Coucou les gens! et voilà un peu plus tôt que d'habitude le dernier né de la cuvée walleno-elfique! en espérant qu'il vous plaise... :)
merci, merci de suivre les aventures de ma ptite peste, de son chéri haut en couleur et de tous ses amis et ennemis d'ailleurs! aujourd'hui pas de Klaùs... il est aux abonnés absents, perdus dans les méandres de sa folie! Mais vous verrez ce cher Guérisseur et la mystérieuse personne qui l'accompagne! Qui est-il? D'où vient-il?ou elle d'ailleurs... bref brefouille à vous de voir!
Bêta/relectrice/revieweuse: Toutouille! Le formidable auteure de cette merveilleuse histoire, Printemps Vigoureux! Et oui je me répète mais jamais assez pour une histoire si prenante si... bah merveilleuse quoi! tu fais un travail de ouf, mon captain Fracasse et merci d'apaiser par ta première lectures les doutes qui m'assaillent! Et de me faire rire tout autant! Kentigern t'embrasse, après tout, il est ce qu'il est grâce à toi! :)
Sandra: mon si diaboliquement Satanas! Mon gouvernail dans la tempête et l'auteure de mon autre fic d'amour, le coeur de la Forêt! notre bébé plaît et c'est fantastique! La petite Aiglonne si chère au coeur d'un certain prince elfe... Merci à toi aussi pour ta supportitude!^^ kiss kiss bang bang...
Virginie: toujours là et merci beaucoup! Bonne lecture!
Juliefanfic: ma Ladyyyyy! mon petit lutin de Noël qui a un don certain pour laisser des reviews de dingos absolument cannonissimes! merci, merci, merci! ta lettre au Père ou plutôt la Mère Noël est bien arrivée!
gros bisous à toutes et merci d'être là!
Chapitre 33.
Legolas,
Le prince avait lui aussi tourné la tête vers les nouveaux venus, étonné de ne pas les avoir entendu arriver. Rares étaient ceux qui pouvaient se vanter de les surprendre, lui ou tout autre représentant de la race elfique. Il regarda tout à tour les deux hommes puis l'Aiglonne et refit le chemin en sens inverse. La jeune femme semblait soudainement si sereine comme si la solution à tous leurs maux venait de se matérialiser devant elle. Ses beaux yeux bruns pétillaient de joie.
L'ellon éprouva un léger sentiment amer de jalousie à la voir ainsi littéralement rayonner. Un hâlo lumineux enveloppait son corps élancé. Ses longs cheveux bruns s'étaient libérés de leur prison d'épingles pour cascader joyeusement sur ses épaules aux douces courbures. Un imperceptible sourire fendit le visage parfait de l'elfe. Les mèches brunes de Cendera devaient certainement avoir leur volonté propre. Ils avaient la fâcheuse manie de toujours tenter de se défaire de leur carcan!
Elle était si... si unique. Toutes les qualités qu'il affectionnait chez la gent humaine, la Wallen les possédait. L'honnêteté, la loyauté, cette façon qu'elle avait de s'astreindre à la tâche, de s'oublier pour aider les autres... plus quelques petits défauts qui n'étaient pas sans piquer sa curiosité comme ses sens.
De plus, il la trouvait si admirablement belle... Il n'avait pas d'autre mot pour décrire ce qu'il ressentait face à elle. L'elfe adorait voir ses sourcils se froncer à la moindre contrariété. De même, ce qui pouvait paraître à qui que ce soit moins attrayant, lui le chérissait. L'elfe prenait enfin la pleine mesure de ce que pouvait ressentir son père pour la Sirène. Au-delà de toute attirance physique, Legolas avait senti son âme reconnaître celle de l'Aiglonne, bien au-delà de l'universalité de l'amour qu'elle disait, elle, ressentir... En dépit de la retenue que le prince souhaitait s'imposer à lui-même, son fëa s'entremêlait indubitablement à l'essence de la jeune femme. Il n'en serait jamais autrement. Elle était bien trop ancrée en lui, chaque fibre de son être se croisant et s'imbriquant aux siennes pour ne former qu'un seul éther pour eux deux. Il aimait autant qu'il souffrait de ne pouvoir l'approcher plus pour le moment. Toutefois, c'était une question de temps avant qu'elle ne se donne à lui corps et âme... tout comme lui le ferait.
La jalousie qui l'avait étreint quelques secondes auparavant se dissipa tout aussi rapidement qu'elle lui avait durement mordu le cœur. La façon que Cendera avait eue de fixer ces deux hommes étranges avant de se jeter dans les bras de l'un d'eux n'avait strictement rien de romantique. Elle le buvait des yeux avec une déférence qu'une seule et unique personne pouvait lui inspirer. L'aura de force que dégageait ce mystérieux arrivant malgré son assez faible constitution semblait lisser les aspérités de la détresse émotionnelle de la Wallen.
Voilà donc ce à quoi ressemblait ce fameux mage, cet étrange guérisseur trop âgé pour se rappeler de son simple nom... Il croisa les yeux de l'homme en question qui venait de se tourner vers lui comme s'il avait perçu ses pensées. Valar, ce regard trouble comme s'il était dilué...
Il se leva enfin du tabouret sur lequel il semblait vissé jusque-là et alla à leur rencontre. Ils se saluèrent à l'elfique, le poing sur le cœur. Le Guérisseur qu'il n'avait pu rencontrer lors de sa première visite lui sourit, le visage empreint d'une sagesse que Legolas n'avait jamais entre-aperçu que chez la Dame de Lorien, son époux ou encore le seigneur Cirdan. L'elfe sut à cet instant que l'homme, en dépit de son allure jeune et baroque, était réellement très âgé, que son propre père lui-même faisait office d'un tout jeune elfing à ses côtés.
-Ernil Legolas, mae govannen... souffla le chamane d'une voix étrangement douce et flûtée malgré l'autorité naturelle dont il faisait preuve. Mon cœur se réjouit de vous rencontrer enfin. Il est doux à mon éther de vous voir ainsi à l'écoute de ma jeune élève, fit-il en coulant un regard non dénué d'humour comme de fierté paternelle à Cendera.
-Votre apprentie, maître Guérisseur, répliqua l'elfe, est une femme tout à fait extraordinaire et, si Dame Cendera le permet, chère à mon cœur.
Ladite Aiglonne rougit jusqu'à la pointe de ses cheveux. Il était clair aux yeux de tous ceux présents qu'une répartie cinglante lui brûlait les lèvres. Toutefois, elle se retint en fusillant le prince du regard. Pourtant, une agréable chaleur envahit l'ellon. Les yeux bruns de la jeune femme l'enveloppaient entièrement et il se sentait comme un papillon protégé par sa chrysalide. Legolas avait toujours pris soin des autres avec une abnégation frisant la dévotion. Aussi, lui était-il doux d'être, pour une fois, l'objet d'attentions.
Fut un temps encore proche, il aurait rêvé être celui d'une certaine Sirène mais désormais, il ne regrettait plus le choix d'Ilyrià. Bien au contraire. L'ellon comprenait enfin la force des fëar et à quel point il était inutilement idiot de tenter de combattre de telles inclinations. La princesse wallen ne lui avait jamais été destinée. Son âme sœur était tout autre... Son essence avait reconnu celle de la jeune Aiglonne comme celle de son père s'était enchaînée, au grand dam du roi dans un premier temps, à celle de sa petite Sirène. Le choix n'appartenait pas à leur raison, à leur conscience...
Il se tourna ensuite vers le compagnon du mage et fut estomaqué par la prestance magistralement puissante de cet homme. L'elfe centenaire n'avait jamais vu un tel humain durant sa fort longue existence. Le Wallen, à n'en point douter au vu de ses nombreux tatouages argentés et dorés, devait avoisiner les deux mètres, voire plus Legolas en était persuadé. Il était d'une carrure tout aussi impressionnante. Une véritable force de la nature. Ce qui retint notablement l'attention de l'ellon fut sa couleur de peau pour le moins inhabituelle sur Arda.
