Coucou tout le monde! Comment ca va bien? Aujourd'hui... et bien lisez et vous verrez! =p hahaha je suis une nana trop rigolote!
Merci de prendre de votre temps pour lire cette histoire et pour certaines un bisou en plus pour avoir pris celui de laisser une trace de leur passage! :)
Bêta/relectrice/revieweuse: Toutouille! merci et encore merci pour ton travail! Tu as une fois de plus su cerner pile poil ce qu'il fallait ici! on part souvent en sucette mais n'est-ce pas ça qui fait le point d'orgue de notre équipe? XD Quant à ta review... elle est énorme! Je suis heureuse que le pov de Gallion t'ait plu autant (surtout que certaines idées me sont venues suite à quelques brainstorming mémorables!)
Juliefanfic: oh mon dieu! qu'est-ce que j'ai ri! la pauvre Gallion en a pris pour son grade ici! Je lui ai conseillé d'ailleurs de t'éviter s'il tenait à ne pas finir en carpaccio... tu es absolument adorable! je suis heureuse que la longue scène entre les deux tourtereaux t'ait plu! j aime beaucoup l'image de Thranduil en dessert... Miam... avec de la chantilly... ouh laaaa je m'égare! gros bisous ma tite Lady!
Virginie: merci de toujours suivre et tu me vois heureuse que cela te plaise toujours autant! J'espère qu'il en ira autant pour celui-là...
Eryniel Greenleaf: désolée? Mais de quoi? Non je te remercie de continuer à lire et d'en retirer un certain contentement!^^ J'en suis extrêment heureuse! Gallion t'a mise mal à l'aise? Alors je dirai... tant mieux! mission accomplie! et oui je t'avoue que j'ai bien ri en imaginant Ily face à ces trois chenapans!^^ elle n'est pas une Wallen pour rien! après je suis pas sûre que Thranduil ait apprécié lui... :/ Je connais cette chanson et tu as raison, elle colle parfaitement à Klaùs et Niobé! Tu as d'ailleurs parfaitement cerné cette diablesse!
Sandra: mon Satanas des îles! le saigneur alors? Mdrrr ça lui va parfaitement bien! j'adooore tes jeux de mots! hahahaha! oui il est un peu comment dire... barge, non? Un elfe sociopathe... mais comme je le dis... le problème de ces elfes-là, comme de certains peuples, c'est qu'il s'agit d'idéologie! Il est persuadé de son bien-fondé ce crétin des Alpes!^^ tu as raison, il est intelligent et malsain... il était temps de se pencher un peu plus sur son cas! Quant aux z'moureux, oui pour le moment, ils sont i love to love mais bon... cela va-t-il durer?! =p gros bisous doudette!
Mane-Jei: ohhhh je suis si contente que le mariage t'ait plu! ^^ c'est d'autant gratifiant qu'il m'a pris un temps fou à mettre en place et bien sûr à écrire... des jumeaux hein?... hahahaha surprise, surprise... et oui Gallion n'est pas au mieux de sa forme psychologique! Il déteste les Wallens mais bave sur leurs femmes!^^ un ptit côté Jack l'éventreur... sans les meurtres de sérial killer... et sans les prostituées mais comme tu m'avais dit une fois la sirène par exemple ne laisse personne indifférent que ce soit dans l'amour ou la haine! j'avais trouvé cela d'une absolue justesse!^^ Quant à ce que tu m'as suggéré pour le 40ème... Surprise! bisousss
LegolasKili: merci de ton passage et en plus en ce jour d'avviversaire! je suis toujours très heureuse de voir que tu aimes!la complicité entre les deux loulous (chuuut dîtes pas à Thranduil que je l'ai appelé comme ça, il va me réduire en charpie!) est apaisante et douce dans ce chapitre! Ils ne peuvent pas tout le temps se bouffer le nez, surtout au lendemain de leurs noces! mais chacun garde son pitit caractère, dans la réserve pour lui et clairement pas pour elle! quant à Legolas et Cendera, ils seront bientôt de nouveau là mais si je les mettais là, encore un chapitre de 20000 mots! hahahaha pas sûre que tout le monde y survivrait! Gros bisous!
Allez... j'arrête de babiller comme ça... Bonne lecture à vous! Vous verrez peut-être ici si vous avez eu raison de vous inquiéter pour ma petite Ily!
Chapitre 39.
Thranduil, 3 mois plus tard,
L'esprit du sinda dérivait doucement tandis qu'il écoutait discourir ses conseillers sur l'état des denrées rescapées de la longue trêve hivernale qu'ils venaient de subir. Le souverain avait beau tenter de se concentrer sur les elfes devant lui, il n'avait de cesse de se demander ce qu'il en était de la tournée des terres qu'était en train d'effectuer sa jeune épouse.
Elle n'était partie que depuis quelques heures. Il lui semblait pourtant qu'il y avait des lunes qu' Ilyrià l'avait honteusement quitté. Un sourire imperceptible menaçait d'éclairer son visage sévère, sourire qu'il dissimula aussitôt derrière sa main surchargée de bagues. Il tardait à l'ellon de la retrouver dans l'intimité du logis douillet qu'elle avait réussi à créer depuis leur emménagement dans ces lieux communs.
La Wallen avait ainsi banni de leurs appartements les visites impromptues de ceux qu'elle appelait les indésirables, soit quasiment tout le monde, arguant que la salle du trône était justement faite pour cela. A son sens, ce domaine-là se devait de leur rester privé.
Peu enclin de prime abord à suivre ses directives un peu trop intrusives face à l'exercice de son propre pouvoir, Thranduil s'en était ensuite mordu les doigts. Entré à l'improviste avec Elwë quelques jours plus tard, les deux ellir l'avaient retrouvée au milieu du salon uniquement vêtue d'une tunique, les jambes à l'air. La Wallen avait nié avec vigueur mais il se demandait encore aujourd'hui si la Sirène ne l'avait pas attendu ainsi toute la journée pour le prendre dans les filets de son piège. Pris d'une intense colère, il avait néanmoins doucement dévié et donné son accord. Thranduil ne l'aurait jamais admis mais la jeune femme, en ayant gain de cause, lui avait offert un havre de paix, une oasis où enfin il pouvait déposer le carcan de son royal statut et n'être plus qu'un simple ellon en compagnie de sa Dame.
Valar, elle lui manquait affreusement sa Sirène tout comme son ventre maintenant bien rebondi où nichait précautionneusement la minuscule vie qu'ils avaient créée au-delà de leurs différences, des préjugés et autres regards médisants. Tout en adressant un signe indolent à l'un de ses politiques pour l'enjoindre à continuer, sa pensée s'égara de nouveau. Le roi repensa à l'annonce qui avait été faite pour promulguer la naissance d'un nouvel héritier dans les mois à venir lorsqu'il était devenu évident que l'état d'Ilyrià ne pouvait plus être camouflé.
Bien évidemment, d'aucun n'avait fait la moindre remarque. Le couple fut félicité comme il se devait mais ni lui ni malheureusement Ilyrià n'étaient dupes ou naïfs. Les coups d'œil mesquins, les quolibets, tout égratignait la Wallen dont les nerfs étaient à fleur de peau. Elle n'en montrait que peu de signes mais l'elfe savait pertinemment qu'elle n'en était pas moins touchée et, pire à ses yeux, blessée. Plusieurs fois, il avait noté sans toutefois rien dire les traces de larmes rageuses sur ses joues rondes.
Etonnamment, il se montrait relativement satisfait que le Conui, son cousin ou encore cette Aiglonne qu'il avait le plus grand mal à supporter fussent restés entre les murs de la cité excavée. Ils procuraient à Ilyrià une compagnie que lui, à son grand regret, ne pouvait lui donner à toute heure. La délégation de Wallens était repartie vers la mer sous les yeux attristés de sa toute nouvelle épouse mais pour son plus grand plaisir à lui. Ils n'avaient pas saccagé Vert Bois mais s'étaient tout de même montrés affreusement bruyants et enclins à dévoyer qui souhaitait leur prêter une oreille attentive.
La pulpe de ses doigts se mirent subitement à le picoter comme pour lui rappeler le toucher velouté de ce ventre qu'il chérissait et de ses petits tressautements qui faisaient partie de son quotidien désormais. Fille ou non, leur enfant démontrait déjà une force peu commune tirant des grimaces des plus drôles à sa mère qui pestait comme un beau diable.
L'elfe avait plus que hâte de la retrouver ce soir et de s'endormir, elle coulée dans son dos l'entourant de son bras rond. Le ventre d'Ilyrià calé dans le creux de ses reins, le roi ressentait toutes les gesticulations nocturnes de ce vigoureux bébé qui profitait alors de l'immobilisme de sa Wallen pour danser la gigue.
Oui, vivement qu'elle revienne, qu'il puisse être enfin rasséréné. L'ellon pourrait alors respirer convenablement sans ce poids lui compressant la poitrine comme si on lui avait fondu une chape de métal sur son torse. Il était réellement trop faible et la laissait avoir trop d'emprise sur lui. Il suffisait qu'elle le regarde de ses grands yeux délicieusement languissants pour que le roi sente le givre qui entourait son fëa devenir eau.
Tout à coup, il fut tiré de sa rêverie intempestive par le bruit de pas claquant un peu trop sèchement à son goût dans le couloir annexe. L'ellon détourna son regard pour voir qui osait ainsi troubler la sérénité des lieux. A la vue du nouvel arrivant, son cœur se glaça instinctivement.
Thranduil eut soudain l'impression de s'enchâsser dans le sol, que la terre s'ouvrait littéralement sous ses pieds pour l'engloutir, l'entraîner dans ses abysses.
Voronwë.
Le capitaine d'une de ses factions, celui-là même avec qui était supposé diriger sa jeune femme dans ce petit périple. Le dos droit, signe de sa condition militaire, il avança d'un pas mal assuré jusqu'au souverain mais celui-ci ne le regardait plus.
Thranduil ne pouvait détacher son regard du morceau d'étoffe déchirée qu'il tenait serré entre ses longs doigts... du drap de lin vert sombre, le même que celui dont était faite la pèlerine de voyage d'Ilyrià ainsi que sa robe.
L'ellon se leva dans ce qu'il lui semblait être un effrayant ralenti et descendit les quelques marches qui le séparaient du soldat. Tous autour d'eux s'étaient tus, pressentant qu'un malheur venait de s'abattre sur les épaules de leur souverain. Arrivé devant lui, il tendit la main sans un mot et se saisit du tissu rendu sale par les pérégrinations de l'elfe pour arriver ventre-à-terre jusqu'à son suzerain.
Délicatement il le tourna quelques secondes entre ses doigts comme s'il ne comprenait pas réellement ce qui était pourtant d'une clarté aveuglante. Ses iris bleus pâles avaient perdu toute couleur, paraissant plus translucides que jamais. Ils se portèrent sur le visage blême et hagard de Voronwë. Comme dans un lointain cauchemar fantasmagorique, l'elfe entendit sa voix profonde résonner entre les murs rocheux de la grande salle et se répercuter sur lui avec la puissance d'un ressac alimenté par une terrible tempête:
-Aran nîn, la Reine...
-Eh bien, parle! gronda, dangereusement calme, la voix du souverain sylvestre.
-Je suis désolé Sire. La reine Ilyrià nous a quitté.
Thranduil n'entendit pas la suite. C'était bien cela. La terre venait de s'ouvrir sous ses pieds et impitoyable, l'entraînait dans ses ténèbres les plus noires.
O0o0o0o0o0o0o0o0o0o0o0o0o0oo0o0o0o0o0o0o0
Quelques heures plus tôt,
La Wallen était si heureuse, si heureuse de pouvoir sortir de ces murs! Elle ne pensait pas particulièrement à ceux de leurs appartements en disant cela... De façon plus générale, la jeune femme était heureuse de quitter la cité. Prendre l'air lui ferait le plus grand bien.
En se levant, un doute sur le bien-fondé de ce voyage si court fusse-t-il l'avait assailli. Ilyrià ne se s'était pas sentie vraiment au mieux à son réveil, ayant eu un sommeil des plus troublés. La jeune femme n'avait cessé de se retourner mais rien n'y avait fait. Le bébé gigotait maintenant affreusement dès lors qu'elle avait le malheur de s'allonger.
