Salut les didoudoudous! comment ça va bien? Voici la dernière cuvée... Le premier chapitre de la seconde partie... en espérant qu'il vous plaise! ;)
je remercie mes fidèles qui sont toujours là, qui me laissent une trace de leur passage et quelle trace d'ailleurs! Vos reviews m'ont subjuguées... Je suis encore toute émue, une larmichette me monte au coin de l'œil droit... Vous êtes sensass les meufs! … ne vous gênez pas pour continuer, hein?! J'espère que je ne vous décevrai pas...
Juliefanfic: ma douce lady te voilà devenue Lady reporter ! et crois-moi quand je te dis j'achète ! Tu es merveilleuse! Et merci pour tout en particulier avec ta tendinite ! c'est Noël bientôt alors bisous caramélisés, chocolatés, nougatés et tutti quanti !
Virginie : Contente que ça te plaise ! Et bonne lecture !
Mathy : ma tomate en chocolat !... bah oui c'est Noël... Merci pour ta review qui est tombée à point dans le creux de la vague où je me trouvais ! Tu m'as donné envie de me remettre à écrire dans un moment où je n'y avais plus goût ! Merci mon chaton !
Sandra : mon satanas endiablé ta review est plendide ! Comment te dire ?... je suis excessivement heureuse que tu aimes ce qui a été fait de notre petite Aiglonne et de ce sublime elfe qui soupire après elle ! Un certain pov dans ce chapitre t'es dédié mon petit sucre ! =p
Ma bêta super canon/relectrice/revieweuse : tu es une bêta en or! Certes nous en entraînons dans des délires complètement barrés mais c'est ça qui est bon non?! En tout cas merci pour tout! Et pour toi... une certaine scène rallongée parce que bon voilà quoi !:)
Une fois n'est pas coutume, je vous donne les musiques sur lesquelles j'ai écrit tellement elles m'ont inspiré !
-1er pov : Monsters, d'Imagine Dragon / Bartholomew de silent comedy/ i'm gonna do my thing de the royal deluxe
-2ème pov :Raise the dead de raign / Afraid de the Neighbourhood/ runnin d'Adam Lambert.
-3ème pov : eicile de Modestep / crazy in love the fifty shades of grey / paradisa awaits de killer tracks.
4ème pov : fire meet gasoline de Sia / the arrival de zack Hemsey / Hello de Adèle.
ENJOY les didous !
Chapitre 32, début de la seconde partie... quelques semaines plus tard,
Iffrin, Klaùs,
Le Wallen descendit doucement les marches menant aux geôles les plus profondes de la Maison du Roi. Il sifflotait doucement une ritournelle des plus joyeuses alors que ses bottes martelaient durement la pierre froide. Ses doigts effleurèrent la roche humide alors qu'il se dirigeait gaiement dans les entrailles de la cité excavée.
Il avait toujours aimé l'aspect glauque des soubassements. L'humidité, les lueurs fantomatiques des quelques chandelles dispersées çà et là donnaient au lieu une allure mortifère qui n'était pas sans rappeler les Boghas* de la Cité sur la Mer. Il en avait été un fidèle et assidu adepte, se repaissant encore et encore de la fange wallen. Son peuple avait beau dans sa grande majorité être uni, il n'en était pas moins vrai que certains d'entre eux restaient de fieffés tordus se dit-il dans un rire intérieur.
Un sourire nostalgique étira les lèvres pleines de l'homme. Il passa la main dans ses cheveux blonds cendrés et les ébouriffa encore un peu plus. Les Boghas... Voilà bien un des seuls endroits qui lui avaient manqué lors de son longs passages sur Terra... Il s'agissait là des caves de la grande Tour où chaque Wallen avait mis les pieds au moins une fois. Lui les avait personnellement honoré de sa présence tous les soirs depuis sa majorité, et même avant se rappela-t-il narquois, jusqu'à la veille de son départ pour l'autre Monde.
Elles étaient la définition même de la dépravation et de l'immoralité. Les caves de la cité étaient connues pour abriter les turpitudes et les dévergondages de tous ceux qui souhaitaient s'y abandonner, particulièrement les consommateurs de substances hallucinogènes comme les amateurs de parties fines. Les exactions les plus décadentes y étaient perpétrées pour son plus grand bonheur. Même le Roi Phénix avait déjà passé plusieurs nuits dans les caves. Son propre père en était un fervent client lui aussi.
D'un pas de deux gracieux, il dévala les quelques marches qui restaient avant d'arriver devant la cellule qu'il convoitait. Le Dragon Pourpre avait été mis à l'écart des quelques autres prisonniers pour les protéger de sa folie meurtrière mais aussi afin de ne pas effrayer les habitants du dessus avec ses rugissements et autres hurlements. Lui s'en délectait sans jamais sans lasser mais reconnaissait que les non-initiés à la souffrance pouvaient en être effrayés. La douleur, la rage et le désespoir qui se détachaient clairement des cris de Klaùs étaient tout bonnement stupéfiants.
L'utilisation des deux toxines avaient été diablement efficace. Indépendamment l'une de l'autre, elles étaient déjà d'une puissance faramineuse mais combinées... un humain lambda en serait mort, un elfe... et bien il ne savait pas trop quel genre d'effets cette potion pouvait avoir sur eux... Il se jura d'essayer un de ces jours la dangereuse composition sur l'un d'eux. Pourquoi pas ce roi pédant et si sûr de lui qui culbutait Ilyrià sans vergogne?... Il secoua la tête pour reprendre le cours de ses pensées. Les Wallens, eux, ne mourraient pas sous l'emprise de l'hallucinogène mais, petite quantité par petite quantité, le retour n'en était que plus pervers. Leur consommateur devenait délirant et paranoïaque, ne pouvant que rarement revenir de ce voyage éprouvant. Il fallait une force de caractère colossale, de celle qui faisait définitivement défaut au Dragonnet trop ancré dans ses propres démons. La potion décuplait la part animale et consumait l'humanité de l'hôte en un combat intérieur dont aucune ne sortait décemment sortir vainqueur.
Dans le cas de Klaùs, le Dragon tapissait son éther de ses élucubrations dévorantes, de son appétit maladivement glouton d'émotions qu'il n'avait jamais réussi à ressentir quand bien même son âme humaine l'enjoignait à protéger sa cousine au péril de toute autre vie. Jamais il ne pourrait faire la part des choses. Jamais.
Le Ceanar avait beau passé tout le temps qu'il ne réservait pas à sa protégée auprès de son ami, il y avait très peu de chances qu'il arrive à le faire revenir de l'obscurité un jour. Il frappa ses mains l'une contre l'autre en signe de contentement. Il avait réussi à extorquer quelques échos d'informations aux gardiens même si cela s'était avéré relativement succin. Il avait ainsi pu apprendre que le jeune Wallen reprenait de temps en temps conscience dans la noirceur de sa folie. Cependant ses retours, toujours fugaces, ne se révélaient en aucun cas dangereux pour leur entreprise.
Pour le moment, tout se déroulait à peu près comme prévu. Leur commanditaire lui avait fait parvenir un pli de la Cité sur la Mer lui apprenant avec plaisir que son oncle, le roi Sturten, avait été mis au courant. Il connaissait maintenant l'identité de celui avec qui devait réellement s'unir sa fille et en avait été choqué au point d'avoir été pris de folie passagère. Le Phénix avait alors tout détruit autour de lui. L'homme sourit. Voilà qui serait intéressant. Les envolées lyriques et le caractère plus qu'ombrageux du souverain wallen promettaient une réaction des plus spectaculaires. Il ne saurait jamais voir plus loin que le bout du nez de sa rage. Il lui paraissait d'ailleurs étrange que des légions de Wallens ne soient pas déjà arrivés dans la Forêt Noire pour récupérer le joyau de leur suzerain.
Il s'était bien rendu compte que des choses se tramaient autour de lui... trop de chuchotements, de messes basses qui s'interrompaient à sa vue entre le Ceanar, le prince Legolas et le roi Thranduil. Heureusement, les autres seigneurs elfes étaient repartis dans leurs domaines respectifs, désireux de laisser agir le souverain sylvestre à sa guise et rassérénés que la stupide prémonition de leurs dieux soit sur la voie de la réalisation... du moins publiquement. Après tout, que sa cousine s'unisse avec le père ou le fils, pour eux cela n'était que secondaire.
Le Wallen n'était pas dupe. Sous leurs grands airs d'honneur et autres niaiseries bien elfiques, ils étaient comme tout à chacun. Ils ne pensaient qu'à servir leurs propres intérêts ou, au contraire, les desservir. On ne pouvait la lui faire à lui.
Ne se targuait-il pas d'être le plus grands des bâtards qu' Arda ait jamais porté, son représentant le plus méprisable? Et il adorait cela au-delà du mesurable. Klaùs, malgré ses dires, était resté le petit garçon apeuré à l'idée de se retrouver seul et abandonné de tous qu'il avait toujours été. Certes, il était devenu cet homme corrompu et vicieux au fil des années. Les blessures qui l'avaient tourmentées enfant l'avait profondément marqué mais, au fond bien au fond de lui, son âme avait conservé une certaine noblesse à défaut de pureté. Le Dragon Pourpre aimait le goût du sang, du sexe et de tout ce qui pouvait l'amener à une indolence salutaire. Néanmoins, il ne faisait pas de mal, pas vraiment. Il était plutôt détaché de tout et de tous.
Lui non. Il aimait faire mal. Il adorait ça. Ces quelques mots résumaient le fossé qu'il y avait entre eux ainsi qu'une des raisons pour lesquelles il n'avait jamais pu souffrir son cadet. Klaùs avait une flétrissure de sa nature dragonnesque, et ce depuis sa naissance... une différence que lui avait toujours notée, qui l'avait rendu hors de lui particulièrement depuis qu'il en découvert le secret honteux. Un rire joyeux s'échappa d'entre ses lèvres charnues.
Enfin, Klaùs était là où il se devait d'être... dans le néant dont il n'aurait jamais dû sortir.
Le Wallen fit ouvrir la lourde porte de la cellule qui l'intéressait et entra. Il referma derrière lui en s'accoudant nonchalamment au chambranle. Les bras croisés sur son large torse, un rictus retroussa ses lèvres comme les babines d'un animal. Il était très beau lui aussi, une aura virile alliée à des traits fins que n'aurait renié aucun sculpteur. Toutefois, l'éclat de ses yeux rendait son aspect plus sauvage et dangereux que la grande majorité de ses congénères. Il respirait le vice et le calcul. Un plaisir malsain éclaira son regard où se lisait toute la noirceur de son être. Ses yeux papillonnèrent un instant sur les murs nus de la pièce lugubre et un tic amusé agita ses muscles faciaux. Il apprécia les ténèbres qui enveloppaient le Wallen enchaîné, léchant le corps endolori du jeune homme à terre.
Klaùs se tenait à genoux, ses bras puissants toujours entravés. De lourdes chaînes de mythril emprisonnaient solidement ses poignets, le crucifiant au sol. C'était malheureusement un mal nécessaire pour cet homme considéré si néfaste.
Le Loup avait pris ses précautions. Il connaissait mieux qui quiconque son second et de quoi il était capable. Le Dragon Pourpre n'avait-il pas massacré l'un des leurs à coups de crocs, l'un des plus forts de la Garde Wallen qui plus était?
