Hi everybody, how are u? Et bien oui je suis en retard... Je ne sais pas, un tit coup de trafalgar m'a prise comme beaucoup d'entre nous ces derniers temps, il faut bien l'avouer! mais cette tite pause m'a fait du bien! :) cela dit je ne sais pas si je ne pense pas garder le rythme soutenu d'un chapitre par semaine... parce qu'il faut l avouer c'est quand même pas évident à tenir! L'implication est assez folle après tout!... même si je vis Wallen, je mange Wallen... je dors et rêve Wallen!^^ Bref! voili voilou

Je remercie toutes celles qui m'ont laissé un message. C'est pour vous que je me suis motivée cette fois!... j'avais peur de me faire botter mon si bien rebondi arrière train si je vous abandonnais trop longtemps! =p

Krassnaïa: baby, je t'aime.

Poly Pops: je suis contente que ça t'ai plu! Ma poule, j'ai ADORE ton jeu de mots! Et oui j'ai exactement réagi comme ça!

Virginie: merci de continuer ta lecture! A+

Emilie Bright: alors oui les points communs c est ouf quand même! merci pour tes ajouts et d'avoir « dévoré » ma modeste contribution à ce milieu! tous tes compliments me vont droit au coeur Mademoiselle! Pourvu que ça continue! et ton pseudo est trop top! la quintessence du beau prénom! =p

Julifanfic: ma Lady, merci pour cet indéfectible soutien... il y a un peu plus bas ton perso préféré qui t attend fébrilement! Oui il me l'a dit! dans le creux de l'oreille! bisous noiseté cacaoté

Mane-Jei: et oui ce sont de sacrés fêtards ces Wallens! Danse, alcool et... Bref! ;) oui les retrouvailles sont explosives! En même temps, ils sont tous les deux d'un caractère assez peu pantouflard! et j'ai KIFFE ce mélange de leurs prénoms! les brangelinas de la Terre du Milieu! XD

Mathy ma tomate: non non non Thranduil est pris! il ne parle comme ça qu'à ma pestouille!^^ je suis trop contente que ce chapitre t ait plu! Pourvu qu'il en soit de même pour celui ci! Kiss à Bombur cette bombasse!

LegolasKili: et oui! je vous savais tristes pour Legolas et me frottais les mains dans vos dos! niark niark! sa chérie attendait juste de rentrer en action! enfin chérie... faut d'abord qu'il l'attrape... et puis il est bien trop mimi pour qu'on lui fasse trop de mal!

Sandra: mon Satanas, merci d'être à mes côtés! Ne désespère pas, tu es trop forte! Je suis heureuse que le POV de Legolas t ait contenté tout comme notre petite Cendera! Allez risette mon amie!

Bêta/ relectrice/revieweuse/recadreuse de délirium: Toutouille... merci de continuer à suivre de près cette histoire et comme je le disais de me recadrer! Il y en a besoin! Tu es mon Capitaine de la Fracasserie! ... une mini crise cardiaque?! XD comment va Louis le Quatorzième de la TDM?

Un dernier petit mot... ce chapitre n'est finalement pas le dernier de la première partie, j'ai dû le couper en deux en raison de la longueur! Voili... Voilou!

Comme on dit souvent... Enjoy ou pas!

Chapitre 30

Klaùs,

Le Wallen roula sur le lit, le corps luisant d'une fine pellicule de sueur. Sa peau, légèrement fumante, frémissait encore du contact de celle de l'elleth étendue à ses côtés. Il lui jeta un bref coup d'œil avant de se lever lestement. Il tenta vainement de se remémorer son prénom comme pour se prouver à lui-même qu'il n'était pas le monstre à sang-froid que tous percevaient... mais non.

Impossible de se rappeler le moindre détail concernant cette elfine si ce n'était le son de ses gémissements répétés contre sa propre chair. Un sourire de félin repu étira ses lèvres pulpeuses. Rien n'était moins tant satisfaisant à ses yeux qu'une nuit faite de luxure et d'alcool... mis à part un bon combat peut-être. Si seulement il pouvait allier les trois...

D'ailleurs, en parlant de ça... le Dragon ramassa sa tunique de cuir. Il en extirpa une flasque d'argent et y but une longue rasade. Pour combattre la migraine insidieuse que provoquait l'absorption d'une trop grande quantité d'hydromel, vin ou quoi que ce soit d'autre, le meilleur moyen était encore de continuer à boire selon le Wallen.

Il essuya le filet qui coulait le long de son menton d'un revers nonchalant de la main avant d'allumer un cigarillo, mauvaise habitude héritée de son Ceanar. Un autre de ses trop nombreux vices...

Il avait énormément de mal à les gérer ces derniers temps et, s'il devait se montrer honnête ne serait-ce qu'une seule fois, il lui fallait avouer qu'il n'en ressentait pas le besoin. Au contraire, le Dragon s'y abandonnait avec délectation, accueillant à bras ouverts chacune des sensations qui lui permettaient d'endormir sa bête. Depuis l'arrivée d'Iffrin, tous ses mauvais démons s'étaient réveillés et le tourmentaient sans répit. Ses souvenirs qui tenaient plus de cauchemars éveillés l'assaillaient sans relâche. Il se revit à l'âge de quatre ans propulsé dans les escaliers de la Tour par les bons soins de ce grand frère qu'il chérissait; à six ans, les côtes réduites en miettes d'avoir servi de mannequin d'entraînement au combat; à dix, la cuisse brûlée au premier degré parce qu'Iffrin « apprenait à gérer » une de ses caractéristiques dragonnes... tout cela sous les yeux aveugles d'un père indifférent au sort de ses propres enfants. Les Dragons n'étaient pas faits pour avoir de progéniture et Klaùs s'était fait la promesse depuis son plus jeune âge de ne jamais procréer. Le jeune homme tressaillit sous le flot de ses réminiscences et, à nouveau, porta le goulot à ses lèvres.

S'il était le vice, son aîné, lui, était le mal.

Le Wallen sortit de sa torpeur en entendant le bruissement des draps dans lesquels s'était enroulée l'elfe. Il fit craquer sa nuque courbaturée tout comme les jointures de ses longs doigts crispés. Ses muscles secs saillaient sous sa peau fine et blanche. Chacun de ses mouvements faisait prendre vie les nombreux tatouages du reptile. Les écailles de son visage anguleux, de son cou ou encore de son torse ondulaient doucement, les flammes de son dos puissant s'embrasaient. Le dragon pourpre gravé de sa cheville à sa hanche gauche paraissait sur le point d'immoler quiconque oserait poser les yeux sur lui... Klaùs enfila son pantalon abandonné au pied du lit sans pour autant relacer sa tunique qu'il jeta négligemment sur son épaule.

Le mégot coincé entre ses lèvres, il se retourna à demi vers l'elleth qui lui avait si plaisamment ouvert son lit et lui adressa un clin d'œil coquin avant d'ouvrir la porte pour sortir. Klaùs s'arrêta sur le seuil comme oppressé à l'idée de se retrouver de nouveau face aux idées tortueuses de son frère. Comment faisait-il donc pour lui donner encore cette impression de vulnérabilité à lui qui n'hésitait pourtant pas à arracher les têtes de ses ennemis? Il avait besoin d'encore un peu de chaleur, de s'y enfouir jusqu'à ce qu'il se sente prêt à faire bonne figure. Il fit un pas au dehors de la chambre douillette mais se ravisa. Le Dragon fit demi-tour et louvoya jusqu'à la couche sous les yeux assombris de désir de l'elfine. Un genou posé sur le matelas, le Wallen se pencha vers elle, maintenant assise, le drap tenu pudiquement contre sa poitrine menue.

- Moran taing, Boirenneach, merci femme, murmura-t-il, la voix encore enrouée des abus de la nuit.

Il embrassa son épaule nue avec un sourire à même la peau d'albâtre et se laissa à muter... du moins sa langue. Il voulait lui laisser un petit quelque chose de son passage. Or le Wallen était passé maître dans l'art de faire profiter ses partenaires de ses attributs pour le moins particuliers, les faisant oublier leurs premiers instincts de dégoût et préjugés. De son appendice lingual ainsi fendu, il caressa la chair dénudée de l'elleth, allant de sa clavicule au pli délicieux de son coude. Cette petite fleur avait un délicat goût de miel et l'envie de la butiner allègrement lui traversa l'esprit. La sentir frissonner sous ses mains expertes rallumait la flamme de ses envies. Cependant, son désir teinté d'une violence latente le mit mal à l'aise. Il n'était pas sûr de pouvoir canaliser ses pulsions primales comme cela ne lui était pas arrivé depuis très longtemps. Oh bien sûr, il ne craignait pas à proprement parler pour le devenir de l'elfe mais il ne pouvait pas se laisser aller à une rage qui déferlerait sur lui sans qu'il puisse y faire quoi que ce soit. Il devait impérativement redevenir le maître de ses pensées, de ses gestes et ne pas laisser Iffrin empiéter sur ce qu'il avait mis des années à construire. Il colla son front brûlant sur le ventre de sa compagne d'une nuit, savourant le toucher de sa peau soyeuse et se releva malgré les protestations de cette dernière.