La Pousse l'empêchait de trouver elle-même un repos pourtant tant attendu. Si Thranduil se montrait enchanté de chaque bond et soubresaut de cette démone qu'elle portait, Ilyrià y trouvait parfois un peu plus à redire dans ses cas là. Non qu'elle n'aimât pas être enceinte, au contraire. Elle adorait cette sensation de ne jamais être seule et s'émerveillait de chaque preuve qui la reliait à ce petit être énergique. Cependant, la fatigue prenait parfois le pas sur sa bonne humeur légendaire. Ilyrià aurait bien aimé l'y voir son roi porter ce déjà chenapan mais non moins délicat fardeau ne serait-ce qu'une seule journée, le voir confronté à tous les infimes désagréments qui l'accompagnaient.
La jeune femme se mit à rire toute seule en bataillant pour se lever. Elle n'était enceinte que d'à peine cinq mois. Pourtant, elle avait l'impression d'être aussi ronde que... elle ne savait pas trop quoi d'ailleurs. En réalité, elle était jalouse et complexée. Astareth lui avait expliqué quelques jours auparavant que les ellith, lors de leurs grossesses, restaient très fines et peu sujettes aux symptômes inhérents à cet état. Évidemment, quelle question! La nature était si bien faite...
La Wallen délaissa sa chemise de nuit, la laissant glisser le long de son corps. Elle qui n'avait jamais trop porté ce genre de vêtement en avait pris l'habitude ces dernières semaines pour cacher sa taille empâtée aux yeux de son amant.
Elle ne voyait que trop bien les regards moqueurs et n'aimait pas l'idée de lire la même chose dans les yeux de Thranduil ou, possibilité plus plausible, de la pitié. Pouahhh c'était encore pire que d'imaginer cela! Ceci étant dit, elle devait se montrer honnête, jamais il ne lui avait donné l'occasion de se plaindre de lui. Au contraire.
Décidément, aye* cette sortie lui ferait le plus grand bien et la réconcilierait avec des pensées plus joyeuses. Après sa toilette, la jeune femme se mit devant la psyché et s'ausculta sous toutes les coutures. Levant un bras puis l'autre, Ilyrà se retourna en se tortillant pour tenter de se regarder de dos. Les sourcils froncés, elle était si absorbée par son examen qu'elle ne vit pas arriver Thranduil derrière elle.
L'elfe s'adossa au chambranle de la porte de leur chambre, les bras croisés sur son large buste, se demandant ce qu'elle pouvait bien faire là. En fait si, il le savait très bien. Il n'était pas aveugle et avait parfaitement compris le manège de sa femme depuis quelques semaines. Or, le roi détestait qu'elle se dissimule ainsi à lui tout en appréciant qu'elle le fasse devant n'importe qui d'autre.
L'ellon aurait aimé qu'elle se visse ne serait-ce qu'une minute avec ses yeux à lui. Elle aurait alors compris... quoiqu'en y réfléchissant peut-être ne valait-il mieux pas sinon sa Wallen aurait passé tout son temps à se pavaner nue dans la cité. Il était si loin le temps où il avait cru la trouver si peu attrayante, si peu ou prou au goût des elfes et particulièrement au sien... Thranduil aimait l'opulence généreuse qu'elle dégageait qui contrastait avec la rigueur et l'austérité que lui-même renvoyait.
Il se décolla de son observatoire et vint tout contre elle. L'ellon se moula à la jeune femme, la forçant à reposer contre lui. Il la prit dans ses bras pour permettre à ses grandes mains de migrer vers leur enfant. A peine les eut-il posées qu'un violent coup heurta sa paume. La tête de la jeune femme ainsi calée sur son torse, il se sentait merveilleusement bien.
-Qu'y a-t-il melleth nîn? Tu sembles pensive.
Ilyrià ne répondit pas, s'emmurant dans un silence mutique qui déplût fort à l'elfe. Elle enroula ses bras autour elle pour en draper le haut de son corps. Il l'obligea avec une tendre violence à les laisser glisser le long de ses côtes et la sommer à rencontrer son regard dans le miroir.
-Que t'arrive-t-il ces derniers temps? Arrête de te cacher ainsi de moi, je hais cela.
-Tu me trouves pourtant trop impudique, non? Tu ne sais pas ce que tu veux a righ... objecta Ilyrià, revêche.
-Tu sais très bien ce qu'il en est, la contra Thranduil d'un ton plus dur. Tu joues sur les mots, cela ne te ressemble pas. Sa voix se fit caressante alors que ses doigts effleuraient chaque grain de sa peau auquel il pouvait avoir accès de là où il se tenait. Valar Ilyrià... soupira-t-il la bouche noyée dans la masse de ses boucles sombres, te rends-tu seulement compte du désir que tu m'inspires?
-Bien sûr, railla la jeune femme, grosse comme je le suis?
Il se pressa contre elle, lui démontrant à quel point elle se trompait. Ses grands yeux vairons s'accrochèrent incrédules à ceux de son amant véritable brasier de luxure assumée.
-Vraiment? Comment...
-Il n'y a pas de comment, la coupa-t-il en dégageant ses cheveux noirs sur son épaule gauche pour lui picorer la nuque de doux baisers. Pas de comment, pas de pourquoi, aucune question... juste une réalité. La grossesse te va bien ma Sirène... ton ventre rond où grandit mon enfant, ta peau satine -ses mains remontèrent le long de ses côtes pour venir empaumer sa poitrine- tes seins encore plus épanouis.
Soudain, il passa un bras sous ses genoux et, la renversant en arrière, la souleva comme si elle n'était qu'une brindille virevoltant dans la brise printanière. Un petit cri de ravissement s'échappa de sa gorge contractée, ses lèvres carmines formant un o absolument parfait. Malgré sa taille rebondie, en dépit de sa prise de poids, l'elfe lui donnait l'impression délirante et merveilleuse qu'elle ne restait qu'une petite chose fragile dont il était le farouche gardien. Cela lui faisait un bien fou à l'âme. Ses bras se nouèrent autour du cou de Thranduil, frémissante sous la caresse des longues mèches blanches sur sa chair.
-Repose-moi, tu es fou! Il faut que je me prépare, le gourmanda-t-elle gentiment en lui giflant doucement le dos.
-Tu ne pars que dans deux heures. Je t'aiderai à t'apprêter melleth nîn... Nous avons tout notre temps, il est encore tôt, décréta-t-il avant de réajuster sa prise sur sa proie consentante.
-Tout notre temps pour quoi? fit la Wallen mutine. Un frisson remonta doucement le long de son épine dorsale alors qu'il la couvait du regard.
Il passa d'un pas décidé dans la chambre, la refermant derrière eux d'un coup de talon sec.
-Pour te démontrer ce que tu animes en moi, vile Sirène, dit-il d'une voix sourde. Pour t'honorer mon épouse.
O0o0o0o0o0o0o0o0o
Il finit de lacer le corselet de la jeune femme dans son dos et arrangea ses cheveux qu'elle venait de nouer en un chignon serré.
-Te voilà prête.
Ilyrià se retourna pour lui adresser un sourire éclatant. Elle lui prit les doigts pour les porter un à un à ses lèvres.
- C'est à ton tour de te montrer bien sombre mon seigneur.
L'ellon captura sa main et la fit s'asseoir dans une des bergères devant l'âtre ronflant avant de prendre place devant elle sur la table basse. L'heure était sérieuse pour qu'il dérogeât ainsi à la politesse toute elfique à laquelle il tenait tant. Thranduil était un affreux polisson uniquement dans certaines situations où il aurait pu aisément concourir avec les Wallens... Sinon il restait le roi rigide qu'elle avait appris à aimer, voyant bien au-delà de son attitude raide et glaciale. La ride entre ses sourcils froncés la fit se tenir sage mais elle ne put s'empêcher de poser sa main sur sa joue.
-Qu'y a-t-il mo ruin? demanda-t-elle, cajoleuse.
-Ilyrià, soupira l'elfe en posant sa main sur la sienne pour la contraindre à réprimer sa caresse qui lui liait encore et toujours les sens. Sois sérieuse. Ne fais rien d'inconsidéré, je t'en prie... Ne vas pas te mettre dans une quelconque situation qui pourrait s'avérer dangereuse. Écoute et fais ce qui t'est demandé. En un mot, et je sais à quel point il te déplaît, obéis. Tu ne connais pas la forêt, ne l'oublie pas... ni ses dangers. Tu ne crains rien avec ton escorte ainsi que ton cousin mais il te faut te soumettre un minimum. Je t'en prie, répéta-t-il. Tu n'es plus seule, tu as la responsabilité de notre enfant.
La supplique de l'ellon face à elle la prit au dépourvu. Ce n'était tellement pas son genre de se dévoiler ainsi tout comme de prendre le risque de s'abaisser à quêter quoi que ce fut. Un instant, la Wallen regretta de sortir des cavernes et de lui faire endurer le tourment qui allait être le sien durant son absence.
Néanmoins, elle se reprit rapidement. Si elle devait ne tenir compte que de lui, Ilyrià ne s'en sortirait jamais. Les prières de l'elfe deviendraient alors peu à peu des exigences pures et simples. De cela, elle en était sûre et certaine. Thranduil avait bien trop de caractère et il était déjà peu aisé pour la jeune femme d'arriver à ce qu'il lui laisse un minimum de liberté d'action. Elle ne pouvait lui laisser avoir un tel ascendant sur sa personne, sinon elle serait définitivement à sa merci et devrait lutter à chaque instant pour obtenir la moindre latitude. Toutefois, la Sirène ne désirait pas le laisser derrière elle ainsi, un nœud coulant au creux de l'estomac. Lui prenant la main, elle embrassa de nouveau chacun de ses doigts.
-Je vais faire mieux mo chridhe... Je te le jure, déclara-t-elle en sindarin, solennelle. Sur les Valar, je te promets de ne commettre aucune imprudence et d'être bien disciplinée, rit-elle badine.
-C'est une promesse que je saurai te rappeler, lâcha-t-il avec un sourire carnassier que la Wallen comprit parfaitement bien.
C'était on-ne-peut plus clair. La jeune femme se leva et attacha le fermail de sa cape de voyage d'un beau vert sombre que lui avait confectionnée Mayana, sa couturière désormais attitrée. Elle se pencha ensuite pour déposer sur la bouche de l'ellon un rapide baiser. Il enroula sa main autour de sa nuque gracile pour l'attirer vers lui. Sa langue caressa la lèvre inférieure de la jeune femme, exigeant l'accès immédiat à la sienne à laquelle il s'entremêla furieusement. Rien de doux mais plutôt la lutte amoureuse de deux natures diamétralement opposées, opposées et pourtant en symbiose.
-M'accompagneras-tu jusqu'aux portes de la Cité? demanda-t-elle haletante.
-Non, décida-t-il en se levant à son tour. J'ai déjà donné mes instructions à Voronwë et... J'entacherai ton départ, je le crains. Il ne vaut donc mieux pas. D'autant plus que plusieurs plis urgents attendent ma lecture.
Une moue déçue se peignit sur le charmant petit visage d'Ilyrià avant de disparaître tout aussi rapidement. Peut-être était-ce mieux en réalité qu'il reste là en effet au vu de son visage fermé.
-Alors je te laisse à ta charge mon seigneur et maître, le railla-t-elle. Nous nous retrouverons ce soir.
La jeune femme allait sortir quand il la rattrapa par l'avant-bras, décidément peu enclin à laisser partir. Le roi plongea ses yeux d'hiver éternel dans les siens.
-Reviens-moi.
-Toujours... lui promit-elle avant de disparaître au détour de la porte d'ébène, féroce cerbère de leur temple.
Thranduil alla directement dans son bureau et s'installa derrière sa table d'études, là même où tous les matins il dispensait une à deux heures de leçon à sa jeune épouse. Il n'y avait que lui qui arrivait à faire entendre raison à Ilyrià. Il réussissait l'exploit de la faire se tenir tranquille... à peu près tranquille.
L'ellon se cala confortablement contre le haut dossier de son fauteuil avant de se saisir d'un parchemin encore cacheté. Voilà ce qu'il lui fallait faire... travailler, se vider l'esprit. Il s'imposait de rester là assis et de ne pas la rattraper pour la contraindre à rester à ses côtés quitte à la museler ou bien à l'attacher. Le contre-ordre qui lui brûlait les lèvres, il devait impérativement le ravaler sous peine de voir Ilyrià revenir furieuse comme jamais.
