Hi everybody! Voici le chapitre 28 (pas du tout une évidence, non? Hahahaha que je suis drôle!) okayyyy non pas tant que ça! =p

Vous trouverez ici la fameuse troupe de Wallens partie de la Cité sur la Mer... et peut-être aussi voir ce qu'a pensé notre so sexy roi elfe du vilain tour que lui a joué Ily... ou pas! Niark! Niark! Niark!

Krassania: ma chérie des îles bleues, merci d'être là! Je suis contente que le dernier chapitre t'ai plu! Et oui Finnàm a mal à son petit coeur... tu te dévoues pour lui faire un câlin? ;) je t'aime bébé! Je suis contente que l'interrogatoire t'ai plus toi qui l'attendait.

Poly Pops: ma beauté exotique! voilà la dernière cuvée! En espérant que cela te plaise... Tu vas pouvoir voir si les jumeaux sont de retour pour jouer de mauvais tours!

Virginie: merci pour ta lecture!

Juliefanfic: merci de prendre le temps de continuer à lire malgré tout le boulot que tu as! Et tu sais ce que je t'ai dit: n'oublies pas de prendre cinq minutes pour toi, ma douce lady! Bisous tout doux avec un zeste de nougat!

Mane-Jei: et oui le papa de Klaùs est Crawen et non Iffrin... mais qui est ce mystérieux Wallen dont on ne sait rien? hum hum... bonne question, si tu trouves call me! :) je suis contente que tu ais aimé la réaction d'Ilyrià! Elle est mutine et impertinente mais cela n'empêche pas de grandir un peu surtout face à un tel homme... elfe... bombe quoi! après comment va-t-il réagir? C'est une autre affaire, ça! ;) bisous!

Mathy: ma tomate! toujours aussi drôle! Merci pour tes compliments qui me vont droit au coeur! J'ai même eu la larmichette... une vraie guimauve enrobée de chocolat... oups j'ai faim et je crois que ça se sent! la scène de l'interrogatoire, oui il est dur de donner des détails sans tomber dans le trop je trouve comme certaines scènes coquinettes! :) des bisous (et je suis jalouse de ton oreiller trop moelleux!)

Sandra: mon Satanas/ Doudette! Tu as tout compris! Les manipulateurs sont aussi manipulés! L'ourobouros, le serpent qui se mord la queue! (et non je n'ai pas d'idée graveleuse pour une fois!) Ily retrouve son petit caractère de peste effectivement, moi je l'aime comme ça! Elle risque de donner des cheveux blancs à une certaine chevelure royale! hahahahaha! en tout cas je t'adooore, tu le sais! Tu es un rencontre, et pas que virtuelle, qui a des répercussions comme on ne peut que les aimer! bisous bisous! XOXO Allez lire le coeur de la Forêt, une histoire magnifique! vous ne serez pas déçue, croix de bois, croix de fer, si je mens... non j'irai pas là-bas c'est mort mais je vous envoie le Wallen de votre choix!

Bêta/ Relectrice/Revieweuse de ouf: Toutouille! je suis très heureuse de t'avoir rencontré Capitaine de la Fracasserie de la mort qui tue! Délires, bananes et spoils! voilà des discussions qui ne manquent pas de piquant! tu fais un travail de dingue, merci, merci, merci! et je tiens à redire encore et encore et encore: allez lire Printemps Vigoureux, la merveilleuse fic qui m'a redonné l'envie d'écrire et de faire découvrir mon univers si bizarre soit-il!

Merci aussi à tous les lecteurs! Cela dit, si vous me laissez un petit mot, je ne serai pas contre, loin de là! Au contraire! Nous écrivons toutes pour notre propre plaisir mais un encouragement donne toujours du baume au coeur et enjoint à continuer dans les coups de mou!

bonne lecture!

Chapitre 28.

Legolas,

Une semaine s'était écoulée depuis le coup de poignard qui lui avait déchiré les entrailles. Tout son monde avait été mis à sac. Tout c'à quoi il avait aspiré lui avait été arraché de la plus douloureuse des manières et pire encore, par la personne en qui il avait le plus confiance. Son propre père, celui en qui il avait toujours eu foi. Malgré le caractère froid de ce dernier et de ce que beaucoup prenait pour de l'absence d'empathie, Legolas l'avait toujours soutenu, toujours aimé. Or, le roi l'avait spolié de la plus honteuse des façons. Bien sûr, il s'agissait d'une union arrangée... Peut-être n'aurait-il pas dû y placer tant d'espoirs...

Mais les faits étaient là. L'elfe s'était laissé prendre au piège des filets d'une sirène beaucoup trop wallen pour comprendre ce sur quoi il aurait peut-être dû être plus clair avec elle. Le prince avait pensé qu'ils avaient tout leur temps, que l'amour se développerait au fil des saisons. Il ressentit sa colère déferler dans chaque fibre de son corps. Penser à elle ou à lui le mettait toujours dans un état de rage irréprecible. Il s'assit au bord du lit, la tête embrumée par les trop grandes quantités de vin qu'il ingurgitait depuis derniers temps. Sans doute devrait-il mettre fin au cycle infernal dans lequel il baignait depuis ces quelques jours mais il ressentait le besoin de s'abandonner. Il devait se perdre lui-même pour atténuer la douleur de la perte de la femme qu'il aimait mais aussi celle de son père qui lui avait préféré les bras de la Wallen. Dire leurs noms à tous les deux ne lui était même pas possible sans les maudire. Ils lui écorchaient aussi bien les lèvres que l'âme. C'était juste intolérable.

L'ellon s'était toujours dit que le roi serait la constante de sa vie, qu'il pourrait toujours compter sur lui et ce jusqu'à la fin des temps. Il avait découvert de la plus cruelle des manières que ce n'était pas le cas, loin de là. Il croyait depuis des mois maintenant que la princesse wallen finirait par l'aimer de la même passion que lui, qu'elle aussi ressentirait les affres du désir mais elle lui avait préféré le souverain, celui-là même contre lequel il avait dû la protéger à son arrivée.

Qu'avait-il bien pu se passer pour qu'ils en arrivent tous là? Et plus encore pour qu'il ne se doute de rien?!

Sa fierté était durement touchée. Penser que son... que le roi se reprit-il, avait posé ses mains un peu partout sur elle alors que lui-même avait voulu agir avec douceur, ne pas la brusquer pour ne pas l'effrayer le rendait fou. Après tout, il était loin d'être de marbre et s'être autant forcé à attendre le moindre signe qui n'était jamais venu et pour cause, l'avait mis à mal... Il se leva, droit et raide sans un regard pour l'elfine qui avait eu le privilège de partager sa nuit. Depuis plus d' une semaine, il était pris dans un engrenage qui, à défaut de lui plaire véritablement, lui apaisait au moins ses sens. Ils avaient été réprimés depuis bien trop longtemps à cause d'une Wallen qui ne l'avait certainement pas mérité. Chacune de ses frénésies nocturnes était synonyme d'une trop grande absorbsion d'alcool et d'une elleth différente. Il ne pourrait même pas les reconnaître s'il les croisait dans les couloirs du palais ou dans la cité...

Legolas se fichait royalement de qui elles étaient du moment qu'elles lui ouvraient grands leurs jambes, qu'il puisse rassasier les raisins de sa colère. Une rougeur monta à son front tandis qu'il finissait de se rhabiller et de réajuster les dagues dans son dos au souvenir confus de la nuit qui venait de s'écouler. Que dirait-on du prince si cela se savait qu'il déshonorait ainsi les elfines du royaume? Car oui, ces rapports entre elfes, consentants certes, étaient tout de même basés sur la rage, la fureur et le désespoir que seule engendre une grande souffrance. Il n'y avait absolument rien de beau dans cette débauche dont Klaùs lui-même aurait été fier... et cela voulait absolument tout dire. Rien de beau, de tendre dans sa façon de prendre ces ellith de la manière la plus vile qui soit, de murmurer un autre prénom alors qu'il s'enfonçait en elles allant jusqu'à leur refuser cruellement un plaisir naturel pourtant dans l'échange qu'offrait normalement l'acte de chair pour son peuple. Il se faisait horreur mais recommençait cependant. La vision du roi sur le corps doux de celle qui aurait dû être sienne s'imprimait toujours sur sa rétine, emportant avec elle son bon sens. Il ne pouvait s'empêcher de l'imaginer gémissante et offerte à quelqu'un qui n'était pas lui.

