Coucou tout le monde! une fois n'est pas coutume, je vais aller vite sur le préambule! je suis très demandée par mon bonhomme de cinq ans mais j'avais envie de poster aujourd'hui! :)

je vous remercie pour vos ajouts, une spéciale dédicace à thelegendeof thegoldensun!

julie: tu es incroyable! J'ai versé unelarme en lisant ton poème! tu es... incroyable! Je n'ai pas d'autre mot! Incroyablement douce dingo! j'addddore! un poème quoi!

Virginie: merci de continuer à suivre cette histoire! bonne lecture!

Sandra de mon coeur: mon Satanas endiablé! tu es géniale mon ptit canard laqué! Heureusement que tu es là! Tu es toujours là et c'est ça qui est bon (comme le coeur de la forêt =p)

bêta chérie: Toutouille! merci pour tout mon capitaine! délires, conseils et ateliers plastiques de la mort! tu me recadres tellement bien! Je ne lasserai jamais de le dire! tu es une bêta en or massif!

gros bisous à tous

Chapitre 34.

Finnàm,

Le Wallen regardait la caravane disparaître au loin, le regard autant durci par la tristesse que par cette volonté qui lui rongeait le cœur. Le besoin de savoir, de connaître enfin la vérité sur tous les événements qui secouaient leurs vies depuis des mois le brûlait de l'intérieur. La veille, le Guérisseur ainsi que le Cerbère étaient arrivés avec de bien mauvaises nouvelles de leur chère Cité, la toute première étant la mort de Seannadh.

Le Loup serra les poings de colère. La fureur qui coulait dans ses veines comme un venin était littéralement incandescente. Il sentait à tout moment son double lupin hurler à la mort et tenter de s'emparer de son éther. Erù en soit remercié, cela n'était pas, plus possible. Et pour cause... la frustration engendrait normalement le chaos; l'ire, la perte de contrôle mais plus dans le cas de Finnàm'Ail. Au contraire, sa vision s'éclaircissait, ses idées se faisaient de nouveau plus incisives. Son bon sens reprenait enfin ses droits après l'avoir si durement déserté. La perte d'Elëa l'avait indubitablement secoué au-delà de l'imaginable. Cependant, il lui semblait désormais avoir entamé un autre chapitre de sa longue vie.

La première chose qui lui était venue à l'esprit à l'annonce de la mort de son second auprès du Roi Phénix était que le soldat devait impérativement être remplacé. Par qui? Par la seule personne en qui il pouvait actuellement avoir toute entière confiance. Un seul nom avait alors franchi ses lèvres. Sa soeur. Elle était la seule en qui il pouvait placer toute sa foi pour servir au mieux ses intérêts.

La mort du Serpent l'avait, elle aussi, bien évidemment ébranlée et plus encore. Elle ne désirait rien d'autre que la vengeance. Et puis, le décès du reptile avait au moins eu le mérite de confirmer ce dont ils se méfiaient tous. A savoir qu'un ou plusieurs traîtres se cachaient au sein de leur royaume. Le jeune homme avait dû trouver des pistes menant aux fêlons. Ce n'était donc pas mission impossible. Le corps de Seannadh avait beau avoir été jeté à la mer, les filets des jonques de pêcheurs l'avaient ramené à son foyer, vers les siens. La Lionne n'avait pas sourcillé devant l'ordre de son frère. Au contraire, elle se sentait honorée et prête à relever tous les défis qui se dresseraient sur sa route. Ils devaient impérativement avancer s'ils voulaient faire honneur à ceux des leurs qui avaient chu.

Finnàm jeta un dernier coup d'œil vers le minuscule point à l'horizon qu'étaient devenus sa sœur et ses gardes avant de se détourner, plus résolu que jamais. Il n'irait pas ce jour voir le Dragon. Des personnes autrement plus compétentes que lui s'occupaient déjà de le faire revenir vers eux. Non. Il avait, lui, besoin de s'isoler quelques minutes pour communier avec les dieux avant de reprendre le chemin qu'il s'était fixé... quoi qu'il puisse lui en coûter. Il ressentait la nécessité primale de les étreindre en son sein. Il souhaitait les exhorter à l'absoudre des exactions qu'il se doutait commettre, qui plus était avec joie et abandon, dans un futur pas si lointain.

D'un pas décidé, il se rendit au plus profond des jardins de la cité, là où il était certain de ne pas être dérangé par quelque inopportun. Les températures légèrement plus douces avaient fait place nette. La neige avait fondu et délaissé ainsi son manteau virginal, rendant à la terre son aspect souillé. Le sol nu et les arbres moribonds avaient repris leurs droits. Un sourire sans joie fendit son visage couturé. Il se sentait tellement en harmonie avec cet aspect mortifère de la nature. Il faisait bonne figure devant les siens comme devant qui que ce soit mais un trou béant lui avait dévoré le cœur et l'âme.

Le Wallen le ressentait à chaque fois qu'il croisait Astareth au détour des couloirs ou encore dans les appartements d'Ilyrià, à chaque fois qu'il respirait le parfum floral de son amante sur l'étole qu'elle avait oublié dans sa chambre une nuit froide d'automne. Une partie de lui était morte en même temps qu'elle, celle qui avait enfin réussi à lui faire croire au potentiel d'un avenir sans douleur. Le Loup était déboussolé. C'était comme surnager en eaux troubles sans aucun instrument de navigation pour se guider... Finnàm perdait toutes les personnes qu'il laissait approcher de lui mais il enrayerait ce cycle infernal. Et si pour cela, il lui fallait mourir... et bien soit. Ainsi serait la volonté des Valar.

Il n'avait pas peur de la mort comme tous les siens. Ils naissaient l'arme à la main et le désir du sang ancré sur leurs lèvres, plus particulièrement ceux possédant un double de son envergure. Aye*, il était perdu dans un épais brouillard. Seul, le devenir de sa meute lui importait désormais et, aussi incroyable que cela puisse paraître y compris à lui-même, Thranduil et le prince elfique en faisaient désormais partie.

Il s'agenouilla, se fichant royalement de la boue qui macula rapidement son pantalon de toile grossière. Rien n'importait. Seuls comptaient son devoir... et sa promesse. D'un geste prompt, Finnàm retira le coutelas qui ne le quittait jamais pour le poser à ses côtés avec une douceur qui ne lui était plus familière. Il déboutonna avec lenteur sa tunique, la fit glisser de ses épaules puissantes. Le froid hivernal ne semblait pas avoir de prise sur lui. Le Wallen était comme transcendé par quelque chose d'infiniment plus grand que lui. En psalmodiant, il se toucha le front, la bouche puis le cœur avant d'apposer ses lèvres sur la terre devant lui en posant à plat ses paumes sur le sol gelé.

- Gweddi'r orsedd ô Dieu accorde nous ton Appui

dyro duw dy Nawdd et avec ton Appui, la Force

ac yn Nawdd Nerth et avec la Force, la Compréhension

ac yn Nerth Deall et avec la Compréhension, le Savoir

ac yn Neall Gwybod et avec le Savoir, de savoir ce qui est juste

ac yng Ngwybod gwybod y Cyfiawn sachant ce qui est juste, de l'aimer

ac yng ngwybod y Cyfiawn Ei garu et avec son Amour, l'Amour de toute chose

ac yng ngharu caru pop Hanfod et avec l'amour de toute chose, l'Amour du Dieu

ac yng ngharu pop Hanfod caru Duw du Dieu et de toute Bonté

Duw a phob Daioni dans l'immortalité même

La litanie wallen semblait se mélanger étroitement au vent qui balayait à présent la cité sylvestre en un souffle divin. Finnàm recommença à trois reprises les différentes phases auxquelles il venait de se soumettre si volontiers. D'un geste vif, il attrapa ensuite son arme et la pointa sur sa pommette gauche.

