Maudite

Hello !

Alors comme ça, ça vous plait ? Voici donc la suite )

Un grand merci encore et toujours à tous et toutes mes lectrices et lecteurs. Merci de votre soutien.

Je remercie ici encore acheroniastyx pour ses précieux conseils^^

Bonne lecture,

Chapitre 10- Compromis.

POV Liz

Un mois plus tard,

J'ouvris la porte de ma chambre, consciente de l'impatience d'April dans mon dos. Nous pénétrâmes dans la pièce en parlant du pseudo devoir que nous devions préparer, à la demande express d'April au cas où une oreille parentale traînerait dans le coin.

Mais à peine la porte refermée, April me fixa des yeux, les mains serrées autour des miennes.

« Qu'ont-ils dit ? ! » Craqua-t-elle en m'entraînant vers mon lit.

Je souris, levai les yeux au ciel, mais me concentrai sur les visages de mes parents lorsque je leur avais annoncé que je sortais dorénavant avec Edward. C'était pendant le dîner, j'avais pris la décision de le faire cet après-midi-là en discutant avec Edward sur les tables extérieures du lycée. Ma mère avait eu un sourire entendu, les yeux pétillants déjà de curiosité. Mon père en revanche…Je soupirai. Il m'avait jeté un œil scrutateur, me détaillant de la tête aux pieds avec insistance. Et puis il m'avait prise dans ses bras pour un câlin.

« Mon père a eu du mal. Je crois qu'il espérait que, puisque c'était fini avec Preston, je resterai célibataire jusqu'à ma mort. » Ris-je en passant une jambe sous mes fesses.

« Le mien est pareil ! Si on l'avait laissé faire, il m'aurait envoyée au couvent en apprenant que je sortais avec Brad ! »Approuva April.

« Tu aurais fait un malheur là-bas, pourtant. »La taquinai-je.

« Moques-toi tant que tu veux, c'est pas moi qui défie les lois de la science »

« C'est vrai. » Je tournai mon regard vers le miroir, dévisageai encore ce visage qui traversait les vies, puis me reconcentrai sur ma meilleure amie et ses questions.

« Et ta mère ? »

« Ah ça ! »

« Liz, crache le morceau ou je trouve le moyen de te faire parler !»

Je levai les yeux au ciel me remémorant ce que j'avais ressenti en lui confiant la vérité près d'un mois auparavant. Le besoin de dire ce qu'il m'arrivait à quelqu'un qui n'était pas impliqué avec une de mes vies antérieures avait été une bonne chose puisque ma meilleure amie m'avait permis de prendre plus de recul. Certes, je me réincarnais. Certes, je n'avais aucune idée de ce qu'il se passait. Mais je le découvrirai et seuls les moments où je me concentrais sur mes vies passées me permettraient d'en savoir plus. Alors nous faisions ensemble ce qu'Emmett appelait des séances de spiritisme. Et peut-être que c'en était. Tout ce que je savais, c'est que j'avais réussi à me souvenir de beaucoup plus de choses lors de ces moments calmes où April et moi « remontions dans le temps ».

« Elle m'a jeté un regard entendu et après, lorsqu'on faisait la vaisselle ensemble, elle m'a dit quelque chose du genre 'Tu comptais officialiser ça quand ?' » Répondis-je.

« Tu m'étonnes ! D'ailleurs, je ne sais pas comment tu as fait pour ne pas craquer avant. Si j'étais sortie avec un canon de ce genre, je l'aurais crié sur tous les toits ! » S'exclama-t-elle.

« On avait besoin de temps. »

« Mais bien sûr ! Pour quoi ? Après tout, vous vous connaissez depuis pas mal de temps maintenant, c'est même à se demander quand vous allez vous décider à sauter le pas. »April haussa les sourcils de façon suggestive et je me sentis rougir.

« On n'en est pas là. »

« Oh mon dieu ! En théorie ça se comprendrait, je veux dire, un mois seulement après avoir véritablement décidé de sortir ensemble…Mais dans la vraie vie, du moins la tienne, ça fait des années ! Imagine ! »

Je grimaçai. April s'intéressait bien trop à ma vie intime à mon goût.

« Bref ! Ma mère est ravie et envisage de les inviter à dîner, dans le seul but de demander des conseils à Esmée pour la déco de sa chambre. »

« Elle a toujours cette idée en tête ? » Grimaça April avant de sourire. « Remarque, elle pourra lui faire un prix puisqu'elle est de la famille. »

« April Levingston ! » M'écriai-je, horrifiée par la perspective.

Non pas la perspective de faire partie de la famille d'Edward, mais celle que ma mère se serve de tels rapports pour son unique usage personnel. Ça me donnait le tournis.

« Bon, parlons sérieusement. Il embrasse comment ? »

Et c'est reparti ! Pensais-je en me remémorant le premier baiser que nous avions échangé, Edward et moi.

Flashback.

Il m'aimait, moi, pour ce que j'étais. Je le savais.

Edward m'avait tenue dans ses bras la veille, dans mon lit, après que je lui aie dit pour mes souvenirs quant à sa nature de vampire. Et cette nuit-là avait terriblement ressemblé à toutes celles qui me revenaient du temps où je m'appelais Bella.

J'aimais Edward. Malgré le temps, malgré la vie que j'avais, j'étais amoureuse de lui et j'avais besoin de le sentir près de moi.

Le frisson qui m'avait parcourue quand il avait dû partir à l'aube, un frisson de manque, m'avait suivie toute cette journée ensoleillée jusqu'à ce que je le retrouve, ce mardi soir-là.

J'avais conduit jusqu'à l'endroit où il m'avait donné rendez-vous après le lycée, à la limite de la forêt profonde.

Il était là, devant moi, en tee-shirt malgré la fraîcheur qui retombait sur Bay Port, et tous mes souvenirs le concernant me revinrent en mémoire en force. Encore.

« Tu ne t'es pas perdue ! » Avait-il souri en approchant de sa démarche féline et si attirante.

« Tu m'as fait un schéma très clair ce matin en partant, j'ai fait de mon mieux. » Avais-je répondu en franchissant le dernier pas entre nous.

Nos bras s'étaient enroulés autour de nos corps, nos poitrines pressées l'une contre l'autre, nos fronts l'un sur l'autre, et j'avais plongé dans son regard mordoré. J'avais souri il s'était nourri et sa température corporelle était légèrement plus élevée que d'ordinaire, ses yeux bien plus clairs.

