Hi everybody! how are you? ici tout va bien! Vacances quand tu nous tiens au creux de tes bras...

sinon, que dire merci à tous et toutes pour vos lectures qu'elles soient anonymes ou non mais j'avoue que je remercie tout particulièrement celles qui prennent sur leur temps pour me laisser une trace de votre passage... Tellement motivant!

Sandra: ahhhhh mon Satanas, mon amie merci de ton indéfectible soutien! La belle paire, je te jure! tes analyses sont toujours mortelles et je suis heureuse que tous les persos secondaires te plaisent autant, j'y mets beaucoup de moi même... ça fait peur si tu regardes certains, non? Oui j'assume! Klaùs a beaucoup de mes vices!^^ tu sais ce que c'est! ;) et ne t'inquiète pas, j'en garde sous le pied pour l'histoire des Wallens grandeur nature! ;) kiss kiss bang bang

Juliefanfic: tu n'aimes pas le Léviathan? Je comprends pas, il est tellement chou... je sais que tu es triste pour Elëa mais bon elle sera à Valinor... et rejoindra son loup à la nage! merci du temps que tu prends malgré ton planning que je sais très chargé! Bisous caramélisés!

Virginie: heureuse que ce chapitre t'ai plu! Pourvu que ça dure... La vie ne va pas être facile pour Legolas mais bon comme on dit après la pluie, le beau temps... ou pas!

MonaYsa: bienvenue et merci! Tu n'es pas prête de voir mon message mais en temps voulu... alors merci pour tes compliments qui me vont droit au coeur!

Mane-Jei: ahhh tu te poses beaucoup de questions sur le Guérisseur! ;) as tu raison? L'avenir nous le dira... peut-être bin que oui, peut-être bin que non... En tous cas merci pour tes reviews que je trouve toujours animées!

Mathy: ma tomate, tes reviews me laissent toujours un goût de rire sur les lèvres... Continue les clowns au ptit dej! et bien vu pour le combat entre les gars!^^ tu es au top! Bisous tomatés

Poly Popy: deux reviews pour le prix d'une! Merci les bugs! ;) je suis heureuse que ce chapitre t'ai autant plu! Tu as bien vu la chose: un tournant dans l'histoire se joue ici, une ère nouvelle s'instaure... dans tous les cas je t'adore et d'ailleurs je dédicace ce chapitre qui est le plus long que j'ai jamais pondu à une petite merveille, Elsa!

Krassnaia: gros bisous Pilouiette!

Relectrice/ Bêta/ Revieweuse: triple titre pour toi Toutouille! tellement merci pour tout que je ne sais même pas quoi dire sinon que les discussions du vendredi soir sont cosmiques! et on ne dira pas pourquoi! ^^ Tùch! c'est secret! je dois aussi avouer ici que ta dernière review m'a fait changer la seconde partie de la dernière scène! comme sur le dernier chapitre! beau travail et chapeau bas mam'zelle! des bisouillis!

bonne lecture!

Chapitre 26,

Comme l'infini

Et comme un phénix

Renaître encore une fois

Telle est ma destinée?

Ne vivre que d'espoirs fous

Peut-être tel est mon destin « souffrir »

Mais surtout aimer en toute liberté

Comme un libre penseur

Toujours et encore surmonter les obstacles

Des limbes les plus terribles renaître encore. *

Ilyrià, dans les limbes.

Où était-elle? Elle ne le savait plus vraiment... Quelque chose clochait. Des voix, des murmures la hantaient comme s'ils l'appelaient inexorablement, mais qu'elle ne pouvait les rejoindre. Tout ce dont elle parvenait à se souvenir était son roi qui l'exhortait à lui revenir, à ne pas se laisser partir mais un morceau de son âme l'avait quittée et emportée vers cette contrée aride où plus rien n'était.

Le néant. Le vide. Le rien.

Ilyrià avait si peur... Depuis combien de temps était-elle ici? Des jours? Des mois? Un frisson lui parcourut l'échine. Des années? La jeune femme n'aurait pu le dire avec certitude. Le temps ne s'écoulait pas de la même manière en ces lieux stériles.

Elle était sur une immense étendue de sable fin face à une mer paisible. En y songeant bien, elle avait reconnu cette terre. C'était la plage où elle et Anaïsa avaient passé leur dernière soirée sur Terra. Sans rien autour, uniquement elle et la mer. Il n'y avait strictement rien d'autre. Aucun animal n'avait croisé sa route. Pas de pluie, pas de vent. Pas de soleil éclatant, ni de nuit sombre comme l'onyx. Tout n'était ici qu'un éternel gris. Seul l'océan semblait vivant. Elle avait eu beau hurler à s'en déchirer les cordes vocales, crier sa peine, rien n'y avait fait.

Dans les premiers temps de ce qu'elle considérait être un emprisonnement, elle avait chu et s'était laissée porter par le désespoir de sa situation. La peur et la culpabilité l'avaient submergées, menaçant de l'entraîner dans ses plus noirs recoins. La mer l'appelait sans relâche, odieuse sirène à son oreille jouant de sa si tentante ritournelle. Plus d'une fois, elle s'était approchée, attirée par l'aura dévastatrice de cette eau glaciale. Elle soufflait, elle aussi, bien des choses au creux de son oreille... Un orteil dans cette étendue aqueuse et tous ses malheurs seraient terminés, envolés dans une danse liquide. Elle pourrait enfin être elle-même sans arrières pensées. La sirène qu'elle était pourrait s'abandonner de tout son saoul sans penser à la moindre conséquence que pourrait engendrer sa soif de liberté.

Liberté... Elle y aspirait tellement. Plusieurs fois, elle s'était levée et approchée, délicieusement hypnotisée par son double qui, lui, aurait voulu se jeter dans ces eaux de l'oubli. Sa sirène lui disait combien il serait plus aisé pour elles deux de partir au loin, que tout rentrerait ainsi dans l'ordre. Et quelque part, elle ne pouvait qu'être d'accord avec ce constat terriblement amer. Après tout, de la catatonie dans laquelle elle avait été plongée, Ilyrià avait tout entendu, à commencer par l'arrivée de Legolas dans la chambre de son père. Il avait compris, elle en était sûre.

Qui était-elle donc pour briser une relation entre ces deux elfes qu'elle chérissait d'une manière certes diamétralement opposée? En quelques mois, elle avait réussi à détruire des millénaires d'amour mutuel. Quel monstre était-elle donc?... Une sirène, lui murmurait son double. Sa nature charmeuse et passionnée faisait d'elle une prédatrice qui dévorait tout sur son passage quoi qu'il puisse en coûter à ceux qui se dressaient sur son chemin. Elle avait voulu cela. Chaque pore de sa peau avait supplié après lui et elle avait laissé faire en dépit des maigres barrière qu'elle avait tenté de dresser. Ça n'avait été que de la poudre aux yeux destinée à les égarer. Et puis, n'était-ce pas là la malédiction des sirènes? Emporter les âmes dans les tréfonds des eaux sombres et troubles?

A chaque fois, elle avait reculé face à la mer, arguant qu'une telle solution n'en était justement pas une. Mais la Wallen sentait sa résistance céder de la place à un peu plus à chaque tentative de sa sirène. Une faiblesse, un moment d'inattention et elle finirait de grignoter son âme, lui laissant toute la place souhaitée.

Au bout de ce qu'elle crut être au moins une centaine ans, la jeune femme n'y tint plus. Elle perdit pied, patience et raison de vivre. Tout ce vide, ce manque la tuait et il était temps pour elle de passer à autre chose. A quoi cela lui servait-il de résister alors que tous devaient avoir abandonné l'idée de la retrouver, de la faire revenir ? Si cela se trouvait, tous les siens étaient morts depuis longtemps et Thranduil comme Legolas partis en Valinor rejoindre les leurs. Alors à quoi bon? Elle se leva et se traina plus qu'elle ne marcha jusqu'au bord de l'eau. Le ressac sonnait comme une douce musique à ses oreilles. Il l'appelait, la réclamait comme sienne. Ilyrià fit un pas. Quelques millimètres de plus et elle toucherait l'eau salvatrice, celle qui jamais ne l'avait abandonné. La Wallen rejeta ses cheveux en arrière et offrit son visage à l'air comme pour sentir les embruns caresser sa peau nue mais rien n'y fit. Les limbes ne pouvaient lui offrir ce bonheur, cette joie toute simple. La mer seule le pouvait. Un peu de courage. Ou alors de lâcheté. Au moins ne se souviendrait-elle plus de cet elfe qui torturait son cœur. Elle inspira une nouvelle fois et ferma les yeux. Elle voulait se rappeler une dernière fois celui qui avait réussi à annihiler son cœur, faire d'elle une traîtresse à son père, et ce sans qu'elle en éprouve aucun remords ou presque. Elle sentait encore sur sa peau la caresse de ses longs doigts fins, ces paumes rendues calleuses par les entraînements successifs, ses lèvres effleurant sa bouche... Elle laissa échapper un gémissement. Comment pourrait-elle rester une seconde de plus ainsi sans voir ses yeux de glace la fixer que ce soit avec amusement, passion ou colère? La jeune femme soupira. De même, comment pourrait-elle rester ainsi prostrée sans savoir ce qui était arrivé à son cousin, son Ceanar, Legolas, son amie... son père? Non, trois fois, mille fois non. Toutes ses réflexions couplées à la mort cruelle d'Elëa étaient plus qu'elle ne pouvait le supporter. Finalement, peut-être Erù avait-il bien fait les choses et lui donnait-il l'opportunité de glisser loin d'un monde rempli que de souffrances? Un destin qui n'aurait été que douleur pour quelques instants de plaisir...

Elle était bien trop faible pour résister. Qui était-elle pour s'opposer au destin? Toujours cette question insidieuse qui trottait dans sa tête, qui rongeait chaque parcelle de son âme morcelée...

Plus que quelques pas et c'en serait terminé. Plus d'angoisse, plus de choix qui n'en étaient pas vraiment. L'étau qui lui comprimait le cœur se desserrait enfin. Ilyrià ferma les yeux et se laissa bercer par le bruit de la houle. On aurait dit que l'océan ronronnait de plaisir comme s'il comprenait la décision moribonde que la jeune femme avait prise.

Soudain, alors que l'eau venait d'effleurer ses orteils et qu'une vague ondine l'avait traversée, une voix inconnue la sortit de sa rêverie. Elle ouvrit les yeux, hoquetant de surprise.. Elle devait forcément l'avoir imaginée. Aucune vie, mis à part elle-même, ne parcourait ces terres désertiques. Jamais.

Mais non, ce qui n'avait été qu'un inaudible filet s'intensifia. Une voix féminine s'éleva de nouveau en prenant de la puissance, une voix aussi douce qu'onctueuse. La Wallen était tout bonnement hypnotisée par la pureté de ce chant hors du temps. Délaissant la mer et son appel pourtant pressant, la jeune femme se retourna pour découvrir à qui appartenait ce précieux carillon. Quelle ne fut pas sa surprise lorsqu'elle en aperçut sa propriétaire! Elle vit ainsi un peu plus loin une toute jeune fille aux longs cheveux couleur de feu. Ilyrià ne pouvait détacher son regard de cette apparition qui tenait plus du mirage. Une petite voix lui murmurait qu'elle ne pouvait être réelle.

