien plus longtemps. La dégradation de son caractère tempétueux l'inquiétait. Dans l'absolu, Finnàm avait raison. Il devait lui lâcher du leste.

Dans l'absolu... car la réalité était tout autre. Sa capacité à provoquer et même à attirer les ennuis à elle faisait qu'il était de son devoir à lui de la protéger.

Legolas se leva et se dévêtit pour procéder à sa toilette. Il serait bientôt l'heure de se rendre à ce damné banquet où une fois de plus ses nerfs seraient mis à rude épreuve. Il lui faudrait rester stoïque face au spectacle de la Wallen dansant pour ce nain prétentieux... ce roi de pacotille qui prendrait alors un malin plaisir à les humilier son père et lui.

L'ellon se pinça les narines puis inspira profondément en enfilant une riche tunique d'argent brodée. Il se devait de rester calme...

Rester calme.

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Ilyrià, même moment,

Allongée sur le ventre dans l'herbe, la jeune femme regardait ses compagnons lutter joyeusement devant elle. Les jumeaux étaient d'une agilité déconcertante pour leur stature et elle avait toujours adoré les voir évoluer. Toujours en action, marchant et courant comme s'ils dansaient, Fillan et Fingall ne pouvaient rester sans rien faire. Ilyrià n'avait jamais vu Wallens plus mal assortis à leur double animal. Comment ces deux là avaient-ils pu être assimilés à des ours? Si ce n'était leur force herculéenne bien évidemment...

Quelle avait été sa joie de les découvrir ici! Un souffle ou plutôt une tornade d'air frais dans sa vie viciée ces derniers mois... Elle avait bien cru que Thranduil allait tomber raide mort lorsqu'ils avaient débarqué sans crier gare dans le salon. Heureusement d'ailleurs car qui sait ce qui serait arrivé sinon? L'éclat dans les yeux de son roi, du roi se reprit-elle, ne lui avait rien dit qui vaille... Que ce serait-il passé? Une petite partie d'elle aurait aimé le savoir mais l'autre, plus cartésienne, lui murmurait que cela devait rester ainsi... chimérique et de l'ordre du fantasme.

Elle cueillit une petite fleur jaune et la coinça derrière son oreille avant de poser sa tête sur ses avant-bras repliés sur le tapis moelleux de l'herbe fraîche. Ses vêtements la collaient mais la brûlure timide du soleil d'automne lui chauffait délicieusement la peau. Cette petite escapade dans la fontaine lui avait fait le plus grand bien, physiquement comme moralement. La saison avait beau être avancée et l'air frais, les Wallens étaient habitués aux températures rugueuses tout comme les nains de toute évidence. Elle se sentait revigorée, gonflée à bloc et prête au combat quel qu'il soit. L'arrivée des jumeaux n'y était pas non plus étrangère. La princesse repensa au geste qu'elle avait failli avoir dans la forêt et se mordit la lèvre. Quelle idiote avait-elle été! Erù en soit remercié, rien d'irrévocable n'était arrivé... Il était arrivé à temps.

Les jumeaux s'affalèrent à ses côtés en riant. Fingal, celui aux cheveux longs, s'ébroua avec brusquerie l'arrosant copieusement.

- Caraid, s'écria Ilyrià en tentant de se protéger du mieux qu'elle le pouvait, tu es pire qu'un chiot!

- Un chiot? rugit-il, un ourson, piuthar!

Fillan s'esclaffa en s'asseyant sur les talons.

- Ces nains sont de joyeux lurons! Il me tarde de mieux faire connaissance ce soir!

- Fil, grogna la jeune femme. Elle roula sur le flanc pour échapper aux démonstrations mouillées des deux hommes qui l'encadraient. Comment veux-tu faire plus ample connaissance... tu ne parles que wallen!

- Le langage du corps est universel, bana phrionnsa, susurra Fingal avec un roulement de hanches suggestif.

Ilyrià glapit quand il l'attrapa d'un bras et l'attira contre lui. Sa peau blanche et parsemée de tâches de son était horriblement froide contre la sienne, chaude.

- Je vais me faire un en-cas des jolies naines bien en chair! fit-il dans le creux de son cou.

Fillan se colla à eux et sourit, toutes dents dehors. Ses yeux verts virèrent au mordoré et ses dents commencèrent à s'épaissir pour s'allonger ensuite.

- Oui... nous allons mettre de l'ambiance princesse...

- Vous êtes là pour ça, réalisa la jeune femme avec un hoquet de surprise. Pour...

- ...laisser un souvenir impérissable au roi sous la montagne, finit le jumeau dans son dos. - elle sentit une de ses griffes suivre la ligne de sa colonne vertébrale- Que crois-tu? Ton père n'apprécie pas qu'on lui force la main...

- ... ni que sa fille doive danser devant un roi mégalomane... ce n'est pas l'idée qu'il se fait de la politesse...

- ... aussi, renchérit son frère de la même voix enjouée, nous voilà. Nous t'assisterons pour cette danse...

- ... qui risque d'en laisser pantois plus d'un...

- ... à commencer par ce roi elfe qui nous a si aimablement ordonné de sortir de notre bain diurne! Quel rabat-joie celui-là,grogna Fillan en roulant dans l'herbe.

Ilyrià se releva lestement et leur tira la langue à tous les deux. Elle jeta un œil aux nains qui les avaient accueillis si amicalement et qui cuvaient leur vin affalés sur la table.

- Par les Dieux, on se croirait chez nous! sourit-elle avec indulgence.

La jeune femme prit le chemin retour pour retourner à ses appartements. L'heure était venue de se préparer pour le banquet. Elle ne serait pas en retard et leur montrerait à tous ce qu'était une Wallen. Ils voulaient en faire un animal de foire et ils seraient servis... Les jumeaux étaient toujours dans l'herbe à s'ébattre comme de jeunes enfants. C'était là une de leur force... Passer pour des enfants alors qu'ils étaient redoutables. Elles les avait déjà vu à l'œuvre et leur force n'avait d'égale que leur brutalité...

- Au fait caraid! Les naines... Vous êtes au courant qu'elles sont pourvues de fort jolies barbes?! cria-t-elle en courant vers l'entrée de la montagne par laquelle ils étaient sortis un peu plus tôt.

- Voilà qui ne manquera pas de piquant alors! lui répondirent en cœur les deux frères en se jetant à nouveau dans la fontaine.

Elle avait à peine ouvert la porte qu'une naine lui tomba littéralement dessus. Elles se heurtèrent l'une à l'autre et se regardèrent ahuries avant d'éclater toutes deux de rire devant une Elëa mortifiée de voir la princesse sur les fesses. Ilyrià se releva tant bien que mal avant d'aider la petite femme à se remettre debout elle aussi. Elle était d'un beau blond cendré tout comme la fine barbe tressée qui lui mangeait les joues. Deux grands yeux bleus la regardaient avec bienveillance.

- Ma Dame, je suis Dis, la sœur de Thorin. Mon père m'envoie vous aider si...