Klaùs leva la tête vers son visiteur. Il faisait peine à voir ... Ses joues creusées par le refus de s'alimenter, une fine barbe blonde mangeait son visage émacié. Ses yeux noirs brillaient de par la maladie et surtout Iffrin pouvait y voir l'étincelle de folie qui s'accrochait désespérément à son frère. Cependant, son visiteur ne put s'empêcher de ressentir une once d'admiration teintée de jalousie. S'il était à terre, le jeune homme n'en paraissait pas moins outrageusement grandi et d'une absolue fierté. Son menton dressé avec arrogance, il planta son regard incertain dans le sien, attendant que ce dernier ne se décide à prendre la parole, ce qu'il fit au bout de quelques minutes d'un silence assourdissant.
- Klaùs, soupira-t-il exagérément. Klaùs, Klaùs...
-Arrête de répéter mon prénom ainsi, railla le prisonnier d'une voix éraillée. D'aucun pourrait croire que tu pries, Iffrin.
-Ah oui? -son interlocuteur arqua un sourcil moqueur. Un Dieu sanglant alors... sanglant et fou à lier.
-La folie est une tare familiale, brathair, rit son cadet à genoux en se redressant légèrement. Ainsi sont réputés les Dragons.
Iffrin fit quelques pas dans sa direction et s'accroupit face à lui.
-Et aujourd'hui est un jour avec on dirait... souffla le grand reptile. Tu as l'air relativement conscient. La dernière fois que je suis venu te visiter, c'est à peine si tu ne bavais pas comme un nourrisson collé au sein de sa mère.
Klaùs ne répondit pas et se contenta de le fusiller du regard. Il ne savait que trop à quel point son frère avait malheureusement raison. Leurs visages se touchaient presque et il était réellement troublant de voir combien ils se ressemblaient malgré leurs dissonances. Leurs profils aristocratiques avec cette touche néanmoins sauvageonne auraient pu être jumeaux si ce n'étaient leurs nez, aquilin pour l'aîné et sensiblement épaté pour son cadet.
Soudain, Iffrin attrapa les mâchoires de son frère entre ses doigts qui s'enfoncèrent dans sa chair. Klaùs sentit ses ongles s'incruster si profondément que quelques gouttes vermeilles perlèrent sur sa peau pâle. Son frater l'obligea à le regarder droit dans les yeux pour lui démontrer ainsi qui, d'eux deux, était le plus fort. Iffrin pouvait voir la rage étinceler au fond des prunelles de son frère et crût même les voir rougeoyer alors qu'il savait que seul l'amusement habitait les siennes. Il sentait de même son souffle brûlant se mêler au sien.
Ils avaient beau se haïr comme peu de personnes en étaient capables, ils n'en restaient pas moins des frères... Ils étaient les deux faces d'une même pièce qui jamais ne se recoupaient mais qui, par ailleurs, ne pouvaient exister l'une sans l'autre. La haine découlait d'un vieil amour mal construit, la colère de la frustration, le désespoir de la déception... en tout cas pour Klaùs.
-Cuin? marmonna Iffrin en passant son autre main dans les cheveux sales de son petit frère si semblables aux siens. Quand comprendras-tu que tu ne peux rien contre moi, Klaùs? Tu n'as jamais pu et jamais tu ne le pourras... J'ai toujours trois coups d'avance sur toi. Arrête de me défier, Dragon Pourpre.
Son cadet frémit de dégoût au contact des doigts bouillants et se retint de se cabrer pour les éviter. Au contraire, il ancra son regard dans celui de son frère. Lui montrer la moindre faiblesse signerait sa défaite totale.
-je te tuerai, tiens le toi pour dit, mo brathair.
-Mais en attendant? ironisa Iffrin. Que feras-tu? -il se courba vers lui pour susurrer à son oreille. Que peux-tu faire d'ici? Tu es aussi dangereux qu'un lézard. Tu ne sers personne ni aucune cause... Resteras-tu seulement en vie encore bien longtemps, brathair? Je ne sais si tu te rends compte de la portée de tes actes dernièrement mais je connais un ourson qui est devenu grâce à toi un ours bien enragé...
-Je ne sais comment, gronda Klaùs, mais je sais que c'est toi le responsable.
Iffrin resserra sa prise sur le visage douloureux de son cadet et le secoua avec véhémence.
-Prouve-le, rit-il, sournois. La rage coule désormais dans les veines de Fillan et je t'en remercie. Tu me l'as servi sur un plateau d'argent... Que crois-tu pouvoir faire d'ici? continua-t-il impitoyable devant la mine terrible de Klaùs. Que crois-tu pouvoir faire pour a co-ogha? La petite Sirène est si... perdue sans toi... La nouvelle de ses noces à venir avec ce roi semble l'avoir prise au dépourvu. Tu devrais la voir traîner son âme en peine... C'est d'un désopilant!
-Laisse-là, siffla son frère, hors de lui.
-Cha, souffla Iffrin d'une voix doucereuse. Je te promets de ne pas toucher à un seul de ses cheveux... Quelqu'un d'autre s'en fera un plaisir. Quelqu'un qui n'attend que ça, qui a la vengeance chevillée au corps... son désir de revanche sur elle, Finnàm et le seigneur des lieux est incommensurable...
-Muireall, murmura Klaùs, les yeux fous.
Son frère le relâcha avant de se remettre debout lestement et de le narguer du regard.
-Tu as tout compris, claironna le Dragon Rouge. Le requin n'a qu'une seule idée fixe en tête. Se délecter des chairs de notre jolie cousine. Il prendra enfin ce qu'elle lui a toujours refusé. Je dois admettre que la voir ouvrir si bien les cuisses pour un elfe le fâche assez... Il ne pense qu'à ça l'animal, s'esclaffa Iffrin en pensant déjà aux dommages qu'allait infliger son complice à sa propre parente. Il lui fera tout ce qu'il faut pour qu'elle étanche sa rancune de ses larmes.
Klaùs tint bon. Il ne céda pas à ses provocations. Il ne le devait surtout pas mais à l'inverse rester de marbre face à lui. S'il arrivait à rester lucide assez longtemps, peut-être pourrait-il soutirer quelques informations capitales à Iffrin. Pour le moment, rien de précis n'avait été mentionné et il sentait malheureusement sa raison commencer à le quitter à nouveau. Il avait de plus en plus de mal à garder sa pensée cohérente, à se focaliser sur ce qui se jouait ici.
Il avait compris que son aîné l'avait piégé, que Muireall était complice de ses forfaits. Mais pourquoi? Leurs objectifs semblaient diverger et il ne voyait pas pourquoi ils l'avaient mis totalement hors-jeu. Cela ne correspondait pas au comportement habituel de son frère qui aurait dû préférer le garder aux premières loges, l'observer se débattre dans ce marasme qu'il aurait lui-même orchestré.
Alors pourquoi? Juste le plaisir de faire souffrir gratuitement?
Ses idées avaient de plus en plus de mal à se placer correctement et Iffrin n'était pas stupide au point de lui dévoiler ses motivations. Ça aussi c'était un trait de famille... Que ce soient eux ou leur paternel, aucun des trois dragons n'était marqué par la stupidité. Quant à celles du requin, ses raisons étaient autrement plus claires et primaires. Il désirait briser Ilyrià, lui faire payer un affront imaginaire. Il voulait de même entraîner dans son sillage de destruction Finnàm qu'il considérait comme responsable du manque à gagner qu'avait été Ilyrià ses yeux et Thranduil qui se dressait en travers de sa route.
Iffrin était autrement plus pernicieux et rusé. Il espionnait, calculait pour enfin agir. Le Wallen ne se lançait pas dans des entreprises hasardeuses. Et c'était exactement ça qui, dans ses rares moments de clairvoyance, perturbait Klaùs. Son frère aimait créer le chaos, provoquer les ennuis et regarder les effets dévastateurs de ce qu'il avait engendré. Or, dans ce cas, son instinct lui soufflait qu'il y avait peut-être plus. Évidemment, il n'était pas sûr de pouvoir se faire confiance, à lui comme à ses perceptions. Sa vision était faussée, galvaudée par un esprit beaucoup trop malmené.
Klaùs était frustré. La folie qui le guettait, le mettant plus bas que terre, était épouvantablement sournoise. Quand il pensait enfin reprendre le dessus, elle louvoyait pour se glisser dans chaque interstice qu'il n'avait pu colmater... et il sombrait de nouveau au plus profond de ses abysses personnels.
Il se redressa encore du mieux qu'il le pouvait au vu de sa position inconfortable et regarda à nouveau son frère dans les yeux, sans peur ni colère. Juste une froideur digne du souverain de ces bois. Klaùs avait appris quelques petites choses au contact des elfes ces derniers mois. Sans s'en rendre vraiment compte jusque-là, il était devenu beaucoup plus posé, limite placide lui qui n'avait jamais été que bouillonnement. Il n'était plus le Dragonnet emporté qu'il était encore quelques mois plus tôt avant son départ. Il vit avec satisfaction son frère décontenancé par son calme.
-Je ne suis que l'ombre de moi-même, je te l'accorde, articula-t-il avec un flegme à la limite de l'effrayant puis, dans un sourire carnassier: Je ne suis pas au meilleur de ma forme. Tu as réussi, par je ne sais quel odieux stratagème, à m'éjecter de ta trajectoire... Je ne peux le prouver et je te sais assez intelligent pour ne rien dire... même pas infirmer ton implication mais ne dit-on pas que la folie est incomplète si ledit fou en est conscient? -cette fois, ce fut lui qui se pencha vers son frère- Je ne serai pas toujours dans ce cachot, Iffrin. Je vais en sortir, lui assura-t-il d'une voix forte et claire. Et ce jour-là, je vous tuerai tous les deux. Dis à Muireall que s'il touche à Ilyrià, je lui arracherai son maudit aileron et le lui ferai manger. J'y prendrai grand plaisir, crois-moi. Je ne sais ce que tu mijotes mais je le saurai... et si ce n'est moi, il restera toujours Finn...
-A Ceanar, sourit Iffrin avec dédain. Cet homme t'a toujours vrillé la raison mo brathair. Ton amant occasionnel ne sera jamais un problème pour moi malgré toute sa ruse. Vous êtes tous tellement attachés les uns aux autres! Une faiblesse qui vous perdra tous.
Soudain, une pensée s'infiltra dans le brouillard qui envahissait peu à peu l'esprit du jeune homme à terre. Une aura d'assurance impressionnante se dégagea de lui alors qu'un grand sourire incurvait ses lèvres charnues.
-Ce n'est pas une faiblesse, dit-il doucement. Je me suis choisi cette famille. Je ne suis pas seul.
-C'est bien ça, le coupa Iffrin avec hauteur. Le frein à toute chose.
-Tu n'as rien compris. La famille, c'est le pouvoir, brathair. Je vais me relever de cette épreuve plus fort encore et ils seront là pour me soutenir. Je sortirai d'ici. Je te le promets, grand frère.
Une lueur d'inquiétude dansa dans les iris d'onyx d'Iffrin mais il se reprit très rapidement et retrouva son air suffisant habituel. Cependant, Klaùs s'en moquait éperdument. Il lui avait suffi d'apercevoir ce léger doute dans les yeux de son frère. Ce dernier se dirigea vers la porte et toqua pour que le gardien lui ouvre. Il ne daigna jeter un regard au Wallen enchaîné au sol mais ne put s'empêcher de faire encore acte de bravade face à lui.
-Tu ne pourras rien faire, tu es si faible, brathair... un enfant face à un géant.
-Cela a donné corps à de nombreuses légendes Iffrin... les plus belles qui soient.
