Maudite

Bonjour les gens !

Quel débat ! Je m'y attendais mais en y repensant, j'aime autant vous prévenir que les explications de la réaction d'Edward vont venir bientôt. Mais avant cela, souvenez-vous de son comportement face à Tanya ! Et ici, je remercie ma Demoisel préférée^^

Je vous remercie aussi de me laisser le bénéfice du doute en continuant à lire malgré la déception et autres questions qui vous sont venues avec le chapitre précédent.

Merci encore à acheroniastyx pour ses conseils (d'ailleurs, si vous avez des réclamations, c'est chez elle qu'il faut aller MDR Non je ne me défile pas, mais elle me guide dans le sadisme encore plus fort que je ne l'étais déjà ^^) et à ma jumelle bien sûr !

Bonne lecture, je vous retrouve en bas.

Chapitre 16- Le reste de ma 17ème année

POV Liz

Noël puis le nouvel an passèrent sans que je n'y prête vraiment attention.

Bien sûr, April, Cathy et le reste de la bandeavaient organisé des soirées pour ces deux événements et d'autres, mais je ne m'étais pas sentie concernée, même si mes parents avaient allégé ma punition en voyant que je m'y pliais sans rechigner. Ça avait été comme si mon corps était présent à chacun de ces moments et uniquement lui. Mon esprit, lui…Il était aux abonnés absents depuis ce qu'il s'était passé ce lundi soir-là, à quelques jours des vacances de fin d'année. Le jour où j'avais fait tellement de mal à Edward qu'il m'avait violée et était parti sans demander son reste.

Oui, depuis ce jour, j'étais encore plus bizarre que jamais.

« La météo aujourd'hui. Prévoyez… »J'éteignis la radio et regardai le plafond.

C'était la rentrée. La nouvelle année.

Comment allais-je la gérer ? Il ne me restait que huit mois et dix jours pour être Elizabeth Walter. Et je n'avais aucune idée de ce que j'allais faire de tout ce temps.

Je tournai entre les draps, espérant que la nouvelle position m'aide à y voir plus clair.

Mais ça ne fut pas le cas.

Je me remémorai plutôt le moment où j'avais expliqué ma discussion-dispute avec Edward à April. Je n'avais rien dit sur la conclusion de ce moment. Seulement qu'Edward et moi n'avions plus rien à nous dire et qu'il était parti en silence. Elle m'avait tenue dans ses bras et je m'étais demandée comment elle pouvait réagir ainsi. Elle aurait dû être ravie de cette séparation, ça lui évitait de supporter leur présence ! Mais elle partageait ma douleur et me demandait pardon.

J'ouvris les yeux sur la pluie, de l'autre côté de ma fenêtre.

April avait raison. Steven aussi.

J'étais dorénavant débarrassée d'un petit copain et ce pour de bon puisque je ne comptais pas sur des retrouvailles avec Edward dans les prochains mois. Je pouvais donc reprendre ma vie comme je la menais à l'époque avant les Cullen ou alors je reprenais celle que Garrett m'avait fait découvrir…Aux souvenirs des maux de tête je réalisai que je préférais la première solution. Même si je pouvais toujours y apporter quelques ajustements.

Et pour cela, il me fallait d'abord sortir du lit.

Je passai dans la salle de bain, saluai mon père qui rassemblait ses affaires pour aller au travail, et descendis prendre mon petit déjeuner.

« Alors, quelles sont tes résolutions pour cette année, Liz ? » Demanda Scott alors que je rinçais mon bol.

Je pris le torchon pour l'essuyer et levai les yeux sur lui.

« Les mêmes que l'année dernière, papa. »

Il esquissa un sourire avant de répéter en tentant d'imiter ma voix

« Etre la meilleure de ma classe pour aller à Yale. »

« Exactement. J'ajouterai quand même que je dois te prouver que je suis une fille responsable »

Il me fixa une seconde avant de déposer un baiser sur mon front.

« Je n'en ai jamais douté, mais j'attends de voir ça. Bon je file. A ce soir. »

« Bonne journée papa. »

Lorsque le klaxon caractéristique de la voiture d'April se fit entendre, j'étais prête à affronter ma première journée de cours.

« Tu ne devineras jamais quel est le message que Garrett m'a envoyé ! » Me salua April avec un grand sourire.

« Dis-moi ! » L'incitai-je et elle se contenta de me donner son téléphone portable.

Je parcourus rapidement sa boîte de réception, remarquant le nombre hallucinant de messages de la part de Bradley et enfin tombai sur celui de son frère.

« Les frères Cullen menacent tout le monde ! » Lus-je avant de jeter un œil inquiet à ma meilleure amie.

« Ne me demande pas d'explications ! J'ai essayé d'en avoir mais Cathy n'a encore aucune info et Garrett ne répond pas. »

« Mais qu'est-ce qu'ils foutent ? ! »

« Bonne question. »

Je remis son portable sur le tableau de bord et la laissai garer sa voiture sur le parking du lycée. Nous nous observâmes un instant avant de nous motiver mutuellement en nous serrant la main avec un sourire.

Du coin de l'œil, je repérai Alice, Jasper, Emmett et Rosalie, près de la voiture de celle-ci. Et même si je ne voulais pas, je cherchai Edward du regard, sans le trouver. Je fronçai les sourcils, mais April et moi arrivions déjà auprès de Cathy, Steven et Bradley. Preston était plus loin avec une copine de Virginie. Je me demandais à peine s'il avait couché avec elle ou pas encore que je m'interrogeai sur ce que ça faisait d'avoir plusieurs partenaires sexuels dans une même année. Voire même une semaine…

« Alors vous avez su pour Cullen ? » S'excita Steven avant d'être frappé par Cathy à l'épaule.

Il me lança un regard désolé mais l'un des ajustements auxquels je pensais en me levant était de ne nier ma relation avec quiconque. C'était une partie de moi. Et j'allais vivre ces relations et leurs conséquences jusqu'au bout.

« Que se passe-t-il avec Edward ? » Demandai-je en sortant une cigarette de mon jean.

Bon sang depuis combien de temps n'en avais-je pas pris ?

« Il est parti. »

« Non, personne ne l'a revu depuis le dernier cours avant les vacances. » Rectifia Bradley.

