Maudite
Bonsoir, bonsoir
Voici un nouveau chapitre ! Pardon mais la semaine a passé vite et je ne suis pas sûre d'avoir répondu à toutes vos supers reviews !
Il n'empêche que je les ai adorées. Et rassurez-vous Bella me manque aussi^^
Merci à acheroniastyx et ma juju !
Bonne lecture,
Chapitre 23-Elle grandit (suite)
Je sentis leur présence avant même d'avoir atteint la maison. Je ralentis le pas au point d'être devenu un escargot mais c'était pour mieux prendre un air calme et avenant.
Mes efforts furent récompensés lorsque Jasper croisa mon regard avec un sourire plein de fierté je hochai la tête dans sa direction et continuai mon chemin jusqu'au salon.
« A quelques minutes près, vous arriviez en même temps. » Sourit Esmée en me faisant signe d'avancer.
« Bonjour Edward. »
« Eléazar. Carmen. » Saluai-je d'un signe de tête. « Irina, Kate, Tanya, bienvenus.» Poursuivis-je en croisant chacun de leur regard.
Autant montrer tout de suite que je ne comptais pas reproduire le schéma de l'époque en l'évitant. La surprise se lut sur son visage en même temps qu'elle m'interrogeait par la pensée sur mon 'nouveau courage'. Je soutins son regard un instant de plus, signifiant par là que nous pourrions en parler plus tard. Elle acquiesça et nous revînmes tous les deux à ce qui se disait alentour.
Chacun prenait des nouvelles des uns et des autres, j'entendis même parler des Volturi et de leur nouvelle lubie. Apparemment, Caïus avait convaincu ses frères d'aller guerroyer en Asie où un autre vampire puissant commençait à prendre beaucoup de pouvoir sur les vampires de sa région.
« Le plus drôle c'est que ce n'est pas un vampire mais une vampire ! » Révélait Kate lorsque je repris le fil de la conversation.
« Sérieux ? ! »
Emmett appuya sa tête dans ses mains, les coudes sur les genoux. Ses pupilles, plus tout à fait dorées par la faim qui commençait à se réveiller, brillaient de malice.
« Absolument ! »
« Elle semble être plus âgée qu'Eléazar. » Compléta Carmen.
« Et pourquoi n'entend-on parler d'elle que maintenant ? » S'intéressa Jasper.
« Son prédécesseur a été tué récemment et elle ne veut pas mener la même conduite que lui : à savoir suivre les directives des Volturi. »
« Génial ! Une guerre civile ! » Grimaça Rosalie.
« Voici donc la vraie raison de votre venue ici. » Intervins-je.
Tous les regards se posèrent sur moi avec plus ou moins d'animosité.
« De quoi parles-tu ? » Questionna Eléazar.
« Edward. » Prévint Carlisle mais je l'ignorais.
J'avançai dans la pièce et Jasper me compara à un membre rebelle d'une armée. Tant pis !
« Je m'interrogeai simplement sur votre venue ici, après cinq ans, sous prétexte d'être curieux pour Alyssa. »
« Qui ça ? »
« La nouvelle identité de Bella. » Commença Carlisle en se plaçant à mes côtés, mais j'avais la sensation que c'était plus pour parer à tous mes gestes plutôt qu'à un soutien.
« Nous sommes curieux… »
« Surtout que tu te transformes en pédophile ! »
Tanya coupa la parole à Eléazar. Je fis volte-face et si Carlisle n'avait pas été à mes côtés, je lui aurais sauté dessus.
« C'est comme ça que tu me vois ? ! »
« Voyons ! Tu crois qu'on ne sait pas d'où tu es arrivé ? ! Une enfant, Edward ! Même pour toi, c'est un geste impardonnable ! »
« Tanya ! Edward ! »
Carmen et Esmée étaient entre nous, à présent.
« Tu ne peux pas imaginer ce que c'est que d'attendre que cette enfant que je vois grandir devienne celle que j'aimerai pour la fin des temps ! »
« Alors tu te soulages sur une gosse ! »
« Quoi ? ! »
Plusieurs voix firent échos à la mienne jusqu'à ce que je réalise le sens dans lequel Tanya avait interprété mes paroles.
« Je…Tu sais parfaitement que ce n'est pas de cela dont il s'agit ! »
« Après tout, aucune idée ! Tu m'as bien baisée puis délaissée sans te retourner ! »
« Là, ça devient carrément une guerre ouverte. » S'exclama Emmett et j'ignorais si Rose lui avait donné la claque qu'il méritait.