Qu'aurait-il pu attendre d'autre d'une femme qui appartenait à une peuplade sans foi ni loi lui chuchotait une petite voix venimeuse dans les tréfonds de son âme torturée.

Il sortit sans un bruit de la petite chambre dans laquelle il avait assouvi ses bas instincts. L'ellon ne voulait se retrouver à devoir parler à une elfe dont il ne se rappelait même plus le nom. Le jour n'était pas encore levé. Aussi décida-t-il d'aller faire un tour dans les jardins en escaliers de la cité, ceux-là même où il avait volé son premier baiser à la Wallen, ceux-là même où son propre corps lui avait crié à quel point il était attiré par les attraits qu'elle lui renvoyait... Son rire carillonnant lui revint comme une vague de fond aussi glacée que son cœur tout comme le goût de ses lèvres sur les siennes ou les frissons qui lui avaient parcouru l'échine alors que ses petites mains lui caressaient le visage.

Était-elle aussi douée pour le mensonge? N'avait-elle fait que mentir, simuler en sa présence des sentiments qui l'avait, lui, si violemment embrasé?

Les premières lueurs de l'aube annonçaient leur timide présence en perçant au travers des feuillages. Une lumière si pure qu'elle lui réchauffa l'âme et le cœur. Il avançait lentement, ses pas aussi légers que la brise qui s'était levée et lui balayait le visage de la manière la plus douce possible. Legolas sourit pour la première fois depuis longtemps mais se figea soudainement.

Elle était là.

Juste devant lui se trouvait l'objet de toutes ses pensées qu'elles soient douloureuses ou bien encore juste amères et furieuses. Ilyrià était assise sur un des bancs de pierres blanches seule et contemplative. Il ne l'avait jamais vu aussi calme et rêveuse.

Que faisait-elle là sans personne? Sans son royal amant?

Il allait rebrousser chemin quand elle tourna les yeux et qu'ils s'entrechoquèrent aux siens. Sa petite bouche s'arrondit de surprise. Par les Valar! Il ne put empêcher un sursaut de désir de s'éveiller devant elle. Il devait partir. Sa simple vue le mettait tant en colère... Il était loin d'être sûr d'arriver à la canaliser. Il était beaucoup trop tôt. Sans doute le serait-il d'ailleurs toujours... Il tournait les talons quand sa voix rauque rompit le silence quasi religieux de ce moment suspendu entre la fin de l'obscurité tentatrice et la pointe du jour salvateur.

-Reste, prionnsa.

Il ne comptait absolument pas lui donner satisfaction quand elle rajouta, un soupçon de désespoir dans la voix.

-S'il te plaît, reste. S'il te plaît, dit-elle suppliante.

L'ellon haussa les épaules et se retourna à demi pour la dévisager avec hostilité. Elle soutint son regard dur, une lueur étrange dansant au fond de ses yeux vairons qui avaient toujours réussi à avoir raison de lui. Il se maudit intérieurement quand, malgré ce que lui criait sa conscience, il s'approcha d'elle. Il n'aurait pas dû se morigéna-t-il. Il était beaucoup trop furieux contre elle mais l'attraction qu'elle avait eu des mois durant ne s'effaçerait pas d'un coup de vent. Et Erù savait à quel point il aurait fait absolument tout ce qu'elle lui aurait demandé...

Elle se décala légèrement sur sa droite pour qu'il puisse s'asseoir, ce qu'il fit à regret tout en maintenant une distance salutaire entre eux. Il refusait de la regarder et gardait obstinément ses yeux sur le bout de ses bottes poussiéreuses. Un coup de vent fit remonter à ses narines son parfum si particulier de mer et d'embruns. Il ferma les paupières et se laissa porter quelques secondes par le sentiment grisant que tout ce qu'ils venaient de vivre ces derniers jours, de sa trahison à elle à sa débauche limite perverse à lui, n'était qu'un cauchemar. Ilyrià brisa le silence cotonneux où ils se trouvaient et toute la fange lui explosa en pleine face.

-Tha mi duilich, prionnsa...

-Vous devriez décidément vous habituer à parler en sindarin, Dame Ilyrià, la coupa-t-il durement en regardant droit devant lui. Votre... votre amant, cracha-t-il sombrement, ne sera pas aussi clément que moi sur bien des points et celui-ci, soyez-en sûre, sera en haut de la liste de ses priorités.

-Legolas... dit-elle d'une voix hésitante. Legolas, je suis tellement désolée. Si tu savais à quel point j'aurai préféré qu'il en soit autrement... mais les faits sont là. L'amour est un sentiment, non une décision. J'ai essayé, nous avons essayé de résister...

Il se tourna tout à coup vers elle, son beau visage tordu par la colère comme par la souffrance que lui causaient sa présence et ses mots. Ils lui imposaient une réalité qu'il s'efforçait de camoufler par tous les moyens.

-Vous avez essayé? répéta-t-il, incrédule. Apparemment pas assez! Et combien de temps ma Dame a-t-elle gardé ses cuisses serrées avant de les ouvrir avec bonheur pour mon p... pour lui?

Sa voix était montée d'un cran et il s'était penché involontairement vers elle qui, au contraire, se tendait en arrière. L'éclat sauvage de ses yeux bleus la terrifia un instant. Ses pupilles si claires étaient assombries, dilatées par la rage et l'envie qui luisait au fond de ses iris. Il accentua la précarité de leur position en posant ses mains de chaque côté d'elle, l'encerclant entre ses bras musculeux.

Ilyrià voulait apparemment éclaircir la situation. Soit. Grand bien lui en fasse. Peut-être que la laisser faire déverserait sa frustration et pourrait enfin le soulager... C'était le moins qu'elle puisse faire après tout! Ce n'était pas non plus une oie blanche et innocente qui s'était laissée corrompre par le grand méchant seigneur elfe.

Penser à cela brisa la barrière à laquelle il s'astreignait difficilement depuis des jours. Le barrage de sa fureur se brisa impitoyablement. La voir ainsi, quasiment entre ses bras, tremblante même si ce n'était de désir... le grain de sa peau onctueuse si près de lui... Tout cela lui fit perdre la raison. Il l'attrapa par la nuque et plaqua sa bouche enfiévrée sur les lèvres rondes de la jeune femme. Il la mordit légèrement pour les lui faire entrouvrir. L'elfe enroula sa langue autour de la sienne sans tenir compte des protestations de la sirène. L'ellon était perdu, se noyant dans les effluves de son parfum de mer et de vent. Il délaissa sa bouche pour descendre dans son cou et la naissance de sa poitrine qu'il couvrit de baisers pressants. Elle réussit à placer ses mains sur le torse de l'elfe et le repousser un peu même s'il restait dangereusement proche d'elle.

Il la voulait tellement... Y goûter ne serait-ce qu'une fois... Voir, ressentir ce que le souverain lui avait volé, ce pour quoi il l'avait trahi si honteusement. Une flamme s'alluma dans les yeux si particuliers de la Wallen.

-Est-ce donc tout ce qui t'intéresse, Legolas de la Vertefeuille? La chair? Mon corps? Vraiment? Alors dans ce cas... prends! cria-t-elle. Mais c'est tout ce que tu n'auras jamais de moi!

En joignant le geste à la parole, elle dégrafa d'un mouvement sec son corset. Le prince resta sans voix devant les seins ronds et nus devant lui. Ce geste de défi lui fit l'effet d'un coup de massue. En était-il arrivé à un tel point de colère qu'il ne se comportait pas mieux qu'un homme ou pire qu'un orc?

La respiration saccadée de la jeune femme lui remit les idées en place. Son index se posa délicatement sur le creux de sa clavicule et y dessina une arabesque invisible. En réalité, il y traçait comme à l'encre invisible un adieu sur la peau d'Ilyrià avant de repositionner délicatement le tissu de sa chemise pour couvrir sa poitrine du mieux qu'il le pouvait.

Legolas venait de prendre une décision et le faisait non pour elle ou qui que ce fut mais bien pour lui. Il voulait la paix de l'âme, le repos pour son esprit éprouvé et son corps torturé. Bien qu'il répugnait à lui pardonner, il se devait de passer à autre chose. Il ne pouvait se laisser aller à la haine qui sinon risquait de l'engloutir dans les méandres d'une obscurité vorace. Il ne voulait plus de ce genre de sentiments qui l'entraîneraient inexorablement à la déchéance.