« Hum ! C'est ce que je dis, vieux. Il s'est tiré. Perso, je pense que ce n'est pas une mauvaise chose, il rendait Lizzie trop space pour moi, mais ce n'est que mon avis. »

Pour se faire pardonner il me lança un baiser de la main.

« Ca me va droit au cœur, Steven. » Souris-je. « S'il a décidé de partir, tant mieux pour lui. » Haussai-je les épaules en tirant une dernière fois sur ma clope.

« Amen ! Dis, t'es revenue avec nous ou tu fais seulement acte de présence ? » Hasarda Brad.

« Hey ! » Me défendit April.

« Nouvelle année, nouvelles résolutions. » Affirmai-je en ouvrant la marche vers notre première salle de cours.

Derrière moi, j'entendis les garçons parler de la soirée du nouvel an qui ne s'était terminée que la veille.

« J'ai réussi à glaner des informations de-ci, de-là. » Commença Cathy alors que les filles me prenaient chacune un bras. « Jasper et Emmett ont voulu faire peur aux mecs de l'université à cause de la soirée du 31. »

« Pourquoi ? »

« Je sais pas, A. C'est juste qu'ils ont fait en sorte que plus aucun ne vienne à nos soirées. »

« De quoi je me mêle ! Sérieusement, et mon frère s'il veut amener des potes à lui ? »

« Jonathan m'a pelotée le 31 ou le 1er, je ne sais plus. Ils ont toujours été un peu protecteurs avec moi. »

« Sérieux ? ! Lizzie, tu nous en as caché des trucs ! » S'exclama Cathy alors que nous entrions dans la salle.

Le prof nous lança un regard fatigué.

« Et il est bon ? » Elle attrapa mon bras encore plus fort.

« Je l'ai arrêté avant qu'il ne fasse vraiment quelque chose, mais comme les Cullen étaient là, et qu'Emmett l'a eu mauvaise, j'imagine que c'est ça. »

« Avec Edward parti, qu'est-ce que ça peut leur faire ? » S'étonna Cathy alors que je sentais le regard d'April.

Je haussai les épaules pour signifier que je n'en savais pas plus.

Une minute après que le cours ait commencé, ma voisine fit passer un papier vers moi « Tu crois qu'ils vont essayer de vous remettre ensembles ? ».

Je regardai le message et le second ajustement du matin me revint en tête : passer mes derniers mois à profiter encore plus de mes amies sans m'inquiéter de mon avenir pour leur laisser les meilleurs souvenirs possibles en tête.

« Je ne les laisserai pas faire. » Fut ma réponse écrite.

Nos chances à Edward et moi étaient peut-être perdues pour cette vie mais pas pour la prochaine. En attendant, je préférais que les choses se tassent. Je n'avais plus beaucoup de temps devant moi et je comptais l'occuper le plus possible sans que les Cullen n'essayent de me faire revenir dans leur vie

J'espérais qu'ils respecteraient mon choix.

OoOoOoOoOo

Les choses se déroulèrent de la même manière pendant près de deux semaines. J'allais en cours et je voyais toujours les filles jusqu'au moment de rentrer dîner chez moi. Au début, j'avais craint de voir Edward ou Rose débarquer dans ma chambre, mais ce ne fut pas le cas.

Ils avaient respecté mon choix…

Mais à exactement huit mois de mon dix-huitième anniversaire, les habitudes que j'avais reprises furent chamboulées le soir où la voiture d'April refusa de démarrer pour nous reconduire chez nous.

« C'est pas vrai ! »

De frustration, ma meilleure amie donna un coup de pied dans le pneu avant gauche.

« Ca ne va pas aider. » Prévins-je.

« Je sais, mais ça défoule ! Mon père m'avait dit que je devais l'amener au contrôle mais je pensais avoir le temps ! »

« Mon père est à la maison, je vais l'appeler. »

« Pff Ok. Je préviens le mien qu'il faut appeler le dépanneur. »

Chacune appuyée à une portière de la voiture, nous appelâmes nos géniteurs. Lorsque je raccrochai avec le mien, il était amusé mais affirmait qu'il arrivait.

« Mon père est vraiment incroy… »

Je ne l'avais pas entendu arriver, mais je trouvai Jasper posté devant la voiture. De l'autre côté, April était accrochée à son téléphone.

« Je n'en ai pas pour longtemps, mais, Liz, il faut qu'on parle. ». Dit-il avec douceur et je sentis son pouvoir agir sur la tension qui régnait dans mon corps.

En jetant un coup d'œil vers April, je me rendis compte qu'il travaillait sur elle aussi.

« Mon père vient me chercher, Jazz, désolée. »

« C'est à propos de tout ce que nous avions découvert sur ton passé avant…Tout ça. »

Le regard d'April était inquiet mais elle me faisait confiance.

« Pourquoi veux-tu me dire tout ça maintenant ? »

« Il ne nous reste plus beaucoup de temps pour trouver la cause de tes réincarnations, Liz. Ça n'a rien à voir avec Edward, je te le jure. Même si tu nous manques, ce sera ton choix. Mais j'imagine que tu veux connaître un maximum de choses sur toi avant de disparaître à nouveau si nous ne parvenons pas à arrêter le phénomène. »

« De toute façon il faudra que je me souvienne de tout la prochaine fois, alors je ne suis plus à dix-huit ans près. »

Il me regarda avec surprise mais il acquiesça.

« Très bien. Rose dit que ce sont les bougies, April. »

« Hein ? » Fit-elle mais il était déjà parti.

Nous ne pûmes rien dire de plus. Monsieur Levingston arrivait avec le dépanneur et mon père suivait. Les trois hommes discutèrent entre eux, se moquant de l'incapacité des femmes à gérer leur voiture. Je me retins de les prévenir que Rosalie devait en connaître bien plus qu'eux et acceptai d'être reconduite à la maison lorsque Scott me le proposa.

« A demain. » Saluai-je April en la voyant monter dans la voiture paternelle.

Mon père roula quelques secondes avant de poser la question qui lui brûlait les lèvres.