Des jours, des mois peut-être qu'elle était perdue seule sur cette plage et soudain cette vision enchanteresse?... qui n'était pas sans lui rappeler... et bien elle-même. Assise sur un énorme rocher, l'inconnue chantonnait une berceuse wallen, celle-là même qu'Ilyrià avait chanté ce soir maudit à Mirkwood, la première fois qu'elle avait senti les lèvres de glace de Thranduil brûler les siennes. L'océan grondait de plus en plus comme s'il les menaçait pour ne pas venir à lui. Une brise s'était levée et Ilyrià en fut la première ravie. Encore quelque chose de nouveau dans ce paysage aride! L'air vicié de la plage avait laissé place à un léger vent qui lui balayait maintenant le visage.

Elle s'approcha lentement de la jeune fille dont les longues boucles cuivrées voletaient gracieusement autour de son visage poupin. Elle était magnifique. Un halo d'une pureté éclatante l'enveloppait et se répercutait jusqu'à la princesse. L'obscurité qui l'avait prise entre ses tentacules, comme dans la légende du kraken des contes de son enfance, se dissipait tout doucement.

Les prunelles saphir pailletées d'or de l'inconnue se tournèrent vers elle. Elles se dévisagèrent pendant plusieurs minutes avant que la jeune fille ne reprenne sa mélopée. Elle fredonnait maintenant une mélodie sinda. C'était comme regarder une sirène elfique sans ses attributs aquatiques...

La mer se déchaînait maintenant mais la Wallen n'en avait cure. Seule, elle, lui importait. Ilyrià fit de nouveau quelques pas mais s'arrêta quand elle sentit quelque chose craquer sinistrement sous ses pieds nus. Elle baissa les yeux et vit une petite branche rabougrie. Ilyrià la ramassa machinalement et reconnut de la myrthe. Comment, par Erù, cet ersatz de plante avait-elle bien pu se retrouver ici? La coutume de sa cité voulait que la myrthe, avec son parfum délicat et ses feuilles normalement toujours vertes, soit associée au sentiment amoureux éternel. La sirène ne put s'empêcher d'avoir une pensée fugace pour son elfe. Était-ce donc là tout ce qui restait de l'amour qu'elle avait ressenti? On disait les sirènes volages jusqu'à ce qu'elles trouvent leur compagnon, celui qui aurait l'envergure de leur résister et d'avoir la dragée haute sur elles... Son père avait ainsi capturé le cœur de sa mère, Kennocha. Thranduil était-il cet homme, cet elfe là? Toute son âme lui criait que oui, il l'avait d'emprisonnée au creux de sa paume et pouvait à sa guise soit l'écraser comme un vulgaire insecte, soit la magnifier. Qu'en ferait-il? Ou plutôt, se corrigea-t-elle, qu'aurait-il pu en faire? Jamais elle n'aurait la réponse. Il lui fallait vivre avec cette éternelle question sans réponse à poser dessus. Et ça, ça c'était réellement tuant, la dévorant à petit feu. Tout à coup, un bruit de sabots la fit sursauter alors que l'océan menaçait désormais de les avaler avec ses flots diluviens. Plus ses pensées dérivaient de son but initial de la rejoindre et plus la mer semblait s'impatienter comme si elle voulait s'approprier son dû.

Un cerf majestueux d'une blancheur neigeuse aux bois immenses se posta aux côtés de l'inconnue. On aurait dit qu'il voulait la protéger. Cette dernière lui flatta le chanfrein en lui murmurant de suaves et réconfortantes paroles puis elle se leva, gracile. Bien qu'aussi petite qu'Ilyrià, elle dégageait une puissance sans commune mesure.

La brise s'était transformée en vent fort et ses longues mèches rousses serpentaient dans l'air ambiant. Elle s'approcha d'Ilyrià d'une démarche de danseuse pour s'arrêter à quelques centimètres. La jeune fille tendit la main et lui prit délicatement la petite branche des doigts comme s'il s'était agi du plus précieux des trésors avant de reculer. La Wallen entendit le cerf renâcler bruyamment quand soudain des grésillements bien connus d'elle saturèrent l'air. Ils annonçaient une mutation de son peuple. Or, sa sirène était sagement assoupie aux tréfonds de son être. Quant à la mystérieuse inconnue, Ilyrà aurait pourtant juré qu'il s'agissait d'une elfe...à peu de choses près apparemment.

La fille du phénix poussa un hurlement strident lorsqu'elle vit des flammes incandescentes apparaître aux bouts des doigts fins qui tenaient la myrthe bien serrée avant de remonter lécher ses avant-bras puis rapidement embraser son corps entier. Le feu dévastateur ne la brûlait pas. Au contraire, il lui conférait une aura démentielle. Son cri mourut dans sa gorge quand elle se rendit compte, qu'en dépit du feu meurtrier, la jeune fille irradiait la sérénité et de ce qu'elle pourrait qualifier de bonheur. Un véritable brasier l'enveloppait mais elle n'en paraissait que plus vivante.

Le feu créateur... symbole de la vie éternelle tout comme l'était son propre père.

Quoiqu'il se jouait sous ses yeux émerveillés, elle n'en perdait pas une miette. Son esprit capturait avidement chaque image sans toutefois pouvoir l'appréhender tout à fait. Comme dans un songe, Ilyrià la vit lui tendre la petite branche émeraude et vermillon, régénérée. La Wallen avait l'impression qu'elle souhaitait lui démontrer quelque chose qu'elle même s'évertuait obstinément à réprimer. La jeune femme prit la présent à contrecœur. Lorsque leurs doigts se frôlèrent, Ilyrià ressentit une décharge la traverser. Elle sentit son corps se raidir, se tendre à l'extrême comme s'il allait se rompre. Ce fut une expérience horriblement douloureuse. Une flopée d'images envahit son esprit déjà embrumé. Il lui était impossible de bouger, seuls ses yeux semblaient mener une danse frénétique, la confinant dans un état de pure panique.

Un caléidoscope d'images plus décousues les unes que les autres se bousculèrent dans sa tête. Elle vit Thranduil et Legolas empêtrés dans une conversation houleuse menaçant de dégénérer... Finnàm... son père usé et sur le point de rendre les armes devant une ombre plus noire et terrible que tout ce qu'elle avait déjà pu connaître... elle même, gémissante, dans les bras de son roi... Dans un incroyable flouté brumeux, elle aperçut ensuite la jeune fille rousse. Que faisait-elle donc là? Elle était accompagnée d'un elfe qu'elle reconnut comme être Elrohir. Son ami d'Imladris semblait furieux et... apeuré, ce qui était des plus déstabilisants. Ses yeux bleutés, creusés par l'angoisse, fixaient la rousse avec autant d'adoration que d'abnégation. La vision trouble d'un jeune homme pâle aux cheveux d'or relativement courts pour l'époque courant les rejoindre la secoua. Ilyrià plissa les yeux pour tenter de mieux le distinguer. Ses traits ne lui étaient définitivement pas étrangers et son allure lui était familière, comme un air de déjà-vu. Elle avait beau chercher, elle restait persuadée de louper quelque chose de vital à sa compréhension.

Le cerf blanc vint tout contre Ilyrià et effleura son bras de son museau. Un frisson la parcourut, lui arrachant un petit cri. La douceur du pelage la ramena à elle, autant qu'il lui était possible coincée comme elle l'était dans ses limbes.

Galla! Non!

La Wallen ouvrit les yeux et se força à bouger, le corps encore chargé des particules de sa transe. Elle se redressa malgré l'engourdissement de tous ses membres. Non! Elle ne voulait pas les abandonner... La mer gronda... Elle ne pouvait les laisser affronter seuls ce dont elle était en partie responsable... Les rouleaux aqueux se faisaient de plus en plus intenses... Elle désirait plus que tout sentir encore le grain pâle de la peau de son amour sous ses doigts...

Un glapissement déchira le silence assourdissant de cette plage fantomatique. Ilyrià leva les yeux vers l'avatar de ciel et sourit alors que, de nouveau, elle était totalement seule. Un immense aigle blanc planait au-dessus d'elle comme pour lui montrer le chemin à suivre tandis que l'océan, démonté, lui criait sa rage de la voir lui échapper.

- Cendera... souffla-t-elle dans un murmure rauque.

Oui, il était pour Ilyrià de rentrer chez elle.

A Mirkwood.

O0o0o0o0o0o0o0o0o0o0o0o0o0o0o0o

Klaùs,

Le départ de la Montagne Solitaire avait été précipité. L'urgence de la situation les avait obligé à prendre des mesures plus drastiques que le protocole habituel.

Le roi avait donné l'ordre que la caravane soit prête dans l'heure qui avait suivi « l'incident » de sa cousine. Ce dernier événement conjugué au meurtre de l'elfine avaient poussé le roi elfe dans ses retranchements. Il était maintenant dans un état de nerfs proche de l'implosion. Le roi avait pourtant su se montrer froid en portant un œil lucide sur la mort d'Elëa. La nature même des elfes lui faisait voir la mort des siens d'une manière différente dont eux l'appréhendaient. Après tout l'elleth irait sur leur terre, en Aman. Jusque-là, aux yeux de Klaùs, Thranduil avait agi avec raison.

Jusque-là.

Le Dragon soupira en accélérant le pas. La caravane avait maintenant dépassé Lacville et allait bientôt s'enfoncer dans les bois sombres de Grand'Peur. Le Wallen se déplaçait à pied. Il se sentait inhabituellement fatigué et tendu. Aussi n'avait-il pas du tout envie de se battre contre une monture dont l'instinct naturel voudrait le fuir. Le prédateur en lui était si en colère, si rageur de la tournure qu'avaient pris les événements. Comment avaient-ils tous pu en arriver là? Il se pressa pour rejoindre la civière où reposait le corps de sa cousine, pâle comme la mort. On aurait dit qu'elle les avait déjà quitté. Seule sa poitrine qui se gonflait avec difficulté était la preuve ténue qu'Ily était encore vivante et non en route vers Tir Na N'Og. Il bouillait de voir ses traits se crisper convulsivement comme si elle était en proie à une grande souffrance.

Que pouvait-il bien se passer dans sa petite tête? Était-elle consciente de ce qui se passait autour d'elle? Il en doutait sinon sa co-ogha aurait lutté pour leur revenir et leur botter leurs fessiers à tous! Elle les aurait très certainement sermonné pour se laisser aller à un tel abattement. Klaùs coula un œil vers Thranduil. Il voyait uniquement le souverain de dos juste devant le lit d'infortune de la jeune femme. Il avait voulu qu'elle reste à proximité de sa monture pour garder un œil sur elle. Autant dire que la civière était incroyablement bien gardée entre deux elfes millénaires qui ne s'adressaient pas la parole et deux Wallens dont un qui avait les nerfs plus qu'à fleur de peau... La posture raide et glaciale de Thranduil ne laissait rien présumer de la fureur qui l'avait saisi quelques heures plus tôt. L'observer le mena par automatisme à penser aux oursons comme il se plaisait à appeler les jumeaux...