Iffrin ne répondit pas et se contenta de claquer la porte derrière lui. Il ne pas voulait donner plus de poids à son cadet mais les faits étaient parlants d'eux même. Klaùs sourit alors que la migraine, désormais vieille compagne, revenait battre la campagne sur ses tempes. La douleur lui vrillait le crâne et s'insinuait partout en lui. Il avait l'impression que cette souffrance ne s'arrêterait jamais... Sa peau était brûlante comme jamais auparavant elle ne l'avait été, des gouttes de sueur luisaient sur sa chair meurtrie comme si des milliers d'aiguilles s'infiltraient en lui avec une délectable lenteur. Il sentait ses pensées prendre le chemin d'escampette et sa conscience se mettre en retrait.
Il s'accrocha encore un moment aux quelques restes de lucidité qui le traversaient sommairement. Il ne savait pas quand il arriverait à de nouveau faire surface... Tout ce que le Dragon pouvait espérer était qu'il reprenne ses esprits pour la prochaine visite du Ceanar. Il devait lui rendre compte de sa conversation avec Iffrin, lui dire de surveiller encore plus étroitement son frère et cette ordure de Muireall... Il devait lui dire de faire attention à lui, qu'il fallait tenir informé Thranduil que le requin s'en prendrait, il ne savait quand, à sa cousine.
Si quelque chose arrivait à la jeune Wallen, il sombrerait définitivement dans la folie sans aucune chance d'en réchapper. La situation était bien plus que complexe. Ils étaient tous au bord d'un précipice, entourés d'un épais brouillard. Comment marcher sur un fil alors que personne ne voyait dans cette purée de pois qu'était devenue leur vie à tous?
Un sourire enfantin naquit sur les lèvres pleines, illuminant son visage blême. Il arriverait à se relever de cette épreuve. Sans nul doute. Il en ressortirait plus fort encore. Après tout, il était Klaùs, le Dragon Pourpre. C'était lui qui inspirait la peur et donnait la mort.
Oui, il s'en sortirait... restait à savoir quand.
O0o0o0o0o0o0o0o0o0o0o0o0o0o0o0o0o0o0
Ilyrià,
Où se recueillir quand il n'y avait aucune tombe à honorer? Comment alors pouvait-on pleurer la perte d'un ami si cher à son cœur? Comment verser ne serait-ce qu'une unique larme quand vos yeux étaient trop secs de s'être tellement épanchés sur le sort funeste de son cousin?...
Ces questions, couplées à bien d'autres encore, dansaient sans relâche dans l'esprit d' Ilyrià en une valse moribonde. Assise sur le sol malgré qu'elle fût gelée jusqu'aux os sous sa robe de lainage gris, la Wallen fixait sans le voir l'emplacement où le corps de Fingall avait été brûlé. Elle pouvait encore distinguer les traces noires du bûcher. Les souvenirs et les odeurs l'assaillirent comme à chaque fois qu'elle venait ici.
Elle aurait aimé pouvoir pleurer mais elle ne l'avait que trop fait ces dernières semaines. Elle était persuadée que plus aucune perle salée ne pourrait jamais franchir la barrière de ses yeux. Comme à chaque fois qu'elle repensait à son cher ourson, l'air vint à lui manquer et une sensation d'étouffement lui étreignit la poitrine. La jeune femme s'allongea sur la terre froide recouverte d'une épaisse pellicule de poudreuse, conférant à ce lieu désormais maudit une fausse allure virginale. Cette pureté n'était qu'un leurre comme ils l'étaient tous désormais.
Chacun faisait semblant... semblant que tout irait mieux, qu'ils se relèveraient après une telle épreuve... comme si cela était seulement possible. Elle gratta la neige de son index bleui par le froid. Finnàm se mentait à lui-même en se persuadant qu'il arriverait à ramener la situation à la normale et qu'il démêlerait le vrai du faux... Cendera lui assurait qu'elle trouverait un remède pour soigner Klaùs mais elle aussi se fourvoyait... Quant à Thranduil... Ilyrià soupira.
Repenser à l'elfe lui serra le cœur. Des semaines s'étaient écoulées sans qu'ils aient une conversation qui sortait des histoires de protocoles ou des us de ce foutu royaume sylvestre. Ils ne se voyaient que rarement et jamais dans un contexte qui pouvait être propice à une quelconque intimité. Elle avait la désagréable impression qu'il cherchait à l'éviter, que la situation telle qu'elle était présentement l'arrangeait.
Mais pourquoi? … parce qu'ils étaient aussi obtus l'un que l'autre. Ils campaient tous les deux sur leurs positions, aussi précaires fussent-elles. La Wallen lui en voulait de l'avoir prise au dépourvu, de l'avoir mise devant le fait accompli de devoir l'épouser... Comment avait-il pu se montrer si insensible à son désarroi? L'ellon, quant à lui, lui retournait cette rancœur de la voir si peu réactive. Il ne comprenait pas qu'elle freine des quatre fers à l'idée de devenir reine. Un rire cynique secoua le corps endolori par le froid d' Ilyrià. Sa robe trempée collait à son corps. Elle se leva difficilement et prit le chemin du retour.
Il lui fallait se changer avant sa leçon. Une grimace déforma les traits de son visage. Elle qui avait cru échapper à ce calvaire se retrouvait dedans jusqu'au cou et elle risquait incessamment sous peu de mourir d'ennui. Elle se fichait comme d'une guigne de quel elfe avait bâti telle cité détruite depuis maintenant des lustres. Thranduil avait cependant décrété qu'une souveraine devait, à l'instar de lui-même, connaître sur le bout des doigts tout ce qui avait un rapport de près ou de loin au monde elfique.
Banrigh*... Ilyrià en aurait ri si elle ne s'était pas sentie si pitoyable. Elle n'en avait pas l'étoffe, loin de là et savait que l' elfe pensait la même chose. Cette malheureuse constatation lui écorchait le cœur. Qu'elle fut sa maîtresse était une chose certes concevable et, quelque part confortable, sa femme en revanche... La Wallen ne pouvait cesser de penser et repenser au tableau trônant en bonne place dans la chambre à coucher de son amant. Un aiguillon venimeux piqua son âme, sachant indubitablement qu'elle ne serait jamais à la hauteur de l'auguste reine... elle ne le souhaitait d'ailleurs pas.
En tout premier lieu, parce que la tâche lui répugnait au plus haut point. Gouverner quoi que ce fut n'avait jamais été un de ses objectifs, qui plus était un peuple qui ne voulait pas d'elle. Son double allié à son propre tempérament d'humaine faisaient qu' Ilyrià n'aspirait qu'à la liberté et aux sentiments grisants qui en découlaient. Elle désirait aller où le vent la portait et non vivre de contraintes, faire ce qui lui chantait, aimer comme elle le voulait. La différence qu'elle sentait déjà dans ses rapports avec son roi la révoltait complètement.
Elle avait la certitude que ce damné elfe voudrait la modeler à l'image qu'il lui seyait à lui afin qu'elle se plie à son bon vouloir sans toutefois la briser. De cela aussi elle était certaine. Mais l'un sans l'autre était-il seulement possible? La Wallen se voyait plutôt comme un roseau qui, toujours, reprendrait sa forme initiale, indomptable.
Il lui manquait tellement... Valar, ce qu'elle pouvait lui en vouloir en ce moment précis! La jeune femme se sentait abandonnée, laissée pour compte. Il ne pensait qu'à ses leçons de sindarin comme de maintien alors qu'elle-même ne souhaitait qu'une seule chose... profiter d'un peu de répit en sa compagnie. Elle était dévastée depuis les derniers événements et avait besoin d'un rempart à son mal-être, égide qu'il ne semblait pas décidé à lui procurer. Pourtant, elle aurait pensé que l' ellon le lui aurait accordé après ces instants tragiques.
Elle le trouvait d'une insensibilité débilitante. Il avait beau avoir des millénaires à son actif, c'était décidément un sot. C'était de ses bras à lui qu'elle avait besoin, non de ceux de ses amis en dépit de tout l'amour qu'elle leur portait.
Elle grimpa les escaliers menant à la Maison du Roi en ahanant péniblement. Sa robe mouillée engluait affreusement son corps et semblait peser une tonne. Ilyrià jura, soufflant encore une fois dans le creux de ses mains jointes. L'irritation de la laine et le froid ambiant sur sa peau mouillée lui martyrisaient les chairs.
Au moins, éprouvait-elle ainsi une quelconque sensation... à défaut des belles mains de son suzerain. Il ne l'avait plus touchée, odieusement loin d'elle depuis la nuit de Turuhalmë. Sans doute regrettait-il déjà la vision de la Dame de Lorien... Après tout, la manière cavalière dont il lui avait présenté les choses sans prendre la peine d'en reparler depuis parlait pour lui. Ilyrià se sentait monstrueusement frustrée, voire affamée. Elle n'avait aucune honte à se l'avouer. S'il était plus royal que jamais, Thranduil lui paraissait aussi froid qu'un fjörd comme s'il s'obstinait à dresser des barrières entre eux... Elle qui pensait avoir franchi une étape décisive avec l'elfe au soir de son anniversaire avait l'impression d'avoir reculer de dix pas.
Elle secoua la tête, faisant virevolter ses boucles brunes collées en une masse informe par la neige fondue et passa sa main sur ses yeux fatigués. Même physiquement, elle n'était pas au mieux... De grands cernes grisâtres cerclaient son regard éteint et sa peau dorée n'était plus qu'un lointain souvenir, laissant désormais place à une lividité qui ne lui allait décidément pas au teint. Elle devait impérativement se reprendre. Surmonter la perte de son cousin chéri et de son ourson était une chose impossible, sans parler de la peur qu'elle ressentait au creux de son ventre quant à la réaction de son père dont elle n'avait, pour le moment, aucune nouvelle. Elle connaissait son géniteur et savait que le retour de bâton risquait de laisser bien des dommages...
Le bruit de voix la tira de son apathie. Les intonations ennuyées au timbre de basse de l'une d'entre elles la firent frissonner. Elle avança silencieusement pour voir à qui s'adressait Thranduil avec autant de déférence et de quoi? Douceur? Son cœur eut un sévère loupé en voyant son interlocutrice. Une elleth se tenait face à lui. Elle réunissait à elle seule, au grand dam de la Wallen, tous les critères auxquels la gent elfique aspirait. Épouvantablement belle et encore, elle trouva le terme bien en deçà de la réalité, elle resplendissait.
Grande et élancée, cette elfine était tout ce qu'elle-même n'était pas, encore moins depuis quelques temps. Elle avait de longs cheveux d'un splendide blond qui cascadaient librement jusqu'à ses cuisses, un teint de porcelaine, des pommettes hautes et saillantes, une jolie bouche aux proportions admirables. Son corps félin aux magnifiques déliés tendait sans retenue vers le roi dont elle était horriblement proche, une main posée avec une négligence feinte sur son avant-bras. Les poings d' Ilyrià se serrèrent convulsivement sans qu'elle y prenne garde. Ses doigts gourds trahirent sa présence. Leur rigidité était telle qu'elle ne put s'empêcher de pousser un petit cri de douleur. La Wallen tourna les talons pour s'éclipser mais il était trop tard. Elle fut vite arrêtée dans son élan par la voix péremptoire de Thranduil.
-Dame Ilyrià -qu'elle pouvait détester cette façon polie et surannée qu'il avait de s'adresser à elle lorsqu'ils n'étaient pas seuls!- D'où venez-vous donc ainsi?
