Maudite
Bonjour à toutes et à tous !
Et oui, me revoilà après une longue attente. Comme certaines le savent déjà, l'ordi en panne de ma chère acheroniastyx a retenu prisonnier ce chapitre. Bref, il est là, corrigé, relu et approuvé. J'espère qu'il vous plaira !
Je remercie ma jumelle pour son coup de main ^^
Bonne lecture. Ici, pas mal d'explications je pense…
Chapitre 17- Avant ses 18 ans
POV Edward
La pluie de ce début février avait contraint tous les élèves à se rabattre sous le préau du lycée. Même les fumeurs avaient pris place dans l'enceinte fermée, jetant leur mégot à peine entamé dans les cendriers prévus à cet effet.
C'était à l'opposé que je me dirigeais. De retour après un mois d'absence en cours, je devais présenter un certificat d'excuses. Les poings serrés, je repensai au regard de Carlisle lorsqu'il l'avait rédigé. Je n'avais pas pu lire dans ses pensées, mais ses yeux me disaient ce que je voulais savoir. Ou plutôt, ne pas savoir. Il n'approuvait pas ma disparition. Et il n'était pas le seul. Alice m'avait insulté dans toutes les langues qu'elle connaissait. Rosalie m'avait royalement ignoré comme on ignore les pestiférés. Emmett avait été bougon et Jasper s'était contenté d'un regard soupçonneux.
Que voulaient-ils que je dise ?
Partir m'avait semblé être la meilleure solution. Pour tout le monde. Mais si je me l'avouais ça n'avait servi qu'à me dérober au regard de ma famille après ce que j'avais fait.
J'ouvris la porte avec plus de forces que nécessaire. La poignée se brisa entre mes doigts. Je grimaçai et m'imposai un calme que j'étais loin de ressentir.
Le ronronnement du moteur de la voiture d'April me parvint alors que j'entrais dans le bâtiment. Je me forçai encore plus à ni respirer, ni penser et encore moins me retourner pour la voir. Je n'en avais pas le droit. Je n'en avais plus le droit.
Du moins pas avant d'avoir trouvé à m'expliquer mon geste. Or j'étais incapable ni de me l'expliquer, ni de le lui expliquer. Ou alors je connaissais la réponse au fond de moi mais ne pouvais pas la révéler…
« Monsieur Cullen. »
La voix de la secrétaire me sortit de mes pensées alors que j'entrais dans son bureau.
« Bonjour, j'ai un mot d'absence à faire signer. »
Je ne réalisai mon sourire charmeur que par l'éclat qu'il y eut dans son esprit.
« Vous nous avez manqué, jeune homme. Il va falloir que vous rattrapiez tous ces cours. Dois-je demander aux enseignants de désigner quelqu'un ? »
« Ca ira, je sais déjà à qui m'adresser. »
« Très bien. Oh ! Une convalescence ! C'est ça de faire la fête comme des fous, vous les jeunes, vous vous croyez invincibles. Mais lorsque vous êtes malades, vous ne le faites pas à moitié. J'espère que vous vous sentez mieux. »
« Beaucoup. Merci. Je vais être en retard. » Précisai-je en jetant un œil à l'horloge.
« Filez ! »
Alors que je quittai son bureau, les pensées de l'ensemble des personnes présentes me percutèrent de plein fouet et j'eus l'impression de me retrouver à mes débuts lorsque je ne parvenais pas à faire le vide pour me libérer un minimum d'espace pour penser par moi-même.
« Quand elle aura fini de mater les fesses des élèves de ce bahut, peut-être qu'elle te rabrouera comme il le faut. » S'amusa Jasper en posant une main sur mon épaule.
« Peut-être. Mais je crois qu'elle aime mater alors…Tu te fais de faux espoirs. »
« C'est bien dommage parce que tu mérites une vraie punition, bien coriace. Et tu sais comme moi que ce n'est pas la famille qui te la donnera alors ne gâche pas mes espoirs qu'il y ait une justice dans ce monde. »
Je souris malgré moi à ses propos puis croisai le regard d'Alice qui se jeta à mon cou.
« Espèce de triple idiot ! » S'exclama-t-elle en me libérant.
« Ravi de te revoir aussi, Lili. »
« Tu n'imagines pas les ulcères que tu m'as donnés ! »
Je grimaçai mais remerciai Emmett qui arrivait.
« V'là que le petit Eddy est de retour au bercail ! Tu aurais pu prévenir, on aurait préparé une salle de confinement pour Alice parce qu'elle a été complètement dingue à ton départ. »
T'es con ou tu as pris des cours, au fait ? Sérieusement, tu pensais te débarrasser de tout ça en te tirant ? Continua-t-il par la pensée.
Je haussai les épaules. Qu'espérais-je en partant ? A part fuir la réalité, je n'en avais aucune idée.
« Allons-y avant d'être punis pour retard ! » Lança Jasper.
Je remarquai bien le regard noir de Rosalie mais surtout ses pensées. Elles étaient plus belliqueuses que jamais et cela me donna un doute. Savait-elle ? Non pas que je voulais le cacher à ma famille, finalement, c'était impossible, mais je ne pouvais pas non plus me vanter. Comment dire ce que j'avais fait à Liz sans détruire la confiance qu'ils pouvaient avoir en moi ?
A mon avis tu devrais être castré, voire même démembré, mais les autres pensent que tu dois d'abord essayer de te racheter. Tu me connais, je ronge mon frein en attendant de voir…
J'acquiesçai à son intention en remarquant à quel point elle se concentrait uniquement sur la famille et pas sur Liz. En même temps, je pouvais comprendre qu'elle veuille m'en tenir éloigné.
Chacun prit la direction de son cours. En traversant les couloirs, j'avais l'impression que tout le monde ne s'intéressait qu'à mes mouvements. Peut-être était-ce dû au fait que je voulais passer le plus inaperçu possible pour me réhabituer à côtoyer des humains ? Après tout, je venais de passer plusieurs semaines seul à la limite des terres inuit sans parvenir à trouver une solution nous concernant Liz et moi. Je n'étais rentré que pour vérifier l'état dans lequel elle devait se trouver. Mais j'espérais que le fait de nous voir au moins au lycée nous forcerait à mettre à plat tout ce mal que nous nous étions fait et qui sait, nous retrouver… Même si je ne me voilais pas la face: ça ne serait pas aisé. Ce n'était même pas garanti ! Mais j'allais mettre tout en œuvre pour y arriver. Je savais que j'allais devoir être patient et persévérant.