Il était rentré peut-être une demi-heure après Finnàm. Le Dragon avait eu besoin de s'aérer l'esprit après leur confrontation ravageuse dans la forêt. Il avait pris la direction des jardins en escaliers d'Erebor sans faire attention à l'effervescence qui grouillait absolument partout. Il avait cherché fébrilement une fontaine ou un quelconque point d'eau. Sa peau, fiévreuse du toucher du loup comme de la rage d'avoir failli perdre sa petite sirène, fumait... littéralement, comme lorsque le forgeron trempait une lame incandescente dans l'eau froide. Faisant fi des oripeaux qui lui tenaient lieu de vêtements, le Wallen s'était jeté dans la mare, encore et encore jusqu'à ce que ses idées s'éclaircissent. Tout s'entrechoquait dans son esprit tourmenté. Son cœur menaçait d'exploser. Ses reins et son ventre brûlaient de la flambée de désir animal qu'avait engendré sa lutte avec le Ceanar. Il avait l'impression que chaque parcelle de son corps meurtri lui avait été arrachée comme si quelqu'un l'avait épluché vivant. Au bout de plusieurs minutes de ce traitement glacial, il avait repris le chemin du logis d'Ilyrià lorsqu'il avait entendu un chahut digne de Morgoth. Au milieu des cris et autres fracas, il avait reconnu Finnàm et les jumeaux. Klaùs s'était alors précipité, son sang n'ayant fait qu'un tour. Il avait été médusé par la scène jouée devant lui. Comme dans un cauchemar, il avait vu sa cousine inanimée dans les bras du roi, l'air définitivement trépassée.

Dépenaillé, le Ceanar hurlait à pleins poumons sur un Fillan penaud. Son frère tentait de faire entendre raison à leur Commandant et semblait sur le point de perdre toute contenance. On ne touchait pas impunément à un des ours sans que l'autre ne réagisse violemment. Mais ce qui avait déclenché une alarme tonitruante dans la tête du Wallen avait été l'attitude du souverain. Trop calme, trop pondéré. Cela faisait longtemps que le Dragon avait cerné cet elfe en apparence impénétrable. Il avait vite compris que cet ellon n'était en réalité que feu sous cette épaisse couche de glace et qu'il perdait tout sens commun dès qu'il était question du minois d'Ilyrià. Il l'avait pourtant prévenu de ce que leur engouement aussi dangereux que puissant risquait de provoquer...

Il avait alors vu le seigneur elfe reposer délicatement le petit corps de sa cousine et se relever comme dans un état second. Klaùs n'avait pu s'empêcher de glisser silencieusement vers l'embrasure de la porte, prêt à intervenir. Thranduil avait alors enjambé le lit et attrapé Fillan à la gorge d'une poigne de fer pour le plaquer contre le mur derrière eux. Ses yeux polaires n'étaient plus que deux fentes glaciales. Sa tenaille s'était rétractée autour du cou de l'ours qui grognait avec difficulté. Fingall avait grondé à son tour et allait se jeter sur l'elfe quand il fut ceinturé par Finnàm. Celui- ci lui avait ordonné de se tenir tranquille. En tant que tuteur provisoire et Seigneur des bois, l'elfe sylvain avait toute autorité. Et il était apparemment très en colère. Klaùs avait vu d'où il se trouvait ses narines se dilater sous l'effet de la rage, ses mâchoires se contracter, ses traits aristocratiques se durcir à un tel point qu'ils semblaient avoir été taillés à la serpe dans de la pierre. Il fixait Fillan comme s'il avait été un insecte qu'il lui fallait absolument éradiquer et le Wallen savait que, quelque part, c'était exactement ce que le roi devait avoir pensé. Mis à part Ilyrià bien évidemment et le Ceanar peut-être, il ne se comptait même pas dedans, l'ellon ne voyait que d'un œil plus que circonspect les leurs.

D'un mouvement aussi brusque que gracieux, il l'avait jeté à terre et avait plaqué son pied sur la jugulaire du jeune ours mal dégrossi, continuant ainsi de l'étrangler. Il avait appuyé sans qu'un seul mot n'ait franchi ses lèvres pincées jusqu'à ce que Fillan rende grâce sans pour autant tenter de se défendre. Le jeune Wallen savait que l'état de la jeune femme lui était imputable et que Thranduil avait tous les droits. De toute manière, si ce n'avait pas été lui, le roi Sturten ou son frère lui aurait fait payer son geste malencontreux. L'ellon avait finalement enlevé sa botte de la trachée du Wallen à contrecœur mais n'avait réussi à se résoudre à le laisser sauf. Dans un éclair d'acier, Klaùs aperçut l'éclat de la miséricorde d'argent du souverain se planter dans le flanc de l'ours. Tous les organes vitaux avaient été épargnés car Thranduil s'était douté que sa jeune sirène n'aurait supporté une telle perte à son réveil, si jamais cela arrivait.

Cependant, il n'avait pu passer outre l'acte inconsidéré du jeune homme. Sans tenir compte de qui que ce fut, il était retourné au chevet d'Ilyrià, vérifier une toute dernière fois l'état de cette dernière avant de donner les ordres inhérents au départ. Finnàm avait aussitôt renvoyé les deux frères dans leur cité. Ils étaient de grands et fiers soldats. Par conséquent, ils se devaient d'assumer leurs actes devant qui de droit, soit le phénix.

Les adieux avec les nains avaient été courts, formels et concis. Le roi Thror avait dépêché son fils et son petit-fils, arguant une situation trop dangereuse pour qu'il y prenne un quelconque risque. Ultime camouflet d'un roi mégalomane et perverti. Thorin s'était montré chagriné du sort réservé à Ilyrià et les avait assuré de toute sa sympathie mais il avait été heurté par le manque de retour que ce soit de Thranduil comme de Legolas dont la mine sombre et pâle ne disait rien qui vaille.

Aux fréquents coups d'oeil qu'il jetait à son père puis à sa cousine, le Wallen avait compris sans difficulté de quoi il retournait. Le prince avait, à défaut d'avoir saisi l'ampleur de la relation qu'entretenaient son père et sa future fiancée, entraperçu une vérité plus qu'amère. Klaùs ne pouvait que comprendre qu'il se soit senti trahi. Après tout, il était amoureux de la Wallen. On lui avait imposé une union improbable, il était passé par-delà ses à priori et avait fini par succomber en douceur à la jeune femme. Le Dragon craignait la réaction finale de l'elfe lorsqu'il prendrait la pleine conscience de ce qui unissait sa cousine au roi et qu'ils avaient consommé leur inclination et plus que consommé d'ailleurs... Cela dit, Klaùs se demandait si ce qu'éprouvait le prince elfique était réellement de l'amour ou si cela tenait plus de l'envie de la prendre tout simplement. Après tout, les elfes sylvains avaient prouvé, que ce soient ces deux-là ou les détracteurs de la princesse, qu'ils avaient une large propension à céder à leurs pulsions quelles qu'elles fussent. Evidemment, il n'était pas le mieux placé pour jauger ce genre de sentiments qui lui étaient relativement inconnus.

Un hennissement sonore le fit sortir de sa rêverie. Le souverain avait donné l'ordre de s'arrêter pour la nuit. Il soupira de contentement. Ses jambes le tiraient horriblement et les bleus qui lui martyrisaient les côtes se faisaient de plus en plus sentir. Il passa la main sous sa tunique et tâta prudemment son flanc droit. Une bosse suspecte le fit grimacer. Quelques-uns de ses os devaient avoir été mis en charpie par le loup... Klaùs fut surpris de la vitesse avec laquelle les elfes disposèrent le camp. En quelques minutes, les tentes avaient été montées, les tours de garde distribués et de délicieux fumets lui chatouillèrent les naseaux. La tente royale, plus impressionnante que les autres comme il se devait, trônait en plein milieu de la clairière. Quant à lui, il ne voyait pas l'intérêt d'échafauder un tel rempart. Les conditions climatiques ne lui posant aucun souci, il préférait passer cette nuit au clair de lune ou dans un arbre peut-être, quoique l'ascension risquait fort de se montrer périlleuse au vu de son état.

Par Erù, Finnàm n'y avait pas été de main morte! Il avait pu défouler toute sa rage et sa frustration sur son second même si ce dernier ne s'était pas laissé faire. Ce n'était tout simplement pas dans son tempérament. Il ne connaissait ni la clémence ni la mansuétude... comme il saurait le démontrer sous peu au Galadhrim responsable de la mort de l'elfine. Son côté dragonnesque très légèrement dominateur comme psychotique en faisait un homme aimant se vautrer dans la violence et le vice. Il ne l'admettrait devant personne mais il aimait se battre et tuer. L'elleth lui importait peu mais savoir que l'elfe avait prévu de passer le fil de cette claymore au travers du corps de la seule personne qui avait jamais compté pour lui le rendait agressif et avait tendance à décupler ses mauvais instincts. Bien sûr, il n'en était pas au point d'Iffrin mais quand même... mieux valait ne pas laisser le Dragon trop se réveiller et prendre la place qu'il tentait constamment de lui voler.

Personne ne pouvait saisir ce qu'il vivait et ce, tout le temps. Les autres Wallens eux même luttaient certes contre leur propre dualité mais celle des dragons était monstrueusement entreprenante. Le reptile lui murmurait toute la journée, toute la nuit, à l'oreille comme maintenant par exemple. Là tout de suite il l'enjoignait à aller trouver ce maudit elfe et de le trancher en rondelles, de le déchirer avec ses dents.

Il serra les mâchoires en regardant des elfes emporter la civière pour installer sa protégée dans une tente attenante à celles du roi et du prince. Bien! Il ne manquait plus que les elfes se disputent l'attention de la belle endormie se dit-il en voyant Legolas regarder son père d'un œil mauvais. L'éclat dur de son regard bleu était sans conteste un avertissement adressé au roi, le sommant de ne pas poser ne serait-ce qu'un orteil à l'intérieur de la tente où reposait la jeune femme.

Le prince entra dans ladite tente et Klaùs ne résista pas à l'envie d'aller vérifier que tout allait bien. La confiance en les autres n'était pas sa qualité première et la rancune grandissante de l'ellon le préoccupait. Klaùs se faufila et sauta dans un arbre pour avoir une vue d'ensemble sur l'intérieur de la tente médicale. Erù bénisse les aérations ! Il voyait le lit de fortune sur lequel était allongé le corps de sa cousine. Le Wallen se cala sur une grosse branche et se pencha plus avant. Il ne put empêcher un sifflement égrainer sa langue fourchue devant le petit visage crispé d'Ilyrià. Son sang battait à tout rompre dans ses veines. Sa colère n'avait d'égale que son chagrin de l'avoir perdue. Il n'était pas d'un naturel optimiste. Sous ses airs débonnaires, il avait même une certaine propension à la mélancolie. Plus il la regardait gisant sur sa couche, elle si pétillante de vie, plus il se sentait sombrer vers un état latent de tristesse.

Mais ce n'était pas tout. Quelque chose d'autrement plus insidieux, pour ne pas dire vicieux faisait son bonhomme de chemin en lui, le rongeant de l'intérieur comme de l'acide. Il avait besoin de compenser la perte de sa cousine comme la peine du Ceanar... Or, son double lui soufflait, lui murmurait que certaines choses ne pouvaient le faire souffrir... que les trésors, eux, ne le trahiraient jamais comme l'avaient fait les deux seules personnes auxquelles il pouvait se targuer de tenir... qu'ils ne l'abandonneraient pas, tapis au creux de son aile...