Et puis je n'avais pas pu me retenir. Je m'étais dressée sur la pointe des pieds, avais resserré ma prise autour du cou d'Edward et j'avais posé mes lèvres sur les siennes, fraîches et souples. Edward avait pressé mon corps contre lui, sa langue attaquant déjà la mienne avec impatience.

Mon cœur avait bondi dans ma poitrine et c'était comme si le temps s'était arrêté autour de nous. Je ressentais la brûlure du manque d'air et je savais qu'Edward le savait, mais nous avions tant de temps à rattraper que je ne le laissai pas s'éloigner d'un millimètre, mes doigts crochetés dans ses cheveux courts. Sa langue avait fouillé ma bouche avec gourmandise, mes mains avaient caressé son dos sous le t-shirt, et ses larges épaules qui me cachaient la vue alentour. J'avais frémi contre lui, acceptant qu'il me libère uniquement parce qu'il dirigeait sa bouche dans mon cou, sur ma clavicule avant de revenir à mes lèvres en un va-et-vient incessant, presque hypnotique.

Fin Flashback.

« Liz ! La Terre appelle Liz ! » Rit April en secouant sa main devant mes yeux.

« Il embrasse comme un garçon »Répondis-je en tentant de me sortir de la tête les images qui avaient suivi ce baiser, quand Edward et moi nous étions évadés, moi sur ses épaules, durant des heures.

« Mais oui ! C'est exactement ce que disent tes joues rouges. Dis donc, ça devait être intense ce souvenir parce que t'es tout feu tout flamme, là ! » April me pointa du doigt, un sourire espiègle accroché aux lèvres.

« Comme toi quand tu penses à Bradley. »

« Vrai ? Oh mince alors, je savais que j'avais l'air d'une débile, mais je ne pensais pas à ce point ! »

« Hey ! »

Nous éclatâmes de rire, puis la conversation dériva sur Catherine et Steven ainsi que sur nos cours du lendemain.

« D'ailleurs, je vais y aller, je pense. J'ai prévenu ma mère que je rentrais tôt. » Déclara soudain April en se levant.

« D'accord. »

Elle récupéra ses affaires et nous sortîmes de ma chambre.

Nous passâmes devant le bureau de mon père et celui-ci nous interrogea sur notre devoir commun.

« C'est fini, on est efficace. » Expliquai-je en faisant signe à April de descendre plus rapidement.

« Ah oui ? Je l'espère pour vous parce que je me demande vraiment comment vous avez trouvé le temps de travailler entre deux éclats de rire. » Soupçonna-t-il.

« Papa. On est grandes et responsables. »Déclarai-je avec insistance avant de tourner les talons.

D'accord, c'était ridicule de maintenir ce mensonge quand mes parents n'en avaient pas gobé un seul mot, mais c'était plus commode quand même. Et beaucoup moins 'commère' que ça n'en avait l'air.

April quitta la maison avec un regard entendu et je compris qu'elle n'en pensait pas moins.

Nous nous sourîmes, complices et nous séparâmes.

Je remontai à ma chambre et en passant devant celle de mes parents, je frappai à la porte.

« Oui ma puce ? » Ma mère était déjà emmitouflée dans son peignoir bleu.

« Je vais me coucher. » Informai-je.

« Liz ? » Mon père émergea de la salle de bain attenante à leur chambre.

Je tentai un sourire assuré mais le regard inquiet de mon père me perturbait.

« Qu'est-ce qu'il y a papa ? »

« Cet Edward, c'est le fils Cullen ? »

« Oui. Pourquoi ? »

Il passa une main sur sa barbe naissante.

« Je n'aime pas que tu sortes avec lui si vite. »Avoua-t-il, ce qui lui valut mon regard sidéré et celui furieux de ma mère.

« Scott ! Tu ne le connais pas, mais ça ne veut pas dire qu'il n'est pas assez bien pour Lizzie. Bon sang, il a pris soin d'elle dès le début, que veux-tu de plus ? »

« Il ne s'est toutefois pas présenté de lui-même et il a forcé Liz à nous mentir… »

« Papa ! Je suis là, je te signale. C'est moi qui ai voulu garder cette relation secrète. Preston et moi venions de rompre, je ne voulais pas qu'il y ait des ragots ! »

« Quelqu'un a dit quelque chose ? » Se mit-il sur la défensive.

Je levai les yeux au ciel. Il était plus protecteur qu'aucun des pères que j'avais eus… Excepté peut-être Charlie…

« Non. Mais tu peux comprendre quand même, n'est-ce pas ? »

Il m'étudia en silence, laissant paraître qu'il n'avait pas dit son dernier mot.

« De quel type est votre relation ? » Répondit-il plutôt.

« Scott ! »

« Papa ! » Nous criâmes en même temps.

Je sentis mes joues rougir alors que mon père rappelait que je venais de parler de relation.

« Scott Walter, tu devrais franchement revoir la définition du mot 'privé'. » Prévint ma mère en pointant un doigt menaçant sur le torse de son mari.

« Quoi ? J'ai le droit de savoir si ma petite fille… »

« Non ! » Nous fîmes à nouveau ensemble.

« Liz, bonne nuit. Ton père et moi avons à discuter. » Annonça ma mère avec emphase.

Je la remerciai rapidement et m'enfuis dans ma chambre. Je m'appuyai dos à la porte, les joues encore rouges à l'idée de ce que mon père voulait savoir. Bon sang, c'est quoi cette manie de vouloir tout connaître de ma vie intime ? !

Avant de sentir l'agacement grandir encore en moi, je sus qu'Edward était à ma fenêtre et attendait mon signal pour entrer. Je souris et écoutai les battements désordonnés de mon cœur avant d'ouvrir les yeux et de croiser le lac doré en face de moi.

Edward fut dans la pièce en un mouvement souple et se tint bien droit à quelques pas de moi, son sourire en coin en place. Je rougis d'autant plus et franchis la distance qui nous séparait pour me blottir contre son torse.

Enlacée par ses bras froids et fermes, je levai la tête pour embrasser mon petit ami. Le baiser fut simple mais tendre, et je sentis mon souffle s'accélérer. Edward sourit, glissant un doigt sur ma joue chaude.

« Il a été plus rapide que Charlie pour s'inquiéter de ça. » Murmura-t-il.

« Oui, je crois. Tu l'as entendu ? » Grimaçai-je.

Son regard amusé me répondit et je tapai son torse pour le punir de se moquer de moi. En réponse, il resserra son étreinte et m'entraîna sur le lit.

« Il avait même des images explicites de ce que je pourrai te faire. »

« La honte ! » Je me cachai la tête dans son cou, inspirant au passage son parfum si envoûtant.