Je me concentrai sur celle qui me faisait face. Nous avions fait une erreur et elle osait lancer de telles rumeurs sur moi ? J'aurais autant préféré qu'elle dénigre mes performances sexuelles !
Le calme qui s'installa dans la pièce n'avait rien de naturel et j'aurais pu me retourner contre Jasper si je n'avais pas connu ses intentions.
Ce n'est pas le moment de se battre. Vous pouvez en parler sans nous mener à une guerre. Nos deux clans sont trop proches.
Je grognai à son encontre toutefois.
Je sais, je rêve aussi de lui arracher sa sale tête de mioche mais ça ferait franchement mauvais genre.
Je levai les yeux au ciel.
Mauvais genre ? Et lui refaire au carré sa sale tête à lui, ça ferait quoi ? !
Respire un bon coup. Se contenta-t-il de penser en ayant sûrement senti mon changement d'humeur à son encontre.
« Nous connaissons tous Edward. Vous n'avez pas rencontré Bella mais vous avez vu l'état dans lequel il était à sa disparition. Nous avons eu la chance qu'elle ne soit 'que' maudite et contrainte à se ressusciter. » Carlisle utilisait le calme qu'insufflait Jasper pour parler. Il mima les guillemets aussi. « Aujourd'hui, nous avons la possibilité de la voir grandir et devenir, nous espérons, l'une des membres de notre famille. Edward a fait le choix de la suivre de près et tant que nous ne détectons aucune mauvaise réaction d'Alyssa envers lui, pourquoi empêcher cela ? » Il se tourna vers moi pour donner encore plus de poids à ses propos. « Nous voulons tous le bonheur de celle que nous appelons Alyzbell. Il est hors de questions qu'un problème entre vous deux se répercute sur Alyssa ou nos familles. Réglez cela entre vous ou ignorez-vous, peu importe. Nos deux clans sont trop proches pour imaginer perdre ce que nous sommes à cause d'une rancœur comme celle-ci. » A la fin de sa phrase il fit passer son regard de Tanya à moi et inversement.
« Nous connaissons Edward et il est certain que si une chose telle que supposait Tanya tout à l'heure existait en lui, vous seriez plusieurs à l'avoir déjà détectée. Tanya, je te prierai donc d'utiliser d'autres arguments si vous aviez à vous disputer à nouveau. Quant à toi, Edward, tu dois cependant comprendre que ton comportement envers ma 'fille' ne fut pas l'un des plus chevaleresques qui soit. » Intervint Eléazar.
Balle au centre ! S'écria Emmett dans ma tête.
Je croisai et soutins le regard de Tanya. Elle était toujours aussi vindicative mais elle savait devoir faire profil bas devant les autres.
« Pardonne mes paroles, Edward, elles ont…Quelque peu dépassé mes pensées. »
Je n'aurais pas pu avoir mieux et j'en avais conscience.
« Tu avais d'excellentes raisons de m'en vouloir. »
Dans ses prunelles, je lus ce que j'entendis dans ses pensées elle n'en avait pas fini et son séjour ici était le moment idéal, d'après elle.
Dommage qu'on ne puisse pas s'attendre à une accolade de réconciliation…Pensa Kate avant de croiser mon regard. Oups, tu n'as qu'à pas fouiner par ici !
Je détournai le regard mais vis tout de même le sourire moqueur qu'elle arborait.
« Avant d'en arriver là, en effet, nous sommes aussi venus pour convenir avec vous d'une approche quant au conflit qui se prépare en Eurasie. »Affirma Carmen après s'être raclée la gorge.
Carlisle me lança un regard en coin comme s'il évaluait ma réaction. Je baissai les yeux et il s'assit dans un fauteuil face à son ami de longue date.
« Que penses-tu que cela induira pour nous ? » Commença-t-il et je quittai la pièce, suivi d'Alice.
« Elle lui bottera son petit cul de blonde décolorée. » Murmura-t-elle en m'accompagnant jusque dans ma chambre.
« Qui ? » Demandai-je sans vraiment être sûr de vouloir connaître sa réponse.
Tout ce que je voulais c'était que ce maudit soleil s'éloigne, me permettant ainsi de suivre Alyssa.