« Qu'est-ce qu'il s'est passé avant que j'arrive ? »

« On se demandait ce qu'on pouvait faire en vous attendant. »

« Vous aviez vraiment l'air en grande concentration. Ça doit être beau à voir lorsque vous réfléchissez sur vos devoirs. »

« Papa ! »

Il rit et nous parvînmes enfin à la maison. J'allais ouvrir ma portière lorsque la voix de mon père me retint.

« Lizzie, nous devons parler. »

Je fronçai les sourcils. C'était le jour ou quoi ?

« Que se passe-t-il, papa ? »

« Justement, Lizzie, c'est la question que j'allais te poser. »

Je me forçai à rire.

« Pourquoi ? Tu t'inquiètes pour rien, papa. Je te jure que je suis revenue dans le droit chemin et… »

« Tu crois que je n'ai pas vu à quel point tu étais renfermée ces dernières semaines ? Ecoute, tu as le droit d'avoir des secrets, enfin, c'est ce qu'affirme ta mère et je lui fais confiance, mais tu as été si bouleversée, comme si tu avais subi quelque chose et que tu n'arrivais pas à t'en remettre…Je t'en parle maintenant parce que tu avais une tête vraiment bizarre lorsque je suis arrivé alors… »

« Papa, je pense que c'était la fatigue et puis j'ai réalisé mes erreurs depuis Halloween. Ne t'en fais pas. »

Je déposai un baiser sur sa joue en espérant avoir passé le test avec mention.

« Tu me le dirais si on t'avait fait du mal, n'est-ce pas ? »

Sa voix était si sérieuse que je ne pus empêcher mon cœur de se serrer. Non, on ne m'avait pas fait de mal. Enfin, je l'avais mérité. En revanche, j'allais en faire à ceux que j'aimais dans les prochains mois.

« Promis. Je te le dirais. » Réussis-je à dire en le regardant dans les yeux.

« Rentrons avant que ta mère se demande ce qu'on fabrique. » Répondit-il à moitié convaincu.

J'acquiesçai en silence et le suivis à l'intérieur. Ma mère était effectivement dans l'entrée avec des questions plein les yeux. Mon père l'embrassa pour la saluer et précisa qu'il devait encore régler une affaire avant de nous rejoindre.

« Papa. » L'appelai-je alors qu'il montait à son bureau. « Merci d'être venu me chercher. »

« Je n'allais pas laisser ma petite fille rentrer à pieds, quand même ! » Sourit-il.

Je levai les yeux au ciel. En théorie, j'aurais pu. Certes, j'en aurais eu pour un moment parce que ce n'était pas la porte à côté, mais bon…

« Comment s'est passée la reprise ? »

Je me tournai vers ma mère.

« Le prof d'histoire européenne nous a donné un dossier à présenter dans deux semaines et on a deux nouveaux romans à lire en littérature. »

Elle sourit.

« Une rentrée banale dans un lycée banal. »

« Et bah je n'aime pas ces rentrées-là ! »

Elle rit et me laissa monter à ma chambre. Je déposai mon sac contre mon bureau et m'assis contre la tête de lit, les yeux fermés. Lasse, j'étirai le bras jusqu'à mon radioréveil et le cherchai la fréquence de mes ondes préférées. La musique pop-rock envahit ma chambre en m'empêchant ainsi de revoir et ressentir le moment où Edward m'avait laissée seule dans cette pièce pour la dernière fois.

Mes nouvelles résolutions étaient belles, mais il fallait encore gérer le fait de me trouver dans cette pièce avec les souvenirs qui m'envahissaient. Alors que je sentais les larmes affluer à mes paupières, une autre scène se dessina dans ma mémoire.

OoOoO

La musique sur la place principale résonnait entre les rues étroites et chacun de nous jetait des œillades par-dessus son épaule. Nous n'étions pas inquiets, même si nous savions que les parents allaient vite se rendre compte de notre départ.

Nous devions nous éloigner au maximum avant.

Nous riions tous au plaisir d'avoir échappé à la vigilance de tous ces adultes. Et en pensant cela, je savais que j'en étais une aussi. Après tout, nous étions là pour fêter d'abord mes dix-huit ans ! Même si cela coïncidait avec la fête du village. Comme tous les ans ici, le quartier et ses environs se réunissaient. Les adultes discutaient d'on ne savait quoi pendant que les plus jeunes inventaient toujours de nouveaux jeux. Les jeunes adultes comme nous tentaient de s'éloigner.

Nous parvînmes à la fontaine à l'autre bout de la ville et nous nous installâmes autour, relevant nos jupons et retirant nos chaussures pour tremper les pieds dans l'eau fraîche et nécessaire avec cette chaleur.

Nous riions encore, nous nous éclaboussions même c'était notre habitude depuis des années.

Nous avions tous à peu près le même âge. Non en fait, à présent, nous avions le même âge puisque j'avais dix-huit ans, comme eux tous.

Et depuis que nous nous connaissions, presque depuis que nos mères étaient tombées enceinte en même temps, nous jouions, discutions, faisions des projets ensemble.

L'un des garçons se mit à frapper en l'air comme sur une batterie, un autre marqua le rythme en frappant doucement le bord en marbre de la fontaine. Nous autres frappions des mains, nous laissant emporter par la musique qui naissait de nos mouvements.

Soudain ma voisine se figea.

« Vous avez entendu ? »

Tout le monde se tourna vers elle avec surprise.

« Que se passe-t-il ? »

« Non, j'ai rien entendu. »

Nous échangeâmes des regards étonnés mais j'imagine que puisque nous étions plusieurs, nous ne craignions rien et ne nous focalisâmes pas sur l'impression d'être épiés qu'avait notre amie.

Et pourtant, peut-être aurions-nous dû…

Il se faisait vraiment tard, ou tôt selon le point de vue, lorsque nous reprîmes notre chemin. Nous dansions encore à moitié dans les rues, pieds nus pour la plupart lorsque la lame brilla à la lumière de la Lune.

Je crois que personne ne vit réellement ce qu'il se passa jusqu'à ce que je sente le poignard percer ma peau et s'enfoncer dans mon flanc pour m'arracher le souffle.

« Ca lui apprendra. » Murmura la voix de l'homme dans mon oreille avant de s'éloigner.

Je m'affaissai à genoux, une main sur le flanc.

