Bonjour, bonjour! Après ce très long chapitre, en voilà un quand même plus court... Chapitre transitionnel qui, je l'espère, sera à votre goût!^^ Merci de continuer à suivre cette histoire qui me tient tellement à coeur!
Julifanfic: Lady au caramel, tu es un vrai rayon de soleil! Même malade, tu es là! et surtout pour un tel pavé! je te fais de gros bisous particulièrement doux avec ta grippe et croise les doigts pour tous te projets! Tu mérites le meilleur!
Virginie: merci de continuer ta lecture! J'espère que la suite te plaira tout autant!
LegolasKili: oui je veux bien croire que tu aies eu cette impression! Mais heureuse, tu le sais, que tu l'aies aimé! Et que ça a été bon! des bisous!
Eryniel: je suis toujours très heureuse que cela continue de te provoquer un tel engouement, tu le sais! Bisous.
KaraPassoan: encore une fois, bienvenue et merci! voici une dose qui, je l'espère (oui je suis toujours pleine d'espoir!), te contentera et encore merci! :)
Sandra: tu as toujours de super analyses, c'est un régal à lire!^^ et rassure-toi, ce chapitre n'est pas aussi long! Encore merci, merci et merci! Gros bisous!
Mathy: BRAVO pour ton code! bientôt la tonneaumobile!bisous ma tomate!
Ma Super Bêta de la Mort qui Tue: Toutouille! Que dire sinon un grand merci?! Ton oeil fabuleux permet à cette histoire d'être publiée avec plus de sérénité! Mille bisous de mille sabords!
Merci à toutes celles qui m'ont ajoutée en follow et favoris! Vous aussi, z'êtes des choukinettes!
Bonne Lecture!
Chapitre 38,
Gallion,
L'aube n'était pas encore levée et un silence bienheureux régnait en maître absolu sur la cité endormie. La nuit avait été plus que mouvementée, les derniers convives ne s'étant retirés que fort tard ou tôt selon le point de vue d'où l'on se plaçait. Les allées des cavernes elles-mêmes avaient été désertées bien après l'heure usuelle, tous ses habitants alors bien trop occupés à festoyer et fêter en musique et chansons les noces de leur suzerain.
Le Seigneur de la communauté sylvaine avait accordé en amont une matinée de repos à la grande majorité du personnel du Palais pour les remercier de leur dévouement exemplaire. Seuls les gardes ne pouvaient prétendre à ce luxe. Rien ne comptait plus que la sécurité de la cité et il était inenvisageable d'y déroger.
Le roi tout comme sa jeune épousée ne seraient visibles qu'en début d'après-midi selon les directives du souverain. Il ne pouvait se soustraire à ses obligations mais souhaitait tout du moins s'accorder un moment d'intimité avec sa jeune femme. Pour tous, il ne voulait que prendre le temps de la connaître mais l'elfe savait.
Il savait fort bien que le seigneur sinda ne faisait que répondre aux attentes lubriques que lui inspirait ce démon femelle et cela le rendait fou. Il avait l'impression d'avoir échoué, d'avoir failli à la mission dont il s'était investi. Il avait cru mourir de mille morts atroces lorsqu'il avait assisté à ce simulacre d'union. Voir l'éclat de satisfaction dans le regard étrange de cette sirène immonde lui avait vrillé l'estomac. Il avait dû faire un effort considérable pour ne pas régurgiter le contenu de ses intestins.
Pire encore était la question qui le taraudait depuis cette cérémonie odieuse. Comment son roi avait-il donné son accord et se soumettre à autant de rites qui n'étaient pas les leurs? Seul l'échange des anneaux avait suivi leurs propres coutumes. Thranduil, lui si réfractaire à l'arrivée de cette Wallen et à tout ce qui l'entourait allant jusqu'à interdire la moindre de ses pratiques, avait effectué un revirement catastrophique.
La soirée avait été de mal en pis. Ces rustres avaient démontré tous leurs talents à saccager la beauté des lieux qu'il s'était employé à créer malgré son dégoût. Il ne s'agissait que de braillards ignobles aux manières décidément d'une trivialité jamais atteinte y compris chez les nains pourtant dignes de leur réputation d'hommes des souterrains.
Un profond soupir s'échappa du corps indolent de l'ellon. Il avait beau être couché depuis un couple d'heures, Gallion n'arrivait pas à fermer l'œil. Son esprit fourmillait telle une ruche. Chacune de ses pensées était comme une de ces ouvrières qui pullulaient autour de leur reine représentée par son esprit jamais au repos.
Il avait satisfait au désir ardant de chair qui lui avait mordu les sens dans ce fatras d'émotions et de sensations qu'avaient été ces festivités navrantes. Voir ces femmes, ces étrangères onduler au rythme de ces sons lancinants lui avaient retourné la tête. Son fëa avait hurlé d'un désir concupiscent devant leurs mouvements d'une lascivité exacerbée. Elles n'avaient aucune espèce de retenue, se déhanchant sans se soucier des sentiments qu'elles pouvaient inspirer. Leurs robes fluides qui moulaient leurs corps pulpeux... leurs gestes gracieux empreints de brutalité. Elles respiraient une sensualité débordante de sauvagerie qui, malheureusement, ne le laissait pas en paix.
L'elfe fixait le plafond sans le voir vraiment. Il observait les minuscules ridules sur le mur rocheux, lézardant entre les pierres. Il y voyait la parfaite analogie avec les crevasses qui menaçaient de ruiner son âme. Il s'assit sur le bord de la couche qu'il occupait en passant la main sur ses yeux verts. La fatigue qui le submergeait depuis des mois l'engloutissait peu à peu. Fatigue physique certes mais aussi morale.
Gallion se faisait horreur tout comme les Wallens l'écœuraient. Il savait que sa nature d'elfe s'était pervertie depuis ces quelques mois. Il avait toujours vu l'essence des Premiers Nés comme une chose de pur et naturelle que l'on ne pouvait nier. Pourtant, sa belle idéologie s'était fait la belle dans une magnifique et atroce envolée lyrique.
De même, son roi s'était fourvoyé dans les bras d'une des leurs comme son prince. Lui aussi ne pouvait ignorer la bataille qui se menait dans les tréfonds de son âme torturée. Ses sentiments s'entrechoquaient en de féroces combats alors que la noirceur qui envahissait la forêt de Vert Bois prenait aussi le contrôle de son fëa.
Jamais il n'aurait pensé en ces centaines d'années qu'avait été sa vie qu'il aurait été un jour capable de faire ce qu'il avait déjà formenté depuis l'arrivée d'Ilyrià. Or, il devait bien le confesser ne serait-ce qu'à lui-même. Gallion pouvait prétendre tout ce qu'il souhaitait, rien ne changeait le fait que sa nature d'eldar vacillait comme la lueur d'une chandelle mourante à la fin d'une nuit agitée.
L'elfe se leva comme s'il avait Morgoth aux fesses et passa dans la salle d'eau. Avisant un baquet d'eau, il s'y appuya de ses deux mains aussi fines que celles d'une elleth et plongea la tête dans l'eau froide. La morsure algide lui fit grand bien. La fièvre qui s'était emparée de lui baissa de quelques degrés. Il se regarda dans le miroir face au tub et grimaça face à son reflet. Ses yeux verts étaient comme dilués par l'amertume, sa bouche fine tordue par un rictus affreux.
Savait-il encore sourire, libre de toutes contraintes? Pourrait-il encore regarder l'avenir sans sourciller?
Son poing s'écrasa sur la surface vitrée. Tout à sa colère, il n'éprouva cependant aucune douleur. Seule la vue du sang coulant entre ses phalanges contractées lui fit prendre conscience de sa blessure et de l'inutilité d'un tel comportement. Mais jamais il ne reconnaîtrait sa propre implication dans les ténèbres qui prenaient possession de lui. Non. La faute, l'entièreté de son égarement revenait à ces sauvages, ces Wallens qui les contaminaient tous. Ses œillères étaient bien trop ancrées en lui pour qu'il soit en mesure de faire une analyse logique des évènements et de la situation. Il aurait aimé tuer de ses propres mains cette engeance maudite qu'était la Sirène. Et rien que pour ça, il la haïssait. Il l'abhorrait elle et son enfant anténaturel.
La contamination avait malheureusement commencé. L'euphorie qu'il ressentirait à la mort de cette femme n'aurait d'égale que l'effroi qui le saisirait tout autant. Les graines maudites qu'avaient planté ces monstres avaient germé dans les âmes les plus pures comme la sienne. L'ellon avait pu le constater cette nuit en voyant certains des siens frayer avec les étrangers. Ils avaient dansé, mangé ou encore joué avec eux.
Il lissa sa tunique grise pour se redonner un semblant de cette contenance à laquelle il tenait tant. Il devait passer à la vitesse supérieure. Gallion ne pouvait, ne devait pas attendre plus longtemps. Bien sûr, Ilyrià était humaine et le temps aidant, elle finirait par disparaître mais la trace qu'elle aurait le temps de laisser derrière elle, elle, serait sans aucun doute indélébile. Il ne pouvait permettre l'immobilisme inhérent à leur culture intenter au bien-être de ses bois. En aucun cas. Il y avait trop en jeu.
Alors oui, il serait certainement damné pour avoir attenté à la vie d'un être humain et plus encore à celle d'un enfant encore innocent mais il ne pouvait en être autrement. Cet enfant finirait par grandir et devenir l'instrument de Melkor, réduisant à néant ce que les siens avaient mis des milliers d'années à construire. C'était d'une absolue clairvoyance... La part wallen dévorerait sans pitié celle elfique que lui avait transmise son sinda de géniteur tel un de ces grands mange-terre du passé.
Donc oui, il sa haïssait mais ne faillirait pas au sacerdoce qu'il s'était fixé. L'ellon serait puni, il n'en doutait pas. Il trouverait quelque chose pour atténuer sa colère, expier face aux Valar l'acte impardonnable qu'il s'apprêtait à commettre. Il payerait pour la peine incommensurable qu'il savait infliger à son roi pour la perte de ses deux amours.
Car oui, il subodorait que son suzerain aimait sa Wallen comme cet ersatz d'elfe qui nichait en son sein. Toutefois, Gallion ne devait pas se laisser à la sensiblerie qui pouvait le prendre aux tripes. Au contraire, il lui fallait être fort et se laisser déborder par la haine qui le consumait chaque jour un peu plus. Le feu de Bengale qui l'avait étreint avait fait place à ces braises larvées qui nourrissaient bien mieux sa rancœur, le désaveu de cette ire irrépressible qui était désormais la sienne.