« Aly à Tanya. »
« Alice… »
« Je te jure ! Tu veux la vision ou tu voudras la surprise ? »
Elle n'attendit pas ma réponse.
Son regard se voila et mon esprit fut envahi de la vision d'Alyssa, jeune femme, en train de se crêper littéralement le chignon avec Tanya. Je voyais la violence de leurs gestes et le regard de la Denali était plus virulent que jamais. Je sentis que je faisais un pas comme pour intervenir mais je réalisai que je ne pouvais pas puisque ça ne se passait que dans ma tête.
Alice et moi sortîmes ensemble de ce futur bien tentant. Elle avait un sourire presque machiavélique alors que je frissonnais quelque peu à l'idée d'un combat entre Alyssa et Tanya. Comment en arriveraient-elles là ? Comment Alyssa pourrait-elle d'ailleurs ne serait-ce que parvenir à la capacité de se battre contre un vampire ?
Comme si ma 'sœur' lisait en moi comme dans un livre ouvert, elle acquiesça et je vis ses paroles se former dans son esprit à la seconde où elle commençait à les prononcer.
« Alyssa va définitivement devenir un vampire ! »
« Et on aura droit à quoi de si réjouissant ? » Emmett se mêla de la conversation en nous rejoignant.
« Aha ! Surprise, surprise ! » Lança Alice en dansant vers sa chambre.
« Mais encore ? » Insista Emmett en baissant d'un ton.
« Alyssa et Tanya en viendront aux mains. »
« Oh chouette ! Je lance les paris ! »
Et il dévala les marches jusqu'au rez-de-chaussée, accourant vers Jasper, quelques billets en mains.
De mon côté, je fermai ma porte et levai les yeux sur la pièce dans laquelle je faisais en sorte de ne pas passer trop de temps. Non pas que ma chambre soit le lieu de souvenirs douloureux mais l'absence que je ressentais au fond de moi semblait toujours s'amplifier chaque fois que je me trouvais là trop longtemps.
Pourtant il n'y avait rien qui puisse me rappeler Lizbell excepté une peluche à laquelle je savais qu'elle tenait.
Peut-être était-ce là le problème, justement ? Je n'en savais rien et sachant que j'avais le loisir de la voir grandir non loin, je me refusais à refaire de ma chambre un lieu dédié à sa mémoire. Ca aurait été comme si je l'avais perdue et je savais que ce n'était pas le cas. Le temps qui nous rapprocherait était encore long à traverser mais au bout du compte nous y parviendrions. C'était ce que je retenais des quelques visions que pouvait avoir Alice…
Je traversai la pièce jusqu'à mon dressing, préparai de quoi m'habiller et entrai sous la douche, le tout en moins de temps qu'il n'en faut pour le dire.
En bas, j'entendais les conversations mais le bruit de l'eau me cachait le sens exact des propos émis et je lui en étais reconnaissant. C'était un peu comme si j'avais alors la chance de me perdre dans l'oubli que m'offrait l'isolement.
Une solitude que j'accueillais avec un soupir de soulagement dès qu'elle se montrait. En réalité, c'était bien pendant ces courts instants que je pouvais me laisser aller à mes réels sentiments entre abattement profond de devoir attendre pour être auprès de celle que j'aimais, et sérénité à l'idée de bientôt retrouver Alyssa.
Je penchai la tête en arrière sous le jet, laissant les gouttes glisser sur mon visage jusque dans mon cou. Les mains posées à plat contre la paroi, je restai un peu plus longtemps que nécessaire, savourant le simple fait de sentir mes émotions se batailler librement au fond de moi, au contraire des heures passées avec le reste de ma famille.
Je n'étais pas idiot au point de croire qu'ils ne savaient pas que je cachais ce que je ressentais vraiment, mais j'étais certain qu'ils n'étaient pas sûrs de ce qu'il se passait réellement en moi. Ce n'était pas pour rien que plus un seul projet n'était fait pour notre famille tant qu'Alyssa n'aurait pas donné sa décision nous concernant !
C'était là le mur auquel je me heurtais sans cesse : Alice assurait qu'Aly serait un vampire appartenant à notre famille, Aly avait encore réclamé ma présence la veille au soir mais je savais que beaucoup d'obstacles allaient se dresser entre nous tels qu'ils l'avaient fait avec Liz. Et même si les choses s'étaient arrangées au dernier moment avec elle, rien ne m'assurait qu'Alyssa serait dans les mêmes conditions qu'à la fin de sa vie sous forme d'Elizabeth.
