Hello girls and maybe boys?! Why not? :) Voilà le chapitre 29 tout frais, tout chaud (y a pas comme un souci là? ;) )

Krassnaia: mon cœur, ma chérie d'amour, poste vite ton OS! hey tout le monde si vous voulez savoir comment Ilyrià et Anaïsa se sont connues puis une série de scènes sur leurs vies (dont la mort de la mère d'anaïsa et Finn, bientôt le post d une OS sur le compte de ma chérie! j'y t aime! Merci mon coeur!

Juliefanfic: ma lady, je t'adoooore, tu es trop mimi et ne désespère jamais! Tu as une très belle histoire! et toujours là pour soutenir les autres! Tu es magnifique! Bisous tout doux au caramel salé

Virginie: merci pour ces compliments! bonne lecture!

Mathy: ma tomate! toujours des reviews de dingue! entre clownerie et poésie! si tu as aimé Cendera, tu auras l'occaz d'en savoir plus sur elle! bisouilles à mon mec Bombur!

Mane-Jei: oui tu as bien vu pour Iffrin! Bravo, tu as super bien suivi! et oui les jumeaux sont de retour pour vous jouer un mauvais tour! Kissouille

Poly Pops: ma douce amie, tu as raison, les requins c est souvent caca... en sera-t-il de même ici... à voir!

Sandra: mon Satanas, je te dédie ce chapitre, tu sais pourquoi et tout le monde le saura à la fin... je ne voudrai pas spoiler! kiss kiss bang bang!

Bêta/ relectrice/ revieweuse: Toutouille, capitaine Fracasse recadreuse des délires de trace sanguinolente d'une certaine Milyi... trop de lui même tue le lui même! kisssssssssssss

j'espère que ce chapitre vous plaira. Il s'agit de l'avant dernier... de la première partie!

Enjoy!

Chapitre 29

Thranduil,

Valar, encore plus de Wallens dans son royaume! Encore des sauvageons plus braillards les uns que les autres qui annihilaient ainsi la quiétude de sa cité. Voilà quelques jours qu'ils étaient présents et déjà la cité semblait avoir été retournée dans tous les sens... C'était à se demander si ce cher Sturten n'avait pas cherché une fois encore à se gausser de lui en lui envoyant les pires qu'il avait pu trouver! De ce fait, l'ellon n'avait pu retenir un geste d'agacement en reconnaissant les jumeaux.

Thranduil était un politicien accompli. Pour cette raison, il savait que la présence des ours n'était due qu'à la volonté du roi phénix de le tourmenter. Évidemment, ce dernier ne savait rien de ce qui le liait à sa chère fille mais la blessure qu'il avait infligé à... auquel des deux déjà?... bref, celui aux cheveux courts n'avait pu passer inaperçue. Finnàm avait sommé les jumeaux de ne rien dire pour le bien de la jeune princesse pour laquelle ils avaient la plus grande affection. Le Conui leur avait aussi demandé de trouver une explication basée au plus près de la vérité. Le roi de la Cité sur la Mer était fin observateur et il ne fallait lui mentir de trop si l'on ne souhaitait pas voir ses forfaits mis à nus.

Donc, il savait qui était à l'origine de ce coup de poignard dans le flanc de son soldat Wallen... Donc, une fois de plus, il se moquait de lui!

Les voir l'avait ramené des jours en arrière où il avait cru perdre celle qui le complétait même si elle se refusait encore à le lui admettre pleinement. Un soupir frustré s'exhala de sa bouche pincée. Ilyrià le rendait totalement fou à se jouer de lui depuis cette nuit où elle l'avait abandonné seul au pied de cet arbre. Sa Wallen se cachait de lui, l'esquivant au détour de chaque pièce où ils se rencontraient. Il avait l'impression de tenter de retenir du vent, un adorable alizé qui prenait un malin plaisir à le faire tourner en bourrique. Un sourire incurva ses lèvres. Après des jours à tenter de l'attraper sans pour autant vouloir aller la chercher directement, il avait saisi l'occasion de l'arrivée des siens pour l'avoir près de lui. Il avait bien cru que se glisser dans son dos ne lui suffirait jamais.

Il avait eu un mal fou à garder son sang-froid. La courbe de sa nuque, la chute de ses reins dans sa petite robe de laine appelaient ses mains comme une douce litanie. L'ellon l'avait sentie tremblante de désir pour lui à son simple souffle et s'en montrait plus que satisfait. Il lui avait démontré en quelques paroles qui était le chasseur et qui était la proie.

Que croyait donc cette ravissante péronnelle ?

Elle tentait de jouer à un jeu dont elle ne connaissait même pas les règles... Cela dit, au-delà du courroux qu'il ressentait s'approfondir d'heure en heure, il lui plaisait de penser qu'il l'aurait bientôt au creux de sa paume et qu'il en ferait enfin ce qu'il voudrait. Il la ferait sienne encore et encore jusqu'à ce qu'elle ait enfin compris à qui elle appartenait, qui détenait des droits sur qui.

Il serra le poing à s'en planter les ongles dans la peau en repensant à sa façon de saluer les deux ours. Il allait vraiment falloir qu'elle apprenne à retenir ses élans. Il ne supportait pas de la voir se donner ainsi, serrer d'autres hommes entre ses bras si doux, les presser contre son petit corps voluptueux à souhait qui n'était qu'à lui. Il devait impérativement être le seul à profiter de cette chaleur. Thranduil n'aimait décidément pas que l'on touche à ce qui était à lui.

Il se leva de sa table de travail et alla se servir un verre de vin. Le roi avait le plus grand mal à se concentrer avec toute l'effervescence qui provenait d'absolument... partout. Il soupira de nouveau en se pinçant l'arête du nez. L'envie le dévorait de tous les chasser, les renvoyer d'où ils venaient avec perte et fracas. Le roi craignait, au-delà des escarmouches et autres délires de ces deux ours mal léchés qui couraient les tavernes et tentaient de culbuter tout ce qui portait un jupon à en croire un Elwë mortifié qu'il avait chargé de les surveiller... il craignait de plus violentes exactions. Son peuple si guerrier fut-il, avait déjà fort à faire avec la présence des arachnides et des bandes d' orcs qui osaient traverser leurs terres sans qu'en plus, ils aient à subir les violentes échauffourées qui s'essaimaient depuis l'arrivée de la délégation wallen.

Il avait bien compris, dès le premier regard, que quelque chose clochait sérieusement entre les deux frères dragons. Cela ne lui plaisait pas d'abriter deux entités aussi puissantes qui, si elles prenaient trop d'ampleur, pourraient souffler son royaume en moins de temps qu'il n'en fallait pour le dire. Sturten avait-il tant de haine en lui pour risquer de faire tuer, en plus des elfes sylvains, les siens et plus particulièrement sa propre chair?

L'ellon réprima un frisson de dégoût en se resservant une autre coupe du breuvage rubis. Il le fit tourner longuement dans le verre de cristal, fasciné par la danse sanglante de l'épais liquide. Il n'aimait pas les Wallens. Il n'y pouvait rien, c'était viscéral, trop ancré en lui pour qu'il puisse y changer quelque chose après tant de millénaires. Il avait bien trop souffert à cause de cette race si éloignée de la gente elfique et de leurs us. Non, pire encore, le roi exécrait tout ce qu'ils représentaient... la perte de contrôle, la part animale.

Ils lui donnaient le vertige... Et en même temps, il jalousait cette habilité qu'ils avaient de ne pas avoir peur des conséquences de leurs actes, de plier sous le vent sans jamais se briser. La dualité de ce peuple était telle qu'il en avait le tournis. La malédiction inhérente à leur peuple, les confinant aux portes de la folie, leur procurait une envie de vivre absolument démentielle selon lui qui avait une telle haine du changement. Comme tous les siens il était si enraciné à leurs coutumes, leur histoire. Rien que cela Thranduil ne pouvait le comprendre... Comment ne pouvaient-ils pas se rappeler de leurs toutes premières origines? Le roi était capable, ainsi que chaque elfe, de réciter par cœur la généalogie de chaque clan, chaque maison...

Non, il n'aimait pas les Wallens et les tolérait à grand-peine. Il aimait une Wallen. La différence était bel et bien là. Il était pleinement conscient du distinguo entre les deux. Certes, il éprouvait du respect envers le Ceanar et même une espèce de confiance mais cela s'arrêtait à ça. Il n'en serait jamais autrement. Il se rappela alors les dernières paroles échangées avec Klaùs, le regard lourd de sous-entendus que ce dernier avait jeté au nouveau venu. Il n'avait eu besoin d'en dire plus. Il n'avait fallu qu'une demi-seconde à Thranduil pour que son attention soit happée par cet homme brun qui avait adressé une œillade incendiaire à Ilyrià... sans parler de la réaction qu'avait eu la jeune femme à sa vue et qui lui avait fait l'effet d'un coup de poignard lui lacérant la poitrine.

Depuis, il ne cessait de se poser des questions qui lui entravaient l'esprit, tourbillonnant en boucle et l'empêchant d'accomplir quoi que ce soit. Qui était-il pour elle étant très certainement la première de toutes. L'elfe s'était mordu la lèvre pour ne pas lui planter son épée dans le corps en le voyant tourner comme un prédateur assoiffé de sang autour de sa femme. Ce Wallen ne cachait même pas l'envie qu'il éprouvait, celle-ci incrustée au fond de ses yeux bleus foncés dilatés par le désir.

Tendu par la colère, il ne se rendit même pas compte qu'il venait de briser le verre entre ses doigts. Ce ne fut que le bruit du vin gouttant sur le plancher de bois qui le sortit de ses sombres réflexions. Il jura entre ses dents. Il devait avoir cette fameuse discussion avec le Dragon avant d'entreprendre quoi que ce soit.

Il se défit de son manteau d'intérieur et enfila une sous tunique perle en dessous d'une autre, noire celle-là. Une fois n'est pas coutume, l'ellon avait tressé ses cheveux à la mode guerrière, ce qui était devenu rare au fil de derniers centenaires. Un fin cercle d'argent lui ceignait le front et il ne prit pas la peine de l'échanger contre son imposante couronne. Cela ne servait à rien avec ces sauvages et encore moins avec le cousin d'Ilyrià. Il était si... non, en fait le problème était qu'il était encore plus que les autres... même s'il se dénotait par sa grande capacité à analyser les comportements de ceux qui l'entouraient en dépit de son apparence bourrine. Il fallait se méfier de cet homme aux prises avec de trop nombreux vices... Bien sûr, il était mal placé pour parler de turpitudes désormais, lui qui n'arrivait pas à garder son sang-froid face à une gamine insupportable dont le jeu principal consistait à le rendre fou... et qui y arrivait horriblement bien... C'en était juste intolérable. Il abattit son poing de rage sur la console de verre qui, elle aussi, éclata en mille morceaux comme autant de preuves de son courroux face à ses animaux.

Il devait trouver le Dragon, tout de suite avant que le poison de la jalousie ne finisse par le ronger de l'intérieur. Il le devait à la relative tranquillité de son royaume qui était bien malmenée par sa faute...

Après tout, les fiançailles avaient été rompues mais le souverain n'arrivait pas à l'annoncer officiellement. Il savait pertinemment qu'il ne la laisserait jamais s'éloigner de lui, que jamais elle ne quitterait l'enceinte des cavernes de la cité excavée. Or, quand la nouvelle serait publique, Sturten exigerait le retour immédiat de sa fille à n'en point douter. Alors que se passerait-il? C'était là une question rhétorique. Le roi se maudissait déjà à l'idée d'engager les siens dans un combat qui n'était pas le leur alors qu'ils avaient déjà tant à faire pour combattre les ombres grandissantes qui envahissaient le royaume.