Klaùs se passa une main tremblante sur le visage pour chasser ses idées pernicieuses. Il devait résister à l'attraction de son Dragon, ne pas se laisser fléchir. Il ne devait pas lui donner la moindre possibilité d'investir son esprit dont il occupait déjà une trop grande partie à son goût. Il n'était pas fou. Le jeune homme savait pertinemment que la visite à Erebor avait attisé la convoitise du reptile. Il se devait de le combattre, dusse-t-il y perdre quelques écailles. Il en était capable. Après tout, ne l'avait-il pas déjà fait les premières semaines de son arrivée dans les cavernes de la Maison du Roi? Les merveilles qui ornaient la demeure du Seigneur des bois l'avaient alors ébloui, le tentant comme peu de fois auparavant il l'avait été. Cela avait été une lutte de tous les instants et ça l'était encore. Dans ses propres quartiers à la cité sur la Mer, il avait pour cette raison opté pour un style dépouillé et rudimentaire... tout le contraire d'Iffrin qui lui avait toujours surnagé dans le luxe comme la démesure. Klaùs avait privilégié l'abandon dans la luxure et la possession charnelle plutôt que matérielle.

Il regarda le prince s'approcher de sa cousine, sans aucun remord de l'espionner. La fin justifiait toujours les moyens à ses yeux. Legolas s'assit sur un tabouret près de la jeune femme et se prit la tête dans les mains. Il resta ainsi de longues minutes avant de la fixer de ses grands yeux bleutés. Klaùs voyait la rage se disputer avec la peine qu'il éprouvait. Son visage ravagé était la preuve de son mal-être et quelque part, le Dragon le plaignait sincèrement. Ressentir était une coupure qui piquait l'âme... aimer une plaie béante qui suintait le mal. Et qu'était-il de pire qu'aimer sans retour? Certes, Ilyrià éprouvait quelque chose pour le prince mais rien qui n'égalerait jamais cet autre sentiment plus destructeur. L'elfe se leva avec raideur et, après une légère hésitation, caressa la joue de la jeune femme du dos de sa main blessée. On aurait pu croire qu'il ne savait déjà plus s'il pouvait seulement avoir ce simple geste envers elle. Le sourire inquiet qu'il arborait le navra mais l'éclat d'acier de son regard ne fit que lui ôter le peu d'empathie qu'il ressentait. Klaùs n'était pas un homme de cette trempe.

Il sauta par l'aération devant l'ellon médusé. Il lui adressa un rictus torve et arqua un sourcil narquois en tentant de masquer la douleur intense qui lui irradiait les côtes. Sans un mot, il alla se poster aux côtés de sa cousine et lui lissa une mèche de cheveux avec toute la tendresse dont il était capable.

- Je me demande si elle se réveillera... Les effets de cette potion sont réellement dévastateurs, dit-il sans regarder l'elfe muet.

La colère aidant, ses écailles faciales se mirent à onduler faiblement, faisant comme de longues traînées pourpres sur sa peau pâle et marbrée par les coups comme la fatigue.

- Je n'en doute pas mellon, répondit Legolas d'une voix vibrante autant de désespoir que de colère. ma... ma Dame est une personne volontaire qui ne se laisse pas facilement abattre.

- Tu crois? rétorqua Klaùs en coulant un regard dans sa direction. Je n'en suis pas si sûr... Oh bien sûr elle est forte ou tout du moins elle l'était... avant. Mais voudra-t-elle seulement revenir après tout ce qui vient de se passer...

- Nous l'attendons tous, fit l'ellon en faisant un pas vers eux. Il prit la main froide de la jeune femme et la serra entre les siennes brûlantes.

Ils étaient tous les deux de part et d'autre du lit et se défiaient littéralement du regard même si rien dans leurs gestes anodins ne le laissait supposer. Klaùs braqua ses yeux d'onyx dans ceux azur de Legolas et lâcha sur un ton badin ce qui tenait plus d'une réelle menace.

- Et vous l'attendez tous pour? Mo caraid, je ne suis pas idiot, je vois l'orage dans tes yeux et je ne voudrai pas que ma cousine soit sous l'averse... Il m'en coûterait de devoir l'abriter au mieux mais je le ferai sois en sûr. Elle est la seule qui m'importe.

- Comme à moi, rétorqua le prince elfe avec amertume. Comme à moi mais le beau temps me paraît révolu...

- Il ne tient qu'à toi...

- Et c'est là que vous vous trompez mellon, sourit Legolas, sinistre. Je ne peux strictement rien faire. Tout est entre ses mains à elle...

Il se tut quelques minutes avant de reprendre avec une franchise qui déconcerta le Wallen:

- Je ne sais ce qu'il se passe exactement entre Dame Ilyrià et le roi. Je ne suis même pas sûr d'en vouloir la réponse ni de la supporter. Mon âme se déchire rien qu'à imaginer... Sans parler de ce que tous attendent de nous. Sceller une union sur un tel mensonge n'est pas du domaine de l'envisageable. L'imposture est trop grande, la blessure trop profonde. Elle m'a appris l'amour. Elle m'apprend désormais le doute et un autre sentiment que je ne souhaite pas qualifier pour le moment... Que devrai-je faire à votre avis, maître Wallen? demanda-t-il abruptement en relevant la tête. Me taire pour le bien de tous?

- Tu ne sais rien, argua Klaùs avec toute la diplomatie dont il était capable.

- Ce que je sais est assez, murmura Legolas en baissant les yeux sur la jeune endormie. J'ai vu comment il la regardait... Ma tête le savait bien avant mon cœur. Je me refusais à entendre raison malgré les signes. Je ne saurai passer outre, Dragon. Mais le temps des explications n'est pas encore venu. Je souhaite de toute mon âme torturée que ma, votre ... je ne sais plus comment dire désormais, soupira-t-il douloureusement, qu'Ilyrià soit bientôt de retour parmi nous.

Klaùs ne répondit pas. Il n'y avait absolument rien qu'il puisse dire. Legolas baisa les doigts de la jeune femme qu'il reposa délicatement sur son ventre. Il allait sortir mais avant de quitter la tente, il s'arrêta.

- Sait-elle seulement ce qu'elle veut, elle? souffla-t-il.

- Je ne puis te dire, caraid. Seul l'avenir pourra te donner cette réponse.

Le Wallen s'assit sur la couche d'Ilyrià et prit sa main à son tour. Sa peau était si glacée qu'il prit peur. Les guérisseurs avaient beau prétendre qu'elle ne risquait rien et que ce froid n'était que la conséquence de l'inactivité de son corps, il répugnait à leur faire confiance. Seul le Guérisseur sans Nom avait valeur de connaisseur à son avis, spécialement pour tout ce qui touchait aux Wallens. Il délaça sa tunique et se mit torse nu avant de s'allonger près de sa cousine. Il se fichait bien qu'un quelconque elfe n'entrât. Galla! La bienséance n'avait jamais été une de ses priorités, loin de là! Il la souleva et passa son bras sous sa nuque avant de la caler confortablement contre lui. Le nez dans ses boucles courtes, il en respira avidement le parfum de mer... l'odeur de son enfance et des quelques souvenirs heureux qu'il avait eu y étaient indubitablement associés. Il sentait la chair de la jeune Wallen se réchauffer à son contact comme si elle prenait vie.

- Dans quoi t'es-tu fourrée, mo chridhe? marmonna-t-il en caressant la ligne de sa mâchoire de son index. Ne t'avais-je pas prévenue que tu t'aventurais sur une pente plus que glissante avec thus aelficas? Te voilà prise entre deux feux croisés et, crois- moi cette fois, tu seras touchée et certainement en plein cœur. Je ne pourrai t'éviter la douleur et la peine. Elles sont intrinsèquement liées au style de vie que tu as choisi... A righ, Ilyrià! Es-tu devenue folle?! Ton père en sera fou de rage! Sans parler des dieux... Vous contrecarrez leurs projets de plein fouet! A righ, co-ogha! Il est si hautain, si prétentieux! Vous êtes si différents... le feu et la glace. Comment ton cœur si tendre a-t-il pu s'amouracher d'un tel être? Chain eil mi a' tuigsinn... (je ne comprends pas...) Des deux maux, tu n'as décidément pas choisi le moindre...

- A graidh n'a toujours fait que le contraire de ce que l'on attendait d'elle, retentit une voix éraillée. C'est une tête de mule... mais ça c'est de famille, brathair.

Finnàm. Qui d'autre cela aurait-il pu être? Le Commandant de la Garde s'approcha et posa une main sur la cheville de la jeune femme avant de la faire remonter doucement jusqu'à son flanc. Là, il se pencha pour l'embrasser sur les lèvres. Il n'y avait depuis longtemps plus rien d'amoureux ou même passionnel dans ces gestes mais l'amour d'un frère pour sa sœur, d'un ami pour sa confidente.

Par les Valar, il était dans un tel état! Il avait changé de vêtements contrairement à Klaùs mais son visage blanc comme un linge était strié de marques en tout genre: bleus, écorchures, coupures... Sa lèvre déjà abîmée était éclatée tout comme sa pommette droite. Mais ce qui relevait de l'étrange chez le Ceanar était ses yeux. Ils n'avaient plus perdu leur teinte jaunâtre depuis la mort d'Elëa et le coma d'Ilyrià. Il avait eu beau tenter chaque exercice de relaxation que lui avait enseigné le Guérisseur, rien n'y avait fait. Son regard demeurait jaune et arborait cette formidable aura prédatrice qui aurait dû pourtant être fortement diminuée sous sa forme purement humaine. Klaùs devait admettre que son chef avait l'air... et bien d'un fou dangereux.

- Ciamar a tha b'e? (comment va-t-elle?)

- Rien de nouveau pour le moment. J'ai l'impression que a beatha (sa vie) s'étiole, gronda le Dragon en resserrant sa prise sur elle avec une grimace de douleur.

- Ily reviendra, lui assura Finnàm avec un sourire en coin. Elle est bien trop têtue pour s'en aller de cette manière, sans panache et sans nous dire sa façon de penser. Je n'ai aucun doute là-dessus.

- Vraiment?

- Disons que je ne peux ni ne veux en avoir, caraid, rétorqua le Ceanar en plantant son regard dans celui de Klaùs. Nous trouverons un moyen. Nous ne sommes pas seuls. J'ai dans l'idée que a aelfica righ tient aussi à ce qu'elle nous revienne... Depuis quand le sais-tu dragonnet? Et ne me fais pas l'affront de nier.

- Sais quoi? Depuis quand elle s'est amourachée de cet ellon? Depuis quand ils entretiennent ce semblant de liaison? Depuis quand la réaction de mon oncle ne lui fait plus peur au point de passer outre tout ce qu'il a pu lui faire comme recommandations? Est-elle seulement encore wallen? murmura Klaùs en soupirant bruyamment.