- Un souvenir pour tes nuits solitaires, aelfica petite abeille, conclut-il. Il baisa le creux de sa paume, imprimant la chair de son toucher fiévreux.

Il sortit ensuite de la chambre en riant sous les soupirs prononcés d'une elleth pantelante.


Quelques jours plus tard, le son du cor qu'il commençait à un peu trop bien connaître ces derniers temps le sortit de ses cauchemars peuplés de dragon rouge, loup et autre sirène aux visages flous. Le Wallen vivait dans un brouillard permanent sans en savoir réellement la raison. Il buvait certes un peu plus depuis l'arrivée d'Iffrin mais pas au point de ne plus savoir ce qu'il avait bien pu faire des heures durant... comme le prouvait une fois de plus son actuelle situation. Il releva le nez et regarda tout autour de lui. Où diable était-il? Dans les bois mais lesquels exactement?

Klaùs se remit difficilement sur ses pieds et passa la main dans ses cheveux ébouriffés avant de prendre sa flasque et d'en boire une bonne lampée. Le goût amer de l'alcool le sortit de son état transitoire, à mi-chemin entre l'hébétude et le réveil difficile.

Que lui arrivait-il, par Erù? Depuis quand ne parvenait-il plus à aligner deux mots correctement ou bien même deux pensées cohérentes? Il se maudit en époussetant sa seacaid trempée de sueur. Sa cousine avait besoin de lui ainsi que son Ceanar tout particulièrement depuis l'arrivée de Muireall et d'Iffrin mais il ne pouvait pas. Il n'arrivait plus à se focaliser sur quoi que ce soit, si ce n'était ses besoins triviaux. Rien d'autre ne parvenait à retenir son attention. Il dormait, buvait et se trouvait de la compagnie, s'abandonnant furieusement dans son animalité. Il sentait son Dragon rugir, l'exhorter à se relever, ne pas devenir la loque que son aîné attendait avec fébrilité. Sa tête se mit à le lancer avec virulence et il dût se retenir pour ne pas l'abattre contre un mur pour endormir la douleur cuisante ainsi que sa profonde stupidité. Le Wallen était trop emmuré dans ses délires pour tenter de comprendre que quelque chose n'allait pas en son sein et qu'un venin s'emparait progressivement de son être. Il ne voulait pas le voir. Au contraire, il se persuadait que tout finirait par passer, qu'il ne s'agissait que d'une crise temporaire, réaction primaire à l'arrivée de son frère dans un endroit qui finalement faisait ressortir le meilleur du Dragon pourpre.

D'un pas mal assuré, il se rendit sur le parvis des cavernes en jurant comme un charretier. Tout en marchant, il ôta sa tunique et la jeta au loin, sale qu'elle était. Sans se soucier des regards offusqués des elfes présents et qui le fixaient comme s'il était Morgoth en personne, il avisa sa co-ogha un peu plus loin. Elle se tenait entre les deux fils du seigneur d'Imladris, sage et étonnamment silencieuse. Il n'avait eu que peu l'occasion de la voir depuis son anniversaire. Entre lui qui baignait dans sa purée de pois personnelle et elle qui passait tout son temps avec la lionne et sa petite aiglette, ils ne se voyaient que rarement et jamais seuls. Malgré la bouillie qui lui servait de cervelle en ce moment, il avait cependant senti une différence dans le comportement de la jeune femme. Elle paraissait tellement plus... plus quoi d'ailleurs?... Il se frappa le front de la paume de sa main calleuse sous les yeux incrédules de l'intendant de la maison du roi Dalon... non ce n'était pas ça. Gerion? Non plus. Bref... l'elfe roux qui astiquait avec entrain les royales botte du souverain des bois. Elle lui apparaissait plus adulte, plus sereine aussi comme si elle avait pris une décision qui régirait son avenir. Klaùs avait beau patiner joyeusement ces derniers jours, il se doutait bien que cela concernait sa relation avec un certain roi de leur connaissance qu'il se refusait encore à nommer.

Comment pouvait-elle être tombée amoureuse d'un aelfica, en particulier celui-là?! Un elfe qui la considérait comme sa propriété personnelle?! Cela dit, s'il n'adhérait que très moyennement à cette manière de percevoir une relation, il se savait mal placé pour donner des conseils ou même proférer un jugement de valeur sur quelque chose qui le dépassait complètement. La seule fois où lui aussi avait cru pouvoir entretenir un ersatz amoureux, il était tombé de haut... parce qu'il avait alors compris qu'il ne pouvait donner à qui que ce soit un tant soit peu d'amour. Du plaisir charnel oui certes mais de l'amour? Il en était dépourvu tout simplement.

Cendera avait été comme un souffle d'air dans sa vie alors déprimante à un point tel qu'il avait songé plus d'une fois à quitter la cité. La jeune femme avait tenté par tous les moyens possibles de lui montrer combien elle l'aimait mais, dans son esprit tordu et tortueux, il avait réussi à transcender ses sentiments pour les transformer en dépendance. Il s'était senti comme drogué par son élément naturel. L'air que lui insufflait l'aigle attisait le feu de son Dragon, les exposant tous les deux à des risques aussi pervers que dangereux. Il lui avait alors donné la seule chose, l'unique démonstration du peu d'affection qu'il pouvait ressentir... l'occasion de le quitter. Il l'avait tourmenté encore et encore jusqu'à ce qu'elle ait pris la décision d'en finir avec ce vil reptile. L'avoir laissé prendre cette décision pour tous les deux avait permis à la jeune Cendera de l'époque de tourner plus facilement le dos au Klaùs d'alors. Elle avait ainsi pu se consacrer à autre chose. Malgré tout, il n'était pas de marbre face à elle... A l'anniversaire de sa cousine, il avait été tenté de refaire connaissance sur un plan plus... arbitraire, plus physique... Mais non, il s'était rabattu sur une elfine inconnue et qui l'avait soulagé de toute sa tension, de toute la rancœur qu'il accumulait depuis l'arrivée de son demi-frère.

Il reporta son attention sur le groupe d'elfes qui venait d'arriver. Ses yeux noirs se fixèrent alors sur l'elleth qui semblait captiver tous les regards. Longiligne, éthérée au possible, sa chevelure d'or tombant en cascade jusqu' à ses genoux, elle semblait si loin de ce monde... Ses iris bleus pâles se posèrent un instant sur lui et le Wallen gronda. Il sentait l'esprit de cette elfe millénaire tenter de forcer la barrière du sien pour s'insinuer au cœur de ses pensées. Cependant, son Dragon ne lui permit pas de s'infiltrer plus profond. Il bloqua toute tentative d'insertion d'une geste las de la main et l'observa les bras croisés sur son torse nu alors qu'elle saluait chacune des personnes présentes.

La nouvelle venue et sa cousine se dévisageaient depuis un moment et la petite Wallen se décomposait à vue d'œil. Il apparaissait évident que Thranduil posté à quelques pas d'elles semblait sur le point d'exploser. Ils avaient tellement à cacher ces deux-là que c'en était effrayant tout comme cette elfine l'était d'ailleurs. Klaùs ressentait les ondes de son pouvoir lécher chaque particule de l'air, l'envelopper lui comme les autres de son aura magnétique... et il n'aimait pas ça, pas ça du tout. Ses pensées aussi tortueuses fussent-elles étaient personnelles tout comme l'étaient celles d'Ilyrià.

Lorsqu'il vit le visage en cœur de la Wallen tiquer sous la pression, il se décida à intervenir. Jamais il laisserait qui que ce soit malmener sa co-ogha, physiquement ou moralement. Klaùs se passa la main sur le visage pour en chasser le moindre signe de fatigue et s'approcha de l'elfe sans tenir compte des regards indignés de tous autour. On ne s'approchait pas de la Dame aux Bois d'Or sans y être invité au préalable. On n'interrompait pas la longue litanie de présentation guindée de la politesse elfique...

Sauf qu'il n'était pas un elfe. Sauf qu'il était tout excepté poli. Sauf qu'il était Klaùs, un Dragon retors à l'âme aussi noire que l'obsidienne de ses yeux. Le Wallen se planta devant elle, le corps tendu à l'extrême, la main enroulée sur sa nuque, ses traits figés dans un air prédateur et excessivement canaille. Ses prunelles noircies comme l'onyx accrochèrent celles pâles et pures comme l'azur de Galadriel. Un sourire carnassier étira lentement les lèvres charnues du Dragon. Il se doutait bien qu'elle ne serait pas dupe de cet interlude mais tout ce qu'il souhaitait était que la sirène ait le temps de se reprendre et d'esquiver une nouvelle intrusion.

- Alors... Latha màth Galadriel, souffla-t-il d'une voix rauque en se penchant vers elle. Son attitude provocatrice souleva un vent de réprobation parmi la Garde de la Dame de Lorien.

- Siulad, fils de Crawen, Klaùs le Dragon Pourpre, répondit-elle de sa voix aérienne et posée. Vous êtes d'une fidélité criante au portrait qui m'a été fait de vous, maître Wallen.

- Et encore, susurra-t-il de sa voix toujours autant éraillée. Vous n'avez rien vu, ma Dame. Je suis pire encore... Je pourrais vous montrer bien des choses qui vous laisseraient aussi pantoise... que pantelante.