L'ellon repassa dans la chambre de l'elfine qui l'avait accueillie dans son lit pour la nuit, lui donnant l'occasion d'assouvir les pulsions morbides qui le terrassaient. Elle dormait épuisée par le fougueux intendant de la Maison du Roi. Il avait lu dans ses yeux la surprise, l'incrédulité face à ses manières. Tout le monde le pensait au summum de l'éducation surannée des elfes tranchant lui-même avec l'aspect plus dur et sauvage de la société sylvestre.
Or, il n'en était plus rien de cet elfe si posé qu'il s'était toujours astreint à présenter. Il avait toujours su réfréner ses penchants pour devenir l'ellon que ses parents avaient voulu qu'il fût, plus dans la lignée des Noldor d'Imladris. Mais les démons avaient réveillé les siens. Ils avaient émergé comme un de ces jouets pour elfing, ces boîtes d'où surgissaient une marionnette grimaçante. Il avait eu beau essayer, Gallion n'avait pu refermer la caissette où il avait enfermé ses vices. Les turpitudes qui en étaient sorties ne pouvaient plus être contenues. A lui de trouver le moyen de les emprisonner un minima, voilà tout ce qu'il pouvait faire actuellement.
En réalité, il ne souhaitait pas réellement les maintenir à l'abri ou les écarter. Il en avait besoin pour exécuter son plan. L'heure était de rentrer dans l'arène, impérieux et suprême. Le bien-fondé de sa mission le transportait alors qu'elle devait cesser d'exister. Porté par le pouvoir, il ne pouvait capituler pour que les siens puissent vivre à nouveau épanouis et heureux. Alors oui, il se maudissait d'avoir prise cette elleth comme la dernière des catins sans même faire l'effort de lui décrocher ne serait-ce qu'un mot. Il lui avait fait subir toute la lubricité qu'il ressentait à l'égard de ces étrangères, cette impulsivité qui découlait du poison wallen.
Gallion ouvrit la porte sans un regard de plus pour sa compagne d'une nuit. Son temps était précieux tout comme l'emploi qu'il se devait d'en faire. Il avait encore certaines tâches à accomplir avant de rejoindre son roi et devait mettre cette conjoncture à profit. Il dévala silencieusement les escaliers en colimaçon qui s'étendaient à l'arrière de la Maison du roi, ceux-là même usités par les serviteurs. Il se mouvait avec une grâce féline que peu soupçonnaient chez cet elfe à l'apparence somme toute malingre.
Un sourire goguenard ourla ses lèvres peu dessinées, dégageant son visage charmant de son aura sombre. Le seul bruit que l'on pouvait entendre dans ce silence apaisant était le chuintement du cuir bouilli de ses bottes souples contre la roche du sol des cavernes. Il profitait de la tranquillité de la fin de nuit pour admirer la beauté à la fois éclatante et cacochyme de ces lieux si chers à son cœur, ce pour quoi il se battrait bec et ongle quitte à y perdre son dernier souffle.
La désespérance des jardins qui étaient encore perdus dans l'anémie de l'hiver lui faisait bouillir les sangs tellement il trouvait cette nature morte flamboyante. Là où certains n'auraient vu que des arbres morts, lui y percevait la résurrection. L'elfe admirait le combat de cette flore pour reprendre ses droits. C'était ainsi que lui aussi se voyait.
Il s'enfonça dans les bosquets où le manteau noir de l'obscurité était le plus intense. Il y avait fixé son rendez-vous, sachant pertinemment que personne n'aurait l'idée de s'y rendre d'aussi bonne heure. Après tout, aucun elfe ne s'y rendait en pleine journée, alors maintenant...
Gallion s'adossa au tronc d'un magnifique mellorn en pleine hibernation, ses magnifiques feuilles d'or disparues sous la chape givrée de l'hiver. Il laissa le contact de l'arbre le saisir. Elfe de la forêt, il sentait les effluves de l'immense végétal puiser en lui en même temps qu'il lui octroyait une part non négligeable de sa force vitale. La communion entre les elfes sylvains et leur élément naturel était incroyablement puissant et ce simple échange conforta l'ellon dans l'idée que Vert Bois devait impérativement être éradiqué de l'engeance néfaste Wallen. C'était un peuple de la mer. Quoi qu'il puisse se passer, que la fille de Sturten le veuille véritablement ou non, ils noieraient le royaume elfique sous le déchaînement de leur océan personnel. Il ne pouvait en être autrement.
Il commençait à s'impatienter lorsqu' il aperçut une ombre se faufiler gracilement entre les arbres et les taillis. Il se redressa, à l'affût.
-J'ai bien failli attendre, fit-il posément. Mon temps est compté. Je ne puis me permettre d'en perdre la moindre seconde.
Le spectre sortit d'un parterre de fleurs d'hiver si chères au cœur de leur très respectée souveraine Artanis. Un elfe. Qui d'autre cela aurait-il pu être? L'ellon qui venait de le rejoindre était réellement immense, le dépassant d'au moins deux têtes. Cela n'était pas grave. Gallion n'avait jamais regretté cet aspect filiforme qui le caractérisait. A l'inverse, il l'avait toujours trouvé fort... comment dire? Pratique. Personne ne prêtait attention au petit intendant toujours dans l'ombre gigantesque de son souverain et maître; cela s'était avéré très utile et plus encore depuis l'arrivée des Wallens.
Le nouveau venu possédait une aura rassurante qui, nombre de fois, avait trompé son monde. Comme tous les elfes, il était d'une grande beauté avec ses cheveux blond vénitien d'une longueur incroyable. Il les portait effectivement bien plus longs que la majorité des leurs, particulièrement pour un combattant. Ils lui tombaient en une souple et abondante cascade au creux de ses genoux. Son visage aux accents relativement féminins était plein et poupin d'où perçaient deux yeux bleus semblables à des perles de verre soufflées par l'azur céruléen. Il avança d'un pas raide de soldat jusqu'à l'intendant et accrocha son regard sans aucune gêne.
-Il n'est point aisé de quitter les quartiers à cette heure matinale, mellon, même pour un capitaine. Je me suis dit que la discrétion était très certainement de mise, répondit l'elfe en croisant les bras sur son torse puissant. Peut-être me suis-je fourvoyé?
-Voronwë... souffla Gallion en pinçant ses lèvres délicates. Encore une fois, je n'ai guère le temps y compris pour ces joutes oratoires.
Il enfonça ses ongles dans l'écorce du mellorn en s'excusant mentalement auprès de l'arbre millénaire. Une douleur salutaire lui fit reprendre un semblant de pragmatisme.
-Tu sais pourquoi tu es là, mellon, déclara-t-il en se redressant légèrement. Nous devons éloigner cette femme de notre monde. Mieux vaut la guerre avec son peuple que de la voir ravager notre royaume. tu en convins, n'est-ce pas?
Les doigts du dénommé Voronwë tapotaient doucement son avant-bras, seul signe visible de l'impatience qui le guettait. Il chassa une longue mèche de son plaston et fixa de nouveau son interlocuteur.
-Je suis là,...
-Enfin, une vérité vraie, railla Gallion.
Voronwë s'approcha soudain de l'intendant, l'acculant au tronc derrière lui. Leurs visages se touchaient presque. Gallion pouvait sentir l'haleine fraîche du soldat balayer sa peau blême. Les yeux bleus de l'ellon en face de lui n'étaient plus que deux orages précédant la tempête.
-Je suis là, martela le guerrier, pour mon roi, pour mon royaume, pour mon peuple. Je me dois de tout faire pour les protéger, j'en ai fait le serment il y a déjà de nombreuses lunes. Je n'ai rien contre ces étrangers. Ils m'indifféreraient en temps normal. Seule leur omniprésence en ces lieux me désespère. Ils n'ont rien à y faire. Ils se perdent et nous avec, ce qui est tout bonnement inacceptable. Voilà la raison de ma présence. Et toi Gallion? Que cherches-tu intendant?
-La même chose que toi, marmonna l'elfe roux en soutenant avec difficulté le regard perçant du guerrier.
-Vraiment? douta le soldat. Il attrapa son menton entre ses doigts calleux pour le forcer à le regarder droit dans les yeux. Pourquoi le doute m'assaille-t-il alors? Je te vois, petite souris, dans le dos de notre seigneur... toujours là à fureter et épier... Je ne suis pas naïf, n'essaies donc pas de me duper. Je peux lire la malignité dans tes yeux. Personne ne fait attention au chétif Gallion mais il est retors, n'est-ce pas? Ose le nier et je m'en irai.
L'intendant attrapa les pinces qui tenaient son visage en étau sans pour autant tenter de s'y soustraire. Il planta ses pupilles troublées par ses trop nombreuses turpitudes dans celles claires et sans concession de l'ellon.
-La compromission que tu lis en moi est réelle, avoua Gallion dans un filet de voix ténue. Je ne le nie pas. Et c'est justement pour cette raison que nous devons agir avant que cette gangrène ne pollue chacun des cœurs qui battent en ces lieux. Si nous attendons trop longtemps, l'ignominie et la bassesse typiques de ce peuple des mers atteindront chaque elfe de cette forêt avant de se répandre dans tous les autres royaumes. Il est trop tard pour moi, je la crains mais le sais. Doit-il en être de même pour tous les nôtres? -il profita que l'elfe l'ait lâché ébranlé par ses paroles pour le prendre par l'épaule. Sa voix se fit douce et onctueuse- Veux-tu que les ténèbres aient raison de ta sœur?De celle qui t'ait promise? De tous ceux que tu chéris?
-Certes non...
-Alors nous devons prendre les mesures qui s'imposent, trancha Gallion en sentant sa diatribe prendre racine dans l'esprit du valeureux soldat. Si l'un des partisans à cette cause t'a rallié à nous, c'est parce que nous connaissons l'honneur qui est le tien.
Voronwë se dégagea et se mit à tourner comme un fauve en cage. Il avait besoin d'en entendre plus, d'être rassuré sur le fait qu' il prenait la bonne décision, réalisa Gallion.
-Mais il s'agit de la volonté des Valar! Depuis quand allons-nous contre? chuchota-t-il autant pour lui-même que pour l'intendant. Nous risquons de nous attirer leur courroux... Et puis, elle est humaine.
L'intendant se rapprocha de lui pour arrêter cette ronde sans fin.