- A chimera (une chimère), voilà ce qu'est devenue a Graidh, répondit Finnàm avec un soupçon d'étonnement dans la voix devant sa propre déduction. Voilà ce qu'elle est devenue au contact de ces elfes... A défaut d'en être réellement une, son appartenance devient illisible entre les deux peuples auxquels elle est désormais assimilée. Ne nous leurrons pas, elle n'est peut-être pas une elfe mais le fait d'en aimer le plus représentatif de tous... et bien cela la transformera à un moment donné et le processus est déjà enclenché... pour nous tous d'ailleurs. Le fait d'aimer... d'avoir aimé une des leurs me fait voir les choses sous un œil différent et certainement un peu plus ouvert. Nous ne pouvons, nous Wallens, nous targuer d'être larges d'esprit, soyons honnêtes.

- Galla! Je ne suis pas comme ça c'est certain! cracha Klaùs avec dédain. Je n'aime pas les elfes, je n'aime pas les nains... Je ne suis même pas attaché à beaucoup des nôtres!

- Tu n'aimes personne, mon frère, rit Finnàm pour la première fois depuis la mort de son elfine. Il le regarda attentivement. Tu es sacrément amoché!

Il observa avec insistance les bleus de son second. Le torse musculeux du Dragon ressemblait à un arc-en-ciel morbide de bleu, de noir avec quelques touches violettes. Une bosse suspecte déformait ses côtes.

- Lèves toi mon ami que je te soigne. A co-ogha ne va pas disparaître...

- N'est-ce pas ce qu'elle a déjà fait? grogna le cousin d'Ilyrià.

Il se leva en prenant soin de ne pas blesser la jeune femme qui gémit comme si quelque chose de particulièrement dur se passait où qu'elle puisse se trouver. Il grimaça autant de colère que de douleur. La voir ainsi allait finir par le tuer ou le faire tuer quelqu'un de frustration. Il fallait qu'il se libère de toute cette rage, de toute l'exaspération qu'il ressentait là tout de suite. Heureusement, il savait comment faire. Le Wallen attrapa sa tunique abandonnée par terre et la remit sans tenir compte des protestations de Finnàm.

- Si tu veux payer ta dette, mo brathair, veilles sur elle. Ne la laisse pas seuls avec toutes ces oreilles pointues! Je n'ai ni confiance en leurs médecines ni dans ces deux aelficas... Malgré leur grand âge qui aurait dû leur donner à tous deux une certaine expérience, ils ne savent pas voir plus loin que le bout de son petit nez, maugréa-t-il en désignant Ilyrià du menton.

- Et où pars-tu comme ça? railla Finnàm.

Klaùs le regarda, un sourire tordu flottant sur ses lèvres charnues.

- Me vautrer dans le vice, mon ami, me vautrer dans le vice!

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Thranduil,

Il allait très certainement devenir fou. Devenir fou et faire un carnage. La fièvre qui l'avait saisi devant le corps inerte de sa Wallen ne l'avait plus quitté. Il avait bien failli tuer l'ours aux cheveux courts pour son acte inconsidéré. Il avait pourtant bien compris à quel point le jeune homme était mortifié mais il s'en moquait. Dévier sa miséricorde du cœur du Wallen lui avait demandé un effort surhumain. Il ne l'avait fait qu'en pensant à la réaction d'Ilyrià à son réveil, si jamais elle s'en relevait un jour. Cumulée à l'appréhension de la confrontation à venir avec Legolas, cette perte était d'autant plus violente. Le voile devant ses yeux semblait s'assombrir de minute en minute... Son fils ne lui avait plus adressé la parole depuis leur départ et il ne pouvait décemment lui en vouloir mais les choses étaient ainsi faites désormais.

Il ne pouvait ni ne voulait faire marche arrière. Elle était à lui et à lui seul. Telle était la réalité de la situation aussi scabreuse soit-elle. Ilyrià lui appartenait. Son corps le savait tout comme son âme. Il sentait, qu'aussi étrange que cela paraisse, son fëa comme son hröa étaient liés à ce petit bout de femme insupportable qui avait ravagé sa vie et son univers tout entier. Il brûlait de la posséder totalement et pas seulement son petit corps languissant sous ses doigts encore et encore jusqu'à ce que la mort la lui ravisse. Comment cela avait-il pu arriver? Pourquoi? Il n'avait aucune réponse à donner, juste cet amer constat. Sans doute n'aurait-il jamais de réponses à ses questions et maintenant il n'était même plus sûr de désirer les connaître. Les choses étaient ainsi faites. Son expérience millénaire, la sagesse qu'il avait cru acquérir avaient été balayées aussi simplement qu'un claquement de doigts. L'ellon repensa à leur première rencontre et se rendit compte que déjà une force mystérieuse était alors à l'oeuvre. La colère, la haine qu'il avait ressenti à sa vue n'avaient rien eu de naturel comme s'il s'était évertué à repousser l'inéluctable.

Depuis leur départ d'Erebor et alors qu'ils étaient aux portes des cavernes, il vivait dans un brouillard permanent qui l'insupportait. Il n'avait pas l'habitude de perdre pied. Tout l'horripilait, chaque chose chaque personne, elfe comme Wallen. Il avait bien cru passer son épée à travers le corps de son intendant tellement ce dernier l'entourait de toute sa sollicitude dégoulinante. Il avait bien cru aller trouver leur prisonnier et lui arracher chaque centimètre de peau pour avoir osé ne serait-ce que penser tuer son bien. On ne touchait pas impunément à ce qui était sa propriété... Il avait bien cru occire le Ceanar et son second qui veillaient sur leur princesse avec une implacable détermination, n'autorisant personne à se rendre auprès d'elle.

Il désirait la voir en toute solitude, s'abreuver de son parfum délicat et de la douceur de sa peau. Sa propre chair lui criait de la toucher comme si elle ne pouvait se passer de sa compagne. Au lieu de cela, il s'était obligé à garder ses distances, une sécurité qu'il le faisait souffrir. Il avait mal, mal d'elle et c'était tout bonnement odieux. Etre le roi dans ces cas-là tenait plus du lourd carcan que de la charge récréative. De toute façon, l'œil de Legolas pesait trop sur ses épaules pour tenter quoi que ce soit. Il devait avoir une franche discussion avec son héritier. Hors de question de lui mentir même avec la possibilité de perdre la seule personne capable de lui révéler la vile vérité. Son fils méritait de savoir. Il le lui devait.

Les hautes portes de la cité excavée apparurent bientôt à sa vue. Il aurait dû se sentir soulagé d'être enfin de retour même si leur séjour avait été relativement court. Il n'en était rien. Le poids qui pesait sur sa poitrine s'accentua. Il revenait plus seul que jamais il ne l'avait été. Retrouver ses appartements, son trône, ses fonctions lui faisaient l'effet de s'enliser complètement. Sans le soutien inconditionnel de son fils, il n'était rien. Sans sa petite tornade, peu de choses. La bouffée d'air frais qu'elle avait apporté avec elle lui procurait un sentiment de liberté aussi grisant que désespérant. Les millénaires de Thranduil n'en faisaient pas quelqu'un de particulièrement ouvert. C'était même là un euphémisme. Le changement le contrariait. La liberté de choix, leurs revendications faisaient des Wallens une tâche d'huile dans son océan elfique.

Les lourdes doubles portes s'ouvrirent sur les cavernes. Rapidement, il se dirigea vers les écuries. L'ellon sauta gracieusement de son fidèle destrier pour le laisser aux bons soins d'un écuyer. Un coup d'œil lui permit de voir que tous s'attelaient déjà au déchargement ou repartaient vers leurs domaines respectifs. Malgré le peu de temps passé dans le ventre de cette maudite montagne, retrouver la beauté de la nature aussi sauvage soit-elle lui apporta un relatif réconfort.

Le guérisseur en chef s'approcha de lui d'un pas vif et attendit qu'il lui donne son assentiment pour s'exprimer.

- Seigneur, nous allons installer Dame Ilyrià à la maison de soins, lui expliqua-t-il alors qu'il suivait Thranduil dans les dédales de la maison du roi, talonnés par les Wallens silencieux.

Le pas du souverain claquait sèchement sur le sol rocheux. Il était dur pour Gawen de suivre son seigneur dont la haute silhouette se découpait dans l'ombre moribonde des chandelles. L'elfe roux ne voyait que son profil aux traits d'une finesse remarquable et s'étonnait de les voir autant se durcir à l'évocation de la jeune femme. Ils arrivèrent rapidement devant la salle où était taillé dans le bois son siège royal. Malgré l'odeur familière de bois mêlé de chlorophylle, le tirnestad n'en conçut aucun sentiment de bonheur comme celui de retrouver son foyer après une absence courte ou longue.

La colère sous jacente dans chacun des mouvements, des regards du roi le mettaient mal à l'aise. Ses yeux n'étaient plus que deux blocs de glace, son corps du granit. Il se passait quelque chose dont lui, comme beaucoup, n'avait conscience mais qui était de toute évidence capitale. Il en aurait mis sa main à couper. Le roi le fixa avec réticence:

- Que préconisez-vous, tirnestad?

- Je pense...

- Ne pensez pas, le coupa la voix cinglante du souverain. Ne pensez pas, soyez sûr de vous et de votre science. Je ne tolérerai aucun échec.

La menace était on-ne-peut plus claire. Gawen déglutit difficilement. Cette ellon irascible devait se montrer raisonnable. Toutefois, il était clair que le seigneur Thranduil avait définitivement banni ce mot de son vocabulaire.

- Aran nîn, Dame Ilyrià est une Wallen...

- Des évidences! s'impatienta le roi, exaspéré.

- Mais qui se doivent d'être réaffirmées, dit son vis-à-vis avec cette fois plus de fermeté. Nous ne connaissons pas la physiologie de ce peuple à part. Il ne nous faudrait pas commettre d'impair, vous l'avez dit vous-même...

- Et c'est là la raison de ma venue en ces lieux, Thranduil Oropherion, seigneur de Grand'Peur, s'éleva alors une douce voix inconnue où perçait un léger accent chantant.

Elle venait de l'intérieur de la salle du trône. Interdit, Thranduil vit sortir de l'obscurité une silhouette de grande taille enveloppée dans une longue cape couleur de nuit. Le tissu chuintant frôlait le sol à chacun de ses pas et son large capuchon couvrait les trois quarts du visage de l'homme, le cachant ainsi aux yeux des curieux. Il s'approcha d'eux à pas mesurés. D'un mouvement gracile, il passa deux mains fines sous la capuche et la fit glisser en arrière.

L'ellon resta figé. Jamais encore il n'avait vu quelqu'un d'aussi atypique en Terre du Milieu et pourtant il côtoyait des Wallens tatoués à longueur de journées!

L'inconnu était certes très grand mais aussi d'une finesse quasi féminine. Le corps maigre, le peu de muscles déliés, il se mouvait avec la souplesse d'un chat. Les cheveux courts et ébouriffés, ils étaient si noirs qu'ils en paraissaient bleutés par endroits. Des yeux en amande comme jamais il n'en avait vu, ses pupilles noires semblaient s'être diluées dans le blanc de l'œil, rendant son regard incroyablement flou. Sa peau était d'un profond mordoré mais pourtant il n'avait rien d'un Harradrim. Le nez droit, la bouche ourlée, ses traits ciselés lui conféraient une allure aristocratique. Sa narine droite était percée d'un bijou orangé, très certainement de l'ambre, lui-même relié au lobe de son oreille par une chaînette. En dessous de son œil gauche étaient tatoués en une espèce de colonne une plume, une larme, une flamme et une branche de gui.