C'était bien ce qui m'effrayait et me faisait tant aimer et souffrir de nos retrouvailles nocturnes.
Finalement, je sortis de la douche en réalisant que le vide dans ma chambre représentait peut-être bien le vide que je ressentais au fond de moi à force d'être suspendu à la décision de celle que je voulais penser comme mon avenir.
« Bon sang ! On a l'impression d'avoir changé d'univers ! » S'exclama Tanya alors que je quittai ma salle de bain.
« Que fais-tu là ? »
Je me précipitai sur la peluche qu'elle approchait.
Elle me jeta un regard de biais et un sourire carnassier avant de hausser les épaules.
« Les autres sont partis en ville alors j'ai pensé que ça serait le moment idéal pour reprendre notre conversation où nous l'avions laissée. »
« Je crois avoir très bien saisi ce que tu pensais de moi, Tanya, je te remercie. »
« D'accord, tu as saisi mais moi je refuse d'être traitée comme tu l'as fait avec moi ! »
Elle attrapa mon coude pour me forcer à m'intéresser à elle.
Je me dégageai d'un geste et la foudroyai du regard.
« Je crois que de toute façon, c'était aussi ce que tu voulais. Un coup d'un soir et on passe à autre chose. » Lâchai-je avec toute la hargne que je pouvais ressentir pour ces heures d'égarement.
« Tu me crois donc si frivole ? »
Elle commença à faire les cent pas entre la fenêtre et le piano.
« Tu savais que j'étais mal dans ma peau et sûrement pas prêt à entamer une quelconque relation avec toi. Tu m'as cependant tant et si bien séduit que j'ai fait la plus monumentale erreur de toute mon existence ! Alors pardonne-moi de douter de tes mœurs, Tanya Denali. »
« Tu oublies une chose, Edward : ce que je veux, je l'obtiens. »
Dans ses prunelles, je lisais à quel point elle rêvait de recommencer l'expérience. J'allai ouvrir la porte.
« Pas cette fois, Tanya et tu le sais. »
« Tout ça pour une petite humaine que tu verras mourir à nouveau, Edward. Tu es pathétique ! A ton âge tu devrais savoir quand te retirer du jeu. »
« Ce n'est pas un jeu mais la vie de celle que j'aime et crois-moi, je ne la laisserai pas mourir. S'il y a bien une chose dont je suis sûr c'est que sa présence à mes côtés durera éternellement. »
Elle ricana et approcha d'un pas prédateur.
« Et si elle n'est pas à tes côtés ? »
« Alors j'attendrai toutes ses nouvelles identités pour enfin la garder. » Dis-je avec ferveur.
« Tu ressembles à un fanatique. »
Elle quitta la chambre sans un mot de plus, la tête haute et les prunelles lançant des éclairs.
Je la laissai passer et refermai ma porte avec plus de forces que nécessaire.
J'avais faim.
OoOoOoOoOo
Les années qui suivirent la venue des Denali furent plus que mouvementées.
D'abord, Tanya et moi nous détestions encore plus qu'auparavant et les quelques nouvelles rencontres étaient le moyen pour Emmett et Jasper de faire de nouveaux paris sur notre comportement respectif. De mon côté, je l'ignorais alors qu'elle me lançait autant d'insanités que possible sous couvert de vanter mes qualités. Les autres désespéraient. J'étais même étonné qu'ils n'agissent pas plus que cela contre nos 'enfantillages' comme le pensait Irina.
Ensuite, les Volturi avaient lancé un appel aux vampires plus ou moins sous leur coupe afin de lever une armée contre la vampire qui osait leur opposer son pouvoir. Carlisle et Eléazar étaient parvenus à nous éviter des combats mais nous avions suivi l'affaire de près pour nous rendre compte que cette vampire était puissante et allait obtenir gain de cause et gouverner les vampires sur son territoire. Alice prévoyait qu'elle ne tenterait d'étendre son terrain que d'ici à une cinquantaine d'années afin de laisser les choses se tasser quelque peu.