- Et je l'en remercie princesse Dis mais je n'ai besoin de rien... Elëa m'assistera... mais je me félicite de faire votre connaissance ici et non ce soir au milieu d'un tas de personnes dont je n'arriverai jamais à retenir les noms!

- Vous êtes tout à fait comme je me l'imaginais, princesse Wallen! s'exclama Dis, ravie. Mon frère m'a brossé de vous un portrait absolument fidèle!

- Vraiment? s'étonna Ilyrià. Et que vous a-t-il donc dit?

- Que vous étiez à n'en point douter une naine dans un corps beaucoup trop grand! Et que vous n'aviez rien en commun avec les gens que vous escortez céans... soit dit sans vous déplaire, conclut Dis avec un sourire contrit pour l'elfine muette. Je devrais y aller si vous n'avez point besoin de mes services. J'ai moi même quelques tâches à accomplir avant le bal...

- Alors, ne vous attardez pas, princesse Dis, et je me fais déjà une joie de voir un visage amical à cette petite sauterie! finit Ilyrià en prenant congé d'une petite courbette irrévérencieuse.

La Wallen la regarda s'éloigner avant de rentrer avec Elëa dans sa suite. Elle se déshabilla en éparpillant ses frusques dégoulinantes un peu partout dans la pièce. Elle se plongea ensuite avec avidité dans le bain chaud qui lui avait été préparé et s'abandonna avec délice aux bienfaits de l'eau bouillante. Malheureusement, elle n'eut guère le temps de s'y appesantir que l'elleth la pressait d'en sortir pour se vêtir. L'heure tournait et il n'était pas question d'être en retard. Le prince Thorin serait bientôt là lui répétait sans cesse sa camériste. Elëa lui oindit le corps d'huile d'agrumes et lui présenta la robe qui lui avait été choisie. Ilyrià détailla le vêtement d'un œil critique. Elle aurait voulu avoir quelque chose à lui reprocher mais c'était impossible, elle était juste splendide. La princesse wallen l'enfila, appréciant le contact sensuel de la soie sur sa chair nue. Du même émeraude que ses écailles lorsqu'elle se laissait aller à sa mutation, la robe balayait le sol. Fluide et vaporeuse à souhait, elle lui découvrait une épaule tandis que l'autre restait couverte pour en faire une jolie asymétrie. Une ceinture d'or tressée passait juste au dessous de ses seins les rendant plus opulents encore. A chaque pas, le drapé ondulait et créait une illusion d'optique... le ballet nautique de la sirène. Une paire de sandales dorées complétait sa tenue. Ilyrià ne voulut pas ajouter de bijoux mais Elëa ne l'entendait visiblement pas ainsi.

Il ne s'agit pas de n'importe quel bal, Dame Ilyrià! la tança-t-elle gentiment. Les plus hauts dignitaires seront présents. Vous ne pouvez vous y rendre sans aucun apprêt, justifia l'elleth. Si vous ne le faîtes pas pour vous, faîtes le pour moi. Le roi sera mécontent si je ne m'acquitte pas de ma tâche comme il l'entend.

La Wallen poussa un soupir d'exaspération et s'assit de mauvaise grâce sur le tabouret attenant à la coiffeuse pour s'en remettre aux mains expertes d'Elëa.

- Tu commences à trop bien me connaître, marmotta-t-elle faussement indignée. Cela ne me convient pas du tout... Tu as trop de pouvoir sur moi, caraid...

- Si fait mellon nîn! rit l'elfine en tordant du mieux qu'elle le pouvait les bouclettes récalcitrantes. Vous serez magnifique! Le prince nain aura bien de la chance de vous escorter...

- Et toi? Qui t'a-t-on imposé?

- Personne... Je ne suis pas assez importante pour cela. J'accompagnerai donc le Conui, dit-elle en rougissant de plaisir.

- Quelle chance, soupira Ilyrià avec une grimace sous les coups de brosse qu'elle subissait. Et... qui aura l'insigne honneur d'être la cavalière de notre Haut Roi? demanda-t-elle innocemment alors qu'elle bouillait de connaître la réponse.

- Les rouages diplomatiques vous sont vraiment trop étrangers mellon, lui fit remarquer sa compagne avec indulgence. Si je suis de basse extraction, le seigneur Thranduil est quant à lui bien au-dessus de tout cela. Son rang ne l'oblige à rien... même si plus d'une elfine seraient ravies de tenir ce rôle.

- Bien, souffla Ilyrià avec tant de satisfaction que l'elleth la regarda avec un étonnement teinté de suspicion.

Elle ne dit rien mais le soulagement que la Wallen avait l'air de ressentir lui fit froncer les sourcils. L'heure n'était pas à la spéculation mais elle devrait en parler à son Conui. Une petite voix lui murmurait que ce comportement n'avait rien d'anodin.

Grâce à toute une escouade d'épingles, Elëa fit des merveilles. Elle réussit une fois de plus l'exploit de la rendre tout à fait présentable. Ses cheveux ainsi domestiqués étaient ramassés en plusieurs entrelacs de tresses filés de diverses perles d'eau. Une fois n'était pas coutume, Ilyrià ne se regarda pas de son oeil blasé habituel. Critiquer ne serait pas rendre justice au travail incroyable de son amie elfe. Pensant avoir terminé, la jeune femme se leva avant de croiser le regard sévère de l'elleth. Ah oui! Les maudits bijoux... Elle se rassit en grommelant.

- Alors quoi? Par pitié, dis-moi qu'il ne s'agit pas de pendants d'oreilles ou pire de bagues!

Elëa sourit et tira un écrin de sa poche. Elle l'ouvrit pour en prendre précautionneusement son contenu. Elle le lui passa et Ilyrià resta coite. Une fine chaîne d'or lui encerclait le cou au bout de laquelle se trouvait le plus beau pendentif qu'elle n'avait jamais admiré. D'une finesse exquise, il représentait une petite branche de bruyère sertie d'émeraudes et d'améthystes. Elle ne put retenir un petit cri de ravissement. La jeune femme le prit délicatement entre ses doigts pour l'admirer quand un coup retentit. Elle nicha le bijou sous sa robe dans le creux de sa poitrine. La Wallen ne souhaitait pas que quelqu'un d'autre qu'elle puisse le voir. Elle n'aurait su en dire la raison mais l'intimité qu'elle ressentait dans ce présent lui rendait l'idée intolérable. Elle savait pertinemment qui le lui avait offert. Toute à ses réflexions, elle ne vit pas Elëa lui poser adroitement son diadème sur la tête avant d'aller ouvrir.

Son cavalier était là, droit et fier. Il avait revêtu pour l'occasion une luxueuse chemise brodée de fils argentés sur un pantalon noir. Un lourd manteau bordé d'hermine complétait sa tenue. Il dégageait une telle force brute qu' Ilyrià s'en trouva intimidée, chose somme toute assez rare pour être mentionnée. Le prince saisit sa main et la baisa avec toute la douceur dont il était capable. Erù en soit remercié, la jeune Wallen était si petite qu'elle ne dépassait que de peu le nain qui, à contrario, était plutôt grand selon les critères de son peuple.