L'ellon n'avait jamais vu une chair si foncée. Elle était d'un noir aussi profond que celui de l'encre dont les archivistes noircissaient les parchemins. Un front haut et dégagé, des pommettes saillantes, son visage était mangé par une barbe étonnante. Taillée avec soin, elle lui arrivait jusqu'au bas de de ses pectoraux surdéveloppés. Cet aspect à mi-chemin entre le sauvage et le civilisé était durement accentué par sa coiffure aussi atypique que pouvait l'être celle du Conui par exemple. Ses cheveux crépus étaient coupés à ras de chaque côté de son crâne. Quant à ceux au-dessus de sa tête, ils étaient ramenés au sommet en un chignon, coiffure essentiellement féminine à cette époque. Or, l'homme n'avait rien de doux ou d'efféminé. Au contraire, il inspirait la force brute, animale.
Mais ce qui perturba le plus Legolas fut sans conteste son regard... Il avait les mêmes yeux qu'Ilyrià, exactement les mêmes. Un iris noir et un autre vert-d 'eau se disputaient l'attention que quiconque portait à son visage volontaire. Comment, par Erù, cela était-il possible?
Cendera répondit à sa question bien que muette comme si elle avait senti le profond questionnement qui étreignait le prince. Elle posa une main légère sur son avant-bras et y exerça une douce pression de ses longs doigts.
-Caraid... permettez-moi de vous présenter l'un de nos concitoyens les plus honorables, Kentigern Seigneur de la Vallée Sud, neveu de la Reine Kennocha, cousin de notre bien-aimée Ilyrià, dit le Juste...
L'homme arrêta les pompeuses présentations d'un claquement de langue irrité et tendit sa large main au prince elfe. Bon. De toute évidence, il n'était pas du genre patient.
-Beannachd Illuvatàr ort, aelfica prionnsa! tonna l'homme d'une voix de basse. Sa tonalité était si puissante que Legolas sentit des vibrations se répercuter dans toute la pièce. Is mise Kentigern, a nathair'gille, Fearghas. *
L'elfe resta sous le choc de cette nouvelle. Ce Wallen à la peau de charbon était le cousin d'Ilyrià! Ses yeux prouvaient à eux seuls leur filiation directe. Legolas allait prendre la parole afin de répondre une formule d'usage quand une information capitale lui fit l'effet d'un coup de massue en pleine face. Devant lui se tenait le fils d'un des grands Serpents du Nord... morts de la main de son père lors de sa prime jeunesse, ceux-là même qui avaient failli consumer son hröa comme son fëa. Il saisit l'avant-bras du Wallen et le serra d'un geste machinal en hochant le tête pour le saluer. Ses yeux croisèrent ceux du géant si semblables à ceux de la femme dont il avait cru être amoureux il n'y avait pas si longtemps. Il n'y lisait aucune tromperie mais, au contraire, la plus grande honnêteté, une franchise égale à celle de son Aiglonne.
-Vous êtes donc venu visiter votre parente? Dit finalement l'elfe, un sourire chaleureux aux lèvres.
Cendera recula pour se poster entre son mentor et le prince sylvain comme si elle n'arrivait pas à se décider entre les deux hommes. Le dénommé Kentigern partit d'un gros rire qui ressemblait étrangement à un aboiement. Il asséna une claque monumentale dans le dos de Legolas qui eut du mal à ne pas ciller sous le formidable impact.
L'apparente bonhommie de ce nouvel arrivant ne le trompait pourtant pas. La réserve soudaine affichée par Cendera lui mettait la puce à l'oreille tout comme l'éclat métallique qui habillait le regard bicolore de l'homme noir. Il respirait le parfum entêtant que seuls possédaient les prédateurs. Legolas en aurait mis ses deux mains à couper. Kentigern était là pour une bonne raison. Restait à savoir laquelle. Après tous les déboires, les horreurs et autres turpitudes de ces derniers mois, il était logique comme inévitable que l'ellon soit devenu plus méfiant. Après tout, il l'était bien envers ceux de son propre peuple.
-Prionnsa Legolas, fit le Wallen en étouffant un dernier rire, gabh mo lesgeul, excusez-moi. Je suis bien évidemement heureux de voir a co-ogha mais la raison de ma venue est, je le crains, plus prosaïque.
Kentigern le Cerbère est ici parmi vous comme émissaire du roi Sturten, annonça le Guérisseur d'un ton tranquille comme s'il parlait d'une vulgaire invitation à prendre le thé.
-Par Illuvatàr, notre Père à tous... souffla Cendera, les yeux agrandis par ce qu'elle venait de comprendre. Elle se tourna vers le prince et dit d'une voix qu'elle souhaitait égale: il faut conduire mes deux compagnons à votre père, ernil Legolas. Tout de suite.
-Il vous faudra mener l'envoyé du Phénix seul prionnsa, l'interrompit doucement le Guérisseur. J'ai à faire avec mon élève. Ne suis-je pas ici par la grâce de Celui-qui-sait-Tout pour sauver un certain Dragon? continua-t-il en se dirigeant d'un pas aérien vers la table de travail.
Il fit tomber sa lourde cape au sol d'un mouvement gracieux d'épaules avant de faire courir un doigt fin sur le bois ciré. L'homme aux yeux étrangement bridés se saisit du bol abandonné et le porta à ses narines. Il huma rapidement son contenu et un sourire flotta sur ses lèvres fines.
-Pavot... coquelicot, énuméra-t-il, une goutte de camphre pour énergiser ce poison. Du suc de mandragora qui, puissant hallucinogène, neutralise l'effet de ces toxines... Du romarin pour ses vertus curatives... -il leva ses yeux dilués et d'une terrifiante obscurité sur son apprentie. Cendera... Que puis-je dire?
Legolas sentit le besoin de s'interposer prendre le pas sur sa bienséance. Il se plaça aux côtés de la jeune Wallen et apostropha le chamane.
-Dame Cendera est restée dans cette pièce des semaines durant sans prendre de repos, en oubliant même de s'alimenter! Vous ne pouvez lui reprocher quoi que ce soit!
Kentigern s'adossa au mur derrière eux, tentant de cacher son agacement grandissant. Il était là pour une bonne raison et toutes ces simagrées le fatiguaient au plus haut point. Voir le Seigneur Thranduil, lui faire part de sa mission, agir... voilà tout ce qui lui importait. La justice uniquement, toujours la mission.
Le Guérisseur reposa le bol avec douceur et fixa l'ellon.
-Il n'est absolument pas question de nier les talents de ma merveilleuse élève, ernil Legolas, dit-il dans un sindarin parfait sans aucune trace d'accent à la grande surprise de l'elfe. Bien au contraire. -il se focalisa sur l'Aiglonne. - Ta préparation est excellente, jeune fille. Elle est juste incomplète, Aigle Blanc.
-Incomplète? répéta la Wallen avec une pointe de frustration. Qu'ai-je oublié? Que n'ai-je donc pas su voir?
L'exaspération suintait de ses paroles, tout autant que de son être entier. Sans s'en rendre compte, Cendera avait attrapé la main de Legolas et l'avait instinctivement serrée. Enfin, elle lui donnait une preuve de ce qu'elle était susceptible de ressentir à son égard. Les yeux bleus de l'ellon effleurèrent le visage crispé de la jeune femme, admirant chaque contour. Il ne se lasserait jamais de la voir, de ses yeux aussi caressants qu'inflexibles, de son parfum délicat...
-Ma jeune amie... sourit son maître. Quel est donc l'élément central que tu as oublié? Que définit l'essence même de ta race, a clann*?
Il semblait tellement incongru à Legolas que cet homme... S'agissait-il seulement d'un humain? se demanda l'elfe... Il lui semblait fou que le fameux Guérisseur wallen parla ainsi à Cendera comme s'il s'adressait à une enfant. Elle, la téméraire, faisait figure de petite fille face à cet homme qui avait l'air pourtant plus jeune qu'elle. Il eut alors envie de la prendre dans ses bras pour ne plus jamais l'en relâcher à la voir ainsi se concentrer, d'embrasser chaque grain de sa peau pâle...
Soudain, la mine sombre de la femme s'illumina. Elle venait apparemment de débusquer la solution.
-Je suis une imbécile! s'insurgea-t-elle en colère contre elle-même. Elle se tapa le front du plat de sa paume. Comment ai-je pu seulement ne pas y penser?!
-Parce que ton esprit est saturé, répondit son mentor en s'asseyant sur la table de bois sans cérémonie. Ses jambes battaient un rythme imaginaire dans le vide comme pouvaient le faire les très jeunes elfing. Parce que ta propre âme se fissure de douleur devant la souffrance de Klaùs ou celle de notre jeune princesse si perdue face à ses trop nombreux questionnements... Tu dois apprendre à relativiser, à bloquer les émotions négatives même si tu ne dois pas pour autant te désensibiliser... Alors?