Avec la dextérité qui lui était propre, il s'entailla profondément en biais de la tempe au coin de sa bouche. Il se moquait de se défigurer encore un peu plus. Là n'avait jamais été son souci. Ses cicatrices avaient déjà guéries et cela n'en ferait qu'une de plus... L'unique chose qui le préoccupait était de se sentir à nouveau en osmose avec son essence, celle du soldat qu'il avait toujours été et qui s'était fourvoyée en chemin.

C'était tout ce dont il avait besoin actuellement pour mener à bien sa mission. Or, pour cela, un sacrifice était nécessaire. Ils avaient beau prier les mêmes dieux que les elfes, les nains ou bien encore les hommes, les Wallens demeuraient une caste tout à fait à part sur Arda. Après tout, ils n'étaient pas vraiment d'ici... Loin s'en fallait. Son peuple était resté fidèle à une façon de penser, de communier avec les dieux beaucoup plus primitive. Un rictus retroussa ses lèvres abimées. Encore une petite chose qu'ignorait le Seigneur cerf à propos de sa future femme... Il serait très certainement amusant d'être présent quand il découvrirait cet héritage-là d'Ilyrià.

Pour le moment, le sang devait couler et ce devait être le sien. Il passa ses doigts sur sa blessure avant de s'en badigeonner les lèvres puis l'emplacement de sa poitrine où était dissimulé son cœur. Il plaça alors sa main rougie sur la terre. Une fois de plus, il baisa le sol avec retenue et déférence.

Finnàm reprit le couteau de sa main maculée tandis que l'autre se saisissait de la longue tresse qui flottait dans son dos, l'apanage de son statut de Ceanar. Avec un brin de nostalgie, l'homme repensa à la nuit où Ilyrià l'avait coiffé ainsi pour la première fois, la toute première nuit qu'ils avaient partagé. Cela semblait s'être passé dans une autre vie maintenant... Des années s'étaient écoulées depuis. Cette tresse était, depuis, devenue son emblème. Tous le reconnaissaient par cette singularité.

D'un mouvement sec et décidé, il la trancha net et la déposa sur le terrain souillé. Ses cheveux se teintèrent rapidement du liquide vermillon qu'il avait perdu.

Illuvatàr, guide mes pas et mène-moi à ce que je cherche. Que la prochaine fois, ta terre soit imbibée du sang de mes ennemis, marmonna-t-il en passant et repassant la lame d'acier sur sa tête. Que mon épée les pourfende, que mes dents déchirent leurs chairs putrides, continua le Loup. Ses yeux jaunes brillaient d'un feu dévastateur alors que les mèches châtaignes tombaient autour de lui. Que mes griffes arrachent leurs cœurs nauséabonds pour l'Amour des miens, conclut le Wallen en plantant son coutelas dans la terre à ses côtés.

Des gouttes carmines glissaient sur sa peau contrebalancées par le sourire bienheureux qui fendait son visage meurtri par les coups physiques mais aussi par les épreuves que les Valar lui avaient fait subir. Cependant, s'il y avait une chose dont il était persuadé à l'heure actuelle, c'était que les dieux ne lui envoyaient que ce dont ils étaient sûrs que le jeune homme puisse supporter. Enfin, il se leva. Le Wallen avait l'impression que la nature autour de lui s'était arrêtée. Il avançait dans un tableau figé, saturé par la puissance de son acte de contrition et d'abandon.

Finnàm n'entendait plus le bruissement du vent dans les feuillages, ni les quelques oiseaux résistant fièrement au dur hiver... Tout ce qui résonnait à ses oreilles était le son des percussions et des violes de son subconscient, lui-même entremêlé à son éther. Il ne prit pas même la peine de passer sa tunique ni d'essuyer le sang qui dégoulinait sans vergogne dans ses yeux ou son cou. Il esquissa alors plusieurs pirouettes à mi-chemin entre la danse et des positions de combat en continuant à marmotter d'inintelligibles paroles.

Soudain, après un saut particulièrement fantastique, il se réceptionna un genou en terre. Finnàm releva la tête et sourit.

Qui ce ce fut l'eut aperçu à ce moment-là en aurait frissonné d'effroi. Il respirait comme jamais l'éclat délicieusement fauve du prédateur aux aguets. Ses yeux plissés luisants de cette ruse permanente qui le caractérisait tant, sa bouche où flottait une moue de raillerie perpétuelle... autant de preuves qui démontraient l'état d'esprit dans lequel il se trouvait. Enfin, il se retrouvait.

Le Ceanar était de retour et il ne souffrirait aucune reddition, aucune contrariété. Mieux valait se le tenir pour dit.

O0o0o

Le guerrier remonta vers le palais du Roi et soupira d'aise en sentant les flammes des braseros lui lécher la peau. S'il n'avait pas senti grand-chose pendant son rituel, trop entraîné par la transe dans laquelle il baignait alors, il n'était pas pour autant comme le Dragon Pourpre. Le froid le perçait aussi sûrement que n'importe qui. Il était loin d'y être insensible à l'instar de Klaùs qui pouvait se trimbaler à moitié nu si ça ne l'était entièrement sans pour autant sourciller.

Ses chairs bleuies reprenaient doucement leur aspect tanné par la vie au grand air et les entraînements rigoureux. Les couloirs désertés à cette heure matinale lui agréaient complètement. Il savait, à bon escient d'ailleurs, qu'il risquait d'épouvanter la moindre personne qu'il croiserait dans son état actuel. Le Wallen n'avait pas pris la peine d'essuyer le sang séché qui dévalait le long de son crâne en de longues et épaisses coulées. La plaie sur le côté gauche de son visage béait simplement surmontée d' une croûte fraîche noirâtre. Finnàm se dit d'un air absent qu'il devrait penser à la chauffer à blanc s'il ne voulait pas, en plus d'être abîmé, risquer l'infection qui guettait...

Toute une foule de questions plus obsédantes les unes que les autres parasitaient son esprit déjà tortueux... sur ce le sort de Seannadh, le devenir de sa sœur en plein cœur des manipulations wallens, l'avenir d'Ilyrià, sa propre relation avec le Roi Phénix...

Qu'allait-il faire une fois le mariage célébré? S'il devait se montrer honnête, il devait bien avouer qu'il ne se voyait pas retourner à la Cité sur la Mer même si cela lui déchirait le cœur. Quelque chose était brisé dans l'engagement qu'il avait pris envers Sturten depuis ses dix-sept ans. Il avait eu la faiblesse de croire un temps que le roi wallen l'avait considéré comme une sorte de fils adoptif. Toutefois, le temps passé dans les cavernes lui avaient enfin fait comprendre qu'il n'en était strictement rien.

Le souverain se servait de ses sujets pour le bien de son royaume. Les hommes n'étaient qu'éphémères à l'inverse du Royaume. Evidemment, il les aimait mais rien ne devait supplanter sa cité... pas même sa fille. Ne l'avait-il pas prouvé en la sacrifiant sur l'autel politico-déiste? Au final, Ilyrià en avait retiré l'amour certes mais rien n'était moins sûr lorsque Sturten avait pris sa décision.

Le Ceanar se rendait compte désormais que son suzerain ne considérerait jamais plus le jeune loup comme son homme de confiance. À ses yeux, il était contaminé par l'air des forêts, pourri par la compagnie des elfes. Et il l'avait toujours su. Le Phénix, de par sa vie plusieurs fois millénaires, savait tout de ces affaires-là. Il n'avait pourtant pas hésité.

S'il avait eu le moindre doute, Iffrin lui avait remis les idées en place rapidement. La raison de la présence du Dragon Rouge était la volonté de Sturten, du manque de confiance du roi wallen envers le Lupin. Ses mâchoires se contractèrent violemment et il ne put s'empêcher de laisser éclater sa colère en renversant un des foyers sur son passage. Les braises incandescentes se répandirent sur le sol pierreux sous le regard indifférent du jeune homme.