Un court moment, il se surprit même à plaindre son père.

Ce dernier était aux prises avec quelque chose dont il ne pourrait se sortir sans dommages si jamais il en sortait, ce qu'il en doutait plus que fortement. L'exacerbation des pulsions que donnait cette sirène enjôleuse n'était pas bon pour eux, les elfes. Il s'en rendait compte maintenant. La pierre n'était pas à jeter à Ilyrià. Elle ne s'en apercevait même pas, il en était sûr, mais son double attisait les passions autour d'elle, qu'elles soient bonnes ou mauvaises. Rien ne restait dans une mesure relative avec cette femme. Aussi était-il épuisant de vivre à ses côtés. Il le voyait désormais. Les Wallens étaient déjà un peuple qui vivait trop intensément, dans un débordement excessif continuel si loin de ce que les elfes, eux, prônaient. Et par Erù, qu'il était ironique de penser que c'était son propre père qui lui avait tenu ce discours que lui-même avait rejeté avec tant de virulence! Tout cela pour en arriver au point où lui comprenait enfin le sens de ses paroles et où Thranduil perdait pied...

Legolas s'apercevait à quel point il était fatigué de ces derniers mois et de la tournure qu'avaient pris les événements pour eux tous. Oui, il se sentait véritablement usé au bout de si peu de temps. Qu'en serait-il alors du roi?

Il était une personne d'honneur. On ne pouvait enlever ça au prince. Même si leurs rapports ne seraient plus jamais de l'ordre de ceux qu'ils avaient connu précédemment, il ne pouvait l'occulter tout à fait et faire comme si son sort l'indifférait. Legolas savait, comprenait même s'il ne pouvait le cautionner.

Si le roi n'avait pu contenir ses élans face à la jeune femme, c'était que ses sentiments devaient être réellement sérieux. Il ne l'aurait jamais trahi pour une histoire bassement charnelle. Il se devait d'être honnête. Valar, la réalité de la situation sautait maintenant aux yeux de l'ellon aussi clairement que de l'eau de roche. Thranduil, le roi elfe au sang plus froid que les Serpents du Nord qu'il avait combattu il y avait si longtemps de cela, était indéniablement amoureux d'une jeune femme dont il vomissait la culture et les manières. La punition avait une certaine douceur amère sur la langue de Legolas... Quant à Ilyrià, elle ne serait guère mieux lotie, le secret d'un souverain qui, de par son caractère incendiaire, ne lui faciliterait pas la vie. L'étrangère qu'elle serait toujours, rebelle qui plus est, dans l'ombre d'un souverain bien trop conservateur...

Legolas se redressa et s'écarta un peu. Il replaça une de ses boucles folles juste derrière son oreille. Il la vit se détendre un peu et entendit les battements frénétiques de son cœur se calmer. Il planta ses prunelles azuréennes dans le sien.

- Dame Ilyrià... Excusez cet emportement indigne, dit-il doucement. je... je ne voulais en aucun cas vous manquer de respect.

-Je le sais bien, prionnsa, tu vaux tellement mieux que ça, que moi... répondit-elle d'une toute petite voix, ne sachant trop comment réagir. Moi aussi, je voudrai tant que tu me pardonnes...

- Un jour peut-être, Dame wallen, souffla l'elfe. Il la dévisagea d'un regard où elle put distinguer une pointe de pitié. Je dois cependant vous demander si vous vous rendez bien compte de la pente plus que glissante sur laquelle vous vous êtes engagée? Que croyez-vous qu'il puisse ressortir d'une telle relation?

- Je ne sais pas, caraid... lâcha-t-elle dans un soupir. Je ne suis pas complètement sotte... Je sais bien qu'il ne me faut rien attendre mais...

- Mais vous l'aimez, finit-il pour elle, la voix altérée par la douleur de se l'entendre dire avec une telle sincérité. Vous demandez-vous ce qu'il vous apportera sinon souffrance et désillusions?

- Tout mon être tend vers lui, dit-elle avec autant de brusquerie que de ferveur. Oui, je l'aime mais cet amour n'est et ne sera jamais qu'aridité et stérilité débilitante pour nous tous.

- Vous ne pouvez rien espérer de lui, ma Dame, asséna Legolas. - quelqu'un devait se montrer franc avec elle et lui dire les choses aussi crûment qu'elles étaient en réalité.- Vous vous êtes éprise d'un elfe... d'un elfe qui, non seulement ne vous suivra jamais hors de son royaume pour vous appartenir à vous uniquement, mais qui ne pourra même pas combler la moindres de vos aspirations, aussi légitimes fussent-elles. Il ne vous épousera pas, il ne le peut pas. Il a déjà été marié et vous savez que nos lois ne le permettraient pas. Jamais il n'ira contre cela, aussi grand son amour pour vous soit-il.

- Je le sais mais...

- Vous rendez vous compte, continua Legolas imperturbable et sans pitié, qu'il ne vous laissera ni partir ni jouir d'un quelconque statut au sein de ce royaume bien trop figé pour vous? Vous ne serez jamais ici qu'une ombre, une ombre dont les ténèbres finiront par se repaître impitoyablement? Tous les vôtres repartiront et vous ne serez plus qu'entourée d'ennemis qui essaieront par tous les moyens de vous éliminer!

Ilyrià se taisait, préférant le silence à une quelconque tentative vaine de réponse. Il avait entièrement raison et elle le savait parfaitement.

- Il ne pourra rien faire pour vous, Princesse sous la Mer. Vous vous retrouverez un jour à l'orée d'une vie terminée et avortée... Sans personne à vos côtés. Votre père ne vous pardonnera jamais cette trahison envers lui, envers la volonté des Valar, envers vos devoirs inhérents à son peuple... C'est un roi. Ainsi sont-ils, à penser au devenir de leurs royaumes en premier lieu.

- Je ne peux rester loin de lui, dit la Wallen avec une franchise désarmante. Vivre sous sa coupe ne me plaît absolument pas, tu me connais... mais je ne peux partir non plus... J'ai essayé et tu en malheureusement fais les frais -elle lui saisit la main et la pressa entre les siennes. Il faillit la retirer mais cela n'aurait servi à rien, elle n'était que fidèle à elle-même-. C'est comme si j'étais irrémédiablement ramenée vers lui... -elle se pencha vers lui et dit dans un souffle rauque- Je te jure sur tout ce qui m'est de plus cher que, lui comme moi, avons résisté de toutes nos forces, prionnsa Legolas... Ne rejette pas toute la faute sur lui, je suis aussi coupable que...

- Ne dîtes pas son nom, la contra l'elfe en posant un index réprobateur sur ses lèvres douces. Vous devez vous montrer prudente. Autant commencer dès maintenant.

- J'aurai tellement voulu qu'il en soit autrement, dit-elle d'une voix brisée par les soubresauts des sanglots qu'elle retenait difficilement. J'aurais aimé t'apporter ce que tu méritais tant...

Elle posa sa petite main sur la joue de Legolas. Tous les deux étaient conscients de ce qui était en train de se jouer, quelque part malgré eux. Des adieux. Leurs adieux à ce qu'ils auraient dû être l'un pour l'autre, ce qu'ils auraient pu être... le bonheur simple qui leur avait échappé, à l'elfe certes mais aussi à la Wallen. Il voyait qu'elle n'était que trop lucide de la situation peu reluisante dans laquelle elle s'était fourrée: la perte de sa propre famille, celle de sa cité et l'antagonisme profond que bientôt tous les elfes auraient envers elle... tout ça pour l'amour d'un seul qui ne pourrait rien pour elle, il fallait être clair là-dessus. Il saisit sa main de la sienne sans pour autant l'ôter de son visage et posa son front contre le sien.

- Sois heureux, mon ami... qu'au moins l'un de nous le soit. Tu le mérites tant, Legolas Vertefeuille, murmura la jeune femme en sindarin.

A ces mots pourtant simples mais empreints de tendresse comme de justesse, l'ellon ferma les yeux. Il sentit soudain les lèvres chaudes d'Ilyrià effleurer les siennes avant de se poser franchement sur sa bouche. Elle lui offrait un baiser, le dernier, mais lui donnait son approbation pour ce qu'il n'aurait plus jamais l'occasion d'avoir. Il approfondit doucement ce toucher soyeux d'une infinie douceur. Elle entrouvrit les lèvres et ils scellèrent leur désunion dans un baiser aussi profond que désespéré. L'elfe se détacha à contrecœur mais réaliste.