C'était de sa faute. Jamais il n'aurait dû fléchir. Aussi maintenant Thranduil était-il condamné à attendre son retour. Le problème était qu'il n'avait qu'une confiance limitée en ce qui concernait l'âpreté de ses soldats à garantir la sécurité de sa reine. Illuvatàr en soit remercié, il n'en allait pas de même pour son cousin. Il savait indubitablement que Klaùs ferait tout ce qu'il fallait, lui, pour la fille du roi Phénix, y compris à risquer sa propre vie. S'il y avait bien une personne pour qui le Wallen mourait un sourire arrogant aux lèvres, c'était Ilyrià.
Seulement, si Thranduil l'avait accompagnée comme elle l'avait secrètement désiré, le roi aurait alors pu remarquer l'absence du Dragon sur lequel il comptait pour assurer la sûreté de son âme comme de son enfant.
O0o0o0o0o0o0o0o0o
Ilyrià arriva promptement sur le parvis de la Cité où l'attendait déjà la garde qui lui avait été dévolue par son seigneur. Une dizaine de cavaliers était là, resplendissants dans leurs armures de bronze ouvragées. Elles n'étaient pas aussi belles et travaillées que celle de leur roi mais tout de même absolument magnifiques. Sur les plastrons brillait une magnifique feuille de frêne ciselée où se répercutait la lumière pure du soleil de printemps. Ils paraissaient si ascétiques... Leurs visages nobles et séduisants ne reflétaient aucune espèce d'émotions. C'en était plutôt effrayant... Les Wallens ne possédaient pas cette rigidité tout en alliant pour autant une réelle coercition. Ainsi trompés, leurs ennemis étaient mis en déroute.
De parfaits soldats pensa la jeune femme avant d'aller rejoindre le capitaine de leur escouade. La nouvelle reine ne l'avait rencontré que très peu de fois, n'ayant que peu l'occasion de fréquenter la caste militaire de la Cité. Tout ce que la Wallen pouvait dire à son sujet était qu'il ne dérogeait absolument pas à la gent elfique... et qu'il avait de magnifiques cheveux. La Wallen faillit se mettre à rire et se contint à grand-peine.
En voilà bien une réflexion digne d'une femme! Mais qu'aurait-elle pu dire sinon? Qu'il avait l'air encore plus coincé que le plus coincé des elfes?! Encore plus que l'intendant de son époux, cet avorton qui l'oppressait un tantinet à toujours être là dans l'ombre de Thranduil? Cha, cela était inenvisageable! Il n'y avait pas plus cul-serré que l'elfe roux!
La jeune reine détacha la fibule de sa cape et la fit glisser sur son bras. Il faisait si bon pour ce début de saison chaude... Les oiseaux gazouillaient doucement une ritournelle de bienvenue à l'ère renaissante alors que les nouvelles feuilles prenaient possession des arbres décharnés. Oui, c'était une très belle journée pour s'aérer la tête... Voilà exactement la raison pour laquelle elle regrettait ses choix vestimentaires. Une moue dépitée creusa ses joues rondes. La robe de laine dont elle s'était revêtue allait assurément se révéler être un handicap. Valar, elle allait se liquéfier sans aucun doute, tuée par sa propre chaleur! Un petit rire cristallin s'échappa d'entre ses lèvres roses alors que Voronwë s'approchait d'elle, un cheval tenu en bride à la main.
-Silmë! s'exclama-t-elle ravie.
Toujours aussi mauvaise cavalière, la Wallen craignait les chevaux et devoir monter seule ne la rassurait pas, loin de là. Hors de question de monter derrière qui que ce fut en l'absence de son roi à moins qu'il ne s'agisse d'une urgence d'ordre vital! Elle était la reine désormais et devait soi-disant courber l'échine devant certains usages de la cour lui avait seriné Astareth quelques jours plus tôt.
-Ernil Legolas vous prie d'accepter sa monture, marmonna le capitaine de sa voix neutre. Il est actuellement, comme vous le savez, en patrouille à la frontière sud mais se réjouit que vous puissiez monter Silmë et lui permettre de se dégourdir un peu.
-A prionnsa Legolas a toujours été un elfe d'une prévenance tout à fait remarquable, souffla-t-elle en flattant d'une main à peu près sur les naseaux frémissants de l'équidé.
-Certainement ma reine, opina-t-il d'un ton sans chaleur. Certainement.
Voronwë la saisit par la taille et l'aida à s'installer sur la selle de l'immense l'étalon. Ilyrià disposa ses jupes correctement de façon à ne pas être entravée par les lourdes étoffes. Son petit nez se retroussa alors que les imposantes portes rocheuses s'ouvraient sous l'impulsion des soldats échus à la protection de cette entrée.
-Où est Klaùs? demanda-t-elle en scrutant les alentours, le buste légèrement surélevé.
Le capitaine se tourna vers elle à nouveau, un pied dans l'étrier de sa propre monture. Il revint alors vers elle et posa une main sur le chanfrein de Silmë pour l'empêcher d'avancer plus avant. Ses yeux céruléens brillaient d'une étrange lueur qu'elle mit sur le compte du soleil haut dans le ciel. Ses incroyablement longs cheveux blonds se mouvaient doucement au rythme de la bise qui fendait l'air chaud. Son regard se planta sans sourciller dans celui d'Ilyrià.
-Votre cousin n'est pas à l'heure. Nous l'avons fait mander mais personne n'a réussi à le trouver. Or, ma reine il est indispensable que nous suivions notre calendrier d'heures. Notre temps est compté. Il sembla hésiter avant de dire d'une voix incertaine: Peut-être vaudrait-il mieux que vous restiez ici? Je comprendrai que vous ne vouliez pas vous joindre à nous autres que vous ne connaissez point votre Majesté.
L'éclat heureux dans le regard d'un des soldats statua pour la jeune femme. Quand allait-elle donc être acceptée un tant soit peu? Sans doute jamais... Cependant, elle ne risquait rien à persévérer encore et encore. Si la Wallen pouvait ne serait-ce que rallier une ou deux personne de temps en temps à sa cause, ce serait déjà un premier pas.
D'ailleurs, pourquoi donc n'irait-elle pas? Certes, Klaùs n'était pas là. Il devait très certainement cuver son vin quelque part, une elfine ou deux dans les bras... Elle connaissait si bien les vices qui l'agitaient. Cela n'avait rien d'un drame...
Fallait-il toutefois prévenir Thranduil? Si elle le faisait, Ilyrià savait qu'il refuserait tout net qu'elle parte. Or les regards narquois et railleurs de certains des guerriers devant elle la poussaient bien au contraire à prendre la route. Elle voulait leur montrer qu'elle n'était pas une vile succube qui s'était glissée dans la couche de leur souverain pour se faire engrosser et voler le trône. Avisant Gallion, encore lui! qui venait d'arriver sur l'esplanade, elle l'enjoignit à la rejoindre d'un mouvement sec de sa main gantée de cuir brun. S'inclinant sensiblement, elle lui murmura:
-Gallion, pourriez-vous prévenir mon seigneur que Klaùs n'a pu se joindre à mon escorte ainsi qu'il le souhaitait? -elle posa la main sur son épaule frêle-Ceci dit, ne le dérangez pas séant. Le roi avait d'importantes affaires à traiter. Il est inutile de l'en détourner tout de suite. Comprenez-vous? fit-elle avec un sourire engageant.
Oh, il ne saisissait que trop bien... Il sourit à son tour et se courba légèrement, la main sur le cœur.
-Il en sera fait selon vos désirs, Dame Ilyrià.
-Hannon le Gallion.
-Ne me remerciez pas, protesta-t-il d'une voix doucereuse. Et que votre voyage se fasse en toute quiétude... votre Majesté.
Il salua la garde d'un hochement de tête puis leur capitaine qui resserrait les sacoches de son cheval. Sous couvert d'une caresse à l'étalon, l'intendant glissa dans une des poches un couteau dont l'éclat d'acier attira l'attention de Veronwë. Ce dernier le regarda interloqué.
-Les Valar sont de toute évidence avec nous, souffla Gallion dans un filet de voix des plus ténus. Autant en profiter... -ses yeux se firent aussi tranchants et affûtés que la lame- Tues-la. Occupe-t-en, que cela soit définitif finalement.
Voronwë acquiesça, la mort dans l'âme. Il était bien trop impliqué pour faire machine arrière et ne le souhaitait d'ailleurs pas. Le guerrier regarda l'échanson du souverain s'éloigner, la démarche légère avant de reporter son attention sur la jeune femme. L'étrangère attendait sagement ses directives, ses drôles d'yeux perdus dans le vague. Ses joues rondes délicatement rosies par le vent, sa petite taille, rien chez elle ne semblait particulièrement dangereux... Toutefois, il lui paraissait totalement inconcevable que leur souverain se soit entiché d'une telle femme au point de lier son fëa à son essence.
Le regard du capitaine se fixa alors vers le ventre déformé de la jeune femme et se durcit. Là se trouvait le problème majeur de Voronwë. Si le roi s'était encore contenté de culbuter l'étrangère, il s'en serait moqué. Il se fichait éperdument des histoires de coucheries de son seigneur du moment qu'il n'y mêlait pas la sûreté du royaume de Vert-Bois. Après tout, le sinda avait jusque-là gardé la Wallen hors de portée des commandes de leurs terres et elle n'avait pas l'air d'y porter un quelconque intérêt.
Certes l'elfe avait été surpris de savoir à quelles pulsions bassement charnelles s'était soumis son souverain en-dehors de les liens du mariage. Tous le pensaient enchaîné de force à cette humaine mais cela restait après tout entre Thranduil et les Valar. Ce qu'il ne pouvait souffrir, en revanche, c'était le fait qu'elle fusse enceinte des œuvres du suzerain.
Savoir qu'un semi-elfe poussait à l'intérieur de ses entrailles était tout bonnement odieux. Que se passerait-il s'il prenait à cet enfant l'envie de revendiquer le trône? Il ne fallait point occulter les forces colossales qui le soutiendraient et les mèneraient tous à la guerre... Il ne pouvait éclipser le roi phénix qui se trouverait être le grand-père d'un potentiel héritier de deux des plus grands royaumes d'Arda. Cela, il ne pouvait le permettre. Jamais Vert-Bois ne se soumettrait au joug wallen. Si son roi était envoûté, il se chargerait de lui ouvrir les yeux, dusse-t-il utiliser une paire de tenailles pour cela... Il grimpa lestement sur son cheval et donna le signe du départ. Lentement, le cortège se mit en branle s'enfonçant entre les arbres touffus comme s'il se faisait engloutir par le destin lui-même.
O0o0o0o0
Ilyrià se sentait fourbue comme depuis longtemps elle ne l'avait plus été, depuis son trajet pour venir en Forêt Noire. Elle esquissa un léger sourire à ce souvenir, se rappelant combien elle avait pu maudire l'elfe à qui elle était désormais liée. La jeune femme ne l'aurait avoué même sous la torture mais elle commençait à regretter d'avoir quitté les murs réconfortants des cavernes. Réconfortant! Mais qui se moquait d'elle ainsi pour qu'elle en vienne à penser cela?!
En dehors du fait que personne ne lui adressait la parole, absolument personne que ce fussent les membres de la garde ou bien les elfes des quelques implantations agricoles et garnisons qu'ils avaient visité, elle se sentait usée jusqu'à la trame... et ce n'était que le début de l'après-midi. Une fois encore, elle aurait dû écouter Thranduil mais son caractère fier l'en avait empêché. Qu'il lui était pesant de l'admettre! A l'inverse, elle avait insisté pour qu'il la laisse faire, sûre d'elle. Seulement elle n'avait pas réalisé la difficulté de la tâche à cinq mois de grossesse. Certes, elle n'était pas malade et se sentait même très bien mais une aussi longue promenade devenait comment dire... problématique.
Ilyrià ne s'était pas doutée une seule seconde des difficultés qu'elle allait rencontrer. Son dos la meurtrissait au possible, ses cuisses cuisaient douloureusement et son ventre se contractait de temps à autre réclamant une pause qu'elle n'osait demander une fois de plus au risque de se faire encore plus mal voir. Elle aurait pu l'imposer mais ne souhaitait pas se faire remarquer. La troupe s'était déjà arrêtée à de nombreuses reprises pour lui permettre de prendre un peu de repos mais le manque de temps se creusait inexorablement.