Tout ce qu'il avait jamais voulu était faire la fierté de ses parents par-delà la mort en servant son souverain, protéger sa sœur et celle dont il avait partagé plus d'une fois la couche... Il s'en était si longtemps oublié... Et maintenant que lui restait-il? S'il ressortait vivant de ce marasme boueux dans lequel ils vivaient tous, Wallens comme elfes embourbés jusqu'au cou, que pourrait-il bien faire?

Etre Ceanar n'avait jamais été un but en soi pour Finnàm. Ses actes l'avaient conduit à endosser cette charge, c'était tout. Il ne pourrait ni retourner dans la cité maritime ni rester dans les bois de Vert Bois où il n'était définitivement pas chez lui. Seule sa jeune princesse était susceptible de se montrer un tant soit peu à l'aise entre ces murs rocheux... Pour habiter sa solitude, il devait enfin prendre la mesure de ce qu'il souhaitait... Or, rien. Le néant seul s'était niché dans les tréfonds de son coeur. Les ténèbres de cet amour avorté obscurcissaient le peu de lumière qu'il avait cru entrevoir. La mort serait une récompense en soi pour lui à n'en point douter.

Ses réflexions furent interrompues par le bruit d'une porte qui venait de claquer. Il releva ses yeux turquoises et aperçut Astareth, le fantôme qui planait sur ses cauchemars, sortir des appartements de la Sirène une pile de linge sous le bras. Instinctivement, il se plaqua contre le mur, ombre s'entremêlant à la noirceur du lieu. La puérilité de son attitude le fit jurer avec une grossièreté accrue.

Il n'y pouvait rien, il détestait la voir. Il haïssait l'image trouble qu'elle lui renvoyait. Le Wallen se serait cru devant un des mythes dont parlaient les légendes de sa cité... un dopplegangger de sa chère elfine, une vision déformée de son ex-compagne. Elle lui faisait penser impitoyablement à tout ce qu'il avait perdu, à tout ce qui était mort avec Elëa dans ces bois maudits. Finnàm ne souhaitait pas avoir la moindre interaction avec cette elleth même si, aussi bizarre que cela puisse paraître, il brûlait de se saisir d'elle et de la prendre sans la moindre tendresse... juste la frénésie du désespoir de ressentir quelque chose qui s'était évaporé depuis longtemps. L'elfine avait-elle le même goût de fleurs que son elfe? Était-elle aussi douce?

Certainement pas à en juger à l'air pincé qu'elle arborait en permanence... cette elleth n'avait rien d'aimable, elle ne renvoyait qu'une allure des plus revêches. La voir le rendait fou. Elle était si sèche et cassante... Etait-elle seulement sectaire ou mauvaise et pourrie jusqu'à la moelle, de celles qui détestaient Ilyrià au point de lui vouloir du mal? Le roi Thranduil ne semblait pas le croire. Il n'y avait pourtant qu'à voir la façon dont elle traitait sa maîtresse.

Le soldat savait néanmoins que le seigneur sylvestre ne l'avait placé à ses côtés que pour sa protection et la maintenir dans un semblant de droit chemin. Comme si cela était-il seulement possible! Ilyrià ne ferait jamais que ce qu'elle voudrait. Rien de plus, rien de moins. L'âme wallen était ainsi... libre, fantasque et sauvage. La Sirène en était le plus parfait exemple, la plus fervente de ses représentantes... irrationnelle et aussi quelque peu névrosée se dit-il ironique.

Jamais le souverain elfe ne pourrait brider la jeune femme, la rendre conforme à ces elfines qui peuplaient son royaume. Elle, comme son double, était aussi déchaînée que l'était la mer...tout comme l'elfe était aussi dangereux que le cœur sombre des forêts... En réalité, ils étaient parfaitement assortis, sourit le saghdear en accélérant le pas.

Finnàm se heurta justement à Thranduil qui sortait des appartements de leur jeune protégée. Le regard de l'elfe faillit lui arracher une moue sardonique mais il se retint. Il se doutait bien qu'il ne plairait pas au souverain de lire sur son visage le moindre amusement ou signe quelconque de ce qu'il pouvait penser de la situation. Toutefois, il était assez drôle et récréatif de surprendre le roi en position de faute. Il lui était agréable de se rendre compte par ses propres yeux que l'ellon était loin d'être irréprochable mais, au contraire, esclave de ses pulsions. Ainsi, il ne pouvait s'empêcher de rester loin de sa jeune promise malgré ses grandes tirades et ce qu'il disait souhaiter.

Leurs regards s'accrochèrent, surpris pour le roi, en demi-teinte pour le soldat. L'ellon referma la porte avec soin sans faire aucun bruit. Un léger sourire incurva ses lèvres parfaites en entendant le tintinmarre à l'intérieur. Si l'elfe était d'une discrétion absolue, il n'en allait vraiment pas de même pour la Wallen. Finnàm s'esclaffa en entendant la jeune femme derrière le mur pester comme une diablesse. On aurait pu croire que Morgoth était à ses trousses.

-Je devais lui parler, dit le roi avec hauteur.

-Je n'ai rien demandé, rétorqua Finnàm en haussant les épaules. J'aime autant vous savoir à ses côtés lorsque je n'y suis pas, a righ.

-Tout comme moi, Conui... tout comme moi. Il ne me sied pas qu'elle reste seule en ces temps plus que troublés.

-Il en sera toujours ainsi, aran nîn. Vous ne pouvez l'enfermer à double-tour malgré tout, objecta Finnàm.

-Vous croyez?

-Un rictus de mauvaise augure remplaça le sourire neutre de l'ellon, plus conforme à l'idée que c'en faisait le Wallen. Il était si bizarre de discuter avec un seigneur plus compréhensif et, il ne fallait pas avoir peur des mots, amoureux. Valar, que c'était perturbant comme vision! Finn la chassa d'un revers de main avant de reprendre:

-Je ne crois plus grand-chose pour le moment et surtout pas que vous soyez dans l'incapacité de faire quelque chose pour protéger mo bana-phrionnsa.

-Bien, fit Thranduil, satisfait. Conui, j'ai à vous parler.

-As a mi, tout comme moi, a righ.

Finnàm pencha la tête de côté, un sourire fugace ourlant ses lèvres hâchées. L'elfe, droit comme un i, l'observait pensif.

-Que s'est-il passé, messire Wallen? le questionna-t-il à brûle-pourpoint en désignant son visage de son menton volontaire.

Le soldat grimaça en passant sa main sur son crâne désormais nu parsemé de coupures sanguinolentes. L'ironie brillait dans son regard félin. Il avait beau être un loup dans l'âme, ses yeux possédaient la malignité d'un chat jouant avec sa proie.

-Un accident capillaire, très cher roi Thranduil. Ma lame a rencontré la peau de mon crâne sans aucune autre forme de présentation au préalable... le changement est parfois nécessaire.

-A-t-elle rencontré de même votre visage? railla l'elfe. Ses yeux de place fixaient sa joue blessée.

-Un sacrifice porte en soi la notion même du don, monseigneur, chuchota le Wallen en passant un doigt sale le long de la profonde entaille.

Le roi ne releva pas ses derniers mots. Il n'y avait aucun raison à cela, ils le savaient tous deux. Jamais ce type de conversation ne devait être abordé en présence de personnes ne vivant sous le même régime de pensée, pas lorsqu'il s'agissait de deux hommes si profondément ancrés dans leurs traditions et leur culte respectif. Aussi abandonnèrent-ils d'un commun accord le sujet sans pour autant que l'ellon ne lâche un soupir excessif. Il invita d'un mouvement las de la main le Commandant de la Garde d'Ilyrià à le suivre jusque chez lui, un étage plus haut. Finnàm trouva Legolas patientant le long du mur rocheux. Le regard du prince s'illumina à la vue des deux hommes dans le couloir sombre.