-La volonté des Valar... En est-on seulement certains? Et si ce n'était qu'un tour, une facétie monstrueuse de Melkor? Cette Ombre dont on nous rabâche la venue? L'as-tu vue? Ou juste perçue? Elle ne sera qu'éphémère tu as raison, un fétu de paille dans notre éternité mais une brindille enflammée peut incendier toute une forêt mellon... -il asséna le coup de grâce- Et qu'en sera-t-il pour l'enfant qu'elle porte?
-L'enfant? s'exclama le guerrier, ses yeux bleus dilatés par la surprise et la colère. Comment cela est-il seulement possible? Ils se sont unis hier...
-Ne sois pas idiot mon ami. Personne ne voit rien mais moi, moi j'ai les yeux ouverts, grands ouverts. Il y a des semaines, des mois que notre seigneur est l'esclave des pulsions charnelles que cette méduse lui inspire par sa sorcellerie. Des mois qu'il déroge à tous ses devoirs, à tous ce qui fait la pureté de notre essence.
-Elle est grosse... murmura le soldat abasourdi en reculant de quelques pas. Il se ressaisit rapidement, son caractère militaire reprenant le dessus. Alors oui, il nous faut agir. Je n'ose imaginer ce que ce bâtard à moitié wallen pourrait provoquer comme dégâts. Valar, il pourrait évincer ernil Legolas de la succession de notre seigneur! Je suis prêt, annonça-t-il en s'avançant, le poing sur le cœur comme pour une promesse. Je suis prêt à faire ce qu'il sera nécessaire y compris à sacrifier ma propre vie.
-Je dois être sûr mon ami que tu comprennes les risques inhérents à cette mission qui peut t'être dévolue. Tu n'es en rien obligé à faire...
-Je viens de le dire et n'aime pas me répéter, claqua la voix intransigeante de l'elfe blond comme des blés trop mûrs.
-Tu auras tous les tenants et les aboutissants de ta mission plus tard mon frère mais sache que si tu réussis, la nouvelle reine ne sera plus qu'un souvenir dans le cœur du roi tout comme sa descendance déchue. Dans les grandes lignes, il retourne de perdre la Wallen dans les labyrinthes tortueux de nos bois. Que la forêt les étouffe, elle et son bâtard! harrangua Gallion, des flammes démentes dansant dans ses pupilles bistre.
Voronwë le fixa, indécis. Il était un soldat et l'aspect nébuleux de cette façon de procéder n'était pas dans ses habitudes, loin s'en fallait.
-Je trouve cela artificieux tout de même...
-Ecoute. Je parlais de guerre avec le roi Phénix mais, s'il y avait moyen de l'éviter, cela serait préférable, ne crois-tu pas?
-Bien évidemment, souffla l'ellon, éberlué par cette conversation alors qu'il s'y était pourtant préparé. Mais le roi? Et cette femme? Il est de notoriété publique qu'elle ne porte pas nos bois dans son cœur... Jamais elle n'acceptera de s'y rendre de son propre chef.
Un sourire diaboliquement rusé fleurit sur les lèvres de Gallion, le rendant réellement déstabilisant et menaçant aux yeux impartiaux du guerrier. L'intendant cachait bien son jeu, c'était de plus en plus évident.
-La force ne réside pas que dans les actes ou les faits d'armes, soldat, fit-il doucereux. Les mots sont aussi une arme des plus efficaces surtout chez une personne qui a à cœur de contenter son royal amant. La magie de ce plan réside ici. Cette écervelée doit avoir l'impression que l'idée vient d'elle. Malheureusement, notre souverain est aveugle quand il s'agit d'elle, argua Gallion, une moue dégoûtée peinte sur son visage aux traits parfaits. Elle n'aura qu'à battre des cils pour qu'il se laisse fléchir, surtout pour une telle requête.
-Il voudra un de ses gardes-chiourme avec elle, à n'en point douter, le contredit Voronwë.
-Je sais et compte là-dessus. Il devra croire que c'est le cas. Je répugne aussi de lui mentir, assura Gallion en voyant la mine sombre de l'ellon en face de lui. Mais c'est obligatoire pour le bon déroulement de ce plan.
-Qui?
-Le cousin, répondit-il du tac au tac. Sans aucune espèce de doute.
-Pourquoi? Cet homme est imprévisible, dangereux. Il n'y a qu'à voir ce qu'il a fait à l'un de ses propres hommes.
-Ce doit être lui. Je sais qui pourra nous aider à le retenir au dernier moment, sourit Gallion. Il restera, croyant que le Conui ira à sa place.
-Si sa Majesté Thranduil a vent de ce projet, nous sommes morts, dit Voronwë. Il ferma les yeux et inspira profondément. Nous serons exécutés pour fêlonie.
-C'est pourquoi tu dois être sûr de toi comme de tes choix, opina Gallion.
-Je le suis. J'avais juste besoin de l'entendre dire à voix haute. Il est temps que quelqu'un délivre notre roi de l'emprise de cette Sirène.
Les deux hommes se saluèrent gravement. Tout était dit et ils ne devaient rester plus longtemps que nécessaire ensemble. Les ellyr ne pouvaient prendre le risque d'être vus à une heure aussi matinale quitte à paraître extrêmement louches. Voronwë s'éloigna d'un pas aussi raide que rapide tandis que Gallion flânait entre les allées sinueuses des jardins. L'aurore se levait à peine, nimbant d'un or timide les branches décharnées des arbres et les quelques pousses d'herbe persévérantes, aussi combatives que lui.
Il prit son temps pour arriver jusque dans ses appartements. Il logeait au palais dans une aile annexée aux elfes tenant des emplois d'un niveau intermédiaire. Il était en haut de la chaîne alimentaire des serviteurs de la maison de leur souverain. Il commandait lui-même à une légion des siens tout en sachant qu'il ne pourrait jamais prétendre à rien d'autre. Là était la place la plus haute à laquelle il pouvait accéder. Il ne serait jamais un haut dignitaire comme les nobliaus qui se pressaient dans les couloirs du palais du seigneur Thranduil. Toutefois, il n'en ressentait pas l'envie. Il aimait cet emploi, là où il pouvait tout observer sans être vu.
Gallion déverrouilla la porte et entra d'un pas sûr. Son logis était bien entendu plus petit et modeste que ceux des étages réservés au roi et ses invités ou encore sa famille. Il se composait d'un petit salon qui faisait aussi office de chambre, son lit étant dissimulé par un paravent d'ébène ainsi que d'une petite salle d'eau.
Là résidait la marque distinctive de sa charge: des meubles d'une gamme au-dessus de la domesticité de base comme le fait qu'il ne soit obligé de se rendre aux bains publics. L'ellon se dévêtit entièrement cette fois en pliant soigneusement son linge qu'il déposa dans un panier à destination des chambrières. Il entreprit ensuite de se laver le corps à l'eau glaciale une fois de plus.
L'elfe était un adepte du châtiment, de l'expiation et ce depuis de nombreux siècles. Il n'avait rien trouvé d'autre pour calmer son fëa toujours en quête de réhabilitation. La souffrance, la morsure des chairs... Voilà ce dont il avait présentement besoin. L'ellon voulait souffrir comme, dans les méandres de son esprit malade, il pensait faire bientôt souffrir son roi.
Il se dirigea vers la commode de pin qu'il avait héritée de ses parents et se baissa pour farfouiller dans le dernier tiroir. Une cache secrète avait été installée par son père. Il ôta le panneau de bois pour en sortir délicatement une boîte rectangulaire d'une trentaine de centimètres de long. L'ellon se releva, toujours nu, et alla s'assoir sur la chaise à l'assise de paille en face d'un miroir tâché de rouille.
Ses doigts tremblants soulevèrent le couvercle alors que ses yeux verts s'assombrissaient à la vue de l'objet reposant sur un coussin de velours pourpre. Il s'en saisit avec toute la tendresse prévenante dont il était capable. Le colifichet en question n'en était pas un. Valar que non! Il s'agissait d'un appareillage des plus étranges issu ironiquement du monde des hommes.
Il allait faire pénitence par mortification. Cela ne lui était plus arrivé depuis des dizaines d'années mais là, il en ressentait clairement le besoin. Son corps lui criait ce besoin impérieux d'être mortifié et soumis à son esprit blessé.
Il avança sa jambe droite et plaça adroitement l'entrelacs de chaînes de métal muni de petites pointes sur sa cuisse. L'ellon resserra l'amarrage en bouclant les attaches ferrées et grimaça. Il se leva avant de faire quelques pas, un rictus de douleur jouissive contractant son visage. A chaque mouvement, il sentait les aiguillons acérés mordre sa peau fragile et la mettre à mal. Gallion finit de se préparer pour retrouver ses obligations journalières. Un sourire béat malgré la souffrance flottant aux lèvres, il sortit pour commencer sa journée.
Aucune peur ne le tourmentait plus. Au contraire, il était absolument serein. Après tout, pourquoi pas? Les gentils gagnaient toujours.
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Klaùs,
Quelle heure pouvait-il bien être? Les ténèbres de la nuit avaient fait place aux doux rayons de l'aube et désormais une clarté aussi violente qu'aveuglante menaçait de faire perdre la vue au Wallen. Il se dégagea doucement du corps pantelant à la limite du désarticulé sous lui et roula sur le côte.
Se laissant tomber à plat ventre, il cala sa tête dans le creux de sa paume de son bras replié. Repu, il était rassasié, ce qui était une chose diablement rare chez lui. Jamais femme ne le satisfaisait complètement. Toujours il ressentait le besoin d'en trouver une autre à peine sorti des bras d'une jolie demoiselle. Il n'en avait jamais assez. C'était un vilain Wallen, un très vilain Wallen aux pensées salaces, aux mœurs décadentes, le genre que tous les parents y compris ceux de sa propre cité craignaient pour leurs filles.
Mais c'était tellement plus drôle de vivre sa vie sans le carcan que s'imposait chaque être de cette ère nécrosée et contrite. Il était hors de question pour le Dragon Pourpre d'exister sclérosé par une société pudibonde. Or, ce n'était pas la découverte d'une soi-disant âme qui allait changer les choses. Certainement pas. Le garnement qu'il avait toujours été n'allait pas céder si facilement sa place et ne le souhaitait d'ailleurs pas. Il en serait mort de croupir enfermé, enchaîné aux traditions. Il faisait ce qu'il voulait quand il le voulait, point barre.
Et là tout ce qu'il désirait depuis maintenant des semaines, Klaùs l'avait trouvé la veille au soir. Il en avait usé jusqu'à la lie de ce qu'elle pouvait supporter. Le Wallen avait bien cru qu'il allait se mettre à hurler comme un damné quand il l'avait vue au milieu de toutes ses compagnes dans la grande salle de réception.