Elle se força à se retourner. Ses joues avaient pris une teinte plus que cramoisie, n'étant que trop consciente de sa mise affligeante. Elle croisa le regard polaire et désapprobateur du roi qui se retenait à grand peine de souffler de mécontentement. Elle détourna rapidement les yeux des siens qui s'entrechoquèrent à ceux de l'inconnue.
Cette dernière la dévisageait avec amusement, un de ses magnifiques sourcils arqués par la raillerie. Avec colère, elle la vit la jauger des pieds à la tête et lui sourire alors avec condescendance comme si, à la voir, elle plaignait Thranduil de devoir subir une telle humaine même si c'était là la volonté des Valar. Ilyrià voyait d'où elle se tenait les rouages de son esprit s'enclencher. Elle devait se dire que cette union était plus que malvenue et qu'elle partageait le désarroi de son seigneur. L'elfine transpirait la commisération.
-Je suis allée prendre l'air, mon seigneur, dit la Wallen d'une voix neutre.
Thranduil se retint de répondre quelque chose qui aurait été d'une rare désobligeance à n'en point douter au vu de ses narines dilatées sous l'effet de la colère. Au lieu de cela, il désigna l'elleth et lâcha avec raideur:
-Dame Wallen -encore pire! Ilyrià serra les dents, elle se sentait d'humeur à mordre tout à coup- voici Dame Niobé. -il se tourna ensuite à demi vers sa compagne et sourit, diplomate- Dame Niobé nous revient d'un long séjour dans la cité d' Imladris... Nous sommes extrêmement heureux de la revoir prendre place parmi les siens.
L' elfine adressa à son tour un sourire éblouissant au souverain avant de fixer à nouveau ses grands yeux émeraudes sur Ilyrià qui vit avec courroux une moue méprisante teinter son visage parfait. La Wallen aurait voulu pouvoir se cacher dans un trou de souris. La manière dont l'elfe regardait son roi lui vrillait l'âme, surtout en ce moment où, non seulement elle ne ressemblait strictement à rien, mais alors qu'un fossé semblait se creuser de plus en plus entre eux deux.
-Nous deviendrons de grandes amies, j'en suis certaine! s'exclama un peu trop fort la dénommée Niobé, candeur incarnée. Nous en aurons tout le temps. Ne suis-je pas de retour dans ce royaume si cher à mon cœur? Je ne suis pas près d'en repartir, croyez-le, rit-elle.
Le sous-entendu était clair comme de l'eau de roche.
Avec grâce, elle saisit sa main si rapidement qu' Ilyrià n'eut pas le temps de reculer. Si la jeune femme avait eu le moindre doute sur les intentions de l' elleth, la façon dont celle-ci broya ses phalanges douloureuses finit de la convaincre tout comme son regard soudain d'une dureté minérale.
-Moran taing, répondit la jeune femme en utilisant sciemment sa langue pour attiser un peu plus la bile de l' ellon.
Après tout, si elle ne se sentait pas heureuse, pourquoi lui ferait-elle plaisir? Or elle savait à quel point il était sensible à son usage des différents parlers... Avec une joie mauvaise, elle vit un éclair de colère passer dans son regard hivernal.
-Vous serez d'une grande aide, j'en suis sûre très chère, reprit-elle avec une onctuosité qui fit froncer les épais sourcils du roi. Maintenant, conclut-elle en s'inclinant en une révérence aussi raide qu' hideuse, veuillez souffrir que je me retire. Je suis horriblement fatiguée. Mo righ, Dame Niobé, je vous souhaite la plus douce des après-midi et que votre cœur en soit enchanté.
Elle se retourna et se dirigea d'un pas malheureusement aussi léger que celui d'une femelle mumack en gestation vers les escaliers en grommelant d'une voix inaudible:
-Et puissiez-vous vous étouffer avec!
Elle se détestait de se sentir aussi profondément touchée par la jalousie. Elle s'était toujours cru au-dessus de ça mais preuve en était que ce n'était pas le cas. La voir aussi près de lui alors qu'elle, elle en était si loin... Voir sa main posée sur ce qui était définitivement à elle lui avait entaillé les entrailles aussi sûrement qu'une dague. Son âme frondeuse se rebellait autant contre elle que contre cet ellon de malheur. Ne voyait-il vraiment pas le manège de cette elfine?
Ilyrià se mit à claquer des dents, autant secouée par cette rencontre qu'elle aurait préféré éviter que par le froid qui s'insinuait dans chacun de ses pores. Elle arriva au terme d'un trajet qui lui parut d'une longueur insoutenable. Elle ouvrait juste la porte quand elle se sentit littéralement poussée à l'intérieur de ses appartements. Elle glapit d'effroi et faillit tomber quand une main secourable la retint durement par l'arrière de sa robe rêche. Elle se retourna pour faire face à son mystérieux assaillant mais savait déjà de qui il s'agissait. La jeune femme aurait reconnu ce parfum entre mille. Elle brûlait de rage et vit à l'incandescence de ses iris qu'il en allait de même pour lui. Le pli qui barrait ses lèvres, ses sourcils toujours froncés et son air pincé en étaient autant de preuves.
-Tu ne changeras donc jamais, petite peste? grinça-t-il, sa voix de basse déformée par l'ire qu'il ressentait visiblement à son encontre.
-Ohhh... Tu me tutoies mo righ, ironisa Ilyrià en appuyant exagérément sur ces derniers mots. Tu ne me donnes plus de la Dame Wallen? -elle tenta de se dégager mais son emprise était à son instar, dure et inflexible- Laisse-moi!
-Qu'y a-t-il? explosa Thranduil en la secouant comme si elle avait été faite de chiffon. Que veux-tu?! Je fais pourtant tout ce qui est en mon pouvoir pour te rendre la vie plus douce!
-Je ne veux rien, amadan aelfica! cria-t-elle à son tour. Je me fiche des robes, des colifichets et de toutes tes autres babioles! La seule chose que je veux, tu me la refuses depuis des semaines!
-Et quelle est-elle? Tu as tes amis qui traînent dans ma cité sans que j'en sois pour autant réjoui, tu peux me croire! Un fou furieux que tu as laissé te blesser est enfermé dans mes geôles! Je ne vis que dans les conseils dans le but d'organiser ton accession au trône! Que veux-tu donc de plus? marmonna l'ellon usé de tergiverser ainsi avec cette tête de mule.
Elle tenta de se dégager une nouvelle fois et, essuyant une fois encore un refus, elle tourna son visage de façon à ne plus croiser son regard. La douleur tant physique que morale qu'elle ressentait à cet instant lui coupait le souffle. Elle se rendait enfin compte de sa jeunesse et de toutes les différences qui les opposeraient toujours. Jamais ils ne pourraient s'accorder sur leurs souhaits et leurs aspirations. Elle n'était pas celle qui lui convenait, pas la femme qu'il lui fallait, pas la reine digne de monter sur son trône...
Une larme roula sur sa joue ronde pour aller s'écraser sur sa poitrine. Elle était si fatiguée... son corps perclus lui criait de prendre du repos, de se rouler en boule sous ses épaisses couvertures et d'occulter tout ce qui menaçait son fragile équilibre. Elle aurait tant aimé être petite fille à nouveau et courir sur les landes venteuses avec Klaùs, Finnàm et sa sœur. Tout était alors si simple...
Le visage qui la hantait depuis de nombreuses semaines s'imposa à elle. Sa fille ou plutôt celle qui deviendrait leur fille. Comme il était bizarre de penser qu'un jour prochain, cette jeune femme entre-aperçue sortirait de son ventre, fruit d'un union à l'avenir plus qu' hasardeux... une part d'elle et de l'elfe devant elle qui l'observait maintenant avec frustration. Elle aurait dû lui en parler. Elle aurait dû lui avouer ce que Cendera lui avait révélé mais, à chaque fois qu'elle avait tenté d'aborder le sujet, son courage l'avait déserté.
Comment dire à la personne que vous aimez que vous aviez vu l'enfant qui grandirait un jour en votre sein? Qu'elle était d'une beauté à couper le souffle, bien au-delà des elfines qu'elle avait pu rencontrer? Un soupçon inattendu de fierté l'envahit mais ilut vite chassé par la tristesse. Elle n'était pas dupe.
La sensation de délitement qu'elle percevait dans sa relation avec l'elfe, elle en était en partie responsable. Si seulement elle pouvait lui dire ce qu'elle savait au sujet de leur avenir... Pourquoi n'arrivait-elle donc pas à le lui révéler? Parce qu'elle craignait sa réaction tout simplement. Ce secret devenait un venin qui, lentement, lui empoisonnait le corps comme l'esprit. Ilyrià était loin d'être sûre qu'il apprécierait le fait de redevenir père qui plus est celui d'un enfant à demi wallen.
Cendera, que l'idée de ne rien dire au roi rebutait, avait beau lui assurer qu'il ne verrait en ce bébé que l'extension d'elle-même comme de lui, elle était terrifiée à l'idée qu'il la rejette. Or, plus le temps passait, plus cela devenait d'une difficulté absolue. Elle se rendait bien compte que son attitude n'avait rien de la maturité dont elle espérait faire preuve mais c'était plus fort qu'elle. Ilyrià se sentait paralysée par la peur de l'inconnu.
-Que veux-tu? répéta durement l' ellon.
-Thu... murmura la jeune femme dont les dents s'étaient remises à danser la sarabande de froid.
Elle avait parlé sans réfléchir. Un seul mot qui résumait une situation hautement implosive.
La main de l'elfe glissa dans son cou et emprisonna le fil de sa mâchoire, la forçant ainsi à le regarder. Ses yeux pâles la fixèrent un instant avec douceur mais il se reprit rapidement et serra les dents de colère.
-Tu es trempée, gwend! Ta peau est gelée... siffla Thranduil entre ses dents. Si tu ne te réchauffes pas, ton sang se figera dans tes veines. Ne sais-tu donc que te mettre en danger, petite idiote? Il te faut prendre un bain chaud et changer de tenue, soupira-t-il. Pourquoi fais-tu donc cela? Cherches tu à me rendre fou?
-Encore faudrait-il que je puisse te voir pour cela, roi Thranduil, souffla la Wallen en plantant son regard dans le sien.
-Que crois-tu donc? Qu'il me plaît de gaspiller ainsi mon temps en une entreprise, soyons honnêtes, désespérée?! Dévêts-toi et fais le nécessaire. Tu me rejoindras ensuite dans mes appartements. -il la toisa, ses traits accusés par la fatigue- Je t'attends pour ta leçon... Car si tu te sens délaissée ma Dame, remarques qu'au moins je consacre le temps qu'il faut à ton éducation. Il y a tout à faire, c'est une tâche plus que pesante!
Sur ces mots qui ne méritaient aucune réponse polie, il se détourna d'elle et sortit sans un seul regard non plus. Avec un cri d'intense frustration, elle attrapa un chandelier sur une des consoles et le jeta contre la porte avant de s'effondrer sur une bergère. Éperdue, elle regarda la porte close par laquelle il venait de sortir. Il était en colère, tout comme elle mais Ilyrià ne pouvait décemment pas laisser la situation empirer. Elle devait la rectifier avant que les choses se dégradent encore plus, particulièrement avec cette elfine qui gravitait autour de lui.
Évidemment, elle se savait liée à l' ellon d'une manière peu commune. Elle le sentait au plus profond d'elle que son âme ne reconnaissait que lui tout comme lui s'était enferré à elle. Galadriel l'avait longuement entretenue avant son départ sur la vision qui l'avait assaillie et sur la réalité des fëar. Elle était désormais au courant qu'ils étaient un cas exceptionnellement rare dans l'histoire elfique, que Thranduil et elle, étaient désormais liés à jamais... du moins jusqu'à ce qu'elle meure, pensa-t-elle avec un pincement au cœur.