-Que fais-tu là, ion nîn? La voix profonde du roi trahissait sa surprise. À cette heure?

-Il est ici car je le lui ai demandé, l'interrompit le Wallen en attrapant l'avant-bras de Legolas pour le saluer convenablement. Comme je vous l'ai dit, nous devons parler et votre fils se doit d'être là. Certaines choses doivent être dîtes, d'autres clarifiées et des questions posées...

-A qui le dîtes-vous! grommela le roi en entrant devant eux sous leurs regards circonspects.

Legolas s'occupa de raviver le feu dans l'âtre à l'aide du tisonnier tandis que son père se chargeait de leur servir une coupe plus que bienvenue de vin épicé. L'heure avait beau être matinale, il était évident qu'aucun d'entre eux n'avait fermé l'œil de la nuit. Leurs traits tirés en était le signe indiscutable. Bien sûr, se dit le Wallen avec une légère trace de grivoiserie en jetant un oeil au roi, pour certains les raisons de cette insomnie étaient bien certainement plus plaisantes.

Ils s'installèrent confortablement chacun dans un des fauteuils qui trônaient devant l'immense cheminée et sirotèrent en silence leur verre. Finnàm prit le premier la parole. Il était l'heure.

-Mes seigneurs, il est grandement temps pour nous de mettre cartes sur table et d'abattre nos jeux respectifs. Nous ne pouvons, articula le Wallen en plantant ses yeux aussi tranchants que l'acier dans ceux du roi puis de son fils, agir chacun de notre côté si nous voulons mettre à terre nos ennemis qui, on ne peut l'occulter, sont nombreux et divers. Agir ainsi n'est point la stratégie à tenir, soyez-en sûrs.

-Je suis on ne peut plus d'accord, acquiesça Legolas en fixant le feu rougeoyant. Nous sommes assez peu pour ne pas diviser plus encore nos forces.

-Forces qui, sans aucune équivoque malheureusement, s'amenuisent de jour en jour. Ne nous voilons pas la face, aelficas, reprit le Ceanar. Chaque jour depuis la mort de son frère, Fillan se tourne vers Iffrin et Muireall. Sa colère grandit et la noirceur de son éther prend de l'ampleur. Il ne pense qu'à la vengeance et à comment atteindre le meurtrier de son jumeau pour l'étancher. Voilà une des tristes réalités auxquelles nous avons à faire.

Thranduil croisa ses longues jambes en s'adossant au dossier du fauteuil. Il passa un doigt distrait sur sa lèvre inférieure, pensif.

-Cela dit, je ne crois pas, Conui, que le sort de votre congénère ne me concerne ou encore la sécurité de ma future épouse, du moins directement. Je sais pertinemment qu'il lui est cher mais ceci reste une affaire avant tout d'ordre wallen.

-Allons a righ, soyons réalistes, le contredit Finnàm en posant sa botte crottée sur la table basse devant lui sous l'œil hautement réprobateur du roi.

-Cependant, ce dernier, tout comme le prince, ne dit rien habitué par les excentricités du Ceanar et des siens. Celui-ci alluma un de ses cigarillos. Après avoir tiré une impressionnante bouffée, il continua narquois:

-Je suis, quant à moi, fort préoccupé je l'avoue par ce changement d'attitude qui ne peut que nous être néfaste. Iffrin et Muireall représentent assez de force à eux deux pour ne pas vouloir leur en offrir plus... Sans Klaùs ni Fillan, je suis seul en ces lieux...

-Votre sœur n'est pas la moindre des combattantes...

-J'ai renvoyé Anaïsa à la Cité sur la Mer cette nuit, le coupa Finnàm, les yeux plissés par la réflexion. Elle m'est bien plus utile là-bas qu'en ces cavernes. Le Cerbère m'a appris la mort de mon homme de confiance. Assassiné. Cendera est, elle, occupée par une affaire hautement pressante...

-Effectivement, fit le souverain en portant à ses lèvre sa coupe de vin, elle vous sera plus profitable là-bas. Avez-vous quelques progrès sur l'affaire qui nous inquiète tous?

Un sourire crispé fut la première des réponses, un grattement sur son crâne désormais chauve la seconde. Le Wallen vit le regard de Legolas s'attarder sur sa peau martyrisée par les passages multiples de la lame. Ses yeux d'azur semblaient hypnotisés par la peau mise à nu ainsi que les arabesques gravées qui s'enroulaient autour de ses tatouages de lien runiques. Il lui sourit, dévoilant des dents d'une blancheur éclatante qui tranchaient avec sa peau burinée et striée par les trop nombreuses cicatrices.

-Mes découvertes sont... comment dirai-je... bien maigres. La fortune ne sourit pas toujours aux bien attentionnés. La seule chose dont je suis persuadé, même certain, c'est que mon second a bien été empoisonné. Sa flasque... Le problème étant que tout le monde savait, y compris vos gens a righ, que Klaùs a la... fâcheuse manie de s'y abreuver constamment. Cela rend plus compliquée la tâche que je suis assigné. Néanmoins... je reste sûr qu'il s'agit de l'œuvre de son frère... Je n'ai aucune espèce de doute à ce sujet. Seules les preuves manquent. Nous en saurons bientôt plus. Cendera travaille sur un remède depuis des semaines.

-Sans succès, commenta Thranduil avec lassitude.

-Jusqu'à maintenant, intervint Legolas, jusque-là plus silencieux. Je ne doute pas que l'arrivée de son maître ne change la donne de cette situation malencontreuse.

Cette nouvelle fit se redresser l'ellon royal. Il darda son regard polaire sur son fils puis le Wallen occupé à se curer négligemment les ongles à l'aide de son coutelas. Cependant, il ne faisait aucun doute qu'il était d'une formidable acuité à tout ce qu'il se passait autour de lui. Rien n'échappait à cet homme comme au roi sylvain. Au-delà de leurs nombreuses différences, ils étaient forgé du même acier.

-Votre Guérisseur est ici? rugit Thranduil en reposant si fort sa coupe sur la table qu'elle se brisa en mille morceaux. Quand l'un de vous comptait-il m'en parler? Comment cela se fait-il que je ne sois pas au courant de tout ce qu'il se passe en ces murs?

La colère comme la frustration de l'ellon étaient palpables.

-C'est lui qui a conduit le seigneur Kentigern à nos portes, expliqua le prince elfe. Il ne souhaite cependant pas que sa présence soit ébruitée. Trop de paramètres entrent en jeu... trop d'ennemis sont à nos portes. Il doit pouvoir agir en toute discrétion.

-C'est la dernière fois que je vous laisse m'abuser de la sorte, articula Thranduil d'une voix sourde en les fixant tour à tour, ses longs doigts crispés sur l'accoudoir de son assise. Je suis le roi et la sécurité de Vert Bois est mon devoir, non le tien, conclut-il en intimant le silence à son fils qui ouvrait déjà la bouche pour plaider en leur faveur.

-Alors concentrez-vous dessus a righ, argua le Ceanar en croquant nonchalamment dans un fruit. Confortez la position de a bana-phrionnsa parmi les vôtres. Le temps qui vous est imparti jusqu'au mariage n'est point de trop pour consolider un tant soit peu sa situation. Ces quelques mois doivent être mis à dessein ...

-Nous n'avons plus quelques mois, le corrigea Thranduil, d'une voix plus sombre soudainement. Parlez plus de semaines.

-Que racontes-tu, Ada? fit Legolas, les sourcils arqués par l'étonnement.

-Je ne peux attendre plusieurs mois avant la promulgation de ce mariage, voilà tout.

-Voilà qui ne suit guère le protocole, observa finement Finnàm, son regard affûté ancré dans celui de givre du seigneur elfe. A moins qu'une chose ne déroge grandement à vos principes... S'il s'agit du Cerbère, vous ne pourrez influencer de telle manière sa décision quelle qu'elle soit.