Quelque chose était définitivement brisé entre eux. C'en était bel et bien terminé. Il se leva et fit quelques pas avant de se raviser et de revenir vers elle, toujours assise. Elle paraissait tellement jeune et dépourvue ainsi. Il s'accroupit et reprit ses mains gelées dans les siennes.

- Tu dois absolument te protéger, Ilyrià, murmura-t-il - elle tressaillit en l'entendant la tutoyer à nouveau - Je sais qu'il fera tout ce qu'il faut pour assurer ta sécurité, je ne doute absolument pas qu'il tienne à toi mais tu dois te préserver. Beaucoup veulent ta perte. La nouvelle de l'annulation de nos fiançailles en réjouira plus d'un mais lorsqu'ils ne te verront pas partir, la situation dégénérera. Elle ne peut malheureusement qu'aller dans ce sens. Tu dois toujours être avec un des tiens, ne jamais rester seule comme maintenant. Tu ne peux faire confiance en aucun elfe si ce n'est mon père, conclut-il avec difficulté.

- Et toi, assura-t-elle avec un léger sourire mutin.

- Et moi, acquiesça-t-il en prenant une profonde respiration. Bien évidemment. Cependant... Je vais partir... -elle porta la main devant sa bouche, sous le choc de cette nouvelle brutale- quelques jours. J'en ai besoin. Nécessité est pour moi de me ressourcer loin d'ici, loin de toi et de lui...

- Je comprends.

Sa voix tremblotait tout comme son menton et il eut envie de le lui relever de son index et de caresser la rondeur de sa joue mais non. Là n'était plus son rôle.

- Je vais rejoindre Elrohir et la compagnie d'Imladris qui doit nous rejoindre d'ici quelques jours pour les Fêtes de Turuhalmë. Je reviendrai avec eux, l'esprit et le cœur plus clairs et sereins. J'en ai vraiment besoin. Il le faut.

Il se releva promptement et la salua, une main sur le cœur avant de tourner les talons. Il s'éloigna en résistant à l'envie de se retourner et de s'abreuver une dernière fois de sa vue.

Non, là n'était plus son rôle.

O0o0o0o0o0o0o0o0o0o0o0o0

Ilyrià,

La jeune femme regarda le prince elfe partir, le cœur lourd. Elle avait été sincère lorsqu'elle lui avait dit qu'elle aurait préféré l'aimer lui. Oh oui, elle avait prié pour cela, avait tenté d'obliger son esprit comme son corps à vivre pour lui et non pour son si... si quoi? Elle ne savait même plus comment le qualifier... Les derniers jours qui venaient de s'écouler étaient extrêmement cotonneux pour elle, comme si un brouillard épais l'avait enveloppé de son aura protectrice et étouffante. Non qu'elle se sentit mal mais elle n'avait envie de voir que ce qu'elle avait envie ou plutôt occulter tout ce dont elle ne désirait pas se rendre compte... à commencer par le comportement de son cousin.

Elle ne savait ce qu'avait pu lui dire le Guérisseur avant son départ mais Klaùs était revenu encore plus taciturne et maussade que d'habitude. Elle ne l'avait que peu vu depuis une semaine ou alors vite entraperçu au détour d'un couloir en train de faire la cour à une ou deux elfines. Ce besoin viscéral de s'enfoncer toujours plus loin dans ses turpitudes l'inquiétait. Et si un jour, il ne parvenait plus à en réchapper, à revenir vers le peu de lumière qu'il s'autorisait? La jeune femme avait peur de le perdre, qu'il se laisse submerger...

Elle se l'était toujours dit, elle perdrait son cousin tôt ou tard. Soit il succomberait à son Dragon, soit il se fourvoierait jusqu'à la mort dans cette débauche malsaine qu'il s'imposait pour endormir son double. Elle avait bien cru qu'il revenait doucement vers elle depuis quelques semaines mais de nouveau, il dérivait dans les affres de l'alcool et du sexe. La violence de ses actions n'était que le reflet du combat intérieur qu'il s'infligeait perpétuellement. Si seulement quelqu'un pouvait soulager son fardeau mais elle savait qu'il n'en serait jamais rien. Le Dragon n'aimait pas et n'aimerait jamais. Non qu'il ne le voulut pas. Il ne le pouvait pas, c'était aussi simple que cela. Le peu d'affection qu'il pouvait dispenser lui revenait à elle et à Finnàm. Sinon il se moquait éperdument de tous ceux qui les entouraient.

Pourtant fut un temps où tous avaient cru que Cendera serait la femme, celle qui arriverait à percer la carapace du puissant reptile. Mais le Dragon en Klaùs était retors. Il avait réussi à transformer l'amour pur qu'avait ressenti la toute jeune femme à l'époque en une dépendance aussi vicieuse que perverse pour le jeune homme. Il avait été attiré par l'aura aérienne de la Wallen, son élément, qui attisait tellement le feu du Nathair- Sgiathach*en lui. Malheureusement pour lui, une telle relation antinomique qui tenait plus lieu d'une dépendance ne pouvait fonctionner longtemps. Il aurait fini par la détruire totalement. Au fond de son esprit tordu à souhait, il l'avait bien compris et avait fait en sorte qu'elle prenne la décision pour eux deux de s'éloigner des ailes tranchantes du Dragon. La maturité qu'elle avait alors acquise lui avait permis d'embrasser entièrement les pouvoirs de son double et de devenir l'élève du Guérisseur.

Ilyrià pensait souvent à la Wallen depuis son réveil des limbes. Elle avait bien compris qu'elle l'avait guidée hors du labyrinthe et aurait eu tant de questions à lui poser... Qui était cette rousse dont le visage revenait hanter ses rêves? Et le jeune homme blond? Pourquoi Elrohir était-il présent dans sa vision? Quelle était cette ombre au-dessus de son père? Était-ce la menace dont les Valar avaient voulu tous les préserver en l'unissant à Legolas?

Par Erù, la tête commençait à lui tourner sous l'afflux constant de ses interrogations comme de la culpabilité qu'elle ressentait malgré tout. Personne ne le savait encore hormis un cercle très restreint mais ses fiançailles avec le prince étaient définitivement rompues au profit d'un elfe qu'elle évitait comme la peste depuis plus d'une semaine maintenant.

Elle ne put s'empêcher de ricaner sous cape. Là était la raison de sa venue dans ses jardins. Elle se cachait de Thranduil depuis la scène qu'elle lui avait joué dans les bois. Elle le connaissait suffisamment pour savoir qu'il ne l'avait très bien pris. Aussi faisait-elle en sorte de ne jamais se trouver seule en sa présence. Dès qu'il se trouvait à proximité d'elle, la jeune femme sentait un frisson lui remonter l'échine comme le reste du corps. Ses regards glaciaux lourds des sous-entendus qu'elle seule comprenait lui promettaient beaucoup trop de choses qu'elle n'osait imaginer. S'il réussissait à mettre la main sur elle ou plutôt quand il y arriverait se corrigea-t-elle, Ilyrià ne donnait pas cher de sa peau, ni de chaque parcelle de son pauvre corps. Elle n'était pas dupe. La sirène en elle sentait qu'il lui ferait payer chèrement l'affront qu'elle lui avait fait.

Cela dit, il savait désormais à quoi s'en tenir avec elle. Il ne pouvait faire ce qu'il voulait, disposer d'elle à sa guise comme bon lui semblait. Hors de question de lui donner ce pouvoir sur elle. Il en avait déjà bien assez comme ça. La Wallen savait que tôt ou tard, il la coincerait quelque part et qu'elle devrait s'expliquer, qu'elle n'aurait pas le dessus sur un tel être. Plus elle attendait et plus elle dégusterait ou se ferait déguster pensa-t-elle avec un sourire furtif. Elle soupira. Il était si tentant de lui échapper ainsi et de le savoir au bord de l'implosion. Il avait beau paraître toujours aussi froid et distant, elle seule savait à quel point il était proche de la rupture.

Elle était la mouche du coche... la sirène qui se jouait du roi cerf...