Pourtant, la jeune femme se retenait de se laisser aller à pleurer. Les sanglots qui menaçaient de s'échapper étaient bien trop lourds, elle le savait. Si elle lâchait les vannes, la jeune femme n'était pas sûre de pouvoir les refermer. Il était hors de question de pleurer devant ces elfes et de leur donner la moindre occasion de se moquer d'elle et, par-delà elle, son seigneur. Si seulement Klaùs n'avait pas oublié ses obligations, elle aurait pu se reposer sur lui... mais il avait fallu qu'il lui fasse faux-bond ce jour! La Wallen aurait donné cher pour se reposer contre lui et entendre ses plaisanteries douteuses sur leurs compagnons d'infortune... Là tout de suite, elle n'aurait pas été contre l'idée de médire un peu sur eux alors qu'ils ne lui accordaient pas la moindre attention sauf peut-être quelques regards apitoyés comme pour se plaindre de sa venue.
De plus, l'idée de cette visite n'était plus si alléchante une fois que l'on y était. Premièrement, elle se baladait dans des bois qui lui donnaient la monstrueuse impression d'étouffer et que, bizarrement, eux non plus ne voulaient pas d'elle en ces lieux. Deuxième chose, les visites en elles-mêmes sur les domaines... ahhh, l'ennui risquait de la saouler... L'accablement menaçait de l'ensevelir sous les tonnes d'informations qu'elle se devait d'ingurgiter alors que personne n'osait lui parler. Les soldats des diverses garnisons la regardaient d'un œil méfiant. Ils avaient l'air de se retenir de la passer au fil de leur lame, sale étrangère qu'elle était à leurs yeux. Les elfes sylvains qui s'occupaient de l'aspect plus terre-à-terre de sa visite soit agricole la craignaient apparemment comme si la fille de Sturten était une sorcière prête à dévorer leur progéniture.
Elle exhala un soupir rauque si appuyé qu'il vint jusqu'aux oreilles du Capitaine. Il ralentit l'allure de son cheval pour se positionner près d'Ilyrià. Il lui jeta un coup d'oeil en s'attardant sur les traits crispés de la jeune femme.
-Vous avez besoin de repos ma Dame, dit-il posément. L'ellon posa sa main gainée sur le pommeau de sa selle pour se rapprocher d'elle et lui souffler: le problème étant, votre Altesse, que nous avons déjà pris un certain retard...
-à cause de moi, compléta-t-elle, amère.
-Certes, je ne vais pas chercher à vous faire croire le contraire, sourit aimablement Voronwë. Vous n'avez pas l'habitude de chevaucher et votre état ne se prête pas réellement à ce type de sortie.
-Je vous ralentis et m'en excuse.
-Vous êtes notre reine, nul besoin de vous excuser, l'interrompit légèrement brusque l'elfe blond. Il me semble prudent que vous vous arrêtiez ici. Personne ne voudrait qu'il y ait la moindre complication... Vous me comprenez, j'en suis certain, conclut-il, souhaitant éviter toute mention directe à sa grossesse.
La politesse elfique...
-Vous... vous allez me laisser ici? balbutia Ilyrià, les yeux écarquillés d'effroi.
Instinctivement elle avait attrapé son avant-bras et le serrait avec une force insoupçonnée dont il ne l'aurait pas cru capable.
-Bien sûr que non, sourit-il sans pour autant que celui-ci n'atteigne ses yeux, ce qu'elle mit sur le compte de sa position de soldat. Je vais laisser le reste de l'escouade terminer et vais rester avec vous. Nous prendrons une pause aussi longue qu'il vous siéra et reprendrons ensuite le chemin de la Cité. Je suis certain que le roi ne verra aucun inconvénient à vous voir rentrer plus tôt que prévu.
Ilyrià prit le temps de soupeser la solution qu'il venait de lui offrir et devait bien admettre qu'elle y était plutôt favorable tout en sachant qu'elle aurait à subir les moqueries d'un certain seigneur elfe. Tout ce dont elle avait envie se résumait à un bon bain chaud avant de se pelotonner sous son édredon moelleux avec un ellon dont le corps de pierre était pourtant incroyablement accueillant. Non qu'elle veuille une confrontation luxurieuse, non. Il s'agissait plutôt de ce fameux besoin dont lui avait parlé Thranduil lorsqu'il lui avait fait visiter le nouveau logis seigneurial, celui lié à sa grossesse. Elle ressentait de plus en plus au fil des mois la nécessité impérieuse de l'avoir à ses côtés. Lui, sa chair ou bien encore la caresse subtile de son fëa, tout l'apaisait et pacifiait son éther. C'en était réellement perturbant quelque part de se savoir aussi dépendante d'un seul être. Ressentir ses émotions, ses joies ainsi que ses douleurs comme s'il s'agissait des siennes... D'ailleurs, d'où qu'il se trouvait, Thranduil pouvait-il être au courant de son état physique et émotionnel?
Ses lèvres roses s'étirèrent doucement, laissant apparaître deux rangées de dents blanches.
-Je suis plutôt encline à suivre vos conseils, ce que m'avait d'ailleurs été plus que suggéré par mon époux.
Elle le vit tiquer à cette façon qu'elle avait eu d'appeler Thranduil ainsi mais n'en montra rien. La Wallen comprenait que pour ces gens soucieux de la préservation de leurs us et coutumes, il était horriblement difficile de voir une humaine, étrangère de surcroît, comme la compagne d'une ellon qui avait déjà pris femme. Aussi ne releva-t-elle pas. Cela n'avait pas d'importance.
Ilyrià fit halte tandis qu'il allait plus avant expliquer la situation au reste de la cohorte. Il ne fallut que quelques minutes à Voronwë pour donner ses ordres et que les soldats ne repartent au galop pour tenter de reprendre le pas sur le temps perdu. Pendant ce temps, la jeune femme était descendue tant bien que mal de ce maudit canasson. Son postérieur souffreteux ne lui donnait plus aucune indulgence vis-à-vis de ce pauvre Silmë.
Elle avait faim. Elle avait chaud. Elle avait mal absolument dans chaque parcelle de son pauvre corps endolori.
La Wallen fit plusieurs pas en faisant de grands moulinets avec ses bras qui la tiraient horriblement. Elle avait tellement forcé pour obliger cette satanée bête à ne pas dévier du chemin pour brouter l'herbe grasse des talus... Après s'être étirée, alors que Voronwë descendait de cheval à son tour, Ilyrià flâna doucement entre les hauts taillis. Elle chantonnait une berceuse de chez elle, ses doigts frôlant avec plaisir les bourgeons des arbustes.
Heureuse. Elle était heureuse de rentrer dans ce qui était devenu tout bonnement chez elle. Les premières fleurs du printemps embaumaient l'air chaud et il lui vint à l'esprit qu'il serait agréable de disposer un bouquet de ces gerbes sauvages dans sa, non dans leur chambre. Elle avait encore du mal à se faire à son changement de statut mais finirait bien par s'y habituer. La jeune femme se mit à rire en se baissant pour cueillir les tiges de jasmin et autres délicates marguerites au parfum envoûteur. Ilyrià était si absorbée par sa tâche qu'elle n'entendit l'elfe arriver dans son dos. Il fallait dire qu'ils se posaient là, question discrétion. Ne pouvaient-ils pas se racler la gorge comme tout à chacun?
-Ma Dame, commença-t-il alors qu'elle sursautait violemment en portant la main à sa poitrine.
-Vous m'avez fait peur! s'exclama-t-elle.
-Vous m'en voyez fort contrit, fit l'elfe avant de l'aider à se remettre debout. Les gourdes sont presque vides je le crains... Il serait avisé d'aller les remplir puis que vous preniez une collation avant de repartir. On ne sait jamais. Il ne faudrait pas que vous manquiez d'eau.
-Effectivement, c'est tout à fait déconseillé, commenta-t-elle avec un clin d'œil espiègle. Savez-vous seulement où en trouver? J'imagine que oui bien évidemment.
Ils marchèrent un long moment, Voronwë légèrement devant elle. La Wallen avait abandonné l'idée d'entretenir un ersatz de conversation avec lui. Toutes ses questions s'étaient soldées inlassablement par des onomatopées tout sauf intéressantes. Au bout d'une bonne heure, elle commença à éprouver un léger malaise. Ilyrià se sentait certes fatiguée au possible mais quelque chose dans l'air l'oppressait, une sensation de danger qui lui collait à la peau.
Sa Sirène s'agitait de plus en plus fort, la suppliant de faire demi-tour. La forêt se faisait dense, lui donnait l'impression d'étouffer. La compacité des épais sous-bois rendaient l'atmosphère irrespirable. Plus aucun bruit, pas même celui d'animaux, ne transperçait le lourd silence rendant la forêt plus moribonde encore. Aucune fleur n'égayait plus ces lieux où le désespoir et la désespérance prenaient à la gorge.
Plus elle avançait, plus une petite voix pernicieuse lui criait que jamais plus elle ne poserait les yeux sur l'elfe qui hantait la moindre de ses pensées. Jamais elle ne verrait ni ne prendrait sa fille dans ses bras. Le jeune femme se gifla mentalement. Comment pouvait-elle donc se laisser à ces sombres pensées? La réponse lui vint tout naturellement. C'était cette forêt gorgée de magie obscure.
-Êtes-vous sûr de vous? demanda-t-elle timidement. Mon seigneur m'a pourtant répété à quel point il était imprudent de s'attarder dans les sous-bois... -devant le manque de réaction de l'elfe, un sentiment de panique s'empara d'elle. La Wallen s'arrêta net.- Je ne ferai pas un pas de plus! se récria-t-elle les poings sur les hanches, à moins que vous ne vous décidiez à me répondre, Voronwë!
Sa Sirène hurlait désormais. Le bébé dans son ventre gesticulait comme si lui aussi ressentait l'angoisse de sa mère comme étant sienne. L'elfe se retourna lentement. Son regard bleu avait perdu toute expression et n'était plus qu'une coquille vide. On aurait dit que toute vie avait abandonné le guerrier. Cette fameuse étincelle des eldar dont on lui serinait les oreilles l'avait déserté laissant place à une espèce de corps sans âme qui l'effraya.
Ilyrià ne put s'empêcher de reculer de quelques pas alors qu'il avançait vers elle. Elle tendit les bras devant elle comme une supplique muette. La frayeur qui s'est emparée d'elle se transforma en terreur quand elle vit l'éclat d'acier d'une dague qu'il tenait fermement. La Wallen porta ses mains à sa bouche avant de les reporter sur son ventre dans une vaine tentative de protection.
-Que faîtes-vous Voronwë? Avez-vous perdu l'esprit? dit la Wallen d'une voix chevrotante. C'est cette forêt mellon qui vous pousse à des actes que vous regretterez plus tard...
Un rire sinistre traversa le corps musculeux de l'ellon.
-Il ne s'agit pas de magie ou alors de votre sorcellerie, lâcha-t-il en continuant à avancer vers elle.
-Je ne suis pas une sorcière! nia Ilyrià. Elle pensait pouvoir le raisonner, ne comprenant pas encore qu'il n'était pas question de folie mais, plus grave, d'idéologie.
-Vraiment? N'avez-vous point ensorcelé notre roi?
-Je l'aime, fit Ilyrià. Vous ne pouvez m'enlever cela. Que croyez-vous donc?
-Je crois Madame, répondit Voronwë en faisant jouer les rayons de soleil sur le plat de son lame, je crois que vous ne pouvez rester reine en notre royaume. Il en va de sa survie. Mais plus encore, je crois et suis même certain que votre enfant ne peut voir le jour. Il est bien trop dangereux.
-Il n'est même pas encore né, riposta la Wallen. Ce ne sera qu'un nourrisson...
-Qui grandira. Je suis un homme de conviction, voyez-vous. Il le faut si je veux protéger Vert Bois. Vous avez perverti notre roi... peut-être est-il encore temps de le sauver de ses propres abjections... mais pas tant que vous serez là et encore moins avec cette chose qui pousse en votre sein.
-C'est vous le monstre, souffla la jeune femme, pas moi et encore moins l'enfant innocent que je mettrai au monde.
Il l'accula contre un hêtre mais ne vit pas le coup arriver. L'énergie du désespoir. La nécessité fauve de mettre en sécurité son petit. La Wallen replia son poing et l'écrasa violemment sur l'arête du nez de l'ellon. Seulement, le surpoids qu'elle portait en permanence la privait d'une grande partie de ses capacités, entre autre de sa rapidité.
L'elfe la saisit par les cheveux en anhélant. Jamais il n'aurait pensé que cela fut si dur de s'acquitter de ce devoir-là. Il ne doutait pas de son bien-fondé mais répugnait à ôter la vie d'une femme désarmée et de l'enfant dans son ventre. Une illumination lui vint alors qu'elle se débattait comme une diablesse. Elle avait beau ruer, la Wallen ne faisait clairement pas le poids contre le guerrier aguerri.