Tout ça pour un élan du cœur?! Parce que son fëa se repaissait d'une étrangère à son peuple?! Il ne se sentait pas capable de la laisser partir mais arriverait-il à se regarder en face quand les siens seraient mis en danger à cause de son inconstance?... Etait-il à ce point perverti? Jamais elfe n'avait eu à ce poser ce genre de questionnement misérable... Qu'avait-il donc fait de si horrible pour qu' Erù lui impose telle situation invivable?...

Il était à la recherche de Klaùs et allait entrer dans les dépendances attenantes aux quartiers Nord où il avait fait loger les Wallens lorsque des éclats de rire attirèrent son attention. Des voix lui parvinrent des bains publics où avaient l'habitude de se prélasser ellith et ellyn indépendamment les uns des autres, en particulier ceux trop modestes pour avoir une salle d'eau dans leurs logis. En théorie, ils étaient censés se partager deux grottes brillantes et lumineuses où se déversaient de part et d'autre de nombreuses chutes d'eau ruisselantes et brûlantes.

En théorie.

L'éclat des différentes voix masculines et féminines où transperçait celle, plus rauque, de sa Wallen l'immobilisa. Il savait ce qu'il allait trouver avant même de faire un pas... Une colère noire lui enflamma violemment les entrailles. De son pas léger d'elfe, il s'approcha doucement en laissant ses doigts caresser la paroi humide et chaude. Son esprit tournait déjà à toute allure sur la façon dont il allait pouvoir réagir. Arrivé devant les bains, il bifurqua directement vers celui réservée aux ellith et s'y avança en restant dissimulé à la vue de ceux qui étaient présents.

Il avait vu juste. Ils étaient absolument tous là... tous non, se corrigea-t-il. Klaùs était absent. Seul lui manquait à l'appel. Caché dans l'ombre de la caverne qui reflétait magnifiquement bien celle qui envahissait son cœur empoisonné, il les regarda tous s'amuser, évoluer. Ses yeux de glace assombris par la rage froide qui le consumait lentement, il griffa le mur rocheux à s'en casser les ongles. La mâchoire contractée par la virulence des sentiments qui l'étreignaient, il vit la jeune lionne, la seule qui n'était pas dans l'eau, accroupie sur ses talons caresser son énorme bête fauve. Elle discutait avec son frère accoudé au rebord, le corps plongé dans l'eau. Son visage était toujours autant monstrueusement ravagé par ses blessures et il avait refusé l'aide des guérisseurs elfes. Thranduil se doutait qu'il ne s'agissait pas d'une question de confiance en leurs médecines mais plus d'une prise tangible sur la souffrance qui ne le quittait jamais comme le démontraient ses yeux lupins. Un peu plus loin s'ébrouaient sous la cascade les deux frères qui risquaient d'inonder la cité entière à force de bonds et rebonds en tout genre dans les eaux calmes de ce lieu de détente. L'un des deux, celui aux cheveux longs, sauta soudainement avec la Wallen brune arrivée en même temps qu'eux et qui poussait maintenant des cris outrés.

Le fameux Iffrin était là lui aussi, adossé à la paroi du bain, regardant d'un œil torve chacun de ses condisciples. Le roi n'apprécia pas son regard pétillant d'une malice malsaine. Il avait eu plusieurs fois l'occasion au long de ses millénaires d'observer de tels comportements et jamais rien de bon n'en était jamais ressorti. Il y lisait clairement l'envie, le mal tout simplement. Savoir cette chose dans sa cité le rendit encore plus furieux. Il se jura de l'avoir à l'œil.

Un éclat de rire carillonna tout à coup à ses oreilles. Il tourna légèrement la tête pour voir sa Wallen éclabousser gentiment ce nouveau venu qui ne lui disait rien qui vaille. L'ellon déglutit difficilement devant le spectacle qui se déroulait sous ses yeux. Impuissant, il la vit nager jusqu'à l'espèce d'îlot au centre du bassin et s'y hisser. Elle avait muté et ses cheveux courts cascadaient désormais jusqu'au bas de son dos délicieusement cambré. Un désir fulgurant lui embrasa les reins lorsqu'il entraperçut le tressautement involontaire de sa poitrine nue couverte d'écailles. La voir ainsi ne devrait lui revenir qu'à lui et uniquement lui. Jamais, au grand jamais, il n'aurait pensé éprouver un quelconque désir pour la jeune femme lors de ses mutations mais elle semblait si épanouie, si heureuse qu'il avait une indicible envie de glisser sa main sur ses écailles, de passer ses doigts dans les boucles noires... Sa nageoire brillait de mille feux comme autant de pierres précieuses.

Comment pouvait-elle se montrer ainsi aussi naturellement alors qu'elle ne l'avait jamais fait avec lui? Il savait pourtant parfaitement pourquoi... Jamais l'elfe ne lui avait montré autre chose que du dégoût pour cet aspect de sa personnalité et c'est exactement ce qu'il éprouvait là tout de suite mais envers lui-même. Était-il si faible pour se montrer attiré par elle y compris dans cet état-là?

Ilyrià s'allongea sur le ventre et caressa d'une main paresseuse la surface paisible de l'eau ... jusqu'à ce qu'il vit une main bleuie surgir de l'eau et lui emprisonner le poignet pour la faire basculer à nouveau. Elle disparut sous l'eau bien trop longtemps à son goût avant de réapparaître en piaillant contre... lui évidemment. Ce Wallen qui lui empoisonnait l'esprit... L'ellon commença à faire un pas pour se découvrir quand il sentit une main implacable le retenir. Il se retourna, sa main droite fortement serrée sur la fusée de son épée quand il vit Klaùs. Ses yeux noirs brillaient dans l'obscurité d'une lueur inquiétante. Il posa son index sur ses lèvres et l'enjoignit à le suivre en reculant de quelques pas. Thranduil le suivit tout aussi discrètement. Ils sortirent des bains et allèrent s'enfoncer plus profondément dans les bois jouxtant les cavernes. Klaùs s'adossa négligemment contre un frêne, une jambe repliée sur le tronc alors que le roi restait face à lui, les bras croisés sur sa large poitrine.

- Quelque chose vous tracasse-t-il, a righ? railla le Dragon avec un sourire en coin.

Un tic facial des plus significatifs tordit le beau visage de l'elfe. Il ne répondit pas mais n'en pensait visiblement pas moins.

- Ahh a righ Thranduil... soupira le Wallen. Mon oncle s'est amusé à vos dépens en envoyant ces deux calamités... Je sais que vous n'appréciez pas les oursons mais eux sont inoffensifs si je puis parler ainsi... du moins dans le cas qui nous préoccupe. Comme je vous l'ai dit, vous devez vous méfier...

- Je me méfie du moment qu'il s'agisse de Wallens, maître Dragon, répondit avec virulence l'ellon en proie à une colère qui ne demandait qu'à fleurir.

- Et je comprends cela, répliqua doucement l'homme en face de lui. Mais il y a des degrés, croyez-moi. Iffrin, mon... frère -il eut la plus grande difficulté à lâcher ce mot- Iffrin est sans scrupules. Il ne fait aucunement la différence entre les notions de bien et mal. Ce qu'il veut, il le prend sans se soucier des pertes que cela peut occasionner... Il n'a jamais vécu que pour provoquer les problèmes et se délecter de leurs conséquences. Il aime le chaos, le désordre, monter les uns contre les autres... Et n'ayez aucun doute, il le fera que ce soient des Wallens ou bien des elfes qui en pâtissent, il le fera pour son propre amusement.

- Il me trouvera sur son chemin, assura l'ellon avec dédain. Je ne laisserai personne troubler la quiétude, déjà mise à mal avec votre présence, de Mirkwood.

- Ne vous souciez pas de lui, le coupa durement le Wallen, le regard luisant de colère. Je m'en occuperai moi-même. Je l'abattrai le moment venu...

- Votre propre frère? s'enquit l'ellon, sceptique. Le pourrez-vous vraiment?

- Mon demi-frère, rectifia Klaùs. Ses yeux se fendirent soudainement. Oh oui, je le pourrai et ne demande que ça. S'il bouge la moindre écaille, je le désosse.

La froide détermination qu'il lut dans les yeux du Dragon convainquirent le roi plus encore que ses paroles menaçantes, bien plus. Il ne savait ce qu'avait fait celui que tous surnommait le Dragon rouge et, à vrai dire, il n'en avait cure mais cela devait être incroyablement pervers pour faire ressortir plus encore la rage de son cadet.

- Comme je le disais, ne vous souciez pas d' Iffrin, reprit Klaùs. Vous devriez plutôt focaliser votre royale attention, ne put-il s'empêcher de se moquer, sur Muireall. Lui... c'est une autre histoire... Je suis certain qu'une fois encore, en dépit de nos antagonismes, nous nous comprenons.

Un grondement remonta dans la gorge de l'ellon en face de lui. Effectivement, ils ne se comprenaient que trop bien.

- Muireall est un requin, au propre comme à l'imagé a righ. Il tournera autour d'Ilyrià en faisant tout ce qui est en son pouvoir pour la faire chuter, comme il l'a toujours fait. Ma cousine est... une femme naïve en dépit de ce qu'elle croit. Elle a besoin qu'on la protège... Elle ne voit pas toujours le mal là où il se cache surtout chez les siens...

- Qu'y a-t-il eu entre eux? intervint Thranduil, les dents serrées, sa main serrant convulsivement la garde de son arme.

- Dois-je réellement mettre des mots là où il n'y en a pas besoin? fit le guerrier en baissant la voix. Devez-vous vraiment l'entendre? Soit. Ils ont été très proches dirons-nous, asséna-t-il sans aucun tact et continua alors qu'un rugissement s'échappait des lèvres parfaitement ourlées de l'elfe. Il n'est pas bon pour elle. Il ne l'a jamais été. C'est un aqua pourri jusqu'à la moelle, a righ. Je suis certain que son but, son plaisir pervers en venant ici sera de la faire chuter et d'entraîner celui qu'il pense être votre fils dans son sillage. Le requin sent l'odeur de la peur, attend la moindre goutte de sang et se jette sur sa victime pour la dévorer... Seulement, nous avons un avantage sur lui, un fait qu'il ignore...

- Moi, fit le souverain avec suffisance.

Un sourire mauvais illumina le visage sombre de Klaùs.

- Exactement.

- Je ne laisserai personne et je dis bien personne me spolier de ce qui est mien, rétorqua Thranduil avec un feu couvert qu'il avait du mal à contenir.

- Je ne suis pas sûr d'adhérer à votre façon de voir les choses mais de deux maux, il faut savoir choisir le moindre.

Quelques heures plus tard, le cor de la Garde résonna une nouvelle fois au sein de la cité. Contrairement à l'arrivée wallen qui n'avait suscitée que très peu d'intérêt de la part des elfes sylvestres sinon les ellith en mal de sensations fortes et que cachaient désormais leurs parents effrayés par les débauchés étrangers, ils furent nombreux à se presser sur le parvis de la grande place. Les lourdes portes s'ouvrirent pour laisser passer la caravane en provenance d'Imladris.

Thranduil les regarda arriver, un air particulièrement ennuyé sur le visage. Il se sentait tellement blasé de voir autant de monde entrer dans son royaume, lui qui était pour la clôture de ses frontières.