Enfin, Alyssa était entrée dans l'adolescence et je devais avouer que nos rapports avaient évolué. Je n'étais plus ni l'ami imaginaire ni le grand frère mais quelque chose entre le confident et premier petit ami. Il n'y avait rien d'intime et j'interdisais totalement tout rapprochement dépassant le simple fait de se tenir la main. Après tout, j'avais l'âge humain d'un adolescent de dix-sept ans et Alyssa n'avait pas encore quinze ans. Dès la rentrée, elle passerait en première année de lycée avec un an d'avance et nous aurions l'occasion de nous y voir puisque ma famille et moi nous installions officiellement à Boston, nous inscrivant ainsi au lycée dont elle dépendait.
« Vive les vacances ! »
L'exclamation à moitié étouffée d'Alyssa me fit revenir à ce que je faisais : franchir sa fenêtre de chambre au soir de la fin des cours.
« J'en ai entendu parler. » Souris-je.
« J'en ai entendu parler ? ! » Tenta-t-elle de m'imiter. « C'est tout ce que tu trouves à dire ? ! Bon sang, Edward, parfois, je me demande d'où tu viens ! »
« De quelque part entre rêve et réalité, certainement. »
« Tu te fiches de moi ? »
« Je n'oserai jamais. »
Elle ouvrit des yeux exorbités avant de se précipiter sur moi, poings en avant. Je ris en emprisonnant ses poignets dans mes mains, l'attirant inexorablement vers moi. Ses bras dans le dos, elle ruait toujours.
« Je te hais, Edward Cullen ! De quel droit tu te moques de moi, simple et pauvre humaine sous ton charme ? »
Je fis mine de réfléchir, ce qui me valut un coup de genou plutôt vicieux. Je fronçai les sourcils et l'immobilisai.
« Si tu étais vraiment sous mon charme tu serais bien plus docile. » Finis-je par déclarer avec une voix d'outre-tombe.
« Do…Espèce de sale goujat de mes deux ! » S'emporta-t-elle en se débattant comme une forcenée.
Je ris, la jetai sur mon épaule comme un vulgaire sac à patates et la balançai sur son lit à trois pas de là. Ses longs cheveux auburn s'étendirent tranquillement autour d'elle avant qu'elle ne s'ébroue littéralement et sorte les griffes.
Je me fis docile pour la laisser m'attraper les avant-bras afin de me faire chuter près d'elle. En un autre mouvement que je devais lui reconnaître comme étant agile, elle était couchée sur moi, son visage à deux centimètres du mien, ses doigts enroulés autour de mes poignets.
« Aha ! » Triompha-t-elle avant de s'étrangler d'un hoquet de stupeur lorsque je renversai notre position.
« Aha ! » L'imitai-je en déposant un baiser sur son front, déviant à la dernière seconde de ses lèvres.
Je n'avais jamais dit que je n'étais pas toujours à deux doigts d'oublier mes principes et d'approfondir notre relation !
« Bonjour à toi aussi, Alyssa. » Prononçai-je avec calme.
« Pff ! » Fut sa réponse.
Je ris tout en la libérant, allant m'installer sur son fauteuil de bureau comme à mon habitude.
« Alors, cette dernière journée de cours au collège ? »
« L'enfer ! Mais j'en suis sortie indemne. » Fit-elle avec fierté et une lueur d'amusement dans ses prunelles marron.
« Et combien de pauvres cadavres innocents as-tu laissé derrière toi ? »
« Cadavre ? Tu es gore ! C'est toi le vampire, je te rappelle ! »
« Dit celle qui se réincarne et me torture de son mieux dès que l'on se voit. » Affirmai-je en posant une main à l'emplacement de mon cœur.
« Bah voyons ! Tu devrais faire appel à la section pour vampires battus. »
Elle s'installa, les jambes en papillon, les mains sur ses chevilles.
« Je l'envisage de plus en plus. »
Elle leva les yeux au ciel sans dire un mot.
Je la contemplai à la lueur de la Lune qui se levait, si affermie et affirmée. On était bien loin de Bella, tout de même sur certains côtés.
« Tu ne devineras jamais qui m'a demandé de sortir. »
Je me crispai mais parvins à conserver un air complice.
« Laisse-moi deviner. Ce grand abruti fini de David ? »
J'étais fier de moi : ma voix n'avait presque pas trahi l'envie soudaine que j'avais de goûter du sang humain à nouveau.
« Essaie encore ! » S'amusa-t-elle en ne cachant pas le plaisir qu'elle avait à me torturer ainsi.
Finalement, je n'étais pas si bon acteur que ça !
