Coucou les filles! conàs ta tu? Ciamar a tha sibh? Bref comment allez-vous? Voici le chapitre 40... j'ai dû mal à croire que j'en ai écrit 40 et que la fin n'est pas pour toute suite... ouahhhhhh je vous remercie de votre soutien vous qui me lisez sans laisser de commentaire... et surtout MERCI à celles qui me laissent vos messages qui font bondir mon coeur de guimauve! c'est dingue!
je poste celui là ce soir pour Eryniel... ton message m'a mis un coup de pied au cul... j'avoue qu'il était prêt depuis dimanche mais la grosse flemme...
Les filles... exceptionnellement mon temps ce soir est limité et du coup je ne peux mettre un mot à chacune et je le regrette! mais sachez que mon coeur gonflé de love est tout pour vous mes mignonnes: Juliefanfic, Mane-Jei, Eryniel, KaraPassoan, Virginie, LegolasKili... JE VOUS KIFFE LES POULETTES!
Ma Bêta en Sucre: Toutouille... merci fraise des bois pour tes conseils!
Et un mot partiuculier pour Sandra, mon Satanas car c'est avec elle que j'ai développé le perso d'une certaine Aiglonne! et ce chapitre fait la part belle à mon oiseau des îles! bisous et merci.
ENJOYYYYYY... gros bisousssssss et à bientôt!
Chapitre 40 ouiiiiiiiiiiiiiiii
Même nuit, juste avant l'aube, Legolas, Cendera,
Morte. Ce mot, cette notion même de mortalité lui était si difficilement concevable. Avant son départ deux jours auparavant, il avait vu la jeune reine au détour d'un couloir, rieuse, insouciante... et maintenant, elle n'était plus là. La femme qu'il avait failli épouser, celle qu'il avait embrassée et tenue dans ses bras avant de trouver celle à qui son fëa était réellement destiné. L'ellon dût s'adosser au mur alors qu'il dévalait les escaliers de pierres. Il se sentait vaciller dangereusement. Sa tête tapa durement contre la roche poreuse jaunie par les siècles et il se retint à la rambarde pour ne pas chanceler plus encore.
Legolas était à peine rentré que la rumeur qui enflait était devenue un véritable raz-de-marée dévastant tout sur son passage. Il n'en avait pas cru ses oreilles lorsque, tout juste descendu de sa monture, il avait entendu deux palefreniers en parler à voix basse, surexcités. «La sorcière, la succube avait trépassé»...
Ces quelques mots avaient eu du mal à faire leur chemin dans son esprit tellement ils lui paraissaient irréels. Se retournant vers un autre elfe, garde de son état, pour l'interroger, celui-ci lui avait alors narré la triste réalité. La reine avait perdu la vie en tombant dans un ravin à ce que l'on racontait... Personne n'avait véritablement de détails et chacun y allait de sa propre anecdote.
Le dégoût lui emplit la bouche d'une bile amère alors que l'ellon voyait combien cette nouvelle rendait certains elfes complètement fous de joie. Il agrippa par le col une elfine qui se retenait à grand-peine d'esquisser un pas de danse. Un pas de danse! C'était tout bonnement inacceptable. Les elfes en étaient donc là, à se réjouir de la mort d'un être humain, d'une femme portant la vie qui plus était?
Comment en étaient-ils arrivés là par Illuvatàr?
Même au pire de leur relation et Erù savait à quel point Ilyrià avait pu avoir un effet dévastateur sur lui, jamais au grand jamais, Legolas n'aurait souhaité cela à la jeune femme. Certes, il n'éprouvait plus de sentiments amoureux envers elle mais n'y était pas indifférent, loin de là.
Furieux, il avait conspué l'elleth, l'exhortant à rentrer chez elle. Le prince s'était alors retourné vers la foule qui se massait devant les portes de la Maison du Roi, le visage tordu par la colère leur ordonnant de regagner leur logis sous peine de sanction.
L'ellon n'avait jamais été du genre à faire valoir son rang mais là, il était temps pour lui de montrer qui ils devaient craindre et surtout qui il leur fallait écouter. L'elfe avait ensuite réuni les soldats des différentes garnisons sous la houlette d'Elwë. Il leur intima de procéder à un couvre-feu une fois que le pisteur principal du royaume lui eut parlé de la réaction de son père. Le roi s'était retiré depuis des heures dans ses appartements sans plus répondre à qui que ce fut.
Legolas ne voulait personne dans les rues, ni dans les couloirs du palais si ce n'étaient quelques servantes détachées aux tâches les plus essentielles. Personne d'autre ne devait rôder où que ce fut, ne serait-ce que pour leur propre bien. Effectivement si le roi se décidait à sortir et entendait la moindre clameur de joie sur la mort de son épouse, le prince lui-même ne pourrait répondre de la réaction de son père. Déjà irascible et colérique, mieux ne valait-il pas risquer de subir un courroux qui, sans aucun doute, se déchaînerait sans commune mesure.
Une fois la sécurité de tous établie, sa rancœur envers ses pairs plus ou moins apaisée, l'elfe était alors monté au logis seigneurial de son père et d'Ilyrià en quatrième vitesse. Son cœur était lourd rien que de penser au deuil que le souverain s'apprêtait à vivre. Legolas n'était pas stupide.
Au contraire, il était un fin observateur et savait que le seigneur ne pourrait se remettre d'une telle perte. En quelques heures, sa femme et son enfant à naître lui avaient été enlevées, arrachées à la vie avec violence. Comment les Valar avaient-ils pu lui imposer de nouveau une telle souffrance, lui qui avait déjà tant subi? Pour un elda, le sinda avait assisté à nombre de morts sans pouvoir y faire quelque chose. Ses parents, sa propre mère...
Legolas doutait que la raison de Thranduil reste intacte suite à la perte d'Ilyrià. Non, se reprit-il, il ne doutait pas, il en était absolument certain. Si, à l'époque, l'elfe n'avait pu s'astreindre à rester loin d'elle alors que son fils devait épouser la jeune femme, s'il avait dérogé à tant de ses principes, c'était pour une seule et unique cause... il aimait la Wallen au-delà de sa raison et était heureux de devenir père à nouveau. Oh bien sûr, il n'en montrait rien. Jamais il ne se serait laissé aller à la moindre effusion en public, bien trop réservé pour cela et conscient de son rang mais les faits depuis quelques mois parlaient d'eux-mêmes.
Arrivé devant les portes de son père, il s'était vu refouler comme un vulgaire ellon par les gardes armés qui stationnaient, hallebardes croisées. Gênés, ils lui avaient refusé l'accès au logis. Le roi avait été plus que clair, il n'y était pour personne. Legolas avait eu beau tempêter, menacer les guerriers, rien n'y avait fait. Si Thranduil l'avait entendu de là où il se trouvait, il s'était d'ailleurs gardé d'intervenir. Le suzerain ne voulait que la solitude pour compagne et lui ne pouvait trouver à y redire. C'était sa souffrance et sa manière de la gérer, pas la sienne. Quand il serait prêt, son fils serait là pour lui. C'était tout ce que le prince pouvait faire en l'état actuel des choses.
Soudain, une pensée s'imposa à l'esprit du prince. Cendera. Il s'était alors remis à presser le pas. Ses réflexions tournées vers son père, il n'avait pas pensé au chagrin de son Aiglonne. L'elfe se fustigea mentalement. Quel idiot avait-il été! Il en était là quand il avait cillé dans ces maudits escaliers. La pression de la nouvelle l'avait durement étreint sans que l'elfe prenne un instant pour se poser face à sa propre douleur.
Son père puis Cendera avaient envahi son esprit et altruiste, il n'avait pas voulu s'arrêter sur ce que lui avait pu ressentir face à la terrible nouvelle. Livide, Legolas reprit sa route d'un pas incertain vers les appartements dévolus à la femme avec laquelle il partageait toutes ses nuits depuis maintenant un peu plus de trois mois.
Dans la plus grande discrétion, celle qui les caractérisait tant, les deux amants s'étaient trouvés et plus quittés. Ils n'avaient pas eu ce besoin d'épiloguer, de se chercher et de se révolter l'un contre l'autre pour comprendre l'amour qui les liait instinctivement. Les deux amants avaient juste besoin l'un de l'autre sans pour autant empiéter sur leur propre être. C'était là tout le pouvoir de sa Wallen. Si avec Ilyrià, il s'était empêtré dans une tornade dansante d'émotions, Cendera lui avait appris la maturité des sentiments.
Il avait les pleins droits sur son cœur et son corps tout comme elle. L'ellon voulait la jeune femme, prenait tout ce qu'elle acceptait de lui donner. Le partage était le maître mot de leur relation amoureuse. Il désirait absolument tout d'elle... s'abreuver de ses joies, aspirer ses soupirs qu'ils fussent de plaisir ou encore de peine, la tenir sur son cœur... un enfant. Un mince sourire éclaira le visage tendu de l'elfe. La perte d'Ilyrià remettait les choses à leur place. Il n'avait cure des regards ou des quolibets.
Tout ce qu'il voyait, c'était Cendera... sa douceur et sa probité. Alors, oui il voulait sans conteste lui faire un enfant, un enfançon qui aurait son regard aussi lumineux que sérieux. Valar... si des mois plus tôt, on lui avait dit qu'il aurait de tels désirs... Il avait vécu tant de choses depuis que les dieux avaient envoyé cette vision à la Dame des Bois d'Or. C'en était déroutant...
Legolas reprit sa route vers l'Aiglonne, son pilier. Il voulait lui procurer l'épaule dont elle avait plus que sûrement besoin, surtout ne pas lui faire défaut. Il serait son repère dans le tumulte de cette tempête qui allait s'abattre sur eux tous. L'ellon voyait déjà les ennuis se profiler à l'horizon... à commencer par la réaction non moins légitime du roi Phénix. Ce dernier risquait de crier au complot et vouloir venger sa fille adorée. Il avait beau savoir sa fille folle amoureuse du seigneur sylvestre, la colère l'aveuglerait à n'en point douter.