La salle était ouverte, les affaires du professeur sur son bureau. J'entrai en entendant ses pensées provenant de dans la réserve à côté.
Installé, j'attendis que les autres arrivent, mon livre de littérature ouvert sur ma table en fond de classe.
Oh ! Oh !
Bradley fut le premier du groupe à passer la porte. A ses côtés, j'entendais les pensées et plaisanteries d'April envers Liz. Toutes deux souriaient, complices, alors que Brad grimaçait.
« Pitié, on a compris ! Cette sortie entre filles a été un succès ! » Râla-t-il en s'asseyant.
Le regard posé sur le tableau face à moi, j'entendis le hoquet de surprise de Liz. Je ne bougeai pas et quelques battements de cœur lui suffirent pour réaliser que je l'ignorais. Ou du moins que je faisais semblant parce que tous mes sens étaient tournés vers elle d'une manière ou d'une autre : ma vue à travers les pensées de ses amis, mon ouïe et mon odorat pour la localiser et percevoir ce qu'elle ressentait. Après la surprise, alors que les autres élèves arrivaient en bavardant, je sus qu'elle était aussi tendue que moi à cause de ces retrouvailles.
Je me contrains à ne pas la regarder directement pendant l'heure qui suivit, me contentant de suivre ses mouvements grâce aux pensées d'April, même si celle-ci semblait s'efforcer de ne pas penser à sa voisine. Elle avait beau essayer, elle ne parvenait pas à me bloquer son esprit. Je les vis partager un morceau de papier, griffonnant chacune leur tour. Je lisais les questions d'April à mon propos « Savais-tu qu'il revenait ? » et observais les dessins de Liz. Je souris qu'elle ait repris ses caricatures habituelles mais notai la façon dont certains traits étaient plus flous que d'autres lorsqu'il ne s'agissait pas de ses proches. Elle semblait ne s'intéresser qu'à eux, ne donnant qu'un léger décor alentour pour créer une atmosphère indéterminée. Tout ne paraissait plus que tourner autour de ses proches comme si elle s'y accrochait pour ne pas tomber.
Qu'est-ce que tu crois, gros bêta ? ! Bien sûr qu'elle est mal ! Pensa Alice en réponse à la question que je venais à peine de formuler.
Jusqu'à quel point avait-elle peur de tomber ?
Rose est la seule à avoir pu l'approcher depuis ton départ.
Et bien sûr, cette dernière n'allait pas me livrer les secrets de Liz comme ça. Je grimaçai et regardai vers la table des filles devant moi.
On pourrait faire une soirée pour la Saint-Valentin ! Lança-t-elle à travers l'établissement.
Cette fois, je me demandais si ma 'sœur' n'avait pas un peu perdu le sens de la réalité au vu de son comportement.
Hey ! Désolée de vouloir vous voir vous parler et vous réconcilier !
Je fermai les yeux et réussis à quitter son esprit. Nous réconcilier ? Dans quel monde vivait-elle ? !
Alors que le professeur commentait avec ferveur un texte de Proust, je revis la scène que j'avais pourtant essayée d'oublier par tous les moyens. Mais comment occulter le mal qui m'avait dominé à cet instant et ses conséquences ? !
« Je…Je crois qu'on a fait une erreur. » Avait-elle dit ce soir-là.
La phrase résonnait encore dans mon crâne comme une musique agaçante qui vous reste en tête toute la journée.
Je n'avais pas réussi à la croire. Elle ne pouvait pas avoir dit ça ! Elle pouvait encore moins réellement y penser !
Et son argumentation sans queue ni tête alors qu'elle s'embourbait dans ses émotions contradictoires. Qu'elle ait eu peur pour April était compréhensible. Qu'elle m'en ait voulu pour ma nuit avec Tanya dix ans plus tôt l'était aussi. Qu'elle regrette notre première nuit était inexcusable. C'était la goutte d'eau celle que je ne pouvais ni tolérer, ni accepter, ni comprendre.
J'avais combattu mon envie de la jeter sur mon épaule pour l'enlever aussi longtemps que possible. Sa dernière phrase avait quand même brisé mes limites.
« Tu sais quoi ? Après tout, on a eu tous les deux ce qu'on voulait ! Toi, tu m'as sautée, et moi j'ai été dépucelée ! Sérieusement, qu'est-ce qui peut nous pousser à rester ensemble maintenant ? ! »
J'entendais encore le sarcasme dans sa voix. Je me voyais toujours la pousser contre le bureau. Mon corps et mon cœur s'étaient alliés contre moi. Je n'avais pas pu empêcher ce qui arrivait et elle l'avait lu dans mon regard.
Je me vengeais. Une pure et simple vengeance pour ce qu'elle avait osé faire et dire depuis plusieurs semaines sous prétexte que je l'avais trahie. Ne l'avait-elle pas fait, elle-même, lorsqu'elle avait disparu sans laisser de traces alors qu'elle s'en doutait ? !
J'aurais pu parler. J'aurais pu la bâillonner et lui dire ses quatre vérités.
Mais je n'avais plus la force de résister à mon instinct.
La sonnerie de fin de cours retentit et le professeur rappela les devoirs pour la séance suivante. Je quittai ma place et suivis le flot d'élèves jusque dans le couloir. Alice me prit la main et m'entraîna à sa suite. Avant de comprendre ce qu'il se passait, je vis ma 'sœur' pointer du doigt Catherine en train d'afficher une feuille sur le panneau d'affichage mis à la disposition des lycéens.
J'eus à peine le temps de lire l'invitation à la « soirée des amoureux »prévue le 14 février prochain chez Cathy que Steven s'interrogeait sur l'idée de sa petite amie.