L'elfine.
Celle qui parasitait ses pensées les plus intimes. Il ne voyait qu'elle lorsqu'il se trouvait en compagnie de charmantes donzelles comme Laoghaire. Dans ces moment-là, il ne souhaitait la retrouver que pour lui tordre son joli cou. Non qu'il éprouva un quelconque sentiment envers cette chipie. Il était Klaùs. Ceci étant dit, il pressentait au plus profond de son éther qu'elle était spéciale, aussi vicieuse et dévoyée que lui, qu'il n'aurait pas à se cacher avec elle même s'il ne le faisait déjà pas beaucoup. Les Dragons ne s'embarrassaient pas vraiment de bonnes manières. Son père le lui avait bien fait comprendre lors de son éducation sentimentale qui s'était résumée à une puterelle envoyée par les bons soins de Crawen.
Klaùs déplia son bras et posa sa joue râpeuse contre. Ses grands yeux noirs encore fiévreux de la nuit passionnelle qu'il venait de passer dévoraient l'elleth à ses côtés. Elle reposait sans une seule plainte sur le plancher froid de sa chambre. Un rire silencieux secoua le corps taillé dans le granit du Wallen. Jamais, ils n'avaient réussi à atteindre son lit. Oh, ils avaient avancé petit à petit au fil de leurs ébats sous le couvert de la nuit mais s'étaient arrêtés au pied de sa couche. Il se sentait comme un naufragé volontaire de sa propre déchéance. Le Dragon s'enivrait de son sourire au bord des larmes. Il sourit en repensant à son abandon passionnel, de cette façon qu'avait eu Niobé d'abdiquer face aux vanités du Wallen que tous et toutes auraient condamnées.
Savoureux...
Il fit l'inventaire avide de son corps nu, des marques rougies qui sillonnaient sa chair douce ça et là. Les traces de ses doigts sur ses hanches, ses dents contre sa jugulaire ou sur l'auréole de son sein menu... Son regard se perdit dans les brumes des réminiscences de chacun des gestes de la jeune femme à ses côtés. Aye, elle était spéciale... Sur sa peau, il avait embrassé et tenu chacune des promesses de luxure qu'il lui avait susurré à l'oreille dans les couloirs du palais sous ses cris d'orfraie vindicative. Quelle n'avait pas été sa surprise en découvrant que l'elleth qui l'avait cherché avec tant de mesquinerie libertine était vierge du toucher masculin. La pureté sous le visage de la dépravation...
Exquis...
L'impudicité qu'elle démontrait s'était révélée à lui dans un feu éblouissant digne des Dragons. Le Wallen avait voulu faire preuve d'un minimum de douceur. L'elfine n'avait désiré que sa force. Alors, il avait compris. Elle l'avait choisi autant que lui l'avait fait en toute connaissance de cause. Il avait beau être ce qu'il était, jamais il ne l'aurait forcée à quoi que ce fut et elle le savait. Alors sa nature avait repris le dessus telle une vague déferlante. Sa vaillance à lui contre sa combativité à elle. La sauvagerie délectable de Klaùs s'écrasant sur la folie ensorcelante de Niobé. Oui, il était amplement satisfait de sa chasse à l'elfe et d'avoir trouvé une compagne digne de ses jeux.
L'elleth l'observait au-travers de ses longs cils mordorés. Ses iris vertes brillaient comment autant d'émeraudes et le Dragon, gourmand de trésors inestimables, apprécia l'éclat magnifique de ces joyaux miroitants. Elle ne perdait pas le moindre de ses gestes. Le jeune homme ne voulait pas bouder son plaisir, c'eut été tellement dommage. Toutefois, certaines questions devaient maintenant être posées à cette diablesse. Il roula sur le dos pour lui offrir la meilleure des vues sur son de soldat aguerri au combat et aux entraînements. Sa main gifla la peau de son ventre plat avant de remonter doucement sur ses puissants pectoraux. Pour terminer, il passa son bras sous sa tête afin de s'en servir comme d'un oreiller. Ses yeux fixés sur le plafond, un sourire torve se plaqua sur ses lèvres charnues.
-Que veux-tu? demanda-t-il brusquement sans la regarder alors qu'elle sombrait doucement dans les bras d'Irmo. Que cherches-tu femme elfe?
-De quoi parles-tu sale bête? marmonna-t-elle en le tapant sur l'avant-bras pour le punir de la déranger ainsi.
Aucun geste de représailles ne vint de la part du Dragon. Il se contentait de fixer la pierre avec obstination. Elle aurait pourtant dû se méfier. Tout silence, tout manque d'expansivité était signe de dangerosité.
-Que cherches-tu, répéta-t-il, à ainsi provoquer la seule personne chère à mon cœur, la seule dont je me soucie... et par là, je parle de a co-ogha, ma cousine.
Son ton avait viré tout doucement à l'orage. L'elfine s'était raidie tout en continuant à se taire. Son corps blanc et gracieux se tendit comme la corde d'un arc bandé. Du coin de l'œil, il pouvait voir son dos s'arc-bouter comme si elle s'apprêtait à le fuir lâchement. Il savait les femelles elfes agiles et rapides. Leurs corps déliés leur permettaient de jolis sauts de cabri qui, dans une toute autre configuration, lui aurait donné envie de la prendre à nouveau à même le sol... encore une fois. Néanmoins, après avoir passé la nuit à se noyer dans la perception et l'assouvissement de leurs désirs respectifs, il était l'heure pour lui de passer à l'aspect plus rébarbatif de sa tâche. Comme il l'avait dit à sa cousine la veille au soir, il comptait allier le plaisir au travail.
-Tu es bien silencieuse, se moqua Klaùs en s'agenouillant avec lenteur. Je t'ai connue plus expansive cette nuit. Tu sais quand...
-Tais-toi Wallen de malheur! piailla Niobé.
Elle se redressa sur son séant en tirant un drap glissé du lit sur elle pour s'en couvrir pudiquement.
-Tais-toi! Si tu crois que m'avoir déflorée te donne un quelconque droit sur moi, tu es fou! Je ne suis pas une de tes femmes sans foi ni loi!
Tout à coup, il enjamba ses pieds et louvoya lentement jusqu'à son buste. Sans tenir compte de ses glapissements offusqués, il laissa traîner sa bouche sur le grain de sa peau fragile. Fascinée, l'elleth suivait la courbe acérée de ses écailles dorsales onduler sous la giration de ses muscles. Arrivé à hauteur de son visage, il se pencha doucement vers son épaule laiteuse et frotta son nez contre la peau crémeuse de son cou en un geste d'une douceur inégalable. L'elfine gémit toute à ses sensations sans se rendre compte qu'il avait attrapé une des courtepointes de satin et que précautionneusement, l'air de rien, il lui liait un poignet de façon à l'attacher au barreau du baldaquin.
Niobé voulut bouger pour l'entourer de ses bras et l'attirer à elle quand elle s'aperçut de sa manœuvre délictueuse. Entravée, elle se mit à ruer, se révoltant contre le traitement douteux qu'il lui faisait subir. L'elfine était là où elle devait être. A sa merci.
-Ne parle pas, d'accord... -il lui donna un petit coup de langue sur le lobe de l'oreille, souriant contre sa chair de l'entendre échapper un léger soupir.- je t'arracherai chaque réponse. Ne crois pas que je sois émotif ma douce... Des cuisses ouvertes, il y en a des dizaines.
Il mentait. Assurément. Mais elle n'était pas sensée le savoir. Il fallait qu'elle le craigne, lui et son impulsivité qui le conduisait à des actes que de temps en temps il lui arrivait de regretter. Son odeur le rendait fou, ce qui chez le Dragon n'était pas la meilleure des choses. Klaùs perdait pied au contact de cette peste odieuse. Cependant, il y avait des choses bien plus importantes qu'un joli postérieur. Qu'importait qu'elle se braque...
-Il n'y a rien a dire, grinça-t-elle en cessant soudain de se débattre pour lui cracher au visage.
La patience du Wallen était mise à rude épreuve mais il se devait de rester maître de lui. Il ne voulait pas la blesser, sa petite gourgandine, juste lui soutirer quelques réponses et s'amuser à ses dépens. Son index à l'ongle rongé à la limite de l'impossible essuya sa joue et, sous les yeux dégoûtés de Niobé, il le suça avec gourmandise.
-Un peu de salive ne m'effraie pas, rit-il joyeusement. Je te rappelle, belle amie, que tes fluides corporels n'ont plus de secret pour moi...
-Goujat! Malotru! Gougnafier! s'époumonait-elle rageuse sous les éclats gouailleurs du jeune homme. Vas-tu me torturer? Alors, vas-y! Ne te gêne pas!
-Cela ne me gênerait pas réellement, tu devrais pourtant t'en douter... mais je connais d'autres moyens ma mie.
Il s'empara d'une carafe en étain ciselé abandonnée un peu plus loin. Il versa une partie de son contenu à la base de la gorge de Niobé regardant, hypnotisé, le liquide doré dévaler le sillon entre les deux seins de l'elleth. Klaùs lécha avec volupté l'hydromel sucré sur la peau vallonnée sans pour autant que ça la calme.
-Ta cousine, haleta l'elfine au comble du supplice sous les attouchements ravageurs du Wallen, n'est qu'une insupportable idiote... Elle n'aurait jamais dû être reine. Là n'est pas à sa place tout simplement.
-Penses-tu que cette place devrait être la tienne? ironisa le jeune homme incliné vers son ventre moelleux en lui jetant un regard rapide.
-Je n'ai rien dit de tel mais notre roi méritait mieux que ce poisson mal dégrossi... gémit Niobé.
Klaùs arrêta instantanément ce qu'il était en train de faire. Une vague de colère reflua le long de son épine dorsale. Il remonta jusqu'au visage épouvantablement parfait de l'elleth. Le Wallen fourra sa main dans la chevelure luxuriante de la femme sous lui et l'empoigna durement en veillant toutefois à ne pas trop la blesser... l'amour-propre suffisait amplement.
-Tu n'as rien d'une reine, articula-t-il d'une voix sourde en détachant méticuleusement chaque syllabe. Ilyrià en a plus l'étoffe que toi dans un seul de ses orteils. J'ai aimé chaque seconde passée avec vous belle dame mais si vous vous en prenez encore à elle... Je n'aurai aucune hésitation à vous faire du mal.
-Êtes-vous amoureux, Dragon, de votre chère et si fragile Ilyrià? se moqua-t-elle en plongeant son regard mousse dans celui abyssal du Wallen. Elle aussi avait repris le vouvoiement comme pour instaurer une distance entre eux deux.