Le prince sylvain entra dans les bâtiments nord d'un pas rapide et salua d'un hochement de tête un garde qui faisait son tour surpris de croiser Legolas dans le bâtiment alloué aux hôtes wallens. Il était vrai que l'elfe faisait toujours extrêmement attention à ne croiser âme qui vive.
Il ne voulait pas mettre en danger la jeune femme qui hantait la moindre de ses pensées. L'elfe refusait qu'elle vive les mêmes dramatiques tourments que son amie sirène au quotidien. Bien sûr, il y pensait chaque fois qu'il repérait un regard elfique s'attarder sur la silhouette de sa Wallen.
Cependant, en ce jour, rien ne comptait plus. Il n'allait voir qu'une invitée et lui présenter ses hommages face au décès qu'elle venait de subir. Avec une impatience qui s'accroissait exponentiellement à la lenteur du soldat, l'ellon attendit que celui-ci tourne au bout du couloir pour ouvrir la porte sans frapper. Il n'avait même pas pris le temps de faire un brin de toilette comme à son habitude.
Ses vêtements couverts de poussière, ses longues mèches blondes salies par des toiles d'arachnides, ses traits semblaient durcis comme taillés dans la pierre. Il referma précautionneusement les battants derrière lui pour ne pas déranger Cendera qui semblait perdue dans la contemplation de ses pots et autres onguents.
Elle s' affairait, un air concentré absolument adorable peint sur son visage de porcelaine. L'ellon adorait promener ses doigts sur sa peau laiteuse, enfouir son nez dans son cou gracile, caresser ses hanches fines... Oui, il l'idôlatrait à en avoir mal jusque dans sa chair. Maintenant qu' Ilyrià les avait quitté, Cendera allait-elle devoir s'en retourner vers sa Cité? C'était plus que probable. Ses poings se serrèrent avec force. Il ne pourrait le permettre, c'était hors de question qu'elle s'éloigne ainsi de lui. Legolas ferma les yeux et inspira un grand coup avant d'interpeller doucement l'Aiglonne en faisant quelques pas dans sa direction.
-Melda heri... souffla-t-il, sa voix basse et légèrement rauque.
Voyant qu'elle ne répondait pas à ses injonctions et combien ses mains tremblaient, il réitéra son appel en l'obligeant à arrêter ce qu'elle faisait. Cendera tourna la tête en le fusillant du regard.
-Que crois-tu faire ernil nîn? Ne vois-tu donc pas que tu me déranges dans mes préparations?
Legolas ne s'offusqua pas de son ton autoritaire et blessant. La jeune femme était triste. Elle souffrait. Il paraissait légitime qu'elle se montre un tant soit peu irritable. Comment aurait-il pu lui tenir rigueur de quoi que ce fut?
-Je crois... murmura l'elfe en plantant son regard bleu clair dans les yeux chauds de la Wallen, je crois que tu continues comme si de rien n'était pour ne pas faire face à ce qu'il vient de se passer. Je crois que tu souffres. Cendera, dit-il plus incisif en capturant son menton pour l'obliger à ne pas détourner le regard, mo beatha, tu dois te laisser aller... Tu peux le faire.
La Wallen se dégagea de son emprise avant de lui caresser la joue d'un air indulgent, voire condescendent, à croire qu'elle savait quelque chose que lui ignorait. Sa main douce sur sa chair froide et encore crasseuse électrisa l'ellon.
-Ernil... soupira-t-elle avec un sourire las avant de retourner vaquer à ses occupations. Tu ne comprends pas... je n'ai juste pas le temps de me laisser aller.
-Cendera, insista-t-il. Tu as le droit de te laisser aller, tu en as parfaitement le droit. La mort d'Ilyrià est un drame...
-C'est toi qui ne comprends pas mo ruin, l'interrompit-elle impatiente avant de se tourner vers lui et de saisir ses mains. Là où tu te trompes. Elle n'est pas morte.
-Tu te voiles la face, la contrecarra l'ellon soudain soucieux pour la jeune femme.
-Cha, pas du tout. Legolas... crois-moi... et je ne suis plus la seule à le savoir. L'éther d'Ilyrià est toujours vivace même s'il s'amoindrit. Ton père le sait aussi. A l'heure qu'il est, le seigneur a quitté la cité pour chercher sa reine.
-Quoi? s'exclama le prince ébranlé. Que me contes-tu là? Si telle est la réalité, je me dois d'aller l'aider, décida l'elfe en faisant mine de se retourner.
-Non! C'est à lui de la trouver et uniquement à lui. Tu ne peux rien faire ernil, le supplia Cendera.
-Mais comment peux-tu le savoir? Comment?!
-Je le sais, c'est tout. Comme je sais qu'il la ramènera dans plusieurs heures et là commencera mon travail.
-Comment pourrai-je rester sans rien faire? murmura l'ellon visiblement contrarié. Je dois aider mon père.
-Il a Finnàm et Klaùs pour le seconder et n'a même pas besoin d'eux. Il sait ce qu'il a à faire. Nous, nous devons être prêts pour la tâche qui nous sera dévolue. L'essence d'Ilyrià s'étiole de plus en plus, ajouta-t-elle en fronçant les sourcils. Elle est ténue et ne tient que grâce à celle de son seigneur. C'est là qu'il me faudra intervenir, avec ou sans le consentement de son époux.
-Il ne t'es pas acquis, ceci est une chose certaine, soupira Legolas.
Il ne put s'empêcher de s'étirer. La nouvelle que venait de lui asséner Cendera lui avait fait l'effet d'un coup de massue et la fatigue s'était affaissée sur ses épaules sans prévenir. Il se sentait tout à coup horriblement fourbu. Il ne doutait absolument pas d'elle, prenant pour argent comptant ce qu'elle venait de lui révéler.
La chamane avait un pouvoir certain sur le déroulement de certaines choses, une appréhension du voile de la réalité comme de l'impalpable. Un sourire en coin éclaira le visage de l'Aigle. La lueur combative dans ses yeux bruns se fit caressante. Elle posa son sporran sur la table de médication que lui avait fait envoyer son elfe et se rapprocha de lui. D'une main sûre, elle chassa une ou deux toiles d'araignées qui s'accrochaient désespérément aux tresses qui coulaient le long de son visage carré.
-Tu es horriblement sale, ernil, se mit-elle à rire.
Ébloui, Legolas mangeait du regard ses gestes posés et tranquilles. Elle était d'une telle douceur sifflée à une sensualité vertigineuse à ses yeux. Une envie soudaine mordit les reins de l'ellon à la voir ainsi pressée contre lui. Ses mains se posèrent sur sa taille. Elle était si fine et ses mains si grandes qu'elles auraient quasiment pu en faire le tour, voire la briser d'une simple torsion. L'apprentie du Guérisseur l'avait envoûté par sa capacité à capturer la grâce de chaque instant... La jeune femme se soutira à l'étreinte de l'elfe, délicieuse serpentine. Entrelaçant ses doigts aux siens, elle l'entraîna vers la salle d'eau.
Un cuvier de bronze plein d'eau attendait déjà le prince elfe réchauffé par un faible brasero placé au-dessous. L'elfe commença à se dévêtir avec lenteur, ses muscles tétanisés par l'effort fourni ces derniers jours dans la forêt. Les araignées pullulaient et les escouades sylvestres n'avaient plus le moindre répit.
Tout à ses sombres pensées, il n'avait pas vu la jeune femme s'avancer onctueusement vers lui. Ses doigts fuselés l'arrêtèrent avec douceur. Sans le quitter des yeux, elle entreprit de faire tomber à terre chaque couche de vêtements une à une jusqu' à ce qu'il se retrouve totalement nu. Legolas avait beau apprécié la réserve de l'Aiglonne, il n'en aimait pas moins ce qu'elle avait hérité de la culture wallen. La passion. Les sens en exergue, à la limite de la douleur. Elle passa une main fraîche sur le torse glabre de l'ellon et se mordit la lèvre d'envie. Il savait pertinemment à quoi pensait l'Aiglonne mais ne l'aiderait pas pour autant à venir à lui.
Au contraire, l'elfe adorait la voir assumer l'entièreté de son désir. Sa peau contre la sienne... Ils s'étaient choisis et, même si cet engouement lui faisait se poser nombre de questions, il n'était pas certain de vouloir de réponses. Son corps pressé sur sa chair... Comment cela avait-il pu être aussi rapide? Il ne comprenait pas la célérité de leurs sentiments, cette urgence qu'il avait ressenti à la vue de la Wallen et en était fortement troublé. Une petite voix avait beau lui murmurer que quelque chose, une force était à l'œuvre, il s'en moquait.
Valar, qu'elle était belle! Tout ce que Legolas désirait ardemment, c'étaient leurs corps enchevêtrés... voir ses joues rouges comme ses yeux brillants et il en allait de même pour elle. Cendera recula de quelques pas en l'invitant de l'index à la suivre. Félin, Legolas le fit sans que ses prunelles assombries ne la quittent, suivant avidement chacun de ses gestes. Elle fit tomber sa robe avec élégance.
-Finalement... tu n'es pas si repoussant ernil nîn, fit la Wallen à bout de souffle, la voix rendue rauque par le désir.
Un des sourcils blonds de l'ellon s'arqua, taquin. Il l'attrapa et la renversa sur une méridienne avec l'envie de jouer.
-Pas si repoussant, hein? fit Legolas en faisant d'elle sa prisonnière consentante.
Cendera caressa le fil de sa mâchoire du bout des doigts avant d'approcher son visage du sien, sa main sur sa nuque, ses jambes enroulées autour de ses hanches.
-Non, pas si repoussant...
o0o0o0o
Ils avaient pris le temps une fois de plus de se découvrir et de s'aimer, l'urgence faisant doucement place à la faveur de deux âmes esseulées qui se retrouvaient et s'apprivoisaient... Legolas était maintenant dans la salle d'eau, baignant son corps perclus des douleurs de sa patrouille et par la volupté de ses sens assouvis alors que l'Aiglonne s'autorisait enfin un moment de solitude apaisante. Elle en avait toujours ressenti le besoin fou, celui de s'allier à la vérité nue qui ne ressortait que de la tranquillité d'être seule face à soi.