« Mes parents ne sont pas là, et j'avais promis à la promo de faire une soirée dès que possible. C'est le moment idéal, non ? »
« Tu n'as pas honte ? » Grognai-je pour ma 'sœur'.
« Quoi ? Cathy a eu l'idée toute seule, je te le jure ! »
« Et tu lui as parlé combien de temps avant qu'elle ne lui vienne 'toute seule' ? » Je mimai les guillemets.
« Oh ne te plains pas ! Jasper ne savait pas quoi me proposer, ça l'aide aussi. » Sourit-elle en se dirigeant vers le fameux mari.
« D'une pierre, deux coups. » Fis-je en secouant la tête pour rejoindre mon prochain cours.
OoOoOoOoO
Au rez-de-chaussée de la villa, les autres parlaient à voix basse comme s'ils ne voulaient pas que j'entende ce qu'ils se disaient. Je fronçai les sourcils ce n'était pas le genre de la maison.
Je me concentrai alors sur leurs pensées. Tous autour de la grande table dans le salon, ils écoutaient Carlisle conclure.
« Tu vas donc voir ça avec elle, Rose. Puisqu'il y a du soleil demain, nous ne pourrons rien faire d'autre. Vous autres allez chasser. »
Je les vis acquiescer et Rosalie quitta la maison. Je ne réfléchis pas plus longtemps, conscient qu'elle ne pouvait aller que chez Liz à une heure aussiavancée dans la soirée.
Elle ne fit même pas semblant d'avoir une autre destination au cas où je la suivais.
Avoue-le, Edward, tu aimes l'espionner ! Grogna-t-elle dans ma tête.
Je réalisai que je n'avais pas été des plus discrets.
« Que se passe-t-il, Rose ? Vous avez de nouveaux éléments ou… »
« Peux-tu éviter d'écouter notre conversation ? » Demanda-t-elle en se tournant, à quelques pas du jardin des Walter.
« Je veux savoir, Rose. »
« Crois-tu seulement en avoir le droit ? » Grinça-t-elle en se détournant vivement.
Non, je ne l'avais pas. Mais je le prenais quand même !
Installé sur une branche d'un des nombreux arbres bordant sa maison -je ne voulais pas que Liz sente ma présence alors que Rose était avec elle, au cas où elle s'inquièterait d'une éventuelletromperie-, je vis ma 'sœur' entrer dans sa chambre.
Tu es pire que les puces, c'est impossible de se débarrasser de toi ! Me lança-t-elle.
Elle se tourna vers Liz en me jetant autant que possible hors de ses pensées. Mais je m'y accrochai et profitai de la discussion.
Liz leva la tête, le regard inquiet avant de sourire doucement en se rendant compte de l'identité de sa visiteuse. Elle posa son cahier de croquis sur le lit et fit signe à Rose de s'installer.
« Merci d'être venue. »
« Tu m'as envoyé un message, je viens. » Ma sœur étudia les traits de Liz avant de poursuivre. « Tu pensais que je ne le ferais pas ? »
Liz grimaça en détournant les yeux. Sa confidente posa une main sur son bras et elle reporta son attention sur elle.
« Il est de retour depuis ce matin alors j'imaginais… »
« Si tu crois qu'on lui a fait une fête de bienvenue, tu te trompes ! » S'indigna Rosalie avec véhémence.
« Pourquoi ? »
« On n'est pas idiots, tu sais. On a vu qu'il t'avait fait du mal, il est hors de questions de l'accueillir à bras ouverts. »
Liz sembla cesser de respirer avant de se rappeler le comportement des autres ce matin au lycée.
« Impulsivité ! » Défendit Rose.
« Peu importe, tu es là. »
Pourquoi ne pouvais-je m'empêcher de penser qu'elle voulait dire autre chose mais s'était rabattue sur cette phrase au dernier moment ? !
Liz donna son cahier à Rose et elles discutèrent des croquis pendant quelques minutes.
« C'est lui ? » Interrogea ma sœur en s'arrêtant sur une page particulièrement sombre.
Je fronçai les sourcils et m'immisçai encore plus dans ses pensées pour voir à travers ses yeux ce dont il s'agissait. Un homme. Il me semblait. Je ne m'aperçus de ma position debout, au pied de l'arbre, que lorsque le regard de Rosalie tomba sur l'arme blanche que brandissait le personnage. De son esprit, je l'avais vu avant et j'étais à deux doigts de me précipiter là-bas pour vérifier l'état dans lequel se trouvait réellement Liz. Qui était cet homme ? !
Et pendant que je me posais cette question, la réponse m'apparut aussi clairement que si l'assassinat s'était déroulé devant moi. Liz avait vu le visage de celui qui l'avait tuée la première fois.
Et je n'avais pas été là !
Dans l'esprit de ma 'sœur', les événements se bousculaient comme pour me faire rattraper mon retard. Je secouai la tête, assailli par ses réflexions. C'était pire que ce que j'avais pu imaginer !
Les choses avaient tellement dérapé ces derniers mois que je basculai presque sous leur poids. Comment allions-nous nous en remettre ? Etait-ce seulement possible ?
Je me retins au tronc d'arbre sans savoir si c'était pour ne pas rejoindre les filles dans la chambre de Liz ou si c'était pour ne pas tomber de douleur. Celle-ci était trop forte je ne voulais pas imaginer que ces mois ne seraient pas suivis d'une réconciliation. Notre séparation forcée nous avait causé de la douleur. Nous avions tous deux trahi la confiance de l'autre. Mais nous nous aimions. Je l'avais lu dans son regard lorsque j'étais parti ni l'un ni l'autre n'avaient vu les choses venir. Dorénavant il ne devait plus manquer que nous prenions du recul et réalisions nos attentes communes.
Avais-je le droit de parler d'attentes communes concernant notre avenir ? En avions-nous seulement un ?
« …Emmett se démoralise mais Jasper est encore plus motivé. » Entendis-je Rose en me forçant à sortir de mes pensées.
« J'imagine et franchement, si vous n'étiez pas tous aussi engagés dans ces recherches, j'aurais abandonné depuis longtemps. » Avoua Liz.