L'homme semblait jeune. S'il avait été humain, il n'aurait pas dépassé une trentaine d'année. Toutefois, Thranduil ressentait d'où il était les effluves insistantes de la magie. L'inconnu n'avait rien d'humain. A son instar, il était très vieux, certainement plus que lui encore. Cette physionomie enfantine et bon enfant n'était qu'un leurre destiné à tromper.

Un hoquet de surprise suivi d'un juron sonore retentit derrière lui. Le roi vit Finnàm et Klaùs se ruer vers le nouveau venu et lui prodiguer moult accolades dans la plus pure retenue wallen.

- Lighiche! (Guérisseur!), s'exclama le Ceanar avec un soulagement des plus visibles. Comment?

L'homme se dégagea de leurs chaleureuses étreintes et vint saluer le souverain avec une déférence qu'aucun autre représentant de ce peuple n'avait pu lui témoigner jusque là. Thranduil nota cependant la légère pointe d'amusement dans la posture du fameux Guérisseur dont il avait tant entendu parler. C'était donc là le détenteur de tous les secrets wallens, voire de leur origine? Le fameux joaillier de ces étranges bijoux qui permettaient à certains des leurs de voyager à travers les mondes comme sa sirène? Il ne put s'empêcher de songer qu'il devrait arracher de ses hanches ce maudit pendentif qui le rendait fou de désir certes quand il ondulait sur le ventre d'Ilyrià mais qui était aussi une épée au-dessus de sa tête... Cette possibilité qu'elle puisse s'enfuir à tout moment ne lui plaisait évidemment pas... Il chasse ses pensées autrement peu à leur place en cet instant et reporta son attention sur l'homme en noir. Il le regarda congédier ses deux comparses de quelques paroles. L'autorité naturelle qu'il imposait à ces fiers et sauvages guerriers impressionna le roi.

- Je vous retrouverai plus tard, caraids. J'ai à m'entretenir avec le seigneur des lieux, dit-il de sa voix étonnament douce. Loup, j'ai eu connaissance de la peine qui s'est emparée de ton âme... Je souffre pour toi. Une seule personne peut t'aider en ces heures difficiles, nous le savons tous les deux. Cette personne t'attend en ton logis. Une petite lionne...

Il n'avait pas fini que le Ceanar avait déjà filé, trop heureux à l'idée de retrouver sa soeur. Le Guérisseur s'adressa ensuite à Klaùs.

- Pars veiller sur a co-ogha, Dragon. Bientôt viendra pour toi l'heure de faire des choix cruciaux qui remettront en cause ton essence propre. Repose ton corps comme ton esprit.

Une fois seuls, l'elfe et l'homme qui n'avait pas de nom se dévisagèrent en silence avant que le roi ne se décide à faire sortir les gardes et Gawen qui était resté, aussi muet que nerveux. L'ellon referma les portes sur eux et, d'une voix sèche sans regarder le Wallen, dit:

- Un homme sans nom... voilà qui n'attire guère la confiance, maître guérisseur.

- Un nom n'est que peu de choses, fils d'Oropher... et a beaucoup trop de pouvoir sur la personne qui le porte.

- Il n'a de pouvoir que celui que l'on lui octroie, objecta le souverain avec un haussement de sourcil.

Il alla prendre place sur une chaise capitonnée. Il lui semblait ridicule d'aller sur son trône alors qu'ils n'étaient que deux. D'autant plus que le Wallen, à l'instar des siens, se serait montré fort peu réceptif à cette marque de royauté. Il l'invita d'un geste gracieux à venir s'installer face à lui. Le Lighiche planta son regard trouble dans celui orageux de l'ellon. Thranduil s'accouda sur le bras de son fauteuil et se rencogna contre le dossier. Le menton reposant sur son poing fermé, il attendait que son invité prenne la parole. Sous ses airs froids et calmes, il bouillonnait.

- Que voulait ce Wallen nébuleux qui ne lui inspirait qu'une confiance extrêmement limitée voire nulle?

- Il y a plus d'une lune que j'ai quitté la cité sur la Mer, commença-t-il, pour porter assistance à notre bien-aimée Ilyrià.

- Comment avez-vous su? marmonna le roi plus pour lui-même que pour avoir une véritable réponse.

- La prescience est un don rare et précieux...

- Alors pourquoi ne pas nous faire parvenir un avertissement ou quoi que ce soit d'autre que je puisse la mettre hors de danger? tonna Thranduil. -sa bouche ourlée n'était plus qu'un fin pli amer.

- Ce don est aléatoire et ses conséquences peuvent être aussi dramatiques qu'elles peuvent être bonnes et pertinentes Seigneur, expliqua tranquillement le guérisseur.

- J'en doute... gronda Thranduil.

Il se leva et se mit à arpenter la pièce d'un pas lent et raide. Les mains croisées dans son dos, il marchait avec l'élégance qui lui était innée. Encore vêtu de ses habits de voyage et les chausses poussiéreuses, il était pourtant plus royal que jamais.

- Qu'allez-vous faire? demanda-t-il d'une voix qui ne souffrait aucun refus.

Si ce maudit Wallen ne daignait répondre à sa question, il se sentait tout à fait d'humeur à abréger la vie de son mystérieux visiteur si tant est que ce fut possible. Dans tous les cas, il s'épuiserait à y parvenir. Comme s'il lisait dans ses pensées, et rien ne pouvait jurer que ce n'était pas le cas, le Guérisseur se tourna à demi sur sa chaise pour le regarder bien en face. Il ne semblait éprouver aucun effroi face au félin qui lui tournait autour comme il le ferait avec une proie.

- Mon jeune ami - il insista légèrement sur ses mots et Thranduil se retint de tressaillir sous cette façon de lui faire comprendre en partie à quel genre d'homme il avait à faire- vous me semblez fort préoccupé par le sort de ma princesse... Je vous aurai pensé plus enclin à vous réjouir d'une telle aubaine... Après tout, il me semble me rappeler à quel point cette union vous paraissait abjecte il n'y a pas si longtemps encore.

Les prunelles gelées de Thranduil s'entrechoquèrent à celles diluées du sorcier. Un grondement sourd remonta dans sa gorge et il ne fit rien pour le retenir. En deux enjambées, il fut près du misérable qui osait se gausser de lui en ces heures funestes et l'attrapa à la gorge. Le soulevant à demi de sa chaise sans que l'homme y opposa la moindre résistance, il approcha son visage grimaçant du sien souriant.

- Vous ne savez de quoi vous parlez si impunément homme, Guérisseur ou quoi que vous soyez... siffla-t-il entre ses dents serrées.

Le Guérisseur posa une main qui se voulait apaisante sur le plastron du roi mais ne fit rien pour arrêter son geste comme si la tenaille de fer qui l'entravait ne lui posait pas plus de problème que cela. Pourtant Thranduil avait énormément de mal à ne pas lui broyer les os. Ses doigts le démangeaient sur la peau tendre de l'homme. Serrer encore et encore...

- A righ, aran nîn, dit-il dans un parfait sindarin, vous vous méprenez. Je sais exactement de quoi je parle au contraire. Comment prenez-vous le fait que votre fëa se soit fait harponner aussi brutalement par l'âme d'une toute jeune sirène? Surtout celle-ci, la fille du phénix, la nièce de ceux qui sont responsables de vos blessures les plus profondes? souffla-t-il en fixant avec insistance la joue mutilée de l'ellon.

Comme s'il lui avait jeté un sort ou quelque chose d'approchant, la chair martyrisée de son visage brûla l'elfe qui lâcha violemment le Wallen. Le roi se rejeta en arrière avec un regard mauvais pour le Guérisseur.

- Tout le monde est-il donc au courant? grommela-t-il en ignorant la douleur qui irradiait tout son corps comme à chaque fois que ces maudites cicatrices prenaient le pas sur lui.

- Ne trouvez-vous donc pas bizarre qu'elle soit la seule à les voir sans même qu'elles n'apparaissent? fit le Wallen en s'adossant avec sans gêne à la table. Pourquoi ne lui dîtes-vous pas qui vous les a faîtes? Que craignez-vous? Qu'elle vous rejette? Elle a déjà prouvé qu'elle ne s'en souciait pas le moins du monde. Pour sa mère alors? Vous devez le lui dire, mellon.

- Encore faudrait-il qu'elle se réveille...

- Oh croyez-moi, elle se réveillera, sourit l'homme avec un sourire charmant. Elle va sortir des limbes où elle se trouve. Mon élève y travaille en ce moment même et la guide à travers les terres arides. Non, ne posez aucune question, je n'y répondrai pas. Sachez juste que Cendera l'a trouvée et convaincue de revenir. Il ne me reste plus qu'à la réveiller désormais. Cependant, êtes-vous prêt à cela, roi Thranduil et à subir ce qui en découlera? L'opprobre sur vous et votre réputation parmi les vôtres? Je ne suis pas sûr que tous accueillent un tel changement de cap sans sourciller... La périclitation de votre relation avec votre propre sang? Le prince se croit amoureux de la sirène. Qu'il le soit ou pas, les choses seront difficiles et horriblement blessantes pour vous comme pour elle. Et que dire des Dieux?! Ils ont envoyé une vision à vos deux peuples pour la sauvegarde d'Arda... Etes-vous prêt à passer outre leurs volontés pour votre bien-être personnel à tous les deux?... Saurez-vous la protéger? Des Valar? De l'Ombre dont ils essaient de vous prémunir, de lui, de ses détracteurs, de son père?... de vous peut-être?

- Elle est à moi, gronda Thranduil.

- Mais jusqu'où irez-vous? insista le Guérisseur en haussant la voix.

Les mâchoires de l'elfe se contractèrent et, alors qu'il venait de le lâcher et de lui tourner le dos, il pivota et, en un éclair, avait dégainé son épée qu'il pressa sur la chair de son cou. Il la fit glisser juste assez pour qu'une estafilade carmine se dessine sur la peau dorée. Il rengaina la lame tout aussi rapidement d'un geste qui dénotait sa dextérité.

- Je ferai ce qu'il faut, dit-il d'une voix glacée, ce qu'il faut pour lui assurer protection sous mon égide. Elle est à moi, martela l'ellon, les narines pincées de rage. J'ai fait un choix en connaissance de cause. Je ne suis ni stupide, ni inconscient.

- En effet, a righ, constata doucement le Guérisseur. Votre réputation vous précède et vous honore mais la situation risque d'être pour le moins tendue dans les jours, mois, années à venir...

- Je suis patient.

- Cha, vous ne l'êtes définitivement pas, caraid. Vous êtes au contraire aussi fougueux que tempétueux que ce soit dans vos inclinations ou vos récriminations mais vous avez pour vous votre quasi immortalité, chose dont ne peuvent se targuer les Wallens comme Ilyrià. Seul son père la possède de par son phénix. Vous en rendez-vous compte? Que votre âme s'est éprise de ce qui ne sera plus qu'un fantôme un jour prochain? Un souvenir qui empoisonnera votre cœur et votre esprit. Vous avez déjà perdu un amour... Pouvez-vous en perdre un autre? Un que vous ne retrouverez pas en Aman? Ilyrià est destinée à Tir Na N'Og, la terre immortelle des Wallens, non Valinor, asséna le Lhigiche.