Thranduil soupira avec grandiloquence. Il se leva pour se resservir un autre verre de vin qu'il regarda tournoyer doucement. Le chatoiement de la robe vermeille semblait le fasciner. Au bout de quelques secondes, il redirigea son attention vers eux.

-Les choses ont effectivement changé, dit-il à voix basse, et de manière inexorable. En bien ou non, je ne suis sûr de rien pour le moment... Et il ne s'agit pas du seigneur Kentigern. -il releva le menton avec son arrogance coutumière et asséna d'une voix forte-: ma Dame porte en son sein notre enfant.

Legolas se rencogna dans son fauteuil sous le choc alors que Finnàm manqua son geste en voulant reposer son pied sur la table. Il s'attendait toujours à beaucoup de choses mais celle-ci, il devait bien admettre qu'il ne l'avait pas vu venir... loin de là. Il s'éclaircit la gorge d'un raclement.

-Pour être tout à fait franc, dit-il avec un soupçon perçant sa voix éraillée, je ne sais quoi en penser. Ne vous méprenez pas, rit-il devant l'air sombre du souverain les deux mains devant lui comme pour contenir un emportement de l'ellon. Vous me voyez heureux d'une telle nouvelle. Une naissance est toujours un cadeau d'Illuvatàr. Nos croyances se rejoignent en ce point. Mais... je vois les choses d'un point de vue un tant soit plus pragmatique. Ilyrià est déjà... compliquée, sourit-il les yeux brillants. Alors enceinte... Qu'Erù nous préserve tous du courroux de ma princesse! Quant à sa sécurité, elle doit être maximale, termina le Wallen, le soldat reprenant le dessus sur l'homme. Beaucoup voulaient sa mort... Qu'en sera-t-il une fois que tous sauront qu'elle porte l'héritier?

-L'héritier des deux des plus importants royaumes d'Arda, réalisa Legolas encore sous le choc de cette fracassante révélation. Il se leva pour faire face aux braises brûlantes de la cheminée. Cet enfant sera la jonction entre les domaines de la Cité sur la Mer et de Vert-Bois...

-Avec toi mon fils, renchérit Thranduil avec un froncement de sourcils. Tu es et resteras mon aîné, le légataire de l'héritage de nos aïeux.

-Certes, Ada... murmura l'ellon. Cet enfant n'en reste pas moins la rencontre de deux civilisations... Ada, il est la preuve que nous ne sommes pas si différents! s'exclama Legolas.

Il alla à la rencontre de son père et le salua, la main sur le coeur.

-Je ferai tout en mon pouvoir pour le protéger, aran nîn.

Il fut rejoint par Finnàm qui, les pouces passés dans sa ceinture, le salua à son tour d'un hochement de tête accompagné d'un clin d'oeil au grand dam du roi face de lui.

-Tout comme moi, a righ... Il est d'autant plus important que Klaùs revienne parmi nous. Mis à part cette joyeuse assemblée, le Dragon Pourpre est le seul à posséder la force nécessaire à la sauvegarde d'Ilyrià et de son bébé.

-Nous devons aussi prendre en compte la réaction du roi Phénix, gronda Thranduil avec un geste de profond agacement.

Le seigneur Kentigern risque de prendre une décision qui ne soit pas en votre faveur, Ada.

Le Cerbère rendra un jugement basé sur ce qu'il y a de mieux pour tous à son avis.

-Je ne me laisserai pas dicter ma conduite ni celle que je me dois de tenir pour le bien de mon domaine ou encore de ma future épouse comme de mon enfant à naître.

-Il me semble que vous êtes deux à devoir prendre les décisions dont vous parlez avec tant d'éloquence, marmotta Finnàm, la tête penchée sur le côté en scrutant intensément l'elfe. Je doute qu'une certaine femme, sirène de son état, vous laisse faire entièrement à votre convenance. Son caractère n'est pas si... docile.

-Non certes non, tenta un Legolas diplomate.

Ilyrià fera ce que je lui dirai de faire, ce qu'il faudra pour assurer la sécurité de son elfing à venir. Un point c'est tout, tonna Thranduil, bouillonnant de colère.

-Si vous le dîtes a righ...

Legolas réprima un sourire devant la mine contrariée de son père et celle amusée du Conui.

-Je vais aller m'enquérir de la progression du remède, dit-il doucement en ouvrant la porte pour sortir. Et assurer la discrétion de la venue du mage wallen.

-Quant à moi, fit le Ceanar en le rejoignant, je... je vais faire et bien... ce que j'ai à faire présentement, soit fouiner, espionner et toutes ces merveilleuses choses pour lesquelles je suis si doué... Vous-même, faîtes donc bref... vous savez...

Le souverain leva les yeux au ciel. Finnàm savait très bien ce qu'il devait penser. Il n'avait pas besoin d'être devin et oui, il se sentait étrangement en pleine forme. En dépit des évènements tragiques qui avaient eu lieu, il se sentait enfin réconcilié avec lui-même.

Le Ceanar était de retour. Il trouverait les réponses à ses questions, ferait ce qu'il fallait pour assurer Ilyrià et sa descendance. Le premier qui tenterait quoi que ce fût serait le premier à rendre son dernier souffle... dans le sang et la souffrance.

Le Ceanar était de retour.

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Thranduil,

Après quelques heures de repos où il n'arriva pas à trouver le sommeil, l'elfe se leva éreinté. La fatigue du moins physique n'était pas plus en cause que celle morale qui l'étouffait. La tornade d'émotions qui le secouait se faisait de plus en plus instable, dévastant la moindre de ses résistances. La nuit qu'il venait de passer en compagnie de sa Wallen lui avait pourtant apaisé l'esprit l'espace de quelques instants. Sentir son fëa caresser l'âme de la jeune Sirène lui avait fait un bien fou. Cet interlude sous les étoiles avait été des plus libérateurs. Ne plus avoir de pression, ne pas sentir peser un quelconque regard réprobateur...

Cet endroit leur appartiendrait désormais, un refuge hors des pressions sociales et culturelles où ils pourraient toujours se retrouver l'un l'autre. Cependant, cette bulle avait littéralement éclaté lorsqu'il avait décelé le secret qui nichait au creux de la femme dont il était épris. Un sourire éclaira son visage alors qu'il se levait de l'immense fauteuil qui siégeait dans sa propre chambre à coucher. Un moment, il avait pensé retourner aux côtés d'Ilyrià se reposer mais il avait rapidement capitulé face à sa propre rationalité.

L'ellon ressortit ensuite de la salle d'eau en passant un surcot sur une sous-tunique d'une belle couleur bleu roi qui se mariait élégamment avec le noir d'encre de ses chausses. Le souverain alla se poster face à la fenêtre qui bordait le mur sud de ses appartements. Délaissant le plateau de victuailles que lui avait fait porter Gallion, il ne put empêcher ses réflexions de se diriger tout naturellement vers l'enfant qui verrait le jour d'ici plusieurs mois. La moindre de ses pensées l'y ramenait invariablement.

Aurait-il pu seulement en être autrement? Alors que les difficultés lui sautaient aux yeux de plus en plus fort? Sa main se crispa sur le tissu soyeux de la grande baie. La réminiscence de ses batifolages avec la jeune femme lui revint au contact de la riche étoffe qui avait remplacé l'ancienne, abîmée par leurs ébats fougueux. Un rictus carnassier ourla ses lèvres pleines. Comment le simple fait de penser à elle et à la rondeur de chacune de ses courbes pouvait le faire autant basculer?!

Un oiseau se posa sur le marbre de la terrasse devant lui et se mit à pépier joyeusement à la recherche de la moindre trace de nourriture. Thranduil attrapa la miche de pain sur une des assiettes et roula un morceau de mie qu'il lui lança nonchalamment. Le moineau s'en empara avant de s'envoler à nouveau. Si seulement il pouvait faire de même... Parfois, il n'aurait pas été contrepouvoir s'échapper du carcan des responsabilités qui l'assaillaient sans cesse. Les difficultés s'accumulaient au fil des mois.