« Non ! » Cria quelqu'un et je vis un corps s'effondrer à mes côtés, les yeux vitreux.

Il y eut des cris et puis des bruits de chute.

Ma tête toucha en dernier le sol que je voyais approcher comme au ralenti.

J'étouffai et à chaque fois que je sentais l'air entrer dans mes poumons, je sentais aussi ma vie m'échapper.

Je venais juste de fêter mes dix-huit ans.

Ce n'était pas juste.

Et ça faisait mal.

Très mal.

OoOoO

Je rouvris les yeux en sursaut, la main sur mon flanc, à l'emplacement exact où j'avais senti le couteau pénétrer ma peau.

Les larmes s'étaient arrêtées sur mes joues. Ma respiration était coupée.

« Ca lui apprendra. » Répétai-je en écoutant les sonorités étrangères. « C'est… »

Je me tournai vers la table de chevet et attrapai mon portable. On répondit immédiatement. Il n'y avait ni bruits ni respiration mais je savais que quelqu'un se trouvait à l'autre bout du fil. Je fermai les yeux et me concentrai avant de poser ma question.

« Liz ? Qu'est-ce qu'il se passe ? ! » Demanda Esmée avec sa voix douce.

Je pris une autre inspiration et parlai enfin.

« Ca lui apprendra. C'est…C'est ce qu'il a dit lorsqu'il m'a tuée. »

Il y eut un déplacement d'air dans le combiné et je reconnus la voix de Carlisle dès son premier mot.

« C'est du français, Liz. »*

Je ne pus retenir un sanglot. Une main sur la bouche, j'étouffai le suivant. Mes parents étaient à côté. Je ne pouvais pas les inquiéter.

« Je…Je crois. Carlisle, ma première vie… »

« Jasper et Rosalie viennent te voir, Liz. Tu leur dis tout ce dont tu te souviens et nous nous chargeons du reste. »

Je posai la tête contre le mur.

« Merci. »

Un autre bruissement d'air et Esmée reprit le combiné.

« Liz. Tu peux compter sur nous. »

Je souris doucement.

« Je sais. »

« A table ! » Lança Courtney du rez-de-chaussée.

« Je ne peux pas louper le repas, mais après…Je me débrouille pour rejoindre Jazz et Rose, d'accord ? »

« Bien sûr. Alice aura une vision et te les enverra lorsque tu seras prête. »

Je la remerciai à nouveau, raccrochai et allai dans la salle de bain pour me rafraîchir avant d'être vue ainsi par mes parents. A mon reflet dans le miroir je sus que cette fois je ne pourrais pas leur cacher mes émotions. J'espérais juste qu'ils me laisseraient choisir le moment des explications.

Je descendis après le second appel et réalisai que mon père en faisait autant.

« Ca me rassure qu'on soit tous les deux en retard. » Murmura-t-il en me laissant lui passer devant.

« On peut dire qu'on n'a entendu que son dernier appel. » Répondis-je sur le même ton, autant pour entrer dans son jeu que pour mieux contrôler ma voix.

« Ca me va. » Sourit-il en fronçant quand même un peu les sourcils.

Je souris et hochai la tête.

Au coin de la cuisine, nous fûmes coincés par ma mère, les poings sur les hanches. Nous nous arrêtâmes en nous regardant du coin de l'œil.

« Dites-moi que je n'ai pas entendu ce que j'ai cru entendre. » Gronda-t-elle, ses yeux passant de l'un à l'autre.

« Trésor, tu sais bien qu'on plaisante ! » Tenta mon père en s'approchant, les bras écartés.

« Ah oui ? Je n'arrive pas à croire que tu encourages notre fille à me mentir ! » Fit-elle en tapant sur ses bras.

Il s'éloigna d'un pas, les mains devant lui, en signe de reddition.

« Je plaide coupable, madame Walter ! »

Je levai les yeux au ciel et m'apprêtai à m'installer à table, mais les gros yeux de ma mère m'arrêtèrent. Derrière elle, mon père bougea les lèvres sur un lâche « Débrouilles-toi ».

« Maman, j'étais au téléphone la première fois que tu as appelé. Il m'a fallu raccrocher. »

Elle soupesa mes paroles puis acquiesça.

« C'est ce qui t'a fait pleurer ? »

« Maman ! » Grimaçai-je.

« Tu n'y échapperas pas. » Me prévint-elle en me pointant du doigt, tout en passant un bras autour de mes épaules pour m'entraîner vers la table.

Je sentis le regard inquisiteur de mon père, mais ne pus le regarder en face. Je m'en doutais de toute façon !

Le repas se passa tout de même relativement bien. Mes parents papotèrent un moment de leur travail puis mon père expliqua notre arrivée commune après mes cours.

« J'imagine que vous allez avoir besoin de ma voiture. » Conclut ma mère en me jetant un coup d'œil.

« Si tu veux bien me la prêter. Je ne suis pas sûre que la voiture soit réparée demain matin. » Confirmai-je.

« Nous partirons ensemble demain matin » Affirma mon père en se levant pour préparer la tisane que ma mère prenait toujours.

« Merci. »

Je me levai à mon tour et aidai ma mère à débarrasser. Je la vis m'étudier alors que j'essuyai la vaisselle, mon père faisant semblant de s'occuper à côté. Je savais qu'ils attendaient que je commence. Mais que dire ? Quelque chose de crédible qui ne les informe pas de ma malédiction…

Je posai le torchon à sa place, étendu, et me tournai vers eux.

« Je crois que je suis malade. »

« Ah bon ? » Hésita ma mère.

Je hochai la tête.

« J'ai eu une migraine tout à l'heure et…Mal au ventre. »

« Avant ou après le coup de fil ? »

« Un peu avant. »

« Au point d'en pleurer ? »

« Papa, j'ai eu vraiment mal ! J'étais au téléphone avec Carlisle Cullen pour avoir son avis. Les crampes étaient douloureuses. » Assurai-je en regardant ma mère.

« Tu n'as pas appelé le médecin ? »

« Il est médecin, p'pa. Et puis…La dernière fois que j'étais chez eux avec Edward, il m'est arrivé presque la même chose, alors c'est plus facile plutôt que tout réexpliquer. »

« Mais tu aurais dû me le dire. Tu serais restée couchée ! »

« Non, je voulais manger à table, tu sais que c'est plus simple. »

Je m'embourbais. C'était affreux. Quand cesserait-elle de me regarder ainsi ?