- Rien n'est figé dans le marbre, souffla Thranduil avec hauteur. Rien. Je le sais, le ressens. Voilà encore une question qui me taraude depuis des semaines, Tirnestad... Moi qui ai connu une douce elfine et l'ai adorée... Comment se fait-il que mon fëa ait pu s'éprendre d'une autre femme, qui plus est une sirène que je considérai encore il y a peu comme un monstre de la nature?

Un sourire en coin fleurit sur les lèvres du Guérisseur comme s'il détenait des secrets qu'il ne souhaitait pas partager. De ça, Thranduil en était certain. Il savait des choses que lui ni personne ne pouvait même qu'imaginer.

- Les Wallens, murmura-t-il en croisant les bras sur sa poitrine sans répondre précisément à la question qui lui avait été posée, sont un peuple à part de notre civilisation. Ils ne correspondent à rien sur cette terre... Ils sont un caprice d'Erù. D'aucun pourrait dire qu'il les a recueilli en son sein alors que leur civilisation menaçait de s'effondrer. Il a pour eux la tendresse d'un père... adoptif pourrions-nous dire. De par ce fait, il leur a laissé plus de latitude, plus de liberté qu'il n'en donne à ces autres enfants. Je pense qu'il aime cet aspect sauvage, libre et entier qui les caractérise comme vous avez pu vous en apercevoir vous-même. Quant à la sirène... vous savez ce que l'on dit d'elles? Elles sont volages, assoiffées de toutes sortes de pulsions mais une fois qu'un homme, ou en l'occurrence un elfe, continua-t-il en fixant le roi droit dans les yeux, en a attrapé une... elle est à sa merci tout comme lui ne pourra se défaire d'elle. C'est un piège à double tranchants.

Il se releva et réarrangea sa capuche sur ses yeux.

- Nous avons assez discuté des tenants et des aboutissants. Vous savez ce que vous devez faire, fils d'Oropher. J'ai un tâche à accomplir, mon ami. Je conclurai juste d'une dernière parole avant d'aller retrouver la raison de ma venue ici... La parole des dieux est nébuleuse et difficile à interpréter d'autant plus par d'humbles créatures comme sont les elfes et les Wallens. Erù est infaillible, eux ne le sont pas.

Sur ces mots mystérieux, il sortit de la salle, laissant un roi plus que déstabilisé mais tout aussi déterminé. Thranduil dégrafa lentement son manteau puis son surcot et suivit le Guérisseur dont les pas semblaient glisser sur la roche des cavernes. Ils se rendirent à la maison de soins. L'ellon fut choqué de voir le Wallen s'y rendre sans besoin d'aucune aide comme s'il connaissait le chemin depuis toujours alors qu'il n'avait jamais posé un pied dans son royaume, quoique là tout de suite plus rien ne l'étonnait...

En quelques minutes, ils arrivèrent à destination. Ils entrèrent dans la chambre où reposait Ilyrià. Son cousin était assis sur le lit de sa cousine et regardait d'un œil mauvais les guérisseurs s'agiter autour d'elle. L'ellon dissimula un sourire en l'entendant gronder dès qu'un des siens s'approchait de la couche. Sa langue sifflante perçait la barrière de sa bouche et une jeune elleth eut un mouvement de recul en voyant l'appendice lingual fendu. Il se reprit bien vite en voyant le petit visage pâle de la jeune femme.

- Sortez tous, dit-il d'une voix sans appel.

Un des médecins tenta de s'interposer mais rien n'y fit. Un regard de son roi pétrifia le malotru tandis que le Guérisseur gardait le silence et son capuchon rabattu.

- Sortez tous, répéta-t-il en séparant chaque syllabe. Il n'eut pas besoin de hausser la voix cette fois pour se faire obéir. Son ton vibrant avait suffi à faire fuir chacun et chacune.

Il referma la porte derrière eux et jeta un coup d'oeil à Klaùs.

- Legolas? demanda-t-il sommairement.

- Venu et reparti, répondit tout aussi laconiquement le Wallen. Ma présence n'a pas aidé.

Thranduil ne le questionna pas plus. Il aurait malheureusement tout le temps de se confronter à son fils en temps voulu. Alors que Klaùs se levait du lit, il s'approcha pour regarder Ilyrià et tenter de noter un quelconque changement. Il ne put s'empêcher de dégager une mèche de son front trempé de sueur et en profita pour caresser l'arrondi de sa joue. Il lui était franchement douloureux de la voir non seulement parce qu'elle gisait inconsciente et qu'il ne savait pas à quoi s'attendre de ces remèdes mais aussi parce qu'il lui en coûtait encore d'admettre la conversation surréaliste qu'il venait d'avoir avec un parfait inconnu.

- Qu'allez-vous faire?

- Rien que votre conscience puisse connaître seigneur elfe ni que vous puissiez appréhender, trancha fermement le Guérisseur. L'heure n'est plus à la discussion désormais. Que le Dragon et vous-même reculiez. Si vous restez, plus un mot. Sinon sortez. Que choisissez-vous?

Thranduil ne répondit pas et ne s'autorisa pas un seul geste de plus envers la Wallen. Il repensa à ce que le Guérisseur lui avait dit un peu plus tôt. Il était sûr de la réveiller car elle même le voulait maintenant. Est-ce à dire qu'à un moment donné, elle ne l'avait pas souhaité? Il soupira. Rien ne servait de ressasser tant d'interrogations qui n'auraient de réponses que lorsqu'elle reviendrait à elle, à lui. Elle n'était inconsciente que depuis quelques heures, pratiquement deux jours, mais son corps lui faisait mal de l'attendre elle l'éphémère qui le quitterait un jour... Il recula et alla s'adosser au mur du fond de la pièce aux côtés de Klaùs qui patientait une jambe repliée sur ledit mur.

Le Lhigiche ôta sa cape d'un mouvement d'épaules et la laissa choir au sol sans en tenir compte. Thranduil fut ébahi par la façon dont il était vêtu. Il n'avait jamais vu un guérisseur et ce de n'importe quel peuple vêtu de la sorte. Cette caste avait la réputation de toujours être traditionaliste pour ne pas dire réfractaire et dépouillée. Or là, le corps fluet du Wallen était sanglé dans une tunique de cuir noir ainsi qu'un pantalon de même facture qui le moulait comme une seconde peau. Un énorme ceinturon qui n'avait pas d'utilité ici pendait mollement autour de ses hanches étroites. De longues bottes à plusieurs enclenches de métal lui gainaient les jambes. Le col de la tunique était relevé incroyablement haut lui cachant partiellement la partie arrière du cou tout en s'ouvrant sur son torse imberbe. Thranduil comprenait mieux pourquoi cet homme-là se cachait lors de ses déplacements. Il ne s'étonnait plus de rien avec ce peuple... Penser vestimentaire wallen le ramena au soir du banquet donné en l'honneur de la princesse où la jeune femme avait plus que largement raboté ses nerfs avec sa robe tout ce qu'il y avait de plus indécente. Il fut tiré de ses pensées par le Guérisseur qui avait commencé à psalmodier doucement en tournant autour de la couche. Il disposa autour d'Ilyrià plusieurs éléments que l'ellon reconnaissait aisément pour le moment.

- Une branche d'if pour l'immortalité de ton âme, fredonna-t-il, un lys pour sa pureté, du blé symbole d' abondance, de la myrthe pour l'amour vrai, du romarin pour te protéger des mauvais esprits, de l'écorce de chêne pour sa puissance, une branche de cerisier pour sa chance, enfin de la sève de frêne emblème de ton peuple mon amie, finit-il en badigeonnant les lèvres exsangues de la jeune femme.

Le Guérisseur claqua ses mains l'une contre l'autre. On aurait dit qu'un coup de tonnerre avait éclaté dans la petite chambre. Il les apposa au- dessus d'Ilyrià sans pour autant toucher son corps, une au-dessus de sa tête et l'autre au-dessus de son ventre. Il recommença son étrange prière.

- Les forces naturelles qui nous entourent, les forces primordiales de chacun des neuf Mondes ne sont qu'une seule et même énergie. Nous devons les connaître, les ressentir, les honorer. Elles forment notre essence, ce qui fait que nous sommes, que nous vivons. Elles nous rappellent que nous avons vécu, crééons, mourront et nous transformons pour leur retourner. -sa voix monta d'un cran- Nous sommes tout d'abord Terre sous nos pieds, minérale; nous sommes Eau quand elle fond, aqueuse; nous sommes Air quand elle devient fumée; enfin nous sommes Feu quand elle meurt. Dans chacune se fondent les trois autres, alchimiques et divines... en Feu se cachent la Terre, l'Eau flux permanent de notre être physique comme spirituel et l'Air; en l'Eau se meuvent la Terre matrice de notre moi, l'Air et le Feu; en l'Air insaisissable se distinguent le Feu sauvage et purificateur, la Terre et l'Eau.

Il posa soudain ses mains sur la jeune femme et se pencha vers elle, scellant ses lèvres fines aux siennes. C'était comme si un courant tellurique passait entre chacun des trois points en communion. L'air chargé de magie finit de se saturer lorsqu'il rompit le contact. Sans un mot ni un autre geste, il alla à sa cape qu'il ramassa lestement et remit sur ses frêles épaules. Le Guérisseur se tourna alors vers eux et dit d'une voix toujours aussi douce:

- Fils de Crawen, accompagne-moi aux portes de la cité.

- Vous partez? demanda Thranduil, incrédule.

Le Wallen planta ses yeux troubles dans ceux du roi.

- Pourquoi voulez-vous que je retarde plus encore mon départ, roi elfe? Ma tâche est ici terminée.

- N'attendez-vous donc point qu'elle s'éveille? Il serait malvenu de partir maintenant!

- Vous êtes soucieux de la bonne résolution de cette entreprise... Pas moi. Cela se fera sous peu. Ayez foi, vous en aurez besoin.

Il s'inclina face au souverain qui le salua à son tour d'un mouvement de tête imperceptible. Lorsque la porte se referma sur les deux hommes, il hésita un court laps de temps avant de s'approcher du lit. Elle paraissait si fragile, si désespérément petite. Son visage était toujours aussi pâle malgré une légère coloration rosée qui lui teintait délicieusement les joues. Il vit sur ses lèvres le reste de sève et le souvenir de la bouche du Guérisseur sur la sienne s'imposa à lui. L'ellon grimaça et passa son pouce dessus pour en chasser toute trace de l'impudent. Il resta ainsi un long moment à l'observer, à tenter de détecter le moindre changement, sans succès. Il sentait poindre une légère impatience.

Le roi soupira. Il allait se lever quand il sentit quelque chose frôler sa main. Il baissa les yeux et vit les doigts fins d'Ilyrià s'entrecroiser aux siens dans un mouvement malhabile. Il pouvait voir ses pupilles rouler sous ses paupières closes. L'ellon se baissa vers elle jusqu'à ce que leurs visages se touchent presque. Il ferma les yeux une seconde, frustré.

