Maudite

Rem…Entre sur la pointe des pieds par la petite porte en bas à droite de la page…Désolée pour le retard…

Entre affectation pour ma future classe, recherche d'appartement, voyage…Je n'ai pas vraiment été productive. Et ça risque de durer encore. Je déménage dans les tous prochains jours sans connexion internet le temps que ça se fasse, imaginez l'horreur !

Mais sinon je vous livre ce nouveau chapitre !

On remercie encore acheroniastyx pour ses corrections et conseils mais aussi Demoisel et ma juju^^.

Bienvenu(e ) aux nouvelles et nouveaux ! Surtout à ceux et celles qui prennent le temps de me dire ce qu'ils pensent de ma fic^^

Chapitre 21- La retrouver

Edward POV

Il avait plu toute la nuit ainsi qu'une bonne partie de la matinée, mais nous étions déjà 'sur le pied de guerre' comme aimait à le dire Emmett.

Il n'avait peut-être pas tort…

Nous étions arrivés la nuit dernière et avions rejoint les autres dans la banlieue de Boston. Peter et Charlotte acceptaient de nous accueillir.

A peine les habitants commençaient-ils à se lever et se préparer pour aller travailler que nous sillonnions déjà les rues de Boston en direction du domicile des Rolings. Des nouveaux en tout cas puisqu'une famille du même nom s'était déjà installée là plusieurs années auparavant. Esmée et Carlisle étaient en voiture alors que nous autres marchions. C'était comme si nous avions des fourmis dans les jambes. Nous avions besoin de marcher vers cette maison. Peut-être n'étions-nous que pathétique…

Pathétique toi-même !

Je jetai un œil vers Alice, quelques pas derrière moi, la main dans celle de Jasper. Je lui souris, contrit et elle renifla avec dédain.

« Nous y voilà ! » Applaudit Emmett.

Un passant le regarda avec un air sceptique et accéléra en direction de l'arrêt de bus. Jasper ricana.

« Dans le genre discret. » Confirma Rosalie avec sarcasme.

Je levai les yeux au ciel et leur fis signe vers la maison. Dans mon esprit, je vis Jasper acquiescer et penser à certains signes pour nous répartir autour du domicile. Il se rétracta en sentant mon amusement.

Je me prends au jeu d'Em, que veux-tu ?

Je haussai les épaules.

« Que font-ils? »

Déjà Emmett tendait le cou vers la fenêtre de la cuisine. À travers le rideau, on distinguait parfaitement la silhouette d'une femme aux cheveux courts, approchant la quarantaine. En quelques instants, nous comprîmes qu'elle parlait à quelqu'un. Dans sa tête, je voyais parfaitement le visage du nourrisson. Des joues rondes et rouges de bonheur soulignaient le sourire du bébé. Ses yeux pétillaient déjà d'intelligence et suivaient avec attention les gestes de sa mère adoptive.

« Monsieur Rolings n'est pas là. » Affirma Alice avant de se précipiter vers le trottoir de l'autre côté de la rue. « Vite, elles vont aller au marché ! »

Les autres la rejoignirent rapidement excepté Carlisle qui vint poser une main sur mon épaule.

« Tu risques de l'effrayer. »

« Je veux la voir. J'ai besoin de la voir. »

« Patience, mon fils. » M'intima-t-il.

Madame Rolings prit Alyssa dans ses bras en chantonnant doucement. Alors qu'elle s'affairait à préparer sa fille adoptive, elle ne retenait pas les joies et les espoirs qu'Aly lui apportait par sa présence. Les Rolings avaient perdu deux nouveaux-nés il y avait plusieurs années et après s'en être remis autant que possible, ils avaient décidé d'adopter de jeunes orphelins. Ils avaient gardé contact avec deux d'entre eux uniquement. Le troisième s'étant enfui dès ses seize ans. A présent il était en prison pour vol et homicide involontaire.

J'entendis sa souffrance et la question de Jasper sur mon état.

Lorsqu'Alyssa attira l'attention sur elle en babillant, madame Rolings et moi-même reprîmes immédiatement notre air béat : devant l'enfant et devant celle qui allait devenir encore plus le centre de mon monde.

« Tu as raison, Alyssa, le passé c'est le passé ! » Décréta-t-elle en enfilant son manteau.