Son atma dérivait doucement. Son double fantasmagorique prit l'ampleur de son envol pour voyager au-delà du perceptible, à la limite des limbes. Elle se sentait si libre ainsi, doucement bercée par la chaleur moite du salon où elle reposait nue sans aucune gêne. Soudain, un souffle plus froid lui parcourut l'échine, l'obligeant à tirer une couverture de soie sur son corps mais la légère brise ne fit que s'amplifier.
Ce fut alors la chamane comprit. Ses yeux bruns s'ouvrirent sur la plage où elle avait été cherché Ilyrià quelques mois plus tôt. Que faisait-elle donc là? Ce paysage n'était pas le sien mais celui de l'imaginaire de la sirène. Lorsqu'elle-même traversait les limbes, il n'y avait que le bonheur de l'Air sur les cimes hautes des arbres et les montagnes enneigées... Toutefois, la Wallen ne paniqua pas. Si elle était là, c'était pour une bonne raison. Un sourire ourla ses lèvres fines. L'enseignement de son maître avait indubitablement porté ses fruits et son empreinte était plus qu'indéniable.
L'Aiglonne fit quelques pas avant de s'arrêter net. Elle n'était pas seule. Elle aurait dû l'être. Cependant, Cendera s'était attendue à retrouver Ilyrià dont l'éther s'amenuisait d'heure en heure. Or, la silhouette qui se dressait devant elle n'avait rien de féminin.
Il s'agissait d'un tout jeune homme d'à peine plus de vingt ans. Une réminiscence gratta à la porte de sa mémoire. Elle l'avait déjà vu mais où? Toute à sa contemplation, elle croisa les bras sur sa tunique blanche dont les pans flottaient doucement autour de son corps mince. Qui qu'il fut, ce garçon était d'une extraordinaire beauté.
Immense et d'une musculature incroyablement fine, il dégageait une grâce fauve. Ses cheveux blonds n'étaient pas longs comme les portaient beaucoup d'hommes ou d'elfes mais retombaient souplement en de belles ondulations sur de magnifiques yeux céruléens bordés de longs cils dont moult de femmes auraient été envieuses. De hautes pommettes saillantes tendaient sa peau laiteuse alors qu'une bouche sanguine et bien dessinée éclairait son visage anguleux.
Lorsqu'il tourna la tête vers elle pour ancrer son regard au sien, Cendera avisa avec choc la pointe de deux oreilles à peine légèrement moins pointues que celles d'un elfe. Néanmoins, ce qui la perturba le plus, elle la plus placide de tous les siens, fut d'apercevoir sur chaque côté de son cou gracile, les tatouages de liens wallens...
La lune et le soleil runiques s'y disputaient la place tandis que de nouveaux détails s'imposaient à elle, la lumière inondant désormais le visage dur du jeune homme. Des plumes étaient ainsi gravées au coin de ses yeux... tout comme elle. Un sourire fleurit sur les lèvres dessinées de l'inconnu sans pour autant qu'il fisse un pas pour s'approcher d'elle. Il semblait si loin et près à la fois que la jeune femme se sentit frustrée, sentiment qui n'avait jamais eu lieu d'être chez elle. Oui, elle se sentait frustrée et flouée de ne pas arriver à avancer vers lui comme si ses pieds étaient enchâssés dans le sol. La lumière de la compréhension traçait doucement son chemin en elle. Il ne dit qu'un mot d'une voix basse et rocailleuse qui révolutionna l'esprit en ébullition de la Chamane.
-Mamag.
La Wallen s'éveilla, le corps recouvert d'une fine pellicule de sueur. Elle se redressa avec un sursaut. Sa main tremblante se posa sur son ventre plat encore frémissant, contracté par le plaisir sans commune mesure que lui avait offert Legolas. Alors c'était donc cela? La raison de leur si ardente passion, la raison pour laquelle ils n'avaient pas réussi à s'astreindre à la moindre distance? Un élan de colère contre son maître saisit la jeune femme. Il le savait, c'était plus que certain. Il savait tout et bien plus encore mais ne lui avait rien dit!
La brusque flambée d'ire s'éteignit pourtant aussitôt. Un sourire apaisé éclaira le visage d'albâtre de Cendera. Cette vision lui apportait le présage d'un cadeau dont elle ne pensait bénéficier un jour... Son regard se porta avec amour sur la porte entrouverte de la salle d'eau. Legolas venait de l'enfanter et, même si son instinct la poussait à garder le secret pour le moment, elle était désormais grosse d'un garçon, d'un garçon mi-elfe mi-wallen.
Une chimère.
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Thranduil,
Avec l'aide de Klaùs, il installa Ilyrià sur son cheval, faisant attention à la caler confortablement entre ses bras. Le Conui était déjà reparti de mauvaise grâce. Il aurait tant aimé rester aux côtés de celle qu'ils avaient tous cru avoir perdue quelques heures plus tôt. Ceci dit, le Wallen était un homme intelligent et, au vu de la terreur qu'il lui inspirait, il avait privilégié les besoins d'Ilyrià aux siens, s'effaçant de son champ de vision. Thranduil bouillait littéralement de rage à la voir ainsi s'agiter contre lui pour tenter de lui échapper.
Elle se tortillait, soumise aux cauchemars éveillés qui la saisissaient avec virulence. Avec une douce autorité, il l'obligea à tourner son visage de façon à ce que sa vue s'obscurcisse, qu'elle ne soit plus consciente de leur environnement. Il lui paraissait impératif que la jeune femme ne devait plus voir les sous-bois.
L'ellon ajusta sa cape qu'il avait de nouveau sur les épaules pour l'en recouvrir entièrement. Elle enfouit son nez dans son pourpoint de cuir, respirant à pleins poumons l'odeur du cuir afin de ne plus sentir le parfum boisé de la forêt. L'elfe soupira. Comment sa Wallen allait-elle pouvoir continuer à vivre dans un royaume qui n'était constitué que de cela? Il se reprit, se giflant mentalement. Ces questions, il y mettrait des réponses dessus plus tard.
Pour le moment, le roi devait la faire revenir vers lui. Il ne supporterait pas longtemps cette enveloppe vidée de son essence. Il fallait qu' Ilyrià lui revienne et rapidement. Chacun de ses mouvements de désertion à son égard ou, au contraire, sa façon de se presser soudainement contre lui était insupportable. Thranduil se fustigeait de ressentir cette sensation de manque au creux de son estomac à la sentir ainsi contre lui.
Valar, au simple fait de la retrouver... l'elfe n'avait plus eu qu'une seule envie, celle de la faire sienne, de la coucher sur la mousse des sous-bois et de la prendre jusqu'à ce qu'elle comprenne qu'il serait désormais le seul maître à bord. A cette pensée, il raffermit sa prise autour de sa taille mais un gémissement étouffé lui écorcha les oreilles, le forçant à se montrer plus délicat. L'impression qu'il allait la briser lui traversa l'esprit alors qu'elle recommençait à bouger entre ses bras pour s'esquiver.
-Non melleth nîn, non... Tu ne m'échapperas plus... gronda Thranduil, la bouche contre le sommet de son crâne. Je le refuse.
Il posa une de ses mains sur le front moite de sueur de la jeune femme en prenant soin d'à peine effleurer les marques de griffures qui constellaient son petit visage et murmura quelques mots en sindarin à son oreille. Aussitôt Ilyrià se détendit contre le torse musculeux du souverain. Son souffle régulier amena un faible sourire sur le pâle faciès du sinda. Enfin, elle dormait. Le manque de sommeil faisait délirer plus encore la Wallen.
Il lui fallait du repos et la présence de l'ellon pour se remettre. L'éther de la sirène réclamait la douce caresse du fëa du souverain pour l'envelopper et éprouver de nouveau la sécurité dont elle désespérait si avidement. A eux deux, ils pouvaient arriver à bout de cette épreuve, il le fallait... pour elle mais aussi pour lui et l'enfant. Hors de question qu'il en soit autrement. Le jour était à peine éclos et il faisait déjà chaud quand il éperonna son cheval.
-Tolo hi mellon, murmura-t-il en embrassant la tempe d' Ilyrià. Ramènes-nous.
L'étalon partit au galop entre les taillis et autres grands arbres. Il se mouvait avec une grâce infinie, l'elfe ne faisant plus qu'un avec sa monture avec niché au creux de ses bras son précieux fardeau. Une de ses mains reposait sur l'abdomen rebondi de la jeune femme. Aussi, ne put-il retenir un soupir de soulagement lorsque l'enfançon réagit à son toucher comme s'il reconnaissait là son père.
Il ne leur fallut pas longtemps pour atteindre les portes de la Cité. Indifférents aux regards choqués des gardes, il laissa continuer sa monture au même rythme, ne souhaitant pas perdre une seule minute de plus. Le souverain était d'ailleurs plus qu'enclin à ne pas faire attention aux mines sombres et médusés des quelques elfes déjà sortis à l'orée de cette journée. Sa colère était bien trop grande, pulsait bien trop fort dans son sang pour qu'il y attache de l'importance.
Sinon qui aurait pu prédire ses réactions? Certainement pas lui...
Thranduil sauta à bas du cheval, Ilyrià évanouie toujours dans ses bras comme si elle ne pesait rien. Il grimpa quatre à quatre les marches de l'escalier en prenant soin de recouvrir l'endormie. La mener à la Maison de Soins ne lui était pas apparue comme une option satisfaisante. Il lui semblait et de loin préférable d'emmener son épouse entre les murs protecteurs de leurs appartements, là où il pourrait garder à tout instant un œil sur elle. Les Guérisseurs n'auraient qu'à se déplacer. Après tout, elle n'en demeurait pas moins leur reine. Il ne voulait pas que sa Wallen reste sous la surveillance de gardes pour le moment et aucun endroit ne lui semblait aussi sûr. Les gens qui avaient sa confiance quant à la sécurité d'Ilyrià se comptaient sur les doigts d'une seule main malheureusement et encore...
Arrivé, l'ellon déposa la jeune femme sur leur lit et s'assit près d'elle sur le rebord de la couche. Il pouvait enfin prendre le temps de l'examiner, profitant qu'elle soit toujours inconsciente pour l'observer de tout son saoul. Ces quelques heures sans elle lui avaient parues être des siècles... Thranduil défit les attaches ferrées de son pourpoint et le laissa glisser à terre sans s'en soucier outre mesure. En tunique et surcot gris, il reprit sa place aux côtés d'Ilyrià.