Il la déplaça légèrement de façon à la ceinturer d'un seul bras et lui asséna un coup monumental avec la fusée de son poignard à la base du crâne. La jeune femme s'affaissa lourdement entre ses bras. Il eut un mouvement de recul en sentant une bosse se former sous ses doigts qu'il avait de posés sur l'abdomen d'Ilyrià. Une sensation de chaleur intense se diffusa de ce simple contact pour l'envahir sauvagement.
-Sorcellerie, marmonna l'elfe.
Il déposa son lourd fardeau au pied de l'arbre et arracha un morceau de la cape de velours vert de la jeune femme. Il lui fallait une preuve à fournir au roi. Le sinda était une ellon intelligent comme intuitif qui ne croirait pas facilement à la mort de cette femelle sans une preuve qui ne puisse l'attester. Voronwë posa une dernière fois son regard aigue-marine sur la Wallen évanouie. Il n'allait pas la tuer lui-même. L'ellon n'en était pas tout simplement capable... La forêt s'en chargerait pour lui. Jamais elle ne pourrait survivre ici. Entre les araignées, les orcs et les loups, elle n'avait aucune chance.
Aucune.
O0o0o0o0o0o
Mal à la tête. Mal au dos. Mal aux jambes. Mal... Mal... Mal... Elle devait se reposer, voilà tout. Rester allongée là sur ce matelas moelleux et se laisser porter vers le sommeil qui ne voulait plus la quitter. Quelques minutes de plus... que risquait-elle? La souffrance était si intense. Mal. Mal. Mal au ventre...
Les yeux d'Ilyrià s'ouvrirent sur-le-champ sous le choc que lui asséna cette pensée. Le crépuscule était déjà tombé et la nuit ferait de même d'ici quelques heures à peine. Elle s'assit précautionneusement et tâta le renflement de son ventre avant de glisser une main tremblante sous ses jupes. Ses doigts se faufilèrent entre ses cuisses afin de vérifier ce qu'elle craignait tant. Une boule coincée au creux de son estomac, la jeune reine regarda leur état après examen et soupira en constatant qu'aucune trace de sang ne les imbibait. Une vague de soulagement l'inonda lorsqu' un coup de pieds du bébé bien placé la sortit de sa léthargie.
Elle ne pouvait se laisser abattre. Elle était une Wallen oui ou non?! Et les Wallens ne se soumettaient ni n'abandonnaient sans se battre. Ilyrià se remit debout en tanguant légèrement. Heureusement l'arbre dans son dos permit à la jeune femme de reprendre graduellement conscience, son tronc lui servant de soutien bienvenu.
Il fallait qu'elle réfléchisse posément, du moins autant qu'il lui était possible dans de telles circonstances. Ses pensées se dirigèrent tout naturellement vers Voronwë. Ce fils de chacal n'avait même pas eu le courage de la tuer! Une moue dégoûtée tordit ses jolis traits. Il passerait un sale quart d'heure dès qu'elle rentrerait chez elle aux côtés de son elfe... sans parler de ce qu'elle lui ferait, elle. Ilyrià était furieuse de s'être laissée manipuler par les grands yeux bleus de ce chien immonde. Encore un qui ne voulait que leur faire du mal à elle et, pire, à son enfant... Ne savait-il donc pas que l'on ne se s'en prenait pas impunément ainsi à une femme sur le point de donner vie? Et c'étaient les Wallens les barbares? Quelle plaisanterie... Elle lui ferait payer au centuple la simple idée d'avoir voulu attenter aux jours de sa fille.
Seulement... La question était: par quoi devait-elle commencer? Que devait-elle faire? Ses yeux avaient beau fouillé les alentours, elle ne reconnaissait strictement rien. Finnàm l'avait toujours réprimandé de ne pas prendre au sérieux l'enseignement qu'il avait voulu lui prodiguer en matière d'orientation. Comme la jeune femme pouvait s'en mordre les doigts à l'heure qu'il était! Qu'allait-elle pouvoir faire seule? Sans même savoir où aller?
Elle passa sa main sur son visage fatigué. Elle ne pouvait, ne devait perdre la foi. Pas maintenant alors qu'en son sein grandissait leur petite Pousse qui, elle, n'avait rien demandé à personne, ni d'être conçue, ni d'être haïe à ce point. Pas maintenant qu'elle avait rencontré et apprivoisé l'ellon le plus brûlant qu'Illuvatàr ait jamais créé. Il fallait qu'elle protège la Pousse, il fallait qu'elle retrouve Thranduil avant qu'il ne devienne fou d'inquiétude.
Ilyrià remonta sa jupe de laine pour en faire un panier de fortune et ramassa quelques baies afin de se nourrir et faire des réserves. Elle en grignota quelques-unes. Encore vertes, leur amertume la fit grimacer et saliver mais il valait mieux cela que de rester le ventre creux. Fourrant les autres dans les poches de ses jupes, elle se mit en route au hasard en priant de se diriger à peu près dans la bonne direction.
Ilyrià ne pouvait perdre confiance en Varda. Ses filles la guideraient. Surtout, elle devait croire en la puissance de ce fameux lien avec Thranduil. C'était le moment ou jamais. La Sirène en elle approuvait. Son éther entrelacé étroitement au fëa de l'ellon lui permettrait de la retrouver. Si quelqu'un en était capable, c'était bien lui. Jamais il ne les abandonnerait à leur sort, elle et leur fille. Elle devait juste survivre en attendant que son elfe vienne la récupérer.
Survivre, le maître mot.
Les heures défilaient et l'atroce impression de tourner en rond empirait, comme si elle s'enfonçait de plus en plus profondément entre les bras tentaculaires de ce monstre boisé. Ses pieds la faisaient horriblement souffrir et, à sentir le liquide poisseux qui baignaient ses orteils, la jeune femme était certaine que le sang coulait des ampoules qu'elle s'était faites le matin même. Dire qu'elle n'avait cherché qu'à plaire à ces monstres... Ils avaient beau être parfaits, d'une beauté révoltante et avoir des manières policées à la limite de l'indécence, les elfes pouvaient aussi se montrer d'une cruauté sans égale. La frustration la fit hurler de rage, ses petits poings serrés convulsivement frappant ses cuisses avec frénésie.
Survivre... Ne pas abandonner.
Ilyrià longeait les chemins sinueux en tentant de se rappeler par où était passé ce sale traître avant de la perdre. Certains détails lui revenaient en mémoire. A gauche après le premier bosquet, tout droit jusqu'au chêne et de nouveau à droite au cyprès... La nuit, tombée maintenant, lui faisait peur et la faisait bondir au moindre bruit sans parler de celui qu'elle-même faisait. La Wallen essayait pourtant de caler son pas comme le lui avait appris Legolas quelques mois plus tôt en serrant d'une main ferme le petit couteau qu'elle avait dissimulé dans sa jarretière le matin même. Les Wallens aimaient être parés à toutes les éventualités. Encore fallait-il avoir l'opportunité de pouvoir s'en servir se dit-elle amèrement en songeant à Voronwë.
Au bout d'une bonne heure, Ilyrià se retrouva devant une fourche qui lui fit perdre tous ses moyens. Valar qu'elle était fatiguée... La jeune femme s'assit deux minutes pour reprendre ses esprits quand ses réflexions furent interrompues par une biche qui bondit à quelques mètres d'elle. Le regard de la Wallen et celui ambré de l'animal s'accrochèrent. Un sourire étira les lèvres ourlées de la jeune femme. Enfin un peu de douceur bienvenue dans ce monde sanglant et brut qui était désormais sien. Durant ces derniers mois où Thranduil l'avait entourée de tant d'attentions, elle l'avait oublié et en subissait les conséquences. Il lui était aussi odieux de se dire qu'à vouloir n'en faire qu'à sa tête, elle condamnerait certainement le fëa de son elfe si elle disparaissait. Cha, la Wallen devait se montrer confiante.
-Tu es un bon présage pour moi, j'en suis certaine mon amie. Pourrait-il en être autrement alors que l'emblème de mon roi est le cerf? dit-elle à voix basse. Illuvatàr t'envoie, n'est-ce pas? Je vais rentrer chez moi... Oui, je vais rentrer chez moi. Il ne peut en être autrement.
Soudain, une masse sombre s'abattit sur la biche et planta ses dents acérées dans la chair tendre de la jeune femelle. Ilyrià plaqua sa main sur sa bouche pour contenir le cri de panique qu'elle vomissait.
Un loup. Un énorme loup au pelage gris barbouillé du sang encore chaud de la biche la fixait de ses énormes yeux jaunes. Ses babines s'étaient retroussées sur d'abominables canines effilées. La bête gigantesque grondait sans détacher son regard de la Wallen. Elle l'avait dérangé dans sa chasse. Cette dernière se releva avec lenteur et fit un pas de côté pour voir la réaction du prédateur. Ses narines se pincèrent en voyant ses prunelles luisantes la suivre.
Bien.
Elle n'avait pas le choix visiblement. Ilyrià raffermit sa prise sur la fusée de son arme et se laissa muter en partie. La Sirène avait bien plus de force que sa part humaine. Elle était plus résistante, plus puissante... Les manches de son corsage craquèrent et laissèrent apparaître ses écailles. Or, ce n'était pas de la douce Sirène dont elle avait besoin mais de l'autre, bien plus agressive, bien plus sauvage...
La Dorcha.
Ilyrià n'avait jamais voulu avoir affaire à elle plus que de nécessaire. Certes, les doubles de la quasi-totalité des Wallens avaient une part sombre, odieux miroir de leurs mutations. Cependant, Elle était bien trop vénéneuse. C'était Elle qui captivait les marins jusqu'à leur mort. Lorsqu'une Sirène cédait à l'appel de la mer, Elle les attirait à elle de sa voix enchanteresse pour les entraîner dans les abîmes du néant. Son chant comme son cri étaient tout bonnement stupéfiants. De plus, les Dorchas étaient horriblement compliquées à manipuler et avaient la fâcheuse tendance à submerger la part humaine des quelques sirènes qui avaient tenté de les apprivoiser sans pour autant se jeter à l'océan... La Wallen s'était d'ailleurs souvent demandé si sa mère en était devenue une après sa disparition... L'effroi qu'Elle lui inspirait avait toujours broyé le cœur d'Ilyrià, la paralysant.
Seul son cousin avait pris le risque de nombreuses années auparavant de lui enseigner la maîtrise de sa part monstrueuse. Les Valar savaient combien sa propre mutation était aléatoire et dangereuse. Klaùs lui avait ainsi appris à rendre ses écailles plus redoutables que celles qui la recouvraient habituellement. «Des écailles sont des écailles lui avait-il dit alors. Si les tiennes sont rondes, celles de la Dorcha peuvent s'affûter comme les miennes. Concentre-toi...»
-Concentre-toi, siffla-t-elle entre ses dents alors qu'elle voyait le prédateur se rassembler sur lui-même pour lui sauter à la gorge.
Ses écailles dorées vibrèrent de plus en plus intensément. Au lieu de prendre leur belle apparence émeraude, elles ressemblaient désormais à des pointes de lames pourpres hérissées. Ilyrià passa un doigt sur son visage et se piqua le bout du doigt. Une perle de sang pointa sur la chair pulpeuse de son index qu'elle suça avidement. Sirène sombre et cruelle...
-Je te connais loup... mon alpha est bien plus vilain que toi, gronda-t-elle avant de bouger de côté. Tu es un prédateur... tout comme moi.
Soudain, la bête se propulsa sur elle. La jeune femme l'évita de justesse en pivotant gracieusement sur sa jambe droite telle une danseuse malgré son ventre rebondi. La puissance que lui conférait son double la grisa l'espace d'un instant. Prenant une grande inspiration, la Sirène poussa un hurlement déchirant à se damner. Le loup, déstabilisé, poussa une longue plainte lupine. La Wallen en profita pour plonger sur lui. Le choix ne lui était pas permis. Elle n'aurait pas de seconde chance et l'adrénaline qui coulait à flots dans ses veines ne lui permettait plus de réfléchir consciemment.