Elle garda les yeux posés sur la petite fille et repensa aux circonstances qui l'avaient amenée ici. Ses parents étaient décédés trois mois plus tôt dans un accident de voiture. Alyssa s'en était miraculeusement sortie indemne alors que la voiture et les parents avaient été entièrement défigurés. Son siège auto l'avait épargnée et avait pris tous les chocs.

Alyssa était une miraculée et était chérie comme telle. Surtout qu'après les difficultés qu'ils avaient eues avec Tom, les Rolings s'étaient persuadés qu'ils ne pouvaient plus s'occuper d'enfants. Les arguments de Patrick Bray avaient été convaincants.

Madame Rolings quitta la maison en reprenant sa discussion avec Alyssa, si tant est que l'on puisse parler d'une discussion lorsqu'un adulte réagit aux babillements d'un bébé.

Je battis en retraite pour retrouver le reste de ma 'famille' et nous regardâmes tous dans une direction différente mais excellente pour épier - puisqu'il n'y avait pas d'autres mots - les faits et gestes de la femme.

Je lui emboitai le pas une fois qu'elle eut tourné un peu plus loin. Alice et Jasper coupèrent à travers le parc. Emmett, Rosalie et nos 'parents' me suivirent.

Madame Rolings fit ses courses et papota de-ci, de-là avec les marchands. Ils échangeaient sur le prix de légumes, s'inquiétaient de certaines décisions politiques et s'émerveillaient de plus en plus devant Alyssa.

« Elle a un petit nez mais il est tout mignon. » Une femme âgée s'arrêta pour le toucher.

« Et ton nez on dirait une patate pourrie ! » Grinça Alice.

Une petite fille s'appuya sur le landau pour voir ce qui retenait à ce point l'attention de sa mère : « J'adore leurs petits pieds ».

« Ils sont fétichistes ou quoi ? ! » Questionna Emmett au bout d'une vingtaine de minutes de remarques toutes plus idiotes les unes que les autres.

« Ce n'est pas une tare, Emmett, que d'aimer être entouré de jeunes enfants. » Signala Esmée et je savais que son esprit n'était empli que du désir d'approcher encore plus Alyssa.

« Oui, pardon Esmée. Seulement tu ne pourras pas dire qu'ils ne sont pas ridicules quand même à la fin ! »

« Ce qui est ridicule c'est la voix débile qu'ils prennent pour s'adresser à eux ou à leurs parents. » Décréta Rosalie.

J'étais d'accord. Comment Alyssa réussirait-t-elle à développer une intelligence si on lui parlait comme à une débile ? !

Le reste de la journée s'écoula dans la même veine, excepté le moment du repas. Madame Rolings rentra, prépara le biberon, mais Alyssa le refusa.

« S'il-te-plaît ma puce, il faut que tu manges. »

Elle suppliait en caressant doucement la joue enfantine. Aly s'agita et je sentis le malaise grimper chez Jasper en réponse à celui de la petite fille.

« Qu'est-ce qu'elle a ? » S'inquiéta Emmett avant que je ne puisse poser la question.

Esmée et Carlisle échangèrent un regard et je lus la réponse dans leurs esprits.

« C'est un contrecoup de l'accident. Les nouveaux-nés savent ce qu'il se passe autour d'eux. Edward, est-ce que cela arrive souvent? » Commença Carlisle.

Je me concentrai sur les pensées de la femme et découvris que c'était le cas.

« Alyssa doit associer la nourriture avec quelque chose de traumatisant. Cela passera mais cela peut être dur quelques temps. » Confirma-t-il après ma réponse.

« Mais cela fait trois mois déjà ! » Précisai-je.

« Nous savons que l'esprit humain fonctionne différemment selon les personnes… » Voulut-il expliquer.

« Et puis on sait que Alyzbell ne fait rien comme les autres ! »

Et Emmett était fier de lui avec ce surnom !

L'après-midi fut trop ensoleillée pour que nous puissions rester en plus du risque d'éveiller les soupçons. Nous nous engouffrâmes dans la voiture de Carlisle et retournâmes chez nos hôtes. Ils n'étaient pas rentrés aussi nous nous installâmes dans le grand séjour. Je me postai à la fenêtre alors que les autres se répartissaient dans la pièce. Des remarques de ce que nous avions vu pendant la matinée furent faites. Des projets et plans pour continuer cette surveillance furent proposés. Je n'écoutai rien de cela.