Les quelques elfes assez méritants pour être relativement proches de Galadriel faillirent s'étrangler sous l'audace du Wallen. Ilyrià se retint à grand-peine de rire à gorge déployée mais un regard glacé et courroucé du roi la cloua sur place. Elle lui fit un clin d'œil et secoua la tête imperceptiblement à l'attention de son cousin pour le prévenir de ne pas aller plus loin. La jeune femme avait bien compris qu'il ne faisait cela que pour détourner l'attention de l'elfine d'elle.

A son grand étonnement, Galadriel se rapprocha de lui, indifférente aux murmures de protestations jusqu'à se retrouver quasiment collée au torse découvert du Wallen. Elle était réellement grande et se pencha vers lui pour lui chuchoter à l'oreille, son souffle aussi léger et frais qu'une brise hivernale:

- Ne vous laissez pas consumer, Dragon, murmura-t-elle, sa voix douce le caressant comme seule une mère était sensée pouvoir le faire. Votre raison vacille, votre flamme aussi... Vous le savez. Il faut vous reprendre sinon vous ne pourrez aider... Vous ne serez qu'un instrument de mort au lieu de la rédemption que vous cherchez désespérément à atteindre, au-delà même de votre essence...

Il recula son visage et la regarda choqué par ses paroles mais se reprit rapidement, ses traits comme figés dans le marbre. A son tour, il se baissa et articula d'une voix basse et moqueuse:

- Vous. Ne. Savez. Rien. De. Moi, femme elfe. Ne prétendez pas le contraire ou ce goût du sang qui me pollue les veines pourrait bien se rassasier du vôtre.

L'elfine lui sourit avec bienveillance et, comme s'ils étaient seuls au monde, posa sa main sur la joue rugueuse de Klaùs:

- Ne vous méprenez pas, mellon... Vous pensez être le mal incarné, que votre nature ne peut vous pousser que vers la noirceur de l'âme que vous ne croyez pas posséder... Vous avez tort mais vous devez le découvrir vous-même. Dans votre déchéance, pensez-y. Laissez la lumière vous atteindre... Vous devrez chuter pour cela, homme dragon. Il faut tomber pour se relever.

Klaùs détacha la main de son visage fermé. Il inspira, profondément ébranlé par les dires de cette elleth que l'on disait d'une extrême sagesse. Apparemment pas assez sinon elle aurait senti que la seule chose qu'il souhaitait ardemment pour le moment était de lui arracher sa main du reste de son bras et de se repaître de son sang comme s'il était le plus merveilleux des calices.

Sans un mot ni le moindre regard, il se détourna et partit dans les jardins. Il avait besoin de calme, de sérénité si tant est qu'il puisse jamais en ressentir. Il fit un détour par ses appartements pour récupérer la seule chose qui avait le don de l'apaiser un minimum.

Au plus profond des bois qu'offrait la caverne, il s'installa sur une vieille souche de chêne. Il leva son visage vers le ciel blanc en sentant les flocons de neige lui balayer la nuque et son dos nu. Il ne craignait pas le froid mais la douceur de la neige et la pureté qui s'en dégageait lui tranquillisaient les sens. Il cala son menton sur son fiddle et commença à jouer quelques notes.

Ses pensées incohérentes se mirent à tournoyer au rythme de la musique avant de s'y abandonner avec joie. Klaùs se leva et se mit à serpenter, à onduler au son lancinant qu'il arrachait aux cordes de son instrument. Ses traits crispés, son corps arc-bouté, tout en lui sentait l'urgence... l'urgence de comprendre ce qui lui arrivait, d'où venait la violence qui rongeait peu à peu son être et le paralysait progressivement. Une seule chose le taraudait... L'appel du sang que même l'alcool ne parvenait plus à endormir. Au contraire, ce brouillard perpétuel qui l'étreignait depuis quelques jours était teinté du carmin hypnotique. Rien, absolument rien ne pouvait le sauver de l'envie de mort qui l'enchaînait à elle.

Avec un hurlement rageur, il jeta son fiddle qui alla se fracasser contre l'arbre et tomba à genoux. Un râle inhumain s'exhala de sa gorge alors que ses yeux se fendirent sous l'excitation du malaise qui le consumait. Dans une tentative désespérée, il s'agrippa les bras et planta ses griffes dans chacun de ses avant-bras. La pluie tombait sur lui maintenant. Il se releva en regardant fasciné le liquide vermeil couler. Mû par une impulsion soudaine, il passa sa main sur sa blessure et s'en badigeonna le bras avant de la faire remonter sur son torse, y laissant le passage de son empreinte sanglante... Le rite du sang et de la mort, celui propre aux Dragons que son oncle avait aboli des siècles plus tôt arguant que c'était donner à ceux de son espèce la bénédiction à leurs turpitudes. Soudain, la pluie aidant, il reprit ses esprits et s'appliqua à chasser grâce à l'eau de pluie toutes traces de son comportement irraisonné.

Seulement une chose était sûre et d'une clarté aveuglante pour le Wallen. Il était en train de succomber à une folie que ni lui ni son Dragon ne pouvaient combattre.

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Le Léviathan,

Le Wallen se rencogna dans son fauteuil, un sourire flottant sur ses lèvres fines. Tout se passait exactement comme il l'avait prévu... Il se sentait réellement l'âme d'un marionnettiste à tirer les ficelles de chacun de ces pantins involontairement complices de ses plans. C'était purement et simplement jouissif de les voir se débattre dans le marasme de leurs sentiments. Ils agissaient comme le lui souhaitait, ainsi qu'il avait toujours gagé qu'ils le feraient. C'était si drôle! Sturten qui croyait manipuler à sa guise le roi elfique en lui infligeant la présence d'un dragon rouge particulièrement vicieux et la présence d'un requin mal intentionné...

Qu'aurait-il pensé s'il connaissait les vrais ordres de ses lieutenants? Leur présence au sein des cavernes elfiques n'apportait que la haine, attisait les désirs malvenus et conjurait à l'abandon des bonnes résolutions quelles qu'elles fussent... Il avait su s'entourer des bonnes personnes. Sans conteste aucun. Le Dragon rouge n'était que violence et se gavait littéralement des problèmes que lui-même engendrait. Il n'aimait rien tant que de voir les autres se faire dévorer par leurs propres désirs. La première personne qu'il visait était son propre cadet. Il voulait le voir souffrir. Il voulait achever son œuvre de destruction sur ce frère, celle qu'il avait initié dès le plus jeune âge de Klaùs. Quant au requin... Tout ce qu'il souhaitait, c'était prendre sa revanche sur une certaine sirène qui trop longtemps s'était refusée à lui ainsi que sur l'homme qu'il tenait pour responsable, le Ceanar. Comme quoi la beauté n'abritait pas que la grandeur d'âme mais aussi le vice et la pourriture.

L'homme se mit à rire en jetant le pli qu'il venait de recevoir dans les braises du foyer de l'âtre gigantesque devant lui. La lettre que venait de lui faire parvenir Iffrin l'avait mis particulièrement de bonne humeur. Elle confirmait chacune des pièces de l'échiquier qu'il avait lui-même mis en place. Le Wallen avait l'impression de jouer une partie face à lui-même... Il ne craignait même pas la réaction des Dieux. Ils avaient perdu. Un frisson de plaisir lui parcourut l'échine. Il pouvait sentir son double onduler d'un plaisir malsain comme pervers sous sa peau burinée. Bientôt le monde serait à feu et à sang, baignant dans un indicible chaos.

Comment pouvait-il en être autrement alors que la propre fille du roi ouvrait les cuisses pour un ellon que son propre père haïssait, le rendant responsable de la perte de son âme sœur?... Alors qu'une de seules personnes à pouvoir la soutenir était en passe de devenir roi au pays des fous?... Alors que le Ceanar, fort parmi les forts, ne croyait plus en ses principes et que la moindre pichenette l'enverrait croupir avec les chiens dont il était le digne représentant?

Il se frotta les mains et fit craquer chaque vertèbre de son dos. Sa bête voulait sortir et consumer la cité, le monde mais lui ne voulait pas bouder son plaisir au préalable. Il désirait les voir se déchirer, s'entre-tuer... ce qui risquait fort d'arriver s'il continuait de tirer les bonnes ficelles. Maintenant que ses hommes avaient joué leur jeu et dévoiler ce que lui soupçonnait, à savoir la liaison certaine de la sirène wallen et du cerf elfique, il devait se montrer prudent comme habile tacticien. Jamais ils n'avoueraient de leur plein gré... du moins pas assez vite à son goût... Cependant... Maintenant qu'il savait Thranduil littéralement harponné par cette petite enjôleuse, il était certain qu'il la laisserait d'autant moins quitter le sein de son royaume moribond tout comme la jeune femme le refuserait également.

Alors quoi?