« Je crois qu'il était tout de même aussi gêné que toi. »Confia-t-il.

« J'espère. » Grognai-je en relevant la tête pour le regarder dans les yeux.

Edward ricana en embrassant mon front, une de ses mains s'aventurant sous mon pull. Je frissonnai, mais passai mes bras autour de son cou, manœuvrant pour me retrouver au-dessus de lui, mes cheveux lâchés tombant pour former un halo autour de nous. Les yeux d'Edward brillèrent d'une flamme que j'avais déjà vue et qui, je le savais, allait me faire frissonner de désir. Je me mordis la lèvre sans y penser, mes doigts s'accrochant aux cheveux cuivrés de mon vampire.

« Tu m'as manqué. »Dis-je alors que les doigts d'Edward caressaient mon dos, taquinant mes reins.

« Toi aussi. J'ai cru devenir fou. »

Il se redressa doucement pour que ses lèvres touchent les miennes.

« Emmett s'est moqué de moi. » Bouda-t-il.

« Je vais m'occuper de lui ce week-end, c'est promis. » Souris-je en dégageant mon cou pour qu'Edward y dépose la rangée de baisers qu'il me devait.

Je m'accrochai à ses épaules, le souffle court, la tête renversée en arrière. Edward grogna doucement contre ma peau, les bras serrés autour de ma taille.

« Je te regarderai lui botter les fesses. » Promit-il, sa langue laissant une traînée de feu sur ma peau.

Je déglutis et fermai les yeux pour savourer encore plus ses caresses. Bon sang ! Finalement, April avait raison : techniquement, ça faisait des années.

Je tirai doucement sur les cheveux d'Edward pour lui faire relever la tête et croiser son regard incandescent. J'y lus qu'il savait exactement à quoi je pensais en cet instant précis, je sentis ses doigts se crisper d'impatience sur ma taille et je me souvins des limites qu'il avait imposées il y a des années. Nous restâmes ainsi ce qui me parut une éternité et en fait, j'aimais bien l'idée de l'éternité dans cette position. Mais quand le regard d'Edward se tourna vers la porte, je sus que le moment était passé.

Lentement, il rabaissa mon pull sur ma peau nue, reposant ses mains sur mes épaules.

« Ton père est en train de rêver de m'étriper. » Grimaça-t-il en embrassant chastement mes lèvres.

« Des fois, je me dis que je devrais l'étriper avant, comme ça, on serait tranquille. » Expliquai-je en descendant de ses cuisses pour m'installer dos à la tête de lit.

Edward sourit et s'assit près de moi.

« Tu en serais incapable. »

« Pourquoi ? Tu me crois inoffensive ? »Le provoquai-je en me tournant vers lui, un doigt sur son torse.

« Oh rassure-toi, tu es très dangereuse pour moi, mais pour les autres… »Se moqua-t-il en entrelaçant nos doigts sur son torse.

« Pfff ! T'aurais pu trouver quelque chose de plus original, quand même. »

« Impossible. Je commence même à croire Rosalie quand elle dit que je deviens idiot quand il s'agit de toi. »Il ne s'empêcha pas de m'embrasser.

« Dis, ils ont été particulièrement agaçants aujourd'hui ! »Remarquai-je en m'arrachant à contrecœur à son baiser.

« Tu n'as pas idée ! C'est le soleil d'Halloween qui leur fait cet effet. »

« Mon pauvre ! »

Je caressai sa joue et gardai ma main sur son cou. Edward posa son front contre le mien et nous restâmes les yeux dans les yeux encore un moment, savourant seulement d'être ensemble.

« En parlant d'Halloween ! » Me rappelai-je en m'écartant.

« Et bien quoi ? »

« Alice veut faire une fête, non ? »

« Oui. Tu la connais, dès qu'il y a une occasion, elle saute dessus. »Il leva les yeux au ciel, visiblement pas tenté.

« Dommage, on pensait faire un truc avec les filles…Tu crois qu'elle tentera de m'écorcher vive si je refuse sa fiesta ? »

Edward me regarda avec intensité et je levai les yeux au ciel à mon tour. Evidemment qu'elle allait m'écorcher !

« Pff ! Je vais en parler aux filles, on pourrait faire une fête tous ensemble. »

« Ca peut se négocier, je pense. » Approuva-t-il en caressant ma joue. « Je crois que tu devrais dormir. Demain, il y a cours. »

« Dixit monsieur qui n'a pas besoin de dormir. Tout ce que tu veux, c'est pouvoir espionner mes rêves. » Je haussai les épaules.

« J'adore quand tu me dis 'je t'aime' dans ton sommeil. »Murmura-t-il à mon oreille.

« Mais pas quand je te le dis en vrai ? » Boudai-je, en arquant un sourcil.

Edward fit semblant de réfléchir et alors que j'allais le frapper pour se moquer de moi, il répondit

« C'est parfois bien plus érotique dans ton sommeil. »

« Tu… »Je me tus, inspirant à fond, le regardant d'un œil noir. « Tu es pire que mon père et April réunis ! »

« Tu me brises le cœur ! »S'exclama-t-il, une main posée sur le torse

« Tant mieux pour toi, sale vampire ! » Je le repoussai, enfin il me laissa plutôt le repousser, et je sortis me préparer pour la nuit.

Je maugréais encore contre lui quand je revins dans ma chambre, et le trouvai installé sur mon lit, un livre entre les mains. Je fermai la porte et m'affalai à ses côtés.

« Qu'est-ce que tu lis ? »

« Dracula de Stoker. »

« Tu déconnes ! »

« Non. J'aime bien la manière dont il décrit Dracula. C'est rigolo. »

« Des fois, je me demande ce qui peut bien me plaire en toi. » Fis-je en plissant les paupières.

Il sourit mais ne releva pas. Je lui tirai la langue, passai sous les draps pour me coucher et éteignis la lumière. C'était un vampire, pas la peine de laisser allumer !

Je fermais les yeux quand je sentis Edward bouger derrière moi. Je retins mon souffle alors que ses mains glissaient sous les draps pour s'enrouler autour de moi.

« Tu aimes mon côté mystérieux. » Murmura-t-il d'une voix mi-rauque, mi-amusée.

Je pouffai au lieu d'exploser de rire et me tournai légèrement pour le regarder dans les yeux.

« Ca doit être ça, oui. »

J'acceptai le dernier baiser qu'il déposa sur mes lèvres puis me blottis contre lui et m'endormis rapidement, le sourire aux lèvres.

OoOoOo

Le soleil semblait nous narguer.

Nous, la procession et mes parents. Derrière le cercueil d'Emeline.