L'amour de' l'elfe, lui avaient aussi expliqué Elrohir et Elladan, lui était complètement acquis. Elle l'avait sorti de cette torpeur millénaire et jamais il n'avait paru plus vivant avait dit Elrond...
Alors pourquoi? Pourquoi s'éloignait-il ainsi ces dernières semaines?
Ilyrià s'était levée et avait commencé à se dévêtir. Sa robe glissa le long de son corps et les rougeurs qui s'y étalaient la firent souffrir un peu plus. Soudain, elle comprit que cette situation désagréable devait cesser, que l'un d'entre eux devait faire le premier pas vers une réconciliation. Toutefois, il était clair à ses yeux que l'ellon ne le ferait pas. Il n'en était tout simplement pas capable. C'était à elle de faire preuve d'humilité, de courber l'échine.
Voilà donc la réalité de l'amour... savoir rendre les armes même si l'on ne se sentait pas en faute.
Un sourire félin étira soudainement ses lèvres pulpeuses. Heureusement pour elle comme pour lui, elle savait comment faire.
O0o0o0o0o0o0o0o0o0o0o0o0o0o0o0o0
Thranduil,
Le seigneur elfe monta les marches menant à ses appartements d'un pas alerte. A peine eut-il posé un pied dans le grand salon qu'il se servit un grand verre d'hypocras après s'être délesté de son manteau de brocard lie-de-vin. Il vida d'un trait la coupe avant de s'en resservir un second. Cette fois cependant, il prit la peine d'aller s'installer dans un des fauteuils crapaud qui se dressaient devant l'âtre. Le crépitement des bûches donnait une touche chaleureuse à la pièce austère. L' ellon croisa ses longues jambes et cala sa mâchoire contre son poing fermé. Son pied se balançait au rythme pernicieux de la migraine qui battait contre ses tempes douloureuses.
Elle seule avait l'incroyable capacité de lui faire cet effet-là. Cette femme avait réellement le don naturel de l'apaiser autant que celui de le rendre fou. Il trempa ses lèvres dans le liquide vermillon et apprécia la brûlure salutaire des épices le long de sa gorge. La tête à présent renversée contre le haut dossier de son assise, le roi ferma les yeux, laissant son esprit dériver. Il aurait aimé pouvoir refermer les failles de sa colère et laisser la frustration intense qu'il éprouvait à l'égard de tant de choses s'étioler.
Toutefois, il n'y arrivait juste pas. Au contraire, il nourrissait de son feu intérieur les plaies de ses sentiments aussi négatifs qu'intrusifs fussent-ils. Ses yeux se rouvrirent. Il balaya une nouvelle fois le salon de son regard froid. Les meubles d'ébène, les sofas et fauteuils tendus de couleurs sombres tout comme les tapis moelleux qui réchauffaient la pièce... rien n'avait changé dans cette enfilade de pièces qui lui étaient consacrées. Tout y avait été arrangé avec un goût certain en harmonie avec ses propres souhaits par sa défunte épouse.
Pendant tout le temps qu'avait duré leur vie commune, ils avaient certes partagé nombre de joies comme de peines mais avaient toujours su garder leur propre autonomie, ce qui ne les avait jamais empêché de se retrouver quoi qu'il arrive. L'indéfectible tendresse qu'ils avaient entretenu tout du long de leur union les avait mis à l'abri de s'écarter l'un de l'autre. À l'instar des autres membres de la noblesse, ils avaient vécu dans des espaces de vie séparés et cela avait ainsi très bien fonctionné. D'ailleurs Thranduil se devait d'admettre que cet arrangement lui seyait parfaitement. Il avait aimé la solitude tout autant que la présence de son épouse Artaniel. La reine avait alors ses propres occupations et lui les siennes.
Or, il était clair qu'il en irait différemment pour la jeune femme à qui son fëa s'était déjà mystérieusement lié. Sa jeunesse, son aptitude à s'attirer les foudres d'ennemis faisaient qu'il n'avait qu'une seule envie, la cloisonner en un lieu accessible de lui seul. Elle était si fragile son éphémère... L' ellon savait qu'il se montrait là irrationnel mais n'en avait cure. Il était le souverain et la situation lui donnait l'opportunité d'assumer pleinement ses désirs... du moins à ce sujet. Il la voulait près de lui afin de se repaître de son essence comme de sa chair selon son bon vouloir.
Il finit sa coupe et la reposa brutalement sur la table basse devant lui. Il lui était intolérable de constater le manque de fermeté qu'il ressentait pour Ilyrià. Sa faiblesse face à ce qu'elle lui renvoyait ne lui plaisait pas. Cependant, pour le bien de son domaine, il se devait de s'y plier, lui le roi intraitable...
Il avait tellement de mal à l'imaginer évoluer au sein de sa propre intimité. Rien ne correspondait ici à la Wallen. Elle était si lumineuse et pleine de vie qu'il doutait sincèrement qu'elle puisse s'acclimater dans ses appartements. Comme d'habitude, elle entrerait comme une tornade et révolutionnerait absolument tout. Ainsi qu'elle l'avait fait depuis son arrivée.
Le souvenir de l'annonce à son peuple de ses futures épousailles quelques semaines auparavant lui maltraita l'âme. L'elfe n'avait pas voulu attendre et faire les choses dans la sérénité, sachant très bien que, de toute façon, la nouvelle reine ne serait jamais bien accueillie par les siens. Elle leur inspirait bien trop de peur, ou pire, de haine. Il s'était montré abrupt et insensible que ce soit pour eux ou même pour elle. Il fallait parfois savoir trancher dans le vif. Dans tous les cas, cette nouvelle avait fait l'effet d'un coup de tonnerre. Et il ne s'était pas trompé.
Pouvait-on dire autre chose alors que la jeune femme avait retrouvé ses effets plusieurs fois déchirés ou ses affaires personnelles détruites depuis?
En outre, il ne lui fallait pas compter sur Astareth pour protéger du moins psychologiquement la Wallen. Elle la méprisait, et ouvertement qui plus était. Ceci étant dit, il savait pouvoir lui faire confiance pour la protéger en bonne guerrière qu'elle était mais aussi pour la maintenir dans le droit chemin.
Ilyrià ne devait plus faire ne serait-ce qu'un pas de travers, c'était bien trop dangereux pour elle. Beaucoup l'attendait au tournant pour la prendre sur le fait et faire répercuter ses erreurs sur lui. Ses opposants à lui aussi étaient légion même si la majorité n'avait pas assez de courage pour le pointer du doigt directement. Or là, il avait clairement donné de l'eau à leur moulin avec ces dernières révélations. Ilyrià, tout comme lui, devaient être exemplaires.
Il détestait lui faire subir ces méandres d'ordre somme toute politique. Lui couper les ailes ne lui plaisait pas plus que cela malgré ce qu'elle avait l'air de croire tout comme il haïssait voir l'éclat de peur qui habillait son regard en ce moment.
Elle avait peur pour l'avenir bien sombre de son cousin, pour la réaction de son père qui se faisait attendre... Elle craignait la retenue de son propre comportement vis-à-vis d'elle, il le voyait bien. Thranduil la voulait tellement assidue aux tâches qui lui avaient été dévolues! Il l'avait laissée faire ces derniers mois mais ce temps était plus que révolu. Son salut en dépendait tout comme celui de son royaume. Or, il ne choisirait jamais entre les deux. Il devait les faire s'accorder du mieux qu'ils le pouvaient.
L'elfe se questionnait cependant sans relâche sur le bien-fondé de ses actes car il désespérait de la sentir s'éloigner de lui au fur et à mesure des jours mais ne pouvait lui laisser plus de lest. La brider était un mal nécessaire, le seul moyen qu'il avait trouvé pour concilier la Wallen aux terres elfiques. Il s'en voulait de tant lui imposer après les terribles pertes qu'elle avait subi mais il était roi et elle bientôt souveraine. Ils ne s'appartenaient plus totalement.
L'ellon savait qu'il la répugnait à se montrer si loin, si distant, quasi inaccessible... Lui aussi en souffrait plus que sa part... La voir sans la toucher, respirer son parfum sans s'y perdre... C'était intolérable et lui meurtrissait l'âme mais c'était aussi inévitable. A moins qu'il ne se fourvoie pitoyablement et qu'il ne fasse que la rebuter un peu plus... Avec elle, rien n'était moins sûr.
Pour le moment, elle semblait éteinte mais le regard brûlant qu'elle avait lancé à Niobé tout à l'heure parlait pour elle. La jeune femme aurait pu la tuer sur place si elle en avait eu l'occasion. L' ellon ne l'aurait jamais admis même sous la torture mais il avait été monstrueusement éprouvé par cette marque de possession aussi puérile qu'inadmissible. Une pointe de satisfaction l'avait étreint tout comme maintenant en y repensant.
Savoir qu'il n'était pas seul à ressentir les affres de ces émotions à la limite du perfide lui mettait égoïstement du baume au cœur. Elle déteignait sur lui. Indubitablement. Épouvantablement. Cela dit, elle devrait faire montre d'un contrôle de soi irréprochable à l'avenir. Mais était-ce seulement possible? Ilyrià s'était montrée relativement calme en dépit de son caractère emporté...
La frustration dûe à l'abstinence qu'il leur imposait à tous deux se répercutait pourtant jusque dans sa chair. Elle mettait à mal le calme auquel il s'astreignait, nourrissait la colère qui lui mordait le cœur. S'il réussissait plus ou moins à dissimuler les tensions morbides qui l'étreignaient, il n'en allait pas de même pour la jeune femme... Elle n'arrivait pas à cacher son malaise grandissant alors qu'elle le pensait insensible. Si elle savait à quel point il bouillait intérieurement de la voir si près et loin à la fois... Il se demandait à quoi rimait leur union... La passion qui les enchaînait l'un à l'autre n'était-elle pas que destruction?
Thranduil se mit à pianoter sur la rambarde de fer forgée qui délimitait la terrasse sur laquelle il était sortir se rafraîchir les idées. Il sentait l'urgence de s'occuper le corps et l'esprit... Peut-être devrait-il aller trouver Legolas pour une séance d'entraînement qui lui permettrait de s'accorder un peu de répit? Il secoua la tête.
Non pas son fils. Il ne voulait pas parler, ni d' Ilyrià ni de ses gens... ni de rien. Elwë. Voilà bien la seule personne dont il pourrait supporter la compagnie, un elfe sombre et quasi muet! Un sourire fleurit sur ses lèvres parfaitement ourlées.
Il rentra rapidement dans sa chambre et enleva sa tunique pour en passer une propre. Il n'avait pas terminé de la boutonner quand un léger bruit attira son attention. Sa main se resserra sur la fusée de son épée sagement rangée dans le fourreau qui lui ceignait la taille. Il passa d'un pas souple dans le salon et ses sourcils se froncèrent à la vue de la jeune femme qui trônait, primesautière, sur le sofa.
Un pied sur l'assise du divan, l'autre traînant par terre, elle croquait dans une poire juteuse à en croire le léger filet qu'elle lécha d'un petit bout de langue avide. Elle plongea son regard bicolore dans le sien, lave polaire. Elle s'était débarrassée de son surcôt violine étalé au sol sans aucun état d'âme. Il pouvait voir d' où il se trouvait sa poitrine se soulever au rythme de chacune de ses respirations.