Il ne releva pas cette pique volontairement désagréable destinée uniquement à faire mal. Klaùs se remit lestement debout avant d'enfiler son pantalon de cuir, l'ignorant sciemment.
-La déception est un sentiment amer Niobé et fort peu seyant... lança-t-il tandis qu'il finissait de lacer sa tunique.
Vif comme un serpent prêt à l'attaque, Klaùs sortit un coutelas et trancha en un coup le drap qui la retenait prisonnière. Furieuse, elle se leva à son tour en l'invectivant avec un vocabulaire des plus créatifs pour une elfe. Il sortit sous une flopée d'injures, un grand sourire angélique sur son visage mal rasé.
Vivement qu'ils se revoient. Oh oui... car il se refusait à laisser s'éteindre la flamme incendiaire qui couvait entre eux.
O0o0o0o0o0o0o0o0o0o0
Thranduil, Ilyrià,
Les rideaux tirés à la va-vite laissaient filtrer les rayons du soleil, dorant plus encore la peau douce de la jeune femme endormie à ses côtés. L'elfe ne pouvait s'empêcher de l'effleurer comme s'il voulait s'assurer qu'elle était bien là et à lui. Son amante la nuit, son épouse le jour... Il n'avait que peu dormi, à peine une heure entre ses bras doux. Il avait eu l'impression d'y être en sécurité, lui qui, auparavant, n'en avait jamais ressenti l'appétence. C'était un guerrier depuis tant de millénaires.
Pourquoi aurait-il eu besoin de quelqu'un alors que sa force et sa lame lui avaient toujours suffi? Mais là, au fil de leurs étreintes à la fois passionnées et langoureuses, Thranduil s'était littéralement abandonné à sa douceur fauve. Depuis qu'il avait ouvert les yeux, l'ellon se laissait bercer par la respiration légère de la jeune femme qui avait uni sa vie à la sienne, la couvant de son regard hivernal. Il n'osait bouger de peur de la réveiller, de déranger le sommeil de sa jeune épouse... quoiqu'il aurait fallu qu'un oliphant traverse la chambre au pas de charge pour lui faire ouvrir un œil!
Il sourit, attendri, à la voir ainsi, son petit visage niché dans l'oreiller moelleux, la bouche légèrement entrouverte, ses sourcils se fronçant au rythme de ses rêves... Elle avait l'air si jeune ainsi... Il ne put résister à l'envie de passer ses doigts en un toucher aérien sur la rondeur de sa joue, la dégageant d'une mèche rebelle. Il erra ensuite doucement sur la courbure de son épaule ronde. L'ellon la sentit se raidir avant de rejeter d'un virulent coup de hanche la courtepointe dont il venait de la couvrir, offrant son corps nu à la chaleur moite de la chambre à coucher où ronflaient les restes d'un feu maladif.
Le sinda contint un soubresaut de rire moqueur à la voir ainsi se débattre contre la moindre barrière de tissu. Impudique, absolument impudique... et irrécupérable à n'en point douter. Inconsciemment, elle se moula à lui en tirant son bras en travers de son ventre comme s'il était la seule chose qu'elle désirait sur elle, sa peau contre la sienne.
La paume de l'ellon se colla instinctivement sur l'abdomen de la jeune femme. L'elfe avait encore du mal à réaliser que d'ici quelques mois, il serait père à nouveau. Il s'émerveillait totalement à cette idée, sentant la rancœur et l'amertume qui coulaient dans ses veines depuis ces centaines d'années se diluer peu à peu au contact de sa Wallen. A qui ressemblerait-il cet enfant? Ou cette enfant devrait-il dire... Ilyrià l'avait vue et était certaine de son fait. Une princesse semi-elfe courrait dans un futur proche dans les couloirs de sa Maison. Une elfing aux longues tresses rousses qui les mènerait sans doute par le bout du nez lui comme son frère Legolas. Il avait hâte de tenir sa nouvelle héritière dans ses bras et de la voir grandir.
La seule chose qu'il redoutait mais non des moindres était que sa mère y laisse sa vie. Les femmes humaines étaient si fragiles... Il ne pouvait la perdre, plus maintenant. Enivré d'elle, jamais il ne pourrait plus s'en passer. Rien que cette pensée le tourmentait comme l'aurait fait un millier de lances gobelines. Son fëa mugissait à l'idée de sa... de sa mort, oui. Que ce fusse à l'accouchement, qu'il craignait au plus haut point, dans cinq ans ou encore dans quarante... Thranduil savait pertinemment que le jour où elle quitterait les terres d'Arda, son âme se consumerait aussi, brûlerait en même temps qu'elle. Leur malédiction était double, réalisait-il, double dans le sens où le fëa d'un elfe était certes puissant mais que l'éther d'une Sirène l'était tout autant.
S'en rendait-elle seulement compte, son éphémère? Il supposait que non. Elle était si jeune... vingt-sept années humaines n'étaient que peu de choses. A quoi cela équivalait-il? Aux pleurs d'un nourrisson? Combien de temps pourrait-il profiter d'elle? Combien?
Sa gorge se serra, son souffle se fit plus irrégulier. Sa poitrine compressée devint douloureuse. Il devait impérativement se reprendre. Cette attitude était si peu dans ses habitudes... si l'on ne tenait pas compte de ces derniers mois bien évidemment. Le souverain était en proie à une lutte intérieure de tous les instants depuis qu'il avait accepté la force implacable des sentiments qui l'étouffaient. Et leur fille? Que deviendrait-elle? Elle perdrait sa mère au moment même où son caractère se forgerait si rien ne l'emportait avant évidemment...
L'ellon ferma les yeux en s'enfonçant les ongles de sa main restée libre dans sa cuisse. La douleur lui permit de respirer à nouveau librement. Ses yeux pâles se promenèrent sur le mobilier blanc de la chambre à l'opposé même de l'ébène de ses propres appartements. Toujours cela... les opposés qui s'attiraient inexorablement. Le Feu du Dragon qui le consumait et l'Eau vitale. Cependant, à bien y réfléchir, ils se complétaient tout aussi bien. Deux éléments primordiaux qui se nourrissaient et s'apaisaient l'un l'autre...
Soudain, un rictus tordit ses traits aussi délicats qu'empreints de puissance. Il assimilait seulement, à inspecter ainsi la chambre de la jeune femme, de ce qui avait été fait dans ce lit deux nuits auparavant. Le Dragon. Ce ver lubrique s'était acoquiné avec une de ses nombreuses maîtresses dans la propre couche de sa cousine. Il avait beau savoir que le nécessaire avait été fait pour ôter toute trace de ses forfaitures, le sinda avait hâte de quitter ces appartements et d'intégrer le sien.
Il sentit la brûlure d'un regard enflammer sa peau. Thranduil tourna la tête pour voir son épouse le dévisager tranquillement. Ses grands yeux vairons étaient encore voilés de sommeil mais il pouvait y lire tout ce qu'elle éprouvait pour lui. Espiègle, elle lui tira la langue en plissant délicieusement son petit nez retroussé avant d'enfouir son visage dans son oreiller de plumes.
-J'ai froid, grogna-t-elle en se tortillant.
Il se redressa et tira à nouveau la lourde couverture sur son corps hérissé de chair de poule.
-Tu ne cesses de te découvrir melda heri.
-J'ai faim aussi... geignit Ilyrià. Elle se tourna vers lui et se pencha pour piquer un baiser sur sa joue glabre. Valar, ta peau est toujours d'une douceur... C'est fou! Rien à voir avec les miens! S'ils ont le malheur de se raser, le lendemain, la même toison recouvre à nouveau leurs visages.
L'ellon gronda en lui embrassant le creux de sa paume.
-Si tu pouvais ma femme éviter de mentionner ce genre de détails qui m'obscurcissent l'esprit, je t'en saurai gré. J'ai beau savoir... je préférai faire comme s'il n'en était rien.
-Bien sûr, sourit la Wallen avant de sauter nue du lit.
Il passa un manteau d'intérieur gris acier tandis qu'elle s'enroulait avec adresse dans le drap arraché de son lit. La jeune femme se mordit la lèvre pour ne pas rire. Il avait décidément tout prévu jusqu'à faire laisser son linge dans sa propre chambre. Le bruit d'un grattement contre le bois de la porte la tira de ses réflexions matinales. Astareth fit son entrée en poussant une desserte surchargée d'une alléchante collation. La camérière les salua sans une once de chaleur, parfaitement protocolaire face au couple royal.
-Sire, Votre Majesté...
L'elleth n'eut pas le temps d'en dire plus. Son souverain l'avait déjà coupée d'un geste sec de la main.
-Je vous arrête Astareth, dit-il posément du fauteuil où il avait pris place. Votre maîtresse n'aura pas besoin de vos services ce matin.
-Mais, objecta-t-elle avec une moue légèrement réprobatrice peinte sur son visage de porcelaine, Dame Ilyrià a besoin de mon aide. Si vous saviez le désastre lorsqu'elle tente de se vêtir seule...
-J'entends bien, fit Thranduil avec une douce sévérité sans tenir compte de la mine indignée de la Wallen, et je vous remercie de votre dévouement. Ceci étant dit... Ma femme n'est pas seule. Ayez l'obligeance de faire monter des bacs d'eau chaude pour le bain de la reine.
Ilyrià tressaillit imperceptiblement et une légère nausée remonta dans sa gorge. Elle dut se retenir au dossier du fauteuil de son elfe pour ne pas tanguer sans plus se soucier de son drap protecteur qui menaçait de choir à tout moment. La jeune femme avait beaucoup de mal à l'écouter parler d'elle ainsi. Elle allait pourtant devoir s'habituer à ces nouveaux qualificatifs lorsque l'on parlait d'elle... femme, reine... voilà qui faisait beaucoup à appréhender d'un coup. Elle ne voulait pas être cantonnée au rôle de la reine honnie de tout un peuple ou même à celui de la femme surprotégée de cet ellon jaloux et coléreux.
Tout ce qu'elle souhaitait pour le moment c'était rester confinée dans ses appartements douillets sans se préoccuper de l'extérieur. Quoique Thranduil n'avait pas tort. Un bain providentiel lui ferait un bien fou. Elle se sentait fourbue. La fatigue accumulée de ces derniers jours la prenait maintenant par surprise.