Ma petite sœur. Emportée par la pneumonie.

Un sale rhume mal soigné. Un nouveau coup de froid et le médecin n'avait même pas tenté quoi que ce soit. Bon sang, elle n'avait que six ans !

« Je te rejoins Emeline, je le sens au fond de moi, attends-moi. » Soufflai-je en lâchant un lis blanc au fond du trou à mes pieds.

Mon père posa sa main sur mon épaule et la serra doucement. Il me signifiait qu'on m'attendait pour ensevelir la fosse et partir.

Je ne le voulais pas.

OoOoOo

Je remuai dans mon sommeil, sentant contre mes joues des doigts frais. Je m'écartai soudain, ouvrant les yeux sur la pièce. Désorientée, j'observai tout autour de moi, depuis les photos souvenirs avec April et les autres jusqu'à Edward à mes côtés. Je réalisai alors que c'étaient ses doigts sur mon visage, il essuyait mes larmes.

« Emeline. » Sanglotai-je encore alors que des flashs me revenaient de la petite sœur que j'avais enterrée, un jour.

Edward ne posa aucune question il se contenta d'ouvrir les bras en une invitation silencieuse. J'acceptai son soutien avec soulagement, bloquant mon visage contre son cou, écoutant mon cœur battre dans ma poitrine. Ce même cœur qui avait battu pour tellement de personnes…

Mon réveil sonna au bout d'un moment mais je ne fis pas un geste. Je ne pouvais pas. J'avais encore le visage blême de ma petite sœur gravée sur les rétines…C'était la veille de sa mort, lorsque je lui avais lu une histoire, notre chien Jepeto au pied du lit.

Edward bougea contre moi, ses lèvres se penchant sur mon oreille.

« Liz, ta mère va monter. » Murmura-t-il, et je reniflai sans aucune grâce.

Il caressa mon dos, passa une main dans mes cheveux pour m'apaiser, et quand il s'immobilisa, je sus qu'il fallait que je le laisse au moins se cacher. Je relevai les yeux et desserrai mes doigts de son t-shirt. Je ne m'étais même pas aperçue que je m'étais accrochée à lui comme à une bouée.

« Vas-y, ça va aller. »

Je tentai un sourire en essuyant mes larmes.

« Je ne serai pas loin. »

A peine eut-il dit cela qu'il disparut de ma vue Courtney frappa à ma porte.

« Je me lève maman. » Dis-je après m'être raclé la gorge afin de pouvoir parler.

« Ca va ma chérie ? » S'inquiéta-t-elle tout de même, et je ne pus l'empêcher d'ouvrir la porte.

Je fus également incapable de lui cacher mes yeux rougis par mes larmes. En une seconde, elle était à mes côtés et me serrait contre elle je ne le refusai pas. Ce câlin différait tellement des réactions de mes 'autres' parents après la mort d'Emeline ! Parents qui m'avaient tenue pour responsable… C'était plus facile pour eux, mais pas pour moi…

Je resserrai mes bras autour de Courtney et sentis son étonnement. Je priai pour qu'elle ne dise rien.

« Qu'est-ce qu'il se passe, Lizzie ? »

Je grimaçai et m'écartai doucement. Je secouai la tête, plaçant un sourire aussi vrai que possible sur mon visage.

« Je…J'ai fait un mauvais rêve… C'est débile, je me suis réveillée en pleurant ! »

« Mais ton réveil a sonné il y a déjà près de trente minutes, Liz. Tu as continué à pleurer tout ce temps ? »

Je voyais ses inquiétudes. J'imaginai déjà ses neurones se mettre en route pour trouver une explication et une solution plausibles à ma situation.

« C'était plutôt horrible, alors, je n'ai pas vu le temps passé. J'ai été submergée par ce cauchemar. »

« J'imagine pour que ça te fasse cet effet. Tu veux en parler ? »

« Je ne me souviens de rien à part du sentiment de profond chagrin maman, ce n'est rien. C'est juste idiot. Et si mon réveil a sonné il y a déjà trente minutes, c'est que je suis en retard ! April va me tuer si je ne suis pas en bas quand elle arrive, tu la connais. »

J'essuyai les dernières traces traitresses sur mes joues et me levai en rejetant les draps avec autant d'entrain que possible. Ma mère m'observa, mais finit par accepter mon explication.

« Je te prépare un petit-déjeuner rapide, alors. »

« Merci, m'man, t'es la meilleure ! » Souris-je en filant sous la douche.

Je profitai de l'eau chaude sur mon corps pour me remettre de mes émotions. Autant que possible, du moins. Quand j'en sortis, je me réfugiai dans ma chambre et sentis les bras forts d'Edward autour de ma taille. Il plongea son visage dans mon cou, mon dos contre lui. Je fermai les yeux, acceptant son réconfort, et joignis mes doigts aux siens, murmurant des mots aussi rassurants que possible. Il déposa un baiser sur ma nuque et me serra plus fort contre lui.

« Est-ce que ça ira ? Je peux demander à Carlisle de te faire un mot. »

Je souris à sa proposition et me tournai entre ses bras pour prendre son visage dans mes mains.

« Je dois y aller, Edward. Je ne peux pas louper les cours parce qu'un événement vraiment affreux m'est arrivé il y a je ne sais combien d'années ! Je dois continuer à vivre. Pour elle, au moins. »

« Pour Emeline. » Acquiesça-t-il doucement, ses yeux m'interrogeant.

« Pour Emeline, oui. »

« D'accord. Je ne te garantie pas de ne pas demander à Alice de te surveiller, mais je te promets de te retrouver à midi. » Sourit-il en embrassant mon nez avant de s'attaquer tendrement à mes lèvres.

Je hochai la tête et acceptai son baiser, préférant ne pas relever la mission de surveillance sororale.

Finalement, il nous fallut nous séparer et je voyais bien les inquiétudes de mon petit ami. Je lui souris une dernière fois avant de le voir passer par la fenêtre –heureusement que ma chambre donnait à l'arrière de la maison- et pris mes affaires pour rejoindre April.

Ma meilleure amie arrêta sa voiture à un pas de moi avec un grand sourire. Sourire qu'elle perdit vite, bien malgré moi.

« Qu'est-ce qu'il s'est passé ? » S'alarma-t-elle en empruntant le chemin du lycée.

« Je me suis souvenue d'un moment particulièrement douloureux cette nuit, dans un rêve. Enfin… Un cauchemar. »

« Oh zut ! Tu veux en parler ? »

Elle était sincèrement inquiète, et sa volonté de savoir ce qui me perturbait n'avait rien à voir avec un quelconque commérage, je le savais, mais je n'avais pas envie d'en parler pour autant. Pas maintenant, alors que je voyais à nouveau ma petite sœur, souriante et pleine de vie comme elle l'était jusqu'à sa maladie.