Ilyrià agrippa d'une main sa gueule alors qu'il ruait dangereusement pour la maintenir dans le creux de son coude et se mit à cheval sur lui. Elle ne pouvait faire autrement. Si la fille de Sturten ne l'éliminait pas, elles y passeraient toutes les deux dans les secondes qui suivraient, elle et sa fille. Lui tenant les mâchoires serrées, la jeune femme l'égorgea sans sourciller d'un geste sec. Elle se retrouva à son tour aspergée de sang, celui du loup ainsi que de l'innocente biche.
Après s'être remise péniblement debout et laissant refluer doucement sa mutation qu'elle ne pouvait gérer longtemps au vu de son état de fatigue extrême, la Wallen chancela jusqu'à la pauvre femelle. La Wallen s'accroupit et caressa sa tête.
-Si tu n'avais pas été là mo caraid, c'est moi qu'il aurait dévoré. Moran taing,murmura-t-elle avec gratitude.
Elle n'eut pas le temps de s'appesantir sur le cadavre du pauvre animal. Des hurlements de part et d'autre des bois autour d'elle résonnaient, crevant les ténèbres dont elle était la prisonnière. Quelle idiote avait-elle été! Côtoyant au plus près l'un des leurs, elle aurait pourtant dû se rappeler une information vitale au sujet des loups.
Ils vivaient pour la meute.
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-Je suis désolé Sire. La reine Ilyrià nous a quitté.
Thranduil fit un effort surhumain pour ne pas arracher la tête de son capitaine. Il entendait les mots qui sortaient de sa bouche, ses explications sur la façon dont Ilyrià s'était imprudemment éloignée de lui alors qu'ils faisaient une pause, comment elle avait voulu attraper une fleur sur le bord d'un ravin... Valar, une fleur, une stupide fleur!... comment son pied avait ripé... comment elle était tombée et que, se jetant sur la jeune Dame pour la retenir, seul ce morceau de tissu lui était resté entre les mains. Celui-là même que le roi triturait entre ses doigts encore imprégné du parfum de sa femme. Il écoutait mais n'entendait qu'un brouhaha terrible.
Comment était-ce possible? Ilyrià était encore là quelques heures plus tôt... Il l'avait tenue, caressé sa peau douce, honoré son corps du sien, senti leur enfant ruer sous son toucher. Il se figea, son sang désertant son corps. Son esprit torturé, l'elfe perdait l'équilibre, redevenait poussière aux portes de son enfer personnel... Elle avait disparu entraînant leur enfant dans la mort. L'amertume était tellement forte qu'il se retint d'envoyer son poing dans le visage de son capitaine. Il n'avait qu'une envie, le massacrer, le tuer de ses propres mains pour apaiser son fëa qui rugissait à la mort. Mais il ne le pouvait pas. Il était le roi et ne pouvait décemment se laisser aller à ce type de comportement.
-Etes-vous certain Voronwë? demanda-t-il d'une voix sourde, les dents serrées. Absolument sûr de vos dires?
-Je l'ai vue basculer Sire, répondit humblement l'elfe avant de mettre un genou à terre, la tête basse.
Thranduil fit un pas vers lui, le dominant ainsi de toute sa hauteur.
- Pourquoi ne pas m'avoir ramené le corps de ma femme?
Sa voix basse aux intonations horriblement doucereuses fit frissonner le soldat. Il connaissait le caractère ombrageux de son souverain. Aussi, savait- il qu'il eut été préférable pour lui que le sinda se soit mis à crier ou même qu'il ait levé la main sur lui.
-La crevasse dans laquelle est tombée Dame Ilyrià était bien trop escarpée Monseigneur. Il n'y avait aucun moyen de récupérer son...
Thranduil tourna la tête vers les deux seuls gardes encore présents dans la grande salle. Les quelques conseillers du roi avaient jugé préférable de quitter discrètement la pièce. Personne ne souhaitait subir le courroux du souverain, heureux ou non de cette nouvelle pour le moins inattendue. Seul l'intendant avait eu l'audace de rester et assistait à la scène du recoin où il se terrait généralement lorsqu'il voulait voir sans être inquiété. D'un signe de la main, le roi leur fit signe d'approcher.
-Mettez le capitaine aux arrêts pour le moment, le temps que je statue quant à son devenir, ordonna-t-il.
D'un regard éteint, l'ellon vit le soldat se relever, le saluer avec raideur sans pour autant croiser la piqûre de ses iris et sortir encadrer des elfes en armure. Resté seul, Thranduil chancela une demi-seconde. Ses doigts se serrèrent sur le misérable bout d'étoffe, unique chose qui lui restait désormais de sa jeune épouse. Il le fixait hébété, ne saisissant pas réellement ce qu'il avait sous les yeux. Un bruit discret lui fit relever la tête. Qui osait le troubler en pareil moment? Gallion se tenait devant lui, ses mains se tordant de commisération et de gêne. Ses yeux verts l'observaient avec crainte. L'échanson n'arriva pas à soutenir le regard glacial et figé du souverain.
-Votre Altesse... Je suis navré et attristé par cette immense perte qui vous... qui nous accable tous. Soyez assuré de mon indéfectible soutien, déclara l'elfe roux. Après hésitation, il continua: Si vous saviez ce que mon cœur regrette d'avoir suggéré cette visite à notre bonne reine... Châtiez-moi! s'écria-t-il avec ferveur. Il n'y nulle autre chose que je mérite!
Ses paroles déclenchèrent une réaction auquel même Thranduil ne s'attendait pas. Il ne voulait montrer son désespoir en public, il était le roi. Toutefois, la rage était autrement plus forte que la raison. Et cet ellon fluet toujours à rôder dans son ombre, n'avait-il pas raison justement? S'il n'avait pas soumis cette idée stupide à sa charmante écervelée, Ilyrià serait là à ses côtés à pester contre son ventre trop gros, à l'attirer vers elle comme un papillon vers sa flamme...
D'un geste d'une incroyable célérité, il attrapa Gallion à la gorge et fit quelques pas pour le plaquer contre la roche du mur. La tête de l'elfe tapa violemment contre la paroi tandis que de sa seule main, Thranduil le soulevait à plusieurs centimètres du sol en resserrant ses doigts. Sans une once d'émotion, le roi vit son intendant commencer à étouffer sous l'étau de sa poigne. Ses yeux se révulsèrent, son corps devenait de plus en plus lourd et mou... Un éclair de lucidité traversa l'ellon, se frayant un chemin jusqu'à sa conscience qui le força à relâcher sa prise.
Le souverain le regarda, les lèvres pincées, partagé entre l'envie de finir ce qu'il venait de commencer et la pondération. Dans un mouvement ample qui fit se déployer son lourd manteau de brocard bleu, il se détourna rapidement et sortit avant de succomber à ses pulsions meurtrières. Il interpella plusieurs gardes qui stationnaient à l'extérieur de la grande salle et les somma de le suivre alors qu'il grimpait quatre à quatre les marches de l'immense escalier.
Ses bottes claquaient rudement sur le sol... comme les lanières cruelles d'un chat à neuf queues qui auraient meurtri sa chair, métaphore parfaite de son atma brisée. Il n'avait cure des regards apitoyés des ellith et ellir qu'il pouvait croiser. La nouvelle s'était répandue comme une traînée de poudre. Le seigneur sylvestre s'appliqua à ne croiser aucun visage, qu'ils restent bien tous anonymes. Il ne pouvait en être autrement.
Son âme atrocement mutilée se fissurait inexorablement... Il ne fallait pas grand-chose pour attiser la rage noire qui le submergeait en de puissantes vagues déferlantes, il le savait fort bien. Un regard, une question, une marque faussée de regret... Arrivé devant ses appartements, il ouvrit la double porte à la volée et la claqua derrière lui non sans avoir aboyé un ordre aux guerriers derrière lui.
-Je n'y suis pour personne. Faîtes le nécessaire pour que l'on ne me dérange pas.
L'ellon entendit le froissement métallique des hallebardes croisées et apprécia la rigueur avec laquelle les gardes avaient agi. S'appuyant contre le bois, il pinça son nez dans un geste vain pour reprendre contenance. Il avait l'impression de se dissocier de son corps, de n'être qu'un vulgaire spectateur d'une attraction cauchemardesque.
Peut-être était-ce seulement cela?
Ses yeux pâles se fermèrent pour se rouvrir aussitôt. Non. Il était toujours seul. Son attention se vissa sur la grande table de salon où trônait un vase de cristal surchargé de lys odorants. L'incendie qui couvait dans sa poitrine éclata avec violence. Il marcha droit dessus et brisa le délicat objet d'un magistral coup de poing. Des éclats se logèrent dans la chair de sa main sans qu'il ne fasse le moindre geste pour les en enlever. La douleur physique était salvatrice pour combattre le mal incandescent qui le rongeait.
Reculant de quelques pas, Thranduil s'affaissa dans le fauteuil contre lequel il venait de buter comme s'il était ivre. Le sinda aurait tout donné pour boire jusqu'à l'enivrement... Un rire lugubre fit vibrer le corps puissant de l'ellon. Il aurait voulu noyer son chagrin dans l'alcool... si seulement Ilyrià n'avait pas refusé la présence de bouteilles ici, le temps de sa grossesse, les effluves alcooliques l'incommodant au plus haut point. Bien entendu il avait cédé.
Cédé, fléchi, faibli... le nœud de tout cet impitoyable gâchis. L'ellon s'était montré d'une faiblesse grotesque face à elle et ses caprices, la laissant agir à sa guise. Elle n'avait qu'à le regarder avec cette façon envoûtante bien à elle et il craquait. S'il s'était montré plus dur, plus intransigeant comme il l'avait été... s'il avait écouté son instinct tout simplement, alors sa Sirène serait là... tempêtant très certainement mais en vie. Un feulement de fauve blessé remonta dans sa gorge alors que les brûlures de son visage le meurtissaient à nouveau. Des mois que ses blessures l'avaient laissé en paix et voilà que sa souffrance revenait au galop de son désespoir. Il se passa la main dans ses cheveux, ceux qu'elle aimait tant. Thranduil avait absolument tout perdu.
Qu'allait-il pouvoir faire désormais? Il ne pouvait imaginer continuer sa vie immortelle sans sa précieuse éphémère. Il l'avait fait une fois à la mort d'Artanis. Le roi avait repris le dessus, pour le royaume comme pour son fils bien-aimé. Or, les choses étaient si différentes aujourd'hui. La tendresse calme qu'il avait connu avec sa défunte épouse avait laissé place à un tout autre type d'amour avec Ilyrià... plus passionnel.
Était-ce parce qu'elle n'était pas une elleth? Parce que leur union avait été en partie décidée par une instance qu'ils n'appréhendaient pas? Ou bien encore sa jeunesse et toutes leurs différences qui les attiraient l'un vers l'autre sans possible retour en arrière?
Il n'aurait su le dire exactement. Le constat était d'une simplicité limpide. L'ellon, au-delà de toutes les épreuves qu'il avait rencontré au fil des millénaires, des nombreuses pertes qu'il avait subi, ne pouvait supporter cette dernière qui de plus était double. Son fëa se déchirait inexorablement, il le sentait jusque dans ses entrailles. L'idée même de ne plus la voir, la toucher lui était insupportable et irréalisable.
Les choses étaient différentes se répétait-t-il inlassablement. Legolas saurait être un excellent gouvernant.
Thranduil repassa sa main malhabile poissée de son propre sang dans ses longues mèches avant de porter le bout de tissu à son nez pour s'imprégner du parfum d'Ilyrià. Les effluences d'embruns le grisèrent, mordant cruellement son cœur et ses sens.
Il n'y avait qu'une seule chose dont il ne doutait pas. Son âme finirait par se consumer, l'elfe devait juste attendre.
Leur malédiction, son fëa entremêlé à l'éther d'une Sirène dévoreuse de son âme...
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La nuit s'était égrainée avec une atroce langueur, le plongeant dans les affres d'une profonde torpeur. Il était resté sans bouger de la causeuse, sans prêter attention aux éclats de voix qui perturbaient le silence assourdissant de son âme brisée. Son esprit n'avait cessé de lui jouer des tours. Thranduil avait cru entendre son rire carillonner au loin... un de ses soupirs de félicité après l'amour dont il était devenu si friand... la voir danser dans les brouillards de son esprit torturé. Ses yeux la cherchaient alors inlassablement tout en sachant qu'elle n'était pas là.
Alors que l'elfe somnolait confus, s'enfonçant dans une espèce de langueur peuplée de rêves étranges dont il espérait ne jamais se réveiller, il la vit. Une silhouette féminine dans l'opacité de ses ténèbres.
Était-elle venue le chercher?