« File te coucher. » Indiqua-t-elle en tendant le doigt vers l'étage.

« Je vais prendre une douche avant, mais oui, j'y vais. Il y a encore cours demain. »

Je l'embrassai sur la joue, fis de même avec mon père qui me retint par les épaules pour étudier mon regard.

« Reposes-toi. » Conseilla-t-il et je m'éclipsai dès qu'il me libéra.

POV Rosalie

Jasper m'avait prévenue que Liz n'était pas bien mais je ne pensais pas la voir aussi pâle. Plus pâle que d'ordinaire du moins.

« Tu as trouvé une excuse ? » Demandai-je en marchant vers elle comme elle nous rejoignait.

« Ca ira. J'ai un peu de temps. » Elle regarda tristement vers Jasper avant de se tourner vers moi. « Alors ce sont les bougies ? »

« Quoi ? Oh ! Oui. »

« Ce n'était pas un coup monté pour vous assurer que Jasper pourrait nous approcher ? » Soupçonna-t-elle.

« Non, Liz. C'est promis. »

Elle hocha la tête et trouva à s'asseoir.

« Tu as dit que tu avais des choses à m'apprendre. » Commença-t-elle en levant les yeux sur mon 'frère'.

« En fait, j'ai ça à te donner. »

Il tendit deux carnets à Liz et attendit qu'elle les observe puis les prenne avec hésitation.

« Mes journaux… »

« Paul me les a laissés avant que vous arriviez avec Edward. »

Elle hocha encore la tête, déjà perdue dans la lecture de quelques lignes.

« Je me souviens de ces carnets. Paul me les avait offerts à mes dix-sept ans. Danny s'est moqué de moi. Il ne pensait pas que je pourrai les remplir mais les dernières semaines, lorsque mes souvenirs sont apparus, j'ai…Oui j'ai rempli toutes les pages du second. » Expliqua-t-elle.

« Nous ne les avons pas lus. »

« Vous avez résisté ? » Sourit-elle, reconnaissante.

« C'étaient tes journaux intimes, Liz. » Se justifia-t-il.

Je m'assis près d'elle et nous attendîmes qu'elle soit prête à parler.

« Qui était mon vrai père ? »

Après le récit de Jasper sur ce qu'il s'était passé avec Paul, le grand frère de Victoria, je savais de quoi elle parlait.

« L'unique amant de ta mère. Il y a eu un début de procédure pour la séparation de Lionel et Ambre Linch mais les choses se sont arrêtées sans explications. »

Liz frissonna près de moi et je m'écartai pour lui éviter ma fraîcheur.

« Tu ne me dis pas tout, Jasper. » Affirma-t-elle en soutenant son regard.

« L'amant d'Ambre est mort peu avant l'arrêt des procédures. »

« Tu veux dire…Qui a lancé la procédure ? »

« Ambre. »

Liz prit une profonde inspiration pour se remettre du choc.

« Elle…Elle voulait quitter Lionel pour son amant et Lionel l'a su. Il l'a fait tuer, n'est-ce pas ? »

« Je ne sais pas. Lionel et Ambre étant morts depuis longtemps, je crois qu'on ne saura jamais vraiment. »

Une unique larme roula sur sa joue.

« Merci. »

« Ce n'est pas tout. Voici une photographie retrouvée dans les effets personnels d'Ambre. »

Liz prit le document avec une main tremblante. En même temps qu'elle, je découvris le visage de son père. Il avait les yeux marron et son nez pouvait s'approcher de celui de Liz. Elle avait pris beaucoup de lui en fait. Elle retourna le papier et lut à voix haute le nom de l'homme qui accompagnait sa mère avec un sourire.

« Patrick Brumsley. »

« Ca ira ? » M'inquiétai-je en la voyant blanchir.

« Je ne sais pas, Rose. Je savais au fond de moi que je n'étais pas comme mes frères. Maintenant, je sais pourquoi. Et puis, je sais aussi pourquoi Lionel me traitait comme il l'a fait. »

« Ca te fait donc quatre vies en comptant celle d'aujourd'hui. »

Liz acquiesça. Je comptais rapidement. Virginie Nighton, Victoria Linch, Isabella Swan et Elizabeth Walter.

« Plus une. » Dis-je en surveillant la réaction de Liz.

Après tout, nous étions là pour ça.

« Tu veux bien nous décrire ce qu'il s'est passé ? »

Jasper s'assit à ses côtés.

« C'était mon anniversaire. On fêtait mes dix-huit ans avec les jeunes du quartier. En même temps, c'était la fête du village. On s'est éloignés des parents et on s'est installés à notre lieu habituel. Cette magnifique fontaine si grande qu'on pouvait presque y nager. La nuit finissait lorsque ça s'est passé. »

Elle rouvrit les yeux. Ses pupilles dilatées marquaient sa frayeur et je la sentis se recroqueviller sur elle-même. Jasper étira un bras vers ses épaules et l'attira contre lui. D'abord surprise, elle accepta son étreinte.

« Ca ira. Il ne t'arrivera plus rien, Liz. »

Elle eut un rire jaune et mon 'frère' croisa mon regard.

« Tu sais bien que je vais disparaître encore et…Je vais sentir le poignard, Jazz. Comme toujours. »

« On va arrêter ça Liz. » Intervins-je en posant la main dans son dos.

Liz se redressa en s'essuyant les joues.

« Peut-être qu'on n'y peut rien, Rose. Et puis…Avec tout ce qu'il s'est passé…Il vaudrait mieux que j'oublie tout. Qu'on puisse tous oublier. »

« Tu as tort. » La voix de Jasper résonna presque autour de nous tellement il était sérieux.

Liz tourna la tête vers lui et sembla hypnotisée.

« Je sais ce que tu ressens mais je sais aussi ce que toute ma famille ressent. Les choses ont été difficiles mais nous avons tous besoin d'être ensemble. Tu n'imagines pas le bien que tu as fait en t'intégrant ainsi dans cette famille. Sinon, pourquoi ne serions-nous pas partis avec Edward ? »

« Jazz ! » L'accusai-je mais Liz me fit signe de me taire.