La fatigue physique, la tension nerveuse, tout cela remontait doucement à sa conscience. Et puis... la nuit avait été particulièrement longue et intense se remémora-t-elle avec une pointe de lubricité en jetant un coup d'œil sur la longue chevelure de son tout nouvel époux. Elle n'avait qu'à l'admirer pour se rappeler la douceur extraordinaire de son ruissellement entre ses doigts ou bien encore sa caresse sensuelle sur le grain de sa peau. Une parole de sa suivante la sortit finalement de ses pensées.
-Oui votre Majesté, il sera fait selon votre volonté.
-Bien, fit-il satisfait.
-Cependant... Que doit-on faire pour les hommes dehors?
L'ellon se redressa, ses yeux plissés en deux fentes qui ne disaient rien qui vaille aux deux femmes. Même dans son dos, Ilyrià pouvait sentir la contracture de ses épaules et voir ses doigts enfoncés dans le velours des deux accoudoirs.
-De quoi parlez-vous donc? gronda le roi.
-Des trois hommes qui dorment devant votre porte.
-Oh Valar! s'exclama la Wallen en coupant l'herbe sous le pied de l'ellon dont les narines dilatées et les pupilles assombries étaient autant de preuves de l'orage qui menaçait.
Elle appuya sa main sur la nuque du roi. Elle l'enjoignit ainsi à rester assis avant de passer devant eux en coup de vent, resserrant la soie autour d'elle. Avant qu'un des deux elfes n'ait le temps de se récrier, elle ouvrit la porte à la volée. Elle souleva d'une main le tissu soyeux pour se dégager les jambes et en profita pour asséner un violent coup de pied dans le fessier d'Aostell qui bavait comme un bienheureux, une bouteille d'hydromel entre les bras comme s'il tenait une femme.
-Shass! Debout! vociféra-t-elle d'une voix forte. Elle se mit à rire alors que ses trois amis sursautaient, hagards. Vous devez partir caraids avant que mon époux ne vous tranche la tête! dit-elle rapidement. Je vous pensais partis hier mais vous n'en faîtes qu'à votre tête, bande de mules!
-Seachadas esan seachadas, grommela Teigue en se relevant. La tradition est la tradition.
-Aye, renchérit Aostell, railleur. Au moins, nous pouvons attester que le mariage a été consommé et plus encore...
-Je retire ce que je viens de dire. Vos doubles auraient dû être des porcs! siffla Ilyrià alors qu'Astareth se glissait derrière elle pour sortir. Filez avant que ce ne soit moi qui vous passe au fil de ma lame.
-Oh la belle dame! s'exclama le Lynx blond en levant les mains comme pour se protéger d'une quelconque attaque. Nous y allons, ne nous occis point!
-Ne me tentez pas viles bêtes!
Elle se réajusta dignement et leur tourna le dos pour rentrer dans son logis quand elle sentit trois claquements sonores balancés en rafale sur son postérieur. Elle se retournait à peine qu'ils étaient déjà loin. Un sourire indulgent et amusé se fraya un chemin jusqu'à ses lèvres rondes lorsqu'elle entendit la voix d'Aostell résonner dans les escaliers de pierres.
-Là aussi, il ne s'agit que de tradition!
Ils étaient réellement impossibles pensa-t-elle en refermant la porte sous le regard indigné du roi qu'elle remercia pour s'être retenu d'intervenir. Oui, ils étaient impossibles mais ces sauvages étaient aussi sa famille.
O0o0o
Une heure plus tard, les servantes quittaient ses appartements après s'être acquittées des corvées ordonnées par l'elfine blonde et froide. Cette dernière avait eu plus de mal à quitter sa maîtresse. Thranduil avait pu voir son désaccord de voir Ilyrià s'occuper d'elle-même. L'étiquette n'était pas respectée et cela déplaisait à l'elleth. Il dût se montrer plus cassant pour qu'enfin elle lâche prise.
Une fois seuls, la Wallen laissa nonchalamment glisser le drap en allant jusqu'au tub qu'elle enjamba gracieusement. L'eau fumante la détendit pratiquement de suite. Elle se cala confortablement contre le dossier du cuvier métallique. L'arôme des fleurs de figues apportées par la délégation de la Cité sur la Mer qui s'en dégageait chatouillaient agréablement ses narines. Toutefois cela n'allait pas tout à fait... Il lui manquait une chose essentielle... ou plutôt deux. Sans attendre ni une ni deux, elle se releva et, ruisselante, sortit du baquet.
Thranduil, carré dans le sofa, la vit surgir nue et trempée dans le salon en frottant sa peau frigorifiée. Stupéfait, l'ellon vit Ilyrià attraper la desserte et la tirer vers la salle d'eau. Un instant plus tard, elle revint une nouvelle fois et lui prit la main sans un mot pour le forcer à l'accompagner. Il se laissa faire en soupirant exagérément. Elle lui ferait décidément tout faire. Illuvatar en soit remercié, tout cela ne resterait que de l'ordre du privé. Personne ne serait jamais témoin de la faiblesse qu'elle lui inspirait. L'elfe secoua la tête, abasourdi en voyant qu'elle avait approché la desserte pour y avoir accès de la baignoire. Cette femme était folle, c'était définitivement certain. Ilyrià avait déjà retrouvé sa place dans la cuve et le regardait avec la gourmandise d'un chat devant une écuelle de lait, les bras croisés sur le rebord d'étain.
-Manan? Je pouvais t'attendre de l'autre côté melleth. Je resterai avec toi ce matin, je te l'ai dit...
-Viens avec moi... roucoula la Sirène en lui tendant la main.
-Certes non, protesta le roi, royal.
-Viens!
-Ma Dame, ne fais pas l'enfant! la réprimanda Thranduil. Il aurait continué sa diatribe sans la gerbe d'eau qui l'atteignit de plein fouet puis une seconde qui finit de le tremper.
En riant, sa jeune femme l'aspergeait avec bonheur désormais debout dans la baignoire. Odieuse sirène qui l'attirait à elle... Avant même qu'il ne le réalise, le souverain avait délaissé son manteau d'intérieur et saisi sa Wallen dans ses bras en enjambant à son tour le tub. Elle glissait entre ses bras sans cesser de pouffer, merveilleux son perlé à ses oreilles. L'ellon s'assit comme il le put et elle s'installa commodément, s'abandonnant avec confiance contre son torse de pierre. Les mains de l'elfe migrèrent aussitôt sur l'abdomen de la jeune femme et l'enlaça avec félicité.
-Ton ventre s'arrondit déjà melleth nîn, souffla-t-il, ses lèvres soudées contre la peau de son cou.
-Tes yeux d'elfe se fourvoient, ton sens du toucher aussi de toute évidence, se moqua-t-elle en croquant avidement dans une pâtisserie.
-Non, susurra Thranduil enchanté de cette bulle d'intimité, mes mains le sentent bien. Ce léger renflement... C'est un cadeau d'Erù mon amour.
Elle entrelaça ses doigts aux siens.
-Tu as la patience d'un elfing Thranduil Oropherion! s'exclama-t-elle avant de se retourner pour lui faire face.
Elle dérapa dans l'eau brûlante et s'écrasa contre lui. Ilyrià baisa avec dévotion la base de sa gorge sans chercher à reprendre une position plus conventionnelle. Elle était une sirène et l'eau étant son élément, elle s'y sentait bien d'une manière où une autre.
-Mmmmm... Il est vrai qu'il me tarde de la voir, murmura l'elfe en caressant son dos.
Elle se mit à genoux et lui sourit avec tendresse. Elle attrapa un linge et un pain de savon aux agréables effluves citronnées avant de frotter doucement la peau d'albâtre de l'elfe.
-Mo ruin, nous avons tout le temps... Profite du moment présent, ne te soucie pas de l'avenir, fredonna-t-elle.
Le visage de Thranduil redevint soudain plus sérieux. Ses traits austères étaient odieusement virils, contractant de façon délicieuse les sens de la jeune femme. Elle se mordit la lèvre en penchant la tête de côté pour l'observer.
-Qu'y a-t-il mon seigneur? Pourquoi cet air si sévère?
-Tu es ma reine désormais, déclara le souverain de sa voix basse de velours, mais pas seulement. Tu es celle de tout un peuple qui, nous le savons, ne sera pas des plus aisé à rallier à ta cause. Il va te falloir prendre le moindre de tes devoirs avec sérieux et intransigeance tout comme je le serai. Il t'arrivera de me détester... mais souviens-toi de la promesse que tu m'as faite il n'y a pas si longtemps, Ilyrià.
-Aye mo chridhe, souffla-t-elle dans un sourire.
-A commencer par tes leçons de sindarin, la railla-t-il alors qu'elle le frappait sournoisement à l'aide du linge mouillé.
-Tu as gagné, je boude! fit Ilyrià en faisant mine de se lever.
Il la retint d'une poigne de fer et la ramena vers lui.
-Tu as fait de grands progrès melleth... il faut juste continuer et travailler sur cet accent à couper au couteau voilà tout. Tiens, dit-il en lui prenant les doigts, comment dis-tu une main?
-Mâbh, répondit fièrement la Wallen.
-Et les yeux? demanda-t-il en lui embrassant la tempe droite.
-Hent.
Ses doigts effleurèrent sa nuque frissonnante en une question muette.
-Achab, chevrota la voix soudain tendue de la jeune femme.
La main de l'ellon se perdit entre les jambes de son épouse sans la quitter du regard. Ses iris brûlants ne la quittaient pas, se délectant de la voir se retenir de tomber en pâmoison.
-Et?
-Tu peux dire de moi... Tu ne sais pas rester sage mon roi... haleta Ilyrià alors qu'elle sentait les doigts aventuriers de l'ellon s'immicer en terrain intime. Ils devenaient de plus en plus pressants.
-Alors? exigea son roi intransigeant.
-Huch, geignit la Wallen, huch...
Elle se releva en s'appuyant sur lui, le souffle court et lui tendit le linge.
-Et maintenant, à ton tour, lui ordonna-t-elle.
La Wallen se cambra en frissonnant sous le toucher de la main baguée de son seigneur qui avait délaissé l'éponge pour ne saisir que le savon. Il le passa délicatement sur la gorge de la Wallen pour migrer vers ses seins ronds et son ventre chéri. Gémissante, elle s'avança un peu plus pour se coller à l'ellon et se coula doucement sur lui, sa poitrine pressée sur son torse minéral. Thranduil la serra dans ses bras comme si elle risquait de se volatiliser à tout moment. Ils ondulèrent langoureusement avec une lenteur calculée à l'unisson de leur passion dévorante, se repaissant des gémissements de leur amour mutuel. Leurs rêves comme leurs corps s'accrochaient avec passion et désespoir qu'ils se brisent et se perdent.