Il caressa sa pommette meurtrie d'une balafre. Une branche d'arbre certainement, pensa-t-il amèrement. Écartant ses mèches emmêlées, il prit note de chaque piqûre, chaque griffure et autres marques qui mordaient la chair de la jeune femme et qu'il découvrait au fur et à mesure de son déshabillage.
Toutes ses blessures, il les infligerait à Voronwë, qu' Illuvatàr lui pardonne. Le suzerain sylvestre devrait frapper fort et publiquement que chacun des elfes ici présent sache à quoi s'en tenir. Il fit ensuite appeler Astareth avant de revenir vers elle.
Ilyrià semblait si détendue, ainsi abandonnée aux doux bras réconfortants d'Irmo... L'elfe remonta le lourd édredon sur son corps dévoilé, un léger sourire aux lèvres. Malheureusement ses espoirs furent vite taris quand les traits de la jeune femme convulsèrent. Elle se mit à se débattre à nouveau entre les draps, les froissant de ses petits poings serrés. La bouche ouverte, elle aspirait l'air sans toutefois que le moindre son n'arrive à en sortir. Plus un son ne pouvait percer le silence tintamarresque de cette chambre soudain bien trop étouffante.
Une seule envie le taraudait, s'en saisir et la secouer jusqu'à ce qu'enfin elle réagisse. L'ellon n'en pouvait plus de la voir comme cela, vulgaire poupée de chiffon, elle toujours pleine de verve. Ne sachant quoi faire, entre sa femme qui s'agitait inconsciemment pour se soustraire à lui et ses nerfs qui se détricotaient au rythme des pulsations cardiaques d'Ilyrià, le sinda perdit pied. Il l'attrapa violemment par les épaules et fit la seule chose qui lui venait alors à l'esprit. Espérant la faire réagir, Thranduil bloqua son visage d'une main sur son menton avant d'écraser sans aucune douceur ses lèvres sur celles de la Sirène.
-Reviens melleth nîn, ne pars pas loin de moi, souffla-t-il contre sa bouche alors qu'elle s'était calmée. Tu me l'as promis pas plus tard qu'hier matin, Wallen. Rappelles-t'en.
D'où qu'elle soit, le sentait-elle? Ilyrià le reconnaissait-elle seulement?
Le roi caressa machinalement sa lèvre inférieure de son pouce alors qu'il n'arrivait plus à s'en détacher. Comment faisait donc sa Wallen pour qu'il ne puisse jamais se sentir rassasié d'elle. Avec elle, Thranduil se sentait comme un jeune ellon fougueux à l'orée de sa majorité et non un vénérable seigneur de plusieurs millénaires... aussi grisants pour son fëa qu'odieux pour son ego.
-Lasto beth nîn, tolo dam nan galad, murmura l'elfe de sa voix de velours alors qu'il lissait ses boucles désordonnées. Où que tu sois, j'irai te chercher Ilyrià. Je saurai te trouver où que tu puisses te cacher... que ce soit dans une forêt ou dans les tréfonds de ton âme tourmentée.
Les yeux de la jeune femme s'ouvrirent et, l'espace d'un court instant, il la vit elle avant que son regard ne se voile à nouveau de souffrance. La mort dans l'âme, le souverain la fit se rendormir avant qu'elle ne le blesse, ses ongles s'enfonçant déjà profondément dans la chair des épaules de l'ellon.
Elle devait revenir rapidement... Sinon Ilyrià ne serait pas la seule à perdre la raison.
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A peine une heure plus tard, après avoir donné ses directives à une Astareth déterminée à ne laisser passer absolument personne comme le souhaitait son seigneur, ce dernier prit le chemin de la salle du trône où ses conseillers avaient été réunis. Lorsque Thranduil entra plus majestueux que jamais, il eut la satisfaction de noter leurs visages inquiets, à la limite de l'effarement. Il était en effet plutôt rare que ces elfes de haut lignage soient mandés expressément par leur suzerain, sommés d'abandonner dans l'instant leurs tâches sous peine de sanctions.
Les gardes envoyés à leur recherche avaient été durement briefés par Elwë et avaient eu à cœur d'exécuter leur mission. Aussi n'avaient-ils pas hésité à menacer les quelques ellir récalcitrants. On ne discutait pas les ordres du roi, d'autant moins en cette funeste journée.
Dès qu'il eut posé le pied dans la grande pièce circulaire aux murs de pierres ocres, le souverain se força à aller lentement jusqu'à son trône sculpté dans le bois pour laisser le temps à tous de s'imprégner de son aura si imposante. Il avait pris le temps de se changer et de revêtir une tenue plus protocolaire, soit une paire de chausses noires sur un lourd manteau de brocard argent aux complexes et délicates figures brodées de fils d'or. Ses cheveux libres à nouveau de toute tresse et ceints de sa couronne printanière, il alla prendre place sans un seul mot.
Son regard ombrageux se posa tour à tour sur chaque elfe présent sans toutefois prendre la parole, se contentant de les dévisager longuement. Le silence pesant était plus assourdissant que n'importe quel cri ou hurlement. Il sentait la peur s'infiltrer dans les pores de tous les elfes présents. Voilà exactement le résultat qu'il voulait atteindre. Ses longs doigts élégants tapotaient doucement l'accoudoir de son assise alors que ses yeux d'hiver se promenaient de l'un à l'autre.
-Ma reine se porte comme un charme grâce aux Valar, déclara-t-il d'une voix aussi basse que vibrante. Malgré son calme, tous sentaient la dangerosité du souverain poindre derrière son ton velouté.
-Et nous en sommes plus qu'enchantés, répondit Acarion, un de ses ellir chargés des finances publiques du royaume. Longue vie à la reine Ilyrià!
Alors que tous surenchérissaient avec une passion feinte qui piqua atrocement le coeur de l'ellon, Thranduil se leva soudainement, un feulement rauque dans la gorge. Son regard aiguisé se posa sur eux, impérieux.
- Il suffit! Ces mesquineries indigestes s'insupportent!
Il descendit lentement quelques marches en prenant soin de rester plus haut qu'eux tous.
-Les derniers événements m'ont fait prendre conscience d'une chose... lâcha-t-il, suprême. Qu'il est temps pour moi de trancher, de dire les choses telles qu'elles doivent l'être et non vous laisser faire à votre guise. Ce temps-là est révolu, articula Thranduil, sa main serrée sur son sceptre. Certains parmi vous ont oublié qui règne ici, il est temps de le leur rappeler... conclut Thranduil en laissant sa phrase se terminer d'elle-même alors qu'un grand fracas se faisait entendre au-dehors de la salle. Il est temps pour moi d'y mettre bon ordre...
Voronwë apparut encadré de deux soldats outrageusement armés pour la situation, histoire d'impressionner encore plus les spectateurs impuissants. Suivis de Finnàm et de Klaùs à la mine revêche, les gardes traînèrent l'ancien capitaine de leur faction au milieu de la pièce et l'y jetèrent sans aucune considération. Ainsi, la honte était double. Être amené au milieu de ses pairs et se surcroît par des guerriers de sa propre faction... le visage congestionné par la colère de l'ellon à terre en était cramoisi de honte. Ses yeux bleus s'accrochèrent avec animosité à ceux de son souverain.
-Votre trahison n'a d'égale que votre suffisance, tonna le seigneur sinda avec froideur alors qu'en lui bouillonnait une rage intense. Il aurait voulu lui tordre le cou mais malheureusement, il n'en était pas question. Thranduil devait se réapproprier un pouvoir que tous avaient visiblement occulté. Comment avez-vous pu seulement pu croire qu'il vous serait possible d'attenter aux jours de ma Dame... votre reine qui plus est!
-Elle n'est pas ma reine! Cracha l'elfe en se redressant sur les genoux. Dame Artanis restera notre souveraine! Tout comme le bâtard de cette catin ne montera jamais sur le trône de Vert-Bois!
Thranduil descendit les dernières marches menant au capitaine agenouillé. D'un mouvement de la main, il fit signe aux gardes de le laisser se relever. Après avoir baissé son visage au niveau de celui, blême, de l'elfe, le souverain planta ses iris glacials dans les prunelles bleues de Voronwë. Pas un tic facial n'agitait le faciès contracté du roi. D'une tranquillité qui fit frissonner les elfes sylvains présents, il se tourna vers un nouveau soldat qui venait d'arriver pour se poster aux côtés de son suzerain.
Soudain, Thranduil attrapa adroitement ce que le garde lui présentait cérémonieusement. Une arme... son épée aux dimensions faramineuses, la si mate et pourtant si lumineuse Castamir, le Joyau du Roi. Devant les yeux ébahis de tous ceux présents, le sinda plongea la fine lame dans le thorax de l'ancien gradé avant de la retirer d'un geste sec. Le corps de Voronwë s'affaissa au sol les yeux vitreux sans que quiconque ne fasse le moindre geste pour le retenir.
Le seigneur se retourna lentement sans même jeter ne serait-ce qu'un regard à Voronwë et remonta vers son trône, sa lame dégoulinante à la main. Le sang encore chaud sur le fil de l'acier gouttait sinistrement sur le sol dallé. L'elfe se rassit gracieusement, la pointe de son épée sciemment appuyée sur le plancher rocheux. Le dos droit, la mâchoire contractée, la main toujours dans la coquille de la fusée, Thranduil imposait force et respect... son but était ainsi atteint.
-Quiconque, reprit-il d'une voix étonnamment douce alors qu'une flaque de sang s'élargissait à ses pieds trempant l'ourlet de son manteau, quiconque, qu'il soit noble ou d'une caste inférieure, pris à comploter ou même médire contre la reine ou mon héritier -il insista durement sur ses derniers mots- sera sévèrement puni.
Ses yeux de givre papillonnèrent un instant sur le corps sans vie de Voronwë, laissant planer une atmosphère lourde sur la salle.
-Sortez. Rentrez dans vos domaines respectifs et faîtes part à vos gens des conséquences qu'un tel comportement engendrera à l'avenir.