Or, il était plus que conscient que les choses n'iraient certainement pas en s'arrangeant. Au contraire. Son peuple ne voulait pas d'une reine à l'ascendance wallen en dépit des volontés des dieux, alors que diraient-ils d'un héritier au sang dilué? Lui-même n'était pas sûr et certain d'apprécier le patrimoine de ce bébé, de l'héritier qu'ils s'apprêtaient à donner à leurs deux mondes. Il était d'ailleurs persuadé qu'il en irait de même pour le Phénix. Il voyait mal Sturten supporter un demi elfe gouverner sa chère Cité sur la Mer. Après tout, si les deux rois avaient une chose en commun, c'était bien celle-ci, l'amour inconditionnel qu'ils vouaient à leurs terres respectives.

Thranduil colla son front glacé sur la paroi de verre en le cognant exagérément. Il ferma ses paupières et se maudit. Était-il en train de devenir fou? La perspective de cet enfant le rendait certes soucieux mais le remplissait également d'un intense bonheur. L'ellon se voilait la face en cherchant les problèmes inhérents à cette grossesse car il avait tout simplement peur. Il ne l'avouerait jamais à quiconque ni ne le dirait un jour à voix haute mais, oui, lui le puissant seigneur sinda était pétrifié d'effroi.

Il était particulièrement conscient de la fragilité de la jeune femme et combien une grossesse était un état dangereux pour les humaines. Un grand nombre mourrait en couches... L'ellon ne pourrait s'en remettre s'il devait perdre Ilyrià ou cet enfant. Car oui, ce bébé, il le désirait au-delà même de ce qu'il le pensait encore quelques heures plus tôt. Il le voulait comme l'extension de sa femme et de lui. Cet enfant ne serait qu'à moitié wallen après tout. Peut-être devrait-il d'ailleurs arrêter de dénigrer l'essence même de l'âme qui s'était si étroitement mêlée à la sienne... Et puis il serait aussi en partie elfe. Le Roi ne doutait pas, avec la suffisance qui était la sienne, que cette part serait très certainement la prédominante.

La porte s'ouvrit sans aucun signe de politesse sur la jeune femme qui hantait ses pensées. Les effluves d'embruns qu'elle dégageait vinrent lui chatouiller les narines alors qu'elle se jetait avec avidité sur le plateau abandonné sur la desserte. Il la regarda se jucher sur son bureau sans l'ombre d'un remord envers la bienséance et mordre dans une pâtisserie aussi moelleuse qu'elle. La Wallen croisa les jambes en remontant sa robe sur ses genoux pour éviter que ses mouvements soient entravés. Un soupir de satisfaction s'exhala de sa poitrine et l'ellon tressaillit en voyant sa poitrine se gonfler doucement au rythme de ses respirations. Cruelle tentatrice que cette Sirène aussi douce qu'inconvenante... Le roi alla prendre place derrière ledit bureau en fronçant les sourcils.

-Tu ne devrais pas être là, ma Dame. Pas seule ici à cette heure.

-Mmmm, fit-elle en léchant ses doigts poisseux de crème. Je ne suis pas seule. Il nous faudra revenir tous les deux plus tard pour tout ce qui touche à la bienséance, mon âme... ronronna-t-elle en passant par-dessus la table d'étude, aussi souple que féline.

Elle s'assit à califourchon sur ses genoux avec un sourire de chatte repue: Étant donné la petite elfine qui pousse dans mon ventre aran nîn, même toi, tu ne peux passer pour le modèle de vertu que tu cherches à être...

Elle glissa son index sucré sur les lèvres de Thranduil qui enroula sa langue autour. Ses prunelles givrées luisaient de concupiscence.

-Tu me fais perdre la tête, melleth nîn, soupira le roi en ceinturant un doigt fuselé d'une de ses boucles.

-Mmmmmmmm...

La Wallen pelotonna son visage dans le creux du cou de l'ellon, son petit nez frottant sa clavicule. Il la sentait respirer son parfum à pleins poumons et l'elfe commençait à chanceler sur un terrain plus que glissant. Ses sens reprenaient le dessus sur sa raison. Son envie d'elle, de la prendre là tout de suite... Il était loin d'être sûr de pouvoir y résister. Au contraire, il mourrait d'envie de se perdre en elle et d'oublier pour encore quelques instants les pensées malsaines qu'il avait eu un peu plus tôt.

Il délaça le corselet ocre et le jeta un peu plus loin sur le sol avant de poser sa paume contre le ventre encore plat de sa compagne. Encore une fois, il sentit sous sa peau ce qui l'avait fait douter la nuit précédente pour confirmer ensuite ses soupçons. Les elfes avaient les sens surdéveloppés. Il avait tout d'abord entendu les battements de cœur de la petite pousse sous ses doigts puis avait senti les infimes changements dans le corps de la jeune femme. Il le connaissait tellement bien maintenant. L'elfe aurait pu dessiner les yeux fermés chaque contour de sa voluptueuse silhouette. Le renflement et la dureté de son ventre lui avait aussitôt confirmé ses pensées.

Il prenait doucement la pleine mesure de ce que ce corps lui assurait... Thranduil allait de nouveau être père. Depuis des siècles, il avait abandonné l'idée de donner un frère ou une sœur à son fils et ce, bien avant la mort de son épouse et maintenant, il allait faire de nouveau connaissance avec le fruit d'un amour bien trop dévastateur. Si cet elfing possédait ne serait-ce que la moitié du caractère haut en couleur de sa mère, le roi serait face à un enfant autrement plus difficile que ne l'avait été Legolas! Un sourire fleurit sur ses lèvres qu'il avait d'enfouies dans les cheveux indisciplinés de son amante. La moitié d'un caractère qui serait complété par le sien... Valar! Ils avaient du souci à se faire... L'elfe se sentait fébrile et d'une rare impatience... Soudain, une boule se forma dans son estomac. Il détacha à regret Ilyrià de son torse pour la regarder droit dans les yeux.

-Pourquoi parles-tu d'une elfine, wen nîn? lui demanda-t-il, suspicieux. Comment peux-tu être aussi catégorique à propos d'une chose sur laquelle ni toi ni moi ni personne n'a le moindre pouvoir?

La façon qu'elle eut de se tortiller nerveusement sur lui eut certes le don de lui enflammer les reins mais avant tout de consolider ce qu'il suspectait. Il y avait effectivement anguille sous roche. Sa Wallen lui cachait quelque chose et il n'était pas sûr d'aimer ce qui allait suivre. Il emprisonna son menton alors qu'elle tentait de le fuir du regard et planta son regard polaire dans celui, bicolore, de la jeune femme.

-Réponds-moi, intima-t-il d'une voix qui ne souffrait aucune contradiction.

Elle passa sa petite main dans les longues mèches argentées de son amant et soupira en caressant le fil de sa mâchoire contractée.

-Mo ruin, mon amour... souffla-t-elle en se tordant les mains à présent. Je... Je sais qu'il s'agit d'une fille. Elle planta son regard plus fermement dans les iris de son royal amour. Je peux te dire qu'elle aura de longs cheveux de feu aussi bouclés que les miens, une peau plus laiteuse que l'albâtre et surtout, mo chridhe, qu'elle aura les mêmes magnifiques yeux saphir que son père.

-Mais que racontes-tu, Ilyrià? grinça le roi en lui attrapant les poignets. Il ne voulait pas que son attention soit déviée par ses caresses serpentines.

-Cha, je ne suis pas folle! s'exclama la Wallen en se laissant malmener par les gestes brutaux de l'ellon. Je l'ai vue! Elle m'a aidé à revenir des limbes mo ruin... Elle était là et m'a fait prendre conscience de l'ampleur de mes sentiments à ton égard, de la violence de ce que je ressens pour toi!