« T'es malade ! ? Si tu oses ne serait-ce que repenser à ça, je te tue moi-même, Lizzie ! La route est difficile mais tu es notre famille et si tu crois qu'on va laisser on ne sait quoi t'enlever éternellement à nous, tu te mets le doigt dans l'œil jusqu'au coude ! »
Liz sourit en rougissant un peu.
« Merci Rose. »
« Je t'en prie. Bon, donc nous avons pu restreindre les possibilités aux Amériques et aux îles françaises. »
« Ce qui fait encore un nombre important de locuteurs français. » Grimaça-t-elle.
« Sauf que tes dessins vont nous aider. La robe que tu portais ce soir-là date du milieu du XXème siècle. Ce qui veut dire que certains protagonistes peuvent encore être en vie. Et puis si tu as vu juste, tous tes compagnons sont morts avec toi. » Hésita-t-elle et Liz frissonna.
« Retrouver les traces d'un massacre de jeunes doit être plus facile que celles d'une simple jeune fille. » Approuva-t-elle tout de même.
« Liz, nous saurons ce qu'il a voulu dire et nous découvrirons le pourquoi du comment de tes réincarnations. Regarde le nombre d'informations que nous avons pu recueillir en si peu de temps ! » L'encouragea Rosalie.
« Je me souviens d'autre chose. Peut-être que ça n'a pas de rapport… »
« Je t'écoute. »
Les filles se calèrent confortablement sur le lit et je tendis encore plus l'oreille. Les pièces du puzzle trouvaient leur place mais il en manquait encore quelques-unes.
« Un garçon m'a demandée en mariage. Enfin, il a demandé ma main à mon père et celui-ci a refusé. »
« Ca pourrait être lié. Peut-être que ce « ça lui apprendra » était pour lui signifier que la réponse ne lui plaisait pas. »
« C'est un peu extrême Rose. Mon père ne veut pas me marier à ce garçon alors il me tue ? »
« Bah quoi ? Certains font des trucs idiots par amour ! »
« Je n'en sais rien, peut-être. Je t'ai dit, ça n'a peut-être pas de rapport… »
« Mais je vais lancer une recherche là-dessus, je te le promets. »
Liz acquiesça et son regard se porta à l'extérieur comme pour scruter la nuit tombée. Je me cachai parmi les premiers bourgeons sachant que j'étais trop loin pour que Liz me voit ou me 'sente' comme elle disait être capable de le faire. Ou du moins j'espérais l'être.
« Tu devrais dormir. » Rose la sortit de ses pensées et Liz sourit tristement.
Avant qu'elle réponde, je savais ce qu'elle allait dire.
« C'est la phrase qu'il adorait me dire le soir quand il était avec moi. »
« Oh ! Je suis désolée, Liz, je ne… »
« Tu ne pouvais pas savoir. Vous n'êtes pas de la même famille pour rien. »
« Tu es sûre ? Je veux dire, je ne veux pas faire revenir de mauvais souvenirs. »
« Ca n'en est pas, Rose. Lorsqu'il me disait cela, je savais que c'était parce qu'il mourait d'envie de m'entendre parler dans mon sommeil. »
C'est hallucinant ! Elle ne le dit pas mais tu lui manques !
« Tu as le droit de ne pas vouloir me répondre. » Commença ma 'sœur'.
« Je t'écoute. »
Liz se leva pour attraper sa brosse à cheveux.
« Tu espères que les choses se tassent, pas vrai ? »
Elles croisèrent leurs regards dans la glace face à Liz.
« Je ne devrais pas, Rose. Il… » Elle inspira à fond en fermant les yeux. Je ne tenais plus que par magie à cet arbre tellement je rêvais de la rejoindre. « Nous avons échangé des paroles vraiment…Blessantes, odieuses…J'ai été ignoble. »
Je grognai de mécontentement. Elle n'était pas en train de s'accuser de tout quand même ? !
« Comment ça, Liz ? Tu t'es défendue, c'est différent ! »
« Ces dernières semaines, j'ai…Fait le point, je dirais. J'ai conscience de tout ce qu'il s'est passé et j'en suis étourdie. Tout ça parce que je me suis laissée embarquer dans ma douleur. J'ai voulu lui faire mal comme j'avais eu mal. En fait, c'est idiot, parce que je crois que les choses auraient pu être différentes. »
« Attends, tu es en train de dire que le fait qu'il t'ait violée n'a fait que te remettre les idées en place ? »
Je me figeai. Elle savait ! Liz s'était-elle confiée ? !
« Quoi ? »
« Liz, je ne suis pas idiote. J'ai rassemblé certains éléments. Si tu l'avais vu revenir la queue entre les jambes ce soir-là ! Et toi qui…Totalement absente. »
« Rose, je… » Elle soupira et vint prendre ses mains. « Il m'a violée…Il a agi sous l'impulsion, je crois que…Je crois que nous voyons enfin qui il est réellement. »
Quoi ?
« Quoi ? » Imita Rosalie.
« Ou alors il a changé et…Rose, tout ce que je sais, c'est que je l'ai tellement poussé dans ses retranchements qu'il n'a pas su comment réagir…Autrement. »
« Et tu le comprends ? Tu le pardonnes ? »
« Non ! Je ne peux pas lui pardonner, Rose. Qui le pourrait ? Je dis juste que je peux comprendre qu'il se soit vengé. »
« Vengé ? » Ma 'sœur' secoua la tête. « Bon sang, tu l'as trop fréquenté, Liz. Il a déteint sur toi avec sa tendance à se mettre le malheur du monde sur le dos. »
Liz sourit alors que j'étais complètement abasourdi par ses paroles. Non seulement elle faisait mon analyse psychiatrique mais en plus je m'y reconnaissais. Cela faisait écho à ce que j'avais pensé toutes ces semaines. Nous étions à bout. J'étais à bout et comme pour Tanya je lui avais donné ce qu'elle voulait. Tanya me désirait et j'avais cédé en sachant qu'elle en souffrirait plus tard parce que j'allais la laisser avec cet unique moment alors qu'elle en voulait plus. Liz, quant à elle, avait eu tellement peur et souffrait à un tel point qu'il lui fallait un bouc émissaire. Elle refusait de voir le mal qu'elle m'avait fait mais elle savait combien elle souffrait. Je ne cherchais pas d'excuses mais mon acte nous avait permis d'atteindre le summum de douleur de notre relation. Il ne pouvait donc plus qu'y avoir de soleil dorénavant, n'est-ce pas ?
