Cette nuit-là, Nami découvrit que l'appétit insatiable de Jewelry Bonney ne s'appliquait pas qu'à la nourriture. Après que Sanji ait maintenu une bonne partie du 3ème étage éveillée en faisant crier sa conquête tout la nuit, Nami n'avait plus aucune envie de discuter avec Sanji pour en savoir plus sur son passé – en fait, tout ce qu'elle voulait, c'était lui couper les parties génitales pour les lui faire bouffer avec des piments !
Le pire était sans doute de se retrouver nez-à-nez avec une Bonney très satisfaite d'elle-même, en rentrant dans la cuisine pour prendre son petit-déjeuner.
- Oh, fit Nami en se figeant dans l'entrée. Salut…
- CHalut ! fit la jeune femme aux longs cheveux roses, tout en engloutissant avec voracité ses œufs brouillés, son bacon et ses saucisses. Bien dormi ?
- Euh… Pas trop… Tu es toute seule ? Sanji est parti ?
- Ouaip, il est parti directement après m'avoir préparé ce petit-déjeuner. Même s'il ne travaille plus au Baratie, il continue à être fidèle à son rendez-vous matinal… répondit Bonney en tendant la main pour attraper le ketchup et en mettre une bonne dose sur son hot-dog.
Nami commençait à se sentir nauséeuse en voyant autant de graisse de grand matin, et se dit qu'une tisane lui calerait peut-être un peu l'estomac. Elle tourna donc le dos à Bonney le temps de remplir la bouilloire d'eau.
- Son rendez-vous matinal ? Et c'est quoi, le Baratie ? demanda-t-elle par-dessus son épaule.
- Tu ne sais pas ? Le Baratie, c'est le meilleur restaurant de la ville ! Il est tenu par Zeff, le père adoptif de Sanji, et c'est là qu'il travaillait jusqu'à l'année passée, quand il s'est fait virer. Visiblement, Zeff en avait marre que Sanji drague toutes les clientes, expliqua Bonney avec un clin-d'œil coquin.
- Ça ne m'étonne même pas, grommela Nami en mettant une cuillérée de sucre dans sa tasse.
- Ça semble tout de même un peu extrême de le mettre dehors pour ça… Mais bon, Sanji est rapidement retombé sur ses pattes, visiblement. Il a trouvé ce logement, et il m'a dit qu'il avait un autre job maintenant. J'espère que tout ira bien pour lui. C'est un brave gars.
- Tu le connaissais d'avant, alors ? fit Nami en venant s'asseoir à table.
- Je le connaissais du Baratie, oui. On s'est envoyé en l'air quelques fois, et il me faisait toujours un prix. Mais la dernière fois que j'y suis allée, on m'a dit que Sanji n'habitait plus là, et que je le trouverais ici. C'est moi qui suis venue le chercher – après tout, comment dire non à un repas à l'œil, et une roulade entre les draps avec un aussi bon coup que Sanji ?
Nami se sentit rougir, et baissa le nez sur sa tasse, faisant mine de souffler sur le liquide bouillant. Pendant ce temps, Bonney s'attaquait à la généreuse pile de pancakes que Sanji lui avait préparée, et l'arrosait copieusement de sirop d'érable.
- Et ça ne te dérange pas ? Je veux dire… De savoir qu'il drague tout ce qui bouge, et que tu n'es qu'une femme parmi tant d'autres à être passée dans son lit ?
- Pas tellement, non. C'était clair depuis le début : je ne recherchais qu'un peu d'amusement, et lui m'a dit que son cœur appartenait déjà à quelqu'un d'autre, et qu'il n'y aurait jamais rien de sérieux entre nous, répondit Bonney en haussant les épaules.
- Son cœur appartient déjà à quelqu'un d'autre ?! Pourtant, ça ne l'empêche pas de collectionner les aventures à droite et à gauche ! Est-ce que ça veut dire qu'il a une copine et qu'il la trompe ? s'écria Nami, scandalisée.
- J'en sais rien. Peut-être. Bref. Je t'avoue que ses histoires de cœur ne m'intéressent pas trop… Moi, tout ce qui m'importe, c'est ce qu'il a dans son pantalon. Beurp !