Le souverain regarda la salle se vider silencieusement à l'exception des deux Wallens. Ces derniers étaient maintenant seuls avec l'ellon. Klaùs semblait tétanisé par la vue du sang frais laissé par le corps de félon. Thranduil commençait à comprendre comment fonctionnait le Dragon depuis ces longs mois où il avait pu tous les observer. Il voyait les rouages de son cerveau s'enclencher et l'attraction malsaine que le liquide vermillon faisait naître chez le cousin d'Ilyrià. Le jeune homme réfléchissait à plein régime. Il était d'ailleurs temps que celui-ci lui fournisse certaines réponses.
-Vous avez dit, maître Dragon, avoir été manipulé... commença-t-il avant de laisser sa phrase en suspens.
Les yeux de Klaùs se braquèrent sur le souverain alors que ses lèvres s'incurvaient en un long sourire félin.
-Je l'ai dit en effet mais il me siérait de m'occuper moi-même de cette affaire, a righ.
-Je pense pourtant être en droit de discuter ce privilège, le contra l'ellon, la bouche pincée. Il s'agit de ma femme...
-Elle est aussi ma cousine, trancha le Wallen d'une voix égale. Ma cousine, insista-t-il, le regard luisant de colère. Vous savez que je ne laisserai personne lui faire de mal mais les choses sont pour le moins... nébuleuses. J'ai besoin d'y voir plus clair et ce, par moi-même. Je ne suis pas sûr de l'implication de cette... personne. Avant de la condamner, je souhaiterai en être certain. Si tel est le cas a righ Thranduil, je vous la livrerai sur un plateau d'argent, croyez-le.
Un soupir ennuyé s'exhala de la poitrine puissante du sinda.
-Je vous laisse agir à votre guise... C'est ce que souhaiterait ma Dame... que je vous fasse confiance. -il darda son regard pâle dans celui du Wallen- Ne nous faîtes pas défaut.
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Klaùs, Niobé,
Fou de rage. Voilà comment se sentait présentement le Wallen. Son Double comme sa part humaine si vicieuse fusse-t-elle rugissaient à l'unisson à la simple idée d'avoir été si vilement dupés par une femelle, elfe de surcroît! Sa cousine, sa douce et charmante peste avait fait les frais de son manque de discernement. Cette garce de Niobé ne lui avait-elle pas dit clairement le fond de sa pensée? Au propos d'Ilyrià comme du sien d'ailleurs?
L'elleth avait fait d'une pierre deux coups. En se débarrassant de la Sirène, elle s'était aussi vengée de l'attitude provocatrice et railleuse de Klaùs.
Diantre! Les elfes le surprenaient chaque jour un peu plus... Leur seigneur qui n'avait pas hésité à aller chercher lui-même son épouse et à occire sans sourciller l'un des siens au nom d'une étrangère... Ce capitaine prêt à mourir pour ses convictions... Son elfine si vindicative et en même temps franchement naïve à un point tel qu'il ne savait pas si c'était triste à pleurer ou, à l'inverse, drôle à mourir de rire...
Oui, ils étaient finalement dignes de retenir un semblant d'attention. Les Eldar prônaient la vertu, le respect de la vie dans sa globalité, l'Amour de l'Être... Un rire narquois s'échappa du corps félin du Wallen alors qu'il marchait à vive allure, ombre silencieuse, entre les arbustes chargés de fleurs odorantes. C'était cela, les elfes s'en référaient à l'Universalité d'un grand Tout tandis que le peuple sur la Mer représentait la lie à leurs yeux si purs, à cheval entre la faiblesse humaine et une animalité dévoyée... Mais qui avait donc montré son vrai visage? Les Wallens avaient beau être ce qu'ils étaient, ils y restaient fidèles. Ils ne dissimulaient rien de ce qui constituait leur essence. Ils étaient des rustres, ils étaient des sauvages.
Les elfes quant à eux... Sous leur apparence douce et policée, les fameux Premiers Nés étaient de fer, leur sang une dureté minérale. Les Sindar comme les sylvains se montraient encore plus violents, plus imprévisibles dans une certaine mesure que les autres clans elfiques. Klaùs se retrouvait assez en eux et cela lui déplaisait, particulièrement quand il s'agissait du bien-être d'Ilyrià.
Pourquoi? Il n'aurait su l'expliquer lui-même avec clarté. Comment? Comment la jeune Sirène avait-elle réussi à passer outre la barrière de son âme brûlée pour s'y infiltrer et ne plus jamais le quitter? Il ne la savait pas lui-même réellement.
Toujours était-il que, dès sa venue au monde lorsque Klaùs avait à peine huit ans, il l'avait ressenti... une si violente émotion étrangère à tout ce qu'il avait pu éprouver jusque-là. La petite fille avait ainsi comblé un vide béant avec ses grands yeux bicolores. Le garçonnet avait posé ses yeux charbonneux sur cette étrange petite chose vagissante et alors il avait su au plus profond de son cœur qu'il serait toujours là pour elle, s'octroyant la mission de protecteur.
Bien sûr, au fil des années, les deux jeunes gens s'étaient éloignés mais cela ne l'avait jamais empêché de la tenir à l'œil. Voir sa cousine vendue sur l'autel de croyances auxquelles il n'adhérait que très moyennement l'avait mis hors de lui. Klaùs n'était pas un homme de convictions, c'était un guerrier et, au-delà de cela, ne se battait que pour trois raisons : Ilyrià, le Ceanar et éventuellement lui-même.
La regarder, impuissant, s'éprendre du seigneur elfe l'avait longtemps contrarié. Il avait bien tenté de l'en détourner mais l'obstination était un trait de famille qu'ils partageaient. Aussi l'avait-il laissée faire... Son moutard à demi-elfe, à demi-wallen ne l'intéressait guère outre mesure. Cependant, il se devait de garantir sa sécurité, pour elle. Or, là il avait failli... et dans les grandes largeurs. Et tout cela pour une diablesse d' elfine! Une démone au corps velouté, aux cuisses soyeuses et aux yeux pairs incroyablement vicieux...
La rage froide qui le consumait menaçait de le submerger. Littéralement parlant. La peau du Dragon fiévreuse le brûlait. De légères volutes de fumée s'exhalaient de sa chair qui, progressivement, se couvrait d'écailles acérées tandis que le cuir de sa tunique grésillait sous la chaleur. Klaùs arracha le vêtement plus qu'il ne le délaça. La pluie fine qui tombait depuis quelques minutes lui fit un bien fou, apaisant de son ondée son derme meurtri.
Il n'en continua pas moins sa route, soucieux de trouver Niobé, embrasé rien qu'à l'idée lui faire regretter ses égarements. Il allait lui montrer et donner à tous un exemple de comment étaient récompensés les félons, les traîtres coupables de lèse-majesté. Un sourire mauvais étira ses lèvres charnues, crispant son visage aux traits si juvéniles par ailleurs.
Le Wallen avait plus qu'apprécié la manière dont le seigneur Thranduil avait conduit son affaire. Par son geste incisif, il avait ainsi tranché dans le vif, c'était le cas de le lire. Le Dragon n'avait jamais douté qu'il mettrait fin aux jours de l'elfe mais il pensait sincèrement que le souverain perdrait son temps en palabres aussi inutiles que stériles, qu'il l'interrogerait encore et encore. Au lieu de cela, il en avait fait le meilleur des exemples sachant pertinemment qu'en sa qualité de soldat, ce Voronwë n'aurait jamais desserré les dents. Le Sinda avait ainsi prouvé à tous qu'il se tiendrait aux côtés de sa jeune épouse dans la tourmente sans jamais casser ou même plier. Au contraire, il éliminerait chaque élément perturbateur. La pitié n'avait plus de mise ici.
Arrivé au talan désiré, il prit une grande inspiration avant de se propulser en haut de l'étroit escalier boisé. D'un mouvement puissant, Klaùs enfonça la porte d'un coup de talon pour s'y engouffrer. La pièce de vie était relativement petite mais meublée avec soin et goût. Dans les tons ocre et rouge qui se nuançaient subtilement suivant là où dérivaient les regards, le salon n'en paraissait que plus accueillant. Un feu vif crépitait joyeusement dans l'âtre au-dessous d'une marmite délivrant un parfum enivrant de fleurs. Des orchidées... ses fleurs... Voilà donc le secret de l'elleth, d'où venait cette impression qu'elle devait être née parmi ces gerbes délicates...
La fureur suintant de tous les pores de sa peau, le Wallen semblait avoir aspiré l'espace entier du talan. Klaùs se tenait là au beau milieu de la pièce, sa peau nue ruisselante d'une fine pellicule de bruine, ses muscles bandés, ses traits crispés par la rage. Ses yeux d'obsidienne fouillaient inlassablement tous les recoins à la recherche de celle qui attisait le feu de son Dragon. Il finit par la débusquer l'objet de toutes ses convoitises derrière une commode en acajou admirablement travaillée qui siégeait dans la chambre à coucher.
Sans faire preuve de la moindre douceur, ses doigts se crochetèrent dans la chair tendre de son épaule, la soulevant du coin où elle se terrait. Il la jeta sur le lit malgré les suppliques de terreur qu'elle poussait. Niobé tenta de se défiler à la poigne de fer du Wallen. Elle le griffa profondément au visage et dans le cou, ruait des quatre fers mais rien n'y faisait. Au contraire, plus elle se débattait, plus le rictus qu'arborait Klaùs s'élargissait.
Cependant, l'heure n'avait rien de récréative. Sa langue fendue et sifflante dardant entre ses lèvres, il lui cloua les poignets d'une main et la ceintura de l'autre posée sur son bas-ventre pour ensuite l'enjamber. Assis à califourchon sur ses hanches alors que l'elfine criait comme une damnée, il la saisit à la gorge. Les iris du Dragon n'étaient plus que deux fentes noires mouchetées d'éclats d'or aussi durs qu'un diamant. L'elleth arrêta progressivement de lutter, hypnotisée par le regard reptilien de son amant. Les doigts calleux du Wallen resserrèrent leur étreinte sur la gorge palpitante de l'elfe.