Alors... si une certaine jeune fille aussi pure qu'innocente dévoilait au roi phénix la véritable teneur de sa vision sous le couvert d'une toute nouvelle, ce dernier laisserait éclater toute sa colère. Il refuserait une telle union. Il ne pouvait en être autrement. L'ire qu'il ressentait à l'égard de l'elfe était bien trop palpable. Sturten exigerait le retour de sa fille chérie et se heurterait à la volonté de fer d'un ellon trop possessif pour son propre bien. De ça, il en était sûr. Le seigneur elfe était pris dans la toile de sa passion pour la jeune Wallen et jamais il ne la laisserait repartir. L'union des Valar laisserait place à la guerre, au feu et au sang, faisant s'affronter les deux puissants royaumes qui finiraient de s'affaiblir. Alors, de tapi dans l'ombre jouissant de ce chaos qu'ils s'infligeraient eux même, il sortirait en pleine lumière pour les écraser tous. D'un pas alerte, il monta les escaliers menant au dernier étage de la Tour d'ambre et d'airain. Il ouvrit la dernière porte et esquissa un léger pas de danse.

- Ma chère, nous devons parler! s'exclama-t-il en refermant derrière le garde qu'il avait soudoyé sous le couvert de belles paroles.

La jeune Wallen frissonna sur sa balançoire, réprimant l'envie de se jeter dans le gouffre béant au-dessous d'elle. La mort lui paraissait bien douce en comparaison à cet homme qui exsudait la folie et la destruction.

- Sois heureuse, petite fille, marmotta-t-il. Il resta caché dans l'ombre des braseros, l'effrayant plus encore ainsi. Tu vas enfin pouvoir révéler ta vision à ton roi. Après tout, n'est-ce pas là ton devoir?

- Ciod? demanda-t-elle d'une voix chevrotante.

La voix du Wallen perdit toute trace d'humour et se fit odieusement tranchante.

- Tu vas faire appeler ton roi et lui dire ce que tu lui caches depuis des mois maintenant. Que le prince elfe n'était qu'une espèce de tromperie et que sa fille adorée est promise aux mains particulièrement, et je te fais confiance pour bien insister là-dessus, mauvaises et vicieuses du roi de la Forêt Noire.

- Mais... mais cet elfe lui est destiné, il ne lui fera jamais de mal... fit naïvement la toute jeune fille.

- Il sera ce que moi je veux qu'il soit, l'interrompit d'une voix étonnamment douce la Léviathan.

La Prêta baissa la tête en signe de reddition. L'homme sourit devant la mine atterrée de la jeune prêtresse.

Ce soir commençait enfin le début de la fin.

Echec.

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Galadriel,

L'elfine s'assit avec toute la grâce qui la caractérisait sur une des méridiennes qui agrémentait l'immense talan qui lui avait été dévolu, un des seuls qui se trouvaient dans les cavernes. Elle remerciait l'hôte de ces bois de lui avoir fait cette faveur. Elle promena son regard tranquille sur les lieux et en apprécia la beauté. Le bois sombre, les meubles sobres mais nobles donnaient une impression de sérénité qui adoucissait son aura chahutée. Galadriel posa sa tête contre le dossier, alanguie par la torpeur qui s'emparait doucement d'elle. Le voyage éprouvant en plein hiver de la Lorien à la Forêt Noire n'avait pas été des plus aisés surtout en l'absence de son cher époux... Et c'était sans compter sur le comportement tonitruant des deux Wallens qu'elle avait rencontré dès son arrivée. Elle avait été curieuse de les rencontrer et ce, depuis longtemps elle devait l'avouer. Ce peuple était un mystère et cela était pour le moins rafraîchissant pour elle. Peu de choses sur Arda pouvait se targuer de lui être inconnues. Or dans le cas présent, elle n'avait trop su réagir.

Elle soupira en portant à ses lèvres une coupe d'hydromel coupé de lait. Certains de ces us étrangers étaient pour le moins agréables se dit-elle. La saveur douceâtre du liquide ambré lui brûlait la gorge tel un feu ardent... aussi flamboyant que le jeune Wallen rencontré une heure auparavant. Au-delà de son comportement à la limite du grossier, elle avait entraperçu le malaise, la noirceur qui tentait sournoisement de planter ses griffes acérées en lui. Un mal obscur était ici à l'oeuvre, traître et odieusement retors. Chaque fibre de l'elleth avait pu le ressentir. Il enveloppait le Dragon aspirant son essence, s'immisçant dans chaque faille qu'il ne réussissait pas à colmater. Malheureusement, elle était consciente de ne pouvoir l'aider. Il ne la laisserait jamais intervenir dans un quelconque processus de guérison. Il n'avait absolument aucune confiance dans la gent elfique. S'il l'avait ainsi approchée, c'était pour mieux la distraire. Il avait voulu l'éloigner de sa cousine, la jeune Ilyrià.

L'elfine se redressa sur son siège pour faire passer sa longue chevelure d'or sur son épaule puis se mit à jouer machinalement avec l'anneau qui ornait son index. Comme à chaque fois que Galadriel se sentait fragilisée dans ses aptitudes, elle ne pouvait s'empêcher de revenir, de toucher la source de ce dernier. La beauté de ce bijou transcendait tout le reste. Ses yeux étaient fixés, fascinés par l'éclat que lui renvoyait sa bague. L'anneau de l'eau, appelé communément Nenya, était plus éclatant encore que la lumière des étoiles, sa gemme blanche plus brillante que de l'adamant... Mais son pouvoir était à double tranchant. S'il lui permettait de protéger son royaume du mal environnant, il avait envahi une partie de son cœur comme de son fëa. Son envie de pouvoir s'accroissait au fil du temps. Cependant, sa sagesse et sa clairvoyance bridaient ses élans de conquête. Elle priait les Valar qu'il en soit toujours ainsi.

Penser au Dragon la ramena aussitôt vers la princesse wallen. Lorsqu'elle lui avait été présentée à son arrivée, la Dame de Lorien avait été surprise... par sa jeunesse dans un premier temps mais surtout par l'aura qui se dégageait d'elle. Les filaments d'énergie qui crépitaient autour de la Wallen se tendaient sans discontinuer vers la propre essence du roi de la Forêt Noire comme s'ils s'attiraient l'un l'autre... Voilà qui était plus que curieux mais surtout impossible. Seuls deux âmes n'en faisant qu'une pouvaient arriver à un tel état de fusion. Elle pouvait ressentir leurs âmes s'entrelacer et se chercher sans cesse... L'elleth n'avait alors pu résister à plonger dans l'esprit de la jeune femme qui n'avait pu parer l'intrusion aussi brutale qu'intempestive.

Avant même de comprendre, Galadriel avait su. La troublante vérité lui avait alors été révélée. La Wallen en face d'elle n'avait pu cacher l'emprise que l'elfe avait sur elle. Une colère sourde à laquelle l'elfine n'avait pas été confrontée depuis très longtemps l'avait étreinte. Le choc avait été rude.

Comment le seigneur Thranduil, elfe millénaire et lui-même spectateur impuissant de la chute de leur premier royaume, avait-il pu ainsi succombé aux charmes de celle que les Valar lui avaient désignée comme future bru? Avait-il si peu de retenue sur lui-même? Comment avaient-ils pu passer outre le devenir d'Arda et de leurs peuples respectifs pour assouvir des besoins aussi triviaux que ceux de la chair?!

- Vous rendez-vous compte que votre « attachement » menace la pérennité de nos royaumes, Princesse sous la Mer? L'inconséquence de vos actes nous porte préjudice à tous, gwend! Lui avait-elle soufflé dans l'effleurement de leurs esprits.

La jeune femme lui avait alors jeté un regard noir, les poings serrés alors que Thranduil semblait sur le point d'éclater. Son menton volontaire avait tremblé d'indignation. La Wallen avait planté ses yeux bicolores dans ceux de l'elfine pour lui crier mentalement:

- Ce dont je me rends compte, Dame des Bois, c'est de vos manières de faire si virulentes et hors de propos! Sortez de ma tête, avait grondé Ilyrià avec colère.

Nullement choquée, Galadriel avait alors affirmé son incursion.

- Vous ne pouvez risquer d'être mis à nu... avait-elle continué, radoucie. Ne vous laissez pas aveugler par vos émotions si primaires... L'obsession de votre double pour les tentations de la chair est compréhensible. Et puis, vous n'êtes pas seule en faute ici...

La violence des sentiments de la jeune femme l'avait alors percuté de plein fouet. L'elleth s'était retenue pour ne pas ciller sous l'impact des images et de sensations qu'Ilyrià avait propulsé dans son propre esprit. Galadriel avait été soufflée par l'aplomb sans bornes de la Wallen.

- Je suis revenue des limbes de Tir Na N'Og pour lui, avait asséné Ilyrià. Cela va bien au-delà du délice coupable des sens ma Dame. Je suis toute à lui. Vous ne pouvez défaire ce qui est. Il est bien trop tard pour cela.

Galadriel sourit malgré elle en repensant à cette rencontre haute en couleur. L'audace due à la jeunesse de cette petite effrontée était, en dépit des dommages collatéraux qu'elle provoquait, fort rafraîchissante. L'elfe comprenait qu'un ellon aussi impétueux que le Sindar s'était épris d'une telle bouffée d'air frais dans l'immobilisme de son trône. Cela dit, si la jeune princesse était beaucoup trop fougueuse pour songer aux conséquences dramatiques de son engouement, Thranduil devait se reprendre et mettre de l'ordre dans ses affaires avant de réduire à néant leurs efforts à tous.