Insoutenable tentation.
Il détourna les yeux de l'objet de ses convoitises plus que déplacées et se borna à fixer le sommet de sa tête. Elle reporta son attention sur les flammes rougeoyantes. L'heure n'était visiblement pas à la plaisanterie mais aux cris et aux menaces en tous genres... encore. Un soupir intérieur lui pourfendit les entrailles.
-A righ – Valar que ça commençait mal...- tu vas me faire le grand plaisir d'envoyer Astareth partout où tu le souhaites si tu ne veux pas que moi je l'enterre au plus profond du fondement de Morgoth...
-Ilyrià! rugit l'ellon avec indignation. Comment oses-tu parler ainsi devant moi? Es-tu devenue folle?!
La jeune femme se dressa sur son séant et jeta le trognon du fruit dans le feu, le fixant toujours avec intensité.
-Et toi? grinça-t-elle avec colère. Peut-être est-ce toi qui perds la raison? -avant qu'il ne puisse ajouter quelque chose, elle continua- Tu m'imposes une elfine qui me déteste, qui me rabaisse alors que, je ne sais si tu l'as remarqué a righ, je ne suis pas exactement... -sa voix se brisa légèrement- Comment peux-tu me soumettre à de telles décisions? Tu dis vouloir me prendre pour femme mais je me sens encore plus prisonnière qu'il y a quelques mois! Je croyais que nous nous étions compris? je. . .elfe! Tu ne peux pas me forcer à être ce que je ne suis pas!
Il la regarda avec surprise, incrédulité et, pour finir, colère. Ne voyait-elle donc pas, cette ravissante idiote, les sacrifices qu'il faisait pour la garder en toute sécurité à ses côtés? Non. Évidemment pas. Elle ne voyait pas plus loin que le bout de son petit nez retroussé.
Rage flamboyante.
Ses tempes battaient le rythme de percussions invisibles. Si chacun s'enfermait dans ses positions, ils n'arriveraient jamais à rien. Ça... ça aurait dû être le fil des réflexions de l'ellon âgé et expérimenté qu'il était censé être. Hors il en était loin, très loin.
Il avança de quelques pas et la toisa de toute sa hauteur, petite orc-naine qu'elle était.
-Tu n'as rien à dire, articula-t-il d'une voix dangereusement sourde, rien à redire sur ce que je décide-il appuya particulièrement sur ces deux derniers mots. Tu feras ce que moi je veux, petite sorcière.
Elle se leva sans un mot et le contourna comme un félin à l'affût, les yeux étrangement baissés. Il se retourna pour lui faire face, méfiant. Il savait qu'elle était à bout de nerfs. Il pouvait le voir aux tics nerveux de son corps comme à son visage crispé. Elle se planta devant lui, les pupilles dilatées par la colère.
-Tu n'es pas mon seigneur et maître, sieur elfe. Je ne suis pas encore un de tes sujets et ne le serai jamais. Que crois-tu? ricana méchamment Ilyrià en tapotant son torse de son index. Si jamais je t'épouse et j'insiste sur le jamais monseigneur, je ne serai pas pour autant ton esclave.
Avant qu'il puisse lui répondre la réplique acerbe qui lui brûlait les lèvres, elle prit tout son élan et le poussa violemment. Il bascula sur le canapé juste derrière lui, surpris d'un geste auquel il ne s'attendait certainement pas. Ébahi par son inconvenance qui frisait dangereusement la félonie, il la dévisagea avec stupeur. Il allait se relever et lui faire payer son geste malencontreux quand elle le stoppa de la manière la plus étonnante qui soit...
Une irrévérence tellement folle à ses yeux qu'elle lui enflamma les sangs. Avec une rapidité déconcertante, elle posa son pied nu! entre ses cuisses sur le bord du sofa. D'un mouvement vif, elle remonta sa robe de laine pour ne pas être entravée par son vêtement. Fière et hautaine, elle le regarda, un sourcil arqué par la moquerie de le voir ainsi plus bas qu'elle. Mû par une inspiration aussi soudaine qu'irrépressible, il posa ses doigts sur ses orteils peints à la mode wallen et remonta, en un effleurement aérien, le long de sa cheville puis de sa jambe.
La garce!
Elle se rendait parfaitement compte de l'effet dévastateur que seule elle avait sur lui... Comment pouvait-elle seulement songer qu'une autre femme pouvait lui procurer de telles émotions?
L' Eau que représentait la Sirène était-elle à ce point destructrice pour le feu du dragon qui consumait l'elfe sinda?
Il le pensait sincèrement. Sa main remonta lentement vers le haut de son mollet et l'empauma complètement, possessif, alors qu'il approchait son visage de sa peau, vile tentatrice. Alors qu'elle retenait sa respiration sans le quitter de son regard troublé, il posa sa joue contre son genou pour l'embrasser ensuite d'un souffle fiévreux. La caresse légère fit frémir la jeune femme qui se dégagea d'un mouvement brusque.
Ilyrià recula tout en restant face à lui, faisant doucement non de la tête, l'index posé sur ses lèvres comme pour lui intimer le silence. L' ellon voyait clairement comme jamais encore auparavant à quel point son double se mélangeait en tous points avec sa part humaine. Elle louvoyait devant lui sans même s'en rendre compte. Une seule pensée cohérente s'imposait à lui et c'était foutrement loin de la retenue à laquelle il se vouait depuis quelques semaines. Il devait se montrer plus fort qu'elle, que ses propres désirs à lui. À la regarder ainsi, il doutait de plus en plus de sa propre volonté.
Sirène infâme.
Avec un demi-sourire fiché au coin de sa bouche moqueuse, elle lui tourna le dos et passa derrière les voilages qui barraient le seuil de la terrasse. Thranduil avait parfaitement compris où elle voulait en venir... lui démontrer qu'il n'était pas le seul ici à détenir le pouvoir, qu'elle aussi avait un ascendant certain sur lui.
Valar! Elle avait entièrement raison et c'était insupportable... Il le savait tout comme elle. Aurait-il pu en être autrement alors qu'il ne pouvait détacher d'elle son regard assombri par son désir latent? Il se jura qu'elle seule serait jamais le témoin malencontreux de ces pertes de contrôle qu'elle lui faisait subir...
Soudain, il vit un de ses bras ronds tendre hors du voile et lâcher négligemment ce qu'il reconnut aisément comme étant sa robe. Il aurait souhaité lever les yeux au ciel pour signifier ne serait-ce qu'à lui-même sa réprobation mais il en était incapable. Ce manque de tenue, de volonté le déstabilisa une fois de plus. Il devenait fou... fou et inconstant au possible. De là où il se tenait, l'elfe pouvait voir chaque mouvement de son corps. Ses écailles tatouées ondulaient au rythme de ses gestes lascifs au-delà des tissus transparents...
Sa détermination déconnectée du reste de son corps, il se leva et fit quelques pas vers elle. Séparés par l' étoffe soyeuse, ils se dévisagèrent, la violence de leur désir ancrés dans leurs regards. La jeune femme leva sa petite main et l'apposa sur le doux voilage, l'enjoignant en silence à faire de même.
Il ne bougea pas d'un pouce mais, enhardie, elle reposa sa paume contre son torse. La brûlure de ce geste malgré les différentes couches de tissus l'électrisa totalement. Deviner chacune de ses courbes ne lui suffisait plus. Il la voulait toute à lui, se perdre en elle, noyer leurs souffrances respectives dans l'océan démonté de leurs pulsions assouvies. Ils se perdraient souvent à n'en point douter de par leurs trop nombreuses différences mais sauraient toujours aussi se retrouver par le biais de leurs âmes entremêlées, de leurs corps vibrant à l'unisson d'un même profond désir l'un de l'autre.
Pourtant cela n'empêchait pas le moins du monde Thranduil de ressentir une profonde frustration à l'idée qu'elle puisse jouer ainsi de cette faiblesse qu'il avait face à elle. Ses armes là étaient d'une intolérable cruauté... Il voulait la marquer, qu'elle se souvienne du plaisir certes mais aussi de la douleur que lui éprouvait là tout de suite. La douceur n'avait pas de mise ici, juste la frénésie du désespoir, celui que chacun ressentait depuis ces dernières semaines. La jeune femme lui faisait l'effet d'une lame fichée dans les tréfonds de son âme. Rien à voir avec la communion de leurs corps amoureux mais l'énergie de la frustration à son plus grand paroxysme.
Il attrapa Ilyrià à travers le voile fin et la tira vers lui, arrachant la mousseline de ses attaches fragiles. Sans douceur, il se débarrassa de la barrière de tissu alors qu'elle enroulait ses jambes nues autour de ses hanches, soulevée de terre par ses bras en acier trempé.
-Tu ne sais pas jouer... murmura Ilyrià avec une moue boudeuse mais néanmoins odieusement charmante.
-Je ne suis pas un jouet, femme, mais un chasseur, gronda l'elfe en resserrant son emprise sur sa taille. Et tu seras à jamais ma proie.
-Tu n'es pas à la guerre, aran nîn. Je ne suis ni ton ennemie ni ton butin...
Elle n'eut pas le temps de finir sa phrase que la bouche de son amant s'écrasait sur la sienne pour la faire taire. Ses lèvres glissèrent le long de son cou pour atteindre le creux de sa clavicule qu'il affectionnait tant. Il profita qu'elle se rejette en arrière pour la punir d'une tendre morsure suivie d'une seconde jusqu' à atteindre sa poitrine ronde. Une de ses mains quitta le galbe de ses fesses par lesquelles il la tenait pour venir s'en saisir abruptement avec un soupir de contentement.
Oui, il devait bien avouer que lui, elfe pourtant si traditionnel, s'était merveilleusement habitué aux opulences wallens de son amante. Il la trouvait parfaite pour lui... sa parfaite antithèse... aussi petite qu'il était grand... aussi généreuse et voluptueuse qu'il était puissant et inflexible.
Il rejoignit en quelques enjambées le sofa qu'ils venaient de quitter quelques minutes auparavant et s'y affala, l'écrasant de tout son poids sans rien faire pour la soulager. Ilyrià couina de douleur, cri qu'il étouffa de sa bouche vorace. Leurs lèvres se joignirent sans douceur, leurs dents s'entrechoquant avec violence. Lâcher prise était une victoire qu'aucun d'eux n'était prêt à concéder. Il se délectait des gémissements incontrôlés de plaisir que lui procuraient ses doigts brûlants glissant sur son derme moite. L'elfe explora chaque recoin de sa peau douce et moite. L'ellon se faisait tour à tour insatiable ou exigent.
Qui avait le pouvoir sur qui désormais? Un sourire félin de satisfaction lui étira les lèvres qu'il avait de collées sur la chair tendre de son sein. Cependant, l'ellon ne souhaitait pas être doux. Il voulait le contrôle.
Sans tenir compte de ses petits cris de frustration à lui refuser l'accès à sa propre peau toujours couverte, il se redressa à demi au-dessus d'elle et la fixa d'un regard qui la glaça autant qu'il l'enflamma. Ses longs cheveux lui balayaient la poitrine, la tendant au maximum de sa volupté. Jamais il ne pourrait en avoir assez de la voir ainsi, totalement offerte et alanguie dans l'attente qu'il l'honore... Jamais.
D'une main rendue malhabile par le désir qui grandissait en lui, si loin de cette tranquillité d'esprit auquel aspirait sa race, il déboucla sa ceinture tandis que de l'autre, il lui attrapait sa cuisse avec autorité. Voilà bien le seul moment où il la sentait complètement à sa merci... Avec un râle de satisfaction, il se coula en elle sans cesser de l'observer avec intensité.