- Dame Ilyrià, vous êtes en beauté, dit-il d'une voix basse et éraillée.

Elle le prit par le bras, au final enchantée de devoir l'accompagner.

- Et que dire de vous, prionnsa?! Mais trêve de civilité entre nous... Vous m'avez si bien mouchée lors de notre rencontre qu'il n'est que justice que vous m'appeliez par mon seul prénom!

Une esquisse de sourire étira les lèvres fines du nain. L'intelligence qui brillait au fond de ses prunelles outremer promettait un bon compagnon de soirée à la jeune femme. Ils devisèrent gaiement tandis qu'ils s'aventuraient dans le dédale des couloirs et des escaliers plus nombreux les uns que les autres. Comment faisaient les nains pour s'y retrouver dans pareil labyrinthe?! Ilyrià était certaine que seule, jamais elle ne trouverait son chemin et finirait momifiée dans un recoin de la montagne... sèche comme une vieille datte ridée. L'idée la fit rire. Elle en fit part au prince qui lui promit de veiller ses arrières.

- Ne vous inquiétez pas, Ilyrià. Je ne doute pas que votre prince elfe remuerait ciel et terre si vous disparaissiez, lâcha Thorin narquois. Après quelques secondes il reprit, sérieux: J'ai beaucoup de mal à vous imaginer unie à leur peuple. Vous leur ressemblez si peu... Ils sont tellement... elfiques! cracha-t-il, et vous si différente!

La musique de plus en plus forte et les voix qu'ils distinguaient nettement leur indiquèrent qu'ils étaient arrivés à destination. Cependant, Ilyrià tenait à clarifier la situation du mieux qu'elle le pouvait. Elle s'arrêta et planta ses yeux dans ceux du prince.

- Caraid, j'ai longtemps pensé comme vous et très honnêtement il m'arrive encore d'en venir aux mêmes constats... Cela dit, il nous faut voir désormais au delà de ces différences comme vous le dîtes si bien... Je me concentre, ou tout du moins j'essaie, sur ce qui nous rapproche... la loyauté, le désir de faire le bien, le sens aigu de ce qui est juste... Évidemment, s'ils étaient moins obtus et ancrés dans leur sens de l'étiquette, de leurs traditions... quoique plus je les côtoie, plus je m'aperçois que leur tempérament est beaucoup plus fougueux qu'ils ne le laissent croire! Ils sont immortels, mo caraid, ceci explique cela. Nous ne sommes qu' éphémères et vivons dans l'urgence. Pas eux et quelque part, c'est aussi leur malédiction, conclut-elle avec un haussement d'épaules.

Thorin n'ajouta pas un mot. Il n'y avait aucune utilité à cela. La princesse wallen semblait vraiment plus réfléchie que le tableau qui lui avait été fait d'elle. Il lui apparaissait clairement que la femme devant lui tenait à son nouveau monde comme à l'ancien... Ils entrèrent dans la grande salle spécialement décorée pour l'occasion. Ilyrià fut une nouvelle fois soufflée par la magnificence toute en démesure du lieu. Elle n'y était pas particulièrement sensible mais le faste grandiose appliqué ici ne pouvait qu'être remarqué. Ils étaient dans une pièce qui tenait plutôt de galerie au vu de ses proportions gargantuesques.

Les murs d'or étaient incrustés de pierreries formant elles-même de magnifiques arabesques. De grandes gerbes de fleurs se dressaient dans tous les coins délimitant ainsi plusieurs alcôves intimistes où des banquettes moelleuses étaient disposées. Ilyrià ne put empêcher un sourire de flotter sur ses lèvres en pensant à l'utilité que pouvaient bien avoir ces sofas dans de tels lieux. Rien de sage à son humble avis. Des guirlandes de lampions de mythril et d'argent serpentaient le long des obélisques en s'entrecroisant avec les lierres grimpants et autres glycines odorantes. Une grande table en forme de u avait été placée de façon à ce qu'elle surplombe une dizaines d'autres plus modestes celles-ci. Un ensemble de musiciens avait élu domicile sur une petite estrade et la Wallen eut l'agréable surprise de n'y voir aucune harpe.

Une chaleur salvatrice enveloppait la salle où quasiment la totalité des convives se massait déjà. Thorin entraîna la princesse sous la mer d'un groupe à l'autre afin de lui présenter chaque ambassadeur. La jeune femme avait l'impression d'être l'attraction de la décennie... Personne n'avait vu de Wallen jusque là et certains avaient toujours cru qu'il s'agissait là de légendes pour enfants. Sa tête lui paraissait horriblement pesante... Une migraine pernicieuse avait commencé à l'envahir. Ce qu'elle pouvait détester ces questions de protocole! Sourire, faire la révérence lui écorchaient chaque membre et sa fierté. A sa décharge, Thorin ne semblait pas plus à l'aise et se rembrunissait un peu plus à chaque parole échangée avec l'un des diplomates.

Elle rencontra ainsi les représentants de chaque peuple d'Arda. Autant le Rohirrim lui fit bonne impression avec ses manières franches et directes, autant n'apprécia-t-elle que fort moyennement l'intendant rattaché au Gondor, trop louvoyant à son goût.

Elle finit par apercevoir Legolas un peu plus loin et sourit instinctivement. Il était tout bonnement éblouissant dans sa tunique argentée. Il avait ceint pour l'occasion un fin diadème d'argent qui mettait en valeur son beau visage ainsi dégagé. Il riait et n'en paraissait que plus lumineux. Ses yeux bleutés pétillaient joyeusement. Elle allait l'interpeler quand elle comprit la raison de son engouement. Il était en grande conversation avec une jeune femme. De taille moyenne et les cheveux châtains irrévérencieusement courts, elle avait un visage avenant aux traits fins et aux pommettes hautes où brillaient deux grands yeux verts en amande. Elle était ce qu' Ilyrià aurait qualifié de beauté exotique si elle s'était montrée honnête... Elle se comportait avec l'ellon comme si elle le connaissait de longue date. La jeune princesse nota d'un œil inquisiteur la façon dont elle se tenait proche du prince sylvestre ainsi que la main posée négligemment sur son bras. Un pincement de jalousie lui serra le cœur.

- Ilyrià, l'avertit Thorin à voix basse, vous ne devriez pas fusiller la pauvre Rôdeuse de votre regard. Ce n'est guère convenable, Dame Wallen. Seriez-vous une tigresse?

- Cha caraid... juste une sirène... un vulgaire poisson, prionnsa!

- Vulgaire, je ne crois pas jeune fille... sourit le nain en le guidant vers le couple. Prince Legolas, Paoel'Salorn... les salua-t-il avec une courtoisie quelque peu guindée.

- Wen nîn, vous êtes resplendissante! souffla Legolas.