« Plus tard, peut-être. » Dis-je, et elle accepta le compromis.

« On peut parler d'Halloween alors ? Il nous faut nos costumes et avec le babysitting de Cathy, on n'a que ce soir pour faire ça. » Commença-t-elle.

J'acceptai ce sujet-là, d'autant qu'il fallait que je contente tout le monde !

« Justement, tu vois Alice ? »

« Bien sûr ! Et bah quoi ? »

Je grimaçai.

« Je crois que cette année, va falloir compter avec elle. »Avouai-je.

« Super ! Du moment qu'ils ne viennent pas déguiser en vampire, ça me va ! »

« April ! Non, ce que je veux dire, c'est qu'elle veut m'inviter à une fête, où en fait, il n'y aura que les Cullen et moi, comme…Au bon vieux temps, si je puis dire. »

« Ah ! »

« Tu imagines que je ne suis pas fan, je veux dire, t'es ma meilleure amie, et on fait ça avec Cathy depuis notre naissance, mais va falloir faire des compromis. » Expliquai-je.

Elle jeta un œil dans son rétroviseur intérieur puis me lança un regard en coin.

« C'est la journée des compromis ? »

« J'en ai l'impression. » Souris-je, ravie qu'elle sourie aussi.

Si j'avais April dans la poche pour une fête commune, je pouvais vaincre Alice et tous les autres plans qui auraient pu être faits…N'est-ce pas ?

J'avais eu l'espoir. Mais ça n'avait pas suffi...

« J'ai donné l'idée de la fête en première ! » Se défendit April.

« Oui, mais Liz sort avec Edward et Edward va fêter Halloween avec moi et ma famille ! » Insista Alice.

J'étais au self et nous avions presque fini de manger quand la discussion sur Halloween fut lancée. C'était obligé, en même temps il ne restait même pas deux jours pour se décider. Mais quand même, je ne pensais pas que ça prendrait de telles proportions. Je jetai un œil vers Edward, bien amusé par la joute verbale entre mes amies. Autour de nous, Emmett et Jasper discutaient de je ne savais quoi – et j'aimais autant ne pas savoir, surtout quand ils me jetaient des regards de ce genre-, et Rose tentait de contenir Alice. Nous étions en public tout de même ! Et bien que les autres aient accepté qu'April et moi squattions avec les Cullen aujourd'hui, il ne fallait pas tenter le Diable.

« Je suis sa meilleure amie alors c'est avec moi que Liz va passer cette soirée. » Affirma April en croisant les bras sur sa poitrine.

« Mais je l'ai connue avant toi, alors j'ai le droit d'ainesse ! »

« Rah ! Tu as connu Bella, moi je connais Lizzie »

« Hey ! Vous avez fini ? Si ça continue, je ne vais à aucune de vos fêtes, mais plutôt à la mienne : dans mon lit avec Edward. »

Tous leurs regards convergèrent sur moi, inévitablement, j'eus droit à des commentaires grivois et à mes joues rougies.

« Ah oui ! Et après ils disent qu'ils n'en sont pas là ! » S'exclama Emmett et je lui lançai un regard noir.

« Si tu savais ! Ils en sont plus loin qu'ils ne l'étaient à l'époque »Renchérit Jasper et j'entendis un brin d'agacement dans sa voix.

« Je…Oh et puis, si on faisait tous la fête ensemble ? »

« Dans ton lit ? »Proposa Emmett et ce fut Edward qui lui répondit.

« Arrête tes bêtises, Em »Gronda-t-il, ses poings soudainement serrés.

Je posai une main sur son poing et le sentis se détendre immédiatement, ses doigts s'entrelaçant aux miens.

« Je veux dire que puisqu'on n'arrive pas à s'accorder, on fait une soirée tous ensemble chez l'un ou chez l'autre. Je souhaite passer cette soirée avec mes amis actuels et ma famille passée, ça vous va ? On peut trouver quelque chose qui convienne à tout le monde, non ? » Recadrai-je le débat avec toute leur attention.

« On fait ça chez moi ! Tu apportes ta déco et tout le monde porte un costume. Il faut qu'on aille le chercher avec Cathy et Liz ce soir, si vous voulez venir. »

Je remerciai April d'un hochement de tête. Elle arrivait à être plus mature qu'une vampire vieille de 120 ans au moins.

Alice mesura April du regard, comme si elle s'étonnait qu'une humaine ait le courage de lui ordonner quelque chose qu'elle n'avait pas vu venir. Elle se tourna enfin vers Rose et je vis leurs lèvres remuer plus vite que dans mes souvenirs.

« D'accord. A la fin des cours, direction le centre ville. » Déclara Alice en nous défiant silencieusement de la contredire.

« Parfait ! »Approuva April avant de se tourner vers moi. « Désolée, Brad me fait la tête si je reste plus longtemps. »

« Vas-y, je vais prendre l'air. On se retrouve en bio. » Souris-je.

April quitta la table que les Cullen s'étaient appropriés à leur arrivée avec autant d'aplomb et d'insouciance que s'il s'était agi d'une table ordinaire…

« Je resterai toujours aussi étonnée de la propension que les humains ont à finalement accepter notre existence sans partir en courant. » Déclama Rosalie en regardant mon amie s'éloigner.

« Nous ne sommes pas si nombreux que ça, tout de même. » Nuançai-je.

« Peut-être, mais vous êtes deux en même pas vingt ans d'écart. Ça devient louche. » Insista-t-elle.

« Peut-être aussi que me côtoyer pendant dix-sept ans a permis à April de voir que tout n'était pas comme tout le monde le pense. Qu'il y a des choses qu'on n'arrive pas à expliquer avec la science.» Proposai-je en sentant mon cœur se serrer à l'idée de la perdre bientôt.

« Nous ferons tout pour que ça s'arrête. »

Jasper parla de telle sorte que je devais le regarder. Je lus la confiance et le respect dans ses prunelles, autant qu'il tentait de m'apaiser grâce à ses pouvoirs.

« Merci. » Souris-je.