Je préférai m'immobiliser à nouveau et écouter les bruits de la ville un peu plus loin. J'imaginai ce que madame Rolings pouvait prévoir pour une telle après-midi. Pendant la sieste, elle pouvait lire un livre ou faire du ménage. Après, il s'agirait de s'occuper d'Aly en jouant avec elle, en la promenant…Que fait-on d'autre avec un bébé de cinq mois ?

« Comment quelqu'un peut-il s'acharner à ce point sur une personne ? »

Les paroles d'Esmée me ramenèrent à ce qu'il se passait. Un petit tour dans leurs esprits m'apprit qu'ils avaient découvert le nom des parents biologiques d'Alyssa. Ils connaissaient donc les causes de leur décès.

Esmée était à deux doigts de s'emporter et je pouvais la comprendre.

Pourtant, je savais qu'il n'y avait aucun acharnement de qui que ce soit sur les identités d'Alyzbell. Je pris une profonde et inutile inspiration.

« Je ne suis pas sûr que sa mère ait pensé à ce qu'elle se retrouve orpheline aussi violemment dans l'une de ses vies. » Révélai-je.

« Sa mère ? » Toutes les voix fusèrent autour de moi.

« Que veux-tu dire ? » Carlisle parla d'une voix aussi calme que possible pour faire taire les premiers murmures.

Je me pinçai l'arête du nez avant de tout révéler.

« La première mère de celle que nous connaissons comme Lizbell était une sorcière de la Nouvelle-Orléans dans les années 1930. Elle a su que sa fille se ferait tuer la nuit de ses dix-huit ans et lui a jeté un sort : tant qu'elle n'aurait pas trouvé la forme qui lui conviendrait le mieux, elle disparaitrait entre les 13 et 14 Septembre de sa dix-huitième année. Cette femme devait vouloir que sa fille connaisse le bonheur d'être une femme accomplie. »

Le silence régna un instant de plus dans la pièce, laissant à chacun la possibilité d'assimiler la nouvelle.

Puis les pensées fusèrent en tout sens et il me fallut quelques secondes pour m'en isoler.

Nom de dieu !

Une sorcière, rien que ça ? ! Sérieusement c'était si évident ! Ce qu'on peut être idiots !

L'instinct d'une mère peut la pousser à faire tant de choses…

Carlisle m'aida involontairement en posant la question que j'attendais et redoutais à la fois.

« Comment l'idée de la sorcellerie t'est-elle venue ? »

Tous les yeux braqués sur moi je repris en grimaçant.

« Lorsque Lizbell a…disparu, j'ai cru devenir fou. J'étais prêt à tout pour la retrouver et la garder définitivement à mes côtés. » Je croisai le regard de ma 'sœur'. « Alice a dû me voir plus d'une fois au bord du gouffre. »

« J'ai cru devenir folle en même temps que toi. » Approuva-t-elle.

« Je suis désolé, je n'arrivais tout simplement pas à réfléchir au début. Je filai où je sentais un nourrisson. Et je suis arrivé dans l'Oklahoma. » Je me passai une main dans les cheveux. « J'ai eu comme une illumination ce soir-là en entendant cette hystérique et ses paroles « Elle l'a maudite ! Prenez garde, c'était une grande sorcière ! ». Et à côté de cela, des gens chuchotaient à propos de réunions secrètes. Je les ai suivis, ils ont lancé quelques sorts et beaucoup psalmodié. J'ai vraiment cru que j'avais perdu la tête lorsque je me suis rendu compte que je restais. J'ai attendu que celui qui semblait être le chef sorte et c'est là que j'ai vraiment commencé à glisser vers le fond. »

Le silence était pesant dans la pièce. Je n'osai pas croiser un seul regard de peur d'y lire de la rancœur ou du dégoût.

Je me tournai vers la grande fenêtre pour reprendre le fil de mes explications.

« Je l'ai suivi et interrogé sur leurs pratiques. Il a paniqué et j'ai dû l'hypnotiser. C'était comme si je n'avais plus aucun contrôle sur mes actions. Je ne voyais que ce qui m'était promis: retrouver Lizbell. » Me défendis-je.

« Que t'ont-ils apprit exactement ? » Insista Jasper.

Je soupirai.