Tout à coup, ses muscles se raidirent. Son esprit se focalisa sur un point précis comme à chaque fois qu'une vision s'imposait à elle. Elle se leva et, de sa démarche aérienne, passa dans la pièce attenante au salon. Cette salle-là était nue, dépourvue du moindre ornement. La seule lumière venait du feu crépitant dans l'immense cheminée qui réfléchissait l'éclat argenté du petit bassin installé sur un trépied.

Son miroir l'appelait. Elle ne pouvait résister à cette prière muette. L'elleth saisit la cruche posée au pied et en versa son contenu en un mouvement ample et gracile avant de se pencher au-dessus de l'eau miroitante. Quoi qu'elle pu y voir, l'image la pétrifia au point qu'elle lâcha la carafe d'argent qui alla rouler sur le sol avant de s'écraser contre le mur. Galadriel agrippa si fort les rebords de son miroir que ses phalanges blêmirent un peu plus encore. Ses grands yeux bleus scrutaient fébrilement la surface de l'eau, n'arrivant pas à assimiler ce qu'elle y voyait. Avec peine, elle s'arracha à sa vision et recula, ébranlée. Galadriel se passa la main sur son front comme si ce geste allait pouvoir miraculeusement tout éclaircir.

- Comment ai-je pu me fourvoyer à ce point? murmura-t-elle, accablée.

Jamais, au grand jamais, la Dame de Lumière avait autant fait défaut au don de prescience que lui avaient octroyé les Valar.

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Thranduil,

Le roi finissait de se vêtir quand un discret grattement le sortit de sa rêverie matinale. Rêverie n'était certainement pas le terme adéquat. Il aurait plutôt dû parler de tumulte, de réflexions erratiques et chaotiques... Entre les percées d'orcs qui s'intensifiaient ces derniers temps, les raids contre les arachnides, les Wallens menaçant le fragile équilibre de sa cité, les nouveaux arrivants d'Imladris et de la Lorien, son fils qui l'évitait et sa sirène qui l'attirait sans cesse à elle, vile ondine enchanteresse... l'ellon ne savait plus où donner de la tête. Bien derrière lui était le temps béni de la torpeur l'ayant conduit à cet immobilisme latent qui avait couronné ses derniers siècles... Cela dit, il avait beau pester, il savait au plus profond de lui être relativement satisfait de cette situation.

Il n'eut pas le temps de répondre que déjà la porte laissait passer une jeune tornade aux boucles noires sautillante et rieuse. Elle s'approcha de lui après avoir scrupuleusement refermé la porte derrière elle. L'ellon réprima le sourire qui tentait de percer la barrière sévère de ses lèvres alors qu'elle n'était plus qu'à quelques centimètres de lui.

- Adaneth... maugréa-t-il d'une voix froide qui contrastait avec la douceur caressante de sa main sur la nuque de la jeune femme. Que faîtes-vous donc ici?

- J'ai remarqué qu'étrangement ici, les nobles, dont vous êtes le haut représentant mo righ, ont besoin d'aide pour s'habiller, ronronna Ilyrià, une lueur coquine dans le regard. Aussi, suis-je venue vous secourir... Vous verrez, mes mains sont aussi douces et habiles que celles de votre Intendant...

L'elfe allait répliquer vertement quand il sentit les doigts de la Wallen papillonner sur sa peau et dût se faire violence pour ne pas se saisir d'elle sur le champ. Petite peste... La Wallen , une moue clairement boudeuse sur son joli minois, boutonna lentement et à regrets la tunique du souverain.

- Vous êtes véritablement assoiffée melleth nîn... railla Thranduil.

- Certes, a thu mo righ... (de toi mon roi...), répondit-elle, provocante mais Ilyrià reprit, plus grave: Ma venue n'est pas complètement fortuite ou due à une irréprécible envie de jouer à la bête à deux dos, je le crains -elle ignora l'ellon qui la fusilla d'un regard noir et continua sombrement- Tha mi diulich (je suis désolée) mo chridhe, ta Dame Galdriel...

- Galadriel, rectifia machinalement l'elfe en croisant les bras sur son torse.

- Oui, si tu veux... Galadriel... Elle est entrée dans mon esprit sans y être cordialement invitée au préalable, ironisa la Wallen. Je crois, non, je sais qu'elle y a trouvé les réponses qu'elle cherchait.

Elle baissa la tête si piteusement que cette fois, les lèvres de Thranduil s'incurvèrent en une esquisse de sourire aussi narquois que charmant. Cependant, il disparut tout aussi rapidement pour laisser place à un rictus féroce.

- Je m'en doutais déjà. Elle ne peut s'empêcher de plonger dans les esprits à la recherche de réponses... Je ne puis le supporter, grommela le souverain en lissant instinctivement une des boucles folles. Nous savions que cela arriverait tôt ou tard, ma Dame... Ne le prenez pas pour vous. Vous n'avez pas les capacités pour la défier tout simplement et encore moins la contrer.

- Je lui ai tout de même fait part de ma façon de penser quant à ses manières effroyables! s'exclama Ilyrià en fronçant les sourcils.

- J'en suis persuadé, wen nîn, se moqua-t-il avec un sourire en coin.

Il leva son visage de son index et embrassa sa tempe d'un baiser chaste mais brûlant. Il ne pouvait s'aventurer plus loin au risque de perdre pied. Aujourd'hui était jour de liesse et, au-delà de tous les préparatifs que nécessitait Turuhalmë, il savait parfaitement qu'une discussion houleuse avec deux seigneurs elfiques l'attendait.

Ilyrià s'échappa du bras possessif de l'elfe en gloussant et alla se vautrer sur une des bergères tendues de soie sombre. A plat ventre, ses jambes battaient négligemment l'air en se dénudant de manière fort outrageuse. Thranduil leva les yeux au ciel et termina d'attacher son manteau. Il alla s'asseoir au bord du fauteuil et passa ses doigts sur le mollet nu de sa jeune compagne. Il soupira, frustré, devant son air mutin. Elle le regardait les yeux mi-clos chargés d'un désir qu'elle ne cherchait même pas à dissimuler. Tout à fait indécent.

- Vous devriez aller vous préparer, ma Dame, souffla-t-il d'une voix vibrante.

Loin de lui obéir, Ilyrià posa sa joue sur ses avant-bras croisés.

- Parlez-moi de cette fête, mo righ.

- Dame Wallen, la gourmanda le roi. Je n'ai point le temps...

- Thranduil, aran nîn, s'il te plaît... Je suis juste curieuse des coutumes de ton peuple...

L'ellon tiqua. L'enjôleuse savait s'y prendre lorsqu'elle le souhaitait. L'entendre parler en sindarin le remuait épouvantablement. Les sonorités douces et chantantes de sa langue qui roulaient au rythme de sa voix rocailleuse lui plaisaient tellement... De son index, il continuait de remonter le long de sa jambe et attaquait paresseusement le galbe de sa cuisse. Ses yeux gelés comme un fjörd l'hiver suivaient son ascension, fascinés par la peau frémissante.

- Turuhalmë... dit-il rêveur. Nous l'appelons aussi la fête de la Bûche, le jour du Bout de l'An. Nous célébrons ainsi le jour le plus court de l'année elda, la flamme créatrice d'Erù Illuvatàr qui toujours renaît...

- Comme notre fête du Solstice, mo ruin, l'interrompit Ilyrià, elle aussi songeuse devant cette similitude entre leurs deux peuples. Nous remercions alors Erù pour sa Flamme Inextinguible, cette entité unique et primordiale... celle qui a empêché l'espèce wallen de s'éteindre.

Thranduil opina du chef, l'œil toujours fixé sur le cheminement de sa main aventurière.

- Le matin de Turuhalmë, appelé halm, continua-t-il, les ellons de la cité se rendent dans les bois sûrs des cavernes, à défaut de la Forêt désormais, pour y chercher les plus grosses bûches qui soient. Elles sont alors ramenées dans les foyers où les maîtres des talain les bénissent avant de les jeter au feu. Elles doivent ainsi brûler le plus longtemps possible dans les Pièces aux Contes...

- Un gage de prospérité comme de chance, j'imagine?

- Vous imaginez bien, ma Dame, sourit distraitement le roi en remontant toujours un peu plus la robe de laine.

La vision du postérieur rebondi de la jeune femme l'électrisa et il rabattit le tissu jusqu'à ses chevilles. Un manque de retenue tout bonnement inacceptable, se morigéna-t-il.

- Aran nîn, tu es un polisson, railla-t-elle. Jamais je n'aurai cru les elfes si pervers.

- Quant à moi, je me doutais bien que les femmes wallens étaient de dangereuses sorcières! rétorqua le roi en se relevant prestement.

- Tu n'as pas idée, marmonna-t-elle, la voix rauque.

Thranduil ceignit sa lourde couronne aux couleurs hivernales et congédia la jeune femme.

- Vas te préparer pour les festivités, melleth nîn. Tu dois partir d'ici avant que quiconque ne remarque ta présence. J'ai à faire et cela ne m'enchante guère, grinça-t-il. Vas et profite de la cité. Mange, bois, danse et prends part aux récits contés aux coins des feux... Nous nous retrouverons à un moment ou l'autre... si je ne suis pas mort d'ennui d'ici là.