Ses yeux polaires s'attardèrent sur la seule silhouette qui lui était chère de revoir, celle de son fils. Ils échangèrent un regard neutre avant que Legolas ne se retourne pour parler à Elrohir et Elladan. Évidemment, le roi savait que rien ne se serait réglé aussi facilement mais il espérait sincèrement que ces quelques jours hors de la cité et surtout de sa présence lui avaient fait le plus grand bien. Il avait l'air plus apaisé et le coup d'œil qu'il surprit du prince vers la jeune Wallen, unique représentante de son peuple présente, le conforta dans cette idée. Il n'avait pas l'air furieux comme il l'avait été, juste indifférent. Cela lui allait parfaitement. Il serait si simple qu'ils le soient tous d'ailleurs...

Il retint une grimace en voyant le fameux Muireall se glisser furtivement derrière Ilyrià. Il nota le frôlement intentionnel du jeune homme dans le dos de la princesse qui n'eut même pas l'air de s'en rendre compte, merci Erù. Si elle n'avait ne serait-ce que frémi, il n'était pas sûr qu'il se serait retenu de trancher la tête de ce détestable Wallen.

Le roi reporta son attention sur Elrond et ses fils qui descendaient enfin de leurs montures. Le Perendhil s'approcha, un grand sourire bienveillant lui illuminant son si sérieux visage. Il le salua, la main sur le cœur avec les formules d'usage.

- Mellon, je suis heureux de me retrouver ici, au sein de cette magnifique cité! Il y avait si longtemps! La dernière fois, ma très chère épouse était encore des nôtres, ajouta-t-il avec une pointe de tristesse dans sa voix de basse.

- Mellon, répondit Thranduil, vous me voyez ravi de votre présence en ces lieux, ravi que vous ayez pris la décision de vous joindre à nous pour fêter comme il se doit Turuhalmë, répondit le seigneur sylvestre.

Un frémissement des lèvres du seigneur d'Imladris montra à l' ellon qu'il avait parfaitement saisi le sarcasme de sa réponse. Oui, le roi n'appréciait que moyennement qu'Elrond, tout comme Galadriel, se soient invités d'eux-mêmes. Il y avait un but derrière tout ceci, il aurait pu en mettre sa main à couper. Il lui faudrait se montrer prudent, faire attention au moindre de ses mouvements, au moindre de ses regards et agir comme cela alors qu'une bande de Wallens à moitié dégénérés ravageait la cité ne serait pas chose aisée... sans parler de celui qui lui menaçait son esprit.

Les deux fils du semi-elfe vinrent à leur tour le saluer avec toute la bienséance si rafraîchissante des elfes avant de se tourner vers Ilyrià, fort silencieuse pour une fois. Elle semblait si petite, si fragile avec ses cheveux courts et cette allure réservée qui lui correspondaient si peu.

Le roi se demanda s'il ne préférait pas la voir exubérante et pleine de vie plutôt que cette petite souris qui ne pipait mot.

Pourquoi était-elle ainsi? Était-ce de voir Legolas à côté des jumeaux? Il était tout aussi muet, debout à côté des deux frères. Thranduil la laissa à ses retrouvailles soudain plus chaleureuses quand il la vit sauter au cou d' Elrohir. Et bien voilà, elle restait bien fidèle à son caractère entier à serrer tout le monde contre elle ainsi... Il se retint de lever les yeux au ciel et reporta son attention sur Elrond qui lui donnait des nouvelles de son havre. Non qu'il en eut quelque chose à faire mais il l'écoutait du mieux qu'il le pouvait.

Il ne pouvait s'empêcher de surveiller du coin de l'œil le Wallen toujours dans le dos d'Ilyrià et eut un geste brusque de frustration quand il le vit enrouler son bras autour de la taille de la jeune femme pour l'attirer contre lui à la barbe des deux ellyr surpris. Il vit Legolas jeter un œil vers eux en fronçant les sourcils avant de se détourner.

- Mellon, quel plaisir de nous retrouver à vos côtés pour pareille occasion et...

Thranduil ne l'écoutait plus. La colère lui frappait les tempes et ses longues mains baguées battaient la mesure contre ses cuisses. La main beaucoup trop entreprenante sur la taille de la jeune femme serpentait maintenant sur la hanche de la sirène...

- Je suis positivement heureux d'assister à la fête d'anniversaire de la jeune promise de votre fils, Aran Thranduil... Je dois avouer être fort curieux d'un tel événement...

Les doigts qu'il aurait volontiers tranchés avec sa miséricorde palpaient maintenant sa chair au-dessus du fin tissu de la robe. Il allait éclater quand il la vit se déhancher pour se soustraire à l'emprise du Wallen en le fusillant du regard. Elle lui dit quelque chose qu'il ne put comprendre mais avec tant de virulence qu'un sourire naquit sur ses lèvres. Sourire qui mourut tout aussi vite lorsque ce Muireall adressa un clin d'œil coquin à la jeune femme. Ilyrià finit par prendre le bras de chaque jumeau et s'éloigner en riant, suivi du sombre Wallen. Legolas, lui, salua Elrond et son père d'un hochement de tête sec et raide avant de partir à son tour du côté opposé.

La main d' Elrond sur son bras le fit sortir de sa léthargie. Les yeux doux du seigneur elfe le scrutait intensément, cherchant des réponses au comportement pour le moins curieux et absent du roi de la Forêt Noire. Thranduil retint un nouveau soupir et détacha la main apaisante.

Une seule chose lui donnerait le réconfort dont il avait besoin... Non en fait deux choses... la première, plonger sa dague dans les branchies du requin et le vider en l'ouvrant par l'estomac. Quant à la seconde, la seconde aurait été de voir la jeune femme qui le fuyait seul à seule et qu'elle comprenne une bonne fois pour toutes qui était la seule personne à pouvoir poser les mains sur elle. Ces quelques jours loin d'Ilyrià sans même pouvoir lui parler commençaient sérieusement à lui débrider les nerfs comme si ses veines étaient minutieusement tailladées. Et il comptait bien, dans un cas comme dans l'autre, mettre les choses au clair. Sûr de son fait, un sourire revint fleurir sur ses lèvres. Il rentra dans le palais accompagné d' Elrond en devisant plaisamment.

Le roi cerf était là et ce n'était pas un vulgaire poisson qui allait se mettre en travers de sa route.

O0o0o0o0o0o0o0o0o0o0o0o0o0o0o0o

Ilyrià,

Elle regarda les elfes d' Imladris, ses amis, fermer la porte derrière eux en quittant ses appartements. Elle se laissa tomber lourdement dans un des capiteux fauteuils qui ornaient son salon. Les revoir lui faisait autant de bien que de voir les siens!

Ç' eut été parfait si la vision d' Elrohir ne la ramenait pas inlassablement au rêve étrange qu'elle avait fait dans les limbes et qui continuait d'obscurcir ses nuits mouvementées. La Wallen soupira fortement avec autant de grâce qu'un mumack femelle en chaleur. Elle posa ses pieds sur la table basse et renversa la tête contre le dossier. La journée avait été longue et pleine d'agitation. Elle avait adoré le moment passé aux bains. Tout aurait été parfait si Klaùs avait été présent et si elle n'avait pas senti une certaine culpabilité peser sur ses épaules comme ce sentiment de manque qui lui grignotait les entrailles.

Thranduil.

Le roi lui manquait atrocement. Tout son être criait son manque de lui et sa sirène hurlait de désespoir et de rage à chaque fois que Muireall lui tournait autour, qu'il la touchait. Elle réclamait l'elfe à ses côtés pour se repaître de sa peau, de sa fragrance. Son âme était harponnée au fëa de l'ellon, elle l'avait bien compris. La charisme ahurissant de l'elfe l'éblouissait tout autant qu'il l'effrayait. L'obscurité, la noirceur qu'il dégageait était aussi puissante que sa lumineuse aura. Les souffrances qu'il avait vécu tout au long des millénaires avaient entaché son âme comme son cœur. Elle craignait de ne pas avoir la force de l'épauler, que ce soit lui qui l'entraîne dans une lame de fond aussi intense que celle du désir qu'elle ressentait pour lui.

C'était pour cette raison qu'elle avait rabroué son ancien prétendant avec autant de virulence. Il y avait bien longtemps qu'elle ne ressentait plus rien à son égard et savoir qu'il avait osé l'enlacer ainsi aussi près du souverain elfique lui avait retourné l'estomac. Elle avait peur de la réaction épidermique de son elfe.

Elle savait que Thranduil ne perdait jamais rien de ses faits et gestes et cela, ça n'avait rien du jeu qu'elle avait entamé à son insu avec lui. La jeune femme se refusait à lui faire le moindre mal de quelque nature que ce soit et honnêtement Muireall, aussi beau soit-il, ne la transcendait plus comme elle l'avait longtemps cru. Quand elle repensait à la relation épisodique qu'ils avaient entretenu, rien ne lui apparaissait plus de la même façon. La passion qu'elle avait cru vivre à l'époque, l'embrasement de ses sens... lui paraissaient bien ternes en comparaison de celle qu'elle vivait désormais. Cependant, elle se doutait que le roi ne verrait certainement pas les choses ainsi... Il était bien trop atteint par ses mauvais démons, bien trop possessif aussi pour la laisser agir à sa guise.

Un coup discret retentit à la porte. Elle ne prit même pas la peine de répondre que déjà elle entendait les gonds grincer. Sa tête roula paresseusement sur le dossier pour voir d'un œil las qui rentrait aussi directement dans sa chambre sans son accord. Elle vit glisser plus qu'elle ne marchait la belle Cendera, toujours aussi aérienne suivie du pas félin d' Anaïsa. Elles avaient les bras chargées de frusques, robes et autres fanfreluches.

Sa soirée d'anniversaire, le premier qu'elle ne passerait pas à sa cité douillettement entourée de tous les siens qui l'aimaient et qu'elle aimait tendrement en retour. Le fêter ici ne lui plaisait pas. Elle qui avait toujours attendu avec fébrilité ce moment, uniquement fêté quand le crépuscule tombait, rechignait à le faire au sein des cavernes alors que tous la haïssaient ou, au mieux, jalousaient une relation qu'elle n'entretenait même plus. Les elfes qui l'appréciaient un tant soit peu se comptaient sur les doigts d'une main. Heureusement peu d'entre eux seraient présents en définitive.

La menace planait toujours au-dessus de sa tête comme de celle de Legolas. Or, Thranduil ne voulait prendre aucun risque et elle l'en remerciait. Elle ne se sentait pas de faire des courbettes encore et encore devant une bande d'oreilles pointues qui se répandraient en propos fallacieux dès qu'elle aurait le dos tourné.

Les deux femmes s'installèrent en face d'elle sur le sofa et une bergère. Elles se regardèrent toutes les trois sans un mot avant de se mettre à rire joyeusement. Valar, qu'il était bon de retrouver une présence féminine amicale, loin de ses elfines pincées qui ne restaient avec elle que sur ordre du roi! Elles étaient si... elfiques qu'elles lui donnaient la migraine. Il n'y avait jamais eu qu' Elëa pour se montrer ouverte d'esprit et épouvantablement adorable... Penser à elle lui fit monter les larmes aux yeux qu'elle chassa d'un revers de la main. L'elleth n'aurait pas aimé la voir triste en particulier en un moment pareil.

C'était jour de liesse entre son anniversaire et l'arrivée des elfes d' Imladris. Elle avait eu un mouvement de gêne, se demandant s'ils étaient au courant de ce qu'il en était, si Legolas avait pris le parti de tout leur révéler. Il n'en était rien évidemment. Le prince était bien trop conscient de ses devoirs pour cela. Chaque chose devait être faîte en son heure et ce n'était pas à lui d'annoncer cet état de fait.

Elle releva les yeux et croisèrent ceux doux et sages de la jeune aigle. Cendera avait le don de vous apaiser. Seulement là, ce n'était pas du tout le cas. Sa présence ne faisait que raviver les trop nombreuses questions qui lui vrillaient l'esprit et qui l'empêchaient d'avancer. La jeune femme ôta ses pieds de sur la table pour se pencher en avant en dégageant les boucles qui lui tombaient sur les yeux d'un geste agacé.