Cet aveu sincère emplit la jeune femme de joie et elle lui adressa un clin d'œil en retour. La jeune femme à ses côtés posa sur elle un regard tranquille. Ses yeux verts semblaient la transpercer de part en part. Elle respirait la ruse et la force de caractère. La Rôdeuse lui prit la main entre les siennes et la pressa avec un énorme sourire.

- Bienvenue Dame Ilyrià... Le prince que voici n'a de cesse de parler de vous à tel point que c'en est épuisant!

Thorin avait eu raison... Les opinions faîtes à la va-vite étaient réellement néfastes! La femme devant elle était tout simplement charmante. Pas étonnant que Legolas la boive ainsi des yeux se dit-elle avec une certaine amertume. Il avait l'air heureux de quelqu'un qui n'avait pas vu un, ou dans ce cas une vieille amie, depuis longtemps.

Après une courte discussion, le nain l'emmena danser, histoire de lui changer les idées mais aussi de donner le change. Après tout, n'était-ce pas ce que Thror attendait d'eux? Malgré son imposante stature et sa raideur, il se montrait excellent danseur... tout comme l'homme du Rohan et même le Harradrim qui s'émerveilla des caractéristiques physiques qu'il avait en commun avec la jeune femme. Elle valsait de nouveau avec l'héritier de Durin quand un gong retentit signifiant à tous l'heure du dîner. La Wallen se rendit alors compte qu'elle n'avait ni vu les siens ni même entraperçu le roi elfe. Il n'avait pas pris la peine de venir ne serait-ce que la saluer...

Soudain, un rire tonitruant la sortit de sa méditation et la fit sourire. La jeune femme avait reconnu son cousin au milieu d'une véritable petite cour féminine. A le voir agir ainsi, tour à tour gracieux et rustre, elle n'eut plus aucun doute. Le Wallen chassait. Cette nuit, plus d'une femme qu'elles soient humaines ou elfes tomberaient dans ses filets... Le Ceanar était assis à ses côtés à fumer et discuter sereinement avec une Elëa toute en beauté. Les jumeaux, quant à eux, étaient en grande discussion, certainement stérile, avec des nains, chopes à la main. Le pouvoir de l'alcool...

Des effluves boisées imprégnèrent tout à coup ses narines. Elle inspira à pleins poumons le délectable parfum. Une seule personne avait une telle odeur. Le souverain sylvestre était là, derrière elle, et discutait avec Legolas comme si de rien n'était. Son cœur eut plusieurs loupés en le voyant si près et si loin à la fois. Il portait une tunique d'un azur qui rehaussait celui plus pâle de ses yeux et filée des même entrelacs des lacets dans ses cheveux. Ses longues jambes étaient fuselées dans une paire de chausses du même bleu que sa chemise et gainées d'une paire de bottes étincelantes. Un manteau de soie et brocard le rendait plus imposant encore si cela était possible. Leurs regards se croisèrent et s'accrochèrent quelques secondes avant qu'il ne détourna le sien. Ilyrià en aurait pleuré de rage. L'indifférence qu'elle lisait sur son beau visage la terrassait. Au moins tout était clair et net. Il appliquait ce qu'il lui avait dit précédemment. L'ennui et la suffisance étaient les seuls sentiments que l'ellon dégageait présentement.

La main de Thorin dans son dos la sortit de sa torpeur. Il la guida vers la grande table où elle fut installée entre le prince et le Gondorien. Legolas était placé quant à lui un peu plus loin toujours à côté de son amie dunedain au déplaisir fort mal venu de la jeune femme. Le roi était quasiment en face d'elle sur l'autre branche du u à la droite du roi Thror. Entrées, plats de viandes et de poissons se succédèrent sans qu'Ilyrià n'ait eu la moindre envie d'y toucher. Elle n'avait pas faim. Par contre elle avait soif... Elle vida consciencieusement plusieurs coupes de vin. Se donner du courage, voilà ce qu'elle faisait car la simple idée de devoir s'exhiber devant cette horde d'inconnus plus rebutants les uns que les autres la révulsait.

Elle aimait beaucoup danser mais chez elle au milieu des siens et dans sa cité. Elle devait cependant reconnaître que le prince nain faisait tout pour lui être des plus agréables. Il fut d'une courtoisie charmante, aussi prévenant qu' attentionné mais l'homme du Gondor gâchait absolument tout. D'une fatuité comme rarement elle en avait rencontré auparavant, l'intendant la mangeait des yeux faisant en sorte que n'importe lequel de leurs gestes se transforme en contact charnel. Son dégoût se transforma en colère sourde lorsqu'elle sentit une main moite et insistante se poser sur son genou. Il le caressa légèrement en remontant lentement vers sa cuisse. Une rougeur des plus tenaces lui empourpra les joues. La Wallen saisit alors son couteau et le planta devant l'homme surpris. Elle se tourna vers lui, les yeux assombris par une violence mal contenue.

- Si vous ne retirez pas cette main, monseigneur, ce n'est pas dans le bois de la table que je planterai ce couteau... siffla-t-elle, les dents serrées. Et la maison de l'intendant verra sa lignée s'éteindre... Quand aux hommes que vous pouvez voir là bas en train de nous regarder -elle désigna une table où huit paires d'yeux étaient fixées sans sourciller sur eux- ce sont les miens, ces Wallens mystérieux à la réputation qui, croyez-moi, est plus que justifiée... Ils vous démembreraient sans aucun état d'âme s'ils savaient où votre main est posée... et je ne parle même pas du prince elfe... Oubliez moi homme du Gondor, vous n'êtes pas de taille et n'avez pas ce qu'il faut où il faut pour gérer les appétits d'une femme telle que moi.

Comme si de rien n'était, elle sourit gentiment à l'homme avant de se retourner vers Thorin, la bouche en cœur. Personne n'aurait pu imaginer qu'elle venait juste de menacer son voisin de table de lui arracher sa virilité où qu'elle se cache et de la servir aux chiens de la montagne. Elle reprit une discussion bien plus civilisée avec le prince, charmante et charmeuse. Les verres s'amoncelaient devant elle et la jeune femme se laissa tenter par les plateaux de pâtisseries surchargés qui leur passaient sous les yeux. Un peu de sucre lui redonnait tout la vivacité dont elle avait désespérément besoin.

Un fracas assourdissant se fit soudainement entendre et tous se tournèrent pour en trouver l'origine. Qui était responsable? Ils n'eurent pas à chercher longtemps et Ilyrià dut réprimer le rire qui montait dans sa gorge. Le plan sabotage était apparemment déployé... Si Finnàm et Klaùs se tenaient relativement bien, il n'en était pas de même pour les jumeaux. A croire que leur côté ours mal léché était de sortie ce soir... Ils avaient l'air complètement saouls et avaient renversé deux tables en gesticulant comme des damnés. Ils riaient et dansaient en faisant tournoyer leurs nouveaux amis nains qui étaient dans le même état avancé d'ébriété. Ils titubaient entre les tables et alpaguaient les invités. Si les nains et les hommes s'esclaffaient de bon cœur, les elfes quant à eux avaient l'air purement outré.