Lorsqu'elle le voyait au détour d'une salle, d'un couloir ou d'un jardin, elle s'enfuyait rapidement non sans lui jeter un œil charbonneux alourdi du désir qu'il lui renvoyait. Mais elle ne voulait céder malgré l'envie qui lui tordait le ventre.

Et puis ce temps seule, ou avec sa famille de cœur lui faisait un bien fou. Se retrouver entre eux quatre quand Klaùs daignait se joindre à eux lui embaumait le cœur et l'âme à défaut du corps et c'était réellement bénéfique à chacun d'entre eux même si, dans le cas de son cousin tout était évidemment plus que relatif! Il ne s'agissait pas d'elle ni de questionnements autour de ses affaires de coucheries. C'était merveilleusement récréatif en attendant de retomber dans les affres de la passion qui lui dévorait les entrailles. Ces quelques jours avaient été dédiés à Finnàm. Tous tentaient de l'entourer du mieux qu'ils pouvaient, réaffirmant ainsi l'amour qu'ils se portaient tous. Malgré ses multiples récriminations et autres grognements, il avait besoin d'eux comme jamais il n'avait eu besoin de qui que ce soit auparavant sinon de sa sœur. Ilyrià frissonna en repensant au visage du loup.

Son Ceanar était si abîmé... quoique non, ce mot n'était certainement pas le bon. Écrabouillé, en bouillie seraient des termes plus justes. Elle avait bien cru défaillir en voyant ses traits fins malgré leur rudesse aussi durement mis à mal. Cela dit, elle comprenait. La Wallen connaissait l'homme au-delà du loup et savait qu'il avait toujours été un bain bouillonnant de violence et de passions. Aussi quand il perdait pied... la vrille était impressionnante.

Il avait tellement changé ces quelques derniers mois... Lui qui avait toujours été si fort, d'une virilité assumée, aussi droit dans ses bottes que dans ses idées exclusivement wallen... Elëa lui avait ouvert l'esprit sans qu'ils s'en rendent compte ni l'un ni l'autre. Elle l'avait amené à penser que des personnes autres que celles de son peuple pouvaient avoir sa confiance, valaient le coup qu'il s'arrête sur le bord du chemin qu'il s'était tracé. Son amour pour le Wallen l'avait transcendé. D'un bêta du roi Sturten, l'elleth en avait fait l'alpha d'une meute unie sans qu'il s'en aperçoive, et ce en dépit des échecs qu'il avait pourtant essuyé.

Il avait même réussi à avoir le respect d'un certain roi elfe fort peu connu pour son ouverture d'esprit. S'il y avait un Wallen en qui Thranduil avait placé le peu de confiance qu'il pouvait accorder, c'était bien Finnàm. La jeune femme savait que l'ellon qui avait été arrêté pour le meurtre d'Elëa avait été exécuté de la plus sommaire des façons et que le roi avait laissé le champ libre au Ceanar pour faire ce qu'il en voulait. Elle l'en remerciait car c'était ce dont il avait eu besoin pour reprendre un semblant de prise sur sa vie qui s'effritait en lambeaux.

Heureusement pour lui, Anaïsa était de retour. Non, heureusement pour eux tous, elle la première. Elle se remémora leurs retrouvailles quelques jours auparavant. Cela avait été si... si elles. A la fois gênées de se retrouver après ce temps si loin l'une de l'autre sans se donner de nouvelles et au vu de la manière dont elles s'étaient quittées mais, en même temps, l'amour qu'elles se portaient les avait vite remises d'aplomb, se tombant dans les bras avec le naturel qui caractérisait leur relation...

Une semaine plus tôt, Ilyrià avait couru jusqu'aux appartements de Finnàm en quittant Thranduil. Elle avait ressenti le besoin de voir son ami qui venait de perdre son amour et elle avait aussi craint, elle devait l'avouer, la réaction du roi qu'elle avait si honteusement abandonné. Elle n'avait pas douté une seule seconde que s'il la retrouvait, il risquait de perdre patience. On ne jouait pas impunément d'un tel caractère sans un quelconque retour de bâton bien senti. Elle avait ouvert la porte à la volée sans prendre le temps de s'annoncer et s'était retrouvée nez-à-nez avec la lionne. Toutes les deux étaient restées muettes à se fixer comme si elles n'avaient strictement rien à se dire. Anaïsa était restée droite, le dos raide alors qu'Ilyrià s'était dandinée d'un pied sur l'autre, mal à l'aise. La première à rompre le silence pesant avait été la guerrière, beaucoup trop honnête pour cacher plus longtemps ses sentiments.

- Oh, c'est toi? Tu viens voir mon frère? Il est parti interroger le Galadhrim, avait-elle dit en se retournant pour aller dans sa chambre devant une Ilyrià ébahie.

- Tu... tu t'en vas?

- Et pourquoi pas? avait répliqué la lionne d'un ton tranquille. Tu es tellement occupée... ne te donnes pas la peine de me faire la conversation. Après tout, tu ne m'as pas donné de nouvelles des semaines durant...

Elle n'avait pu finir sa phrase qu'elle s'était sentie trébucher sous l'effet d'une grande poussée dans le dos. Son amie s'était alors jetée sur elle et elles avaient roulé au sol toutes les deux en se battant comme des chiffonnières. Anaïsa lui avait mis un coup de coude dans le ventre alors qu' Ilyrià l'avait saisie par ses longues dreads. Dans un enchevêtrement de bras et de jambes où quelques coups avaient fusé, elles s'étaient mises à rire comme l'auraient fait deux jeunes enfants. La lionne avait enlacé la sirène et l'avait serrée contre elle, roulées en boule par terre. Ilyrià avait inspiré les fragrances si reconnaissables de son amie et avait éclaté en sanglots, le nez dans le cou de celle qu'elle n'avait jamais vu que comme sa sœur de cœur.

Enfin, elle était là! Avec elle! Son repère, son amie, sa confidente, la seule qui savait lui tenir tête et lui faire comprendre que son comportement laissait souvent à désirer... Elle avait longtemps pleuré dans les bras si doux et accueillants de son amie sur son sort ou encore celui de Finnàm... Elle lui avait tout raconté sans omettre le moindre détail. Elle lui avait tout déballé. Elle méritait la vérité, de savoir dans quel imbroglio ils s'étaient fourrés. Anaïsa l'avait écouté gravement sans l'interrompre une seule fois en lui caressant les cheveux comme l'aurait fait une mère.

- Mo piuthar, avait-elle alors soupiré, rien ne sert de te battre la coulpe. Ainsi sont les choses désormais... Nous allons gérer chaque problème l'un après l'autre même si je ne sais encore de quelle façon. Nous devons croire qu' Erù a un plan, qu'il ne nous abandonne pas. Il ne l'a jamais fait, il a sauvé notre peuple une fois, faisant fi de nos défauts et de notre malédiction... Nous devons être confiantes. Même si honnêtement, la situation est tout sauf reluisante, avait-elle conclu avec un doux sourire.

Elle était de retour et Ilyrià s'était sentie soudain soulagée d'un grand poids sur ses frêles épaules.

Soudain, une présence furtive se glissa à ses côtés et l'enveloppa comme un cocon douillet et protecteur, la ramenant à la réalité.

- Je pensais à toi, ma sœur, dit Ilyrià d'une voix caverneuse en la couvant du regard comme si elle avait peur de la voir s'évanouir dans les airs.

- Oh... vraiment? rit Anaïsa. A moi? T'ai-je tant manqué?! Tu m'as pourtant l'air d'avoir été bien occupée...

- Amadan! grommela la princesse en lui pinçant le bras. J'avais juste perdu mo piuthar, ma boussole... Regarde... je n'ai fait que du grand n'importe quoi depuis ton départ!

- Ça, par contre je ne peux te contredire... railla la guerrière. Il est impossible de faire pire choix que toi pendant mon absence! Ilyrià! Tu es folle! Et arrête de jouer au chat et à la souris avec cet elfe... surtout si tu es persuadée d'être le chasseur!

- Il m'a menti et doit en payer le prix, s'obstina la sirène. Et puis... J'aime bien le voir tourner en rond... et à vrai dire... j'ai hâte qu'il m'attrape même si je sais qu'il me fera cher payer mon comportement, susurra-t-elle avec une pointe de lubricité dans la voix.

Anaïsa la regarda avec de grands yeux ronds en secouant la tête.