-Alors, soupira Cendera, de l'écorce pilée de frêne blanc bien évidemment.
-Carson? demanda le Guérisseur d'un ton docte.
-Parce que le premier Homme comme la première Femme wallens ont été sculptés par Erù dans ce bois noble. Il fait partie de notre Ether commun.
-Glè math! Excellent! s'exclama l'homme en sautant de son assise improvisée.
-Un jeune elfing...
-Mon apprentie et moi-même allons terminer la décoction qui devra reposer sur des braises rougeoyantes durant plusieurs heures sous haute surveillance. Il faudra un certain nombre de prises de cette mixture et ce, pendant quelques jours je le crains, pour faire revenir notre aimable ami reptile... Je pense toutefois préférable que ma venue en ces lieux reste secrète. Mon travail n'en sera que simplifié, ernil. Bien sûr, il va de soi que votre père doit être au courant de ma présence en ses cavernes. A bana-phrionnsa Ilyrià par contre... laissez-là pour le moment dans l'ignorance. Ne lui donnons pas de faux espoirs – l'autre Wallen souffla fortement pour manifester son agrément aux dires de son compagnon de voyage- L'âme de Klaùs est si morcelée... Ernilnîn, je laisse Kentigern à vos bons soins. Emmenez-le sans délai au Seigneur Thranduil. L'avenir de vos deux royaumes repose sur cette entrevue.
Ces derniers mots eurent l'effet d'une averse hivernale sur l'elfe. Un frisson glacé lui parcourut l'échine. Il y avait tant de sous-entendus que Legolas ne pouvait que comprendre. Quelque chose de véritablement grave était sur le point de se tramer au sein du royaume de son père.
Le retour de bâton de Sturten que tous avaient attendu fébrilement ces dernières semaines... Voilà donc ce qu'était cet homme... une lame aussi tranchante que celle dont Thranduil s'était servi pour tuer son père. Il jeta un dernier coup d'œil à la jeune Wallen avant de sortir suivi du géant wallen, le coeur étreint d'un sombre sentiment.
Ils étaient arrivés au bas de l'escalier de pierres lorsque son ouïe lui fit entendre le pas de quelqu'un dévalant précipitamment les marches. Ils se retournèrent et virent l'Aiglonne essoufflée tenter de reprendre contenance. Elle regarda son compatriote droit dans les yeux un sourcil arqué, le menton relevé avec une pointe d'arrogance qui n'était pas sans plaire à l'ellon.
Kentigern haussa les épaules et fit quelques pas pour sortir au-dehors du bâtiment. L'elfe et la Wallen se dévisagèrent sans un mot, leurs corps tendus comme les cordes d'arcs. Les joues de Cendera s'empourprèrent délicieusement. Elle n'avait visiblement pas l'habitude de se retrouver dans une telle situation sans être totalement certaine d'où elle posait ses pieds.
L'ellon voyait qu'elle luttait pour reprendre le contrôle. Cette femme était bien trop maîtresse d'elle-même quand la Sirène ne savait retenir aucune de ses émotions. Décidément, les Wallens, hommes comme femmes d'ailleurs, ne faisaient tout que dans l'excès. Il était clair cependant que Cendera était à contre-courant des autres. Eux vivaient tout à outrance alors qu'elle, elle réprouvait tout ce qu'elle ressentait. Était-ce sa formation auprès du Guérisseur qui lui avait inculqué ce mode de pensées? Le prince en doutait. L'enseignement de son maître avait certainement amplifié quelque chose de pré-existant.
La jeune femme ouvrit enfin la bouche:
-Ernil, vous devez faire désormais très attention au moindre de vos mouvements comme du soin apportés à vos paroles, murmura-t-elle en jetant un rapide coup d'œil vers la porte par laquelle venait de disparaître son homologue. Ne vous méprenez pas. Kentigern est un homme de bien. Ce n'est pas pour rien qu'il est appelé le Juste ou encore l'Impartial... Toutefois, continua-t-elle en se rapprochant subrepticement de l'ellon, la situation reste tendue. Ne nous leurrons pas, Sturten a pris une décision sage en l'envoyant ici mais il n'aspire qu'à reprendre sa fille, quitte à l'arracher des bras de votre père. Conseillez le seigneur Thranduil, conseillez-le de ne pas perdre son sang-froid face à l'Emissaire. Ce n'est pas pour rien que la part wallen de cet homme soit le Cerbère. Il est redoutablement intelligent, intuitif et sa langue à double-tranchants, débita la Wallen. Soyez francs avant tout. Il n'y a que cela qu'il respecte.
La diatribe de Cendera s'arrêta enfin. Les joues toujours aussi cramoisies, échevelée, elle n'en était que plus désirable mais ce qui la rendait si spéciale aux yeux de l'elfe là tout de suite était, encore une fois, l'attention qu'elle portait à tous. Elle ne souhaitait pas protéger exclusivement son peuple mais aussi celui de Vert Bois.
L'Universalité de l'Amour dont elle se plaisait à parler... cela dit, il était temps de lui démontrer qu'elle méritait, à titre individuel, d'être aimée, chérie. La seule façon de lui faire comprendre la portée de ses sentiments, leur puissance et surtout qu'elle accepte enfin de les avouer à l'elfe comme à elle-même était qu'il cède le premier. Malgré ce qu'il s'était juré, de garder ce semblant de retenue face à elle pour ne plus souffrir, il devait déposer sa couronne à ses pieds en espérant qu'elle ne la foule pas aux pieds. En réalité, il savait qu'elle ne le blesserait pas mais elle pouvait toujours le repousser...
Cendera tourna les talons et remontait quelques marches quand elle fut tirée en arrière et retournée sans douceur. Legolas lui prit avec autorité la nuque d'une main et, de l'autre, enroula son bras autour de sa taille si fine. Leurs visages n'étaient plus qu'à quelques centimètres l'un de l'autre. Il sentait la chaleur de son corps se propager au sien. Leurs regards s'affrontèrent un instant. Legolas sourit alors à la jeune femme.
-Arrêtes de me repousser sans cesse, wen nîn, gronda-t-il. Tu ne peux me fuir indéfiniment. J'apprendrai tout ce qu'i savoir sur toi... et un jour, tu seras à moi, n'en doutes point, comme moi je le suis... à toi.
Il posa ses lèvres avec délicatesse sur les siennes, goûtant avec délice à leur rondeur. La caresse fruitée grisa l'ellon qui approfondit un peu plus fermement leur contact. Un gémissement involontaire de plaisir de la part de l'Aiglonne lui retourna les sangs et il dût se forcer pour la relâcher.
-Vous ne m'avez pas éconduit, railla l'elfe, la voix vibrante de plaisir.
-Ne fanfaronnez pas ainsi, prionnsa, le menaça Cendera du doigt en reculant sans cesser de le fixer. Cela ne vous va pas... Oh, vous êtes impossible! s'écria-t-elle sans pour autant empêcher un sourire d'incurver ses lèvres.
Elle disparut au détour de l'escalier de pierres mais Legolas n'en avait cure. Il était désormais certain qu'elle lui cèderait. Ce baiser le lui avait prouvé. Qu'importe le temps que cela prendrait. Quoique...
Non, il avait beau être un elfe, il refusait désormais de se montrer patient.
O0o0o0o0o0o0o0o0o0o0o0o0o0o0o0o0
Kentigern,
Le Wallen suivait l'elfe depuis un bon quart d'heure maintenant. Certes, la cité excavée était d'une beauté à couper le souffle mais là n'était pas son souci. Il regardait d'un œil distrait les rues pavées de pierres recouvertes d'une fine pellicule neigeuse. Les arbres et toute cette végétation ne lui procurait aucun plaisir pour le moment. C'était un membre actif du peuple wallen et seule la Cité sur la Mer importait à cet homme en ces instants troublés.
Il n'était pas insensible, loin de là. Au contraire, il était plutôt réactif à toutes les beautés que pouvait porter Arda. Après tout, tous les peuples n'étaient-ils pas sous l'égide d'un seul et même haut dieu? Il avait d'ailleurs voyagé plus que sa part... Le géant avait admiré les beautés exotiques du Harrad, ses vastes étendues désertiques au sud du fleuve Poros. Il avait gravi la chaîne des montagnes de l'Ephel Dùath, visité le havre de paix naturel qu'était Umbar... Il lui suffisait d'abaisser ses paupières pour revoir les marchés colorés ou bien encore les femmes parées de voiles dansant au rythme des violes orientales.