« Je ne sais pas, Rose. Je te dis seulement ce que je ressens. »
« Bon sang, moi qui ne voyais pas d'issue à votre relation, ce que tu me dis risquerait de me redonner espoir ! »
« Rien ne dit que les choses vont se calmer, Rose. Je l'ai vu aujourd'hui et…Ca a d'abord été la douleur de ce qu'il a fait qui m'a transpercée. Je savais que nous aurions à nous revoir mais j'appréhendais. Et s'il te demande, dis-lui que je ne suis pas prête à passer de nouveaux moments avec lui. J'ai décidé de rester avec mes amies. Elles vont me manquer et je veux garder en tête un maximum de bons moments avec elles. »
« Tu as peur qu'on ne trouve pas de solutions pour te garder parmi nous ? »
Liz la regarda de biais.
« Y crois-tu, toi-même ? » Répondit-elle.
« Je croise les doigts. »
« Moi aussi. »
Je grimaçai.
Rose la laissa quelques minutes plus tard. En passant devant moi, elle chercha mon regard.
Te voilà prévenu, Edward.
J'acquiesçai. Il me restait sept mois avant son anniversaire. Largement suffisant pour trouver à empêcher sa réincarnation, n'est-ce pas ?
Si j'espérais passer ces mois tranquillement de mon côté à écouter l'absence de nouveautés à propos de Liz et ses réincarnations, c'était raté. Du moins avec la fête chez Cathy pour la Saint Valentin qui mit plus de bazar au lycée que je ne le pensais possible. Non seulement la soirée avait dérapé et la police avait dû intervenir mais en plus des couples s'étaient défaits et reformés. A ce qu'on m'avait dit, en tout cas.
Depuis la discussion que j'avais écoutée entre Liz et Rose, je faisais en sorte de respecter l'unique chose qu'elle avait demandée : être avec ses amis sans penser au reste. C'est-à-dire à nous en particulier. Dès le lendemain matin, j'avais pris ma décision, au grand dam d'Alice. D'abord, je n'irais pas à cette soirée chez Cathy ensuite, j'éviterais d'imposer ma présence à Liz au-delà des heures de cours en commun enfin, je récupérais les informations compilées par Jasper et les autres depuis mon départ sur Liz et ses vies antérieures.
Je n'étais donc pas allé à la soirée des amoureux alors qu'Alice ruminait son besoin de me forcer à croiser le chemin de Liz. Pourquoi, au contraire de Rose, ne pouvait-elle pas comprendre que je me refusais à forcer à nouveau la main à Liz ? Après tout, même si elle avait pris beaucoup des torts sur elle, Liz n'était pas l'unique responsable de ce qu'il s'était passé. Elle et moi en payions le prix à présent.
« Et donc tu aurais dû voir leurs têtes à tous ! » Emmett me tira de mes pensées.
« Il y a eu beaucoup d'arrestations ? » Demandai-je, puisque c'était ce qu'il attendait.
« Pas tant que ça mais ça a beaucoup remué là-dedans ! » S'exclama-t-il en me 'montrant' bien la ruée de lycéens vers les sorties.
« Ils ont surtout été nombreux à bien s'amuser » Intervint Rose en me jetant un coup d'œil.
« Ca c'est sûr ! » Approuva Jasper en grimaçant quand même à certains souvenirs.
« Rosalie Hale Cullen ! » Gronda Alice en descendant de sa chambre.
Nous nous tournâmes vers elle. Postée au bas des marches, elle foudroyait Rose du regard.
« Tu n'as pas honte de faire tant de mal autour de toi ? » Continua-t-elle en la pointant du doigt.
Je ne sais pas ce qui leur prend, mais elles sont de vraies teignes en ce moment ! Expliqua Emmett en les dévisageant.
Ne l'écoute pas, Edward ! Rose est jalouse ! C'est tout ! S'insurgea Alice.
« Que veux-tu dire, Alice ? » Rose fit l'innocente.
« Tu n'as rien vu de ce que tu prétends, alors arrête d'accuser Liz de telles choses ! »
« Mais elle ne l'accuse de rien ! ? » La défendit Emmett alors que j'étais entre eux, inquiet et sceptique.
Rosalie ne pouvait pas faire ce dont Alice l'accusait. Pourquoi le ferait-elle ?
« Je dis juste que les gens se sont bien amusés. Ce n'est pas ma faute si tu n'as pas vu Liz et sa bande. »
« Ah mais oui, ils étaient bourrés comme pas deux ! » S'amusa Emmett et je jetai un œil vraiment inquiet vers Rosalie.
« Qu'ont-ils fait ? »
« Hey ! Je ne les ai pas surveillés non plus, Edward. Je sais juste que les filles ont fini sans t-shirt à un moment donné. » Se défendit Rose.
« Et pourquoi est-ce que tu nous racontes ça que maintenant ? » Râla Emmett.
« Et pourquoi ne parles-tu que de ça ? » S'offusqua Alice.
Je scannai leurs pensées. L'un d'eux avait dû voir ce qu'il s'était passé dans l'intégralité. Mais seule Rose avait l'air de s'en être préoccupée.
Je…Bon sang, elle raconte n'importe quoi, Edward ! Liz…
Si elle avait pu, Alice aurait hyperventilé. Je secouai la tête. Je ne pouvais pas en entendre davantage. Je quittai la pièce et me réfugiai dans le grand salon, là où se trouvait le piano auquel je n'avais pas touché depuis des mois.