Quand Thranduil les rouvrit, ce fut pour voir ses étranges prunelles fixées sur lui. Le regard langoureux qu'elle lui renvoyait le fit chavirer. Sans aucune douceur, elle lui empoigna la nuque et l'attira à elle. Elle plaqua farouchement sa bouche sur la sienne en lui caressant la lèvre inférieure avec sa langue pour lui faire lâcher prise. Glissant une main dans son dos, il la releva sans ménagement et la fit basculer pour l'asseoir sur lui tandis que l'autre remontait le long de sa cuisse sous le lourd tissu de sa robe. C'était comme si leurs peaux se réclamaient l'une l'autre. Elle nicha son visage dans le creux de son cou pour respirer avidement son odeur avant de murmurer d'une voix rauque:

- Air son a tha gaol agam ort. Màth mi mo ruin...

Elle se dégagea alors de son emprise et se leva chancelante. Il la regarda pester en tentant de s'arranger un peu. Un étranger aurait pu croire qu'elle venait de se réveiller d'une petite sieste anodine.

- Que faîtes-vous melleth nîn? Venez, vous rallonger que les guérisseurs puissent vous examiner! la gourmanda-t-il en fronçant les sourcils. Vous ne sortez pas d'un somme réparateur! Nous avons à parler.

- Melleth nîn? Voilà qui répond avec clarté à toutes mes questions! claqua une voix chargée de colère et de douleur dans leur dos.

Legolas.

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Ilyrià,

Les deux amants se retournèrent lentement pour découvrir le prince dans l'embrasure de la porte. Ses yeux brillants luisaient de rage. Ils n'avaient plus rien de leur magnifique couleur de ciel d'été mais étaient aussi sombres que le néant. La jeune femme, encore tremblante sur ses jambes, vacilla sous le poids accusateur qu'ils lui renvoyaient avec raison. Elle, tout comme le roi, savait, dès l'instant où ils avaient laissé libre court à la passion qui les embrasait, qu'ils devraient répondre de leurs actes devant lui. Et pourtant Erù savait à quel point la Wallen tenait à lui. Elle avait bien cru un instant pouvoir offrir son amour au prince. Il ne la laissait certainement pas indifférente mais il n'avait fallu à chaque fois qu'un regard polaire pour l'en dissuader.

Comment lui faire comprendre? Comment ne pas le faire souffrir?

Non, elle devait être honnête avec lui mais aussi avec elle-même. Ilyrià avait toujours su qu'il souffrirait atrocement en découvrant la vérité et qu'elle serait la moins bien placée pour l'aider à surmonter la douleur et la déception qu'il ressentirait.

Les poings serrés à un point tel que du sang perlait entre ses doigts, il les dévisageait avec une haine franchement palpable. Thranduil se leva du lit défait et fit face à son fils en prenant soin de se placer entre lui et la jeune femme.

- Quand? gronda-t-il, les yeux durs comme l'acier.

- Legolas, écoutes moi... tenta le roi prudemment.

- Depuis combien de temps? hurla l'ellon, hors de lui.

- Ion nîn...

Le prince, dans un geste rapide et désespéré, dégaina une de ses dagues de son dos et la pointa sur la poitrine de son père. La jeune femme étouffa un cri et dût se retenir au bord du lit.

- Vous n'avez aucun droit de m'appeler ainsi, roi Thranduil. Pas après ça. Vous m'avez trahi, moi qui n'ai jamais cherché qu'à vous plaire et me faire aimer de vous. J'ai toujours fait ce que vous attendiez de moi, siffla-t-il entre ses dents serrées. J'ai toujours fait ce que tout le monde attendait de moi, ce que ma tâche m'imposait... Et la seule chose qui m'arrive de bien à moi uniquement, vous me le volez? Vous mon père, cracha-t-il dédaigneux. Je n'ai jamais donné d'importance à tout ce qui est colporté à votre sujet mais j'ouvre les yeux désormais... Vous ne voulez qu'accumuler les étrangetés, les trésors insoupçonnés et précieux. Vous m'avez pris le mien sans aucun remords...

- Legolas, implora Ilyrià alors que le roi ne disait toujours rien. Il voulait donner la possibilité à son fils de déverser tout son fiel, sa rage sur lui. Il en avait plus que largement le droit après tout.

L'elfe se tourna vers elle et sa bouche perdit un court instant le pli amer qui semblait s'y être figé.

- Legolas, répéta-t-elle en se tordant les mains de nervosité. Tu ne peux tout imputer au roi. Je suis loin d'être innocente, mo caraid.

- Caraid, murmura le prince. Voilà ce qui a toujours été le fond du problème de notre relation... J'ai eu beau lutter, tout essayé... C'est ainsi que tu m'as toujours vu ma Dame... Tu ne sais rien, Gwend, tu es si jeune malgré ce que tu te figures.

- Il ne m'a pas séduite, protesta Ilyrià en se plantant juste devant son amant toujours silencieux. Je l'ai voulu tout autant de lui sinon plus, asséna-t-elle sans plus prendre de gants.

Legolas fit un pas pour s'approcher d'elle mais Thranduil, plus rapide, passa un bras devant elle et la fit reculer dans son dos. Il craignait visiblement un acte inconsidéré de son fils et voulait la préserver. Le prince planta son regard assassin dans celui polaire du roi. La tension était palpable comme l'épais et dangereux brouillard qui enveloppait la vallée nord de sa cité. La Wallen avait l'impression de voir deux grands fauves prêts à se jeter l'un sur l'autre et honnêtement elle ne voulait savoir qui serait le vainqueur d'un tel duel. Ils étaient l'un comme l'autre si forts... Legolas passa sa main blessée sur son visage pour en chasser la fine pellicule de sueur qui s'accrochait à sa peau.

- Est-il seulement possible de faire marche arrière pour le bien-être de tous? marmotta-t-il malgré l'animosité qui suintait sous chacun de ses mots. Dois-je vous rappeler que cette union n'avait rien d'une quelconque convenance personnelle?

Ilyrià ne sut que répondre mais Thranduil s'en chargea pour elle.

- Non, Legolas. Ce n'est plus possible, plus maintenant.

- Vous l'avez déjà prise, réalisa l'elfe sonné. Et pire encore, vous l'aimez... Vous rendez-vous seulement compte de la vie que vous lui offrez là? Sans avenir, sans progression quelle qu'elle soit? Dans votre ombre, maudite pour ne pas avoir obéi aux injonctions des Valar? Comment avez-vous pu, Ada? conclut-il d'une voix brisée par le chagrin et l'incrédulité. Tout le monde la rejettera, elfes comme Wallens, et si quoi que ce soit arrive, elle en sera tenue pour responsable, tout comme vous... tout comme moi pour avoir laissé faire. Nous sommes tous maudits. Je ne peux même pas partir. Ma satanée conscience me l'interdit de le faire pour le moment...

Il rengaina sa lame et alla pour tourner les talons quand il s'approcha de son père, ne s'arrêtant qu'à quelques pas de lui. Son magnifique visage n'était plus qu'un masque grimaçant.

- Nous n'en avons pas terminé, père. Loin de là.

Sans attendre une réponse, il tourna les talons et sortit de la pièce à vive allure.

Un râle douloureux s'exhala de la poitrine de la jeune femme. Elle passa devant Thranduil qui l'attrapa par le bras pour la faire pivoter face à lui. Il ne dit rien mais elle pouvait lire la profonde douleur qu'il ressentait. Elle se devait de faire quelque chose. Elle était revenue en partie pour cela, pour que la relation qui unissait le père et le fils ne soit pas irrémédiablement brisée. Elle dégagea son bras et partit à la recherche de l'ellon dévasté. Elle crut bien un instant l'avoir définitivement perdu lorsqu'elle se sentit happée par la taille et plaquée durement contre un arbre. Sa tête rebondit violemment contre le tronc et elle laissa échapper un gémissement de douleur. Legolas la maintenait fermement entre le chêne et son corps. Elle leva les yeux vers lui et faillit perdre pied en se noyant dans ses yeux assombris par la colère et quoi? Le désir? Non, il devait comprendre que tout ce qu'il ressentait actuellement n'était que le besoin primaire de reprendre quelque chose qui n'avait jamais été à lui.

- Legolas...

- Pourquoi? la coupa-t-il en se pressant plus encore contre elle. Elle sentait les muscles durs et tendus de l'elfe.

- je n'ai pas de bonnes raisons à te donner sinon que je suis désolée, murmura-t-elle dans un sanglot. Je suis désolée mais je ne peux rien y faire... Je l'aime.

- Mon doux mensonge, dit-il avec un sourire sans joie. Sentir ton souffle tue mes rêves, mo beatha tu m'as blessé comme personne ne le pourra jamais plus. Je n'arrive même pas à t'en vouloir à toi... Tu es si jeune... Qu'a-t-il su te donner que moi je n'ai su? lâcha-t-il tout à coup dans un regain de fureur. Faut-il être insultant? Froid? Est-ce cela que vous aimez Dame Ilyrià?

Son passage au vouvoiement la marqua plus encore que ses paroles blessantes. Elle ne répondait pas, consciente que le moindre mot pourrait attiser sa colère et clairement, elle ne ferait pas le poids face à la rage de l'ellon.

- Pensiez-vous à mon père quand je vous tenais dans mes bras?

Il lui attrapa le menton et le tira durement pour qu'elle le regarde dans les yeux. Il fixait ses lèvres avec envie et frustration.

- Cha, prionnsa. Tu ne sais plus ce que tu dis, dit-elle d'une voix chevrotante. Ne fais rien que tu regretteras...

- Comme vous?

- Tha mi diulich... (je suis désolée) vraiment mais je ne regrette rien, absolument rien, rétorqua-t-elle dans une dernière bravade.

Legolas ferma les yeux et tapa un grand coup juste à côté du visage de la jeune femme. Soudain, quelque chose l'arracha de l'étreinte tout sauf tendre qu'il lui avait imposé. Quelque chose ou quelqu'un. Thranduil le lâcha et tonna d'une voix glaciale.

- Vas Legolas. Reprends tes esprits, ion nîn. Je conçois que tu te sentes trahi mais je ne pourrai tolérer un tel comportement.

- Il en sera fait selon vos désirs, aran nîn, siffla l'elfe en reculant. Avant de disparaître dans la nuit noire, il regarda Ilyrià droit dans les yeux et dit d'une voix venimeuse:

- Savez-vous seulement de qui vous vous êtes tant éprise, Dame Wallen? Vous a-t-il dit pourquoi votre père ne peut tant le souffrir?

Sur ces derniers mots, il disparut complètement de leur vue. Sonnée, Ilyrià se tourna vers le roi dont les yeux gelés ne la quittaient pas. Qu'avait donc voulu dire Legolas? Quel secret lui cachait l'elfe? Les mots qu'il eut alors lui poignardèrent le cœur aussi sûrement que l'eut fait une lame acérée.

- La perte de ta mère. J'en suis le seul responsable.

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alors? :)

Le chapitre est plus long que d'habitude mais non seulement je n'arrivais pas à m'arrêter mais je me voyais mal le clôturer avant...

j'espère qu'il vous a plu les didous! à la semaine pro ... ça risque de dépoter les n'enfants... y a de l'explication de gravure dans l'air!

bisous tout doux de l'elfe ou du Wallen que vous voulez (perso je me laisserai tenter par Thranduil ou Klaùs ;))

poème tronqué de Olivier Bourdon