- Cendera... commença-t-elle, soudain sérieuse. Il faut...

- Non.

- Cha? répéta Ilyrià avec un soupçon d'incompréhension. Pourquoi?

- Parce que ce n'est pas le bon moment, bana- phrionnsa, dit doucement la jeune femme -sa voix était incroyablement douce et posée en parfait contraste avec celle de la sirène au timbre rauque et légèrement hystérique- Ce soir est donné un banquet en ton honneur et tu dois te préparer, profiter de cette occasion pour t'amuser, retrouver cette innocence que donne ta joie de vivre... pour aimer aussi et être aimée, caraid. C'est là seul indice qu'il me sied de te donner ce soir. Nous aurons tout le temps d'en reparler...

- Mais... tenta de riposter Ilyrià.

- Écoute- la au lieu de n'en faire qu'à ta tête, bean bhàsail*! Tu aurais dû avoir un double mule... soupira Anaïsa avec grandiloquence.

Elle s'allongea sur le divan et s'étira comme le félin qu'elle était. Elle était si gracieuse et sans s'en rendre compte, pensa Ilyrià. La guerrière était belle en restant elle, si naturelle... Le fait qu'elle ne s'en préoccupait pas renforçait la joliesse propre à cette Wallen.

- Mouiii, murmura-t-elle, peu convaincue en se mordillant la lèvre inférieure. J'ai tout de même toutes ces interrogations qui m'oppressent...

Cendera se leva et vint s'asseoir sur la table basse face à la jeune femme. Elle prit ses mains entre les siennes et plongea ses yeux bruns si chaleureux dans les siens en lui souriant.

- Tha fios agam, ma caraid... Je sais... Et nous en reparlerons plus tard mais pour le moment, je le maintiens, l'heure est à la fête même si cela te semble impossible. Tu dois ça à tes amis qui ont fait le déplacement pour te voir, imagine la tête de nos oursons... Tu te le dois aussi ainsi qu'à un certain elfe... -avant qu' Ilyrià ne puisse ajouter un mot, elle rajouta- Je ne parle pas de a prionnsa Legolas. Je te parle de celui que tu t'es choisi, Ily... celui à qui ta bean bhàsail s'est aussi désespérément accrochée, mon amie... Aussi voilà la seule chose qu'il te faut savoir pour ce soir à propos de ta courte errance dans les limbes... Laisse-toi l'aimer et laisse-le faire, abandonnes-toi à lui... Tu n'es plus une enfant et les limbes l'ont prouvé. La myrte, le cerf emblème de ton amant... Chaque chose a une raison d'être, petite sirène, et si ton destin est d'aimer cet elfe... ne te bats pas la coulpe. Au contraire, embrasse-le, fais- tien ce destin... Je te le redis, tu es une femme et il est temps de t'accomplir, d'éclore.

- Si mon père t'entendait...

- Mais il n'est pas là, trancha Anaïsa en se levant et en les rejoignant aux côtés de Cendera. Elle posa ses mains fraîches sur les leurs toujours enlacées. Nous sommes là, nous, pas le roi. Il est temps de prendre les choses en main et de les faire comme nous les sentons. L'instinct... voilà ce qui sauvera toujours les Wallens. Nous sommes régis en partie par notre animalité et cela n'a pas que des désagréments... Si ton double s'est enchâssée au fëa du roi... Il y a forcément une raison à ce que ta sirène se soit éprise elle aussi du père de celui qui t'était dévolu. La coïncidence me paraît tellement énorme maintenant que j'y pense...

- Et nous en reparlerons, conclut Cendera en se levant d'un air décidé. Mais pas maintenant.

Elle saisit à bras le corps le tas de linges qu'elles avaient apporté avec elles et les jeta sur ses compagnes.

- Pour le moment, nous devons faire au mieux pour représenter au mieux notre culture, notre peuple et montrer à toutes ces elfines que les femmes wallens ne sont pas en reste mes Dames! rit-elle en tourbillonnant sur elle-même. Anaïsa et Ilyrià se levèrent à leur tour, séduites par la bonne humeur communicative de l'apprentie de leur Guérisseur.

- Pourquoi Klaùs ne t-a-t-il pas retenue au lieu de te laisser filer ainsi? souffla la princesse.

- Parce que l'air ne fait qu'attiser le brasier du Dragon alors que dans ton cas, la mer nourrit la terre, répondit doctement Cendera d'une voix triste mais ferme. Je ressentirai toujours quelque chose pour lui et serai là s'il en éprouve le besoin mais nous ne pouvons, nous donner plus. Je le conçois désormais tout comme la lionne ne peut avoir confiance en le reptile. -elle jeta un coup d'œil à Anaïsa qui acquiesça malgré elle.- C'est ainsi!

Elles en restèrent là dans leur conversation trop sérieuse pour le moment et concentrèrent leur attention sur des choses bien plus futiles comme les couleurs ou les tissus qui leurs correspondaient le mieux. Les trois jeunes femmes rirent énormément et Ilyrià put se rendre compte à quel point tout cela lui avait désespérément manqué... des amies et du vent... Comme cela lui faisait du bien! Elle s'allongea à même le sol à plat ventre, les jambes battant l'air, le menton calé sur ses avant-bras pliés pour les regarder se vêtir, l'heure avançant beaucoup trop vite à son goût. Elle était tellement bien... Elle aussi devait se préparer mais elle préférait admirer ses amies et se repaître de tout son saoul de leur vue. Elle voulait emmagasiner le plus de souvenirs possibles juste au cas où, au cas plus que probable où elle ne pourrait plus les revoir. Les deux femmes étaient un régal pour les yeux... Toutes deux semblaient, de par leur tenue, avoir puissamment renforcé leur élément, leur double wallen. C'était incroyable de beauté animale et sensuelle.

Anaïsa ressemblait à une puissante guerrière encore plus sauvage qu'elle ne l'était déjà. Elle s'était habillée d'une jupe courte en peau retournée sable qui risquait de faire s'étrangler plus d'un elfe et d'une tunique de la même couleur sans manches et ajustée qui dévoilait un ventre plat couvert de dessins tribaux. La tenue guerrière Wallen traditionnelle. Un lourd collier lui enserrait le cou et descendait dans l'encolure de sa chemise. Ses jambes, quoique nues, semblaient gainées dans une paire de jambières en raison des nombreux tatouages qui serpentaient sur toute la surface de sa peau. On aurait pu les croire vivants sous l'ondulation de ses muscles fermes au moindre de ses mouvements. La guerrière avait fixé des plumes de paons et des perles de couleur dans ses cheveux rassemblés en une lourde tresse sur son épaule gauche. Des manchons de cuir lui habillaient les avants-bras, accentuant ainsi son côté soldat. Magnifique.

Elle reporta son attention sur Cendera, beauté gracile et aérienne. Elle avait choisi une robe wallen typique qui soulignait l'élément naturel dont relevait son double aiglon. Il s'agissait d'une robe ceinturant le cou en dos nu profond qui se terminait par un jupon long en mousseline et gaze de couleur azur d'été. Ilyrià se demanda un court instant avec un sourire si elle n'était pas vêtue d'un nuage ou d'un morceau de ciel. La Wallen pouvait voir sur ses omoplates les tatouages de lien et la paire d'ailes blanches que lui avait gravé Klaùs il y avait des années de cela. Elle avait remonté ses longs cheveux bruns en un entrelac compliqué de torsades qui se croisaient en un savant chignon haut sur son crâne. Elle l'observa accrocher ses bracelets à breloques autour de ses chevilles.

Elle regarda ses amies, subjuguées par l'aura qu'elles dégageaient toutes les deux. Elles seraient sans conteste deux représentantes dignes de leur peuple. Et même si les elfes ne seraient peut-être pas réceptifs à cette beauté sauvage, ce n'était pas grave. Elles n'en restaient pas moins magnifiques et indomptables.

Ilyrià se releva avec un soupir. Alors que ses deux amies discutaient gaiement de tout et de rien, ce qui soit dit leur ressemblait si peu, elle passa dans sa chambre en souriant. Elle appréciait leur effort de bavasserie sans queue ni tête pour la divertir, la distraire de ce qui la contrariait. Les mots de Cendera lui revinrent à l'esprit. La jeune femme se planta dans la glace et se dévisagea franchement.

Devait-elle vraiment écouter ce que lui murmurait son cœur? Se laisser aller à l'aimer lui comme elle en avait envie? Comme s'il ne lui était pas défendu? Devait-elle lâcher prise et le laisser prendre ce qu'il voulait d'elle, ce qu'elle crevait d'envie de lui donner? Lui faire comprendre que oui elle ne serait jamais qu'à lui... cesser ce jeu tordu qu'elle avait elle-même instauré pour se donner l'impression de contrôler ne serait-ce qu'une petite chose dans une vie qui, elle en avait l'impression, ne lui appartenait plus?

Elle se déshabilla doucement, les yeux toujours rivés sur son reflet comme si cela allait lui donner les réponses qu'elle attendait fébrilement. Elle laissa tomber le vêtement au sol et l'envoya plus loin d'une chiquenaude du pied. Elle aimait un elfe mais ne voulait pas renier pour autant son appartenance au peuple de son père. Tel était son dilemme. La Wallen voulait se faire aimer du roi mais sans tenter de ressembler à quelque chose qu'elle n'était pas.

Elle prit une petite bouteille d'huile parfumée que lui avait apporté Cendera de la cité et s'en parfuma le corps entier. Elle n'avait jamais su de quoi était confectionnée cette décoction mais elle lui avait toujours donné l'impression d'être au bord de la plage venteuse qui caressait le flanc est de la cité wallen. C'était grisant. Avec des gestes extrêmement lents qui contrastaient avec son exubérance naturelle, Ilyrià s'approcha un peu plus du miroir et s'appliqua un lourd trait charbonneux sous la bordure de ses yeux à l'aide d'un khôl ramené du Harrad par certains des siens en commerce avec les terres arides ainsi que de la pâte cosmétique cerise qui rougissait incroyablement ses lèvres charnues. Il devrait la prendre comme elle était ou la laisser une bonne fois pour toutes. Soit Thranduil l'aimait entièrement pour ce qu'elle était réellement ne serait-ce qu'une fois soit ils mettaient un point final à toute cette folie. Et cela devait être ce soir.

Pourquoi?

Elle n'en savait absolument rien mais était sûre et certaine qu'il devait en être ainsi. Fini les faux-semblants. Fini de vouloir la faire devenir un ersatz de l'elleth qu'elle ne serait jamais même si ce n'était que pour un soir. Une nuit suffisait pour ce qu'ils se rappellent tous les deux, qu'ils n'oublient pas. Elle voulait qu'il sache à jamais qu'elle ne serait jamais le genre de femme parfaite et bien sous tous rapports qu'il avait aimé par le passé. Non pas qu'elle désirait qu'il fasse abstraction de ce qu'il avait vécu précédemment... bien évidemment que non mais juste être sûre qu'il fasse la différence.

La sirène désirait qu'il la voit dans toute sa dimension wallen, physique comme culturelle... Elle attrapa un bijou, un anneau d'ambre, dans la petite caissette sur sa coiffeuse et le planta adroitement dans sa narine gauche. A mesure que grandissait sa détermination, ses gestes se faisaient plus rapides et sûrs. Elle attacha ensuite une barre qui lui traversait le pavillon de l'oreille puis bagua certains de ses doigts de petites bagues qui lui ceinturaient uniquement les premières phalanges. La jeune femme ne mettait d'habitude que très peu de bijoux spécialement s'ils ne correspondaient pas à la mode de son peuple chéri. Toujours nue, elle repositionna la chaîne d'airain autour de ses hanches, celle-là même qui, elle le savait, ne laissait pas le souverain elfe de marbre pensa-t-elle avec un demi sourire.