Des questions me tournaient en tête, des images de Liz il y a quelques mois encore lorsqu'elle fréquentait Garrett s'immisçaient dans mes pensées. Je ne pouvais pas le croire…Elle avait dit…Elle avait dit à Rose qu'elle voulait passer son temps avec ses amis pour ne penser à rien d'autre…
Et apparemment, elle y parvenait…
La musique déchira l'air et si les cœurs autour de moi avaient pu battre, j'imaginais qu'ils auraient été brisés en entendant mes complaintes.
OoOoO
MARS
Les jours passaient et se ressemblaient.
Pourquoi étais-je revenu ?
OoOoO
AVRIL
Liz et moi parvenions parfaitement à nous ignorer.
C'était écrit comme ça depuis le début des temps, je crois.
OoOoO
MAI
Alice envoya Emmett me chercher pour une partie de chasse.
Croyaient-ils vraiment que les beaux jours me donnaient envie de m'amuser ?
OoOoO
JUIN
Néant.
OoOoO
« Alors là, si tu crois que je vais te laisser rater le bal de la fête nationale, tu te fourres le doigt dans l'œil jusqu'au coude Edward Cullen ! »
Je savais qu'Alice me dirait ça, mais la manière avec laquelle elle prononça mon nom me mit mal à l'aise. Je levai la tête de mon oreiller pour la regarder à la porte de ma chambre.
« Alice, s'il-te-plaît ! Cette fête me sort par les yeux et… »
« Et rien du tout ! La famille au complet ira à ce bal, c'est le moment idéal pour sortir de nos pensées morosement noires ! »
« Le mot morosement n'existe pas. »
« Et bien tu devrais mettre un brevet dessus et on le retrouverait dans le prochain Larousse ! »
Elle tira sur mon bras, celui que j'avais posé sur mes yeux.
« Edward, c'est important que tu te lèves, que tu te laves aussi, et surtout que tu nous accompagnes ! Tu n'imagines pas les rumeurs sur notre compte et je refuse de passer l'été à m'inquiéter de ce que diront les autres sur nous à la rentrée. »
« Depuis quand t'en inquiètes-tu de toute façon ? » Je scrutai son visage.
« Depuis que tu joues à l'abruti fini en te morfondant de cette manière. » Affirma-t-elle en soutenant mon regard.
Je grognai et roulai sur le ventre. Bon sang, j'aurais peut-être dû partir finalement. Non seulement ça m'aurait évité de me torturer à surveiller Liz « comme du lait sur le feu », dixit Rose mais en plus ça m'aurait permis de ressasser mes idées noires aussi souvent que je le voulais.
« Qu'a-t-il de si génial ce bal pour que je daigne m'y montrer ? »
Elle me tapa dans le dos en m'insultant copieusement.
« Il a qu'il se pourrait bien qu'un tournant significatif se fasse dans ta vie, triple buse. »
« Tu fais dans les horoscopes maintenant ? »
Je jetai un œil vers elle pour me délecter de sa grimace d'horreur et ses yeux noirs.
Soudain elle se calma et descendit de mon lit.
De deux choses l'une. Soit j'avais gagné, soit elle me manipulait odieusement.
« Alice ! D'accord, je viens ! »
Elle avait gagné.
« Yes ! » Hurla-t-elle en bondissant vers mon dressing.
Elle n'allait même pas faire semblant en plus !
Ainsi me retrouvai-je au bal de la fête nationale en ce début juillet, habillé d'un smoking de pingouin. La seule consolation que je trouvais était qu'Emmett, Jasper et Carlisle portaient la même tenue que moi. En les regardant, je me demandais même depuis combien de temps nous avions de tels vêtements dans nos dressings…
« Souvenez-vous, faites toutes les bêtises que vous voulez sans que cela soit remarqué. » Prévint Emmett avec la voix autoritaire d'un père.
Fier de lui, il frappa la main de Jasper en signe de complicité et je secouai la tête en même temps que les autres. Je m'éloignai de leurs esprits avec empressement. Je n'étais pas là pour faire quoi que ce soit d'autre que potiche. Une potiche vampirique en smoking mais une potiche tout de même.
Mes 'frères et sœurs' s'éparpillèrent dans la foule mais Carlisle et Esmée restèrent derrière moi.
« Essaie au moins d'en profiter, Edward. » Me conseilla Carlisle.
Je grimaçai.
« Je n'en ai jamais profité je ne compte pas commencer maintenant. »
J'entendis Esmée soupirer.
Pire qu'auparavant. Pensa-t-elle avant de le regretter.
Je me détournai. Elle avait peut-être raison.
La chaleur humide qui s'était installée depuis plusieurs jours était renforcée par les grands feux répartis dans le parc qui servait de salle de bal. J'arpentai les kilomètres carrés d'un pas aussi lourd que si j'avais porté des quintaux sur mes épaules. Je ne m'en souciai guère peu m'importait l'allure que j'avais ce soir-là. Tout ce que j'attendais, c'était la fin de la nuit pour retourner dans ma chambre.
J'étais pathétique. Et je m'y complaisais. C'était tellement plus facile d'agir ainsi sans rien attendre d'autre que le silence et la solitude pour oublier la douleur dans mon corps. Ou essayer de l'oublier. Pourquoi fallait-il que les choses soient si difficiles entre Liz et moi ? Je soupirai. Je devais attendre et prier. Même si cela me tuait, je préférais qu'aucun d'entre nous ne trouve ce qu'il se passait et que nous ne puissions alors pas empêcher sa réincarnation. Après tout, c'était ce que Rose avait compris des propos de Liz il y avait de cela des mois. Une part d'elle-même attendait aussi sa réincarnation pour se permettre de penser à autre chose que tout ce qui nous faisait obstacle. Et d'un autre côté, je refusais de laisser cela arriver ! J'étais prêt à laisser des années passer avant de voir les obstacles disparaître au fur et à mesure que nous pourrions les traverser. Il devait y avoir un moyen pour que nous ne revivions pas plusieurs années sans se voir ni se connaître.
Liz, les yeux rouge sang.
La vision d'Alice me parvint telle une boule de neige piégée. Je me tournai dans la direction où je la sentais et croisai son regard malgré les têtes qui nous séparaient.
Qu'as-tu prévu de faire, Edward ? C'est quoi ça ? S'horrifia-t-elle en me rejoignant.