« Le chef m'a confirmé que la magie existait et qu'ils la pratiquaient depuis des générations, en secret. Par la suite, je suis parvenu à déterminer les familles assez puissantes pour jeter un sort tel que celui avec lequel nous avons à faire. Il en existe peu en fait. Non seulement elles sont pratiquement éteintes aujourd'hui mais en plus leurs membres ont pour la plupart délaissé cet héritage. J'ai fini par parlé de-ci, de-là de ce dont nous avions été témoins. Une vieille femme m'a tout révélé : Aileen était la fille de Charity Eastridge et a été assassinée par un homme de mains d'un adversaire commercial de son père le soir de son dix-huitième anniversaire. Charity aimait tellement sa fille qu'elle refusait un tel destin pour son unique fille. »

« Oh mon dieu ! » Lâcha Alice en posant une main sur sa bouche.

« Aileen Eastridge, donc. » Jasper hocha la tête, méditant.

« Il ne nous faut plus que trouver à quelle forme sa mère pensait lorsqu'elle lui a jeté le sort. » Rappela Rosalie.

« J'ai découvert tout cela en quelques mois, nous sommes à quelques pas d'Alyssa, je suis confiant. » Affirmai-je.

« C'est bien la première fois ! »Se moqua Emmett en frappant mon épaule.

Je savais qu'il se battrait.

Esmée était toujours si compatissante. Je secouai la tête pour la contredire et poursuivre mes révélations.

« Je ne me suis pas battu, Esmée. Je me suis laissé aller à cette frénésie envers ces gens. Je trouvai les participants à ces réunions et tu sais comment je les laissais. Et plus les semaines passaient et plus c'était dur de ne pas craquer. »

Je sentis sa main se poser sur mon épaule et je m'affaissai presque. Je me demandais toujours comment elle pouvait transmettre tant de choses avec ce simple geste; surtout en sachant que j'avais encore pratiquement atteint le point de non-retour deux jours plus tôt !

« Et si on arrêtait de se morfondre sur ces derniers mois, ça serait mieux pour se concentrer sur ce que l'on fait maintenant. » Proposa Emmett comme s'il s'adressait à des imbéciles.

« On ne peut décemment pas rester ici jusqu'à ce qu'Alyssa soit plus âgée. Non seulement, cela risquerait de nous dévoiler aux yeux des humains mais en plus nous n'avons aucune légitimité à demeurer dans les environs. » Acquiesça Carlisle.

« Je ne pars pas. » Affirmai-je.

« Edward, comment comptes-tu expliquer si longtemps le fait que tu ne changes pas physiquement ? » Hésita Rosalie.

« Et que feras-tu ? » Insista Jasper.

« Nous pourrions prévoir de revenir dans les parages de temps en temps… » Commença Carlisle.

« NON ! Je ne pars plus, Carlisle. Je l'ai abandonnée la dernière fois. Je trouverai quoi faire, quoi dire pour justifier ma présence. » M'écriai-je en faisant volte-face.

Je croisai chacun de leur regard cette fois. Il était hors de question qu'ils tentent ne serait-ce que de me faire changer d'avis. Alyssa, la nouvelle identité de celle que j'aimais, était dans cette ville. J'y serais donc jusqu'à ce qu'elle soit assez grande pour décider de ce qu'elle voulait : me voir rester ou partir. En attendant, j'allais apprendre à la connaître en l'observant grandir. J'allais apprendre à comprendre son esprit et ses envies pour être sûr de ne rien rater, de toujours être celui qu'elle voulait que je sois. Je voulais être là lorsqu'elle commencerait à se souvenir de ses vies. Elle avait déjà assez souffert de ses réminiscences pour que, si je pouvais lui épargner plus de douleur, je le fasse. Et seulement lorsqu'elle serait prête je lui révèlerais les raisons de ses identités.

Et puis je n'envisageais même pas de ne pas être à ses côtés tout ce temps : non seulement je la verrais mais en plus j'aurais bien dix-huit ans pour découvrir un moyen de la faire rester. Même si j'avais déjà mon idée…

« Edward… »Soupira Jasper mais Alice l'interrompit, à ma grande surprise.

« Il a raison. Tu as raison, Edward. Tu as beaucoup de choses à faire avant qu'Alyssa ne devienne un vampire. »

« Quoi ? » Ils tournèrent tous la tête vers elle mais Alice se contenta de me regarder dans les yeux.