Sa sirène était en train de la submerger en cet instant et elle se préparait comme dans un état second. Elle aimait s'abandonner entre les mains expertes de son double dans certaines occasions... celle-ci en était le parfait exemple. Elle était une femme comme le lui avait habilement rappelé Cendera, pas une jeune vierge effarouchée. La Wallen alla à son armoire et en sortit du fond la tenue qu'elle voulait absolument porter. Elle enfila la robe et frissonna sous la froideur du tissu. Elle était d'un vert qui n'était pas s'en rappeler celui des feuilles lorsque la vigueur du printemps revenait de plus belle aux derniers jours de l'hiver. Le haut de la robe, sans manches, laissait ses épaules nues et s'échancrait en un profond décolleté qui se terminait en pointe au creux de son estomac. Une bande d'une largeur imposante de tissu plissé d'un vert plus sombre lui enserrait la taille, soulignant ainsi la rondeur de ses hanches avant de permettre au jupon d'une grande fluidité de dessiner le moindre de ses mouvements.

Elle allait enfiler une paire de chaussures légères quand elle se ravisa. Elle aimait tant être pieds nus. Cela lui donnait toujours l'impression d'être en communion avec la nature, d'être ancrée dans le monde terrestre comme pour combattre la mer qui l'appelait sans relâche. Elle avait beau être loin des côtes, elle la respirait comme si elle était au bord...

La Wallen jeta de nouveau un œil au miroir avant de fixer ses cheveux avec consternation. Elle les empoigna et les mit dans tous les sens pour voir ce qu'elle pouvait éventuellement faire de cette masse informe. La jeune femme eut de nouveau un coup au cœur en pensant aux mains magiques d' Elëa. Impossible de laisser sa tignasse à une autre elleth! Alors une idée lui traversa l'esprit. Elle saisit la brosse qui traînait au milieu des cosmétiques et se peignit avec une férocité peu commune avant de la balancer négligemment sur son lit. Elle se pencha à demi avant de se renverser en arrière en agitant frénétiquement ses mains dans ses boucles. Ilyrià éclata de rire devant son reflet et alla rejoindre ses amies qui l'attendaient. Elles la regardèrent avec des yeux ronds et un grand sourire chacune.

Pas un mot ne fut prononcé. Il n'y avait pas besoin. Toutes deux savaient où voulait en venir la demoiselle wallen. Elles se connaissaient si bien! Un coup retentit à la porte. Pendant qu' Anaïsa allait ouvrir à son frère, Cendera attrapa le bras nu d' Ilyrià et l'arrêta alors qu'elle allait sortir.

- Je t'en prie mon amie, fais attention, souffla-t-elle.

- Faire attention? fit Ilyrià en fronçant les sourcils.

- À Muireall. Il... Tu le connais mieux que personne, bana-phrionnsa.

- Oui, effectivement, déclara Ilyrià d'une voix sûre. Et ce que je sais aussi, c'est que je ne ressens plus rien pour lui. C'est entériné depuis bien longtemps et si j'avais eu le moindre doute, il a été balayé depuis son arrivée.

- Toi tu le sais. Pas Muireall. Cha a righ... a aelfica ne le sait pas. Il ne peut que spéculer sur ces derniers jours...

Ilyrià sourit et arqua un sourcil narquois.

- Je sais comment gérer Muireall.

- Ça, mon amie, c'est ce que tu crois.

Elles allèrent à la porte où les attendaient Finnàm en tunique et pantalon sombres, sa longue tresse lui battant le dos. Klaùs, lui, était vêtu entièrement de cuir lacé qui ne laissait pas grand place à l'imagination. On pouvait voir chacun de ses muscles rouler sous sa tunique et la paire de jambières sombre.

Ilyrià regarda les jumeaux et étouffa le rire qui montait dans sa gorge quand elle réalisa qu'en cette soirée particulière, elle allait se trouver avec deux paires de jumeaux aussi dissemblables qu'il était humainement, elfiquement possible! Autant les fils du Perendhil respiraient la grâce et la fierté guerrière, autant les frères ours n'étaient que bestialité...

Tous les deux étaient habillés de la même façon... soit excessivement minimale. Ils portaient en tout et pour tout un pantalon de toile mêlée de cuir comme à leur grande habitude. Ainsi qu'une paire de bretelles qui soulignaient leurs torses puissants et couturés de cicatrices comme de tatouages. La jeune femme remarqua la nouvelle boursouflure qui ornait le flanc gauche de Fillan mais ne fit aucun commentaire. Elle savait pertinemment qui le lui avait faite, Klaùs lui ayant tout raconté. Fingall avait remonté ses cheveux en un chignon lâche sur le sommet de son crâne et accroché à son oreille en guise de pendant d'oreille un croc d'ours. Finnàm apprit à la jeune femme en haussant les épaules qu'il refusait de laisser ses cheveux longs de peur d'être pris pour un elfe. Cette fois, elle rit franchement. Comme si cela était possible de le prendre pour un membre de la race elfique!

Par Erù, qu'ils lui avaient tous manqué! Elle ne put s'empêcher de serrer Fingall contre elle, respirant à pleins poumons l'odeur musquée qui émanait de lui . Elle éprouvait le besoin viscéral de les sentir contre elle pour être sûre de se rappeler de chacun si, par malheur, elle ne les revoyait plus. Après tout, le risque était grand que ce fut le cas. Elle vivait plus cette célébration comme une soirée d'adieux que comme son anniversaire. Certains d'entre eux repartiraient très rapidement. Quant aux autres, une fois l'annulation de ses fiançailles annoncées et colportées, elle devrait se séparer d'eux.

Finnàm lui passa sa main rugueuse dans le dos, la faisant tressaillir.

- Il est temps, a graidh... lui dit-il à l'oreille en l'embrassant doucement sur le haut de sa pommette. Co latha breith sona dhuibh, joyeux anniversaire...

Elle l'entoura de ses bras et se serra contre lui.

- Moran taing, mo caraid, merci, mon ami.

Ilyrià le relâcha et ils suivirent le reste de la petite troupe vers la grande salle de réception où était prévue la suite des réjouissances. La jeune femme regardait d'un oeil amusé les jumeaux rivaliser de force et d'adresse sous les récriminations d'Anaïsa. Valar, qu'ils allaient lui manquer tous autant qu'ils étaient... Elle les laissa passer devant et la dépasser. Elle avait besoin de deux minutes de solitude avant de se retrouver au centre d'attentions qu'elle redoutait plus que tout. Finnàm se retourna vers elle mais le rapide regard qu'ils échangèrent le fit forcer l'allure et enjoindre les autres à entrer sans elle. Ilyrià respira un grand coup en se tenant au mur quand elle se sentit tirée en arrière. Dos au mur froid, elle se retrouva emprisonnée entre deux bras puissants beaucoup trop entreprenants. Ses yeux furieux croisèrent les orbes aigues marine d'un requin qu'elle ne connaissait que trop.

- Muireall! Es-tu fou?

- C'est possible, mo chridhe... susurra-t-il, niché dans le creux de son cou.

Elle tenta de le repousser et glapit en sentant sa langue suivre la ligne en dessous de son oreille. La sirène en elle se remit à piaffer, alarmée par l'empressement du requin. Elle savait qu'il ne pourrait lui faire grand-chose mais ils étaient tout près de l'entrée... N'importe qui pourrait les surprendre et en tirer des conclusions plus qu' hâtives, trop heureux de le faire.

- Lâche-moi! se rebiffa-t-elle en essayant de lui mettre un coup de genou bien placé.

Il ricana doucement, ses lèvres fines soudées à sa peau hérissée. Mais qu'avait-elle bien pu lui trouver? Le goût de l'interdit... A l'époque, elle était bien trop jeune et le fait que Finnàm lui avait strictement défendu de le côtoyer lui avait semblé effroyablement excitant. Puis il avait cherché à l'entraîner dans une lame de fond bien trop profonde dont l'avait tirée son Ceanar en lui ravissant au passage ce que n'avait pas réussi à lui soutirer Muireall, sa virginité. Le beau Wallen l'avait toujours poursuivie pour rattraper ce qu'il pensait qu'elle lui devait de droit. Plus d'une fois, il avait failli arriver ses fins mais Finnàm avait toujours été là ou Klaùs. Il semblait que ce soir, il pensait y parvenir...

- Lâche-moi! siffla-t-elle entre ses dents en ruant.

Elle ne pouvait pas crier et il le savait fort bien. Il se pressa plus fort contre Ilyrià jusqu'à ce qu'elle sente le désir qui montait chez le jeune homme. Ses prunelles brûlaient d'un plaisir absolument malsain. Plus elle se cabrait, plus il se délectait de la situation scabreuse. Il lui sciait littéralement les poignets. Soudain, il fut propulsé en arrière et alla heurter le mur d'en face. La jeune femme releva les yeux et se retrouva nez-à-nez avec celui dont il ne fallait surtout pas dans un tel moment. Les iris polaires de son sauveur étaient plus gelés que la glace elle-même. Son parfum boisé l'enveloppa... une douce chaleur éclata dans son ventre. Ilyrià se décolla du mur et, redressant le menton, alla directement vers le Wallen sans s'adresser au roi. Elle ne pouvait lui parler tout de suite, bien trop énervée pour cela. Arrivée devant le jeune homme, elle le gifla avec une telle force que sa joue se retrouva rapidement zébrée par la trace de ses cinq doigts. Ilyrià lui attrapa le menton et le força à la regarder, si grand fût-il.

- Si tu t'avises de reposer ne serait-ce qu'un œil sur moi, je te crèverai les yeux.

Sur ces quelques mots, elle se réajusta et entra dans la salle de banquet, prête à en découdre. Merci Muireall, la sirène se sentait prête à dévorer le premier qui lui chercherait des noises.

O0o0o0o0o0o0o0o0o0o0o0o0o0

Thranduil,

Il l'avait cherchée dès l'arrivée des autres Wallens. Il lui sembla tout de suite anormal qu'elle ne fut pas avec eux. Lui-même était arrivé quelques minutes plus tôt, peut-être un quart d'heure, en compagnie d'Elrond. Ses fils avaient rapidement suivi accompagné de Legolas. Une cinquantaine d'elfes de la cité triés sur le volet avait été conviée à cette réception.

La salle était tout bonnement magnifique. Elle respirait la végétation naturelle et l'hiver avec cette profusion de bouquets de niphredils disposés un peu partout. Sous sa houlette, de grands pots de bruyère et autres plantes sauvages apportés par la délégation de la cité sur la Mer avaient été installés et embaumaient la pièce. Des candélabres de bougies blanches éclairaient les roches murales, leur donnant une blancheur opalescente et virginale. Plusieurs tables rondes avaient été dispersées autour de la piste centrale réservée aux danseurs qui ne manqueraient pas ce soir. La table principale, rectangulaire comme le voulait la tradition, trônait, légèrement surélevée par rapport aux autres, recouverte de la plus délicate vaisselle qui soit.

Il apprécia le soin qu'avaient pris ses invités à leur tenue. Le chatoiement des robes des dames de haute naissance était un régal pour les yeux elfiques. Les ellyr rayonnaient aussi dans leurs tenues aux couleurs hivernales. La douceur était de mise ce soir comme il l'avait expressément souhaité. Le brouhaha qu'apporta l'arrivée des Wallens ne passa pas inaperçue bien évidemment. Il se mordit la lèvre de mécontentement à la vue des jumeaux roux. Elrond se mit à rire doucement en portant son verre à ses lèvres. Ils étaient si détonants, un tourbillon de couleurs chaudes.