« Ne me dis pas qu'il s'agit de Peter ? »
« Tu es mort ! »
« Quoi ? Je n'avais que deux chances ? »
« Oui, parce que je suis trop pressée de te le dire. »
Elle se leva et vint s'asseoir d'une fesse sur son bureau, son regard brillait de malice.
« Je t'écoute. » Suppliai-je.
« Anita ! »
« Sérieux ? »
« Oui. Bon, je n'ai rien contre l'homosexualité mais je ne pensais pas qu'on pourrait me croire…de ce bord-là. »
Et bien sûr, je sentis son assurance vaciller. Je me levai et posai les mains sur ses épaules.
Je pris son menton entre deux doigts pour la faire me regarder.
« D'un côté, c'est flatteur, tu ne trouves pas ? »
« Moui, peut-être… » Grimaça-t-elle.
« Mais je peux te promettre que pas un garçon n'hésitera à te conquérir dès qu'il en aura l'occasion. »
Ma voix avait été plus fervente et rauque que je ne l'aurais voulue. Alyssa garda ses yeux braqués dans les miens et je m'y perdis avec délice. Je sentis sa main glisser sur la mienne et remonter le long de mon bras. Des frissons nous parcoururent alors que ses lèvres s'entrouvraient sur une respiration de plus en plus hachée.
Avant que sa main n'atteigne mon visage et me pousse à céder à la tentation qu'elle représentait, je m'écartai en me raclant la gorge.
« Qu'as-tu répondu à Anita ? »
Alyssa garda le silence un instant de plus puis elle sembla revenir à la réalité.
« Que c'était gentil mais que j'avais quelqu'un d'autre en tête. »
Son regard éloquent raviva la tentation de la prendre dans mes bras. Je détournai le mien en hochant la tête d'un air satisfait.
« La pauvre fille, j'espère que tu n'étais pas la première à qui elle révélait ses envies, sinon tu pourrais bien être la cause de son futur mal-être. »
« Anita a bien assez confiance en elle pour ne pas souffrir d'un refus et puis ce n'est pas comme si j'étais lesbienne et la refusais pour une autre fille. »
« Tu as peut-être raison, oui. »
Je me passai une main dans les cheveux.
« Et ta journée ? » S'enthousiasma-t-elle avec un sourire.
« Eprouvante. Emmett a trouvé un nouveau moyen de nous rendre dingue : il utilise tous les trucs de farces et attrapes qu'il trouve et les installe partout et en plusieurs exemplaires. »
« Il n'a pas déjà fait ça une fois ? »
« Si, le coup du seau d'eau ou du coussin péteur, des dizaines de fois ! » Je me tournai vers elle. « Mais cette fois, il les a tous pris et disposés de manière à créer une réaction en chaîne. On est tombé deux ou trois fois sur des trucs de ce genre jusqu'à ce que Rose parvienne à le forcer à tout défaire. »
Et je lui en étais reconnaissant parce que ça devenait lassant de se faire attaquer à tous les coins de la maison.
« Combien de temps tu crois qu'elle va encore fonctionner la menace d'abstinence sexuelle ? » Sourit-elle en comprenant ce que je n'avais pas dit.
« Va savoir ! Quelque chose me dit qu'on a encore le temps que tu me traites de goujat quelques dizaines de milliers d'années. »
Je secouai la tête à cette référence de notre quotidien.
Et avant de réaliser véritablement ce qu'il se passait, j'entendis le cri d'Alyssa puis son silence assourdissant. Je me tournai vers elle pour la trouver immobile, les yeux exorbités fixés sur moi. Je ne lisais rien dans son esprit mais ses prunelles me confirmaient qu'elle avait derrière les paupières un spectacle d'une horreur indicible.
Je me précipitai sur elle en entendant déjà les pas de Margaret dans les escaliers.
« Alyssa, de quoi est-ce que tu te souviens ? » Dis-je dans quelque chose d'un peu plus fort qu'un murmure.
Je n'eus pas de réponses et dus plutôt me cacher.
« Alyssa, ma chérie, que se passe-t-il ? » Demanda sa mère en entrant.
Elle se figea devant le spectacle qu'offrait sa fille. Celle-ci tourna lentement la tête vers sa mère et, caché dans mon coin, je la vis tressaillir d'effroi en se laissant glisser au sol, les larmes roulant sur ses joues.
Que pouvait-elle bien avoir revécu ?