« Tu dois la protéger d'elle-même,elle est aussi maladroite qu'on en a l'habitude mais tu dois surtout retrouver avec elle ce que vous étiez. De notre côté, on se charge de quitter la région et de crier sur les toits que tu as pris ton indépendance cette fois pour de bon. »

« Ah ouais ? ! On peut ? » Emmett souriait de toutes ses dents et même si je lisais dans ses pensées qu'il n'était pas vraiment « chaud » pour me laisser tout seul, il aimait l'idée qu'on puisse prendre notre indépendance par rapport à la « famille ».

« Alice, pourquoi dis-tu qu'Alyssa… »

« Parce que je viens d'en avoir la vision, Carlisle. Pas maintenant, mais je sens que c'est pour cette vie. On va trouver le moyen de la garder et elle demandera à être transformée. » L'enthousiasme prenait de l'ampleur. « On gardera Bella pour toujours avec nous ! » Finit-elle en venant me serrer dans ses bras.

Alyzbell sera vampire, Edward ! Alyzbell sera vampire !

Elle répéta cette phrase comme un mantra pendant près d'une heure.

Ce fut le répit que nous eûmes : Emmett et Rosalie s'étaient installés dans une chambre à l'étage, Carlisle et moi me cherchions un logement et Jasper s'occupait de mes excuses (papiers, travail…). Esmée nous observait, immobile sur le canapé. Je savais que ses pensées n'étaient pas aussi calmes qu'elle voulait le prétendre. Elle n'aimait pas l'idée que je reste seul, surtout qu'elle aussi voulait pouvoir vivre auprès d'Alyzbell comme les autres l'appelaient. Elle croisa mon regard lorsque je me tournai vers elle.

Tu nous préviendras pour tout, n'est-ce pas ?

J'acquiesçai avec un sourire.

Tu vas nous manquer.

« Vous aussi, Esmée. » Affirmai-je.

Elle hocha la tête, satisfaite.

Et Alice eut sa vision.

J'arrêtai ce que je faisais et suivis en direct le chemin que suivait Patrick Bray pour nous contacter. Il serait bientôt là lorsque la vision s'arrêta.

« Il n'a peur de rien. » Remarqua-t-elle en s'adressant à moi, même si les autres entendaient.

« Que se passe-t-il ? » S'informa Jasper en levant la tête.

« Patrick Bray nous a trouvés. »

Chacun put sentir sa présence alors qu'il remontait la rue.

Tous se retrouvèrent dans le salon et attendirent avec moi que les pas de Bray le mènent à la porte. L'homme prit plusieurs respirations avant d'oser sonner. Ses pensées étaient tournées tant sur sa situation : seul humain parmi sept vampires, que sur ce qui l'amenait : il voulait connaître notre décision quant à Alyssa et ses parents adoptifs.

« Bonjour, je suis Carlisle Cullen, patriarche, comme diraient certains. » Se présenta notre 'père' en ouvrant la porte.

Les deux hommes s'observèrent en silence puis Bray pénétra dans la maison. Il s'immobilisa toutefois sur le seuil du salon j'imagine que voir se dresser six vampires devant soi doit être impressionnant. Du coin de l'œil, je vis Jasper enrouler un bras autour de la taille d'Alice alors que Rosalie suspectait déjà l'homme de tenter de nous vendre à je ne sais qui et s'imaginait le trucider pour éviter quoi que ce soit de fâcheux pour la famille. Elle n'avait peut-être pas tort : il faut protéger notre famille, mais connaissant les pensées et attentes de cet homme envers nous, je savais qu'elle exagérait.

« Patrick Bray, mais j'imagine qu'il vous a déjà tout dit. » Me désigna-t-il du menton.

L'homme reprenait du poil de la bête !

« En effet, Edward nous a parlé de vous, du moins dans la limite de ses connaissances à votre sujet. » Précisa Carlisle.

« Ne me dites pas que vous n'avez pas fait de recherches à mon propos ! » Rit-il.

« Vous n'êtes pas notre priorité mais j'ai bien lancé l'information. Mes contacts me révéleront qui sont vos contacts dans le Sud. » Répondit Jasper.

Bray sourit et nous fixa tour à tour avant de revenir à moi.