- Ils sont décidément hauts en couleurs, s'esclaffa Elrohir à leurs côtés.

- Certes, marmonna Thranduil avec ennui. Certes, on ne peut pas leur enlever cela, j'imagine.

- Mellon, nous vivons là quelque chose d'unique en soi, parlementa Elrond pour calmer le seigneur sylvestre. Qui aurait pensé vivre cela un jour? Une réunion festive entre elfes et Wallens?

Mais où était-elle, par Erù? Le souverain craignit un instant qu'elle ne lui ai joué le même tour qu'au bal quelques mois auparavant. Il s'excusa auprès de ses hôtes et se dirigea vers Finnàm.

- Où est-elle? lui demanda-t-il la voix plus cassante qu'il ne l'avait voulu mais il sentait ses nerfs mis à rude épreuve lâcher progressivement. Du coin de l'œil, il voyait les deux ours se jeter sur les ellyth en se pourléchant les babines.

- Elle était juste derrière nous, a righ, ne vous inquiétez pas... Elle est là, lui répondit le Conui qui savait pertinemment à quoi pensait l'ellon.

Thranduil n'écouta déjà plus le Wallen. Il alla aussi calmement que possible vers la sortie quand ce qu'il vit lui fit bouillir les sangs. Sa sirène, sa femme pressée contre le mur par le corps de ce maudit requin. Il ne lui fallut qu'un instant pour analyser la situation et, de la colère, il passa à une rage sans nom. Il la voyait se débattre et, lui, oser embrasser la peau nue de son épaule. L'elfe lâcha la garde de son épée d'apparat sinon il eût trop été trop tenté de la lui enfoncer dans le dos.

D'un pas souple et rapide, il les rejoignit et l'attrapa par l'épaule avant de l'arracher à l'étreinte qu'il imposait à la jeune femme. Il la scruta du regard pour s'assurer que tout allait bien. Les rougeurs qu'il nota sur son cou faillirent lui faire perdre toute contenance. Elle croisa furtivement son regard sans un mot, bien trop choquée pour cela. Avec une grande satisfaction, le souverain la regarda abattre avec force sa main sur le visage du Wallen avant de rentrer dans la réception.

Muireall se reprit rapidement et allait la suivre non sans avoir jeté un coup d'œil goguenard au seigneur des lieux. Grand mal lui en fasse. Cette provocation suffit à décider l'ellon. Alors que le jeune homme s'avançait vers la salle, Thranduil le saisit par le bras et le colla au mur à nouveau. Il le maintint de son coude contre sa gorge, l'étouffant ainsi à moitié. Il planta ses yeux glacés dans ceux du Wallen et murmura d'une voix aussi basse que dangereuse au possible:

- Posez un doigt sur elle, je vous couperai la main... Posez la main, je vous trancherai le bras, Wallen. Je vous conseille de passer votre chemin et de rejoindre vos appartements. La soirée est, pour vous, terminée.

Il regarda le Wallen s'éloigner, son air arrogant toujours vissé sur le visage. Il dût user de toute sa volonté pour ne pas lui faire payer l'outrage commis sur la jeune femme mais aussi à son encontre. De quel droit?

Cela dit, il appréciait le geste de sa petite sauvage. Ses lèvres s'incurvèrent en une esquisse de sourire. Il avait beau le nier, il aimait son caractère fougueux à la hauteur du sien. Ilyrià n'était pas du genre à se laisser faire et elle lui venait de lui démontrer à quel point sa jalousie n'avait pas lieu d'être. Bien sûr, il aurait préféré qu'elle lui adresse la parole ou un peu plus qu'un simple regard mais la Wallen était beaucoup trop en colère et trop fière pour lui montrer l'étendue de la fêlure que ce maudit requin venait de creuser.

Il pinça les lèvres et rentra à nouveau dans la salle de bal d'où fusait le brouhaha incessant des rires, discussions et de la musique douce. Les effluves de la nourriture dressée sur une des tables lui chatouillèrent agréablement les narines. Les elfes de service ce soir-là passaient entre les convives, d'énormes plats bloqués sur leurs épaules ou des cruches sur la hanche. Viandes, poissons et autres mets affolaient l'air ambiant. Gallion se matérialisa devant lui, un plateau d'argent à la main avec dessus une carafe de vin et un unique verre. Pour une fois, il se montra heureux de voir son échanson. Il prit le verre de Dorwinion que lui servit l'elfe et le porta à ses lèvres en fouillant la pièce à la recherche d'une certaine jeune femme. Il savait qu'il avait fort à faire en matière de bienséance comme de se tenir aux côtés du Perendhil mais ce dernier était en pleine discussion avec certains nobles de la cité. Fort bien. Ses yeux naviguèrent de groupe en groupe lorsqu'il trouva enfin celle pour qui était organisé ce banquet.

Elle rayonnait de nouveau. L'ombre avait quitté ses traits comme si elle avait déjà occulté ce qui venait de se passer quelques instants plus tôt dans le couloir. Pendue au bras du Conui, elle riait et il pouvait voir de là où il se tenait chaque détail de son visage mutin. Thranduil se sentit l'âme prédatrice à la voir ainsi. Ses grands yeux soulignés de noir accentuaient leur étrangeté. Ses bijoux lui conféraient une allure exotique qui était loin de lui déplaire tout comme ses petits pieds nus aux étranges arabesques dessinées sur la peau. Il était odieusement troublé par ses différences alors qu'il aurait dû être furieux qu'elle ait autant forcé le trait sur ses caractéristiques wallens. Il pouvait voir de sa position le dessin de son corps pulpeux à chacun de ses mouvements et s'en montra fort irrité. Que tout le monde autour d'elle puisse profiter ainsi de ses attraits lui déplaisait horriblement. Il tendit sa coupe à Gallion qui le suivait comme son ombre et la but d'un trait. Il fut tellement brusque que ses dents se heurtèrent violemment contre le cristal du verre, ce qui eut au moins le mérite de le faire se ressaisir.

Il n'était plus un jeune ellon qui ne savait gérer ses émotions qu'elles soient positives ou négatives... De plus, à quoi lui servait-il d'être en colère ou frustré alors qu'il savait être le seul qui aurait le privilège de ses faveurs... ce, dès ce soir. Thranduil croisa les bras après avoir reposé la coupe sur le socle et renvoyé l'intendant il ne savait d'ailleurs où exactement du moment qu'il le laissait en paix. Il tapotait doucement de ses doigts son avant-bras gauche en se mordant l'intérieur de la lèvre. Oui, il se sentait l'âme d'un chasseur ce soir et son gibier, à quelques mètres de lui, en était totalement conscient à voir ses regards plus qu'aguicheurs. Cette nuit serait la sienne tout comme elle. L'elfe refusait d'attendre plus encore, de continuer ce petit jeu. Ilyrià tourna la tête une fois de plus vers lui comme si elle avait senti le regard lourd du souverain sur elle. Leurs yeux s'entrechoquèrent et il vit ses lèvres s'arrondir en un sourire des plus sensuels qui lui exalta le corps entier.

Au bout d'une heure de badinages des plus futiles, le roi alla s'installer à sa place, le seigneur d'Imladris à sa droite. Il y eut un grand moment de flottement lorsqu'il s'aperçut de la configuration prévue à sa gauche. En tant que personne d'exception en cette soirée spéciale, Ilyrià était placée juste à ses côtés, ce qui aurait pu lui éventuellement lui convenir si, en sa qualité de promis, Legolas n'était pas assis à la propre gauche de la jeune femme. Elle prit place, les joues rouges comme les coquelicots qui ornaient les jardins est de la cité l'été. Il ne l'en trouva que plus charmante. L'ellon se borna à faire la conversation à Elrond, n'adressant la parole à la Wallen que du bout des lèvres et seulement s'il y était forcé. Après tout, personne ne risquait de trouver cela bizarre étant donné l'inimitié qu'il lui avait montré dès son arrivée. Il la voyait échanger de grands sourires et de petits gestes avec la table occupée par ses compagnons ou encore échanger quelques mots avec le prince. Il était malgré tout soulagé de les voir, à défaut de sympathie franche et nette, se parler à nouveau sans haine.

- Vous avez l'appétit d'un troll, Dame Ilyrià! s'exclama tout à coup Legolas en se mettant à rire.

La Wallen, la bouche rougie par le vin épicé et les sens exacerbés par les hanaps qu'elle avait ingurgité en quantité à son grand mécontentement, se mit à glousser en trempant un doigt taquin dans l'hydromel qu'elle suçota. Elle se rencogna dans le fond du fauteuil et un long soupir de bien-être s'exhala de la Wallen. Le souverain faillit jurer à voix haute. Devait-elle toujours être si... trop naturelle? ! Alors qu' Elrond s'était tourné vers Elladan à sa droite, il profita de l'instant pour s'accouder et, le menton posé dans le creux de sa paume, ses longs doigts devant sa bouche pour en masquer le mouvement, il lui murmura:

- Wen nîn, arrêtez vos soupirs et autres gémissements... Vous me troublez... C'est proprement indécent.

Il arqua un sourcil moqueur en la voyant rougir violemment avant qu'elle ne plante son regard dans le sien.

- Monseigneur, souffla Ilyrià avec un sourire qui se voulut innocent. Vous voyez le mal là où il n'y en a pas... Votre esprit s'est horriblement déformé au fil des âges... Il faut dire que vous êtes si... vieux...

Un grognement remonta dans la gorge de l'ellon qui fit se retourner le Perendhil, surpris.

- Un problème, Mellon? dit-il, une lueur amusée dansant au fond de ses yeux bruns.

- Une douceur qui a eu du mal à passer, mon ami... rétorqua Thranduil avec une suffisance qui fit s'esclaffer doucement la princesse wallen.

En pleine discussion, il sentit soudain quelque chose lui effleurer la cuisse. L'ellon crut un instant avoir rêvé quand des doigts aventuriers se glissèrent subrepticement le long de son genou. Il n'en croyait pas ses yeux. Quelle impudence pouvait-avoir cette truculente écervelée! Il ne savait pas quoi en penser... Cela l'amusait-il ou au contraire l'agaçait-il au plus haut point? Il n'aurait su dire alors qu'elle avait repris une attitude plus sage, le menton calé entre ses deux mains jointes.

L'elfe, lassé de devoir faire la conversation, se rembrunit comme lui seul savait si bien le faire. Elrond lui regardait d'un œil autant perplexe qu'enchanté les Wallens qui, à eux seuls, faisaient autant de bruit que tous les elfes réunis pour l'occasion. Il sentait l'envie de la jeune femme de rejoindre ses amis plutôt que de rester à leurs côtés, trop sérieux. Elle désirait s'amuser, vivre à fond comme elle l'avait toujours fait et qui était malheureusement beaucoup plus rare depuis son arrivée dans le royaume des forêts. Elrond se pencha vers lui en souriant:

- Vous devriez permettre à votre jeune protégée de retrouver les siens, aran Thranduil. Après tout, il s'agit de lui faire plaisir en cette soirée et il semble plus qu'évident que la compagnie de vieux ellyr n'est pas des plus séduisantes, mellon.

- Certes, répondit le souverain du bout des lèvres en se tournant vers elle, sûr qu'elle avait tout entendu, j'imagine que si elle le souhaite...