Ilyrià souffla en réajustant le surcot qu'elle s'imposait depuis quelques jours en raison des basses températures. La Wallen glissa jusqu'à l'elfe et lui prit la main qu'elle posa sur son cœur avant d'apposer la sienne sur sa poitrine à lui.

- Voilà comme on se salue chez moi la personne que l'on porte en son sein, murmura-t-elle.

La jeune femme lui tourna ensuite le dos et, la main posée sur la poignée, s'apprêtait à sortir quand deux bras l'enlacèrent puissamment pour la ramener contre le torse de pierre de l'ellon. Son souffle balayait sa peau et ses longues mèches argentées glissaient sur son cou. La Wallen frissonna de plaisir quand elle sentit les dents de l'elfe mordiller la chair de sa nuque.

- Ne fais rien que je ne ferai, melleth nîn, gronda-t-il tout contre elle en la serrant plus fort.

L'avertissement était on ne peut plus clair. Sans le regarder ni dire un mot qui aurait été de toute façon superflu, elle passa sa main sur sa joue et se libéra de son étreinte pour sortir. Thranduil soupira. Il avait la désagréable impression que, sortie de son champ de vision, sa jeune amante ne pourrait que s'attirer ennui comme désagrément... et ce, pour tous les deux.

Une demi-heure plus tard, alors qu'il était en train de lire les différentes dépêches relatives aux affaires courantes du royaume sylvain, il vit Gallion entrer dans ses appartements pour annoncer l'arrivée imminente des seigneurs d'Imladris et de Lorien... comme s'il ne s'y attendait pas! Thranduil retint un sourire, hors de question de montrer quoi que ce soit devant son intendant ou n'importe qui d'autre d'ailleurs. Il regarda Elrond et Galadriel entrer à leur tour et les invita d'un geste de la main à s'installer dans les fauteuils en face de lui avant de faire signe à Gallion de leur servir un verre de Dorwinion ou d'Hypocras. A son grand désarroi, la Dame lui demanda s'il n'avait pas de... l'hydromel.

- Je reconnais prendre plaisir à ce breuvage, rit-elle doucement alors que l'elfe sylvain quittait les appartements de son roi en quête de la fameuse boisson. Coupé de lait, je dois avouer trouver cela délicieux. Certains aspects de la cité de la Mer sont pour le moins... attractifs et amènent à la dépendance, ne trouvez-vous pas Seigneur Thranduil? fit-elle, malicieuse.

Visiblement, l'elfe concerné ne trouva pas matière à rire au vu du regard courroucé qu'il lui renvoya alors que le Perendhil arquait un sourcil d'incompréhension. Le souverain des bois croisa ses longues jambes et porta la coupe à ses lèvres avec une nonchalance tout à fait feinte. Intérieurement, il bouillait de voir l'elfine se délecter du marasme qu'il ressentait, que ce soit à l'égard de la jeune Wallen qui polluait quasiment chacune de ses pensées ou bien encore du devenir de sa cité. Comment faisait-elle pour se jouer de lui dans ces heures sombres? Cela dit, l'éclat de ses yeux bleus lui fit froncer ses épais sourcils. Il n'aurait pas su l'expliquer mais ce que l'ellon pouvait voir dans le regard de la Dame lui semblait singulièrement amical en dépit de ce qu'elle venait pourtant de découvrir. Il aurait cru que l'elleth transpirerait la désapprobation et le mécontentement. Pourtant, elle le couvait d'un œil au contraire tout ce qu'il y avait de plus bienveillant. Qu'aurait-il préféré? Il en était loin d'être sûr... Après quelques minutes de silence fort pesant, Galadriel prit la parole de sa voix douce :

- Mellyn... Il est grand temps de parler honnêtement de la situation qui nous intéresse...

- Et je suis heureux de constater qu'elle est autrement meilleure que je ne l'avais craint à mon arrivée, continua Elrond, curieux des regards lourds de sous-entendus qu'échangeaient ses deux vis-à-vis. Il est doux à mon cœur de trouver une cité apaisée, mon ami. J'avais, je dois l'avouer, une certaine appréhension en venant ici aux dires de mes fils lors de leur dernière visite... Hors vous me semblez avoir pris sur vous depuis notre dernière entrevue...

- La situation a certes évolué, fit doctement l'elfine, mais pas dans le sens où vous-même l'entendez, mon ami... Les sentiments de notre hôte ont changé mais non sur le peuple wallen...

Thranduil reposa sa coupe avec tant de virulence sur le bureau que quelques gouttes allèrent s'écraser sur le bois noir de sa table d'étude. Il ancra son regard polaire dans les yeux chaleureux du Perendhil et, se forçant à calmer le tressaillement de sa voix, il asséna :

- Ce que Dame Galadriel sous-entend, mellon, est qu'elle est au courant...

- Au courant ? l'interrogea Elrond, sa voix soudain plus incisive. L'air autour d'eux s'était comme gelé alors qu'il avait l'impression que le cerf allait se jeter sur la sorcière aux bois d'or. Quelque chose lui manquait, une information capitale...

- Au courant que la princesse wallen ne pourra devenir ce que tous attendent d'elle, soit ma... ma bru, répondit le roi avec une difficulté certaine quant à ses derniers mots.

- Manan?! S'écria le seigneur d'Imladris en se levant. Vous ne pouvez refuser cette union, Thranduil! Je croyais que ces quelques mois auraient fini de vous convaincre! Etes-vous fou? Vous ne pouvez défier les Valar et refuser ce que les dieux nous demandent, en particulier losqu'il s'agit du devenir de tant de peuples!

- Elle ne peut devenir l'épouse de mon fils, gronda Thranduil, alors qu'elle...

- Alors qu'elle vous est destinée à vous et à vous seul, roi de la Forêt Noire, asséna Galadriel d'une voix d'outre-tombe.

Elle se leva alors qu' Elrond retombait littéralement sur sa chaise, abasourdi. Ses grands yeux bleus rencontrèrent ceux de givre du souverain et lui sourit comme si elle lui était redevable. Un éclair de culpabilité passa dans son regard.

- Toute la faute de cette situation doit m'être imputée... Jamais encore je n'avais si mal interprété une vision des Valar. Thranduil... Ne comprenez-vous pas, mellon? Ne comprenez-vous donc pas pourquoi vous êtes si incroyablement attiré par cette jeune femme alors que tout, absolument tout vous sépare d'elle? Votre fëa s'est lié à elle d'une manière irrépressible...

- Et je serai damné pour cela, marmonna le roi.

Elrond étouffa un juron, lui qui n'était que pondérance. La vérité qu'il commençait à entrevoir dans les paroles encore quelque peu nébuleuses de ses deux amis lui paraissait si impossible, improbable... Se pouvait-il réellement que son ami depuis des millénaires qui avait pourtant connu l'amour ainsi qu'une longue vie jalonnée de déboires et malheurs se retrouve dans une telle situation?! Cela ne s'était jamais vu de mémoire d'elfe! Le fëa d'un elfe ne s'éprenait qu'une seule et unique fois si l'on ne comptait pas l'histoire de... Histoire maudite par ailleurs. Thranduil avait certainement raison lorsqu'il avait parlé de damnation.

- Non, affirma Galadriel de sa voix chaude. Il ne s'agit pas de votre perdition, mellon. Je crois, au contraire, que vous trouverez là si ce n'est la rédemption à laquelle vous aspirez désespérément alors qu'il n'ya pas lieu entendons-nous bien, un amour inconditionnel... - elle posa ses mains sur le bureau et se pencha sur le bureau pour happer l'ellon de son regard hypnotique- Thranduil...

- Vous ne pouvez avoir raison! s'emporta-t-il. Vous l'avez vu! Legolas..

- Etait présent dans cette vision, tout comme vous, trancha l'elleth, puis continuant d'une voix étonnamment lente: ... tout comme vous. J'ai cru qu'il s'agissait de votre fils... Les elfes ne pouvant s'unir deux fois, je n'ai pas pensé un seul instant qu'il puisse s'agir de vous et là est ma grande faute. J'espère que vous pourrez me pardonner.

- C'est folie! intervint Elrond, bouleversé. Il s'agit là d'une de nos lois immuables! Comment et surtout pourquoi les Valar transgresseraient-ils une règle qu'ils ont eux même mise en place? Cela n'a pas de sens!

- Ma vision a été très claire, dit l'elfine avec conviction. Vous épouserez la fille du phénix. Pourquoi? Je n'en sais rien. Vous ne pouvez rien contre l'amour que vous lui portez déjà comme elle d'ailleurs ne peut réprimer ce qu'elle ressent à votre encontre et qui est d'une force peu commune, croyez-moi, conclut-elle en souriant.

Le roi darda sur elle un regard d'une froideur à faire peur. Il se leva à son tour avec lenteur et leur tourna le dos. Son regard erra sur les énormes mellyn et autres arbres qui s'offraient à sa vue, nus de leurs feuillages où se balançaient les quelques flocons qui voletaient au gré de la bise hivernale. Lui aussi se sentait gelé, glacé jusqu'à la moelle. La mascarade des sentiments qui se jouait depuis des mois entre cette Wallen, son fils et lui ne se résumait donc qu'à une énième joute des Valar et une vision erronée? Une colère sourde emplissait peu à peu son âme. Comment aurait-il pu en être autrement alors qu'il se sentait utilisé comme un pantin?... Ses sentiments étaient-ils seulement vrais ou n'étaient-ils que feints?