Fingal avait attaché ses longs cheveux en un haut chignon si ce n'étaient quelques mèches de feu ça et là qui le rendait vraisemblablement très attirant au vu des yeux de biche que lui lançaient plusieurs femmes et elfines. Il avait retiré sa tunique trempée de bière et ne portait plus que son pantalon et sa paire de bretelles qui ne servait strictement à rien si ce n'était à souligner ses impressionnants pectoraux tatoués.

Quant à Fillan... Ilyrià se cacha derrière sa main pour dissimuler un rire. En grande discussion sans queue ni tête, lui qui ne parlait que wallen, avec un des cavaliers du Rohan, il était debout et avait posé son pied sur la chaise d'un nain, s'accoudant sur son genou. Ne sachant pas où mettre sa chope, il l'avait placée en équilibre sur la tête du ledit nain tandis qu'il arrachait à coup de dents la chair du morceau de viande qu'il tenait entre ses doigts... Ils étaient déjà bien avinés...

La jeune femme coula un œil vers les rois et fut surprise de voir un sourire sardonique ourler fugacement les lèvres de Thranduil. Pourquoi était-elle étonnée? Après tout, voir la grande soirée pompeuse qui avait été organisée tourner vinaigre devait lui procurer un réel plaisir. Thror, lui, éructait de colère et se contenait à grand-peine d'éclater. Son regard croisa celui de la Wallen et un éclat vicieux l'éclaira.

- Dame Ilyrià! s'exclama-t-il en tapant sur les accoudoirs de son trône. N'est-ce donc pas l'heure du fantastique divertissement que vous nous offrez de si bon aloi? Excusez mon impatience mais je ne puis plus tenir!

- Je suis navré, Ilyrià, souffla Thorin désolé du comportement de son grand-père. Rien ne peut l'arrêter quand il veut quelque chose...

L'ordre était à peine voilé dans la soi- disante supplique du roi. Ilyrià sentit le rouge lui monter aux joues. Comment osait-il lui donner une telle injonction devant tant de monde, elle qui était fille de roi et future épouse de prince?! Il était cependant hors de question d'exploser ici et de donner satisfaction à ce maudit... comment l'avait appelé Legolas déjà? Ah oui... ce maudit porc de Thror! Elle ne ferait défaut ni à son père ni à Thranduil et Legolas.

Elle s'inclina avec une révérence feinte et se leva sans ajouter un mot. Un regard vers les deux frères les fit agir. Ils se redressèrent abandonnant leurs compagnons de beuverie. Ils se dirigèrent d'un pas soudain plus sûr et synchronisé vers la sortie. Ilyrià sourit. Elle savait combien ils étaient excellents acteurs et grands buveurs devant l'éternel Erù. Comme si quelques malheureuses carafes et autres chopes de bière pouvaient les coucher! Ce n'étaient bien là que deux grands garnements!

Elle fit un clin d'œil au prince elfe, au bord de l'apoplexie. Elle voyait ses mains serrer convulsivement le bord de la table. La jeune femme secoua la tête imperceptiblement. Pas d'esclandre. C'était exactement ce que voulait le souverain nain et il ne fallait pas qu'il lui donna ce plaisir. Ils se comprirent sans échanger un mot et Legolas lui retourna son sourire, pincé certes mais tout à elle. Il était là et ferait ce que la Wallen attendait de lui, si difficile ce fut.

Par contre, le pauvre regard qu'elle échangea avec le roi sylvestre lui fit bouillir les sangs. Le masque impassible qu'il lui renvoyait était autant de coups de poignards dans le cœur.

Très bien! Puisque cela ne lui faisait rien qu'elle dusse s'exhiber devant eux, elle leur donnerait un spectacle qu'ils n'étaient pas près d'oublier... à la Wallen.

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Thranduil,

Après avoir tiré les Wallens de la fontaine, l'ellon était retourné à ses appartements. Il avait besoin de calme, d'une sérénité qui l'avait déserté depuis bien trop longtemps maintenant et qu'il n'arrivait plus à retrouver. Il inspecta les rayonnages de la bibliothèque du petit salon mais ne trouva rien qui puisse lui convenir. Tous les ouvrages présents étaient écrits en kuzdûl. Or, le roi n'avait jamais voulu prendre la peine d'apprendre cette langue dont les sonorités lui écorchaient les oreilles. Alors que faire? Il ne souhaitait pas penser encore et encore à la Wallen qui hantait beaucoup trop son esprit à son goût... Non il était épuisé et ne aspirait qu'à un peu de paix... Malheureusement pour lui, le pli provenant du roi nain concernant les directives qu'il avait prises pour le bal mit son plan à mal. Après lecture, il froissa le papier et le jeta au loin. Thror prenait de toute évidence un malin plaisir à le contrarier. Bien sûr, cela ne l'étonnait aucunement... Il aurait très certainement fait la même chose dans la situation inverse. Il avait beau être un elfe âgé de plusieurs millénaires, il n'avait pas la sagesse d'un ellon comme Elrond... La preuve en était chaque jour depuis ces six derniers mois. Ses nerfs qu'il avait toujours cru d'acier s'échauffaient à la moindre occasion et il perdait vite pied dès qu'il s'agissait d'une certaine petite sirène... Que c'était odieusement frustrant de se comporter comme un vulgaire elfing!

Le roi se servit un verre de vin qu'il dégusta lentement. Etre mesuré, c'était là la clé. Prendre son temps pour réfléchir à chacune de ses actions et ne pas la regarder, jamais ne poser les yeux plus d'une demi seconde sur elle. Et tout irait bien...

Thranduil repensa à la conversation ou plutôt au monologue de Klaùs tout à l'heure. Savoir que le cousin de la jeune femme savait tout sur absolument tout n'avait rien de particulièrement engageant. Bien au contraire. L'analyse qu'il lui avait tenu était malheureusement correcte en tous points et la conclusion que le Wallen en tirait lui gelait le cœur comme l'âme. Elle sonnait tel un glas funeste... Ne pourraient-ils vraiment pas se contrôler? Finiraient-ils par de toute façon succomber à ces maudites lois de l'attraction?... Non, il ne devait pas douter de sa capacité à tout contrôler ainsi qu'il le faisait depuis si longtemps. Cependant, comment contrôlait-on la mer quand elle était déchaînée et qu'elle se fracassait contre vos propres défenses et ce, sans relâche?

L'elfe se servit une autre coupe. Il avait bien besoin de ça pour réussir à survivre à la soirée... Des nains, des nains, des hommes... Erù voulait vraiment qu'il trépasse! Sans parler du nombre de Wallens qui s'était légèrement accru ces dernières heures... Thranduil repensa à la sœur du Conui avec nostalgie. Au moins elle savait se montrer courtoise et d'une discrétion à toute épreuve. Parce que ceux que Sturten avait envoyé... Le roi soupira. Ils ne lui inspiraient pas du tout confiance. Ces deux frères lui faisaient penser à deux bêtes sauvages qui ne demandaient qu'à tout détruire sur leur passage et qui plus est avec délectation. Finalement, Thranduil se réjouit de leur venue dans cette fichue montagne. Ils risquaient de mettre une animation folle et de saccager le bal de Thror.