« Alyssa Rolings est un bébé, jeune homme, que comptes-tu faire réellement ? »

« Cela ne vous regarde pas. »

« Oh je crois que si ! » S'exclama-t-il avec fierté et je fondis sur ses pensées.

S'il est bien ce qu'on m'a dit, nous trouverons chacun un intérêt à notre collaboration.

« Quelle collaboration ? »

La question m'échappa sans que je contrôle quoi que ce soit. Les autres scrutèrent encore plus notre interlocuteur.

« Comment ? »

Les mots lui manquaient.

« Vous connaissez notre existence, vous avez trouvé qui nous étions, mais vous ne savez pas pour nos pouvoirs ? ! » Ricana Jasper.

Bray fronça les sourcils.

« Je ne pensais pas que ça fonctionnait si bien. » Rectifia-t-il en se détendant.

« Maintenant que nous sommes tous sur la même longueur d'ondes, dites-nous un peu ce que signifie cette 'collaboration' à laquelle vous pensiez. » Exigea Emmett en bombant le torse.

Je retins un sourire pour rester aussi impassible que Carlisle pouvait l'être en permanence, mais c'était difficile lorsqu'Emmett se prenait des airs de caïd.

« Vous avez retrouvé Alyssa Rolings et si j'ai bien compris vous ne souhaitez pas quitter les environs. » Commença-t-il.

Je croisai les bras en attendant la suite.

Bray bomba le torse, croisa mon regard et poursuivit.

« Je peux faire en sorte que vous ne soyez pas ennuyés et puissiez rester. »

« Nous pouvons aussi vous faire cracher le morceau en un claquement de doigts. » Jasper s'agaçait.

Il ressentait à quel point l'homme face à nous préférait jouer avec le feu plutôt que tout nous dire en une seule fois et risquer qu'on l'attaque pour nous en débarrasser.

« Je manque d'yeux pour vérifier la fiabilité des familles d'accueil de la région. »

D'un côté j'étais content qu'il accouche enfin mais de l'autre je m'interrogeais : pourquoi ne m'avait-il pas pris au sérieux lorsque je l'avais menacé moi aussi ? !

« Vous attendez qu'on joue à être vos espions ? » S'enthousiasma Emmett en appuyant ses coudes sur ses genoux pour poser son menton dans ses mains.

Il avait là encore touché le cœur de la question.

« Il ne s'agit pas d'espionnage ! Prenez plutôt cela comme un échange de bons procédés. »

« Qu'est-ce qu'on y gagne exactement ? » Soupçonna Jasper alors que son esprit cherchait les failles et avantages possibles à une telle situation.

Je restai suspendu à leurs esprits et autres paroles. Tout ce qu'ils pouvaient me proposer pour être au plus près d'Alyssa serait bon à prendre.

Et si c'était un piège ?

Comment pourrait-il négocier notre présence et notre manque de vieillissement ?

« Boston et ses environs sont suffisamment grands pour que les personnes qui auraient à faire à vous ne vous voient plus une fois que vous auriez bougé. »

« Nous ne comptons pas partir. » Rappelai-je.

« Mais vous pouvez déménager dans la région et être toujours auprès des Rolings. » Me contredit-il.

Il soutint mon regard et j'avais beau cherché, ses pensées ne trahissaient aucun piège…

« Si je comprends bien, si nous acceptons de travailler pour vous, nous aurons la possibilité de nous installer dans les parages et l'assurance que nos collaborateurs éventuels ne se posent pas de questions à notre sujet puisque nous serions déjà loin avant que cela n'arrive ? »

« Tout à fait. »

« Et ça durerait dix-huit ans minimum ? » Insista Esmée avec scepticisme.

« C'est à voir. Je ne pensais pas que vous auriez besoin de tant de temps. J'imagine que de toute façon à un moment donné, Alyssa se rendra compte des choses… »

« Vous êtes conscient des limites de votre aide. » Confirmai-je ce que tous pensaient.

Nous nous regardâmes tous tour à tour, ignorant pour quelques secondes notre hôte.

« Je n'aime pas l'idée, il nous aura à sa botte et entre ses mains ! »Grogna Rosalie.

« Si nous pouvons aider à nous assurer que de jeunes orphelins soient placés au mieux… »Contra Esmée.

« Nous pourrons toujours aviser lorsqu'Alyzbell connaîtra la vérité. » Affirma Jasper.

« Rose a raison, il nous faut tout de même des garanties. » Soutint Emmett.