Kentigern avait parcouru la Comté à pied à la rencontre de ces semi-hommes bienheureux dans leur ignorance du monde alentour. Il avait traversé le Rohan, pays des Cavaliers et discuté âprement avec les hommes de la Marche. Minas Tirith, la cité blanche du Gondor, malgré sa beauté pompeuse ne lui avait tiré que bien peu d'émotions. Il abhorait la Maisonnée de l'Intendant, ne se rappelant que trop bien ses rencontres fructueuses avec les véritables descendants de cette royauté. Les Rôdeurs. Voilà bien un peuple qu'il avait appris à affectionner. Ils étaient à l'instar des Wallens un peuple franc quoiqu'un peu frustre. Ils aimaient la terre comme eux chérissaient la mer. Il y avait sans l'ombre d'un doute des similitudes palpables entre leurs deux races à commencer par leur longévité exceptionnelle.
Erù en soit remercié grandement. Ils pouvaient vivre assez longtemps pour apprendre de leurs erreurs et tenter d'appréhender une terre pour le moins étrange comme merveilleuse. Le fabuleux entraînait cependant toujours le nébuleux et l'horrifiant, se prit-il à penser en songeant aux orcs, trolls et autres monstruosités qui peuplaient aussi ce monde. Ainsi allait le monde et la balance du bien et du mal.
L'un ne pouvait aller sans l'autre, telle était la cosmogonie d'un monde équilibré.
Toutefois, il se montrait aussi reconnaissant à ses dieux de ne pas les avoir rendus immortels comme l'étaient les elfes. Il ne pouvait s'empêcher de les plaindre, trouvant dans cette vie éternelle de quoi devenir fou. Il lui était détestable de penser à l'immobilisme latent dont faisait preuve la gent elfique si ce n'était sur le champ de bataille. Là, il était évident que tous devaient leur témoigner un respect des plus grands. Leur célérité, leur grâce... tout était d'une impressionnante maestria.
Ceci étant dit, jamais il n'aurait pu se faire à ce mode de vie. Il aimait vivre dans l'urgence permanente qui l'obligeait à déployer ses ailes, à se rendre là où il le souhaitait, rencontrer des gens qu'il n'aurait jamais imaginé connaître. Mais, en ce jour particulier, sa curiosité était mise en sourdine. Il aurait aimé pouvoir le prendre le temps de satisfaire cette dernière en s'émerveillant des trésors d'architecture de la dernière cité elfique de Vert Bois mais ce n'était point possible.
Aujourd'hui, Kentigern avait revêtu son habit de Juste, d'Emissaire à la demande de son roi. Il n'était pas idiot. Il savait que Sturten l'avait fait quérir en espérant qu'il le dirige vers une seule issue pour résoudre ce conflit... la guerre et uniquement elle. Cependant, le Wallen n'était pas de cette espèce. Loin de là. Il ferait ce que sa conscience lui dicterait et non ce qu'il savait des désirs nébuleux du souverain Phénix.
Le suzerain wallen l'avait fait mander pour évaluer la nouvelle situation, une situation plus que tendue, de celles qui annihilaient des civilisations entières. Il avait pour ordre de visiter le domaine du Seigneur elfe, de parler avec chacun de ses compatriotes avec un soin particulier, cela allait sans dire, pour tout ce qui concernait sa cousine. Savoir qu'elle devait en réalité épouser Thranduil le pourfendeur de Reptiles Wallens avait fait entrer Sturten dans une rage folle. Le vieil immortel avait alors tout détruit sur son passage.
Penser à sa fille prise au piège entre les bras de celui qu'il considérait comme le responsable de la mort de sa femme bien-aimée tuait le Phénix un peu plus chaque jour. Or, sur les conseils de son frère le rusé Crawen, il n'avait pas voulu paraître impulsif. Il ne devait pas sembler ne pensant qu'à lui aux yeux de son peuple s'il voulait les convaincre de le suivre dans sa guérilla. Il avait donc fait appel à celui qui était, pour les leurs, le plus impartial d'entre tous.
Avec la malignité dont il était friand, le roi s'était réjoui d'appeler Kentigern. Il comptait sur le fait que l'ellon avait tué le père de son neveu par alliance pour faire ainsi pencher la balance en sa faveur. Le Wallen sourit intérieurement. Jamais il ne ferait défaut ainsi à sa soif de justice. Il n'avait pas connu ce père meurtrier et avait toujours voulu effacer le sang dont ses mains étaient couvertes de par cette insupportable parenté. Il comptait faire ce que sa conscience lui dicterait.
Il jugerait les choses de son son œil juste et intègre, rencontrerait le Seigneur des lieux et verrait par lui-même ce que sa cousine subissait ou non. La Prêta avait eu beau porter l'accent sur la vie misérable qui attendait Ilyrià aux côtés d'un époux abusif, il souhaitait se faire une idée par lui-même.
Sans se montrer immodeste, il se savait assez intelligent pour faire la part des choses. Des vies, des royaumes étaient en jeu ici. Après tout n'était-il pas le Cerbère, celui qui était chargé de veiller? Il représentait l'union en parfaite symbiose entre les affres de la guerre et l'unité de la paix. L'un ne pouvait aller sans l'autre. Ils étaient intrinsèquement liés l'un à l'autre... comme le prince elfe qui marchait devant lui en silence l'était à la jeune apprentie... c'était si formidablement improbable! S'en rendaient-ils seulement compte?
Ils arrivèrent enfin au bout de leur périple et s'arrêtèrent devant une lourde double porte d'ébène. Alors que Legolas frappait trois coups bien distinctifs, une voix de basse retentit de l'autre côté, les enjoignant d'entrer. Enfin, il allait rencontrer celui pour qui il était venu... le Seigneur des lieux, le fils d'Oropher, celui qui avait abattu son père.
Ils entrèrent dans des appartements somptueux et tout en sobriété. D'un rapide coup d'œil, il parcourut la pièce, appréciant les meubles sombres baignés par la luminosité extérieure. Son regard bicolore croisa alors son jumeau calé dans un fauteuil près du bureau. Ilyrià était là, assise. Les mains sagement croisées sur ses genoux, elle le fixait avec autant de douceur que de curiosité. Il ne l'avait pas vu depuis plus d'une année.
La jeune fille qu'il avait toujours affectionnée même s'il la trouvait un tantinet irritante avait fait place à une femme. Ses traits juvéniles s'étaient affermis et légèrement creusés. La douceur de son regard ponctué de cette petite étincelle loufoque de folie était certes toujours là mais une gravité qu'il ne lui avait jamais connu y séjournait également. Il fronça cependant les sourcils et se gratta pensivement la barbe en notant quelques détails qui ne lui plurent pas. Les cernes grisâtres qui cerclaient ses yeux fatigués mais brillants, sa jolie bouche tordue par un rictus tout comme sa posture trop raide ne lui échappèrent pas. Il alla à sa rencontre sans tenir compte de l'elfe assis derrière son bureau. Kentigern la souleva de son fauteuil pour la serrer sur son cœur en lui murmurant de douces paroles.
-A co-ogha, mon âme, comment vas-tu petite harpie?
-Bien... sourit-elle en plantant ses prunelles dans celles de son cousin. Elle le serra contre elle en soufflant: Je t'assure messire Cerbère, Gardien de nos âmes, je vais bien. Vraiment.
Il reposa la jeune femme sur sa bergère avant de se tourner vers le propriétaire des lieux qui l'observait, le torse renversé contre le dossier de sa chaise, les bras croisés sur son large torse.
-Monseigneur, commença-t-il de sa voix vibrante alors que Legolas s'installait auprès de son père. Beannachd Illuvatàr ort, a righ.
Le roi ne répondit pas, ses orbes glacés toujours fixées sur lui mais il en fallait plus pour décontenancer le Wallen.
-Je suis ici sur les ordres de mon souverain, le roi Phénix. Vous savez, tout comme lui, que la situation a changé avec les dernières révélations dont nous ont agréé les Valar par le biais de nos prêtresses respectives, reprit-il de sa voix de stentor. Mon suzerain est bien conscient que nous ne pouvons occulter leur volonté. Cependant, je ne puis vous cacher son manque... d'enthousiasme, dirons-nous, à vous céder la main de son unique enfant. Les antagonismes qui vous lient sont bien trop profonds, roi Thranduil...