Voyant Bonney s'apprêter à faire un sort à son porridge, et ressentant un dégoût croissant face à tout ce qu'elle avait vu et entendu, Nami décida qu'il était temps de quitter la cuisine. Elle mit donc sa tasse dans l'évier, et alla se doucher tout en méditant tout ce qu'elle venait d'apprendre. Alors comme ça, Sanji avait été viré de chez lui ? C'était donc pour cela qu'il avait emménagé dans la résidence estudiantine alors qu'il était déjà en dernière année. Mais Nami ne ressentait aucune pitié pour lui : après tout, il l'avait bien cherché ! C'était son comportement de pervers qui l'avait mené là où il était. Et dire qu'elle avait cru, durant un bref instant, qu'il était différent des autres mecs... Elle avait été bien naïve. Finalement, ils étaient tous pareils : des porcs qui ne cherchaient qu'à s'envoyer en l'air avec la première venue.
Sauf que Sanji était peut-être même pire que ses congénères, puisqu'il existait une possibilité que le cuistot ait déjà une petite amie, et qu'il la trompe allègrement. Pauvre fille ! Si c'était bien le cas, Nami se promit qu'elle trouverait qui c'était, et qu'elle lui dirait la vérité, même si cela devait lui faire mal. Personne ne méritait d'être cocufié aussi ouvertement, et avec une telle fréquence !
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Lorsqu'elle entra dans la cantine à midi, bien décidée à confronter Sanji et à lui poser ses questions directement, Nami remarqua tout de suite un attroupement autour du buffet des plats du jour. En se faufilant entre les badauds, elle arriva rapidement en vue d'un Sanji qui se tenait la joue, devant une jeune femme au nez pointu et aux longs cheveux bleus.
- Tu me dégoûtes, disait-elle. Alors c'est pour ça que tu n'as pas voulu sortir avec moi ? Et toutes ces filles avec qui tu t'affiches chaque jour, c'est juste une façade pour cacher tes préférences sexuelles, c'est ça ?
- P-Porche-chan, bredouilla Sanji en ouvrant de grands yeux. Tu ne me soupçonnes quand même pas d'être homosexuel ?
- Quand on m'a dit que tu travaillais dans cette cantine pourrie, et que tu te trémoussais en jupette avec Ivankov et sa bande de travelos, j'avoue que j'ai eu du mal à le croire, continua Porche avec un royal mépris. Et pourtant, regarde-toi maintenant ! C'est ça, le plus grand tombeur du campus ? Une petite tapette minable…
- Non, je t'assure, Porche-chan ! Ils m'ont obligé à porter cette robe, mais je n'ai rien à voir avec ces espèces d'abominations sur pattes ! se défendit Sanji en gesticulant en direction d'Ivankov, de Caroline-sama et des autres. Je suis un homme, un vrai, et je suis né pour aimer les femmes !
Nami vit la mâchoire d'Ivankov se crisper à ces mots, tandis que le visage de Carol-sama se décomposait et qu'elle battait précipitamment en retraite au fond de la cuisine, sans doute pour ne pas laisser voir son désarroi.
- C'est ça, oui, riposta Porche sur un ton sarcastique. Attends un peu que je raconte ce que j'ai vu à toute la section Restauration… Je doute que tu aies toujours autant de succès, après ça !
Sur ces belles paroles, elle tourna les talons et s'apprêta à sortir de la cantine, tandis que Sanji sortait de derrière le buffet pour la retenir.
- Porche-chan ! appela-t-il d'une voix suppliante.
Nami se permit alors de lui couper la route en se plantant devant lui pour lui mettre une gifle retentissante sur l'autre joue.
- N-Nami-san ? hoqueta-t-il, complètement abasourdi.
- Tu devrais avoir honte, siffla-t-elle, furieuse. Alors c'est ça, ce que tu penses des homosexuels ? Si c'est vraiment le cas, laisse-moi te dire une chose : c'est toi le monstre !