Comment gagner une bataille lorsque votre ennemi était le temps?
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Un peu plus tard, enfin rassasiés et habillés l'un comme l'autre, ils s'apprêtèrent à sortir. Ilyrià était persuadée qu'elle allait rejoindre ses amis alors que le roi irait vaquer à ses affaires usuelles. Or, il en avait décidé tout autrement. Thranduil arrangea une cape pourpre doublée d'hermine sur ses épaules. Sans un mot, il lui fit prendre les escaliers mais au lieu de descendre, ils montèrent de deux étages encore au-dessus de ses propres appartements.
Il ne lui prit pas le bras, se contentant de frôler de temps à autre sa main. L'ellon ne voulait pas donner du grain à moudre à ceux qu'ils pourraient croiser, leur donner sa jeune femme en pâture. Mieux valait vivre leur amour caché au sein de leur intimité plutôt que de l'étaler sous les yeux curieux et mal intentionnés. Il la mena devant une lourde double porte d'ébène et se retourna vers elle.
-Ma Dame, je te veux près de moi en toute circonstance. Je désire que tu vives loin de moi tout comme je sais qu'il te répugne de t'installer dans mes appartements.
-Tu me veux près de toi? le singea-t-elle, gentiment railleuse. Pourquoi? User de moi à ta guise? rit Ilyrià en lui caressant amoureusement la joue.
Il s'inclina doucement vers elle et murmura au creux de son oreille.
-Mon amour, certes je dois t'avouer que l'idée m'a plus d'une fois traversé l'esprit... Néanmoins, il ne s'agit pas que de cela. Il serait hautement préjudiciable pour toi et le bébé que nous soyons séparés. Ainsi va la nature des Eldar...
-Mais je ne suis pas une...
-Tu n'es pas une elfe, oui je le sais, sourit-il en posant son index sur les lèvres rosées. Mais notre enfant l'est, du moins en partie. Tu as besoin de moi comme ton éther, mon fëa.
-Besoin de toi? murmura-t-elle, bouleversée. Encore plus? Voilà qui est horriblement effrayant je dois dire... Comment cela est-il seulement possible?
-Nous sommes unis ma Dame... nous deux et notre enfant... une seule entité, unique, inaliénable et primordiale.
Un profond soupir s'exhala de la poitrine de la Wallen. Ilyrià fixa son regard sur la porte encore close. Croisant les bras sous sa poitrine, elle prit un instant pour digérer les informations que venait de lâcher négligemment l'ellon ses côtés. Quelle que fusse la société, que ce soit celle des hommes, des Wallens ou même des elfes, les couples issus de la noblesse avaient toujours occupé des logements séparés pour préserver leur indépendance et leur intimité. Elle n'aurait jamais pensé qu'il fasse un tel écart, ne le prenant pas au sérieux lorsqu'il en avait caressé le souhait devant elle.
Ilyrià craignait certainement à juste titre qu'il ne se serve de cette proximité complète pour tenter de la garder là où il le voulait lui. La fille de Sturten n'était pas idiote, elle savait les sombres pensées qui assaillaient celui qu'elle aimait. Elle était au courant de la peur qui étreignait le cœur de l'ellon, cette peur de la perdre qui serait capable de le rendre irraisonné. Peut-être le bonheur était-il à portée de main finalement? Peut-être devait-elle se laisser aller dans ce cocon ouaté qu'il lui offrait si plaisamment.
La jeune femme ne devait pas succomber à l'attrait fatal de la beauté noire des doutes qui l'animaient comme de vilaines piqûres. Elle saurait le conforter, l'entourer de son amour débordant et lui faire oublier ses peines. Aussi prit-elle une grande inspiration et entra d'un pas décidé dans le nouveau logis seigneurial.
Son souffle se bloqua devant la magnificence des lieux. Bien sûr, Thranduil n'avait pas fait les choses à moitié. La simplicité n'était pas vraiment son credo. Tout était riche mais extrêmement de bon goût. Ils se trouvaient dans un immense salon où trônait une cheminée monumentale en pierres blanches. Devant elle, de riches tapis en fibres tout droit venues du Harrad s'étalaient sur le parquet d'acajou, donnant envie à la jeune reine de se rouler dessus languissamment.
Plusieurs fauteuils crapauds et à oreilles se disputaient l'espace avec les sofas et autres méridiennes tendues de riches soieries dans les tons bleutés et azuréennes. Les murs blancs tout comme les baies béantes d'où voletaient doucement de légers voiles de gaze donnaient l'impression à la jeune femme de ne plus être dans une forêt étouffante mais au bord de la mer, de sa mer... Elle leva la tête suivant de ses yeux bicolores les moulures. Elles ornaient le plafond en s'entrelaçant harmonieusement avec les plantes grimpantes qui serpentaient le long des murs.
Avec satisfaction, elle vit que l'elfe avait ordonné qu'aucune maudite tapisserie ou autre broderie ne soit accrochée aux parois nues. Ilyrià évoluait dans la pièce en tournoyant sur elle-même comme une enfant au comble du ravissement devant de nouveaux jouets. Rien de sombre, rien de triste dans les nouveaux appartements qu'avait aménagé le seigneur de Vert Bois.
Amusé, il la regardait s'extasier sur la moindre petite chose, les bras croisés, son index caressant sa lèvre inférieure. Avisant une porte dérobée, elle s'y précipita pour découvrir une espèce d'antichambre faite, elle, de bois sombre. Un bureau d'ébène, la table de travail de Thranduil, avait été remontée ainsi que ses nombreuses bibliothèques croulantes de livres et parchemins.
Sur un des pans de mur avait été accrochée toute une panoplie d'armes. Ses yeux furent immédiatement attirés par une gigantesque épée qui se distinguait au milieu de dagues, lances, javelots ou encore un arc de bois ciselé de feuilles d'or et d'argent. L'arme devait être réellement très ancienne, peut-être presque autant que son illustre propriétaire à en juger par son métal brillant et noir comme le jais. Sa lame mate était fine et paraissait délicate mais Ilyrià ne s'y trompait pas. Feuilletée, striée de runes gravées, elle était à double tranchants et d'une longueur impressionnante. La garde en demi-sphère était agrémentée d'une coquille d'ivoire qui permettait d'envelopper la main du combattant. Ilyrià ne put s'empêcher de passer un doigt prudent sur la soie de la fusée, frissonnant sous la morsure du métal glacé. Elle sourit et sortit à reculons sous le regard impassible du roi.
-Ton bureau, conclut simplement la jeune femme en haussant les épaules.
La Wallen passa d'un pas sautillant de lutin des bois à la porte suivante qui donnait sur leur chambre. Leur chambre prit-elle soudainement conscience. Ils en étaient bel et bien là. Elle allait donc passer un certain nombre d'années ici... Elle se promena dans la pièce aux couleurs pastels en laissant traîner ses doigts fuselés sur les meubles.
Ilyrià fit l'inventaire mental de tout ce qui la composait. Un âtre plus modeste, une coiffeuse laquée de blanc, un immense lit, une psyché, un immense lit... Elle se hissa sur l'édredon et se mit debout, un sourire aguicheur aux lèvres avant de se mettre à sauter comme un petit animal sauvage. Un raclement prononcé de gorge les fit se retourner sur un Gallion rouge brique. Ilyrià descendit en tentant de rester le plus digne possible aidée par la main secourable du sinda.
-Il faut toujours vérifier la bonne tenue d'une nouvelle couche, expliqua-t-elle en repassant dans le salon sans se soucier d'un certain regard bleu pâle moqueur.
L'intendant avait installé dans la plus grande discrétion un déjeuner frugal ainsi que le courrier journalier du roi. Le couple s'assit à la grande table rectangulaire de bois clair du salon après qu' Ilyrià ait déplacé son couvert disposé en bout de table à la droite de l'elfe d'un air penaud. Elle ne souhaitait pas voir ce genre de protocole abusif et guindé au sein de leur propre logis. S'il existait bien un endroit où il n'y avait besoin de ces simagrées douteuses, c'était bien ici dans cette tanière protectrice qu'il leur aménagé. Cela faisait bizarre à la Wallen de passer autant de temps en compagnie de l'ellon et surtout de ne plus avoir à se dissimuler. Thranduil était son époux, son seigneur. Il lui faudrait certainement encore un peu de temps pour s'y habituer.
Gallion tournait autour d'eux, s'affairant dans le plus grand silence à les contenter de son mieux. Il lui faisait sérieusement penser à une mouche du coche et commençait à s'en sentir agacée. Elle picorait légèrement tandis que Thranduil lisait tranquillement, ses longues jambes croisées de biais. Valar qu'elle s'ennuyait... Elle n'osait attirer l'attention du souverain comprenant aisément qu'il ait à cœur de résoudre les problèmes inhérents à la direction du royaume.
-Je n'aurai plus jamais rien à faire...
-Que dis-tu ma Dame?
-Ciod?
-Je crois que Dame Ilyrià a pensé à voix haute, dit Gallion, placide.
-Tu t'ennuies wen nîn? Que veux-tu faire?
-Ne me parles surtout pas de broderie, s'écria-t-elle en tapant du pied. Elle anticipait déjà sa réponse. Ou de couture ou je ne sais quoi d'autre d'ailleurs! Cha certainement pas!
-Alors quoi? s'impatienta Thranduil. Il posa un peu fort son coupe papier sur la table. Tu ne veux aucune des tâches qu'une dame s'acquitte céant! Que souhaites-tu alors?
-Tha fois agam...Je ne sais pas...
-Peut-être, intervint timidement Gallion avant de s'arrêter sous la brûlure courroucée des iris hivernaux de son roi.
-Parlez Gallion, trancha Ilyrià avec un regard glacial pour son époux en l'y invitant d'un geste.
-Peut-être, reprit l'Intendant, que Dame Ilyrià devrait vous accompagner lors de votre tournée annuelle des terres. Cela lui permettrait de mieux connaître le royaume sylvestre et lui donnerait l'occasion de pouvoir s'investir auprès de vos gens.
-Oui, s'emballa aussitôt la jeune femme heureuse. Je serai plus qu'enchantée de t'accompagner mon seigneur!
-Je ne comptais pas m'y rendre cette année mais déléguer cette tâche à Legolas avant qu'il ne soit blessé, les coupa Thranduil d'un ton plus que péremptoire. Il jeta un regard aigu à son intendant. Vous le saviez pourtant non?
-Pardonnez-moi sire, j'avais oublié, s'excusa Gallion avec une révérence. Je ne me rappelais que l'allégresse de vos gens. Leur cœur harassé se réjouit à chacune de vos visites.