-Que voulez-vous donc alors, Seigneur émissaire? intervint le roi cerf avec agacement sans tenir compte du regard noir de la jeune femme assise. -il se leva et contourna sa table de travail, les bras croisés dans son dos. Que venez-vous faire ici?
-Il sierait à Sturten de parlementer par mon entreprise...
-Quant à moi, dit l'ellon d'une voix doucereuse en faisant dériver son regard polaire de Kentigern à Ilyrià, quant à moi, rien ne me sied dans ses façons de faire pour le moins bien directives et entreprenantes. Je suis chez moi, il n'y a pas de place ici pour les souhaits de votre Seigneur et Maître.
-Cependant, le contredit le géant à la peau sombre pas le moins du monde apeuré et avec la franchise dont il était coutumier, vous avez beau être en votre demeure, je vous l'accorde aisément, il s'agit d'une Wallen non d'une elfe sous vos ordres.
-Dame Ilyrià vit à nos côtés depuis maintenant bien des lunes.
-Qui ne sont rien face à toutes celles passées dans sa cité.
Kentigern vit le roi tiquer. Les traits crispés de son visage à la peau semblable à de la porcelaine était agitée de tics nerveux. Ainsi donc était le roi elfe, ce Sinda bien trop célèbre pour son caractère impétueux qui n'était pas sans rappeler celui d'un Phénix ou, plus proche encore, d'une sirène de sa connaissance.
Les Sindar étaient connu pour être, des elfes présents sur Arda, les plus dangereux. Ils étaient des chasseurs, des prédateurs comme les Wallens l'étaient eux-mêmes et c'était ses ressemblances qui risquaient de les mener tous à leur perte. Ces elfes-là n'avaient rien de cette réputation trompeuse de douceur. Celle dont les louanges chantées faisaient montre à travers la Terre du Milieu. Ils étaient beaucoup trop sauvages et ombrageux pour que quelqu'un ou quelque chose leur fasse entendre raison.
Certes, le prince assis derrière son père paraissait d'un caractère sensiblement plus calme et posé mais il comprenait pourquoi il en allait différemment pour son roi de géniteur. Legolas n'avait pas connu les douleurs, les pertes subies par l'ellon qui le toisait avec tant de raideur. Son honnêteté lui permit de se rendre compte des lignes pures du seigneur en face de lui. Il apprécia la puissance qui se dégageait de l'ellon peu différente de sa propre aura. Les prédateurs se reconnaissaient entre eux, se jaugeaient et décidaient si, finalement, ils passaient à l'attaque ou non.
Or, voilà ce qui se jouait en ce moment.
-Je suis ici pour rendre compte de la situation à mon souverain, pour qu'il puisse décider en son âme et conscience s'il veut récupérer sa fille, dusse-t-il utiliser la force pour se faire, asséna-t-il d'une voix rude.
Ilyrià étouffa un cri derrière sa main et se leva vivement. Elle se plaça aux côtés de l'elfe qui se déplaça légèrement pour lui faire rempart de son propre corps. Kentigern réprima un mouvement de recul en voyant la jeune femme se replier derrière un elfe face à un de siens comme si elle lui accordait plus de confiance. Elle écarta légèrement l'ellon pour faire face à son homologue.
-Cela ne peut se faire. Les Valar veulent cette union, nous ne pouvons aller contre leurs désirs! s'écria la sirène, horrifiée. Athair doit impérativement le comprendre! Il ne s'agirait rien de moins que d'un blasphème!
-Ton père est un homme à qui on ne peut imposer quoi que ce soit, répondit aussi que possible son cousin. Je suis certain que le roi voit de quoi je parle, continua-t-il aussi diplomatiquement que possible en jetant un regard de connivence à Thranduil. Il fera ce qu'il veut. Je suis là uniquement pour juger de ta condition au sein de ce royaume. Il décidera ensuite de ce qu'il souhaite faire de mon rendu.
-La guerre... murmura Ilyrià en se tenant au bureau pour éviter de tomber d'inanition.
-J'ai les moyens nécessaires pour tenir un siège! gronda le roi, plus que jamais auréolé de majesté.
-Je n'en doute point, acquiesça l'émissaire. Les capacités militaires de votre peuple ne sont plus à démontrer... tout comme les nôtres.
Ilyrià se mit entre les deux hommes.
-Arrêtez tout de suite ce stupide concours! Vous deux savez fort bien les forces en présence! Une telle démonstration n'est point nécessaire... -elle se tourna vers son cousin. Que dois-je faire pour agréer à mon père?
-Je souhaite m'entretenir avec toi pour commencer, Ily. Seul à seule.
-Oui, balbutia-t-elle, alors... oui... et bien, allons dans mes appartements...
Elle fit mine d'entraîner l'homme vers la sortie quand la voix froide du roi les stoppa net.
-Non, s'interposa l'ellon d'un ton incisif. Certes non.
Il était plus qu'évident que le roi répugnait à l'idée de la laisser avec lui. Craignait-il donc les révélations qu'elle pourrait éventuellement lui faire?
-Monseigneur, plaida la jeune femme, le regard embué de larmes. Laissez-moi. Je ne crains rien avec mon cousin. Il nous faut avoir cette discussion. Je ne pourrai vivre en sachant que je n'ai rien tenté pour la pérennité de ces deux royaumes chers à mon cœur.
L'ellon, renommé inflexible, se laissa pourtant fléchir. Intéressant. On était apparemment bien loin du roi dominateur décrit par la jeune Prêta. Pour un monstre au sang-froid, il n'en paraissait pas moins préoccupé par sa charmante a co-ogha...
-Vous n'aurez pas à descendre à vos appartements. Je vous laisse les miens. -il regarda le Wallen droit dans les yeux- Je vous accorde une heure, pas une minute de plus.
Kentigern hocha la tête en guise de remerciement tandis qu'Ilyrià lui serrait la main dans un geste impromptu.
-Hannonle, aran nîn, souffla-t-elle d'une voix onctueuse. Trop pour que l'homme ne remarque pas ses intonations totalement intimistes.
Legolas, qui n'avait pas prononcé un traître mot, se leva et sortit non sans avoir souri à la jeune princesse. Il lui faisait penser à lui-même. Le prince sylvain était le cerbère du royaume de son père, se taisant et évoluant dans l'ombre... d'un honneur implacable. Elle raccompagna ensuite le roi jusqu'au pas de sa porte et tint un rapide conciliabule à voix basse avec lui avant de la refermer.
Le Wallen n'était pas dupe. Il avait entraperçu la douceur de leurs gestes l'un envers l'autre même si ceux de l'ellon étaient plus sommaires et mesurés. Une vérité qui compliquait diablement la situation déjà empoisonnée devant laquelle il se trouvait.
Ils s'installèrent dans les fauteuils richement ornés qui étaient posés en-deçà de l'immense cheminée. Ils observèrent un moment les bûches enflammées et crépitantes sans que l'un d'eux ne prenne la parole.
-Ann am gaol...Tu es amoureuse, fut le simple constat qui sortit d'entre les lèvres dissimulées par la barbe de son cousin.
Les joues rondes de la jeune femme rosirent alors que ses yeux se mirent à briller comme si toutes les filles de Varda s'étaient données pour mission d'abriter ses prunelles bicolores. Un soupir qui tenait plus d'un typhon s'exhala de sa poitrine en guise de réponse.
-Voilà qui complique ma tâche...
-Carson? demanda naïvement Ilyrià, les yeux écarquillés par la surprise. J'eusse pensé, qu'à l'inverse, tout serait peut-être alors simplifié. Ton choix, ta décision, corrigea-t-elle, ne devrait-elle pas être plus facile à prendre?
-Aisé n'est définitivement pas le mot, ma jeune cousine. Tu te doutes bien qu'a Athair ne m'a pas choisi par souci de justice. Ton elfe a tué mon père. Voilà ce qui a motivé le tien comme ton oncle. Rien d'autre et certainement pas le souci d'une justice quelconque.
-Il doit pourtant se plier aux volontés de nos dieux, s'obstina-t-elle en ramenant ses genoux contre elle, se fichant comme d'une guigne des tissus onéreux de son assise.