Non il ne s'agissait pas d'Ilyrià. Thranduil aurait reconnu les courbes de son petit corps n'importe où et là, il ne s'agissait clairement pas des hanches arrondies de sa femme ou encore de sa taille lilliputienne. L'ombre s'approcha d'une démarche gracile vers lui, se dévoilant à son regard hivernal. Une jeune fille vêtue d'une longue robe vert tendre lui sourit avec douceur. Une jeune fille aux longues boucles de feu, aux yeux comme deux gemmes saphir. Une onde de choc s'empara brutalement de l'ellon. Elle avait les mêmes yeux que lui, exactement les mêmes perles glacées. Une douce fragrance de mer et d'herbe fraîche embauma l'air ambiant.
-Je sais qui tu es, qui tu aurais dû être... murmura l'ellon, ébranlé.
-Ada... souffla la voix douce de la charmante apparition, réveilles-toi...
Sans cesser de sourire, la jeune fille se pencha vers lui et lui toucha le front du bout des doigts. Aussitôt, ce fut comme si quelqu'un ou quelque chose l'extirpait avec virulence de la moiteur réconfortante dans laquelle il se laissait doucement dériver. Ses yeux s'ouvrirent en grand, sa poitrine ravagée. Avait-il rêvé? Le délire de son imagination comme de ses regrets? Thranduil avait tant questionné Ilyrià sur cette enfant qu'il avait réussi à lui donné vie.
Avec un profond soupir, il se leva dépliant son corps perclus avec difficulté. L'ellon regarda tout autour de lui avant de se décider à passer dans leur chambre à coucher. La vue de l'immense lit lui tordit le ventre. Le souvenir de sa Wallen lascive et offerte à ses caresses lui percuta la rétine.
Le souverain marcha jusqu'à l'armoire qui contenait les vêtements de sa femme et en ouvrit les battants. Son parfum s'en dégagea instantanément, lui donnant une violente nausée. Du bout des doigts, il prit soin d'effleurer chaque robe. Leur toucher le ramenait inévitablement à un souvenir d'elle. Comment pouvait-on accumuler autant de moments en si peu de temps? Thranduil dut s'appuyer à un des montants du meuble pour ne pas vaciller. D'un pas incertain, il s'assit à sa coiffeuse et déboucha les onguents qui traînaient çà et là pour les respirer à pleins poumons. Elle ne pouvait pas l'avoir quitté ainsi...
Une vague de colère noire le submergea soudain. Il balaya tous les pots et autres petites affaires de sa Wallen d'un revers du bras alors qu'un grondement rageur s'échappait de sa gorge. L'ellon était furieux, absolument furieux... contre elle. Elle qui n'en avait fait qu'à sa tête une fois de plus! Comment Ilyrià avait-elle pu lui mentir avec autant d'aplomb? Cette Sirène de malheur! Elle s'était parjurée, n'avait pas tenu la promesse qu'elle lui avait faite! Cette peste lui avait pourtant promis de ne pas se mettre en danger! De se protéger elle et leur enfant!
Soudain, le sinda s'arrêta net. La chape de plomb qui s'était abattue sur lui s'allégea sans pour autant disparaître. Il abattit son poing sur le meuble de bois fragile qui se fendit sous l'impact. Voilà pourquoi il était encore là, pourquoi son fëa ne s'était pas encore embrasé. Il ne reconnaissait tout bonnement pas la mort de son âme sœur wallen.
Jamais Ilyrià n'aurait couru le moindre risque de blesser leur enfant, leur Pousse comme elle se plaisait à l'appeler si innocemment. L'ellon se leva d'un bond. Il alla d'un pas félin dans son bureau et décrocha la lourde épée qui y siégeait. Ilyrià avait bien des défaut certes mais n'aurait pas failli à sa promesse, pas à celle-ci tout du moins.
Voronwë lui avait menti. Elle n'était pas morte. La jeune femme était là quelque part en vie. Mais pour combien de temps le resterait-elle dans cette forêt avec les nombreux dangers qui la guettaient? Il devait la retrouver et vite. Or, il ne pouvait compter sur l'aide de ses soldats, pas maintenant en tout cas. Un sourire fugace étira ses lèvres douloureuses. L'elfe savait à qui s'adresser.
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Une main plaquée sur sa bouche pour retenir les pleurs qui ne voulaient s'épuiser, Ilyrià s'agrippait avec l'énergie du désespoir de l'autre à l'énorme tronc en haut duquel elle s'était perchée. Lorsque les hurlements des loups s'étaient répandus dans le silence, elle avait grimpé aussi haut que le lui avait permis son ventre imposant, soit malheureusement pas aussi qu'elle l'eusse souhaité. Depuis, elle restait prostrée sur la branche où elle avait trouvé refuge, tenant la lame qui s'était cassée dans le corps du loup si fermement que sa peau tendre s'était entaillée. Du sang gouttait sans qu'elle y fisse quelque chose. Ses yeux voilés par la terreur fouillaient sans relâche la nuit noire, tressaillant à chaque grondement, chaque craquement sinistre de bois mort. Les bêtes tournaient depuis lors autour du mellorn et reniflaient le parfum de sa chair, excités par les sanglots qu'elle n'arrivait pas à contrôler.
La Wallen avait la douloureuse impression que son esprit tourmenté avait de plus en plus de mal à siéger dans son corps. Son double lui aussi s'était tu, ce qui était un mauvais signe de plus. Elle luttait pour ne pas s'évanouir, seule la pensée de la Pousse qui frétillait dans son ventre la maintenait en exergue. Ses tremblements s'intensifiaient sous l'action des sueurs froides qui lui remontaient le long de l'échine alors que, bizarrement, d'intenses bouffées de chaleur la terrassaient sans crier gare.
Les loups ne semblaient pas décidés à quitter leur place, attentifs au moindre de ses mouvements. Leurs prunelles jaunâtres la brûlaient de part en part, faisant palpiter son cœur. Leurs incessants grondements la tenaient en haleine comme ils avaient au moins le mérite de tenir éloignées les araignées qui pullulaient dans ces saletés de bois.
La jeune reine entendait les cliquetis de leurs pattes résonner à ses oreilles. Engourdie, elle hésita une seconde à se laisser aller. Si fatiguée... Ses jambes déjà douloureuses étaient devenues deux espèces de bouts de bois décharnés. Une vilaine petite voix lui murmurait à l'oreille, lui soufflait de fermer les yeux, de se laisser aller... qu'une courte souffrance valait mieux que cette terreur, cette panique qui lui faisaient perdre le contrôle de son corps comme de son esprit... De toute façon, elle ne verrait plus jamais son elfe...
S'il avait dû la retrouver, ce serait chose faite. Leur amour n'était sans doute pas assez fort pour qu'il le puisse. Une sensation d'étouffement lui serra dangereusement la poitrine, menaçant de la faire chuter. Quelque chose lui frôla la joue. Un gémissement de pure épouvante passa la barrière de ses lèvres closes. Ça y était. À défaut d'un loup, elle allait mourir sous les pattes d'une de ces horreurs d'archnides. Elle n'arriva même pas à se sentir soulagée de voir qu'il ne s'agissait que d'une branche malingre.
Chuter et tomber dans les limbes... lui soufflait ce filet de voix ténu. Un coup de pieds vigoureux la tira de ses sombres réflexions alors qu'un des loups griffait impitoyablement le tronc, échauffé à mort par les effluves de peur que l'humaine dégageait. Son bébé, leur enfant s'était rappelé brutalement à l'attention de sa mère.
-Silence, ne bouge pas... Silence, ne bouge pas... Silence, ne bouge pas, se répétait-elle inlassablement. Thranduil... implora-t-elle, les larmes dévalant ses joues fiévreuses malgré le froid ambiant. Thranduil...
Non, elle ne pouvait pas se laisser aller. Son roi allait la trouver. Il le fallait. Il fallait aussi qu'il vienne vite. Elle ne pourrait plus tenir très longtemps.
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Les premières lueurs du matin blême avaient à peine percé le ciel que l'ellon avait été directement dans la plus grande discrétion aux appartements qu'occupaient les Wallens. Il ne prit pas la peine de frapper avant d'entrer et les avait trouvé habillés de pied en cape, le visage fermé. Il alla droit sur Klaùs et le frappa violemment en pleine mâchoire. L'ire qu'il ressentait à son égard était bien trop puissante. Le Dragon se laissa faire sans tenter la moindre riposte alors que sa lèvre avait littéralement éclaté sous l'impact du poing d'acier de l'elfe.
Klaùs ne pouvait rien dire. A sa place, il aurait fait la même chose. D'ailleurs Finnàm avait eu un mal fou à le retenir de s'arracher lui-même les tripes pour se punir. Lorsqu'Astareth s'était présentée chez eux, pâle et hagarde, ils avaient pris la pleine mesure de la gravité de la situation. Ils avaient accusé le coup, se rejetant la faute l'un l'autre.
C'était à ce moment-là que le Dragon avait compris la situation scabreuse. Finnàm était persuadé que son ami avait accompagné leur jeune protégée dans son voyage alors qu'une certaine elfine lui avait assuré à lui que le Ceanar prenait son relais. Obnubilé par son obsession pour Niobé, il avait pris pour argent comptant le mensonge qui lui avait été servi éhontément. Pourtant, il aurait dû s'en douter. Le Wallen savait à quel point cette diablesse d'elleth détestait sa cousine. Il l'avait néanmoins laissée l'attirer à elle.
Il avait suffi à Niobé de lui laisser entrevoir la partie de sexe endiablée à laquelle il aspirait encore et toujours avec cette roulure.
Elle l'avait trompée, lui s'était montré naïf.
Le Wallen s'était moqué d'elle, l'elfine s'était vengée en le frappant là où il souffrirait le plus. Lorsque Thranduil était entré, il comptait partir à sa rechercher et lui faire subir mille tortures que cette fois, elle n'apprécierait pas.
Après que l'ellon se soit calmé, le Wallen remarqua alors l'accoutrement du roi. Le suzerain avait enfilé un lourd pourpoint de cuir brut ainsi que des jambières plombées de métal mat. Ses longs cheveux blonds étaient tressés et coulaient le long de son visage de marbre. Délaissant une de ses lourdes couronnes, il ne portait absolument aucun signe représentatif de son rang. Cela devait être la première fois qu'il le voyait ainsi. Ses yeux d'obsidienne notèrent alors l'épée ceinte à la taille et l'ellon et fronça les sourcils. Quelque chose de capital échappait à sa compréhension tout comme à celle de Finnàm.
-Je ne suis pas sûr de pouvoir vous faire confiance après votre défection qui a fait défaut à ma Dame, asséna-t-il, ses yeux polaires plantés dans ceux abyssaux du Dragon.
-Il y a eu complot pour que je n'assiste pas ma cousine... rétorqua-t-il d'une voix caverneuse.
Il ne souhaitait en aucun cas se justifier mais juste expliquer la situation clairement à l'époux de a co-ogha. Il méritait de savoir la vérité sur toute cette affaire. Klaùs ferait payer à Niobé la mort d'Ilyrià au centuple...
-Plus tard, coupa Thranduil en pinçant les lèvres à l'idée que bien plus d'elfes étaient très certainement impliqués dans la perte de sa femme. Nous n'avons pas le temps de déblatérer plus avant. Je sais qu'elle n'est pas morte.
-A righ, commença Finnàm les yeux plissés par la commisération. Je ne veux pas y croire non plus...
-Vous ne comprenez pas, fit l'ellon, la voix cassante, ses longs doigts enroulés autour de la fusée de l'arme. Je le saurai si elle était morte. La symbiose de nos âmes me permettrait de le savoir. Or, je ne ressens pas la perte de son essence... Elle est en vie, souffla-t-il, elle ne peut qu'être en vie.
Finnàm et Klaùs se redressèrent instinctivement.
-Qu'attendons-nous alors?
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Des heures qu'il parcourait les moindres recoins des bois nord de Vert Bois tandis que les deux Wallens étaient partis à l'est et l'ouest. Il avait exclus d'emblée le sud, certain que la garde n'y avait pas mis les pieds. Voronwë ne pouvait avoir emmené la jeune femme là-bas dans le laps de temps qu'il lui avait été imparti en partuculier avec la patrouille de Legolas dans les environs. Cela n'avait aucun sens.