La colère se distilla dans ses veines comme un poison dévorant en repensant au nain. Quelle impudence avait-il de le traiter lui comme un vulgaire elfe de basse extraction! Le forcer à regarder sans pouvoir les toucher les gemmes pour lesquelles il s'était décidé à venir jusqu'ici. Le forcer à courber l'échine devant un roi présomptueux et paranoïaque. Le forcer à regarder la femme destinée à devenir la princesse du royaume sylvestre le divertir lui et ses convives sans pouvoir dire quoi que ce soit...

Il inspira une grande bouffée d'air et expira lentement. Contrôle de soi... contrôle... contrôle...

Il se répéta ce mantra pour s'obliger à rester stoïque. Il ne pouvait plus se permettre de céder à la moindre de ses pulsions, que ce fusse la rage ou bien tout autre chose. Aussi reposa-t-il calmement le verre sur le guéridon avant de passer dans sa chambre. L'heure tournait implacablement et il devait songer à se préparer en vue du banquet. Cela dit, il ne se pressa pas. Arriver en retard se faisait quand on était roi et il n'allait certainement pas se priver de ce droit qui lui permettrait de passer un peu moins de temps en la compagnie de... ces êtres.

Il prit tout son temps pour revêtir la tenue qu'avait préparée Gallion à son attention. Il finit par un fin diadème de mythril. Il avait un moment hésité à prendre sa couronne d'automne de bois et baies rouges mais s'était ravisé. L'ellon savait que Thror ne manquerait pas de se parer de tous les artifices possibles pour rivaliser avec lui. Or, il ne voulait pas lui donner ce menu plaisir... Or de question de jouer à qui avait la plus grosse... couronne.

L'éclat du bijou lui fit immanquablement pensé à celui qu'il avait fait envoyé à la Wallen. Avait-elle aimé? En réalité, il n'en doutait pas vraiment. Longtemps il avait cherché quoi lui offrir quand une idée lumineuse lui avait sauté aux yeux. Qu'aimerait-elle de plus qu'un petit quelque chose qui lui rappellerait son foyer? L'elfe n'avait joint aucune mot au présent. C'était tout simplement inutile. Elle saurait très bien de qui il venait et de toute façon, il ne voyait dans ce pendentif que l'expression de ses regrets comme de ses remords.

Avec une bonne heure de retard, il se présenta à la salle où se déroulait la réception. Il se composa un masque parfait d'impénétrabilité et entra en saluant le Conui, déjà présent, Elëa à son bras, d'un hochement de tête. Divers dignitaires et autres vinrent lui présenter leurs respects. Il ne le leur rendit que du bout des lèvres. Passer pour un goujat ne le dérangeait pas. Il répondit vaguement à leurs questions en cherchant du regard la seule personne qu'il avait envie de voir, son fils. En parcourant la pièce des yeux, il la vit devant lui. Détournant prestement le regard, il s'obligea à l'ignorer. L'insensibilité qu'il lui renvoya était tout à fait réussie s'il s'en référait à sa mine boudeuse et assombrie. Il alla prendre place à la droite de Thror et l'écouta distraitement énumérer les raisons qui faisaient de lui un roi de droit divin. À l'écouter, les Valar l'avaient béni avec la découverte de l'Arkenstone... Thranduil faillit lui dire à plusieurs reprises que sa soif d'or entraînerait sans aucun doute sa chute mais se retint. Le souverain nain n'aurait pris cette remarque que comme une preuve de sa jalousie latente. Et puis, il était relativement mal placé pour dire quoi que ce soit à ce sujet, lui même étant un fervent accumulateur de richesses et autres trésors.

Il ne pouvait non plus s'empêcher de surveiller sa Wallen du coin de l'œil. Tout avait l'air d'aller si ce n'étaient les avances mal déguisées du Gondorien qui usait singulièrement sa patience lorsqu'il entendit grâce à son ouïe elfique la menace de la jeune femme. Le trouble provoqué ensuite par les jumeaux wallens lui arrachèrent un semblant de sourire. Celui de Thror ne lui dit par contre rien qui vaille. La façon dont il couvait Ilyrià de l'œil le tuait mais il ne pouvait strictement rien dire... Il la regarda quitter la salle suivie des deux frères qui bizarrement semblaient beaucoup moins saouls d'un coup. Ils agissaient avec une telle synchronisation... deux soldats... Il se morigéna. Ce n'était qu'une danse, un mauvais moment à passer. Rien de bien grave. Qu'elle valse maintenant avec un des deux Wallens ou au milieu d'une multitude de gens, quelle différence?

Les musiciens posèrent à terre leurs instruments et en saisirent d'autres traditionnels wallens. Klaùs lui même vint sur la petite scène et s'assit sur un tabouret. L'air dur et froid qu'il affichait montrait à quel point il faisait cela à contrecœur. Il s'empara d'un fiddle* tandis que le Conui prenait un piobaire* en s'installant près de lui. Les autres musiciens se munirent de flûtes, violoncelles et divers appareils de percussions.

Soudain, des clameurs s'élevèrent. Les jumeaux wallens entrèrent dans l'espace prévu pour la danse, entre les bras du u de la table, au plus près des convives. Il aurait été si dommage que qui que ce fut loupa un détail pensa l'elfe avec dégoût. Il pouvait voir les regards avides sur les deux hommes. Ils ne portaient qu'un pantalon de toile fin propice à la légèreté des mouvements. L'un d'eux jeta un bouclier à terre tandis que l'autre posait quelque chose à terre un peu plus loin. Le roi cala son menton dans la paume de sa main droite. Il n'aurait pas dû mais il devait avouer être intrigué.

Les deux hommes commencèrent à taper du pied en rythme sur le bord du bouclier de métal comme pour appeler quelqu'un. Quelqu'un qui arriva. D'un geste fluide, Ilyrià se positionna sur l'écu. Elle était habillée d'une légère robe blanche qui ne laissait certes apparaître que ses petits pieds chaussés de chaussons immaculés eux aussi mais qui faisait deviner absolument tous des contours de son corps. Un tartan pourpre était noué sur son épaule droite et descendait en asymétrie lui couvrir la poitrine pour serpenter jusqu'à sa taille qu'il ceinturait complètement. Au moins, les doutes qu'il avait eu sur sa tenue étaient plus ou moins dissipés. Il avait tant craint un débordement...

Dans un même mouvement, les deux hommes se saisirent du bouclier et le levèrent à un bon mètre cinquante. Les musiciens commencèrent à jouer. La musique était incroyablement puissante et entraînante. Chaque déplacement du corps de la jeune femme était incroyablement rapide sur un si petit espace. Le buste droit et les bras le long du corps, elle donnait l'impression de survoler le support sur lequel elle était perchée. Littéralement. Chaque pas était d'une précision et d'une coordination redoutables. Avec le sourire, elle exécutait des entrechats alors que les deux hommes ne bougeait absolument pas d'un pouce, la mine sévère et figée.