-Comment? l'interrogea soudainement Kentigern.
-Comment quoi?
-Comment est-ce possible? Comment peux-tu avoir de tels sentiments pour cet ellon? Son fils encore, j'aurai pu le comprendre. Il est aimable et a grand cœur, cela se sent tout à fait mais... mais son père?! J'ai besoin de savoir, conclut-il en se rencognant dans le fauteuil. Am aithne dhut? Le sais-tu seulement toi-même?
La mine de la Wallen se fit pensive alors qu'un voile opaque se posait sur ses yeux. Elle se mordit la lèvre inférieure tout en pianotant sur son genou découvert par le tissu de sa robe de laine. Kentigern sourit. Au moins était-elle toujours aussi impulsive et sans le moindre souci d'une quelconque étiquette... Voilà qui devait faire frémir le roi sinda, si à cheval sur le protocole.
Comment deux êtres si diamétralement différents pouvaient-ils se convenir? Parce qu'ils se complétaient justement, lui murmura une petite voix intérieure.
-Tu as raison, je ne suis pas sûre de le savoir moi-même... tout comme lui se pose encore la question, j'en suis certaine, souffla-t-elle, son regard perdu dans le vide. Je l'ai détesté. Littéralement. Avant de découvrir que je ne pouvais respirer sans lui. Je l'aime tout autant que je ressens la profonde envie de l'écharper, rit la princesse wallen avec une once d'amertume. Il n'a jamais quitté mes pensées, aussi négatives puissent-elles être, depuis que nos yeux se sont croisés. Athair ne peut ignorer cette inclinaison!
-Qui sont peut-être le fruit de manipulations divines, fit remarquer Kentigern avec un sourire navré.
-Peut-être, s'enflamma Ilyrià, sûrement même... Mais je préfère considérer cela comme un don de leur part que comme une abomination. L'Ombre est à nos portes. Illuvatàr lui-même a contredit une de ses règles fondamentales en intervenant à nouveau dans les affaires d'Arda. Il nous a offert là une chance de préserver nos peuples.
-Comment? En alliant deux rois qui se haïssent? Deux peuples diamétralement opposés? fit le Wallen, un sourcil broussailleux arqué par le doute. Deux peuples qui ne savent se regarder qu'avec défiance? -il se pencha vers Ilyrià, jetant sur elle les ténèbres de sa propre ombre.- Resteras-tu seulement en vie assez longtemps pour monter sur ce trône?
-Je le veux, s'entêta-t-elle aussi butée que son père... que son elfe. Il est à moi. Cela va bien au-delà de nous deux.
-Tu as raison, petite Sirène. Cela va bien au-delà de vous. Puis-je seulement prendre le risque que ton père fasse tuer la moitié des nôtres, Ilyrià, pour une union plus qu'incertaine? Prendrais-tu ce risque à ma place?
La jeune demoiselle se leva et vint s'agenouiller devant lui, attrapant ses genoux de ses petites mains. Elle planta ses yeux dans les siens et fit d'une voix où il entendait se soudre les pleurs qui menaçaient de couler à tout instant:
-Il ne voudra jamais me laisser ici, n'est-ce pas? Pas aux mains de Thranduil...
-Je suis bien conscient que cet ellon ne ressemble au portrait qu'en a brossé notre prêtresse, petit oiseau, mais... Je dois faire ce qu'il me semble juste. Seras-tu capable de faire la même chose? De faire abstraction de ce que toi tu souhaites, de ce que ton cœur désire ardemment?
-Mais l'Ombre...
-La seule Ombre dont nous avons connaissance pour le moment est celle que cette union contre-nature apporte sur les elfes comme sur les Wallens, murmura Kentigern en lissant une de ses boucles noires entre ses doigts calleux. Beaucoup pensent qu'il s'agit là d'une œuvre maligne de Morgoth pour nous anéantir.
-Mais c'est faux! cria Ilyrià en se débattant. C'est absolument faux!
Le géant l'attrapa par les bras et la secoua pour qu'elle reprenne ses esprits. Ses mains s'enfoncèrent comme des serres dans la chair tendre de la jeune femme. Elle l'émouvait mais une seule chose comptait... La justice, la préservation. Là était le rôle qui lui avait été attribué, celui du Cerbère.
-Il faut savoir s'oublier, petite fille, pour le bien du plus grand nombre, dit-il d'une voix douce.
-Si tu prenais la décision de me laisser ici, mon père t'écouterait...
-Peut-être...Mais mon fort intérieur me dit que cela entraînerait des répercussions autrement plus dramatiques que celles engendrées par ton retour.
-Il ne te laissera pas faire.
Il lui releva le menton de son index et lui sourit sombrement.
-Ce sera à toi de lui faire entendre raison.
-Je ne le puis. Thranduil n'écoute que lui.
-Fais-toi confiance.
-Combien? Combien de temps?
-Peu.
-Es-tu sûr de ta décision? se lamenta Ilyrià à bout de souffle. Crois-tu vraiment que c'est là la bonne décision?
-En mon âme et conscience. Tu sais que seule la justice m'intéresse.
-Je le sais.
Ilyrià se releva et défroissa machinalement ses jupes. Son air éploré fit pitié au géant noir qui l'attira à lui brutalement. Le nez enfoui dans la chevelure brune de sa cousine, il respira son parfum d'embruns avec bonheur.
-Souris. Tu retrouveras les tiens qui t'aiment et te respectent.
-Et j'aurai perdu mon âme. Tu sais ce que ça veut dire pour une Sirène.
Elle se dégagea de son étreinte, les joues ruisselantes de pleurs et sortit à son tour d'un pas lourd. son cousin crut qu'il venait de la condamner à la potence.
Pour la première fois de sa très longue, peut-être trop longue vie, Kentigern le Cerbère se demanda s'il avait pris la bonne décision. Il l'espérait sincèrement. Pour le bien de tous.
O0o0o0o0o0o0o0o0o0o0o0o0
Thranduil,
Il allait la perdre.
Cette impression ne le quittait plus depuis qu'elle avait refermé la porte derrière elle. Il lui était intolérable de penser que le roi Sturten avait osé envoyer quelqu'un traiter de l'avenir de son enfant avec la possibilité à la clé de vouloir lui enlever sa wallen. Son fëa se tordit violemment sur lui-même à l'idée qu'elle puisse lui échapper.
Inenvisageable tout bonnement.
Il sentait que le Cerbère était un homme d'honneur pour qui la justice et l'impartialité faisaient office de dévotion mais il se connaissait aussi et savait qu'il ne pourrait admettre un refus. Cette femme était à lui, les Valar eux-même en avaient décidé ainsi. Un sourire désabusé fleurit sur les lèvres ourlées du souverain alors qu'il attendait patiemment que sa jeune amante lui revienne.
Évidemment, il avait la clé de ses appartements et ne s'était pas gêné pour y entrer sans vergogne. Il y était chez lui. Et puis la frustration qu'il ressentait lui était tellement insupportable qu'il avait besoin de se sentir près d'elle de quelque façon que ce fut. Encore une fois, c'était abominablement dérisoire de ressentir une telle pression, un tel besoin.
Il avait eu le temps de renvoyer divers courriers quant aux affaires courantes mais n'arrivait pas se concentrer plus. L'elfe devant l'absurde... l'absurde de la situation inextricable devant laquelle ils se trouvaient tous.
Il l'aimait. Purement et simplement. Mais les difficultés inhérentes étaient odieusement sournoises à se dresser ainsi entre eux. Il laissa son regard effleurer tout ce qui constituait l'univers de la jeune femme... les meubles clairs, ses parchemins savamment en désordre sur son petit secrétaire. Il sourit d'un air navré devant les papiers couverts de tâches d'encre et autres ratures.
Thranduil écarta d'une main le fin tissu qui séparait le salon de la chambre à coucher. Le souvenir de la première fois qu'il était entré en ces lieux le fit frémir. Il la revoyait endormie sur sa couche, ses longues boucles éparses sur l'oreiller. Il se rappela à quel point il avait été troublé par la vision de son corps alangui alors qu'il était certain de la haïr plus profondément qu'il ne l'avait jamais fait. Il devait se montrer honnête et admettre que jamais elle ne l'avait laissé indifférent. Dès qu'il l'avait aperçue, son fëa s'était comme retourné. Il avait détesté la voir proche de son fils. Le roi qu'il était avait voulu la briser, la modeler à l'image qu'il se faisait d'une épouse à peu près convenable.