-Ne t'avais-je pas prévenue, femme elfe? grinça-t-il d'une voix caverneuse. N'ai-je pas été assez clair quant aux risques que tu encourais s'il te prenait l'envie d'attenter aux jours de a co-ogha? -il caressa le nez fin de Niobé- Ou même juste ne serait-ce que d'y penser? Ne te l'avais-je pas dit ? tonna le Dragon en enfonçant une de ses écailles griffues dans la chair laiteuse de l'elleth. Une goutte sanguine perla qu'il prit un immense plaisir à lécher alors qu'elle sanglotait misérablement.
-Si, souffla Niobé tétanisée par la peur et la douleur. Si en effet...
-Glè math, bien... nous avançons, chuchota Klaùs contre son oreille.
Le souffle ardent du Dragon la brûla et elle couina de souffrance. Ses doigts griffus emprisonnant toujours le cou de l'elleth, il appuya de tout son poids sur elle, suffocante.
-Je doute que tu sois à l'origine de ce complot de bas étage Amour... -de sa main libre, il dégagea une longue mèche blonde qu'il enroula négligemment autour de son majeur- Ta jolie tête a beau être bien faite, elle n'en demeure pas moins relativement vide.
L'elfine laissa échapper un glapissement de mécontentement pour le plus grand amusement du Wallen. Niobé était à se merci, à deux doigts de perdre sa vie d'immortelle mais elle trouvait encore le moyen de se rebeller.
-Qui? insista Klaùs sans montrer un quelconque émoi.
-Personne... marmonna l'elfine en tentant d'échapper à l'étau qui se resserrait autour de sa gorge. Je ne voulais que te voir...
-Ne me mens pas Niobé! siffla le jeune homme, son corps tendu au maximum. Je peux accepter bien des choses y compris que tu aies voulu te venger de moi. Seules deux ne sont pas recevables: que tu t'en sois prise à Ilyrià et que tu me mentes sans vergogne!
Étouffant entre les doigts de pierre du Wallen qui la charcutaient impitoyablement et broyée sous sa formidable stature, l'elleth pleurait doucement, écrasée sur le lit moelleux.
-C'était Voronwë, balbutia-t-elle d'une voix hachée. Je ne croyais pas qu'il essaierait de la tuer mais juste de lui jouer un vilain tour... J'étais en colère, furieuse contre toi et j'y ai juste vu l'occasion de me prendre ma revanche. C'est tout, je te le jure, maître Dragon.
-Vraiment? murmura-t-il en appuyant sur la plaie sanguinolente. Es-tu réellement aussi idiote ou te joues-tu encore de moi?
En dépit de la douleur, l'elleth posa sa main tremblante sur la mâchoire contractée du Dragon. Il frissonna sous le toucher aérien de Niobé. Elle plongea son regard troublé dans celui du Wallen.
-Je ne te mens pas... Klaùs – il tiqua à sa façon caressante de l'appeler ainsi par son prénom- crois-moi, je t'en prie... Crois-moi...
Il secoua la tête comme pour chasser les idées qu'elle cherchait à y implanter. Comment s'y prenait-elle pour lui faire perdre le fil qu'il s'était pourtant appliqué à suivre? Le jeune homme était arrivé chez elle avec l'intention de la tuer de ses propres mains et il avait désormais l'impression que c'était lui qui était pendu à ses lèvres...
Il avait tout simplement envie de s'en convaincre, réalisa Klaùs avec amertume. Le Dragon voyait en elle quelque chose qu'il n'avait jamais ne serait-ce qu'entraperçu chez une autre, un sentiment, une émotion qui faisait naître en lui un brasier gigantesque. Elle nourrissait ce feu, l'alimentait de sa perversité enfantine qui le faisait sourire et grignotait chaque cellule de son corps.
Oui, il voulait y croire, lui donner une chance de rester à ses côtés car il n'en doutait pas. Il ne s'agissait pas d'une question de fierté mal placée, d'ego démesuré en lui-même mais plutôt de réalité crue... elle avait goûté à la meilleure des drogues et ne pourrait s'en lasser, tout comme lui, il en avait bien peur. Sa main se resserra encore un peu plus sur le cou gracile pour la soulever à demi de la couche. Approchant son visage à quelques millimètres du sien, il la menaça une dernière fois:
-Si tu m'abuses encore... On a beau folâtrer mo ruin... Je te tuerai et sois sûre que je m'appliquerai à ce que ta souffrance s'éternise, elleth de malheur...
Klaùs se releva brutalement du lit, ce qui permit à Niobé de respirer enfin librement. Ses yeux verts s'arrondirent de surprise quand elle vit le Wallen déboucler sa ceinture et laisser glisser son pantalon de cuir.
-Que... qu'est-ce que tu fais?! s'exclama-t-elle en reculant jusqu'à buter contre la tête de lit.
-Ouvre tes cuisses pour moi femme.
Un sourire retors fleurit sur les lèvres de Klaùs alors qu'elle s'exécutait, une flamme incendiaire dans son regard pair.
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Quelques heures plus tard, l'elleth gisait sur la couche, épuisée. Certes, elle était fatiguée comme elle ne l'avait jamais été mais aussi tout à fait comblée. Les cheveux épars sur l'oreiller comme l'astre solaire à son apogée, elle rayonnait. Il ne s'agissait pas seulement d'assouvissement physique mais aussi psychique. Le poids du bras sur son ventre ainsi que la grande main empaumant son sein droit lui paraissaient être autant de preuves indiscutables que Klaùs lui était revenu et surtout qu'il était sien.
Niobé se tourna doucement pour se caler sur son flanc et observer son amant endormi. Valar, elle le trouvait atrocement attirant... Ses yeux de braise, sa bouche au pli moqueur, ses pommettes hautes où se cachait cette unique fossette qui n'apparaissait que lorsqu'il souriait... et ce corps puissant dont chaque muscle donnait vie à ses trop nombreux tatouages...
Il pouvait se montrer odieux mais arrivait tout de même à l'emmener là où il le souhaitait ce Wallen sournois! Si quelqu'un lui avait prédit des mois plus tôt qu'elle serait prête à tout pour garder une telle engeance, elle l'aurait traité de fou. Cependant, la situation avait changé. Klaùs voyait comme était réellement Niobé. Nul besoin de faux-semblant, de se dissimuler derrière un paravent de qualités qu'elle ne possédait d'ailleurs pas.
L'elleth était une femme hargneuse et rancunière, avide et luxurieuse. Or, le Dragon se reconnaissait en elle, Niobé le savait. C'était pourquoi il l'acceptait telle qu'elle était et l'exhortait même à faire face à son propre caractère dans lequel il se retrouvait.
Bien sûr, l'elfine savait aussi qu'elle se condamnerait si elle se laissait aller à plus de sentiments envers lui. Ceci étant dit, elle ne rêvait point d'idylle ou d'être entourée de marmots. Non! Niobé voulait la passion, celle que procurait l'embrasement de ses sens que Klaùs lui avait fait découvrir si obligeamment. Plus leurs jeux avançaient, plus elle doutait qu'un autre mâle puisse lui convenir. La perversité, cette lubricité dans laquelle le Wallen excellait était un art dont il était le maître. Du dos de ses doigts fuselés, elle caressa la tempe du jeune homme admirant la beauté de ses traits. Ainsi décontracté, il paraissait si... enfantin.
Alors oui, elle le désirait au-delà du mesurable, ce Dragon pourfendeur de vertus et était prête à faire ce qu'il fallait pour le ga rder. Si besoin était, Niobé se sentait prête à mentir de nouveau à Klaùs comme elle venait juste de le faire. Elle avait eu beau n'avoir agi que par jalousie vis-à-vis d'Ilyrià, reportant sur la jeune femme l'échec de sa tentative avortée de séduction sur le sinda ainsi que son emprise sur le Wallen, elle n'était pas idiote.
Si l'elfine avait admis sa participation, il l'aurait tuée sans l'ombre d'une hésitation. Si elle avait dénoncée Gallion, lui ou ses partisans l'auraient aussi envoyée chez Mandos. D'un côté comme de l'autre, elle était perdue. Or, si une qualité était pour le moins développée chez l'elleth, c'était son instinct de conservation. Voronwë était déjà mort, la nouvelle n'avait pas fait long feu à se répandre au sein de la Cité. Alors un peu plus, un peu moins de responsabilités sur le dos du pauvre capitaine...
Un frisson remonta le long de son dos. Le tout désormais pour elle était de savoir comment se placer entre les deux camps pour rester en vie, de préférence aux côtés du Wallen.
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Thranduil, deux jours plus tard,
L'ellon n'en pouvait plus. Il ne supportait plus d'entendre les gémissements étouffés d'Ilyrià, uniques bruits qui parvenaient à s'extirper de la poitrine de la jeune femme prostrée sur le matelas. Mis à part les moments où elle était endormie par ses soins, la Wallen passait son temps à se débattre dans les draps à un point tel qu'elle avait réussi à se blesser en s'entortillant dans la soie de leur lit. Toutes les courtepointes de leur couche avaient dues être enlevées pour que cet incident ne risque plus de se reproduire.
Lorsqu'elle ne se battait pas contre du vent, Ilyrià s'accrochait désespérément aux montants du grand baldaquin. Elle s'y agrippait comme s'il s'agissait de cette branche qui l'avait empêchée de tomber entre les griffes des prédateurs dans la forêt. Le seul moment où elle ne le fuyait pas, c'était quand il laissait son fëa l'envelopper comme un cocon protecteur. Alors enfin, elle se laissait aller contre lui, l'autorisant à la prendre dans ses bras. Leur lien était tout ce qui pouvait tranquilliser la jeune femme et leur bébé. Comme il le lui avait expliqué, la période bénie de la grossesse devait impérativement se vivre à trois, entre les parents et l'enfant.