- Tu es irrécupérable, mo caraid! Mais ne joue pas trop avec le feu... Il finit toujours par brûler... et je ne parle pas de celui qui te consume les reins, amaideach!

- J'ai si peur, murmura tout à coup la princesse sous la Mer, désarmante. J'ai peur tout le temps, Anaïsa. Il me faut bien tenter d'avoir une prise sur quelque chose, quoi que ce soit...

- Tu as peur?

- Oui, souffla-t-elle, les yeux perdus dans le vague. Je suis peut-être idiote mais pas stupide, ma sœur. Il y a une petite différence, si infime soit-elle... Comment pourrait-il en être autrement alors que je vais passer ma vie dans ces cavernes sans aucune chance de rentrer chez moi? Comment ne pourrai-je pas ressentir de peur alors que j'ai défié les Valar et leur volonté en brisant ce qu'ils attendaient de moi? Comment ne pas être effrayée du courroux à venir de mo athair? Jamais il ne me pardonnera... Jamais. Surtout pas avec lui. Qui suis-je? Que vais-je devenir, Anaïsa? Je suis condamnée à ne rien être du tout, juste une ombre... Et tout ça pour quoi?

- Pour qui, la corrigea la lionne en lui prenant la main.

- Oui pour qui? marmonna Ilyrià en la lui pressant. Pour cet ellon si différent de moi qui ne supporte pas mon peuple...

- Tu le savais. Tu as fait ton choix en connaissance de cause, le choix de céder à ce que tu ressens.

- C'est faux, je n'ai pas ce choix, la contredit la Wallen en plongeant son regard brillant dans le sien. Je ne l'ai jamais eu. Je dois, je ne veux pas, je dois être près de lui. Si le choix m'avait été donné, ce n'est pas de cette odieuse façon que j'aurai choisi de vivre, crois-moi... Mon âme entière, la part humaine comme la sirène... Il s'en est emparé violemment et en dispose comme il l'entend, dans le creux de sa main... M'écrasera-t-il? Je ne le sais ... C'est pour cette raison, mo caraid, que je ne peux tout cautionner, tout lui accorder sans rien y trouver à redire. Je n'ai que peu d'armes à ma disposition. Je prends celle qu' Erù m'a donné dans son infinie miséricorde.

- Et quelles armes, caraid! tenta Anaïsa pour la faire sourire.

- Elles sont bien minimes en comparaison des siennes... Mais bon, se reprit la jeune femme en haussant les épaules, les choses sont ce qu'elles sont comme tu le dis si bien, Naoï!

Soudain, le son vibrant du cor de la garde postée à l'entrée des cavernes retentit. L'émoi qu'elle ressentit alors lui envoya une vague de frémissements à travers tout le corps. La mélancolie céda la place à une grande excitation. Elle se tourna vers son amie et cria d'une voix tendue:

- Ce ne sont pas les elfes d'Imladris! Legolas vient seulement de partir à leur rencontre! Ça ne peut être que les nôtres!

Elles se levèrent d'un bond et Ilyrià saisit la main de la lionne pour l'enjoindre à se dépêcher un peu plus. Elle ne tenait plus en place et se demandait qui composerait cette fameuse délégation en vue de son anniversaire. Le roi lui-même ne le savait pas. Elles coururent comme deux dératées au -travers des jardins, du dédale des couloirs et autres artères de la cité excavée, bousculant sans aucune once de gêne des elfes mécontents d'autant d'agitation. Valar, qu'elles s'en moquaient! Rien d'autre ne comptait que de voir les leurs apportant des nouvelles récentes de leur bien-aimée cité!

Elles arrivèrent en quelques minutes sur le parvis, échevelées. Ilyrià lâcha la main de surprise lorsqu'elle constata la présence du souverain. Certes, il affichait ouvertement son ennui et un mépris quasi palpable mais il était là. Elle s'arrêta à quelques pas de lui en le saluant sans pour autant l'approcher. Tout son corps lui criait de l'approcher mais au vu du manque désespéré qu'elle ressentait de lui, il ne valait mieux pas. Elle se sentait déjà défaillir, devenir à moitié folle rien que de respirer les effluves boisées que le vent léger lui renvoyait. Elle ne voulait risquer plus comme une pulsion incontrôlée de le toucher.

Peine perdue. De toute évidence, il se moquait comme de l'an deux de la torturer... Sans avoir l'air d'y prendre garde, il se déplaça doucement et vint se poster derrière elle. Elle pouvait sentir son souffle lui caresser doucement les cheveux et la peau de son cou découverte par la coupe courte de ses boucles. Elle avait beau faire comme si de rien n'était, elle était horriblement consciente de sa présence. Sa chair lui réclamait le toucher de sa compagne à un point tel qu'elle lui en faisait mal. Elle réussit cependant à demeurer d'un stoïcisme qui la surprit elle-même. Le regard droit devant fixé sur les imposantes double-portes, elle ne bougeait pas d'un pouce, résistant à son envie de se laisser aller contre le torse musculeux du roi. Soudain, la sirène ressentit son souffle plus insistant caresser la peau nue de sa nuque.

- Vous ne pourrez toujours vous cacher de moi wen nîn, murmura-t-il d'une voix rauque à son oreille. Tu le sais, Ilyrià...tout comme moi. Continue, je te rendrai au centuple ce que j'endure.- au moment où elle crut qu'il avait terminé, il ajouta avec un soupçon de perversité qui lui donna des palpitations- C'est une promesse.

Il recula de quelques pas sans pour autant s'éloigner. Elle pouvait sentir dans son dos les orbes polaires lui brûler l'épiderme, indifférent à tout ce qui n'était pas elle. Il se fichait royalement de l'arrivée des Wallens. La jeune femme le savait fort bien. Elle était consciente qu'il n'était venu que pour mieux la coincer, lui montrer qui était le maître de ce petit jeu, régler une fois pour toutes qui était ici le prédateur et qui était la petite sirène sans défense. Oui, elle avait été trop loin à l'éviter ainsi des jours durant...

Ses réflexions furent interrompues par l'ouverture des portes et la jeune femme reporta son attention sur les quelques personnes qui avançaient doucement sous la houlette d'Elwë et de sa troupe d'éclaireurs. Mûe par l'instinct, elle fit quelques pas pour se mettre à la hauteur des siens. Finnàm était de marbre comme à son habitude, son regard aiguisé posé sur eux, tentant de distinguer de qui se composait la petite caravane. Un bras l'enlaça et une bouche chaude et charnue se posa sur sa joue pour y planter un baiser sonore.

Klaùs avait l'air de bonne humeur et les relents d'alcool comme de parfums féminins n'y devaient pas être étrangers. Il ne regardait pas spécialement leurs congénères arriver. Cela ne l'intéressait pas outre mesure. Le Dragon préférait se pourlécher les babines en faisant un clin d'œil à une jeune elleth derrière eux. Ilyrià soupira. Il ne changerait jamais, autant en prendre son parti tout de suite au risque de grandes déceptions. Elle plaignait sincèrement les elfines du royaume qu'il poursuivait de ses assiduités et priait pour qu'aucune ne tombe réellement sous le charme du Nathair- Sgiathach au péril de la fragilité de son fëa. Il ne serait pas comme Finnàm à prendre relativement garde. Non, lui prendrait ce qu'il voudrait sans se préoccuper des conséquences.

Ilyrià plissa les yeux pour mieux voir. Elle distingua deux grandes statures identiques aux cheveux roux qui marchaient en tête d'une seule et même cadence. Elle se mit à frapper dans ses mains tout à son bonheur de les retrouver. Bien sûr, elle connaissait le rôle de Fillan dans son coma mais s'en fichait. La Wallen savait à quel point les deux ours tenaient à elle. Ils avaient vécu tant de choses ensemble... Un claquement de langue derrière elle lui fit comprendre à quel point Thranduil, lui, était évidemment fort peu heureux de leur présence qui ravivait des souvenirs encore douloureux comme la colère si brutale qu'il avait ressenti. Elle ne put s'empêcher de se retourner vers lui et de lui adresser un sourire éblouissant. Leurs regards s'accrochèrent quelques secondes et la noirceur qu'elle y lu l'inquiéta mais le bonheur qui la submergeait à la vue des siens occulta le mécontentement ouvertement affiché du souverain elfe.