En réalité, les Valar lui avaient joué un drôle de tour... Lui avaient-ils fait un cadeau ou le contraire? Il en venait à douter parfois... Il ramassa une de ses robes abandonnée et la porta à son nez pour en respirer les effluves. Cette odeur de mer démontée et de soleil l'enivrait aussi sûrement que plusieurs bouteilles de vin. Il reposa délicatement le vêtement sur le dessus d'une chaise et s'y assit en croisant ses longues jambes, un bras nonchalant accoudé sur le dossier.
Il se sentait misérable de rester ainsi à attendre qu'elle rentre de son entrevue avec son cousin. La colère menaçait de le consumer aussi durement que le feu du dragon avait failli le faire en son temps. Il tapotait de plus en plus frénétiquement sur le bois du fauteuil, ses longs doigts bagués battant la mesure d'un air imaginaire.
A bout de nerfs, l'ellon se leva et fit tomber de ses épaules carrées son manteau. Il détacha distraitement les attaches ferrées de son surcot qui, à son tour, glissa au sol sans qu'il fisse un mouvement pour le ramasser. Valar, elle déteignait véritablement sur lui... Lui, si précautionneux, n'avait strictement rien à faire de laisser traîner ses affaires un peu partout. Pire encore, pour quelqu'un qui ne souhaitait pas ébruiter la relation charnelle qu'il entretenait déjà avec sa jeune promise, il n'avait cure que qui que ce soit le trouve ainsi au beau milieu de la chambre où couchait sa Sirène.
La seule envie morbide qu'il ressentait là tout de suite était d'aller la chercher où qu'elle fut et de la ramener au creux de son lit, à ses côtés. Il ôta ensuite sa lourde tiare d'hiver et la posa sur le revêtement de plumes de la couche. Voilà qui était mieux.
Son impatience à la retrouver se tût dès lors qu'il entendit la porte s'ouvrir et se refermer avec fracas. Il aurait reconnu son pas pressé entre tous... tout comme sa façon de pester dans sa langue. De toute évidence, l'entrevue avec son cousin ne s'était pas passée comme elle l'avait désiré. L'ellon n'arrivait pas à faire quoi que ce soit pour signifier sa présence, figé par l'envie qui lui mordait les sens.
Cependant, il ne bougea pas, trop occupé à écouter la jeune femme se débarrasser de ses bottines. Même une tâche aussi simple méritait injures et cris... Elle ne savait rien faire en silence, c'était aberrant. Comme un coup de vent, Ilyrià passa dans la chambre et resta tétanisée à la vue du roi. Elle n'avait pas l'habitude de le voir autre part que dans ses propres appartements ou bien encore les espaces communs mais certainement pas dans sa propre chambre. Le roi avait toujours fait en sorte de ne pas alimenter les rumeurs qui allaient déjà bon train particulièrement depuis l'annonce de leurs futures épousailles.
Son petit visage défait comme les traces de larmes séchées ne lui disaient rien qui vaille mais il préféra pour le moment passer sous silence la moindre remarque. Tout ce qu'il voulait là tout de suite, ce n'était ni s'abrutir de suspicion sur ce qui allait suivre ni profiter du corps quoique fort appétissant de cette moitié de son âme mais plutôt s'abreuver de son essence. Il avait besoin d'elle aussi simplement que ça...
Thranduil ne ressentait pas son habituel besoin impérieux de la posséder. Après tout, elle était déjà à lui. Non ce qu'il souhaitait maintenant, c'était un moment de pure communion avec celle qui partageait son fëa, ne plus faire qu'un.
Ils se dévisagèrent quelques secondes avant, au grand étonnement de sa compagne, qu'il ne s'assied sur le tabouret de sa coiffeuse. Leurs regards se croisèrent dans la glace et s'accrochèrent avec autant de passion qu' une légère incompréhension de la part d'Ilyrià. Cet amour-là était réellement incompréhensible, il s'en rendait bien compte. Il comprenait que moult de personnes n'arrivent à le concevoir.
Irrationnel autant que passionnel.
Les gens pouvaient parler autour d'eux, le plaindre de devoir subir une telle engeance même si c'était là la volonté des dieux, lui savait à quel point cette toute jeune femme, en dépit de ses précédentes expériences, l'apaisait malgré qu'ils soient quelque peu... dysfonctionnels. Peut-être que résidait là toute leur attirance. Son caractère s'était forgé, endurci au cours des années et au fil des épreuves qu'il avait traversé. Il n'était plus un ellon doux et rieur si tant était qu'il l'avait été un jour. Une part d'obscurité s'était insinuée sournoisement en lui, grignotant toujours un peu plus de place. Malgré sa jeunesse, la jeune Wallen était de taille à lui tenir tête et il aimait cet aspect d'Ilyrià... un feu tout aussi fort que le sien couvait en sa maîtresse.
Il attrapa la brosse sur la petite table et la lui tendit sans la quitter du regard par-delà le miroir.
-Tresses-moi les cheveux melleth nîn... si tu y consens bien entendu, dit-il d'une voix douce.
Il y avait si longtemps que personne ne s'était occupé de lui ainsi. Il se délecta des doigts frais de la jeune femme, de les sentir tordre ses longues mèches devenues presque blanches avec le temps à l'instar de son père Oropher, tout comme le deviendrait un jour la chevelure blonde de Legolas. Les yeux fermés, il se laissa aller contre elle, appuyant se tête contre son ventre. Il sentait la chaleur de son corps se diffuser au sien en dépit des différentes couches de tissus qui les séparaient. Les bras de la jeune femme se refermèrent autour de son cou, effleurant dans une caresse aérienne la peau de l'elfe. Ses lèvres se posèrent soudain sur la chair tendre de sa nuque ramassant la longue chevelure de l'ellon sur une de ses épaules.
-Aran nîn, tu es le feu qui me nourrit... Mon ancre, mon port d'attaches... susurra la jeune femme en parsemant sa peau de baisers papillonnants.
Ces mots remuèrent Thranduil. Elle avait le don naturel de l'amener à occulter ses propres démons, à lui faire croire que la vie pourrait enfin lui sourire. Il se défit de son étreinte et se leva, un sourire aux lèvres devant le travail accompli avec dextérité. Il se tourna vers elle et lui prit la main pour l'entraîner sur la petite terrasse. L'air vivifiant leur fouetta les joues mais ils s'en fichaient royalement tous les deux. L'elfe comme la Wallen étaient bien trop préoccupés par la configuration dans laquelle ils évoluaient pour la première fois quasiment. A chaque fois qu'ils s'étaient retrouvés seuls, les deux amants avaient toujours fini nus et déboussolés par la soif de l'autre.
Pour la première fois, ils pensaient tous deux à autre chose que de s'unir charnellement. Ils arrivaient à la dépasser même si elle couvait derrière chacun de leurs gestes. Thranduil avait décidé que, quitte à déroger à tous ses principes vis-à-vis de cette petite sorcière, autant le faire dans les grandes largeurs. Les doigts d''Ilyrià toujours entrelacés aux siens, il posa sa main à plat sur le tronc du mellorn en murmurant si vite qu'il vit avec amusement le nez de la jeune femme se retrousser de frustration. Tout à coup, il se tourna vers elle et entoura sa taille de son bras en l'attirant brutalement contre son torse.
-Me fais-tu confiance, mon amour? souffla-t-il avec un sourire engageant.
Comme elle opinait de la tête sans lui répondre, il la souleva de terre sans tenir compte de ses cris d'orfraie. Prenant appui d'un pied sûr sur la rembarde de bois, il s'élança sur la plus grosse branche de l'arbre. Il passa de branches en branches, de hêtres en chênes, la jeune femme enroulée fermement autour de ses hanches. Il sourit, heureux de ce moment suspendu, un instant qui leur appartenait à eux seuls.
Sans difficulté, il passa la barrière naturelle de la végétation qui délimitait les murs de la cité enclavée et les emmena un peu plus loin dans la forêt. Il redescendit sur la terre ferme une fois arrivés à destination. Le roi déposa la jeune femme et vit avec plaisir une expression de ravissement se peindre sur son visage extatique. Elle tournait sur elle-même comme une enfant, détaillant avec de petits cris les moindres détails de la caverne où il l'avait mené.