Elle quitta la cantine en courant, incapable de rester un instant de plus dans la même pièce que le blond. Décidément, il lui était de plus en plus détestable ! Tout d'abord, il s'était révélé être un coureur de jupons invétéré – soit. Et maintenant, voilà qu'il était en plus un mec infidèle et homophobe ? Nami ne voyait vraiment pas pourquoi elle devrait entretenir des relations amicales avec ce parfait salaud ! OK, Zoro lui avait dit qu'il avait vécu des saloperies dans le passé, mais ça n'excusait pas tout. Et là, Sanji avait vraiment dépassé les bornes !
Combien de fois Nojiko était-elle revenue de l'école en pleurant parce que les gens de sa classe l'avaient insultée après avoir appris son homosexualité ? Avec le temps, elle avait appris à se blinder, et à ignorer les commentaires désobligeants, mais Nami n'en était pas capable. Pas étonnant que certains de ses amis proches n'aient pas encore osé sortir du placard, si c'était pour se faire traiter d'abominations par des gens comme Sanji ! Ce qui la choquait, surtout, c'était que de tels propos puissent sortir de la bouche de quelqu'un de leur âge. Comment était-ce possible d'être aussi arriéré et intolérant ? Non, décidément, Nami ne pouvait pas lui pardonner. Iva et ses protégés n'étaient peut-être pas plaisants à regarder, mais c'étaient des gens adorables, et personne n'était autorisé à les juger sur leur apparence et leur orientation sexuelle sans même chercher à les connaître. Cette fois-ci, c'était décidé : la guerre était déclarée.
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Nami commença par insinuer à Luffy que c'était tout de même dommage d'avoir un cuisiner professionnel comme colocataire, si c'était pour qu'il ne leur fasse jamais à manger. Luffy fut facilement convaincu, et partit de ce pas marteler la porte de Sanji pour exiger de lui qu'il reste désormais tous les soirs pour leur préparer le souper.
- T-tous les soirs ? Mais… protesta Sanji en ouvrant de grands yeux, et en suspendant le geste qu'il faisait pour nouer sa cravate. J'ai déjà des engagements pour toute cette semaine ! Tu veux assassiner ma vie sentimentale, ou quoi ?!
- Je suis ton capitaine, et c'est un ordre ! insista Luffy en croisant les bras sur la poitrine.
- Capitaine de merde, oui ! grogna Sanji en levant la jambe pour donner un coup dans le menton du plus jeune. T'as décidé ça tout seul ! Si tu crois que je vais m'échiner tous les soirs à remplir le trou noir qui te sert d'estomac plutôt que de faire la cour à des jolies filles…
- Et si c'est moi qui te le demande, Sanji-kuuuun ? intervint Nami en bombant le torse.
Les yeux du cuistot faillirent sortir de leurs orbites, tandis qu'un mince filet de sang coulait de sa narine droite.
- N-Nami-swaaaaaaaaaan ! Je pensais que tu me détestais après la scène de ce midi ! fit-il en se tortillant, des étoiles dans les yeux et un sourire niais aux lèvres. Je suis tellement soulagé !
- Mouais, répondit Nami d'un air dédaigneux. Je suis toujours fâchée sur toi, mais j'envisagerai de te pardonner si tu fais ce qu'on te demande…
- Evidemment, je ferai tout ce qui est en mon pouvoir pour te faire plaisir, ma déesse ! roucoula le blond en se tortillant comme un ver de terre sous LSD. Mais… Tous les soirs ? On ne peut pas négocier ? Un soir sur deux, par exemple ?
- Nope.
- Les soirs de la semaine, avec le week-end de libre ?
- Hors de question.
- Allons, Nami ! intervint Vivi, qui était sortie de sa chambre pour voir ce qui se passait dans le couloir. Tu peux bien accorder à ce pauvre garçon un soir de libre par semaine !
- Vivi-chan ! Tu es un ange ! s'écria Sanji en s'emparant de sa main pour la baiser fougueusement.
- Bon. Un soir par semaine, alors, mais pas plus, conclut Nami en hochant la tête avec détermination. Tu ferais mieux d'appeler ton rendez-vous de ce soir pour annuler, parce que Luffy a très envie de grillades mixtes aujourd'hui !
- Ouaiiiiiiiiiiiis ! VIAAAAAAAAAAAAAAAAAANDE ! confirma Luffy en sautillant partout.