-Pourquoi n'y vas-tu pas? J'imagine que le temps qui y est dévolu n'est pas si important, argua Ilyrià en calant son menton dans sa paume.
-Certes ma Dame mais cette année n'y est clairement pas propice.
-Est-ce parce que tu ne veux pas laisser ta cité sans ta royale attention à cause de la présence des miens? soupçonna la Wallen en plissant les yeux.
A sa manière d'éluder son regard, elle sut qu'elle avait visé juste.
-Oh, c'est purement intolérable! s'exclama la Sirène en tapant à nouveau de son petit pied. J'irai moi puisque c'est ça! Je peux me mettre en route dès demain! finit-elle, provocatrice.
-Tu n'iras pas! refusa le souverain. Je décide, c'est ainsi. Je suis ton roi.
-Et je suis la reine, n'est-il pas? ironisa pompeusement sa femme sous les yeux de Gallion qui ne savait apparemment plus où se mettre au milieu de cette toute première dispute royale. Je fais donc ce que je veux, Thranduil Oropherion.
-Tu ne peux parcourir seule ces terres! Dois-je te rappeler ce qu'il s'est passé la dernière fois que tu as mis un pied dans mes bois? explosa Thranduil en abattant son poing sur la table. Es-tu déjà si ennuyée d'être la suzeraine de Vert Bois que tu veuilles abréger ta vie?
-Je ne suis pas en sucre! Tu ne peux me retenir prisonnière entre ces murs... murmura-t-elle avec un sanglot dans la gorge.
Thranduil se leva et fit quelques pas avant de se rasseoir en déployant son bliaud long carmin. Il s'accouda et cala son poing contre sa tempe en la fixant intensément. Quelque part, il devait bien admettre qu'il était satisfait de la voir tenter de s'impliquer dans les affaires de leur royaume désormais.
-Ton état à lui seul ne te permet pas de supporter une telle chevauchée sans parler du fait que tu es une piètre cavalière, tenta-t-il encore une fois.
-Ça ira pour quelques heures, plaida la Wallen. Elle porta un bout de faisan à ses lèvres piqué à la pointe de son couteau.
-Tu ne peux y aller seule. J'ai confiance en mes gardes, marmotta le roi, mais...
Il laissa sa phrase en suspens. Toutefois, Ilyrià comprit tout de suite de quoi il retournait. Il n'avait pas tant confiance que cela en ce qui concernait l'assurance de sa propre sécurité.
-Votre cousin pourrait certainement vous accompagner dans votre visite? proposa innocemment Gallion.
-Ton intendant est décidément d'excellent conseil! sourit Ilyrià. Elle se leva pour aller s'accroupir au bras du fauteuil de son époux pour trouver le givre de ses yeux.
Il était trop faible quand il s'agissait d'elle. Il était trop faible lorsqu'elle reportait sur lui ce regard cajoleur. Il se laissa fléchir. Que pouvait-il se passer en quelques heures et sous la houlette de son Dragon de cousin?
-Tu iras, trancha Thranduil en lui caressant la pommette. Mais pas tout de suite. Attendons le printemps, le temps actuel ne s'y prête pas, conclut-il sous les exclamations de joie de sa jeune épousée.
Oui, il était bien trop faible.
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Niobé,
Cet insupportable Dragon! Il ne perdait rien pour attendre! Elle lui ferait payer chaque affront qu'il lui avait fait subir! Elle les lui ferait payer au centuple! Oh, il était... il était... si... si lui! Abominable et abject en tous points!
Pourquoi s'était-elle soumis à cette impulsion dévorante d'aller le visiter dans sa cellule quelques semaines plus tôt? L'elfine avait tant entendu parler de ce Wallen agressif et animal qui avait abattu l'un des siens d'un unique coup de dents sans aucun état d'âme et ce, devant une salle entière... Elle martelait d'un pas vengeur les roches jaunies des couloirs du palais. L'elfine sentait encore sur elle le parfum musqué de ce démon. Aussi ne désirait-elle qu'une seule chose... prendre un bain et se débarrasser de tout ce qui lui rappelait sa présence sur elle, en elle.
Niobé n'était revenue entre les murs de la cité excavée que parce qu'elle avait entendu les rumeurs et histoires selon laquelle le roi allait épouser une étrangère à leur race. Quelle improbable impudence avait donc cette femme pour croire qu'elle méritait un tel destin, une charge aussi importante? Si le roi sinda pouvait prendre à nouveau femme, il paraissait inacceptable que ce ne soit pas une elfine de haut lignage qui puisse prétendre à cette charge!
Or, naïvement elle avait compté sur sa ressemblance avec cette lointaine cousine qu'avait été la défunte reine Artanis pour ensorceler le seigneur de Vert Bois. Naïve, oui voilà bien ce qu'elle avait été. Elle était rentrée à bride abattue dans ce royaume moribond qu'elle avait pourtant haï et abandonné, aspirant à trouver plus de beauté, plus de raffinement sur les autres terres elfiques.
L'elleth avait eu beau depuis lors se retrouver sur le chemin de ce sinda, il ne l'avait accueilli qu'avec indifférence. L'ellon n'avait pas été ébloui par sa somptueuse beauté, loin de là. Il l'avait regardée avec bienveillance mais elle n'avait réussi à le charmer ou provoquer la plus petite étincelle. Il ne regardait qu'elle, ne voyait que cette gourgandine aux cheveux noirs et hirsutes qui ne savait absolument pas se tenir. Comment pouvait-il être attiré par ça? Car oui, l'elleth n'était pas stupide. Elle avait vu la façon dont ils se couvaient du regard.
Les elfes n'étaient pas faits pour se mélanger. Les premiers nés devaient rester entre eux, protéger jalousement la pureté de leur race.
Voilà ce qu'elle avait toujours cru et pourtant tous ses principes avaient volé en éclats dès qu'elle avait posé les yeux sur ce monstre blond aux bras puissants, au torse de pierre... L'elfine se flagella mentalement pour avoir repensé à lui. D'un pas décidé, elle arriva enfin devant la porte du talan où l'avait fait loger l'intendant à la demande du souverain. Il n'avait même pas pris la peine de l'installer au sein du palais! Niobé s'était sentie flouée, flouée et d'humeur vindicative. Elle avait aspiré une revanche plus que méritée selon elle.
C'était de prime abord pour cette raison qu'elle avait nourri ce ridicule plan de séduction puérile dès qu'elle avait su qui était ce Wallen incendiaire pour l'étrangère. Et, l'espace d'un instant, l'elleth avait été persuadée être arrivée à ses fins. Cependant, tout avait basculé ce matin alors qu'elle avait bien cru fondre sous le toucher merveilleusement brutal de ce sauvageon mal dégrossi.
Il lui avait fait subir mille tortures délicieuses au long de ces longues heures pour finir par l'humilier. Jamais il ne tournerait le dos à sa cousine. La jeune femme représentait tout pour ce satané Dragon. Même cela, elle arrivait encore à le lui subtiliser! Tout à sa colère, Niobé était aveuglée par les œillères qu'elle s'imposait elle-même sans s'en rendre compte. Tout à coup, une ombre se glissa à ses côtés. De longs cheveux roux, des yeux vert mousse, une bouche fine.
-Que voulez-vous intendant? cracha-t-elle. Ne devriez-vous pas être à la porte de votre maître à attendre ses directives comme le parfait serviteur que vous êtes?
L'ellon s'adossa contre la porte de bois, l'empêchant ainsi de passer. Il croisa les bras et la regarda, un sourire torve étirant sa bouche à peine dessinée, signe de fourberie selon l'elfine. Le souvenir de belles lèvres épaisses et charnues s'imposa avec violence à elle. Elle le chassa d'un revers de la main dans le vide.
-Notre roi est avec sa femme, que dis-je... cette putain qui s'est glissée dans sa couche tel un serpent dans le lit d'oiseaux innocents.
Niobé porta la main à sa bouche en un simulacre d'étonnement choqué.
-Que dîtes-vous? s'écria-t-elle, faussement horrifiée.
-Ne faîtes pas l'innocente, ricana doucement l'elfe roux.
Ses yeux couleur de mousse affrontèrent un moment ceux émeraude de l'elleth alors que le vent s'était levé et giflait impitoyablement leurs joues. Niobé releva le col de sa pèlerine sombre.
-Sa Majesté Thranduil vous ferait durement châtier s'il savait de quelle manière son serviteur ose parler de notre bonne reine, minauda-t-elle.
-Allons Dame Niobé, ne me faîtes pas croire que l'avènement de cette nouvelle ère vous plaise... Trompez qui vous voulez mais ne jouez donc pas à ce jeu avec moi. J'y suis rodé depuis bien plus longtemps que vous.
-Je ne trompe personne.
-Alons, allons, dit-il d'un ton soudainement beaucoup plus cinglant. Je sais ce après quoi votre cœur a soupiré et je sais dans quel lit vous vous êtes vautrée cette nuit.
-Que...
-Ne m'interrompez pas! fulmina l'elfe en l'attrapant durement par l'épaule de sa main gantée de cuir brut. Il approcha son visage tout près du sien. Je doute que vous vouliez que cela se sache... Aussi, allez-vous me rendre un service...
L'elfine releva la tête avec arrogance. Elle planta ses iris dans les siennes.
-Qu'attendez-vous au juste de moi? -mieux valait cela que de perdre le respect de la noblesse sylvaine.
-Vous la haïssez autant que moi et bien d'autres... Il est l'heure de faire de notre bien-aimé roi un veuf. Quand je vous le dirai, il vous suffira de... distraire votre amant.
Effectivement, cela elle pouvait le faire. Ne disait-on pas d'une pierre, deux coups? Un sourire mauvais éclaira son joli visage. Elle se vengerait et de cette saleté d'étrangère et de cet odieux Wallen.
D'une pierre, deux coups.
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voili voilou! ça vous a plu? ;) lendemain d'un mariage folklorique! Et un vilain petit elfe qui formente de plans pas jolis jolis! XD
prochain chapitre: la Poucette et sa petite Pousse vont passer un sale quart d'heure! retrouvera-t-elle son chemin?
Dîtes donc les loutes... bientôt le 40ème chapitre... Et si vous me soumettiez un petit quelque chose, une petite idée, un clin d'œil en somme que je vous promets d'incorporer? Ça pourrait être assez drôle et funky non? ;) Allez-y, je suis toute ouïe! Ou toute n'oeil plutôt... heuuuuu bref! Vous m'avez comprise!
bisous tout doux les didous!