La prise de l'elfe se resserra un peu plus sur ses fines articulations sans qu'elle fasse quoi que ce soit pour l'arrêter. Elle comprenait la virulence des sentiments qui déferlaient dans le cœur de l'ellon... la colère, l'incompréhension, l'incrédulité... Toutes ses émotions tourbillonnaient en lui. Comment cela pouvait-il être possible, par Erù?! Il entendait sa voix, il voyait sa jolie bouche bouger mais n'arrivait ou ne voulait pas à saisir ce qu'elle lui racontait.

Tout à coup, un tic de souffrance traversa le minois angoissé d'Ilyrià. Il se rendit compte qu'il lui broyait littéralement les os de ses poignets. Thranduil desserra l'emprise de ses doigts et se crispa devant les rougeurs qui zébraient sa peau dorée. Il caressa les marques de son pouce malgré la colère qui l'étreignait.

-J'étais persuadée qu'il s'agissait d'une Bean Sith, plaida la jeune femme. Je croyais qu'elle m'annonçait ma mort prochaine et je ne voulais pas t'inquiéter...

-Pas m'inquiéter? siffla l'ellon, pour le coup hors de lui. Pas m'inquiéter? Comment as-tu pu seulement me cacher ça?! Qu'il s'agisse de la menace que tu croyais peser sur toi ou de l'enfant?!

Il saisit la Wallen par son séant et la posa sur son bureau en se levant. Il était si puissant à côté d'elle, si petite lilipucienne... L'ellon frappa de son poing sur la table, faisant trembler tout ce qui se trouvait dessus y compris Ilyrià. Elle joignit ses deux mains comme dans une prière.

-N'aurais-tu pas fait la même chose mon amour? N'aurais-tu pas tenté de m'épargner une quelconque douleur si tu en avais eu la possibilité? Sois honnête, Thranduil Oropherion! tempêta-t-elle.

Une moue boudeuse se peignit sur son joli visage congestionné par la colère. Le seigneur se retint de lever les yeux au ciel. Il n'y croyait absolument pas... Rêvait-il ou Ilyrià lui renvoyait-elle sa propre faute au visage?! Il croisa les bras sur sa large poitrine pour éviter d'avoir un geste malencontreux. Valar qu'ils étaient loin de la quiétude de leur nuit dans la grotte... Pourtant, il aurait donné beaucoup de choses pour retrouver cette sérénité. Que devait-il faire? Abandonner cette lutte ou aller au combat? Non, il était un guerrier et ce n'était certainement pas à lui de rendre des comptes.

-Te moques-tu de moi? Tu as eu des semaines pour m'en parler! Des semaines pour me dire que nous allions avoir un enfant! -un éclair traversa son esprit en ébullition- Attends... Si tu pensais à cette Ban...

-Bean sith, précisa la Wallen.

-Peu importe! gronda l'ellon en la fusillant du regard. Si tu pensais qu'il s'agissait de cette Bean Sith, articula-t-il alors qu'elle grimaçait horriblement, comment as-tu su? Comment as-tu su qui elle était en réalité? Notre... notre fille?

Le dernier mot roula plaisamment sur sa langue tout comme la description que lui en avait faite son amante rougissante de colère. Quelque part, sa frustration provenait aussi du fait que la future mère avait eu le loisir d'entre-apercevoir ce que serait leur enfant, d'être près d'elle... Il chassa cet accès de sentimentalisme de son esprit et reporta son regard aiguisé sur l'objet gesticulant de sa colère.

-Cendera me l'a dit! Elle me l'a révélé il y a quelques semaines! Voilà! Es-tu content de toi, satané elfe?!

-Content de moi? rugit Thranduil en l'emprisonnant entre ses bras. Il posa ses mains à plat sur le bureau de chaque côté d'elle et abaissa son visage au niveau du sien. Tu le sais depuis des semaines! Ton amie le sait et personne ne prend la peine de venir m'en faire part! Il me semble pourtant être le premier concerné! Je me sens bafoué!

La jeune femme colla son nez contre le sien.

-Tha mi duilich... je suis désolée mais tu dois comprendre mon amour. Je n'avais jamais pensé avoir la... l'opportunité de porter un enfant, encore moins de toi. Je suis jeune, je ne suis pas de ton peuple qui me déteste soit dit en passant... J'étais perdue mo ruin et plus le temps passait, plus te l'avouer devenait éprouvant.

Thranduil colla son front brûlant à celui de la jeune femme.

-Je te pardonne... Je ne peux faire autrement, lâcha-t-il d'une voix sourde. Tu es mon autre moi. Ton âme et la mienne ne font qu'une et je ne puis vivre sans elle. Je te pardonne... mais n'oublie pas pour autant. Tu dois, toi aussi saisir à quel point je suis en colère contre toi. -alors qu'elle allait répondre, il posa un doigt bagué sur sa bouche- n'as-tu point confiance en moi, melleth nîn? Je suis si... si...

L'ellon ne finit jamais sa phrase. Il fondit sur ses lèvres, la prenant par surprise, ce qui ne l'empêcha pas de répondre à son baiser avec toute la ferveur qu'elle ressentait à son égard. Il la coucha sur son bureau et, d'une main fébrile, retroussa ses jupes. L'urgence, toujours cette indescriptible urgence. Un gémissement de plaisir plaintif égraina la gorge de son amante alors qu'il s'enfonçait au plus profond d'elle en agrippant son sein rond. Voilà bien la seule prise qu'il avait sur Ilyrià et leur destin commun pour le moment.

-Tout ce qu'il désirait... se perdre lui et la retrouver elle.

O0o0o0o0o0o0o0o0o0o0o0o0o0o0o0o

Kentigern,

Le Wallen n'avait pas fermé l'œil de la nuit. Comment aurait-il pu de toutes les façons? Son esprit était bien trop encombré par les décisions qu'il se devait de prendre et plus encore par leurs conséquences. Le colosse se leva une fois de plus du lit confortable et jeta une peau de bête sur ses épaules avant de sortir dans la torpeur du petit matin. Son corps musculeux sillonné par les tatouages d'or et d'argent brillait doucement dans la lumière de l'aurore. D'un geste sûr, il noua ses cheveux en un chignon haut placé sur son crâne avant de lisser sa barbe d'un geste distrait.

L'homme au teint de charbon sourit en saluant le soleil timide. Kentigern était un homme sage et pieux à contrario de la grande majorité de ses congénères. La vie elle-même s'était chargée de lui démontrer son injustice et de quelle manière un enfant innocent pouvait être démonisé sans l'aide des dieux. Heureusement grâce à l'appui des Valar, il avait pu survivre à l'ignominie de sa filiation. Plus d'un conseiller de Sturten, plus d'un Wallen avait pourtant plaidé en faveur de sa mise à mort. N'était-il pas le fils d'un des grands Serpents du Nord couplé à celui d'une esclave harradrim? Que pouvait-on attendre d'une telle engeance?

Les dieux en soient remercié, la Prêta l'avait sauvé de son funeste destin en le soustrayant à la vindicte populace. Le Phénix avait jugé plus sage de le faire élever par des nourrices extérieures à la Grande Tour mais le Cerbère n'était jamais passé inaperçu. Comment l'être quand seule votre peau peut vous trahir de la plus vile des façons? Néanmoins, Kentigern n'était pas amer. Les nombreuses épreuves qu'il avait vécu l'avaient conforté dans sa soif de justice. Il voulait faire oublier cette désastreuse ascendance et finalement s'y était accoutumé... comme il s'était habitué à la profonde solitude qui l'avait toujours entouré.