Sanji poussa un long soupir, et demanda juste un instant pour téléphoner avant de s'y mettre. Tandis qu'il refermait la porte derrière lui, les épaules tombantes, Nami se sentait jubiler intérieurement. Ah ! Bien fait pour ce Don Juan à la manque ! Bonne chance pour draguer et tromper sa copine, maintenant qu'il ne pouvait plus sortir tous les soirs !
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Nami déchanta vite. En effet, le soir-même, ils n'étaient pas sept à table, mais huit – Sanji leur présenta avec un sourire charmant son invitée, Conis, que la rousse connaissait déjà car il s'agissait d'une camarade de classe en Sciences de l'environnement.
- Conis ! Qu'est-ce que tu fiches ici ? lui siffla-t-elle à l'oreille en s'asseyant à côté d'elle.
- On devait aller au resto, au début, mais Sanji a fini par m'appeler pour me dire qu'il préférait me faire goûter à sa propre cuisine, répondit Conis avec un sourire timide. Je t'avoue que je m'attendais à un cadre un peu plus… intime, mais pourquoi pas. Après tout, c'est plus convivial comme ça !
- Non ! Je voulais dire… Pourquoi est-ce que tu as accepté un rendez-vous avec lui ? Tu sais que tout ce qu'il veut, c'est passer une nuit avec toi, et qu'après il te jettera pour passer à la suivante, quand même ?!
Conis ouvrit la bouche pour répondre, mais Sanji revint à ce moment précis avec les assiettes des demoiselles, déjà remplies et décorées avec soin. Le repas se passa dans un joyeux brouhaha, parmi les rires et les plaisanteries, et tous les colocataires firent de leur mieux pour inclure Conis dans la conversation, si bien que celle-ci se retrouva rapidement à s'amuser avec eux. Pour ne rien gâcher, les grillades que Sanji avait préparées étaient un véritable régal, et il fallut juste veiller à ce que Luffy ne les engloutisse pas toutes à lui tout seul.
Puis vint le moment tant redouté où Conis déclara qu'il se faisait tard et qu'elle devait rentrer, et que Sanji s'offrit tout de suite pour la raccompagner.
- Usopp, Luffy, vous n'avez qu'à faire la vaisselle, bande de petits merdeux, grogna-t-il, ayant mal digéré leur manie de jouer avec la nourriture.
- A-attends ! J'ai quelque chose à demander à Conis… à propos des cours, inventa rapidement Nami en se levant à son tour.
Elle saisit sa camarade de classe par le coude et l'entraîna dans le couloir, à l'abri des oreilles indiscrètes.
- Conis ! Réfléchis à ce que je t'ai dit ! Sanji ne veut rien de sérieux, ni avec toi ni avec personne ! Si tu acceptes de coucher avec lui, tu ne seras qu'un nom de plus dans la longue liste de ses conquêtes !
- Et alors ? rétorqua la blonde en se dégageant, à la grande surprise de Nami. Qu'est-ce que ça peut bien te faire ? Je ne suis pas comme toi, moi, tous les mecs ne me tournent pas autour ! J'ai toujours été la gentille Conis, la fille timide et coincée que personne ne regarde parce qu'on la trouve trop sage et ennuyeuse ! Eh bien j'en ai assez ! Et si ce soir, j'ai envie de m'amuser un peu, je ne vois pas en quoi ça te regarde ! Tu es jalouse, ou quoi ?
- Moi, jalouse ? Peuh ! se défendit Nami en rougissant malgré elle. J'essayais juste de te protéger !
- Eh bien merci, mais je n'ai pas besoin de protection ! Je sais très bien ce que je fais, et pour une fois qu'un gars comme Sanji jette son dévolu sur moi, je ne vais certainement pas laisser passer cette chance !
Sanji les rejoignit, portant sur son bras son manteau et celui de Conis, et Nami préféra ne rien ajouter. Après tout, Conis était prévenue, et avait son choix en toute connaissance de cause. Tant pis pour elle, si elle n'avait pas plus d'amour-propre que ça. Quant à la rousse, il ne lui restait plus qu'à réfléchir à une nouvelle stratégie pour mettre des bâtons dans les roues de Sanji…