« Rien, Alice. Je…C'est toi qui as eu la vision ! »
« A quoi pensais-tu alors ? » S'écria-t-elle et quelques têtes se tournèrent vers nous.
Jasper fut à nos côtés une seconde après. Il passa un bras autour de la taille de sa compagne.
« Que se passe-t-il ? On sent votre peur à des kilomètres à la ronde. »
« Edward…Il… »
« C'est ta vision, Alice. Je ne sais pas d'où ça vient, je pensais simplement à une solution contre la réincarnation de Liz. »
« Qu'as-tu vu ? »
Alice et moi échangeâmes un regard avant que j'explique.
« Liz, transformée en vampire. »
Wow ! Tu crois ?
« Je n'en sais rien, Jazz, c'est apparu comme ça, je n'y pensais même pas ! »
Je levai les bras, dérouté.
Etait-ce la solution ? Si l'un de nous transformait Liz…Non ! Si JE transformais Liz, y avait-il une chance pour que tout s'arrête ?
Je me tournai vers tous les membres de la famille, réunis devant moi.
« Je…Je ne peux pas, Jasper. Elle ne…Je ne veux pas qu'elle souffre ça ! »
Il posa une main sur mon épaule mais ce fut Carlisle qui parla.
« Réfléchissons à cette possibilité. »
« Bella voulait que tu la transformes de toute façon ! » Rappela Emmett.
Je grimaçai. Nous n'étions plus vraiment dans les mêmes conditions qu'à l'époque.
« Peut-être que ça ne va plus l'intéresser. »
En parlant, Rose chercha mon regard pour enfoncer le couteau dans la plaie.
« Il suffit de lui demander son avis ! » La contra Alice les poings sur les hanches.
« Ce n'est pas parce que tu l'as vu que ça se passera, Alice. Tu t'es déjà beaucoup trompée lorsqu'il s'agissait de Lizbell. »
Les filles étaient face à face et certains garçons des alentours commençaient à remarquer leur manège. Je secouai la tête pour me débarrasser de leurs pensées. Il n'y avait que des adolescents boutonneux pour trouver un combat de filles attrayant !
« Les filles, ça ira. On a compris. Vous n'êtes pas d'accord. » Intervint Emmett en posant une main sur leurs épaules.
« Laissez-la vivre, bon sang ! » Exigea Rosalie en se détournant avec hauteur.
« S'il y a une chance que ça fonctionne tu ne peux pas lui refuser ça, Edward. » Affirma Alice avant de s'éloigner à son tour.
Je me passai une main nerveuse dans les cheveux. Je savais que je n'aurais pas dû venir !
« Messieurs, trouvez votre cavalière, la fête commence ! » Lança une voix surexcitée dans les enceintes géantes.
« Qu'est-ce qu'on fait ? » Demanda Emmett.
« Tu as entendu ce que le mec a dit dans son micro ? » Grognai-je.
« 'Dit' ? J'aurais parlé de beugler… »Emmett tenta d'alléger l'atmosphère.
Jasper soupira en relâchant mon épaule.
« Tu devrais trouver à te distraire Edward plutôt que ressasser tes questions. »
« Retrouve Alice. »
Elle est seule dans la foule. M'indiqua-t-il en traçant dans son esprit le chemin pour rejoindre Liz.
Je fermai les yeux. Etait-ce pour mieux voir ce qu'il m'expliquait ou pour m'en défaire ? Je n'aurais su le dire.
Lorsque je les rouvris, il était déjà en train de rejoindre Alice, son esprit tout à fait tourné vers ses hanches remuant au rythme de la musique que la voix de tout à l'heure avait mise. Je sortis de ses pensées rapidement, gêné mais surtout jaloux de mon 'frère'.
Autour de moi, les couples se formaient. Sourires et éclats de rire rivalisaient contre ma tristesse de ne pouvoir tenir Liz dans mes bras. Je soupirai et me résignai à laisser la place aux couples pour m'éloigner vers les arbres un peu plus haut. Du mouvement attira mon attention sur ma droite lorsque j'atteignis la lisière des bois.
Je me figeai.
Liz en fit autant.
A quelques mètres l'un de l'autre, nous nous observâmes en silence, du moins autant que possible étant donné les basses qui résonnaient autour de nous.
Sans vraiment m'en rendre compte je soupirai de soulagement. Elle était seule. Elle n'attirait donc aucun garçon entre les arbres…
Mais une fois cette constatation faite je devais réaliser que d'autres questions étaient plus importantes à présent.
Que faire ? L'ignorer ? La laisser passer ? L'approcher ? Lui parler ou rester silencieux ? M'éloigner ?
Dans son regard noisette je lisais le tourbillon de questions qui l'envahissait aussi. Je m'y plongeai avec égoïsme, une partie de mon être soulagée qu'elle ne sache pas non plus comment réagir face à moi. Ça devait vouloir dire que toutes les certitudes qu'elle semblait avoir il y avait des mois de cela n'étaient plus si certaines que ça…Ou alors elle ne savait pas comment réagir à cause de ses décisions car elle ne devait pas vouloir me blesser plus que je ne l'étais déjà…
Je fis un pas vers elle pour tester ses choix. Elle resta là où elle était, ses yeux suivant ma progression.
« Liz, tu ne danses pas ? » Osai-je, les mains levées devant moi en signe de non-agression.
Quelques battements de son cœur se firent plus forts avant qu'elle ne réponde.
« Je laisse un peu d'intimité aux filles. »
« De l'intimité ? » Je regardai ostensiblement vers les danseurs.
Un coin de ses lèvres se releva un instant. Je crus sentir mon cœur émettre un battement à son tour.
« Tu as compris ce que je voulais dire. »
Elle changea de jambe d'appui, triturant ses doigts.
« Tu n'as pas de cavalier ? »
La surprise se lut dans son regard et elle secoua la tête.
« Je préfère pas. »
Elle grimaça avec un air entendu.
« A cause de ton anniversaire. » Supposai-je.
« Entre autres choses. »
Ses paroles étaient sibyllines et elle le savait mais je lus dans ses prunelles qu'elle ne dirait rien de plus.