Ils se scrutèrent l'un l'autre comme pour vérifier lequel des deux était le plus fort.

« Il va revenir ? »

« Oui. Alice me l'a assuré. Il a juste besoin de faire le point. »

« Où est-il ? »

Je me retins de poser la question qui nous venait à chaque fois que nous repensions au départ d'Edward, l'odeur de Liz sur lui.

« Il s'est isolé. Alice dit qu'il est en route pour rentrer. »

« D'accord. »

Que s'était-il passé pour qu'Edward parte comme ça et Liz soit déstabilisée qu'elle en était profondément blessée ? !

« L'homme est arrivé de nulle part et m'a poignardée. »

Je réfléchissais tant à ma question que je fus surprise d'entendre les propos de Liz.

« C'est là qu'il t'a parlé ? »

« Oui. Il a dit : « ça lui apprendra » Mais je n'ai aucune idée de ce qu'il voulait dire par là. »

« Et en français ? »

« Oui. »

« Tu aurais donc vécu en France ? »

« Je n'en sais rien, Jasper. Je n'ai rien reconnu et puis il faisait sombre. »

« Tu pourrais décrire ta tenue ou celle des autres ? » Questionnai-je en pensant déjà aux indices que nous avions pu tirer de ses précédents croquis.

« Peut-être oui. Je n'en sais rien. Rose, j'ai été tellement surprise que je n'y ai même pas pensé mais… »

« Liz, je ne m'attendais pas à ce que tu nous donnes ça tout de suite. C'est juste une question comme ça. Après tout, ça pourrait nous aider mais si c'est trop traumatisant… »

« Non, le dessin c'est comme l'écriture, ça me permet de prendre du recul. De ne pas devenir folle non plus. »

« Tu as vu le visage de cet homme ? » Intervint Jasper après un instant de réflexion.

Liz frissonna encore mais cette fois je savais que ce n'était pas notre température corporelle qui le lui causait.

« On pourra sûrement faire sans. » Grondai-je en direction de mon 'frère'.

Bon sang, il maîtrisait l'empathie et il était incapable de réaliser qu'elle ne pourrait pas faire ça ? !

« Je ne l'ai pas vu, enfin, je ne m'en souviens pas. »

« Liz, ne t'inflige pas ça. » Prévins-je.

« Ca nous aiderait autant que les tenues ! » Défendit Jasper.

« Elle ne pourra pas, Jazz, tu imagines le traumatisme ! »

« Stop. » Fit-elle en se levant pour nous regarder tour à tour. « Je veux que vous ayez un maximum d'informations pour que tout cela s'arrête. » Jazz fit mine d'ouvrir la bouche pour parler mais elle l'arrêta. « Je sais, tout à l'heure je disais que ça pouvait continuer, que ça m'arrangeait…Mais tu as raison, Jasper. Je ne peux pas laisser ça continuer ! On m'a tuée ! Je n'ai pas simplement disparu sans laisser quoi que ce soit derrière moi. Il y avait mes amis, Rose. Mes amis de toujours, qui sont morts avec moi. Bon sang, si ça se trouve, ils se réincarnent aussi ! Nous pourrions même…Je ne sais pas ! Former le club des réincarnateurs ! » S'emporta-t-elle.

« Ce mot-là n'existe pas. » Fit remarquer Jasper avec un sourire aux lèvres.

Je rêvais de le lui faire avaler !

« On s'en fout, Jazz ! » Grogna-t-elle.

« Je sais, mais tu étais tellement énervée qu'il fallait faire retomber la tension. » Se justifia-t-il en se levant aussi.

Liz leva les yeux au ciel mais je sentais aussi qu'elle s'apaisait.

« Tu peux m'aider ? »

« Tu sais bien que je ferai tout pour ça. En attendant, je veux que tu ailles te coucher. Tu es à fleur de peau et c'est mauvais pour toi. »

Je la vis prendre une profonde inspiration avant de fermer les yeux comme pour s'imposer le calme.

« Nous nous chargeons de trouver ce qu'on peut en France sur toi. De ton côté, dessine ce dont tu te souviens. » Expliqua-t-il en commençant à s'éloigner.

« Si vous avez quelque chose… »

« On te laisse un message. » Continuai-je pour elle.

« Merci. »

Je ne me retins pas de la prendre dans mes bras, appréciant qu'elle me rende mon câlin.

« Fais attention à toi, Liz. »

« Promis. »

Nous nous sourîmes puis elle s'éloigna, ses carnets contre sa poitrine.

Jasper et moi attendîmes de la voir rentrer à pas de loup jusqu'à sa chambre et j'espérais que sa mère ne la surprendrait pas. Je savais que Liz ne pourrait pas supporter les inquiétudes de ses parents à son propos alors qu'elle s'inquiétait elle-même pour eux et leur avenir après la disparition qu'elle ne pensait pas pouvoir arrêter.

« Elle a peur. »Murmura-t-il en ouvrant la marche vers la villa.

« C'est compréhensible. »

« Edward lui fait réellement du bien, tu sais. »

« Je sais, Jazz. Mais j'aimerais surtout découvrir ce qu'il s'est passé entre eux. »

Il me jeta un regard de biais.

« Jazz, tu sais quelque chose ? » J'attrapai son bras tout en suivant l'accélération qu'il faisait.

« Il se sentait plus que coupable en rentrant de chez elle. »

« Comment ça coupable ? » Son regard éloquent m'affirma qu'il avait bien réfléchi à la question. « Oh non ! »

« Je n'ai aucune preuve et ni l'un ni l'autre n'en reparlera jamais tel que je les connais, mais sa culpabilité était trop forte pour une simple dispute. »

Je m'arrêtai et me tournai vers l'endroit d'où nous venions déjà à des kilomètres de là.

« Elle n'a rien dit. Rien laissé paraître. »

« Elle s'en remettra, Rose. Je crois juste qu'elle s'inquiète des conséquences de ce que cela pourra avoir sur eux plus tard. »

« Ce n'est pas juste, Jasper. Il faut qu'on trouve les raisons de tout cela. Ils ont trop souffert tous les deux. »

Il ne dit rien. Qu'y avait-il à dire ?