Les parois miroitantes comme autant de pierres précieuses où se réfléchissait l'eau de la cascade derrière eux rendaient l'endroit magique. Il y faisait doux, le froid mordant de l'extérieur n'atteignait pas l'intérieur ouaté de la grotte. La jeune femme sourit en voyant de petites fleurs blanches d'hiver parsemer le sol pierreux. Il était étonnant de voir la résistance de ces petites éphémères passer le barrage de la roche réputée sans pitié. Le parallèle avec leur propre relation sauta aux yeux de l'elfe. Leur venue ici était tout à fait prémonitoire. Cet endroit avait été conçu pour eux à n'en point douter. Heureuse et insouciante comme elle ne l'avait pas été depuis longtemps, il voyait la femme dont il s'était amouraché sauter de pierre en pierre, ses jupes relevées.
Arrivée au milieu de la caverne, elle s'arrêta et plongea son regard dans celui de l'ellon, l'appelant silencieusement d'un mouvement gracieux de la main. En quelques foulées aériennes, il la rejoignit. Il voulait profiter d'un peu de quiétude avant d'affronter l'envoyé de Sturten et la décision qu'il avait prise même si les yeux pleins de larmes de la jeune femme ne lui laissaient que peu de doutes sur ce qui était en train de se tramer.
Il attrapa sa main pour l'emmener un peu plus profondément dans le cœur de la grotte. L'atmosphère devenait étouffante et moite. Ilyrià avait de plus en plus de mal à avancer, sa robe collant à son corps voluptueux. Ils se retrouvèrent rapidement au bord d'une étendue d'eau dissimulée par de nombreux rochers. Ilyrià se tourna vers lui, le visage illuminé:
-Une source chaude! s'exclama-t-elle avec un petit gloussement. C'est magnifique, mo ruin!
Les vapeurs qui se dégageaient de l'eau fumante allaient se perdre dans la trouée haute dans la roche qui laissait apparaître la robe étoilée de Varda. La brume ambiante donnait une allure fantomatique à ce lieu idyllique. Elle s'accroupit et trempa ses doigts dans l'eau. Un soupir de bien-être s'échappa d'entre ses lèvres pleines. Le roi voulait la voir sereine et détendue entre ses bras.
-Ilyrià, gronda-t-il.
la jeune femme se releva comme si un troll l'avait prise à défaut. Rougissante, elle s'avança doucement vers lui.
-Aran nîn?
-Viens là, sourit-il avec douceur. Il planta ses pics gelés dans ceux indécis de son amante.
Il entrelaça ses doigts aux siens pour la faire venir à lui. L'ellon la retourna et délaça sa robe avant de passer à son corset. Il laissa glisser le vêtement à terre, ses doigts effleurant la peau soyeuse au passage. Il posa chastement ses lèvres sur son cou avant de murmurer les lèvres soudées à sa chair.
-Va te mettre à l'eau melleth nîn avant de te retrouver frigorifiée.
-Mmmmm... cha.
-Comment ça non?
-Mmmmmmm... tu as bien entendu... Laisse-moi faire pour toi ce que tu as si obligeamment fait pour moi... -elle se colla à lui pour quémander un peu de la flamboyante chaleur de l'elfe et entreprit de déboutonner sa tunique et ses jambières. Elle le débarrassa enfin de son pantalon.
Avec un sourire mutin, elle se retourna et courut plonger dans l'eau chaude. Ébahi, il la vit muter en plein saut. Il avait du mal à l'avouer mais, plus le temps passait, plus il était charmé par cet aspect de sa personnalité... ondulante à souhait. Il se mit à l'eau à son tour, désireux de s'enivrer de sa Wallen jusqu'à plus soif. Il ressentait le besoin impérieux d'être à ses côtés. Ils batifolèrent un long moment, chacun voulant oublier la difficile réalité qui les attendait au dehors de leur bulle. Il était heureux de la voir s'ébattre joyeusement en sa compagnie sans les habituels cris, plaintes et autres menaces qui parasitaient leur quotidien tumultueux.
Ilyrià se logea confortablement au creux de ses bras, fatiguée par l'intense journée qu'elle avait eu, se laissant bercée par ce coeur battant à l'unisson du sien.
Lumineuse évidence d'un amour puissant.
Elle nicha son visage dans le cou moite de Thranduil en caressant avec paresse à ses épaules.
-Tu es fatiguée, ma Dame... dit-il avant d'embrasser la courbure ronde de sa clavicule.
Il nagea jusqu'au bord de la trouée et la hissa comme si elle était d'une légèreté affolante. Ilyrià s'assit en souriant, ses jambes encore dans l'eau alors que l'ellon prenait place entre elles. Elle sourit en attrapant une de ses longues mèches et l'invita à venir tout contre elle. Il ne bouda pas son plaisir et vint coller son visage au giron accueillant de sa dulcinée. Jamais encore il n'avait ressenti une telle sérénité.
Les meurtrissures de son cœur s'apaisaient au contact de cette soie dorée, de ses bras ronds qui l'encerclaient avec douceur comme s'ils avaient le pouvoir de chasser toute la noirceur, l'obscurité qui rongeait peu à peu son âme depuis tant de millénaires. Lui, toujours si méfiant et sur la réserve, laissa son fëa effleurer l'éther d'Ilyrià et vacilla sous la violence des sentiments qui en déferlaient.
Ses longs cheveux habillaient les cuisses soyeuses et voluptueuses de sa femme. Thranduil appuya un peu plus son visage contre le ventre doux et se laissa porter par les battements de son coeur... battements incroyablement forts et décuplés. L'elfe se figea instantanément. Ilyrià allait parler quand il l'en empêcha, un doigt sur ses lèvres rondes. Ses yeux polaires ouverts et fixés sur un point imaginaire, il s'écarta légèrement, pressant sa main sur l'estomac de la jeune femme sous ses yeux arrondis par la surprise. Il appuya un peu plus fortement ses doigts fuselés. Ses traits crispés, sa bouche marquée par un pli concentré, il planta son regard soudain en fusion dans le sien.
-Melleth nîn, pourquoi ne m'as-tu rien dit?
-Dit quoi? répéta-t-elle, perdue par le changement de comportement de l'ellon.
Le roi se hissa à la force de ses bras puissants pour l'emprisonner entre ses cuisses musclées comme de ses bras tout aussi puissants. Il empauma son visage d'une main alors qu'il reposait l'autre tout doucement sur son ventre. Ses traits s'adoucirent.
-Tu ne sais rien, ma petite insouciante, sourit le souverain avec une légère pointe de condescendance. Je suis un elfe et peu de choses peuvent échapper à mes sens.
-Mais de quoi parles-tu, mo chridhe?... Thranduil? fit la jeune femme en posant sa main sur celle de l'ellon toujours calée sur le creux de son ventre.
-Ilyrià... murmura-t-il, les yeux luisants d'une satisfaction nouvelle qu'elle ne saisissait pas alors qu'ils passaient certainement leurs derniers moments ensemble. Jamais, tu ne me quitteras désormais. J'en fais le serment, qu' Illuvatàr m'en soit témoin.
-Ne fais point de promesse que tu ne pourras tenir... souffla-t-elle en détournant son visage triste de celui de l'elfe. Elle ne voulait de toute évidence pas qu'il puisse voir les larmes qu'elle retenait à grand-peine. Il captura son menton entre ses doigts et la força à lui faire face.
-Je ne laisserai quiconque m'arracher la mère de mon enfant, pas même son père.
-Ciod? lâcha la jeune femme, interloquée.
-Ilyrià... tu es enceinte.
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alors les didous, ça y est! tintintin... et voilà le polichinelle dans le tiroir! ou plutôt la polichinellette! j'espère que ce chapitre, à l'atmosphère légèrement différente, vous aura plu! Un peu de romantisme pour les fêtes de fin d'année! romantisme teinté d'un petit doute avec la décision en suspens de M. le Cerbère qui, je l'espère aussi, vous aura plu! Que va-t-il décidé pour l'avenir d'Ilyrià et Thranduil le laissera-t-il faire? A votre avis?!
En tous les cas, merci à celles qui me suivent de continuer, particulièrement celles qui me laissent une petite trace de votre passage! Un vrai petit baume pour mon coeur!
Bonnes Fêtes à tous et à toutes! passez un merveilleux Noël et que le gentil vieux monsieur en rouge vous apporte pleins de cadeaux!
bisous tout doux!