Le roi se sentait comme pris au piège d'une arachnide encore plus puissante que celles qui parcouraient son domaine. Des mois qu'il se torturait, se haïssant pour la folie, la puissance de ce qu'il ressentait pour cette minuscule femme à moitié humaine... Des mois qu'il mentait à son propre fils, à lui-même... Tout ça pour quoi? Pour une volonté des Valar? D'Erù? Pour un sentiment factice qui lui était dicté? Son sang se figea un peu plus quand il pensa que s'il en était ainsi pour lui, il en allait de même pour elle. Ce qu'elle lui avait enfin avoué quelques nuits plus tôt, n'était-ce qu'un fétu de paille?

Il ferma les yeux une seconde et se pinça les narines pour conjurer la rage qui menaçait de lui dévorer les entrailles. Il aspirait tellement à la sérénité, à la tranquillité de ses sens comme de son esprit tortueux et torturé... Enfin il comprenait cette obsession que la jeune femme lui inspirait, pourquoi il n'arrivait pas à lui résister... pourquoi il avait lui, un elfe plusieurs fois millénaires et pétri d'une certaine sagesse, la volonté d'un nourrisson face à elle. Les dés étaient pipés depuis le début.

La colère devint une flambée de fureur. Il allait la renvoyer séance tenante dans sa cité! C'était ça, la solution. Il allait montrer aux Valar ce qu'il en coûtait de se jouer du haut roi. Il devait l'épouser? Alors qu'il avait déjà été uni par une fois dans un bonheur doux et sans nuages? Le roi esquissa un sourire mauvais alors que la bise devenait de plus en plus venteuse, à l'image de son esprit malmené. La répudier de sa forêt oui, voilà ce qu'il allait faire! Comme l'idée de renvoyer l'elleth derrière lui dans ses bois lui semblait douce elle aussi... Il ricana. Quelqu'un devrait lui apprendre que se tromper dans de telles largeurs était tout bonnement inacceptable! Dès le lendemain, la Wallen rentrerait chez son père qui ne serait que trop heureux de l'accueillir et tout rentrerait dans l'ordre... L'ellon ne la verrait plus, enfin! Il ne croiserait plus ses grands yeux étranges qui lui renvoyaient cette envie de lui simplement hors de propos. Il n'entendrait plus son rire carillonnant qui n'hésitait pas à se moquer de lui. Ses mains ne caresseraient plus sa peau veloutée... Thranduil soupira. Non... Il ne pourrait jamais l'envoyer loin de lui, elle était beaucoup trop incrustée dans sa propre chair. Sa colère se changea en une profonde amertume lorsqu'il pensa soudain à la mortalité de son amante.

- Ce cadeau n'en était pas un, loin de là, murmura-t-il, toujours dos à ses interlocuteurs. Ce n'est qu'un poison qui lentement me consumera. Voilà ce que c'est... une vie faite de dangers... quelques années éphémères...

- Il ne tient qu'à vous d'en faire quelque chose, mon ami, le coupa Elrond qui venait de le rejoindre derrière le bureau. Il lui posa une main amicale sur le bras mais Thranduil se dégagea brutalement et se retourna.

- Ne soyez pas outrageusement ridicule, Perendhil! Voyons, que pensez-vous qu'il va advenir alors que nous ne savons toujours rien de la raison de cette union si ce n'est une alliance misérable entre deux peuples que tout oppose, à commencer par leurs rois respectifs?! Erù sait combien le Phénix me hait! Que croyez-vous qu'il fera en apprenant cette nouvelle pour le moins déstabilisante? Qu'il applaudira de ses deux mains ou qu'il se fera un plaisir de carboniser ma cité si sa fille ne lui est pas rendue? Quelle est cette Ombre mystérieuse dont les Valar veulent soi-disant nous protéger? Avons-nous ne serait-ce que le plus petit indice qui soit? s'emporta le seigneur sylvestre en tapant du plat de la main sur son bureau. La réaction du Wallen sera des plus violentes, vous pouvez me croire! Je ne la lui rendrai pas, avertit-il farouchement. Elle est à moi.

- Nous ne savons que peu de choses et les raisons des dieux nous sont encore relativement inconnues, acquiesça Galadriel, mais cette union doit avoir lieu. ça, je puis au moins vous le certifier. Je pense que beaucoup de choses restent dissimulées à nos yeux mais nous seront dévoilées en temps utile. Je sens que tout cela va au-delà d'une alliance entre les elfes et les Wallens... bien au-delà. C'est encore flou mais je suis sûre que lorsqu'ils le jugeront nécessaire, les Valar nous éclaireront de leur sagesse, mellyn.

- Cette union risque de diviser plus que d'unifier, lâcha Thranduil. Il n'y a pas que le roi de la cité sur la Mer qui pose un réel souci. Les elfes aussi se regroupent en une espèce de conspiration.

- Oui, ils ne veulent pas de ce mariage et de ce qu'ils appellent la corruption du sang elda, dit Elrond, sombre. Je crains que nos trois royaumes ne soient concernés... malheureusement.

- Je les débusquerai un par un s'il le faut et leur ferai payer au centuple chacun de leurs méfaits, dit le roi elfe d'une voix particulièrement basse où tous purent saisir la dangerosité féline de sa menace.

- Mais pas ce soir mellon nîn, répliqua Galadriel. Cette nuit, nous la passerons avec les nôtres et vos invités à festoyer... Ce soir sera dignement fêté Turuhalmë, une nouvelle année sous le signe du changement et de l'acceptation. Vous rendez-vous seulement compte de ce que cette union, au-delà des raisons propres aux Valar, représente aran Thranduil? De ce que l'union de deux hauts représentants de peuples si improbablement différents signifie?

- Vous donnerez là une preuve que les populations d'Arda peuvent s'unir sous une seule et même bannière mon ami! fit Elrond avec l'enthousiasme qui lui était coutumier.

Le visage de Thranduil se tordit en une vilaine grimace de dépit alors qu'il prenait de subtils tons de rouge.

- Je n'aime pas les Wallens, soupira-t-il alors que ses deux amis riaient sous cape.

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Ilyrià,

Après avoir quitté le roi, la jeune femme flâna entre les murs de la caverne principale. Elle n'avait pas envie de rentrer tout de suite dans ses propres appartements et de perdre encore du temps à se vêtir, se coiffer ou encore autant d'autres choses qui l'insupportaient. S'il ne s'était agi que d'elle, la Wallen aurait passé le reste de sa journée douillettement ensevelie sous ses couvertures, un plateau de pâtisseries et une carafe d'hydromel à ses pieds... avec si possibilité un souverain elfe nu à ses côtés. Elle pouffa gaiement à cette pensée nullement gênée. Il était bien trop tard pour cela... et après tout, là où il y avait de la gêne, le plaisir ne pouvait exister lui aussi. Or, les Valar savaient à quel point elle en avait pris. Une rougeur fugace lui colora ses joues rondes à ses pensées dévergondées.

De toute façon, ce n'était pas dans le style wallen de s'apitoyer trop longtemps sur son sort. Elle avait fait un choix depuis un moment déjà et rien ne servait de chercher encore des raisons là où il était impossible d'en trouver. Elle était amoureuse de la mauvaise personne. C'était entériné et elle n'était pas la première personne à qui cela arrivait. La seule différence résidait dans le fait que les conséquences de ses actes n'avaient pas les mêmes répercussions que les personnes lambda. La vicissitude du destin l'avait enchaîné au mauvais elfe... et alors? C'était ainsi. Il fallait arrêter de pleurnicher comme un bébé devant le sein maternel et aller de l'avant.

Bien sûr, elle regrettait de décevoir son père et son peuple. Evidemment, la jeune Wallen se serait vue vieillir aux côtés d'un homme de sa condition entourée d'enfants. Erù en avait décidé apparemment autrement et si elle éprouvait certes des remords, Ilyrià n'avait aucun regret. La nuit de son anniversaire avait balayé les quelques doutes qui l'avaient assailli. Cette nuit-là lui avait démontré que Thranduil pouvait aller au-delà de ses à priori et de ses préjugés par amour pour elle. Cela lui suffisait amplement.

Elle savait pertinemment que l'ellon avait grand mal à supporter ceux de son espèce. Leurs manières aussi sauvages que brutales lui faisaient horreur mais elle ne s'en formalisait plus. Elle, il l'avait accepté dans la totalité de son être. Ilyrià savait que le roi tenterait de la modeler selon la conformité à laquelle il aspirait mais la jeune femme pourrait toujours se raccrocher au fait qu'il l'avait aimé entièrement, ne serait-ce qu'une seule fois. Les jours, les mois prochains ne seraient pas de beaux chemins pavés de roses mais de toute façon, elle ne croyait pas aux bonnes intentions. Les envies, les désirs parvenaient toujours, qu'importe le chemin emprunté, à prendre le dessus, à laisser éclater les passions des individus.