Derrière les masses feu des jumeaux, son cœur fit un bond quand elle reconnut la Wallen à quelques pas d'elle maintenant. Erù avait-il entendu ses suppliques? Cette silhouette longiligne inhabituelle à son peuple et gracieuse, ce port de tête altier digne des statues qui ornaient la cité de son père... elle avait ardemment désiré la voir.

- Cendera, souffla-t-elle en s'approchant comme hypnotisée.

Elle aurait voulu lui sauter tout de suite dessus et l'assaillir des centaines de questions qui tournoyaient dans son esprit chamboulé. Son geste se suspendit quand elle vit qui suivait l'unique élève du Guérisseur.

- Ce n'est pas vrai... Dîtes-moi que je rêve, dit-elle en saisissant la main de Finnàm ses côtés.

Elle ne pouvait détacher son regard de l'homme qui se trouvait derrière Cendera. Ilyrià aurait pu le reconnaître entre mille autres. Ce corps élancé aux muscles fins et saillants... cette allure hautaine... ce visage pointu aux traits d'une finesse féminine et en même temps rugueux où brillaient deux immenses prunelles bleues avides... cette bouche sensuelle et boudeuse... ces cheveux d'un noir de jais qui lui retombaient en mèches rebelles sur sa nuque... cette fossette qui lui marquait l'une de ses joues creuses accentuant cet air si arrogant qu'il affichait perpétuellement... Il pouvait largement faire concurrence au souverain elfe à ce sujet se prit-elle à penser étourdiment. Ils se toisèrent le temps d'un battement de cils. Un sourire carnassier naquit sur ses lèvres fines. Ilyrià réprima un frisson et un mouvement de recul.

La sirène en elle hurlait à la reconnaissance du requin...

Muireall, murmura-t-elle d'une voix chevrotante.

La jeune femme était tellement obnubilée par la vision du jeune homme qui s'avançait vers elle qu'elle ne vit pas tout de suite le dernier Wallen qui clôturait la procession. Son attention se recentra au grondement sourd qui remonta la gorge de Klaùs. Surprise, elle se tourna vers son cousin et le vit, le corps tendu comme la corde d'un arc, les yeux exorbités. Ses pupilles fendues ne lui dirent rien qui vaille. Elle regarda à nouveau qui pouvait provoquer un tel émoi chez son co-ogha. Elle eut envie de se gifler lorsqu'elle vit de qui il s'agissait.

Après tout, une seule personne était capable de tirer une telle réaction de haine du Dragon. Immense, les cheveux courts d' blond cendré, les yeux noirs et rieurs, des traits aristocratiques... Un Klaùs plus âgé en somme...

- Iffrin, gronda le Dragon avec hargne.

Le nouveau venu sourit, un sourire en coin et moqueur. Il se campa devant eux et croisa les bras avec nonchalance, un sourire torve flottant sur ses lèvres fines.

- Latha màth, mo brathair. Salut petit frère.

Les ennuis venaient de débarquer sous la forme d'un requin hautement narcissique et d'un second dragon plus que louche entre les murs des cavernes de la Forêt Noire.

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Klaùs,

Comment pouvait-il être là, en face de lui? Que faisait-il ici? N'était-il pas censé être quelque part sur un des neuf mondes? N'était- il pas censé être mort?!

Le Wallen pouvait sentir toute sa haine affluer, s'infiltrer dans tous les pores de sa peau, s'insinuer dans ses veines comme un reptile vicieux et venimeux. Il sentait son Dragon l'implorer de le laisser exploser à la face de son frère et de le laisser lui souhaiter la bienvenue comme il se devait. Ses écailles faciales se mirent à onduler, surface miroitante de sa rage. Plus de dix ans qu'il ne l'avait plus vu mais la rancœur et le dégoût étaient toujours aussi vivaces comme la colère qu'il ressentait envers son oncle ou son père qui avaient œuvré à sa venue. Il reconnaissait bien là leur rouardise.

Que cherchaient-ils donc? À ce qu'ils s'entre-tuent en faisant un maximum de dégâts sur leur passage? Oh il y avait certainement de ça... mais il n'arrivait pas à croire que, juste dans l'optique de gâcher la vie du souverain sylvestre, ils aient été tordus au point d'envoyer Iffrin et Muireall...

Malgré la main d'Ilyrià sur son bras, il avança vers son aîné, ses lèvres retroussées sur un rictus effroyable. Iffrin, lui, gardait son attitude toujours aussi désinvolte. Ses yeux noirs, les même que les siens, que ceux de leur père, étaient braqués sur lui avec amusement. Klaùs avait beau être un homme maintenant, sûr de lui et ce, dans n'importe quelles circonstances, voir Iffrin le renvoyait à une époque lointaine où il n'était qu'un tout jeune Dragonnet. Mais ce temps-là était révolu. Il devait le lui faire savoir sans pour autant faire le moindre esclandre. Il ne donnerait ce plaisir ni au roi Wallen, ni à son paternel ni à lui. C'était hors de question de faire défaut à sa cousine ou à son Ceanar qui devrait alors s'interposer. Il devait garder son calme, du moins en apparence. Cela dit, il préférait le prévenir tout de suite de comment les choses allaient se passer au sein des cavernes de qui mènerait la danse ici Sans tenir compte des Wallens qui s'étaient tous rapprochés d'eux, il se planta devant son frère rieur et planta ses yeux pourpres dans les siens. A la surprise générale, il le prit par le cou et lui donna une grande accolade.

Sa bouche frôlant l'oreille de son frère et vice versa, il siffla entre ses dents avec un grand sourire:

- Je ne suis pas dupe, Iffrin. Ne fais rien que je ne ferai moi-même. Je t'aurai à l'œil, crois-moi...

- Je ne veux que voir mon ptit brathair, répondit Iffrin sur le même ton en saisissant Klaùs par la nuque pour la lui broyer. Et ma cousine qui m'a l'air tout à fait radieuse à l'idée d'épouser a aelfica...

- Laisse-là, je t'interdis de mettre ton museau dans ses affaires, sale bête! chuchota Klaùs en enfonçant ses griffes dans la chair des omoplates de son frère.

- Voyons, je ne veux que son bonheur, brathair, sourit son aîné.

- Tu ne veux le bonheur de personne, nous le savons tous les deux aussi bien l'un que l'autre.

La lutte fraternelle fut interrompue par les bras d'Ilyrià d'une part qui tira Iffrin pour l'embrasser loin de son cadet et ceux de Cendera qui enlacèrent Klaùs, lui insufflant une onde de sérénité. Il la regarda droit dans les yeux et grogna.

Arrête, Cendera... Ne fais pas ça, grogna-t-il en agrippant tout de même ses hanches. Il enfonça ses doigts dans la peau tendre mais elle ne fit aucun commentaire. Elle continuait seulement de le regarder avec tendresse et douceur.

L'élève parfaite du Lhiguiche! se moqua gentiment le Dragon. Tu es splendide, petite oiseau, marmonna-t-il en appréciant du regard les courbes fines de la jeune femme.

Il plongea son regard dans les yeux noisette de Cendera tout en surveillant du coin de l'œil sa cousine rieuse toujours dans les bras de son charmeur de frère. Ce dernier lui renvoya un sourire en coin par-dessus la tête bouclée de la sirène en arquant un sourcil narquois. Il réaffirma sa prise sur le corps voluptueux de la princesse wallen comme un signe de défi envers son cadet.

- Je suis heureuse de te voir, mo caraid, dit Cendera en posant une main légère sur l'épaule de son ancien amant. Garde ton sang-froid, continua-t-elle en baissant la voix de façon à n'être entendue que de lui. Il ne manquera pas de tenter de te faire sortir de tes gonds. Certaines choses ne changent jamais...

Elle se détacha de lui et alla saluer le Ceanar. Klaùs retint un soupir mais il passa sa langue fourchue sur ses lèvres charnues en la regarder marcher, gracile et aérienne. Il était définitivement irrécupérable, comme tous ceux ici réalisa-t-il en reculant de quelques pas pour les regarder évoluer. Finnàm, Anaïsa, Ilyrià et Cendera tout aussi bien que les jumeaux qui étaient déjà en train de bousculer les gardes autour d'eux et d'adresser des œillades enfiévrées aux elfines comme lui-même l'avait fait quelques minutes plus tôt... avec une certaine dose de rudesse en plus en ce qui les concernait.