Je bouillonnai d'émotions intenses de ne pas pouvoir l'approcher. Les pensées angoissées de Margaret ne m'aidaient pas non plus à réfléchir. Cependant, aussi immobile que possible dans ce recoin qu'Aly avait créé avec le paravent aux couleurs de New York et autres babioles, je laissai mon esprit vagabonder, imaginant tout un tas de choses avant que l'évidence ne me vienne.
Alyzbell n'avait jamais eu de réactions si violentes alors qu'elle se souvenait d'événements de ses vies passées. A part peut-être lorsqu'elle avait compris pour son assassinat. Je reportai mon regard sur elle, souhaitant tellement effacer ce qu'il s'était passé ce soir-là dans sa chambre à Green Bay. Elle venait de me voir la violer. Pas étonnant qu'elle se soit réfugiée dans ce silence !
« Margaret ? Alyssa ? »
Chase rentrait du travail et trouvait étonnant de ne pas en voir au moins une au rez-de-chaussée.
« Dans…Dans sa chambre ! » Prévint Margaret en ne détachant pas son regard du visage de sa fille.
Il frappa à la porte mais comme elle n'était pas enclenchée, celle-ci s'ouvrit et il embrassa la situation d'un regard.
« Bon sang, qu'est-ce qu'elle a ? ! »
« Je ne sais pas, je l'ai entendue crier et puis je l'ai trouvée comme ça. Chase, ça va faire une heure et elle n'a eu aucune réaction… »
« Elle s'est cognée ? »
« Non ! Enfin je ne sais pas. Elle était assise sur son bureau et lorsque je suis rentrée, elle s'est laissé glisser au sol en pleurant en silence. J'ai peur, tu sais, peut-être qu'elle s'est souvenue de quelque chose avec ses parents et…Chase, je ne veux pas la perdre… »
« Ca ne risque pas, ma chérie. As-tu appelé le médecin ? »
« Non. Mon dieu, je n'y ai même pas pensé ! »
« Ce n'est rien, tu l'as veillée, c'est déjà beaucoup. »
Chase quitta la pièce pour appeler leur médecin traitant. Son esprit était empli d'interrogations mais il faisait tout pour ne pas effrayer plus sa femme.
Seigneur, faites qu'elles s'en remettent ! Pria-t-il en voyant les deux femmes de sa vie aussi pâle l'une que l'autre.
Amen !
POV Alyssa
Je lui faisais confiance depuis si longtemps que j'en avais oublié la douleur de son geste. Cela m'avait terrassée alors que nous discutions comme d'habitude, conscients des tensions sexuelles qui régnaient entre nous. Dès que j'avais été assez mûre pour réaliser ce qu'il se passait réellement entre Edward et moi, j'avais toujours attendu plus de nos rencontres. Et nos jeux en étaient le reflet.
Mais ce soir-là, j'avais revécu la sensation de ses mains exigeantes sur mon corps, celle de son regard noir de haine et de vengeance. Les images défilaient dans ma tête en même temps qu'il disparaissait à la vue de ma mère et que cette dernière faisait tout pour me ramener.
Je n'en étais pas encore capable.
J'avais besoin d'un temps plus long pour assimiler ce qu'Edward avait fait.
J'avais conscience d'être allongée dans mon lit, la main de ma mère sur mon bras, sa voix apaisante et pourtant paniquée m'appelait.
« Aly, ma puce, tu m'entends ? »
Et pourtant, je n'arrivais pas à me défaire de ces souvenirs. J'étais assaillie de toutes parts : les Cullen et Paul, je voyais aussi des émotions passer sur mon propre visage, il y avait ces murs qui s'épaississaient en même temps qu'ils se délitaient.
Et les propos de ma mère. La mère d'Aileen, un soir où nous rentrions d'une soirée chez des amis, avait prononcé des paroles qui s'étaient inscrites dans mon inconscient :
« Tu auras beau avoir reconnu celui dont tu as besoin ma chérie, les choses ne seront pas faciles mais vous vaincrez le temps et les murs entre vous. » Elle avait souri et pris mes mains dans les siennes. « Je te promets que ce sera pour le meilleur. »
J'ouvris brusquement les yeux. Tout m'était revenu.
Comment Aly réagira-t-elle ?
Et que pensez-vous de Tanya ?
Merci encore pour votre soutien.
A très vite,
Bisous Spuffy