Nous gardâmes le silence encore un temps pendant lequel je revoyais la réaction des Cullen lorsque je leur avais annoncé qu'April connaissait également leur secret. Pour moi, il n'y avait pas eu trop de problèmes, ils avaient l'habitude, comme l'avait dit Jasper en me souhaitant la bienvenue dans la famille, à nouveau. En revanche, April avait dû faire ses preuves, et les premières heures du mercredi matin, soit le lendemain du jour où je lui ai tout avoué, j'avais craint pour sa vie en voyant les regards de Rosalie, Emmett et Jasper la suivre dans tous ses mouvements. Finalement, Alice avait pris sa défense, précisant qu'elle aimait bien cette petite humaine effrontée. Et depuis, April pouvait passer des instants avec nous, sans rien craindre, même si au début, elle avait été hésitante. Mais elle avait vu comment les Cullen me traitaient…Ca l'avait convaincue.

Edward me sortit de mes pensées, serrant doucement ma main pour que je le regarde.

« Tu parlais de prendre l'air. »

« Oui, s'il-te-plait. »

Nous nous levâmes en même temps et, nos doigts entrelacés, nous quittâmes la cantine, suivis, je le savais, par l'intégralité des paires d'yeux dans la pièce. Ce matin, nous avions officialisé au lycée en nous embrassant devant tout le monde. Enfin, je l'avais fait. Edward n'avait pas dit non.

« Tu es sûre d'être d'attaque pour une sortie avec les filles ? » Il passa un bras autour de ma taille alors qu'il était assis sur un banc.

Je me retrouvai calée contre lui, la tête dans son cou.

« Oui. Ca va aller, je me sens mieux que ce matin. »

Il embrassa mon front et je sus qu'il cherchait ses mots. Je redressai la tête pour le regarder dans les yeux. Il osa enfin poser ses questions.

« Qui est Emeline ? De quoi t'es-tu souvenue pour te réveiller en pleurs ? Liz, s'il-te-plait. »

Je caressai distraitement sa joue, passai les doigts derrière son oreille pour les emmêler à ses cheveux. Il ne bougea pas, me laissant trouver mes mots.

« Emeline avait six ans quand nous l'avons enterrée. » Commençai-je en détournant le regard. « Elle est tombée malade et personne n'a fait quoi que ce soit. Nous étions très proches toutes les deux parce que nos deux parents se battaient pour nous rapporter à manger, et nous ne les voyions donc pas souvent. A part le dimanche, pour la messe. »

« C'est affreux. »

Je hochai la tête et reportai mon regard dans le sien.

« Mes parents m'ont ignorée le reste de l'année et après…C'était mes dix-huit ans. »

Ses bras se resserrèrent, inconsciemment je m'en doutais, autour de ma taille.

« Edward, ne te fais pas du mal. Cette fois, nous savons. Je suis sûre qu'on va trouver quelque chose pour contrer le phénomène. »

« Jasper et J.J ne sont arrivés à rien. Ils ont récupéré tous les dossiers de toutes les disparues possibles, s'aidant des dessins que tu avais pu faire. Le temps passe si vite. »

« Eh ! »J'attirai son visage vers le mien en me redressant. « Maintenant que j'ai des informations sur Emeline et Lionel Linch, on devrait trouver beaucoup plus. Peut-être qu'en cherchant dans la base de données des pompes funèbres on apprendra quelque chose. Genre l'année de son décès, et comme ça on en apprendra plus sur la vie que j'ai passée avec elle. »

Son regard scruta mon visage avec tristesse, espoir et impatience. Je tentai un sourire rassurant. Si Edward abandonnait, je ne pouvais pas me battre. Je le sentais au fond de moi, comme les dernières fois. Je disparaitrais à nouveau cette fois-ci, mais Edward allait trouver ce qu'il fallait pour tout arrêter. Nous devions tous les deux nous battre pour que ma prochaine vie soit la dernière.

« Tu as raison. »

Il sourit et la sonnerie du début de cours retentit. Edward me retint alors que je faisais mine de me diriger vers le bâtiment.

« Lionel Linch ? »

« Oui, c'est un de mes pères. Je ne t'en ai pas parlé ? Il y a quelques temps, son nom m'est revenu dans un rêve. » Je grimaçai, me rappelant encore que je ne l'aimais pas vraiment. « Je crois que je viens de m'en rappeler…

« Non, tu n'avais rien dit. »

« Je suis désolée.»

Je soutins son regard, caressant sa joue.

« Ce n'est rien. On a plus d'informations, c'est tout ce qui compte. » Sourit-il.

J'acquiesçai et nous nous levâmes plus ou moins rapidement pour rejoindre ensemble notre cours de biologie. Le prof nous regarda avec curiosité mais ne dit rien, nous incitant plutôt en silence à nous installer. Je retrouvai April à notre paillasse, Edward derrière nous.

April griffonna sur un morceau de papier et je lus ses questions « Quel costume veux-tu porter demain soir ? ». Je la regardai avec l'air de dire « T'es sérieuse ? » et elle ne fit que hausser les épaules en reprenant le papier. Craignant ses plans –une année, elle avait bien réussi à me faire devenir Mata Hari-, je pressai son poignet pour attirer son attention.

J'inscrivis ma réponse sur la marge de sa feuille de cours et elle faillit s'étrangler. J'arquai un sourcil, l'air innocente .Derrière nous, Edward s'agitait, visiblement amusé par notre échange. Au contraire de Monsieur Fur qui nous jetait des regards mauvais, tout en déblatérant sur la vie sexuelle des bactéries. Je me demandais combien de temps encore il allait nous parler de ça.

L'heure s'écoula finalement assez rapidement grâce aux regards que me lançait April. Même si je savais que j'allais passer un sale quart d'heure une fois le cours fini, je m'amusais de sa réaction. Enfin, nous pûmes ranger nos affaires, et alors que je sentais qu'Edward m'attendait à sa place, j'interrogeai mon amie.

« En quoi Dracula ne te convient-il pas ? »

« Lizzie Walter, tu es la pire meilleure amie qu'on puisse avoir ! C'est super important tout ça et tu ne penses qu'à te moquer de moi. Et bien, je sens que tu vas le regretter, et même me supplier à deux genoux ne changera rien. »

Edward se plaça à mes côtés, en soutien, et le courroux de ma meilleure amie tomba sur lui aussi.

« Gare à toi aussi. Sale vampire ! » Grogna-t-elle tout bas.

Et April quitta la salle de cours.

« Elle t'a menacé et tu n'as pas répliqué ? Un grand méchant comme toi ? » M'étonnai-je en passant la bretelle de mon sac sur mon épaule.

« J'ai l'impression de voir Alice en humaine alors je me dis que je trouverai le moyen de l'amadouer. » Rit-il en prenant ma main.

« Edward ! » S'écria Alice, les poings sur les hanches, à l'autre bout du couloir.