Tout le monde le craignait autant de par sa constitution hautement plus imposante que les trois quart des siens pourtant solides que par la peur de son aura. Son éther était singulièrement lumineuse et sombre à la fois. Il n'était pas seulement animé par son désir de servir la justice mais avait également une part obscure qui lui dévorait le coeur. Heureusement, sa foi était plus inébranlable encore. Elle l'enveloppait et le confortait dans ses obligations, son devoir, son sacerdoce.

À genoux face au soleil levant, le dos bien droit et paumes vers le haut, le Wallen se mit à prier Elbereth d'une voix chaude et vibrante:

-ô Brillance de la lumière*

Douce beauté

Qui inspire les rêves

Et console les âmes égarées.

Dame,

Très Noble et Parfaite

Toi qui chante dans le rire des jeunes

Et qui réchauffe le coeur des Anciens.

Etoile du matin

Grande Reine,

Devant toi je m'incline,

Verse en mon coeur le Soleil

De ton Divin Sourire,

Rouge de la grande Science qui illumine,

Qu'il emplisse mon âme

Afin qu'elle brûle de ta Royauté Sacrée

Pour mieux te vénérer,

Verse en mon coeur

Ton calice de Souveraineté.

Il se toucha, pour terminer, le front du bout de ses doigts puis la bouche et la poitrine. Kentigern baissa la tête en signe d'humilité et resta quelques minutes dans cette position inconfortable. Toutefois, il s'en moquait. Il avait tant besoin d'aide pour prendre la bonne décision qu'il sentait son âme vriller sur elle-même à la simple idée de se tromper et d'entraîner deux peuples dans le sang et la mort.

S'il se trompait, le malheur et le désespoir s'abattraient sur les Wallens comme les elfes. Le géant noir n'était pas stupide, loin de là. Il se doutait que là était était le but recherché très certainement. Son oncle le Phénix était furieux et ne désirait que voir son ennemi à terre. Il haïssait l'elfe à un point qui défiait toute concurrence. Aussi, Kentigern était persuadé qu'Ilyrià devait couper l'herbe sous le pied de son suzerain et rentrer avec lui à la Cité sur la Mer. Évidemment, s'il avait rendu son jugement en lui laissant la possibilité de rester dans les cavernes de Vert Bois, le roi aurait très certainement suivi ses directives. Or, très certainement n'était pas une garantie suffisante aux yeux du Wallen.

Il devait faire tout ce qui était en son propre pouvoir pour assurer les populations, leurs domaines et par extension, Arda. Car oui, il ne fallait pas douter qu'un tel conflit entraînerait la Terre du Milieu entière dans son sillage. Ainsi servaient les alliances. Kentigern savait fort bien que les Nains seraient du côté des Wallens ainsi que les Cavaliers du Rohan et probablement le Harrad. Les habitants de la Forêt Noire pourraient assurément compter sur les autres clans elfiques de la Lothlorien et d'Imladris ainsi que leurs alliés rôdeurs et gondoriens.

L'homme soupira en se grattant la barbe. Un jeu d'échecs où chaque pièce déplacée entraînait son lot de désagréments. Devait-il sacrifier Ilyrià? Était-elle la pièce à faire tomber au profit des autres ou la reine de cœur à protéger au contraire? Il aimait énormément sa petite cousine mais sa vie n'était que peu de choses comparée aux centaines, milliers qui étaient réellement concernées...

L'intérêt général. Quelle plaie!

Un coup sec frappé à sa porte le tira de ses ablutions matinales. Il alla ouvrir la porte et eut la non surprise de trouver le roi sylvestre. Kentigern n'était effectivement pas étonné. Après son entrevue avec la Sirène, il aurait pensé voir l'elfe bien plus tôt. D'un geste ample, il invita le souverain à s'installer sr le sofa tendu de soie pourpre. Le Wallen, brut de coffre comme beaucoup des siens, admira l'élgance née de l'ellon tandis que ce dernier prenait place. Il s'assit à son tour sur une méridienne, les mains joinste entre ses cuisses puissantes.

Ses yeux vairons si semblables à ceux de la princesse accrochèrent les iris pâles du seigneur des lieux. Il vit un éclair de malaise traverser la glace de son regard qu'il comprit aisément. La ressemblance de ses prunelles avec celles d'Ilyrià était déstabilisante. Il avait pris l'habitude, tout comme la jeune femme, de voir le malaise que cela provoquait chez leurs interlocuteurs. Klaùs s'en moquait éperduement bien évidemment, Anaïsa ne le regardait que très rarement droit dans les yeux, Finnàm et bien... le Ceanar restait le Ceanar et ne faisait montre d'aucun signe de nervosité.

Ils restèrent quelques minutes silencieux à se défier ainsi. Qui prendrait la parole? Qui aurait le dessus sur qui?

Les échecs, toujours les échecs.

Il se décida à avancer son premier pion. Après tout, il connaissait la réputation de l'ellon et comprenait à quel point cette dernière était loin d'être surfaite.

-Vous savez.

-Manan?

-Que j'ai pris ma décision quant à l'avenir de ma cousine en ces lieux.

-Il est de la volonté des Valar qu'Ilyrià reste ici, rétorqua Thranduil avec une pointe de condescendance. Vous même ne pouvez aller contre.

-Je ne sais si la Sirène vous a fait le rapport de notre entretien d'hier...

-Elle ne m'a strictement rien dit. Elle n'a pas eu à le faire.

-Je suis désolé, fit Kentigern de la voix la plus douce qui soit. Il est de mon devoir de protéger l'ensemble de nos peuples. Le fait que l'éther de la Sirène se soit entremêlée à votre, comment dîtes-vous déjà? fëa n'est pas chose recevable malheureusement. Dans d'autres circonstances, j'eusse été heureux pour vous. Une telle imbrication était si improbable, si incroyable que j'aurai été votre premier soutien, monseigneur. Dans d'autres circonstances.

Le souverain se pencha subrepticement vers le Wallen, son beau visage à la peau de porcelaine zébré des rougeurs que lui apportait la contrariété. Le colosse vit ses doigts tordre convulsivement le tissu du divan. L'aura purement colérique et dangereuse de l'ellon ne lui échappait pas mais il n'avait pas le luxe de pouvoir en faire cas. Les pupilles dilatées par la colère qui l'étreignait, le Sinda se renfonça contre le dossier du sofa.

-La situation a changé, dit-il posément d'une voix neutre.

-Depuis cet après-midi? railla le Wallen. Je comprends que vous fassiez ce qui est en votre pouvoir pour...

-Non, vous ne comprenez pas. Dame Ilyrià est enceinte de mes œuvres et il est, vous le comprendrez, hors de questions qu'elle quitte ne serait-ce que d'un pas mon royaume, son domaine.

Un large sourire ourla sur les lèvres charnues du Wallen. Il but une gorgée du thé qui refroidissait devant lui avant de reprendre la parole au bout de quelques minutes d'un assourdissant silence:

-Vous avez entièrement raison a righ Thranduil. La situation a effectivement changé mais il est loin d'être dit que mon Roi se plie à votre point de vue. -l'ellon tiqua légèrement- Cependant... Si je peux douter que les Valar veuille la célébration d'une union hasardeuse sans plus de preuve que les dires d'une petite fille, je ne puis plus le faire alors qu'ils vous offrent le plus précieux des présents.

Il tendit sa main à Thranduil qui, avec un sourire félin, attrapa son avant-bras en une prise puissante. Les yeux dans les yeux, ils se dévisagèrent un instant avec déférence et respect mutuel.

-Cela étant dit, je pense qu'un Cerbère risque de vous être plus qu'utile.

La reine était donc la pièce à sauver. Pour la première fois de sa vie, l'Impartial avait choisi un camp.

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bon alors c'est le coeur lourd que je vous annonce qu'il y a de grandes chances que je mette la fic en pause. Je viens de perdre l'entièreté du prochain chapitre sur lequel j'ai bossé et sué... je ne me sens pas du tout de tout refaire mais alors vraiment pas... :(