Ce qui le tuait à petit feu, c'était son impuissance face à la situation. Thranduil ne s'était jamais senti ainsi, sans aucune force face aux démons sournois qui lentement mais sûrement rongeaient l'éther fragile de sa délicate éphémère. La folie vacillante qui s'emparait d'elle était comme un coup de poignard pour l'ellon. A chaque fois qu'il la voyait recroquevillée ou reculer pour éviter le moindre contact le meurtrissait à un point qu'il n'aurait jamais cru possible. Il devait user de subterfuges pour l'attirer à lui ou ne serait-ce que la toucher alors que son propre corps tendait vers la jeune femme, lui criait de s'emparer d'elle, qu' Ilyrià le veuille ou non. Une petite voix pernicieuse lui soufflait qu'il suffisait peut-être de cela pour qu'elle lui revienne corps et âme... qu'il la possède une bonne fois pour toutes. La marquer... qu'elle se rappelle de lui de la plus définitive des manières.
Le sinda se passa une main peu sûre sur ses yeux pour chasser l'image que son esprit ne cessait de lui imposer. S'il faisait cela, il la perdrait complètement. L'obliger à quoi que ce fut n'était, et de loin, pas la solution. Seul sur le sofa , Thranduil porta son poing fermé à sa bouche et le mordit au sang pour étouffer l'ire incompressible qui menaçait de déferler sur tous et chacun.
A eux aussi, l'elfe en voulait plus que de mesure. Les Guérisseurs s'étaient succédés au chevet de la Wallen sans succès, incapables de lui procurer un semblant de remède. Il lui fallait du temps pour se remettre... Mais du temps était ce qu'ils n'avaient pas justement! L'ellon devait se montrer patient et raisonnable... Tout ce qu'il se refusait à être. L'ellon voulait la récupérer et de suite. Leur temps était bien trop précieux, chaque jour qui passait était un décompte dont le sablier était le terrain mouvant de ses pensées.
L'Aiglonne wallen passait son temps dans leurs appartements à veiller la jeune reine concoctant il ne savait trop quoi mais rien ne fonctionnait. Ilyrià était si effrayée qu'ils devaient la ceinturer à deux pour lui faire avaler la moindre médication. Cette femme n'était qu'une incapable! Où était donc son maître lorsque la nécessité prévalait?! Lui, si intuitif de tout ce qui se passait sur Arda, où se cachait-il? Thranduil était tout disposé à le débusquer et le ramener de gré ou de force... Ses ongles s'enfoncèrent dans le velours du divan où il s'était assis ses longues jambes croisées avec élégance pour ne pas laisser éclater sa rage.
Soudain, il fut tiré de ses pensées de la plus désagréable des manières. Heurté de plein fouet, il se leva d'un bond en entendant Ilyrià se mettre à tousser. Prise de quintes, celle-ci n'arrivait plus à s'arrêter et il crut bien que sa femme allait étouffer. En quelques pas, il fut dans la chambre. Cendera était au-dessus de la Wallen, une potion à la main. Avec virulence, il poussa la chamane qui se cogna contre la coiffeuse derrière elle alors qu'il enroulait ses bras autour de la Sirène pour la soutenir. Ses joues rondes avaient pris une teinte cramoisie et ses yeux larmoyaient sous l'effort.
Sans tenir compte de ses gesticulations pour se soustraire à son emprise, il la serra un peu plus fort. Sa toux s'était tarie si ce n'étaient quelques crachotements mais, égoïstement, il n'arrivait plus à la lâcher. Deux jours qu'il attendait de la tenir ainsi, pour se perdre en elle... L'elfe n'en pouvait plus de devoir attendre qu'elle soit endormie pour la prendre ainsi contre lui. Cependant, il désirait la sentir en vie contre son torse et non son corps à la limite du vivant...
-Chhhh melleth nîn, laisse-toi faire... plaida l'ellon au comble de ce qu'il pouvait endurer.
Cendera s'était redressée et attrapa sans tenir compte d'aucun protocole le souverain par le bras pour essayer de le faire lâcher prise. Elle se fichait bien qu'il s'agisse du roi ou de n'importe quel elfe, qu'il soit son époux ou le premier palefrenier venu... Elle ancra son regard courroucé au sien.
-Lâchez-là aran Thranduil! le harangua-t-elle, les sourcils froncés. Vous lui faîtes peur, ne le voyez-vous donc pas?
-Je sais ce qu'il lui faut contrairement à vous visiblement! cracha le roi au bord de l'épuisement. Il s'agit de ma femme, que croyez-vous pouvoir m'apprendre à son sujet que je ne sache déjà ?!
-Vous ne savez rien, déclara la jeune femme avec un calme olympien. Il ne s'agit ni de vous ni de moi ou de quiconque. Il n'est question que de la santé d'Ilyrià et vous n'aidez pas à contrecarrer ceux qui tentent de la soigner. Vous empoisonnez l'air avec votre suspicion. Tout ne se résout pas par la force ou les armes à la main.
-Voyez-vous cela? fit l'ellon, les narines pincées par la colère.
-Ne vous rendez-vous pas compte que votre pessimisme et votre volonté de tout dominer ici n'arrange rien? Vous ne pouvez avoir le contrôle sur tout roi Thranduil... le pouvoir se trouve aussi parfois dans l'abandon... L'amour ne peut être toujours cloisonné dans un carcan de passion... Nous devons sauver Ilyrià mais ce sont votre peur et votre frustration qui l'empêcheront de se libérer. Vous devez être certain vous-même qu'elle puisse être sauvée. Fiez-vous à moi un minima...
-Comment voulez-vous que je puisse vous faire confiance? gronda l'elfe ébranlé par les propos de Cendera. Vous m'avez caché tant de choses qui me concernaient directement... et m'en dissimulez tant encore... Je ne suis pas aveugle, je vois ce qu'il se passe entre mon fils et vous... Je ne peux m'en montrer que circonspect et, je vous l'avoue, fort peu ravi.
La Wallen se redressa et soutint avec assurance le regard du souverain sans pour autant céder aux sirènes de la colère. Attiser le suzerain ne servirait qu'à lui causer du tort. Toutefois, il était hors de question qu'elle le laisse ainsi la malmener.
-Tout roi que vous êtes, vous ne savez pas tout Monseigneur, dit-elle d'une voix douce mais ferme. Il ne m'a jamais appartenu de vous livrer le secret de ma princesse quant à la venue future de votre enfant. Il est puéril de vous en montrer jaloux... Pour ce qui concerne ernil Legolas, il ne s'agit pas de vos affaires a righ Thranduil. Le prince est assez âgé me semble-t-il pour prendre ses propres décisions... Ce n'est clairement plus un enfant mais voilà une discussion qui est désormais close. Ce n'est ni le lieu ni le moment propice. Mon attention n'est destinée qu'à Ilyrià et, pour l'instant, il est clair que vous devriez vous focaliser sur sa guérison...
Le roi posa délicatement sa poupée de chiffon avant de se lever pour faire quelques pas vers la jeune femme qui ne sourcillait pas devant lui. Elle devait lui tenir tête pour imposer son point de vue si elle voulait obtenir le respect qu'elle méritait.
-Et que croyez-vous donc que je fasse? Je ne pense qu'à cela! siffla Thranduil entre ses dents. Je ne veux que son retour auprès de moi!
-Encore une fois, souffla-t-elle, il n'est pas question de vous, de son retour vers vous... Vous ne pensez pas en termes de guérison mais de maladie... Vous ne percevez que la noirceur qui l'attire implacablement vers elle mais il ne faut pas, sourit-elle avec chaleur en lui prenant une nouvelle fois le bras. A l'inverse, il faut penser à votre amour, au fruit de ce dernier qui sera parmi nous d'ici quelques mois à peine. Elle a tant besoin de vous. Elle est seule et perdue...
-Mais reviendra-t-elle seulement? marmonna l'ellon plus pour lui-même que la Wallen. Elle est si loin de moi...
Ilyrià ne reviendra pas si, d'où qu'elle soit en ce moment, vous l'effrayez...
Thranduil croisa les bras sur son torse. Il fixa d'un œil critique l'Aiglonne qui osait le combattre avec un aplomb dont beaucoup auraient pu tirer des leçons ou se seraient faits tailler en pièces pour lui avoir parlé sur ce ton. Il comprenait mieux les raisons de l'engouement de son fils... Cette femme était une forte tête tout comme Ilyrià sans pour autant n'avoir que très peu en commun.
Un sourire imperceptible perça le visage austère du suzerain. Il aimait sans aucune restriction son amante si impulsive et ne se verrait certainement pas vivre une seconde de plus sans elle mais la femme devant lui était, il devait l'avouer, fort séduisante.
Non pas qu'elle lui plaise d'un point de vue purement physique, il ne s'agissait point de cela, mais par bien des aspects elle lui rappelait son propre peuple. Posée, gracieuse et portée sur la spiritualité de l'univers, elle possédait les qualités propres aux Eldar. Un doigt caressant nonchalamment sa lèvre inférieure, il planta ses yeux pâles dans ceux, bruns, de la jeune femme. Elle méritait une oreille attentive, le bénéfice du doute et Thranduil s'en rendait compte. Il leur fallait tout faire pour qu' Ilyrià guérisse.
-Que préconisez-vous?
-Il nous faut faire vite... répondit Cendera en reportant son regard sur la jeune femme inerte. Nous devons agir vite... Cette situation n'est bonne ni pour elle... ni pour l'enfant, dit-elle avec un doux sourire emplit de compassion. Il ne faut pas que les ténèbres de son atma torturé atteignent l'enfançon aran Thranduil...
Soudain, elle porta sa main à sa bouche, une idée venait de germer dans son esprit pour le moins productif. Cendera alla à l'armoire de la jeune reine et en sortit une cape de velours brun. Interloqué, le souverain la vit envelopper sa Wallen dedans pour recouvrir son corps uniquement habillé d'une fine chainse de baptiste.
-Suis-je idiote moi aussi, marmotta-t-elle en nouant les rubans du col de la pèlerine. Comment n'y ai-je pas pensé plus tôt?! s'écria-t-elle en se tapant le front du plat de la main.
-A quoi? s'impatienta à son tour l'ellon gagné par l'énergie que dégageait la jeune femme,
-Elle a peur, elle est prostrée, elle a perdu sa voix... Sa voix, répéta-t-elle, son attention braquée sur lui, qui est l'apanage de son double. La part humaine d' Ilyrià est parasité par son double qui s'est tu lui aussi... Il faut l'amener là où elle sera dans son unicité toute entière...