Les quelques lycéens encore présents se retournèrent avec surprise puis s'efforcèrent de s'éloigner aussi vite que leurs jambes d'humains pouvaient leur permettre. Finalement, la théorie de Rosalie était fausse; nous étions peu d'humains à supporter, voire même à demander, la présence des vampires près de nous…

« M'amadouer ? Non mais tu me prends pour une bête de foire ou quoi ? Et tu ne dis rien, Liz ! »

Alice me sortit de mes pensées en se plaçant face à moi. Je retins mon souffle, m'attendant à son visage de petite fille malheureuse auquel je ne pouvais jamais, ô grand jamais, résister.

Je renonçai à mes efforts et tentai de garder mon sérieux en me tournant vers Edward.

« Edward, c'est mal de parler ainsi de ta sœur et de ma meilleure amie. »

Le coin de ses lèvres entama un sourire avant qu'il puisse se maîtriser.

« Oui, Liz, c'est mal de ma part. Je vais aller m'excuser de ce pas auprès des personnes concernées. »

« Argh ! Et en plus ils osent se foutre de moi ! Vous me le paierez tous les deux ! » Gronda Alice en s'écartant, les poings serrés contre elle.

« Merci, vieux. » Fit simplement Jasper en la suivant.

Edward retint un fou rire puis, en se tournant vers moi, il sembla se tendre, presque mal à l'aise.

« Je ne veux pas savoir ! » Je tentai de garder un ton léger mais nous savions tous les deux que nous avions compris l'insinuation de Jazz et surtout ce que cela impliquait pour notre couple.

Je serrai les doigts d'Edward et nous rejoignîmes les autres sur le parking.

En moins de temps qu'il n'en faut pour le dire, je me retrouvai dans la voiture d'Alice, sur la banquette arrière avec Rosalie, April étant sur la place passager.

« Ils étaient déjà comme ça, à l'époque ? » Interrogea April tout en trifouillant le poste radio.

« Qui ? Edward et Bella ? Ils étaient… »Commença Alice en regardant Rose via le rétroviseur intérieur.

« Moins démonstratifs. » Continua Rosalie et je la frappai sur le bras. « Quoi ? Vous êtes carrément plus intimes que vous ne l'étiez ! Je vois bien qu'Edward a dépassé plusieurs de ses limites avec toi. »

« Mais vous pouvez pas nous laisser faire comme nous le voulons ? » Me plaignis-je en croisant les bras sur ma poitrine.

« C'est hors de question. J'adore l'idée que ma meilleure amie se réincarne. Tu te rends compte ? Tu traverses les siècles depuis on ne sait combien de temps et tu rencontres dix fois plus de monde que ça serait possible en une seule vie. » S'enthousiasma April en se tournant vers moi.

Le pincement dans mon cœur fut plus fort que je ne pouvais le supporter et mes mots quittèrent ma bouche avant même que j'y réfléchisse.

« Quel intérêt si tu les perds tous au bout de dix-huit ans ? »

Ma meilleure amie perdit ses couleurs, ouvrit la bouche puis la referma aussitôt comme si elle était à court de mots. Elle l'était. Comme nous tous.

« Je suis désolée, April. Je veux dire que je n'aime pas me réincarner, parce que ça m'oblige à quitter tous mes proches. »

« On est sur le coup, on saura bientôt qui tu es réellement et tout s'expliquera. » Tenta Rosalie, mais la gêne entre April et moi persista.

Les filles tentèrent bien de nous intégrer à leurs discussions, mais ni April ni moi n'étions plus d'humeur. Je fermai les yeux, me battant pour retenir mes larmes. Si je n'avais pas voulu perdre les Cullen et ce qu'ils m'offraient, je ne voulais pas quitter la vie que j'avais ici. Or, l'échéance était gravée dans le marbre et nous en avions toutes les deux conscience…

Retrouver Catherine, venue avant nous et inconsciente des enjeux de ma vie, nous obligea à faire semblant et finalement, nous aurions toutes pu obtenir l'oscar de la meilleure actrice. Je réussis à surprendre Alice, habituée à me voir traîner des pieds lorsqu'il s'agissait de shopping, quand je parcourus les rayonnages avec attention afin de dénicher la perle rare pour mon déguisement d'Halloween. Je la consultais autant que nous le faisions dans le groupe. Les unes et les autres donnant leur avis d'un bout à l'autre de l'espace dédié à la soirée. La première fut April. Elle craqua littéralement sur la tenue entière de la femme pirate, avec son tricorne, son épée à la ceinture qui dessinait parfaitement sa taille, et la chemise ouverte qui en dévoilait plus qu'elle n'en cachait. Je ris avec elle de la réaction que Bradley aurait en la voyant débarquer ainsi le lendemain à la soirée, mais puisque nous avions tous décidé de devenir des personnages historiques, autant jouer le jeu jusqu'au bout.

« Tu en es où, Liz ? » Demanda Cathy en s'approchant avec ce que j'imaginais être le matériel pour devenir Scarlett O'Hara.

« J'hésite encore. »

Je leur désignai ce que j'avais repéré et la voix d'Alice s'ajouta aux leurs pour me forcer plus que me conseiller dans l'achat à faire. Je les regardai toutes une par une puis acceptai, et nous retrouvâmes Rosalie dans les cabines d'essayage.

« Oh bon sang ! Et ça se retire comment ? » S'exclama Catherine en observant, les yeux emplis d'étoiles, la robe en crinoline que portait Rose.

Dans le miroir face auquel elle se trouvait, elle me lança un sourire entendu et je plaignis Emmett. Le pauvre n'avait pas vécu à l'époque où les femmes portaient de telles merveilles !

« Les lacets s'occupent de tout. » Affirma-t-elle en tirant sur l'un d'eux, faisant glisser les bretelles sur ses épaules.

« Waouh ! »

April, Catherine et moi-même nous extasiâmes devant sa tenue, alors que je l'imaginais parfaitement telle qu'elle serait le lendemain soir. Elle allait toutes nous ridiculiser avec sa robe façon Sissi l'impératrice…

POV Edward

Les filles parties dans la voiture d'Alice, Emmett, Jasper et moi quittâmes le parking du lycée pour retourner chez nous. En courant.

Nous fîmes la course quelques instants, sautant, zigzaguant et percutant les autres pour tricher autant que se venger de ce qu'ils nous avaient fait un instant plus tôt.

De vrais gamins et fiers de l'être !

Alors que nous parvenions aux abords de la maison, nous ralentîmes notre rythme et continuâmes à pied.

« Alors, on lance J.J sur les traces d'Emeline, ou on s'en charge ? » Demanda Emmett en cueillant deux, trois des dernières fleurs au passage.