Nous rentrâmes en silence chacun dans nos pensées. Mais à peine sur le perron, Alice et Emmett nous bombardèrent de questions. Le pouvoir de Jasper s'étendit dans l'atmosphère et les força au calme relatif malgré leurs regards outrés de ce qu'il osait faire.

« Laissez-nous au moins rentrer. » Se justifia-t-il.

Une fois dans le salon où Carlisle et Esmée nous rejoignirent, Jasper entreprit de résumer ce qu'il s'était passé.

« Attends, elle aurait vécu en France sa première vie et toutes les autres aux Etats-Unis ? » Commenta Emmett lorsqu'il se tut.

« Rien ne nous dit que sa première vie ait été avant celle de Virginie, Em, même si j'aurais été tenté de le croire il y a encore peu. Je fais avec ce qu'elle nous donne en revanche. »

« Et si on ne s'arrêtait pas à la France seule ? » Proposai-je.

« Tu veux dire s'intéresser à tous les locuteurs français au monde ? » Soupçonna Carlisle.

« Après tout, ça pourrait nous permettre d'aller plus vite. »

Jasper réfléchit et acquiesça.

« Liz doit nous faire des dessins de ce dont elle se souvient, Alice, tu pourras y jeter un œil comme la dernière fois ? »

« Bien sûr ! Dès qu'elle s'y met, je surveillerai mes visions. Si jamais je vois quelque chose qui nous fera avancer encore… »

« Très bien… »

« Hey ! Euh question débile, mais…Combien de personnes au monde parle français aujourd'hui ? Et à l'époque de l'ancienne Liz ? » Nous interrompit Emmett avec une franche inquiétude.

« L'OIF comptabilise 200 millions de locuteurs français minimum aujourd'hui. »** Nous informa Esmée.

« Chouette ! » Grimaça mon mari et je passai un bras autour de son cou pour le réconforter.

« On n'a pas le choix si on veut comprendre ce qu'il se passe avec Liz et la garder avec nous. » S'exclama Alice.

Personne ne la contredit et nous nous partageâmes le travail. Emmett et moi devions nous intéresser aux affaires de meurtres de jeunes dans les îles françaises, Carlisle et Jasper s'intéressant à la France et le reste de l'Europe. Esmée et Alice reprirent les croquis que Liz avait laissés à Carlisle au début de tout ça. Me préparant à travailler le reste de la nuit sur cette affaire, je savais au fond de moi qu'il manquait quelqu'un près de nous pour faire ces recherches.

Par-dessus la table, je croisai le regard plein de visions d'Alice. Lorsqu'elle revint au présent, elle grimaça et je compris le message. Edward était encore trop loin pour nous rejoindre cette fois…

POV Liz

Je n'avais pas dormi de la nuit.

Je n'avais rien fait du tout en fait à part rester sous la couverture à contrôler ma respiration pour me détendre. Cela avait été vain, bien sûr, mais au moins j'avais essayé.

Lorsque mon réveil sonna l'heure de se lever, je regardais depuis longtemps le soleil jouer dans les interstices de mes volets.

« Liz ? » Entendis-je ma mère de l'autre côté de ma porte.

« Je me lève. »

Ma voix était enrouée de fatigue.

« Je peux ? » Continua-t-elle et je l'imaginai poser la main sur la poignée.

Je soupirai un « oui » et la vis entrer dans ma chambre.

Je m'assis dans mon lit au moment où April m'envoyait un message. Je tendis le bras pour le lire.

« Tu viens me chercher ? »

Je répondis par l'affirmative et levai les yeux sur ma mère. Celle-ci était déjà installée sur le pied de mon lit.

« Tu as une tête encore plus affreuse qu'hier, ma chérie. »

Je grimaçai.

« J'ai mal dormi. »

« J'imagine. » Elle me fixa et osa enfin dire ce qu'elle pensait. « Tu te rends compte que ton père et moi n'avons pas été suffisamment idiots pour croire ce que tu nous as dit. »

« Maman. C'est compliqué. »

« Ma chérie, tu as dix-sept ans, tout est compliqué à ton âge. »

Incroyable ! Un peu plus et je pouvais me prendre pour Buffy à mon âge !

Je me repris et quittai mon lit.

« C'est en rapport avec les Cullen ? Chérie, je veux juste m'assurer que… »

« Je vais bien maman. Je ne me suis pas sentie bien hier soir et la migraine a été plus forte lorsque je me suis couchée. »

Je sortis de la pièce avant qu'elle ait le temps de me poser d'autres questions. Je filai dans la salle de bain et fus prête, habillée et sac de cours sur l'épaule, une vingtaine de minutes plus tard. Mes parents étaient dans le garage. Ma mère récupérait ses affaires pour me laisser sa voiture.

« Je mange un morceau et je pars. » Les prévins-je depuis la porte communicante.

J'entendis un « d'accord » alors que j'ouvrais le réfrigérateur. Mon portable sonna à nouveau. C'était Rosalie qui venait aux nouvelles. Je répondis brièvement que j'avais passé une mauvaise nuit et que je n'avais pas pu encore me poser sur des croquis. Sa réponse fut immédiate.

« Prends ton temps pour traverser ce moment. Si besoin… »

Je souris en sentant son soutien puis reportai mon attention sur mon petit déjeuner. Je n'avais pas faim, mais histoire de ne pas tomber dans les pommes au cours de la matinée, il me fallait avaler quelque chose. Je trouvai des tartines, du Nutella et du jus de fruits dans les placards et le réfrigérateur. Tout en mâchant, je pensais encore à mes journaux intimes. Ces pages que j'avais noircies et glissées dans mon sac de cours me ramenaient sans cesse au souvenir que j'avais eu la veille avant le diner. Pouvais-je ne serait-ce que l'examiner suffisamment pour dessiner les traits de celui qui m'avait tuée ? Comment allais-je vivre ces prochains mois en ayant son visage dans la tête ?

Et si je ne le faisais pas et que cela nous empêchait de connaître toutes les raisons de ce qu'il m'arrivait ?

« Liz, tu vas être en retard. »

La voix de mon père me sortit de mes pensées. Je rinçai rapidement ce que j'avais utilisé et partis en les saluant.