Il croisa les bras sur son torse musculeux et fixa ceux qui lui posaient un réel souci en plissant des yeux. Iffrin n'apporterait rien d'autre que des problèmes il n'y avait aucun doute à avoir mais il n'était certainement pas le seul.

Muireall. Il braqua ses yeux de braise sur le grand Wallen brun qui tournait déjà avec son arrogance naturelle autour de sa cousine. Il connaissait bien ce prédateur. Le requin reniflait l'odeur du sang et celle de la perte de contrôle. Il attendrait son heure, celle où la jeune femme baisserait sa garde, pour mieux la dévorer comme il l'avait toujours fait. Il ne le laisserait pas faire. Jamais, il ne la laisserait retourner dans ses travers. Il savait quelle était la première chose à faire pour cela et à qui en référer.

La fureur qu'il avait ressenti à l'égard de leurs pères respectifs ressurgit aussi violente que fulgurante. Il avait besoin de s'isoler et de digérer un minimum ce qui venait de se passer sous ses yeux impuissants. Sans un regard de plus pour la joyeuse assemblée, il pivota sur ses talons et se dirigea vers les jardins. Il s'arrêta à côté du roi elfe qui n'avait pas bougé d'un pouce, observant ces retrouvailles d'un œil plus que circonspect. Il lisait en lui comme dans un livre ouvert à cet instant. Il ne connaissait que trop bien les symptômes de l'ellon. Ses narines dilatées, son souffle courts et ses yeux gelés comme autant de preuves de sa colère froide. Il avait déjà remarqué le comportement du requin à l'égard de la princesse. Dos à la foule, il marmonna:

- Nous devrons parler de certaines choses, a righ. Pas ici, pas maintenant mais loin des oreilles indiscrètes... En attendant, gardez un œil sur Ilyrià et méfiez-vous. Prenez garde.

Les lèvres ourlées du souverain s'arquèrent en un sourire sans joie et, au contraire, empreint d'une sombre détermination. Il lui répondit sans quitter la Wallen des yeux une seule seconde.

- Il n'a jamais été prévu qu'il en soit autrement, dragon. Nous nous comprenons parfaitement.

Klaùs les quitta, satisfait des paroles du roi, et attendit de ne plus être visible pour se mettre à courir comme un dératé. Il devait évacuer toute la frustration qui suintait de chaque parcelle de son corps bouillant. Il ne s'arrêta qu'au fond des jardins du nord, ceux où il n'y avait que peu de monde et se laissa aller à la rage qui menaçait de le consumer... littéralement. Sa peau commençait de nouveau à fumer comme lorsqu'il éprouvait une fureur intense.

Il se débarrassa de sa tunique pour offrir son torse fiévreux à la morsure de l'hiver. La rage au ventre, il sauta dans un arbre puis dans un autre. Il n'était pas sensible aux températures mais cela avait au moins le mérite de refroidir le sang bouillonnant qui courait en lui comme un insidieux poison. Il continua à se déplacer ainsi avec fureur jusqu'à ce qu'il entende une voix rocailleuse l'appeler. Il grogna, décidé à ne pas répondre et ce, pas même à son commandant.

Il avait besoin de solitude, qu'on le laisse en paix avec lui-même.

Trop de choses étaient remises en jeu avec l'arrivée de son frère aîné. Il avait déjà tant de mal à contenir les mauvais instincts de son Dragon... C'était une lutte intense de tous les instants. Le Guérisseur l'avait prévenu que bientôt il devrait faire des choix qui détermineraient sa vie entière. Le moment était apparemment venu. Il aurait aimé que le Lhigiche le prévienne de l'arrivée d'Iffrin mais une fois de plus, il s'était montré évasif. S'il ne l'avait pas été, il aurait eu le temps de se préparer mentalement à ses retrouvailles fraternelles qui risquaient de tourner au fratricide... Il se doutait, non il était sûr qu'Iffrin apporterait le chaos avec lui. Il n'avait jamais fait que ça après tout.

Il griffa le tronc de l'arbre sur lequel il était perché quand soudain une masse tressée s'abattit à ses côtés. Finnàm, le visage couvert des hématomes qu'il s'était lui-même infligé, le fixait la tête penchée. Ses yeux toujours jaunis l'observaient avec méfiance.

- Tu dois te reprendre, saighdear, dit-il simplement. Ne laisse pas sa présence peser sur toi à ce point. Ne lui donne pas plus de pouvoir qu'il n'en a. Il est parti depuis si longtemps...

- Je le croyais mort. Je le voulais mort, grinça Klaùs en cassant une énorme branche d'un coup de pied.

- Mais il ne l'a pas. Reprends-toi.

- Ne me dis pas ce que j'ai à faire, pas à son sujet! cracha-t-il. C'est à moi de savoir comment gérer Iffrin! Je ne laisserai pas toucher à Ily!

- Pourquoi penses...

- Parce que je sais qu'il le fera! Je le connais! Mieux que personne! Elle est trop fragile, il va s'amuser avec elle... et finira par la broyer! Tu sais ce dont il est capable! Il est vicieux... Je le hais, hurla-t-il.

Son visage se couvrit entièrement d'écailles et il sentit les os de son visage commencer à craquer sous l'effet de la poussée de son double trop heureux de se glisser subrepticement dans les interstices que lui occasionnait sa trop grande colère. Dans un geste d'une célérité incroyable, Finnàm le frappa au visage d'un coup de coude qui lui déplaça la mâchoire. La douleur fit refluer la bête ruminant rageusement son mécontentement. Il lui rendit la pareille d'un direct dans l'estomac, le griffant profondément au passage. Une traînée carmine imbiba la tunique du loup qui grimaça sous la douleur. Klaùs ne put empêcher un rictus torve de fleurir sur ses lèvres. Après tout, il l'avait bien cherché à se mêler d'affaires qui ne le regardaient pas. Toute cette fange était entre lui et son aîné. Il règlerait les choses à sa manière, pas à celle du Ceanar.

Il regarda son supérieur d'un air mauvais. Sa peau recommençait à chauffer dangereusement. Son torse se recouvrait progressivement d'une fine pellicule de sueur malgré le froid. Il devrait retrouver tout de suite Iffrin et lui arracher la tête... Tout serait alors fini avant même d'avoir commencé... ou sinon lui casser chaque os de son corps avec application...

Il était perdu dans ses conjonctures de meurtre quand soudain il sentit la main calleuse de Finnàm lui enserrer la nuque et l'approcher de son visage couturé. Leurs yeux se croisèrent et s'affrontèrent, pourpres reptiliens contre jaunes lupins. Il allait lui répliquer vertement de le lâcher s'il ne voulait pas se retrouver pendu au chêne par les tripes quand la bouche du loup s'écrasa sur la sienne avec virulence. Il n'y avait rien de romantique ou de sentimental dans cet échange brutal, juste une lutte pour la domination et le pourvoir. Il sentit l'autre main de Finnàm le prendre au collet et le repousser si violemment que l'arrière de son crâne heurta le tronc. Le Ceanar le lâcha.

- Ça y est? Calmé? demanda-t-il d'un air moqueur.

- Galla! jura Klaùs en léchant le sang sur sa lèvre inférieure égratignée par les crocs de Finnàm. Oui ça va, c'est bon a Ceanar...

- Bien, dit Finnàm tranquillement. Ilyrià est bien entourée... Nous, nous sommes là et je connais un roi elfe qui se fera un plaisir de l'enfermer sous clé si besoin est... Quant à ton frère – son sourire se fit sinistre- S'il le faut, nous nous en occuperons... à la Wallen.

Klaùs ne le contredit pas, il savait qu'en théorie Finnàm avait raison. En revanche, ce qu'il savait aussi c'est que la seule personne qui abattrait Iffrin serait lui et uniquement lui.

C'était à lui de régler le cas du dragon rouge comme il aurait dû le faire il y a bien longtemps.

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So? j'espère que ça vous a plu! :) le chapitre de l'anniversaire d'Ily est donc découpé en raison de sa longueur entre l'arrivée des Wallens et la fête en elle-même! Alors comment trouvez-vous le fameux Iffrin, grand frère de Klaùs? Et Muireall? Avez-vous une idée de son lien avec notre petite sirène? Dans le prochain chapitre... et bien vous verrez?! Na!

gros bisous tout doux les didous en sucre!