« C'est moi, ou Liz n'a jamais cité Lionel Linch ? » Préféra demander Jasper.

« Jamais. » Confirmai-je en attendant qu'il continue.

« Edward prend Emeline et moi Lionel. Em, tu continues les dossiers des disparues » Décréta-t-il en ouvrant la porte de la maison.

« Bien mon capitaine ! »

Emmett se mit au garde à vous puis fila dans sa chambre pour déposer les fleurs sur le lit. Ensuite il nous rejoignit dans le salon, investi d'ordinateurs et de boîtes pleines des dossiers des disparues du siècle écoulé.

« J'ai gardé ouvert la session de l'état civil, il te suffit de chercher dans les certificats de décès. » Expliqua Jasper en s'installant aussi à un ordinateur.

J'acquiesçai, sélectionnai l'onglet qui m'intéressait et entrai le prénom ainsi que l'âge d'Emeline dans les cases de recherche avancée. La fenêtre parut s'immobiliser pendant un instant. Je vérifiai l'icône qui indiquait que la recherche était bien en cours et scrutai les esprits de mes frères. Emmett en avait marre de se taper les dossiers papiers, d'abord parce que ça faisait trois semaines qu'il était dessus et que ça n'aboutissait toujours pas, ensuite parce que ça le déprimait de voir le nombre de portées disparues dont personne n'avait plus eu de nouvelles. Je le comprenais, mais je savais que je ne pouvais pas lui proposer d'échanger nos places. Je ne me sentais pas capable de faire ça alors que la peur de perdre à nouveau Liz me tenaillait à chaque instant.

Je tournai à peine mon attention sur Jasper et les informations qu'il glanait sur la famille Linch que la liste des Emeline, Amélie, Ameline et autres s'afficha sur mon écran.

Il me fallut quelques minutes pour parvenir à éliminer de la liste tout ce qui n'était pas Emeline, puis encore une heure pour passer en revue toutes les Emeline décédées depuis que l'état civil existait. Mais quand je vis la photo en couleur apparaître, je n'eus pas besoin de vérifier l'âge de la petite fille qui me souriait. C'était presque Bella-Liz en miniature.

« Je l'ai. » Murmurai-je en fixant toujours le visage enfantin.

Les cheveux étaient aussi foncés que ceux de Liz, les yeux pétillants de malice.

« Emeline Nighton, née en 1967, décédée en 1973. Je crois que tu l'as en effet trouvée. » Confirma Jasper en prenant déjà la souris pour lancer une recherche sur la famille Nighton.

« Liz avait 17 ans à la mort de sa sœur. » Dis-je en reprenant les recherches de mon frère. « Donc elle serait née en 1956. »

« J'ai une disparue en 1974, le 13 Septembre. » M'interrompit Emmett en se levant pour nous apporter le fin dossier.

Je le lui pris et le feuilletai. Il n'y avait rien, excepté une photographie où elle ne souriait pas et une vague description des circonstances de sa disparition. Vu ce qui avait dû se passer ce n'était pas étonnant.

« Regarde la note en bas de la dernière page. » Me conseilla Emmett, contrit.

Je fronçai les sourcils et déchiffrai l'écriture du policier chargé de la recherche de la jeune fille.

« Dépressive. Jeune sœur morte à cause d'elle ? Suicidée ? »Lus-je à voix haute.

« Ils ont mis ça sur le compte de la mort de la petite Emeline. » Grimaça Jasper.

« Virginie Nighton a disparu sans que personne ne s'en alarme vraiment. Même ses parents ont continué leur vie. » Conclut Emmett en jetant un œil à la page affichée sur mon écran d'ordinateur.

« Ils l'ont accusée de n'avoir pas sauvé sa cadette. » Expliquai-je, retenant difficilement mon envie de tuer quelqu'un.

Les parents de Virginie, de préférence…

« Très bien, ça nous donne un nouvel indice pour travailler. Si Virginie a disparu en 74, elle a dû renaître quelque part la même année. Vérifie, je crois qu'on peut lancer une recherche à partir de la date de naissance. » S'organisa Jasper en prenant son téléphone. « Em, sélectionne les disparues 18 ans avant et après Virginie. Je m'occupe de contacter la famille Linch, le frère ainé est encore en vie. »

« Tu vas lui demander quoi ? » S'étonna Emmett.

« Un profil de Victoria Linch, disparue en 1992. » Dit-il avant de se détourner pour parler à la personne à l'autre bout du fil.

« Il pense que Victoria aurait pu laisser des indices sur ses souvenirs et il espère que la famille a gardé ses affaires. » Expliquai-je en voyant son désarroi.

Alors que mon esprit divisait ses tâches entre écouter la conversation de Jasper- qui se faisait passer pour un notaire ayant des papiers concernant la famille-, et chercher toutes les jeunes filles nées le même jour que Bella et Liz, nous entendîmes Rose et Alice rentrer. Nous levâmes les yeux vers elles et leurs sacs énormes avant de nous tourner à nouveau sur ce que nous faisions.

En silence, elles vinrent s'installer près de nous, attendant nos conclusions.

« Liz s'est appelée Virginie Nighton dans les années 50, et Victoria Linch à partir de 74. » Commença Emmett avant de s'interrompre quand Jasper se tourna vers nous.

« Je rencontre Paul Linch le 2 Novembre. »

Les filles demandèrent des explications et nous nous retrouvâmes tous devant l'ordinateur sur lequel j'avais travaillé ces dernières heures. Les pages d'informations sur les identités de Bella que nous avions pues identifier et celles sur les filles nées la même date défilaient.

« Aucune de ces identités n'explique ses réincarnations et concernant les autres, nous ne pouvons être sûrs qu'il s'agisse de Bella. » Remarqua Esmée qui nous avait rejoints.

« Peut-être, mais Liz sera ravie d'apprendre une partie de celle qu'elle a été. » Insista Alice en posant une main rassurante sur mon épaule.

On avance, Edward. Cette fois, il y a peu de portes à ouvrir pour avoir le fin mot de l'histoire. Compléta-t-elle par la pensée.

J'acquiesçai. Si nous avions pu, en une après-midi, découvrir deux nouvelles identités de Liz et en repérer un certain nombre de potentielles, qu'est-ce qui empêchait de régler cette affaire prochainement pour ne plus nous consacrer qu'à notre avenir ?

Alors, d'après vous, on va tout découvrir sur Bella/Liz &co ?

J'espère que ça vous plait toujours p

A la semaine prochaine avec la suite, si vous la voulez…

Bisous Spuffy