« Et toi, que fais-tu seul ici ? »
« Je laisse de l'intimité à ma famille. »
Elle rit doucement en levant les yeux au ciel.
« Les connaissant, ils n'ont pas besoin d'une telle intimité. »
« Tu as raison mais je préfère ne pas être dans les parages quand Emmett ou Alice lance une idée débile. »
« C'est vrai, il vaut mieux. » Acquiesça-t-elle en tournant son attention sur les danseurs.
Je remarquai que la chanson venait de se terminer mais je ne voulais pas la laisser partir. Je m'empêchai d'attraper son bras alors que ses pieds commençaient à l'éloigner.
« As-tu eu des souvenirs qui nous aideraient à empêcher ta réincarnation ? »
Elle se figea, les épaules raidies.
Lentement elle se tourna vers moi. Dans ses yeux je lisais la surprise.
« Je croyais que tu voudrais ma réincarnation. »Hésita-t-elle.
Je réduisis la distance entre nous pour qu'il n'y ait plus qu'un pas.
« Jamais je ne voudrais ça, Liz. Il faut arrêter ce cercle vicieux. »
« Pourquoi ? » Demanda-t-elle, dubitative.
« Parce que tu as le droit de vivre une vie entière. Tu as le droit de ne pas craindre de perdre tes amis de cette manière, ni de les blesser. »
Ma voix diminua de volume avant que je n'ose formuler le reste de mes pensées. Je connaissais sa décision : eux plutôt que nous.
« Je ne peux pas te pardonner, Edward. »
Je ne remarquai que j'avais baissé les yeux qu'au moment où je les relevai sur elle.
« Je ne te le demande pas Liz. J'ai fait la pire chose qui soit. » Je m'interrompis et l'observai. « Je ne devrais même pas oser te parler. »
« Et pourtant tu le fais. »
« Je suis égoïste. »
« Tu sais que c'est faux. De nous deux…Nous avons tous les deux des torts. »
Le silence qui s'installa ne fut brisé que par les cris des danseurs qui appréciaient le choix du DJ.
« Je vous ai entendues Rose et toi en février. » Avouai-je.
Elle fronça les sourcils comme si elle cherchait à se rappeler ce dont je parlais.
« Alors tu sais ce que je pense de tout ce qu'il s'est passé. »
Elle rougit en détournant les yeux.
« Tu m'accordes plus de qualités que je n'en ai, Liz. »
« Que veux-tu, je suis comme ça. » Sourit-elle en haussant les épaules.
« Je sais. Tu l'as toujours été. »
Après tout, même Bella me pensait plus parfait que je ne l'étais véritablement…
« Je sais pourquoi Arthur me détestait. »
Ses propos m'étonnèrent jusqu'à ce que je comprenne qu'elle répondait à ma première question. Celle qui portait sur ses souvenirs. Je fronçai les sourcils.
« Je sais, le fait qu'Arthur me détestait n'a rien à voir avec ma malédiction mais je me demandais depuis le moment où nous avons revu Paul. »
J'acquiesçai. Je pouvais comprendre.
« Pourquoi te détestait-il ? »
« Parce qu'il me désirait et ne pouvait pas m'avoir…J'étais malgré tout sa demi-sœur. » Sourit-elle, amer.
« Est-ce qu'il… »
« Non, Edward. Mais j'ai relu mes journaux intimes et…J'en étais déjà arrivée à cette conclusion à l'époque. Les quelques images qui me sont revenues plus l'envie de Paul de tuer Arthur m'ont fait comprendre que j'avais vu juste. »
J'assimilai la nouvelle en contrôlant surtout la manière dont Liz gérait ça. Elle se débrouillait bien.
« Jasper m'a dit qu'il n'y avait pas eu d'assassinat de groupes de jeunes au milieu du XXème siècle dans les îles françaises ou aux Amériques. Enfin sans rapport avec la Seconde guerre mondiale en tout cas. » Dit-elle.
Je fouillai dans mon esprit à la recherche de nouveaux éléments.
« Il n'a rien trouvé d'autre. »
La légère lueur d'espoir que j'avais vu naître en ouvrant la bouche disparut violemment à la fin de ma phrase.
« Liz, je… »
« On ne pouvait pas tout trouver en une seule fois, Edward. »
« Il nous reste un peu plus de deux mois. » La contrai-je.
« Oui. » Elle tenta un sourire mais échoua.
« Je suis désolé, Liz. On va trouver un moyen. »
Et en disant cela, je me souvins de la vision d'Alice. Etait-ce la solution ?
« Lizzie ? »
Je reconnus la voix d'April et la présence de Brad à ses côtés. Je m'éclipsai pour éviter à Liz de répondre à des questions auxquelles je la soupçonnais de ne pas avoir de réponses.
Elle se tourna vers ses amis en souriant.
« J'ai cru que vous alliez partir et me laisser ici. » Dit-elle en les rejoignant.
« Rassure-toi, Brad y a pensé. » Assura sa meilleure amie.
« Hey ! Et la solidarité ? »
« Solidarité féminine, Brad ! » Rirent les filles en se prenant bras dessus, bras dessous.
Le jeune homme amplifia ses mimiques de désaccord et les filles éclatèrent de rire avant de se mêler à la foule des danseurs.
Derrière moi, je sentis la présence de mes 'parents'. Je me tournai vers eux en attendant qu'ils disent ce qu'ils voulaient.
« Penses-tu que la morsure pourrait l'aider ? »
Je regardai les corps bouger en contrebas.
« Il faut lui en parler. » Affirmai-je en quittant le parc pour rejoindre la voiture de Carlisle sur le parking.
J'en avais assez d'entendre toutes les pensées des personnes présentes. J'avais besoin de silence avant que la vision d'Alice ne devienne le centre d'attention de la famille. Nous n'avions plus de moyens pour répondre à nos questions du pourquoi des réincarnations de Liz. Il nous fallait trouver un comment éviter la prochaine.
Si vous voulez la suite, elle est en cours de correction…Dites-moi tout !
Bises Spuffy