J'observai Bray. Il était calme et attendait que nous ayons fini de délibérer. Il ne comprenait pas ce qu'il se disait mais il comprenait que nous discutions de sa proposition.

« S'il parle à notre sujet il perd la confiance de ses amis dans le Sud et il risque de se révéler aux Volturi. » Affirmai-je.

Un dernier regard à la ronde et Carlisle demanda la conclusion.

« Alors nous acceptons sa proposition. »

Jasper acquiesça en premier. Je fus le suivant. Esmée confirma, suivie d'Alice et Rose.

« On doit faire quoi exactement avec les familles ? »

Emmett parla de manière à être entendu par les oreilles humaines.

Bray sourit et se détendit légèrement.

« Vérifier que leurs dossiers soient exacts. Vérifier leurs habitudes. Utiliser vos pouvoirs sur eux pour déterminer s'ils seront de bons parents…Je ne sais pas, profiter d'être ce que vous êtes pour vous assurer que les orphelins trouvent de bons foyers. »

« J'aime l'idée qu'on ait carte blanche ! »Applaudit Emmett.

« Une dernière question : si nous souhaitons arrêter, que se passe-t-il ? » Demanda Carlisle.

« Nous pouvons signer un contrat. Disons que vous me devrez dix ans. »

C'est raisonnable. Il ne demande même pas que nous le fassions tous. Edward, je crois que tu as ton excuse. Conclut Jasper.

« D'accord. Jasper peut établir le contrat. » Acceptai-je en tendant la main à Bray.

« Excellent. »

Trente minutes plus tard, le contrat était rédigé et Bray l'avait signé à ma suite. Il avait bien compris qu'il ne pouvait pas s'attendre à tous nous voir signer !

Patrick Bray quitta la maison en ayant mon numéro de téléphone. Il nous laissait nous trouver un logement mais voulait pouvoir me contacter dès que possible.

Carlisle le raccompagna à la porte puis nous rejoignit au salon.

Le silence dura près d'une heure, pendant laquelle nous restâmes à notre place, scrutant nos visages, émotions, pensées, futurs.

L'alerte e-mail de Jasper retentit et nous fit reprendre 'vie'.

Il se pencha sur son ordinateur et eut un sourire en lisant le contenu du courriel.

« Patrick Bray a vu sa famille se faire décimer par un clan de vampires nomades il y a plusieurs années lorsqu'il habitait encore en Arizona. » Entra-t-il dans le vif du sujet.

Au moins, il était certain d'avoir l'attention de tout le monde.

« Explique-toi. » Exigea Rosalie.

« L'associé de JJ a trouvé le dossier de Patrick Bray et quelques anecdotes croustillantes je dirais. »

Il s'assit face à l'écran et lut ce qui y était inscrit.

« Patrick Bray est né en 1983 à Tucson en Arizona. » Commença-t-il. « Marié en 2004 avec sa petite amie du lycée, ils auront des jumeaux en 2006. En 2010, alors qu'il rentre du travail, un vampire était en train de boire au cou de son dernier jumeau. »

Jasper s'arrêta en entendant les hoquets des filles. Il tentait de se protéger de toutes les émotions qui grandissaient autour de lui mais il avait du mal. Pour l'aider autant que possible, je me forçai au calme. Jazz tourna toute son attention sur moi en sentant que j'y parvenais.

C'est rare quand c'est toi qui m'aides dans ces cas-là.

Il sourit en reprenant le contrôle sur lui-même j'acquiesçai et nous retournâmes tous deux à ce qu'il se passait autour de nous.

Rosalie s'était placée derrière Jasper et lisait par-dessus son épaule.

« Le duo nomade était suivi par d'autres, végétariens. Ils sont arrivés au moment où Bray se jetait à la tête du vampire. Il aurait pu être tué sinon. »

Elle survola la suite, nous résumant ce qu'il s'était passé. Bray avait été remarqué par les Volturi lorsqu'il avait commencé à s'en prendre aux vampires. Les végétariens, Antoine et Clarice, l'avaient fait disparaître en lui donnant les moyens de s'occuper des jeunes orphelins. Depuis, il avait une renommée parmi les responsables des orphelinats et les 'cas désespérés' lui étaient souvent confiés. Il aidait à leur trouver de bons foyers et suivait toujours ces jeunes. Parfois, ils se rendaient encore service.