-Dans l'eau, compléta le roi avec compréhension.
-Aye, dans un lieu où elle se sent en confiance, là où elles s'abandonneront toutes les deux à vous. A righ vous êtes le plus à même de la faire revenir vers vous. Il s'agit d'une tâche qui vous est dévolue et à nul autre... Mais je dois vous prévenir d'une chose.
L'elfe, qui venait de se saisir délicatement d'Ilyrià et la maintenait serrée contre lui, la dévisagea, un sourcil arqué.
-Et bien?
-Seigneur... Vous risquez de rencontrer un aspect de la Sirène qui vous est encore inconnu... Ily a toujours fait en sorte que la Dorcha n'échappe pas à son contrôle mais j'ai bien peur que cela ne soit cette fois indispensable à son rétablissement... Il y a des chances que vous n'appréciiez pas la nébulosité de cette Sirène-là... Serez-vous capable de vous raccrocher à la vie d'Ilyrià et non cela?
-Toutes les vagues me ramèneront toujours à elle Dame Cendera, murmura-t-il dans un souffle rauque. Je ne suis même pas certain d'avoir le choix. Ne craignez rien, conclut-il avec un sourire cynique, il en faut plus pour me désarçonner... Naufragé volontaire... -il braqua ses yeux d'hiver dans ceux de la chamane- Cela ne veut pas dire que nous en avons terminé maître Guérisseur...
Cette appellation, signe visible d'un respect nouvellement acquis, fit monter le rouge aux joues de la jeune femme tandis qu'il reportait son attention sur son amante, lui murmurant de douces paroles de réconfort en sindarin.
-Nous reprendrons plus tard notre discussion, soyez-en assuré. Je ne me défilerai pas.
-J'en suis certain.
Il ne fallut que quelques minutes au roi pour trouver le chemin des écuries et installer la jeune femme sur sa monture. Il la cala du mieux qu'il le put puis la plongea dans un sommeil profond, persuadé qu'elle supporterait d'autant moins la vue des bois. Il devait aller au plus vite et se battre contre elle n'apporterait rien de bon. Thranduil devait aller bon train et savait exactement où il devait l'emmener, où elle serait la plus à même de guérir. Poussant son cheval à vive allure, il quitta la Cité au galop sans prendre la peine de prévenir qui que ce fut. Le vent fouettait son visage, sa peau griffée par les branchages qu'il ne chercha pas à éviter, son corps comme son esprit tendu vers la jeune femme nichée au creux de ses bras.
Arrivé à destination, il rentra dans les grottes juché sur sa monture. Les cavernes avaient été le seul et unique lieu qui lui était venu à l'esprit. Cet endroit avait été le témoin des moments tendres et importants de leur vie, de cet amour épanoui. Il lui avait donc semblé logique que la jeune femme s'y sente bien.
Les bras tendus par l'effort, il la porta rapidement au bord de l'eau. La posant avec toute la délicatesse dont il était capable en dépit de l'urgence qu'il ressentait, l'ellon la déshabilla, ses gestes empreints d'une douceur brute avant de se dévêtir à son tour. L'air moite des sources chaudes réchauffa son âme gonflée de l'espoir de bientôt avoir Ilyrià dans ses bras, sa Wallen de nouveau rieuse et amoureuse.
Les effluves de pierres froides et des quelques plantes qui arrivaient à prendre possession des lieux lui montèrent aux narines alors qu'il nageait vers le milieu du bassin. Plusieurs minutes passèrent sans qu'aucun changement ne s'opère mais il était hors de question de désespérer. Pas maintenant qu'un semblant de solution se présentait. S'il le fallait, il resterait là une vie planté dans ce bassin, la jeune femme ondulant au rythme des remous que leurs corps imposaient aux eaux d'ordinaire stagnantes. Dos à lui, elle dérivait lentement, les grandes mains de l'ellon posées fermement sur son abdomen distendu.
-Melleth nîn, mon amour... soupira l'elfe, ses lèvres soudées contre son cou. Je ne peux agir seul... Je n'ai aucun contrôle sur ce qu'il t'arrive. J'ai besoin de ton aide, je ne peux me battre toujours seul... bats-toi contre le néant, ne le laisse pas poser ses tentacules sur toi, je t'en conjure...Rends-moi ma femme, pas cette pâle figure... Je veux ma fière Wallen, tonna l'elfe, sa voix de basse se répercutant contre les parois miroitantes des grottes.
Un frisson parcourut le corps alangui d' Ilyrià. L'ellon sentit contre lui la peau de la jeune femme vibrer sous la caresse de sa propre chair et lentement devenir autre chose que son derme satiné. Tout aussi doux, il connaissait cette sensation intense et chaude pour l'avoir expérimenté la nuit de l'anniversaire de la Sirène. Le corps d'Ilyrià muta tout doucement contre lui. L'ellon pouvait voir au travers de l'eau claire les écailles émeraude de la jeune femme remonter le long de ses jambes.
Captivé, il ne loupait aucun détail de sa transformation. Voir son double prendre le pas sur son humanité était une expérience pour le moins fabuleuse et la tenir dans ses bras lui donnait ainsi l'impression de fusionner avec elle, au plus profond de son être. Sous le ciel de la nuit, Thranduil sentait son fëa se troubler au contact de l'éther fragile de la Sirène, réclamant ses droits sur lui comme le corps de l'ellon sur celui d' Ilyrià. Que ce fusse dans la lumière ou dans l'obscurité, leurs deux âmes se reconnaissaient et tentaient de se dompter l'une l'autre.
Elle fuyait, véritable anguille tout comme ses jambes désormais soudées pour ne plus former que cette queue palpitante et intransigeante. Sous ses paumes, ses tatouages avaient eux aussi pris vie. L'elfe resserra sa prise.
-Je ne crois pas non ma Dame... Tu ne t'échapperas pas, n'y songe même pas, ma Sirène. Si tu es têtue, je suis opiniâtre Amour.
Il la retourna de façon à avoir une meilleure prise sur elle, chose relativement peu aisée avec son ventre rebondi. Ses seins pressés contre le buste puissant de l'ellon, la tête renversée en arrière, ses longs cheveux emmêlés en un sauvage débordement, elle était horriblement tentante.
Le souverain s'inclina vers elle, ne pouvant empêcher ses lèvres de dévorer sa gorge offerte. Tout à coup, il sentit les ongles de la jeune femme s'enfoncer profondément dans ses avant-bras. Ses grands yeux s'ouvrirent pour s'entrechoquer aux siens. La violence des émotions qui s'y succédaient le mirent à mal mais il tint bon et ne la lâcha pas d'une once. En dépit de la douleur, il raffermit ses bras autour d'elle.
-Réagis... dit-il durement, ses iris réduits à deux fentes de pure colère. Sois forte, reprends-toi! Tu n'es pas seule dans ce corps, Ilyrià! Que veux-tu donc? N'as-tu aucune volonté? Souhaites-tu perdre ton enfant? Veux-tu me perdre? Montre-moi que je n'ai pas eu tort de te confier ma vie, Wallen...
Sa propre peau se mit à le faire horriblement souffrir. Avec horreur, il vit l'eau si claire prendre une teinte rougeâtre. Il serra les mâchoires à s'en casser les dents en réalisant que ses blessures lui venaient d'elle. Ses écailles si douces faisaient petit à petit place à quelque chose de différent, autrement plus violent, plus brutal et primitif. Pourpres et acérées comme celles d'un dragon, ses écailles s'étaient hérissées entaillant ainsi le grain de peau de l'elfe.
-Je suis là, fit-il en se moulant à elle farouchement, je suis là.
Les pupilles d' Ilyrià n'avaient plus de couleur comme délavées tandis que ses longues boucles noires avaient pris une teinte grise et semblaient avoir pris vie. Littéralement. Elles lui faisaient penser à des reptiles qui serpentaient autour de son visage blafard. Néanmoins, Thranduil ne ressentit aucun dégoût à la regarder. Il voyait au-delà de cette apparence. Au contraire, l'ellon prenait la pleine mesure du pouvoir qui résidait en la frêle jeune femme dans ses bras. Il sentait la force de la Sirène refluer par vagues déferlantes.
-Je suis là... répéta l'elfe au comble de l'agonie comme si des milliers de lames le transperçaient de part en part.
Soudain, Ilyrià se raidit violemment contre lui. Son dos s'arc-bouta et elle attrapa à pleines mains le visage du souverain, ce qui l'entailla un peu plus. Ancrant son regard au sien sans réellement le voir, elle ouvrit la bouche comme si elle aspirait l'air ambiant. Les eaux si calmes étaient devenues houleuses autour d'eux, les percutant avec violence, parfaite représentation de leur désespoir. Un léger gémissement s'exhala d'entre ses lèvres blêmes. Thranduil la secoua comme si elle avait été un prunier.
-tu peux mieux faire melleth nîn!
C'est alors que le filet de voix ténu de la Wallen prit de l'ampleur. Elle rejeta la tête en arrière avant de la redresser brutalement et de pousser un hurlement strident, si aigu que son écho se prolongeait encore et encore, expulsant les traumatismes que la Wallen avait accumulé. Son cri mourut sur les lèvres de l'elfe qui sans douceur avait plaqué sa bouche sur la sienne pour ne plus faire qu'un. Elle s'affaissa entre ses bras, pantelante. La Dorcha disparut lentement, laissant place à la douce sirène dont l'essence caressait de nouveau amoureusement le fëa de l'ellon.
Il se pencha vers elle, indifférent à la douleur infiltrée dans chacun de ses membres, inquiet de ne pas la voir se relever. Enfin, il sentit les bras doux de la jeune femme se nouer autour de son cou. Elle se hissa difficilement contre lui pour mettre son visage au niveau du sien. Ses yeux bicolores plongèrent dans ceux de son amant, le couvant du feu de ses prunelles incandescentes. Un sourire languissant étira les lèvres d'Ilyrià.
-Thranduil...
Enfin... elle lui était revenue.
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Et voilà chapitre 40! les louloutes, j'espère que cela vous a plu!
gros bisous tous doux!
Milyi