Quant à savoir quelle légitimité elle avait pour entraîner deux peuples à l'affrontement... aucune sans doute. Son père, en dépit de son caractère tumultueux, était un homme sage pour qui les besoins de son peuple et de sa cité bien aimée étaient primordiaux. Aussi espérait-elle qu'au moins il ferait appel à son bon sens au lieu de se laisser aveugler par une haine qui n'avait pas lieu d'être.

Une odeur de pain chaud la tira de ses sombres pensées et lui mit l'eau à la bouche. Ses parents auraient vraiment dû l'appeler Craos* au lieu d'Ilyrià! Ses pas la menèrent aux grandes cuisines de la Maison Principale, celle du roi. Tous les elfes présents s'y affairaient en prévision des festivités à venir un peu plus tard dans la soirée. Une véritable fourmilière... un patchwork d'odeurs diverses salées comme sucrées, de couleurs chatoyantes et d'elfes virevoltants le sourire aux lèvres. La jeune femme préférait mille fois se retrouver là au milieu de ces différentes castes serviles plutôt qu'avec cette noblesse hautaine qui la prenait, elle comme ses compagnons, de très haut. Au moins, ceux là la regardaient avec indifférence ou, au pire, réprobation. C'était déjà ça... Et puis, ils avaient pris pour la plupart l'habitude de ses raids diurnes voire nocturnes pour les dévaliser quand son estomac criait au loup. Valar, si Finnàm l'entendait, il taillerait lui-même ses oreilles en pointe!

Avant même qu'elle n'ait pu exprimer la moindre envie, elle se retrouva attablée dans un coin de la grande pièce accueillante auprès des fourneaux bouillants devant une assiette de gâteaux plus appétissants les uns que les autres ainsi qu'une coupe d'hypocras. Le vin épicé lui brûla délicieusement la gorge. La Wallen se léchait les doigts avec une gourmandise non dissimulée lorsqu'une chaise fut tirée en face d'elle. Elle hoqueta de surprise en découvrant le visage mi- souriant mi- grave d'Elrohir en face d'elle.

L'ellon se pencha vers elle et attrapa une brioche crémeuse qu'il engloutit consciencieusement. Un rire moqueur s'échappa d' Ilyrià alors qu'il se servait un verre à son tour.

- Je ne vous savais pas si glouton, mo caraid, railla-t-elle.

- Que voulez-vous Dame Ilyrià, répondit-il en haussant les épaules. Nous, les elfes, sommes polis et soucieux de ne prendre les dames trop gourmandes à défaut... Je m'aligne donc sur votre comportement.

- Un elfe moqueur!

- Une Wallen licencieuse!

Tous deux s'esclaffèrent. Une onde d'amour fraternel emplit le cœur tendre de la jeune femme. Depuis leur rencontre chaotique, l' ellon avait été le premier rempart, le premier ami sur lequel avait pu compter Ilyrià. Elle posa sa petite main sur celle d' Elrohir sous le regard indigné de quelques ellyth. Il fronça les sourcils en leur coulant un oeil sévère. Avec grâce, il se leva et offrit son bras à la Wallen.

- Si vous avez terminé de vous sustenter, Dame Ilyrià, je vous propose une promenade. Rien de tel pour la digestion d'une petite montagne de douceurs...

Ilyrià se redressa à son tour et remercia son compagnon pour la cape doublée d'hermine qu'il venait de lui poser sur ses épaules. Ils marchèrent un bon moment en silence, appréciant le silence uniquement entrecoupé par les crissements de leurs pas sur la légère poudreuse. La Wallen se régalait de cet instant comme suspendu dans le temps en compagnie d'un ami cher à son cœur.

- Les mois défilent rapidement, lâcha le fils d'Elrond. Votre année touche à sa fin... Bientôt seront célébrées vos noces, mellon.

Le mensonge écorcha l'âme de la jeune femme. Elle n'en pouvait plus de mentir, en particulier à un ami, au seul elfe qu'elle considérait comme un frère sans qu'aucune arrière-pensée ne pollue leurs esprits.

- Les choses ne sont pas si simples, Elrohir.

- Et pourquoi? la questionna l'ellon en dardant sur elle son regard bleuté impénétrable. Il avait perdu toute trace de gaieté et l'observait intensément. Vous semblez pourtant si épanouie et si j'osais... éprise.

Ilyrià s'arrêta net et lui prit les mains dans les siennes rougies par la morsure du froid. Elle plongea ses yeux bicolores dans ceux de l'elfe avec une pointe de défi comme seule elle savait si bien le faire.

- Mais pas du bon elfe, caraid, lâcha-t-elle à bout de souffle. Là est tout le dilemme. Alors?! Que...

L'ellon posa un doigt sur ses lèvres pour lui intimer le silence.

- Chut, mellon nîn. Les arbres ont des oreilles -il se pencha et chuchota à son oreille- Il y a des lunes que je l'avais deviné, petite Wallen. Quelques jours et certains doutes ont suffi à ce que je comprenne, mon amie. Vous ne vous êtes pas donné le chemin le plus aisé à suivre, adaneth, soupira-t-il.

Ilyrià attrapa sa main et entrelaça ses doigts à ceux de l'elfe.

- Je suis heureuse que tu sois au courant. Il est pesant de cacher la vérité sans cesse, spécialement à toi brathair.

Son aveu amena un magnifique sourire sur les lèvres fines de l'ellon. Lui aussi avait développé un sentiment fraternel fort envers la jeune femme et il se désolait de l'avenir sombre qui s'annonçait pour elle, dans l'ombre des cavernes mortifères. Il avait du mal à comprendre que le seigneur Thranduil, fort de son expérience millénaire, n'ait pu retenir les pulsions de son engouement. Qu'Ilyrià ne le puisse, il le comprenait. Elle était si jeune! Mais le souverain elfe qui avait assisté à la chute d'un royaume... Comment pouvait-il risquer la perdition de son domaine pour un élan du coeur comme des sens? Cependant, Elrohir devait se montrer honnête. Jamais il n'avait été consumé par le feu ardent des sentiments. Cette bagatelle lui avait toujours été épargnée. Etait-ce la présence de son jumeau? Ou la perte de leur mère comme leur père dévasté? Toujours était-il qu'il avait été à l'abri de ces méandres... Aussi ne souhaitait-il guère se poser en poseur de jugement.

- Sais-tu que je rêve constamment de toi, mellon? s'exclama soudain la Wallen, désireuse de changer de sujet au plus vite.

- Vraiment? rit l'elfe, surpris.

- Depuis mon retour des limbes, confessa Ilyrià, les yeux comme perdus dans ses souvenirs. Tu étais là, je ne sais pas pourquoi... avec cette femme rousse...

- Rousse, dis-tu? la coupa brusquement l'ellon, curieusement agité.

Ilyrià lui jeta un regard en biais, scrutant intensément ses traits figés.

- Qu'y a-t-il, Elrohir?

- Moi aussi, je rêve toutes les nuits d'une femme, lui confia-t-il rapidement à voix basse. je... Je ne peux distinguer son visage. A chaque fois que je crois pouvoir l'approcher, elle s'enfuit. Seuls ses longs cheveux couleur de feu me sont visibles. Toutes les nuits, répéta-t-il, elle m'attire pour mieux me repousser... Qui est-elle? Qu'attend-elle de moi? Je ne le sais.

- Je... je pense que c'est à cause du lien que nous avons créé brathair, balbutia la jeune femme, blême. Je suis persuadée qu'il s'agit d'une Bean Sidh...

La Wallen inspira et lui sourit comme si tout allait excessivement bien dans le meilleur des neufs mondes et reprit:

- Oui, c'est ça... a Bean Sidh.

- Qu'est-ce donc, adaneth?

- A Bean Sidh annonce la mort, lui expliqua-t-elle sur un ton badin qui glaça le cœur de l'elfe. Elle apparaît comme sa messagère. Mais ne crains rien, pépia Ilyrià en posant la main sur sa joue. Elle n'est visible qu'aux Wallens. Elle est là pour moi. -elle se mit à rire frénétiquement-Je savais que je ne vivrai pas assez longtemps pour apporter trop d'ennuis que ce soit à mon roi ou bien encore à mon père!

- Daro pinig! rétorqua Elrohir, hors de lui. Tout ce qui sort de votre bouche n'est que folie.

Un doux sourire étira les lèvres charnues de la jeune femme.

- A Bean Sidh ne peut s'esquiver. Elle est le Destin. Je mourrai. Quand? Je ne puis le dire mais c'est ainsi... Mon ami, je te défends d'en parler à qui que ce soit, pas même à Elladan. Personne ne doit le savoir. Personne.

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*Craos: gourmandise

prochain chapitre: les fêtes commencent: the show begins! Sinon, ça vous a plu? Cela vous inspire-t-il quelque chose les didous?

ma pauvre pestouille... elle est persuadée d'avoir vu une Bean Sidh qui certains l' auront deviné je suis sûre est une Banshee... A-t-elle tort, raison?... mystery! vite appelez le scooby gang! et mon pov'Klaùs... il pétouille les plombs, il a mis les doigts dans la prise...

bisous tout doux les didous!

Milyi