Il n'eut pas le temps de terminer sa phrase qu'elle s'était déjà levée avec un petit cri de ravissement. Sans tenir compte de lui ou de qui que ce fut d'autre, Ilyrià contourna la table royale et se dirigea déjà vers ses congénères au grand dam de l'ellon. A la voir faire, il ne put s'empêcher de penser que jamais elle ne changerait. Elle resterait la Wallen qu'elle était et qu'elle serait toujours. Jamais elle n'aurait l'aura nécessaire pour accéder un quelconque statut au sein de la cité. L'ellon n'avait aucun doute sur le fait qu'il ne pouvait plus se passer d'elle, qu'elle lui était indispensable mais comment la garder près de lui alors qu'elle respirait ce que tous ici détestaient ouvertement? Il ne ferait que la mettre en danger, rien d'autre... Cependant, il ne pouvait se résoudre à la laisser partir. Il n'était pas assez fort pour cela, comprit-il avec une grande amertume. Avait-il seulement le droit de la priver de tous ceux qu'elle aimait? La jeune femme semblait si heureuse auprès des siens...

Il fut soudain tiré de ses sombres pensées par une voix puissante au timbre étranger. Il leva les yeux et vit Iffrin posté auprès des musiciens qui s'étaient tus.

- Mes Seigneurs! tonna-t-il pour être entendus de tous.- Le Dragon rouge semblait auréolé d'une lumière pulsée autour de lui. Son double lui conférait une allure encore plus carnassière qu'à son cadet. Il irradiait littéralement d'une chaleur incandescente. Sa tenue de cuir pourpre lui collait à la peau comme une mue. Ses bras nus étaient recouverts de tatouages d'écailles runiques dont l'aspect, au contraire de celles douces de sa Wallen, semblait aussi tranchantes qu'un millier de pointes de flèches.- Souffrez qu'en ce soir de fête, nous jouions un air de chez nous que nos femmes -il braqua ses yeux d'obsidienne sur le roi comme pour lui faire comprendre qu'il n'était pas dupe- puissent enchanter vos yeux d'une danse typiquement wallen dont seules, elles détiennent le secret!

Il les avait tous pris au piège. Personne ne pouvait refuser cet ordre à peine voilé... ni le souverain elfe qui dut inviter les danseuses à rejoindre la piste d'un mouvement mécanique de la main, ni les guerriers wallens qui allèrent s'installer à la place des musiciens, personne...

Iffrin avait tout préparé, absolument tout. De derrière un lourd rideau, il sortit le fiddle de son frère qui tremblait de colère, un piobaire pour le Conui, deux pièces à percussions pour les ours et enfin un long tube de bois inconnue de l'ellon qu'il colla à sa bouche. D'un commun accord sans pour autant se regarder, ils se mirent à jouer un air aussi lancinant qu'incroyablement attractif pour les sens.

Les trois femmes, éloignées les unes des autres comme les angles d'une espèce de figure triangulaire, se mirent à se trémousser doucement au rythme de la musique. Les bras tendus vers le ciel, la tête renversée offrant leur gorge aux regards, elles se mouvaient tout en délicatesse, les orteils fermement ancrés dans le sol... Le rythme s'accéléra, les percussions s'intensifièrent... Elles se cambrèrent soudain en arrière, arc-boutées à l'extrême avant de revenir brutalement en avant ondulant comme de dangereux cobras... Les trois Wallens avancèrent au centre de la piste en traînant la pointe de leurs pieds nus pour se rejoindre... Sous les yeux abasourdis de Thranduil comme des autres elfes présents, Anaïsa et Cendera encerclèrent Ilyrià avant de se mettre à se balancer en résonance du propre corps de la sirène. Leurs bassins semblaient soudés par la même bascule, se déhanchant tour à tour de manière lascive ou au contraire saccadée, erratique... Elles avaient l'air d'être perdues dans un monde fantasmagorique qui leur était propre. Leurs ondoiements sensuels étaient amplifiés par leurs robes vaporeuses, soulignant le moindre mouvement de leurs corps lascifs... une invitation à les rejoindre alors qu'elles semblaient en même temps si loin. Une sorte de folie douce s'était emparée d'elles... Elles ne faisaient plus qu'un seul et même corps langoureux... enchevêtrement de peaux laiteuse, dorée et satine ... Les instruments se turent d'un coup alors que le fiddle de Klaùs prenait de l'ampleur. Le Dragon descendit de l'estrade et vint vers elles en serpentant, louvoyant alors qu'elles se détachaient de nouveau les unes des autres pour tournoyer autour de lui brumeuses et voluptueuses...

Thranduil n'avait alors d'yeux que pour Ilyrià. Il la voyait, la ressentait comme ce qu'elle était pour lui, prêtresse de son âme, l'ondine arachnéenne qui tissait une toile indissoluble autour de lui. S'il avait cru un instant qu'il était celui qui avait tout pouvoir, le roi sut alors qu'elle le tenait emprisonné comme elle, l'était de lui. Il n'y avait de retour en arrière possible. Il le discernait clairement maintenant alors qu'incroyablement choqué par leur danse, il était tout autant fasciné par cette beauté érotique, cet amour qu'elles transfiguraient ici.

Non, il n'y avait pas de retour en arrière. Il passerait à travers le sang et le feu s'il le fallait.

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Legolas,

La danse à peine commencée, le prince avait détourné les yeux. Il ne voulait pas regarder la sirène bouger, onduler son corps et sentir le sien s'embraser à nouveau alors qu'il avait durement combattu tout sentiment des jours durant. Il était hors de question de retomber dans ses travers, de retomber sous le charme d'une femme qui n'avait d'yeux que pour le roi, son père. Quelle horreur de penser à cela. Il frissonna de désespoir à cette idée.

Non pas qu'il n'aimât pas la Wallen... Après tout, elle n'était victime que de sa nature se dit-il avec une légère condescendance... mais il craignait de prendre trop de plaisir à la regarder ainsi bouger. Aussi gardait-il obstinément les yeux baissés ver son assiette, à piquer la nourriture abandonnée du bout de son couteau. Soudain, une douce clameur lui fit lever son regard azur et il resta coi, une boule au ventre.

Un nœud au creux de son estomac qui se mit à gronder furieusement. L'animalité qu'il avait sous ses prunelles le brûla comme un feu grégeois, léchant ses sens qu'il avait mis des jours à endormir. Valar, la grâce qui se réchappait de cette femme le prenait aux tripes...

Elle bougeait, virevoltait sans rémission comme si la mort risquait de la ravir à n'importe quel moment. Elle dansait pour empêcher la vie d' échapper d' entre ses mains graciles.

Il la regarda évoluer, se cambrer encore et encore que ce soit seule ou contre ses compagnes quand soudain, ses cheveux bruns se libérèrent de son chignon par la seule puissance de sa volonté. Son dos nu appelait au toucher de ses propres doigts... Ses hanches fines conjuraient son propre bassin de les rejoindre et de se souder à elles... Elle semblait si éthérée, si loin de tout alors que ses bracelets tintaient leur douce mélopée à ses oreilles... Il eut l'impérieuse envie de se perdre dans la chaleur de son cou, de se noyer dans sa chevelure de soie. Un désir violent lui mordit le bas-ventre.

Elle le transcendait totalement. Il aurait voulu lui voler un peu de la sérénité que ses traits imposaient. Ses yeux bruns et bordés de plumes tatouées rencontrèrent les siens l'espace d'un battement d'ailes... Il se sentit happé par leur douceur et leur sagesse.

L'ellon comprit que ce qu'il avait ressenti jusque-là n'avait été que vain, un désir physique qu'il avait voulu satisfaire... Une rougeur intense lui monta au visage alors qu'enfin, il saisissait la différence entre ce qu'il avait cru ressentir pour la princesse et ce qu'éprouvaient Ilyrià et son père... L'assouvissement des sens contre l'amour assouvi.

Même son prénom ressemblait à une douce prière... Cendera.

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Gallion,

Il était outré, scandalisé par ce spectacle tout bonnement insupportable. Comment le roi pouvait-il accepter que ces femelles continuent à bouger ainsi, offrant aux regards purs des elfes ici présents leurs corps concupiscents? Il aurait dû, dès les premières notes, faire arrêter cette horripilante sourdine et la débauche qu'elle entraînait! Les trois Wallens se mouvaient comme les chiennes en chaleur qu'elles étaient et il était dégoûté de voir les yeux des ellyr briller d'un plaisir malsain.

Il jeta un coup d'œil à son souverain dont les yeux de ciel polaire étaient clairement assombris par le désir que lui inspirait cette diablesse étrangère.

Il nota avec horreur le corps tendu du prince sylvestre qui buvait littéralement chaque geste de la nouvelle venue...

Le seigneur Elrond lui-même semblait captivé tout comme ses fils. Cependant, rien dans leurs postures ne laissait à penser qu'ils ressentaient autre chose que de la curiosité envers ce qui leur était inconnu.

Il releva ses beaux yeux gris d'elfe et se mordit la lèvre pour ne pas hurler de désespoir. Il aurait voulu leur crier qu'elles n'étaient que de viles sorcières à la solde de Morgoth, le tentateur.

Comment se pouvait-il qu'il soit le seul à le comprendre? Personne ne voyait donc rien? Cette sirène lubrique, cette femme transpirant le vice et cette lionne dont la grâce féline n'était que pure fantasme... Il ne put s'empêcher de la suivre avidement, de remarquer ses jambes nues qui semblaient appeler à la caresse de mains expertes. La bestialité qu'elle dégageait, reine parmi les reines, l'attirait autant qu'il la repoussait. L'ellon se planta violemment les ongles dans ses cuisses pour reprendre le contrôle de ses pensées. Elle le fascinait. Elle le dégoûtait. Il souhaita plus que tout à cet instant planter sa dague dans sa poitrine haletante... sentir la vie s'échapper d'entre ses lèvres, un dernier souffle qu'il recueillerait d' un baiser mortel. L'intendant de la maison du roi grogna. Il ne se reconnaissait plus... Des sorcières voilà ce qu'elles étaient se répéta-t-il et il était de son devoir de les éradiquer avant qu'elles ne les contaminent tous...

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Thranduil, Ilyrià,

La nuit était bien avancée lorsque les convives commencèrent à déserter la soirée. Seule une poignée d'elfes avaient résisté à l'appel des filles de Varda. Ils s'amusaient encore, dansaient avec euphorie ou discutaient autour de carafes de vin. Certains s'étaient même laissés tenter à goûter l'hydromel particulièrement fort en provenance directe de la Cité sur la Mer ou bien encore des ceics, gâteaux savoureux à la crème de citron.

Après la danse, les Wallens avaient rejoint leur tablée sous l'œil hilare d'Iffrin et celui beaucoup moins heureux de son cadet. Celui-ci s'était très vite enivré avant de s'éclipser derrière une elleth souriante. Finnàm restait assis silencieux à fumer cigarillo sur cigarillo, ses yeux jaunes perdus dans la vague de ses souvenirs.

Les jumeaux avaient continué à s'amuser entre eux avant de remarquer qu'ils n'étaient pas les seuls ce soir à être des modèles de similitude. Le pas incertain, ils tanguèrent jusqu'à la table principale et tirèrent des chaises juste devant les fils d' Elrond avant de se mettre à parler à toute allure en s'étranglant à demi de rire, chacun un hannap à la main menaçant à tout moment de se renverser. Les deux ellyr les écoutaient, fascinés par la fureur de vivre brute qui les caractérisait. Le Conui vint vers eux et s'installa.

- Il est temps, mes Seigneurs, que quelqu'un vous prenne en pitié et vous traduise les grognements de nos oursons.

Les trois jeunes femmes, quant à elles, avaient vite pris congé, rougissantes et confuses de s'être laissées aller. Non pas qu'elles aient éprouvé une honte quelconque mais les regards oscillant entre stupéfaction et envie non assumée leur étant pesant.