« L'associé de JJ est presque meilleur que JJ lui-même. » Remarqua Emmett lorsqu'elle eut fini.

« Cela explique qu'il en sache autant sur les vampires. » Réfléchit Carlisle.

« J'imagine qu'on oublie l'idée de partir. » Intervint Rosalie.

Quelques millisecondes suffirent pour que la décision soit prise.

« Nous restons au moins pour voir comment les choses s'organisent. » Confirma Esmée en venant près de moi. « Voyons ce que le temps nous apporte. »

J'acquiesçai et enfin, Peter et Charlotte revinrent. Ils comprirent tout de suite que les choses avaient changé.

« Peut-on aider ? »

Carlisle se chargea de leur expliquer l'affaire alors que je décidai de rejoindre la maison des Rolings.

« N'oublie pas ton portable, Edward. » Me prévint Alice au moment où je passai la porte.

Je le pris et quittai cette fois la maison sans me retourner.

Je marchai parmi les humains, calme, presque attentif à l'architecture.

Pourquoi me presser ? Je savais où trouver Alyssa et même si courir m'aurait valu de passer plus de temps à ses côtés, j'avais besoin de cette lenteur d'escargot pour cibler mes priorités.

D'abord, connaître le pourquoi du comment de cette collaboration avec Bray allait m'aider à mieux me concentrer sur mon unique envie : vivre auprès d'Alyssa.

Ensuite, j'avais les excuses nécessaires pour être certain de rester dans les parages.

Il ne me restait qu'à en profiter.

Alyssa était couchée pendant que ses parents dînaient dans la cuisine. Ils discutaient de leur journée respective et du week-end prévu chez ses parents à lui.

Par la façade arrière, j'atteignis la chambre du bébé. La fenêtre était fermée et des rideaux occultaient la lumière de la lune. Je les poussai et me laissai glisser jusqu'au berceau. En bois clair, empli de peluches dans un coin, le lit était un véritable cocon reflétant la famille qui entourait désormais Alyssa. Je me penchai doucement et observai ses traits. Le visage rond laissait apparaître un nez fin et un air sérieux malgré le sommeil. Ses paupières bougeaient alors qu'elle devait rêver.

Sans vraiment y penser je me concentrai sur ses pensées…Vides.

Je souris, tendant un doigt incertain vers sa joue. Sa peau était douce. J'osai approcher de son crâne et caressai ses cheveux bruns.

Alyssa remua et je vis le moment où ses yeux s'ouvrirent.

Je m'attendais à la voir pleurer mais elle n'en fit rien. Alyssa regarda autour d'elle, son petit cœur battait la chamade dans sa poitrine elle porta enfin son attention sur moi. Je plongeai dans son regard incontestablement noisette. Les pupilles dilatées m'apprirent qu'elle ne voyait pas très clairement dans la pénombre mais elle avait remarqué ma présence. Je souris et approchai une main de son visage. Elle tendit les bras et son poing attrapa l'un de mes doigts. Je sentis comme un ronronnement monter en moi et m'interrompis en pensant à ce que diraient Jasper et Emmett en l'apprenant.

Je ne retins pas mon besoin de la prendre dans mes bras.

« Bonjour Aly. » Murmurai-je.

Ses yeux me scrutaient toujours lorsque son sourire apparut. Elle posa sa main libre sur ma joue et nous restâmes quelques instants ainsi : mon index dans son petit poing, nos regards soudés, un grand sourire sur nos lèvres.

« Tu me reconnais, n'est-ce pas ? »

Peut-être rêvais-je éveillé mais une lueur brilla dans ses pupilles. Il ne fallait pas que je l'interprète comme une réponse mais j'en avais besoin.

Oui, elle me reconnaissait.

Le moment fut interrompu lorsque le vibreur de mon portable me dérangea. Je soupirai, lus le message et me résignai à remettre Aly dans son lit.

Bray avait une mission pour moi.

« Je reviens, c'est promis. »

J'embrassai sa joue et la remis dans le berceau.

Elle retint mon doigt un instant de plus puis je m'échappai par la fenêtre. Avant de quitter les environs, j'entendis madame Rolings venue voir comment dormait sa fillette.

« Et bien, Aly, tu ne dors pas ? »

Encore merci de me suivre.

Au plaisir.

Bisous Spuffy