Soudain, les instruments se turent à l'exception faîte du Ceanar. Avec une pirouette, elle sauta gracieusement à terre et salua le public devant elle avant de se tourner vers ses comparses. L'un avait jeté le bouclier au loin alors que l'autre se saisissait de ce qu'ils avaient posé quelques minutes auparavant. Avec effroi, le roi elfe se rendit compte que ce qu'il avait pris pour des barres de fer étaient en réalité des lames. Des lames à première vue bien aiguisées... Ils prirent chacun une extrémité à pleines mains sans se soucier de se faire mal et commencèrent à les taper les unes contre les autres en mesure avec la musique lancinante. Alors, hébété, il la vit s'élancer au milieu des lames comme si ce qu'elle faisait là était d'une simplicité enfantine. Son jeu de jambes était d'une rapidité spectaculaire et son port de bras aussi charmant que chaleureux au milieu des armes tranchantes.

Avec un dernier bond, elle sortit des doubles lames et salua sur la musique qui mourrait enfin.

Il allait enfin pouvoir respirer. L'ellon avait pourtant cru sa dernière heure venue... quand il se rendit compte que quelque chose clochait. Tous les musiciens, y compris le Conui, avaient déserté la scène... sauf Klaùs, toujours assis, son fiddle calé sous son menton. Les jumeaux avaient aussi quitté la piste mais pas Ilyrià.

Tout à coup, le son du violon retentit, aussi doux et envoûtant qu'il avait été rapide et grinçant. Thranduil sentit son souffle devenir court sans qu'il puisse y faire quoi que ce soit. Il broya les accoudoirs de son fauteuil en la regardant commencer à onduler doucement. Ilyrià attrapa son tartan et le dénoua lentement. Les yeux mi-clos, un sourire lascif aux lèvres, elle tournoyait doucement au rythme du fiddle, dévoilant son corps comme jamais il ne l'aurait cru possible. Les narines du roi se dilatèrent de fureur... il était furieux de voir les airs carnassiers de tous les hommes qui avaient les yeux fixés sur elle mais aussi de lui même succomber.

Le tartan finit par glisser complètement au sol et chacun put admirer à loisir le ventre dénudé de la Wallen qui se mouvait comme un cobra. Les mouvements souples de son bassin n'étaient que trop suggestifs... La jalousie se mit à jouer du tambour contre les tempes du roi elfe... Ses déhanchements langoureux étaient empreints d'une sensualité affolante qui lui était douloureuse au possible... Un désir liquide brûlait dans chaque veine de son corps... C'était juste intolérable de la voir ainsi. L'impassibilité qu'il avait péniblement bâtie se fissurait inexorablement. Le bijou qui ceinturaient les hanches de sa danseuse semblait le narguer... l'inviter à le rejoindre et le repousser au loin... Il ne supportait pas l'idée que chaque homme présent assistait à une telle fantasmagorie. Il aurait voulu en être le seul spectateur, le seul à profiter de cette explosion sensuelle.

Il ne pouvait en voir plus. Il se leva sèchement de son siège et sortit sans un regard pour quiconque. Ce que tous prirent pour un signe de colère voire même de faiblesse mais il s'en fichait. Il devait partir. Le roi ne vit pas le regard vainqueur de Thror ni celui désolé de Klaùs. Il ne vit pas la mine sombre de Legolas qui avait usé de beaucoup trop de boisson pour réussir à supporter le spectacle.

Il ne voyait plus rien. Une seule chose comptait désormais.

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Ilyrià,

Une fois sa démonstration terminée, la Wallen sortit de la salle, la tête haute. Elle ne s'arrêta qu'une fois dans le couloir, à l'abri des regards. Elle s'adossa au mur en soufflant un grand coup. Elle avait cru mourir sous le feu lubrique du regard de chaque mâle présent sauf celui du seul elfe qu'elle désirait... Lui ne l'avait regardé qu'avec indifférence. La jeune femme remonta lentement vers sa chambre en évitant soigneusement d'attirer l'attention de ceux qu'elle pouvait croiser. Elle se sentait si mal... Si elle avait cru prendre ainsi sa revanche, elle n'en était plus si sûre maintenant. Lorsque le roi sylvestre avait quitté précipitamment son siège, elle avait noté la joie mauvaise qu'en avait retiré Thror.

Il avait s'agi de cela depuis le début... humilier son roi et rien que lui en se payant la tête du phénix au passage! Elle ne pourrait jamais plus le regarder dans les yeux et y lire tout le dégoût qu'elle lui inspirait... C'était juste trop dur à imaginer. Toute à sa mélancolie, elle ne pensa pas un seul instant à l'impact que sa danse avait eu sur qui que ce fut d'autre, y compris Legolas. Elle le savait avec son amie et était sûre qu'il passerait sur ce moment navrant, ce que ne ferait jamais le roi, trop fier qu'il était.

Elle ouvrit la porte de ses appartements et entra. La pénombre qui y régnait n'était atténuée que par l'éclat faible du brasier dans l'âtre. La Wallen referma la porte à clé derrière elle. Personne pas même Elëa ne la dérangerait ce soir. Elle avait besoin d'être seule, de panser ses plaies en toute solitude à l'abri du regard des autres.

Elle sentit sa présence avant même de le voir. Il était là, accoudé au manteau de la cheminée. Son regard de banquise la transperça, la liquéfiant sur place. Elle recula jusqu'à être dos à la porte. Ses yeux étaient totalement indéchiffrables et elle avait peur de ce qu'il pouvait lui vouloir. Il s'approcha d'elle tel un félin à l'affût jusqu'à ce qu'ils ne soient plus séparés que par quelques centimètres. La Wallen baissa la tête honteuse.

- Gabh mo leigeul, mo righ... (pardonnes-moi mon roi), murmura-t-elle.

Toujours silencieux, il lui redressa le menton de son index et essuya sa joue mouillée par les quelques larmes. Elle ferma les paupières ne voulant pas subir son courroux. Il l'attira brutalement contre lui pour l'emprisonner entre ses bras puissants. Ilyrià se blottit alors contre son épaule. Son odeur si enivrante lui faisait mal à l'âme. Il avait pris sur lui pour venir la consoler. Or, elle voulait tellement plus que ce qu'il ne pouvait lui donner, tout comme elle d'ailleurs.

Mais un simple regard lui fit comprendre à quel point elle avait tort. Il n'était pas là pour cela. Pas du tout. Ses yeux reflétaient la même tension charnelle, la même détresse qu'elle même pouvait ressentir. Le désir qu'elle y lisait était tout bonnement insondable, à la hauteur du sien. C'en était effrayant et délicieux à la fois.