Tout ce que je savais, c'était que j'avais mes journaux sur moi et qu'il me fallait les lire. Cela m'aiderait sûrement à savoir ce que je devais faire.

« Demain je récupère ma voiture ! » Assura April en s'installant.

« Génial ! »

« Carrément ! Comment fais-tu pour accepter que je vienne te chercher tous les jours ? Quelle dépendance ! » S'exclama-t-elle en bouclant sa ceinture.

Je souris et accélérai pour passer la vitesse.

« Tu as tendance à savoir mener ton petit monde par le bout du nez. » Expliquai-je en guettant sa réaction du coin de l'œil.

Je ne fus pas déçue. Pendant qu'elle s'insurgeait et me menaçai des pires sévices, je profitai de son enthousiasme pour oublier mes propres soucis. Après tout, c'était bien ce que je comptais faire avec cette nouvelle année…

Je ne résistai pas à la tentation du premier journal intime lorsque le professeur de sciences mit un film. April se pencha vers moi et déchiffra les premiers mots en même temps que je le faisais.

« Il m'énerve ! Il veut encore que je me coltine Nikolas ! » Elle leva la tête vers moi, les sourcils froncés. « Qui est Nikolas ? »

« Le mec que l'un de mes pères voulait que je fréquente. Je pense qu'il voulait aussi que je l'épouse. La famille de Nikolas était riche. »

« Beurk ! C'est qui ce 'je' ? »

« Victoria Linch. »

« Vicky. C'est cool, tous tes prénoms pouvaient s'abréger ! »

« Oui, c'est vrai. » Souris-je en reposant les yeux sur les lignes.

Je me souvenais du moment où j'avais écrit ces pages. Lionel avait exigé que je reste une soirée entière avec le fameux Nikolas pour que nous soyons vus ensemble et que les ragots puissent fuser.

« La fille Linch se case enfin !

Elle a un vrai cœur, alors ?

Je vois d'ici les langues de vipères me mettre dans le même panier que leurs propres filles ! Ce que je peux détester cette vie !

Et Arthur qui conforte mon idée de ne pas être réellement un membre de cette famille avec ses idées d'adoption. D'accord, il adore m'en parler depuis que je suis toute petite mais cette fois, enfin, hier soir lorsqu'il me l'a répété, j'ai senti quelque chose changer en moi. Cette impression étrange de vivre par procuration parce que je ne vis pas la vie à laquelle je suis destinée. »

Ces propos faisaient écho en moi. C'était exactement l'impression que j'avais eue avant de rencontrer Edward au lycée l'année dernière et si j'allais plus loin, c'était la même chose pour Virginie et Bella.

Le professeur mit en pause son DVD et scruta chacun de nos visages. Je tentai de paraître déçue de voir le film s'arrêter et il m'ignora pour prendre en défaut Steven. A côté de moi, April souffla de soulagement et je retins un sourire.

« Que pouvons-nous retenir de cet extrait, monsieur Hools quant au développement physique du crustacé ? »

Cette fois je me retins d'exploser de rire. N'avait-il pas fini avec ses cours sur la vie sexuelle des mouches ?

Le pauvre Steven fit une prestation chaotique qui lui valut une heure de colle parce qu'il n'écoutait pas suffisamment…Ce prof était sadique !

Heureusement pour nous, la fin du cours sonna et nous pûmes nous enfuir à toutes jambes vers l'histoire européenne.

« C'est pas juste ! » S'exclama Steven en nous rejoignant dans le couloir. « Tu fais totalement autre chose pendant tout le film et c'est moi qui prends la colle ! »

« Il faut savoir faire croire aux profs que tu es passionné ! Ainsi, ils te laissent tranquilles parce qu'ils savent que tu vas répondre juste. Or, ils veulent toujours prendre à défaut les mauvais élèves pour les ridiculiser. » Expliquai-je très sérieusement.

« Mouais ! Bah tu m'en dois une ! »

« D'accord ! » Ris-je en levant les yeux au ciel.

« Les mecs…Des vrais gamins ! » Renchérit April en m'entraînant dans son sillage.

J'étais bien du même avis.

Le cours d'histoire européenne m'était trop important pour que je m'autorise à lire mon journal intime à nouveau, mais je profitais de l'heure de déjeuner pour m'éclipser sur une table extérieure après avoir mangé.

J'ouvris au hasard et tombai sur le premier passage qui faisait référence à mes souvenirs explicites d'autres vies.

« Ce matin, j'ai cru que je devenais folle.

Je m'habillais lorsque tout changea autour de moi et que je me retrouvai affublée d'une de ces robes à la taille cintrée et à la jupe trop longue qui atteignait le mi-mollet. Et comme si ça ne suffisait pas, la robe était à pois !

Je me suis reculée d'un pas et j'ai retrouvé mon dressing avec les jeans et blouses légères.

Mais dans ma tête, il y a eu ce long cri. Un cri d'horreur qui me fait encore frissonner.

Je relis ces mots et je croise les doigts pour que les garçons ne les lisent pas, sinon ils me traiteront de folle… »

J'étais mal à l'aise en lisant ce passage. Il faisait trop écho à ce que j'avais ressenti lors de mon souvenir la veille. Et en y repensant, il était même probable que déjà en étant Victoria, je me souvenais de ma première vie.

Je jetai un œil à ma montre. J'avais encore quelques minutes pour commencer à croquer la robe que je portais le jour des dix-huit ans.

Une feuille et un crayon plus tard, je prenais une grande inspiration et m'attaquai à la silhouette. Je me forçai à examiner le vêtement avec un œil objectif. Ca serait plus facile ainsi.

*Pensez bien que Liz est aux USA, donc elle parle anglais^^

**Organisation internationale de la Francophonie : contribuer à la prévention des conflits au sein de l'espace francophone, favoriser la consolidation de l'état de droit et de la démocratie, et agir pour la promotion et l'effectivité desdroits de l'hommedans l'espace francophone. Elle a la volonté de promouvoir la diversité culturelle. Elle est au service de l'éducation et intervient à toutes les étapes de la formation. Elle est aussi au service de l'économie et du développement. (wikipédia)

Je continue le 17 pour vous le donner d'ici quelques jours.

Bisous Spuffy