Thranduil avait résisté difficilement à l'envie d'aller soutirer les réponses qu'il désirait tant à son capitaine. Il n'aurait fait que perdre du temps. L'elfe avait été entraîné par Elwë et résisterait à la torture. Un sombre sourire ourla ses lèvres sanguines. Il aurait tout le temps de s'en occuper ultérieurement. D'ailleurs, il était tenté de... comment avait dit le cousin d'Ilyrià? Ah oui! de l'éplucher lentement... La mansuétude n'avait pas de mise ici, loin de là. Il n'en montrerait aucune. Que les Valar lui pardonnent mais il chasserait chaque conspirateur et les enverrait directement sans aucune autre forme de procès chez Mandos. Il les débusquerait et ne ferait preuve d'aucune pitié.
Si... dès, se corrigea-t-il, dès qu'il la ramènerait au sein des cavernes, les choses allaient changer. Tout d'abord, plus personne ne serait autorisé à porter ne serait-ce qu'un regard désapprobateur sur celle à qui il s'était si violemment lié. La suite serait un travail pénible mais nécessaire. Jamais plus, Ilyrià ne serait hors de sa propre surveillance. Jamais plus, il ne la laisserait l'attendrir. Sans doute piquerait-elle nombre de crises, de colères mais Thranduil n'en avait cure désormais. Sa vie était bien plus précieuse qu'une colère qu'il saurait apaiser de ses tendres attentions. Il n'aurait jamais dû l'écouter mais, au contraire, rester ferme et la garder à l'abri. Si pour cela il devait enfermer son éphémère à double tour... et bien soit. Il en serait le geôlier acharné.
L'elfe s'enfonçait de plus en plus dans les sous-bois. Il se savait sur la bonne voie. Sa main calleuse passée sur le tronc des différents arbres lui confirmait la présence de la jeune femme. Elle était venue ici, il le sentait de tout son être. S'il fermait les yeux, il pouvait presque la voir se mouvoir péniblement les mains cramponnées à son ventre.
Soudain, le souverain s'arrêta et inspira profondément. L'odeur métallique du sang vint le prendre à la gorge, la contractant douloureusement. L'épée à la main, il dégagea la cape carmine qui se plaquait à son corps froissée par le vent du nord qui s'était levé comme pour accompagner le sirroco qui tourbillonnait en lui depuis la veille.
Et s'il se fourvoyait? Si tous ces sentiments n'étaient que le reflet de sa pensée odieusement subjective? De ses désirs?
L'odeur se fit pourtant plus forte, l'imprégnant totalement. Il comprit pourquoi quand ses yeux se posèrent sur le cadavre d'une biche à moitié dévorée. Sombre présage qui s'agisse là de la femelle de son emblème? Où était donc sa propre biche? Où était-elle par les Valar?! Son poing blessé pansé par le tissu de fortune que lui avait si obligeamment ramené Voronwë s'écrasa contre le sol alors qu'il était agenouillé près du corps sans vie de l'animal.
Il avait besoin de cette douleur pour ne pas se laisser à celle, plus insidieuse, qui ravageait son âme. Le roi ferma les yeux de l'animal avec déférence. Il aperçut alors un peu plus loin une autre carcasse dont la présence était bien plus étonnante, elle. Il se releva gracieusement pour rejoindre le loup tombé. Soudain, ses yeux s'écarquillèrent tout en s'assombrissant sous la violence des émotions qui bataillaient en lui.
Il courut jusqu' à la bête et retira de sa gueule ce qui l'avait interpelé. Un éclat doré... celui du pendentif qu'il avait offert à Ilyrià pour leurs noces. Ses mains desserrèrent les mâchoires du prédateur pour repêcher le bijou de sa Wallen. Il le passa machinalement autour de son propre cou avant de reporter son attention sur le loup. Ses doigts palpèrent durement le pelage à la recherche d'une réponse. Ses épais sourcils s'arquèrent de surprise en découvrant la raison de la mort de l'animal. Sa gorge avait été tranchée d'un coup net.
Un coup typique de la culture de la cité sur la Mer. C'était elle, cela ne pouvait être qu'elle.
Il se releva chancelant. Ilyrià était là quelque part, près de lui, il en aurait mis ses deux mains à couper. L'ellon s'obligea à s'arrêter de marcher. S'agiter dans tous les sens ne le mènerait à rien si ce n'était à couvrir toute trace de la jeune femme. Il était bien plus malin que cela normalement.
L'amour comme les sentiments de peur ou de perte faussaient tout. Thranduil inspira profondément, laissant ses sens elfiques accrus se déployer autour de lui tels une seule entité... Un chasseur à l'affût de sa proie. Son ouïe, son odorat, sa vue, il avait besoin de chacun d'entre eux. Il jeta son épée sur le tapis moelleux de la mousse qui recouvrait le terrain boueux. C'était contraire à ses manières mais peu lui importait présentement.
Le vent balayait doucement son visage et son cou... L'odeur caractéristique des sous-bois lui chatouillaient agréablement les narines, emplissant ses poumons de leur parfum. Une fugace sérénité détendit ses muscles noués. Soudain, un léger bruit lui fit dresser l'oreille alors qu'un infime parfum de mer le heurtait de plein fouet.
L'elfe se laissa guider et fit quelques pas sur sa gauche tandis que le souffle d'un gémissement perçait subtilement le silence ouaté des bois. Quiconque hormis un elfe expérimenté ne l'aurait entendu. Levant la tête, ses yeux se bloquèrent sur une forme sombre en haut d'un mellorn. Le tronc avait subi une attaque en bonne et dûe forme d'une meute lupine à en juger par le nombre de griffures. Valar, elle s'était réfugiée là-haut pour leur échapper après avoir tué un des leurs...
Comment avait-elle réussi à monter dans son état? Il chassa ses questions de son esprit. Elles étaient malvenues pour le moment. Tout ce qui comptait était de la récupérer, qu'elle soit là d'où elle n'aurait jamais dû partir... entre ses bras. Un sombre pressentiment lui serra le cœur alors qu'elle ne semblait pas bouger de son perchoir.
Pourquoi n'était-elle pas redescendue depuis le départ des loups? Pourquoi? Pourquoi? Pourquoi?
Thranduil se saisit du cor qu'il avait apporté avec lui comme chacun de ses compagnons et souffla pour les prévenir qu'enfin il l'avait trouvée. Il détacha alors sa cape et, avisant une branche, s'y hissa avec la légèreté et la grâce héritées de son peuple. L'ellon avait toujours été plus qu'à l'aise dans les arbres, développant avec eux un lien très fort.
En quelques mouvements, il fut au niveau de la jeune femme. L'elfe eut la sensation d'avoir été frappé en plein visage. Elle avait l'air si meurtri, si perdu... Jamais il ne l'avait vu ainsi. Certes, Ilyrià n'avait rien d'une grande guerrière mais savait manier la lame comme le prouvait la carcasse du loup plus bas.
Ses grands yeux s'étaient comme opacifiés par la terreur. Ses pupilles dilatées fouillaient inlassablement le sol sans le regarder à la recherche d'un quelconque danger, à croire qu'elle ne le voyait même pas. Son attention fut attirée par son poing serré sur une dague cassée. Avec délicatesse, Thranduil prit sa main blessée entre les siennes et lutta pour lui faire lâcher prise sans toutefois réussir à capter son attention.
Que c'était-il passé cette nuit pour qu'elle réagisse ainsi? Ses poings se serrèrent par l'angoisse et la colère. Il aurait dû être là, avec elle pour la protéger. Son petit corps recroquevillé était bel et bien là mais tout ce qui faisait qu'elle était elle, lui, semblait avoir quitté son enveloppe charnelle, le laissant démuni face à l'ombre de son âme.
-Melleth nîn, murmura-t-il en jetant l'arme cassée à terre. Il tenta de l'attirer à lui mais elle se rebella, affolée.
Ilyrià s'accrochait désespérée au tronc en se débattant violemment. Thranduil fut mortifié de la voir accorder plus de crédit à son abri de fortune qu'au confort de ses bras. Quelque chose clochait. Un énième geste pour s'approcher d'elle la pétrit d'effroi. Ses grands yeux de biche apeurée le torturaient. Il lui fallait absolument la faire descendre avant qu'elle ne tombe à se tortiller ainsi pour se soustraire à lui.
L'elfe n'avait pas le choix, devait se montrer brutal si cela était nécessaire. Ilyrià devenait dangereuse pour elle-même et l'enfant. Le regard de givre du souverain dériva vers le ventre rond de la jeune femme. Thranduil avait hâte de s'assurer que tout allait bien même s'il savait pertinemment qu'il l'aurait senti si le bébé avait eu le moindre problème. Tout à coup, l'ellon se jeta sur elle comme un félin sur sa proie sans défense.
Il devait agir vite pour éviter qu'elle ne fasse le moindre mouvement hasardeux. L'emprisonnant entre ses bras de pierre, le souverain l'attira contre lui sans laisser le choix à la Wallen. Elle se débattait comme un beau diable, lui griffa le visage creusant ainsi de profondes balafres sur sa joue. Il ignora ses rebuffades et les fit rejoindre le sol avec une facilité déconcertante malgré ses mouvements anarchiques.
Le corps de l'ellon se tendit automatiquement en sentant celui de la Sirène contre le sien. Il se fustigea de ressentir, en dépit du fait qu'elle fusse gelée, la chaleur que cette proximité faisait naître en lui. La voir ainsi le combattre, tenter de lui échapper quitte à le frapper le mettait à l'agonie. Thranduil ne lisait que l'horreur dans son regard assombri et vide d'émotions si ce n'était l'épouvante qui se diffusait dans chaque cellule de son corps fragile.
Pourquoi ne parlait-elle pas? Elle restait là sans un bruit pas même un gémissement. À bout de forces, Ilyrià s'affaissa entre ses bras. La tête pendante, ses longues boucles échevelées et piquées de brindilles, elle rendait les armes en se laissant ainsi couler contre lui. Enfin, elle lâchait prise pensa l'elfe soulagé avant qu'elle ne se remette à ruer et se cabrer avec violence. Pourquoi réagissait-elle donc ainsi à nouveau? Il suivit son regard affolé. Elle fixait intensément son cousin et le Ceanar qui arrivaient en courant. Sa panique s'amplifiait à mesure qu'ils approchaient. L'elfe fit le rapprochement alors que son fëa lui hurlait la raison de son mutisme.
-Restez où vous êtes! leur ordonna-t-il en tournant d'autorité le visage déformé par la peur de sa Wallen. Elle enfouit son nez dans les plis de son pourpoint. N'approchez pas! Vous l'effrayez Conui!
Devant leurs yeux abasourdis, il leur expliqua rapidement.
-Votre odeur... votre odeur de loup, Conui... Vous lui rappelez ceux qui l'ont attaqué cette nuit.
Klaùs fit quelques pas vers le couple alors que Thranduil prenait la jeune femme dans ses bras pour la porter jusqu'à son cheval qu'il venait de siffler. Ses lèvres charnues se tordirent devant la mine effroyable de sa cousine. Les traits délicats de la jeune femme étaient altérés par l'effroi, son regard miné par la pénombre fantomatique dans ses yeux... Ce qui le chiffonnait le plus était sans aucun doute ses lèvres. Elles étaient entrouvertes et contractées comme si elle souhaitait parler sans pour autant émettre le moindre son. Alors pourquoi ne le faisait-elle pas?
-Pourquoi reste-elle ainsi? Est-ce de l'atonie? murmura le Wallen.
Thranduil secoua la tête, le visage sombre, tandis que son fëa se craquelait au rythme de ses propres mots.
-Ma Dame n'est pas catatonique ni atone, gronda-t-il en la serrant férocement contre lui pour ne plus la perdre. Au contraire. Dragon, articula-t-il d'une voix sourde, telle que vous la voyez là... elle hurle à s'en déchirer les poumons.
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voili voilou! tout dans la joyeuse attitude aujourd'hui, non? XD
vous y avez-cru à notre roi elfe étranglant Gallion? ... s'il avait su la vérité, mieux aurait-il valu qu'il ne s'abstienne pas?
Prochain chapitre (qui sera le 40ème oh my gosh!): Thranduil va-t-il faire de la julienne de légumes avec ce traître de Voronwë? Ilyrià va-t-elle se remettre de sa nuit? Et qu'en est-il de sa mignonne petite Pousse? Finnàm pourra-t-il l'approcher de nouveau? Cela va-t-il chauffer pour le matricule de Niobé? Parce que Klaùs a pas l'air très content bigre... Et réjouissez-vous, il y aura deux persos qui semblent manquer à certaines! ^^
bisous tout doux les didous!