-Tu es à moi, murmura-t-il en bougeant avec une atroce lenteur, ses yeux polaires la pénétrant au plus profond de son âme. -la frustration de son amante était palpable et il s'en félicita- Je suis ton ancre, ton maître. Que croyais-tu faire, gwend? Me prends-tu pour un sot? - il accéléra ses poussées sous ses gémissements de biche. Il la martelait alors que la jeune femme sous lui s'agrippait avec force aux coussins autour d'elle, se cambrant toujours un peu plus pour l'accueillir au plus profond de son être. Il continua sa diatribe en clouant ses poignets contre le divan- Je ne suis pas dupe, melleth nîn... -il se pencha et souffla dans le creux de son oreille- Je sais que tu me caches quelque chose... Que refuses-tu donc de me dévoiler?
Comme elle se refusait à répondre ou même à le regarder, les yeux révulsés par le trouble qui s'emparait d'elle, il se releva sur les coudes pour la fixer de ses prunelles dilatées par son propre plaisir:
-Regarde-moi, melleth nîn. Je le saurai d'une façon ou d'une autre... Regarde-moi, mon amour, répéta-t-il en se retirant sans aucune autre forme de semonce.
Ilyrià protesta, geignant de se retrouver soudain seule et abandonnée aussi brutalement... plainte qui s'arrêta brutalement lorsqu'elle sentit les lèvres de Thranduil embrasser chaque parcelle de son corps en sueur. La Wallen avait l'impression que son elfe était partout en même temps, ne lui laissant jamais le temps de reprendre ses esprits. Elle allait finir par perdre la tête, il en était persuadé. Valar... Il n'en aurait jamais assez de ce petit bout de femme... Oui, il était bel et bien fou, fou d'elle.
Il mordit son sein et sourit en sentant le spasme de plaisir qui secoua le corps de la jeune femme haletante. Ne souhaitant pas laisser le moindre temps mort, il remonta vers sa bouche et s'unit de nouveau à Ilyrià d'un puissant coup de reins. Un feulement rauque fit trembler la Wallen sous le choc. Thranduil glissa une main dans le bas de son dos pour l'attirer plus près alors que ses mouvements s'intensifièrent encore, son bassin soudé au sien, lui arrachant autant de cris de douleur que de plaisir.
Leurs gémissements entremêlés comme leurs corps ne faisaient plus qu'un, emportés par le tourbillon des sensations qui les étreignait avec une violence rare. Un dernier soubresaut les fit convulser. Ivres de leur insondable orgasme, ils tombèrent sur le sol, entrelacés et pour le moment repus d'une soif pourtant inextinguible. Tout roi qu'il était, Thranduil posa sa tête sur la poitrine nue de la jeune femme après l'avoir effleurée de ses lèvres aussi aériennes qu'un alizé. Il entoura ses hanches d'un bras possessif. Ses cheveux la couvraient d'un merveilleux voile doux comme de la soie.
-Je t'aime ma Dame, tu tiens mon fëa si durement dans le creux de ta paume... fit-il d'une voix sourde alors que les doigts frais d' Ilyrià traçaient de paresseuses arabesques sur ses épaules puissantes. Je ne peux être sans toi... Toutefois, n'oublies jamais que je ne suis pas un homme si facilement manipulable. M'avoir mené à te prendre ainsi ne me fera pas pour autant dévier de la voie à laquelle je t'astreins désormais melleth nîn. Loin de là. Ce pouvoir que tu possèdes sur moi, ne perds pas de vue que je détiens le même sur toi. Ne l'oublie jamais.
-Jamais, souffla Ilyrià, la voix vibrante de passion. Tha gaol agam ort.
Thranduil s'assombrit malgré la tension ouatée dans laquelle il baignait. Se rendre compte à quel point ils dépendaient l'un de l'autre était aussi grisant que perturbant. Avoir cédé ainsi à ce désir, à l'amour qui leur rongeait l'esprit comme le corps le conforta malgré tout dans l'idée que sa future épouse lui cachait quelque chose de capital. Et quitte à en devenir fou, il saurait bientôt de quoi il retournait.
Quitte à en devenir fou... il lui arracherait son secret.
o0o0o0o0o0o0o0o0o0o0o0o0o0oo0o0o0o0
Legolas,
Un délicieux et atroce goût de trop peu. Un manque qui lui collait aux lèvres, à la fois oppresseur et aérien, bourreau et salvateur. Malgré les semaines qui venaient de s'écouler avec une infinie lenteur, l'elfe princier ressentait toujours la douce pression des lèvres fines au goût fruité de la Wallen. Il passa un index rêveur sur le fil de sa bouche en se morigénant pour les pensées luxuriantes qui lui envahissait l'esprit dès que l'image de l'Aiglonne s'imposait à lui. Toutefois, elles étaient à chaque fois accompagnées de la furieuse envie de plus la découvrir, trouver et mettre à nu les trésors qu'elle dissimilait. Malheureusement, ce temps-là n'était pas encore venu.
Pour le moment, il souffrait de la voir se débattre dans le marasme ambiant. L'atmosphère de la cité excavée était pour le moins nauséabonde ces derniers temps et il avait l'impression de voir un oiseau majestueux tenter de voler avec une aile cassée. Tous les Wallens essayaient tant bien que mal de surmonter le choc. L'unité de leur petit groupe avait éclaté en mille morceaux aux bords tranchants comme le fil de son épée.
Tous surnageaient difficilement, faisant face à leur manière. Ilyrià s'était isolée des autres, le cœur et l'âme éteints mais il se doutait qu'une minuscule étincelle de la part de son père mettrait le feu aux poudres... et à entendre les éclats de voix lorsqu'il était passé un peu plus tôt devant ses appartements, cela ne saurait tarder. Ainsi étaient les Sirènes. Depuis le temps qu'il la côtoyait, l'ellon avait parfaitement saisi le caractère incroyablement spontané et ambivalent de la jeune femme... l'antithèse même de la sérénité.
L'elfe sourit en montant les marches des quartiers nord. Il attrapa la pomme d'un beau carmin que lui tendait un jeune elfing et en croqua un morceau à pleines dents. Il savait que le malheur, la frustration et la douleur étaient de mise en ces temps troublés mais il ne pouvait s'y résoudre. À l'instar du Ceanar, la capitulation ne faisait pas partie de son vocabulaire. Le Conui ne ménageait pas son temps ni ses efforts pour savoir ce qui s'était passé ou plutôt comment cela s'était passé. Le Wallen n'était pas prêt à leur révéler ses découvertes mais Legolas savait qu'il le ferait tôt ou tard. Il attendait juste le bon moment et d'être sûr d'avoir toutes les cartes en main. Pour le moment, Finnàm n'était qu'une ombre parmi les vivants, se mouvant furtivement avec la grâce féline d'un chat et l'acuité de son loup.
Le prince ne doutait absolument pas que la résolution de ses diverses questions entraînerait le sang et la mort mais ce n'était que justice et pour Klaùs et pour le jumeau qu'ils avaient dû quitter sur son bûcher funéraire. Finnàm était le seul à pouvoir réunir les différents rouages de cette odieuse manipulation car il n'y avait aucun doute à ce sujet.
Le Dragon Pourpre avait été trompé, dupé... malheureux pantin d'esprits malins. Restait à savoir s'il s'agissait de l'œuvre de son frère et de son esprit tortueux, du requin belliqueux ou, pire encore aux yeux de l'ellon, les actes inqualifiables d'elfes, ceux-là même appartenant à cette épouvantable conspiration. Tout était possible... Dans chaque cas, une constante: l'un des plus fervents protecteurs de la future souveraine avait été mis plus bas que terre.
Legolas ouvrit sans cérémonie une première porte qui révéla sa vacuité. Se retenant à grand peine de trépigner d'impatience ( ç'eut été tout de même aberrant pour un elfe de sa condition), il referma ladite porte d'un claquement sec. Quelle torture de ne pas trouver ce qu'il cherchait si activement... L'ellon reprit ses recherches tout comme le fil de ses réflexions.
Maintenant qu' Ilyrià avait été officiellement présentée comme la future reine, les attaques contre elles iraient crescendo. Il ne pouvait en être autrement, c'était d'une logique imparable et faire tomber les différents remparts qui se dressaient devant elle était rusé. Les quelques attaques frontales depuis la promulgation étaient les actions quelque peu simplistes voire enfantines de personnes en colère.
Droguer le Dragon... était d'un autre niveau, tout comme l'avait été le meurtre sauvage d' Elëa. Le prince savait que le roi craignait pour la vie de cette jeune âme si étroitement liée à la sienne. Il était bien trop préoccupé à garantir la sécurité d' Ilyrià d'une part et de s'assurer de la bonne tenue de ses terres comme de son peuple pour chercher activement le coupable d'une telle ignominie. Tout son temps était dédié à la géo-politique du royaume, à tenir en laisse les trop nombreux opposants qui se sentaient désormais pousser des ailes. Si nombreux étaient ceux d'entre les elfes qui percevaient cette union comme une abomination, particulièrement au sein de la noblesse...
Les différentes maisons qui entouraient celle du Roi, en dépit de leur profond dévouement apparent, étaient remplies d'elfes aux dents rayant le sol, le cœur empli de leur nature prédatrice. Les hommes voyaient sa race comme des créatures pures aux nobles aspirations mais les choses n'étaient pas aussi simples. Ils vivaient dans un nuancé, un dégradé de teintes grisâtres aux aspérités carnassières.
Le roi, grand fauve autant craint qu'aimé des siens, dominait le reste de sa horde mais, s'il avait le malheur de trébucher, Legolas ne donnait pas cher de sa peau comme de la sienne d'ailleurs. En définitive, la situation actuelle ne faisait que mettre à nu ce qui couvait depuis des siècles. Elle révélait au grand jour les trafics d'influence, les arcanes des alcôves, les secrets... et l'ellon détestait cela. Si Thranduil était un habile politicien, rompu aux rouages vicieux de ce monde, lui ne voulait s'y plier. Il n'était pas fait pour cela. Bien sûr, il savait quoi faire et de quelle façon mais cela ne l'intéressait nullement.
Il lui fallait pourtant soutenir son père, être le bras droit infaillible du roi quand lui était occupé à satisfaire d'autres tâches. Il devrait épauler Finnàm le moment venu... sortir Klaùs de son trou... mais pour le moment, il devait la trouver elle.
Elle... l'entourer même si elle s'y refusait, s'abreuver de son essence malgré ses rebuffades.
Se rendre compte qu'elle souffrait malgré sa fierté le blessait plus qu'il ne l'aurait même souhaité. Il lui était pénible de se voir tributaire de sentiments beaucoup trop survoltés même s'il les maîtrisait avec habileté. Legolas était inquiet pour la belle jeune femme qui hantait ses pensées. Cendera avait beau montré une force de caractère peu commune et une maturité digne d'elfes millénaires, elle n'en restait pas moins une femme à l'âme malmenée.
Le lien qui l'unissait toujours à Klaùs l'affaiblissait tout comme l'énergie qu'elle déployait à tenir à bout de bras sa jeune amie. Les tentacules du désespoir s'emparaient progressivement d'elle et finiraient par la broyer si personne n'assurait ses arrières...