Ilyrià déboutonna deux ou trois boutons de sa tunique et passa ses doigts frais sur sa peau brûlante. Un gémissement horriblement excitant s'exhala de la poitrine de l'elfe.

Thranduil la souleva pour la porter sur le lit qui s'affaissa sous eux. Il la jeta plus qu'il ne la posa et se mit au dessus d'elle l'écrasant de tout son poids mais elle s'en moquait. Cette douleur là était exquise. Leurs mains impatientes s'escrimèrent sur les vêtements qu'ils portaient encore. L'ellon ne faisait pas preuve de délicatesse et le moins qu'Ilyrià pouvait dire était qu'elle aimait son ardeur.

Elle n'était pas novice. Il s'agissait là plus d'une lutte pour le pouvoir, pour la possession du corps de l'autre. Thranduil, lui, voulait la marquer, lui laisser son empreinte après avoir vu les regards concupiscents sur elle. Ilyrià, elle, voulait le faire sien, qu'il ne soit à jamais qu'à elle après qu'il l'ait tant repoussé.

Rien de logique, rien de raisonnable... juste l'explosion de leurs sens opprimés... un besoin vital de s'unir l'un à l'autre.

L'ellon l'embrassa fougueusement, fouillant sa bouche avec une avidité et une exigence à laquelle elle se soumit volontiers. Il déchira son corset, dévoilant à ses yeux polaires la rondeur de sa poitrine. Ilyrià frissonna quand elle sentit les longues mèches blanches de son amant caresser la pointe durcie de ses seins. D'un doigt paresseux, il fit le tour d'un mamelon avant de prendre l'autre en bouche, le mordillant et le suçant avec une lenteur calculée sans la lâcher du regard. Ilyrià se cambra contre lui. Elle captura son visage entre ses paumes et le remonta vers le sien. Elle plaqua de nouveau ses lèvres fiévreuses sur les siennes tandis que leurs doigts s'entrelaçaient au-dessus de sa tête.

Un tourbillon de sensations plus délicieuses que jamais lui embrasaient le corps. La jeune femme n'avait jamais imaginé jusque là que le plaisir intense puisse se teinter aussi de souffrance. Elle n'était plus que plaisir et supplice mêlés. Une flamme s'était allumée dans le creux de son ventre pour se répandre en un déluge torrentiel dans ses veines.

Il glissa un genou entre ses cuisses pour les lui faire écarter avec un sourire de pure convoitise. Thranduil se passa la langue sur ses lèvres pleines et elle crut défaillir sous l'onde de volupté qui s'empara d'elle.

-Thranduil mo chridhe*... gémit-elle en l'attirant au plus près d'elle.

Il l'interrompit en l'embrassant furieusement, assoiffé d'elle. Son baiser se transforma peu à peu en découverte intime de chaque millimètre du grain de sa peau. N'y tenant plus, Ilyrià écarta les jambes comme pour l' inviter à s'y couler. Elle poussa un râle de satisfaction qui mourut entre les lèvres du roi lorsqu' il la prit d'un mouvement puissant. Leurs deux corps ne faisaient plus qu'un alors qu'elle agrippait les couvertures en se déhanchant le plus possible. Il eut un grondement de plaisir étouffé par le baiser de la jeune femme. La Wallen geignit quand il ressortit d'elle pour la reprendre d'un violent coup de reins. La voir se tortiller de plaisir sous lui semblait exciter l'elfe au plus haut point. Son va-et- vient s'intensifia presque brutalement, la soulevant littéralement de la couche sous la virulence de ses mouvements.

- Mo ruin, tha gaol agam ort...* sanglota la Wallen dévorée par le feu incendiaire qui montait en elle. Tha thu mar m'anam dhomh...

Leurs souffles devinrent erratiques et bientôt ils cédèrent tous deux aux spasmes de l'intense jouissance qui les consuma tous les deux. Ils retombèrent lourdement sur le matelas, pantelants du désir assouvi. L'ellon dans son dos l'emprisonna d'un bras possessif alors qu'il lui tirait doucement les cheveux pour la forcer à tourner son visage vers lui. Ses yeux luisaient de la passion après l'amour mais elle y voyait aussi une nouvelle exigence.

- Je ne peux plus faire marche arrière, melleth nîn, soupira-t-il en plongeant ses orbes glacées dans les siennes. Tu es mienne... Je ne me repaîtrai jamais de toi, de ton corps ni de ton âme... ils sont à moi...Une fois peut être une erreur, deux est un choix délibéré. Jamais plus un homme, nain ou elfe ne posera les yeux ainsi sur toi...

Ilyrià se mordit la langue pour ne pas répliquer quelque chose d'une désagréable vérité. Ce n'était pas le moment. Elle voulait profiter de cette nuit, entre ses bras. Elle le voulait tout entier, tremblant de désir pour elle... comme elle qui ne se sentait pas encore repue de lui...

Ils auraient tout le temps de penser aux conséquences de leurs actes le lendemain.

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Voili voilou... :) Une impression, un commentaire? J'espère que ce chapitre vous a plu, lui qui m'a été relativement difficile à écrire... beaucoup de choses à tenter de retranscrire fidèlement à l'image que j'en avais en tête...

Information peu intéressante mais que je donne quand même... ;) comme beaucoup je ne peux qu'écrire en musique et là, bah je sais pas j'avais envie de vous faire part de mes muses...

-la partie sur Legolas, agacé qu'il était, ne pouvait subir que les chansons de Starset, My Demons et On my Own de Ashes Remain.

- la 1ère scène de danse était sur une des chansons au violon du 1er film Sherlock Holmes; la seconde partie sur la bo du film La Chute du Faucon Noir... oui oui c'est un film de guerre mais les musiques africaines sont juste magnifiques comme Gortoz A Ran comme celle de Rachid Taha Barra Barra...

- Les passages sur les jumeaux n'ont été écrits qu'avec une seule chanson dans mes ptites n'oreilles: Troublemaker de Ollie Murs... rien que le titre leur correspond si bien! =p

-Quant à Ilyrià et Thranduil, même chose, la seule à «m'inspirer» si l'on peut dire était Le tunnel d'Or d'Aaron.

D'ailleurs, je me permettrai de mettre toutes ces ptites beautés sur le Blog Entre mer et terre qu m'administre si plaisamment ma Krassanïa chérie. Musique, tu es toute ma vie!

Ah oui! Traduction!

fiddle: violon.

Piobaire: sorte de cornemuse! (et oui! ^^ mais dans les mains de Finnàm, je vous assure que ça devient très sexy!)

mo chridhe: mon coeur.

Mo ruin, tha gaol agam ort: mon amour, je t'aime (ouhhh elle est cro meugnonne!)

Tha thu mar m'anam dhomh: tu es mon âme. (ah bah ça si c'est pas de la déclaration...)

Et une dernière petite chose, avez-vous aimé mes vilains jumeaux? Je me demande sérieusement s'ils ne devraient pas repartir en Forêt Noire... Je les adoooore et ne suis donc pas très objective! ;)

Bisous tout doux!