Parce qu'il n'avait besoin de l'aval d'absolument personne, Thranduil se leva à son tour et ne prit la peine que de saluer le seigneur noldo.

- Nous aurons à parler, mellon, d'affaires urgentes...

- Mais pas cette nuit, le coupa le roi en vidant d'une traite un verre d'hypocras. Cela attendra quelques heures ou bien encore quelques jours. Mellon, bonne nuit et qu' Elbereth veille sur votre repos.

Il sortit et congédia Gallion d'un geste ennuyé de la main. Il lui usait les nerfs à toujours être dans son ombre comme cela.

Sans prendre la peine de faire un détour, l'ellon se rendit aux appartements de la Wallen, un seul objectif en tête.

La nuit devait terminer ainsi, il l'avait toujours su. Les nombreux verres de vin lui avaient enflammé les sens, cette danse déroutante et enchanteresse son corps comme son fëa. Il avait énormément de mal à garder le contrôle de lui-même. Une seule chose lui importait à ce moment précis. Elle et uniquement elle sans restriction aucune. L'elfe hâta le pas pour arriver là où il le souhaitait ardemment. Il frappa mais se retrouva devant porte close. Pas un bruit ne troublait le silence mortifère de l'autre côté de la barrière. Le souverain retint à grand-peine son envie de fracasser l'importune, le frein à ses désirs. Il colla son front brûlant contre le bois veiné de la porte.

Devenait-il fou? Réellement, pour ne pas passer outre son absence? Il ne pensait qu'à faire sien ce corps que tous avaient pu contempler ce soir... retrouver la douceur de sa peau sous ses doigts... profiter de la chaleur de ses bras... se fondre entre ses cuisses...

L' ellon remonta à ses propres appartements, le cœur rongé par les regrets qui lui labouraient le ventre. Se savoir dans un tel état le rendait enragé. Était-il donc une bête à réagir aussi impulsivement dès qu'il s'agissait d'elle? Il était un elfe par Erù! Depuis quand cela impliquait-il de ressembler à … un Wallen se dit-il avec répugnance.

Il sortit sur la terrasse immense qui surplombait une partie des jardins en abandonnant au gré de ses pas son manteau de soie doublé de fourrure ainsi que son surcot sombre. Il s'adossa à la balustrade, respirant à pleins poumons l'air vivifiant des nuits d'hiver. Un léger vent s'était levé, faisant virevolter ses longues mèches blondes qui, à la lueur des étoiles, n'en paraissaient que plus blanches.

Soudain, un frisson lui remonta le long de l'échine et il se redressa, certain d'avoir entendu quelque chose. Ses yeux pâles scrutèrent intensément l'obscurité quand il comprit que non, il n'était pas fou. Le bruissement des arbres lui renvoyaient le chuchotement doux de son prénom. L'ellon n'hésita pas un seul instant et, attrapant au passage une cape, ressortit avec précipitation. Il se laissa porter par la voix douce amplifiée à ses oreilles par la brise hivernale et arriva rapidement au grand bassin qui bordait le sentier menant aux terrains d'entraînements.

L'ellon commença à faire le tour, l'air froid giflant son visage sans qu'il y prête la moindre attention. Il perdait sérieusement patience lorsqu'il vit la silhouette vaporeuse de la jeune femme. Elle semblait perdue dans ses pensées, les yeux rivés sur l'étendue d'eau miroitante. Ilyrià se tourna vers lui et le regarda gravement.

- Peux-tu m'accepter telle que je suis, Thranduil Oropherion? demanda-t-elle brusquement de sa voix rauque. Mon moi complet, mo righ, celui que tu ne veux voir, la part dont tu ne souhaites pas entendre parler, continua la jeune femme en faisant glisser la large bretelle de sa robe. Ne serait-ce qu'une seule et unique fois... Le peux-tu? Je ne suis pas une des elfines de ton royaume, je ne le serai jamais... Je suis une Wallen... Si tu me veux, il te faut m'accepter toute entière, la part humaine comme la sirène, finit-elle en faisant tomber le vêtement le long de son corps.

Elle était désormais nue, la lune et les étoiles éclairant sa peau dorée, soulignant chaque courbe, chaque rondeur... Elle enjamba la robe et marcha à reculons au bord du bassin jusqu'au pas de trop qui la fit glisser avec grâce dans l'eau noire. Elle ressurgit dans un bond et se renversa gracieusement en arrière pour rejoindre l'île. La sirène transmuée s'y hissa, ses yeux étranges braqués sur lui.

L'heure était au choix, soit de la rejoindre, d'embrasser ce destin en demi-teinte, soit rester seul et bourrelé de regrets.

Il déboutonna lentement sa tunique et plongea à son tour dans l'eau froide. Il y avait si longtemps qu'il ne s'était pas ainsi laissé... vivre. Oui, c'était bien le mot. Tous ses gestes étaient toujours si calculés, mécaniques depuis bien avant son couronnement.

Là, l'ellon n'était plus que sensations et oubli de soi, de sa fonction...

Il la rejoignit en quelques brasses et s'appuya sur ses avant-bras pour la regarder. Le corps encore à demi immergé, il caressa d'un index hésitant la nageoire émeraude avant d'y passer le plat de la main avec délectation. Elle était si odieusement douce tout comme l'était sa peau soyeuse... Sous les yeux médusés de l'ellon, elle laissa de nouveau place à ses jambes humaines. Son simple geste avait suffi à démontrer à la jeune femme ce qu'elle avait voulu de lui. La reddition, l'acceptation de ce qu'elle était.

A la force de ses bras puissants, il se leva et l'aida à faire de même. Les yeux soudés l'un à l'autre, elle recula jusqu'à se retrouver dos au frêne blanc. Avec un soupir de pure convoitise, Ilyrià l'attira à elle. Il posa délicatement ses mains sur ses hanches. Thranduil voulait lui démontrer toute la douceur dont il était capable... Or, la jeune femme ne semblait apparemment pas de cet avis. Elle passa ses bras autour de son cou et, d'un mouvement souple, enroula ses jambes autour de sa taille avant de plaquer farouchement ses lèvres sur les siennes. Sa langue chercha la sienne, avide d'émotions fortes. Leur baiser n'eut rien de doux, de délicat. Au contraire, leurs dents s'entrechoquaient, leurs langues se blessaient l'une l'autre pour savoir laquelle dominerait l'autre.

D'une main, elle agrippa ses longues mèches mouillées alors que de l'autre, elle déboucla la ceinture de son pantalon. La pointe de ses seins roidis par le désir et le froid frottait douloureusement son torse, lui arrachant un râle de plaisir. Soudain, la Wallen se redressa un peu plus contre lui. Tandis que ses doigts lâchaient ses cheveux pour se saisir d'une branche au-dessus d'elle pour se surélever, elle saisit le sexe de l'ellon et se laissa glisser dessus avec violence, imprimant à leurs bassins un va-et-vient prononcé sans se soucier véritablement des désirs de l'elfe. Son visage en cœur se convulsa de plaisir alors que Thranduil la détaillait intensément, s'oubliant lui-même. Jamais, il n'avait vécu cela en ses si nombreux millénaires et ses sens n'en étaient que plus décuplés. Elle lui démontrait toute son animalité, sa sensualité et lui offrait l'occasion de s'abandonner à son tour. Un grondement sourd s'échappa d'entre les lèvres de l'elfe alors qu'il se laissait lui aussi gagner par la fièvre de son amante. La sentir onduler ainsi contre lui lui fit perdre toute mesure. La tête plongée dans son cou, il dévorait sa chair, alternant baisers volés et légères morsures. Il reprit possession de sa bouche pulpeuse, la fouillant furieusement. Une première onde de plaisir les saisit tous les deux.

- Tu es mienne, petite sirène, petite humaine, dit le roi d'une voix étranglée, ses lèvres pressées contre un de ses seins lourds tandis qu'il la martelait sans relâche.

- Tha gaol agam ort mo righ... je t'aime mon roi... gémit Ilyrià dans un souffle en glissant ses doigts le long de l'arête de son dos.

Elle sentait chaque muscle sec du souverain rouler sous ses coups puissants et possessifs. Leurs mains étaient toutes aussi impatientes de se découvrir encore et encore, jamais rassasiées du contact de leurs peaux respectives. Elle se consumait littéralement pour lui et savait qu'il en allait de même pour lui.

- Quel sort m'as-tu jeté, sorcière? Tu fais de moi une bête sans foi ni loi, melleth nîn... gronda-t-il en mordant la chair tendre de son sein.

Ilyrià étouffa un petit cri où se mêlait douleur et plaisir avant de plonger son regard trouble dans le sien.

- Alors, laisse-toi aller et rejoins-moi mo ruin, mon amour... Il n'y a là aucune honte à avoir... prends-moi ainsi... possèdes-moi... comme une bête, murmura-t-elle dans un soupir.

Ils se laissèrent tomber à genoux, enchâssés l'un à l'autre. Il la regarda, un rictus carnassier se dessinant lentement sur ses lèvres si délicatement ourlées. Dès qu'il vit le sourire langoureux qu'elle lui renvoyait sans aucune pudeur, il se redressa et la retourna comme si elle n'était faîte que de plumes. D'une poigne de fer, il prit ses mains et les posa sur le tronc de l'arbre avant de la saisir par les hanches. Il glissa une des siennes sous son ventre. Agrippant la chair tendre de son amante, il la pénétra d'un coup, imprimant à leurs bas-ventres ainsi fusionnés une violente bascule. Elle sentait le cœur de l'elfe battre dans son dos, son souffle erratique lui caresser la peau alors qu'il allait et venait en elle avec une puissance accrue. La vague de jouissance les prit tous les deux alors qu'ils s'écroulaient en même temps, l'emprisonnant sous le poids de celui qui régnait sans partage sur elle. Il enfouit son visage dans la fantaisie de ses boucles courtes, une main sur son sein, la jambe en travers de ses cuisses.

Sous le couvert de la nuit froide, ils avaient une fois pour toutes admis ce qu'ils étaient incontestablement aussi inconcevable que cela puisse-t-être... deux âmes qui n'auraient jamais dû se croiser et qui pourtant s'étaient scellées l'une à l'autre. Le lendemain ne serait pas aisé comme chaque jour qui suivrait mais pour le moment, rien d'autre ne comptait.

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Pov inconnu,

L'ombre se glissa furtivement hors des fourrés où il était dissimulé pour se retirer vers les quartiers Nord. A pas de loup, il entra sans frapper et se laissa tomber lourdement dans un fauteuil devant l'âtre rougeoyant.

Un second homme s'assit en face de lui, un hannap à la main.

- Ciod? alors? Ta petite scène a-t-elle porté ses fruits? La sirène est-elle harponnée comme nous le pensions?

- Alors... rétorqua Muireall en croquant dans une datte, alors... Nos supputations n'en sont désormais plus. Aucun doute n'est plus permis. Ils sont amants.

- Tha fois agam... je le savais... Il sera ravi de le savoir.

Sur ces derniers mots chargés de menaces et lancés avec nonchalance, un sourire de mauvaise augure étira les lèvres fines d'Iffrin.

Le Chaos. Le Chaos Primaire et Primordial, voilà bien la seule chose que vénérait le Dragon rouge.

Bientôt, tous connaîtraient le feu de sa destruction.

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et voilà! laissez-moi vos impressions! merci à Sandra qui m'a si gentiment offert l'idée de la scène de danse entre les trois nanas Wallens qui me sont particulièrement chères! j'espère que ma vision du trémoussage te plaît! merki doudette!

*bean bhàsail: sirène.

Fiddle: violon

piobaire: cornemuse

le long tube de bois est un didgéridou!