La voir s'obstiner à trouver la solution qui sauverait le Dragon, parlementer secrètement avec la Sirène... tout cela lui déplaisait car il n'y avait pas sa place. L' ellon désirait ardemment être là pour elle mais la Wallen se dérobait toujours. L'elfe jura alors qu'il refermait encore une fois une salle vide. Où pouvait-elle donc bien se cacher par Erù? Il maudit la fierté bien trop prononcée de la jeune Aiglonne même si c'était là un trait de caractère qu'ils partageaient tous les deux.
Legolas allait faire demi-tour. Il avait passé déjà trop de temps à chercher l'apprentie chamane qui, visiblement, ne souhaitait pas être trouvée. Soudain un léger bruit brisa le silence pesant, attirant son ouïe développée. Il ouvrit une lourde porte de pierre à l'extrémité du couloir derrière laquelle il vit enfin l'objet de tous ses désirs.
Sa Wallen était là, la tête penchée vers un établi surchargé de fioles. Quelques mèches s'étaient échappées du chignon de fortune qu'elle avait fait à la va-vite de toute évidence. Un pilon de pierre à la main, elle écrasait sans pitié quelques ingrédients dans un bol. Legolas s'adossa au chambranle de la porte, profitant de son manque d'attention pour la dévisager de tout son saoul.
Elle paraissait si absorbée... Les lèvres légèrement pincées, les sourcils froncés, elle était absolument divine à ses yeux, l'incarnation même de la force tranquille, de la beauté classique et inaliénable. Il admira les déliés de son corps fin, suivit la goutte de sueur qui perlait à sa tempe... Son profil lui faisait penser à celui des statues de l'Ancien Age, droit et aristocratique, un appel à la poésie comme à l'assouvissement des sens.
Une pointe d'agacement lui vrilla l'estomac. Il aurait voulu s'imposer plus de distance, la laisser, elle, venir à lui. Les quelques fois où ils s'étaient retrouvés face à face depuis cette fameuse nuit, ils s'étaient observés avec minutie, captant chez l'autre la moindre faille, le moindre signe de faiblesse ou, à son opposé, la résistance qui pourrait les faire chuter.
Si Ilyrià était douée au jeu du attrape-moi si tu peux, Cendera l'avait entraîné malgré lui, et malgré elle-même il en était convaincu, dans un ballet endiablé ou plutôt une de ces danses exotiques harradrim dont lui avait parlé la Sirène, de celles qui ressemblaient à une bataille rangée. Si celle à laquelle s'adonnait Ilyrià et le roi ne prenait jamais fin en raison de l'impétuosité de leurs caractères, il n'en serait pas de même pour eux.
L' Aiglonne avait de puissantes serres acérées qui pouvaient le déchiqueter avec facilité s'il n'y prenait pas garde mais il sentait au plus profond de lui, qu'une fois apprivoisée, la Wallen serait d'une fidélité sans faille.
Se sentant observée, elle releva la tête en s'épongeant le front de son avant-bras. Leurs regards se croisèrent avec virulence, le brun contre l'azuré.
-N'avez-vous donc rien d'autre à faire, ernil? grommela-t-elle en se replongeant dans sa préparation.
Il avança de quelques pas vers elle et s'accouda sur le bord de la table en bois, le menton bien calé au creux de sa paume.
-Je ne m'en irai pas. Vous me fuyez depuis bien trop temps, Dame Wallen.
Cendera releva le menton avec assurance en soufflant pour chasser une mèche de cheveux rebelle.
-Je ne fuis personne, assura-t-elle avec dédain. J'évite les inopportuns.
-Je suis donc un indésirable? rit l'elfe en prenant place sur un tabouret.
-Indésirable sous-entendrait la notion même d'un quelconque désir... Or, il n'en est rien. Je vous qualifierai plutôt... d'impondérable.
Pas démonté par sa tirade, l'ellon se rapprocha un peu de la jeune femme et se mit à tripoter différentes fioles en déchiffrant les étiquettes.
-Lait de pavot, lut le prince.
La Wallen lui arracha la petite bouteille des mains tout en le regardant avec surprise.
-Vous lisez les runes? s'exclama Cendera.
-Je les ai apprises de Dame Ilyrià. Il me paraissait important à l'époque qu'elle ne soit pas la seule à s'imprégner d' une autre culture.
-Je doute que votre père suive ce raisonnement, répondit doctement l'Aiglonne en reportant son attention sur sa préparation.
-Vous êtes sage, wen nîn.
-Il veut la plier à son bon vouloir mais la Sirène est bien trop sauvage pour cela.
-Avez-vous trouvé comment ramener le Dragon parmi les siens? demanda tout à coup l'elfe, désireux de changer de sujet. Parler des deux amants lui était encore pénible pour bien des raisons.
-Il me faut ramener son âme...
-Je croyais que les Dragons n'en possédaient pas? Klaùs m'a dit une fois...
-Klaùs est un sombre crétin! s'écria Cendera en pilant un peu plus fort le mélange contenu dans son bol. Tout comme vous l'êtes. Bien sûr qu'il a une âme... la sienne est juste plus difficile à atteindre. L'âme est une notion complexe, ernil Legolas. Vous-même en faîtes une interprétation tout à fait extraordinaire. Chaque être vivant en est pourvu. Il ne peut en être autrement. La dualité du peuple Wallen pose un cas de conscience supplémentaire dirons-nous pour simplifier... Avons-nous deux morceaux d'âme? Une animale en plus de notre part humaine ou sont-elles les morceaux d'un tout?... Dans le cas du Dragon... leur double est si grandiose, l'ombre qui plane au-dessus de leur cœur si obscure... qu'elle paraît compliquée à gérer. Quant à Klaùs, ses fêlures sont déjà si profondément, intrinsèquement ancrées en lui... C'est d'un frustrant! cria-t-elle en balayant d'un geste tout ce qui se trouvait sur la table. Je ne suis pas celle qu'il faut pour accomplir cette tâche! -elle reporta son attention sur l'ellon et lui désigna la porte- Sortez! Vous polluez mon esprit avec vos trop nombreuses questions! Il me faut du calme, du silence pour ne serait-ce que pour appréhender ce que je cherche sans le savoir réellement je le crains!
Legolas se dressa devant elle, la mine sombre. Il l'attrapa par les épaules et l'obligea à lui faire face.
-Ne doutez pas de vous-même, Cendera! Ayez la même confiance que celle que j'ai placé en vous, ma Dame... Percevez-là, faîtes-là vôtre, la pressa-t-il en la rapprochant un peu plus de lui.
Il entendait le tambourinement de son cœur battre avec frénésie contre sa propre poitrine. Il crut une seconde que la jeune femme allait céder, qu'elle prenait enfin l'ampleur de ce qu'il ressentait à son égard mais elle le repoussa durement.
-Je n'ai pas de temps à vous consacrer, ernil. Je me dois de sauver ce maudit Dragon de lui-même... Il le faut. Occupez-vous de vos tâches! Et laissez-moi me préoccuper des miennes... Vous croyez savoir mais vous ne savez rien, a clann!
La virulence de la jeune femme le fit sortir de ses gonds à son tour.
-Vous ne pouvez porter toute la misère du monde sur vos épaules, wen nîn, siffla-t-il entre ses dents. Il vous faudra bien les laisser se débrouiller seuls un jour...
-Et on en voit le résultat, marmonna la Wallen. Je suis l'Aigle Blanc, celle qui a été désignée par mon maître pour les aider à prendre le chemin qu' Illuvatàr a choisi pour eux. Rien ne doit me faire faillir...
-Quitte à rester seule sur ce chemin tortueux... fit l'elfe, navré comme admiratif de cet abandon de soi.
-Quitte à me perdre moi-même, tel est mon Destin.
-Alors, je ne puis rester à vous regarder vous tuer ainsi. Si vous voulez la solitude, je vous l'offre! s'emporta l' ellon en claquant la porte derrière lui.
Cendera posa ses mains à plat sur l'établi et ferma les yeux. Une larme faillit perler au coin de ses longs cils bruns mais ne put jamais en trouver le chemin. Elle était bien trop forte pour cela. Trop de monde comptait sur elle pour remédier à leurs tourments. La jeune femme regrettait la tournure qu'avait pris cette discussion houleuse avec le prince elfe mais ne pouvait s'y attarder plus longtemps. Elle ne pouvait avouer si facilement les émotions qui l'étreignaient à la vue de l' ellon. Le souvenir du rapide baiser qu'ils avaient échangé lui parasita un instant ses idées mais elle se concentra rapidement.
Alors qu'elle reprenait un nouveau bol et s'armait de son pilon, la porte se rouvrit à la volée pour laisser place à celui-là même qui venait de sortir. Ses yeux bleus armés d'une farouche détermination, il marcha droit jusqu'à elle et la bloqua contre la table. Dans son dos, il l'enserra un court instant entre ses bras, ses mains reposant à côtés des siennes sur la surface de bois. Le nez dans son cou, respirant à pleins poumons son délicat parfum de fleurs sauvages, il murmura les lèvres scellées à sa peau pâle:
-Je ne disparaîtrai pas. Je ne vous laisserai pas seule face à vos devoirs. Il en est tout bonnement hors de question. Je suis là, je le resterai. Quand comprendrez-vous donc que vos ailes elles-mêmes ne m'empêcheront pas de vous atteindre, ma Dame?
Sur ces quelques mots chargés d'une virulente mais douce promesse, il alla prendre place de nouveau sur le tabouret et ouvrit un vieux grimoire, faussement intrigué par les diverses formules de potions qui y étaient détaillées. En soupirant un peu trop fortement pour paraître honnête, Cendera se remit au travail. Pas un mot, pas un regard ne fut ainsi échangé durant des heures. Seule la tension qui émanait de leurs deux corps proches et la frustration de la jeune femme embaumaient l'air saturé de la pièce.
Il respectait son travail. Elle aimait le sentir ainsi, proche et lointain à la fois. Au bout d'une énième et vaine tentative, elle se cacha le visage dans les mains. Elle se mit à psalmodier d'une voix douce et aérienne une prière à Erù, le conjurant de lui faire entrevoir un début de solution, qu'il la mène vers ce à quoi elle aspirait ardemment.
Absorbés tous les deux, ils n'entendirent pas la porte s'ouvrir. Soudain, une voix nonchalante et légèrement narquoise bien connue de la Wallen lui fit lâcher un petit cri de surprise.
-Notre Père à Tous t'a entendue petite Aiglonne et t'envoie l'aide dont tu as désespérément besoin par mon humble entreprise... si elle te sied bien évidemment. Je ne voudrai en aucun cas m'imposer.
La Wallen se retourna vivement et crut bien, cette fois-ci, fondre en larmes. Enfin, il était là... son mentor, son maître... le seul à posséder le pouvoir nécessaire pour tout arranger ici-bas...
Le Guérisseur sans Nom était de retour à Vert Bois... et il n'était pas seul.
o0o0o0o0o0o0o0o0o0o0o0o0oo0
vopili voilou les didous ! tout le monde sous tension... et oui, chacun tente tant bien que mal de reprendre ses esprits après les douloureux événements du dernier chapitre...
une tite scène coquinette qui permet aux deux amoureux terribles de se retrouver même si c'est au tout début une question de lutte de pouvoir... ensuite un Dragon pas au mieux de sa forme (qui se dévoue pour lui faire un câlin?)... un autre tout vilain vilain ( et oui le plus grand bâtard d'Arda!)... et deux loulous qui se cherchent (vont-ils se trouver?)... le Guérisseur de retour et accompagné qui plus est ? De qui s'agit-il à votre avis ?;)
bisous tout doux !
