Hello amis lecteurs ! J'espère que vous avez tous passé de bonnes fêtes et je vous souhaite une excellente année 2016 ! Gros bisous !
Et sans plus tarder, le chapitre que vous attendiez tous... (quoi ? moi, je me la pète ? meuuuuu non :-p)
On était vendredi, et comme tous les vendredis soirs, l'équipage avait prévu de se réunir au Thriller Bark – excepté Nami, qui prétexta un rendez-vous amoureux pour pouvoir avoir sa soirée de libre. En effet, c'était ce soir qu'elle comptait cambrioler la cible qu'Arlong lui avait indiquée. En temps normal, elle aurait été bien loin de se réjouir, mais ce soir, elle était plutôt soulagée de ne pas devoir manger avec les autres, et supporter la énième conquête de Sanji. La veille, ç'avait été au tour de Camie, une jolie étudiante en stylisme, de se joindre à eux pour le repas, et d'empêcher tout l'étage de fermer l'œil jusqu'à une heure du matin. Sérieusement, est-ce qu'en plus d'imposer à tout le monde ses coups d'un soir, il était obligé de leur faire partager ses exploits nocturnes ?!
Nami grinça des dents et leva la tête vers l'imposant édifice qui se dressait devant elle. La maison était somptueuse, de style néo-classique, avec des décorations en stuc blanc tout le long de la façade. Arlong ne s'était pas trompé : le lieu respirait l'argent. La demeure était située un peu en dehors de la ville, et entourée d'un jardin privé délimité par de hautes grilles et des haies. Nami préférait cela, et de loin, à devoir travailler en pleine rue, obscurité ou pas. Au moins, la haie la protègerait des regards indiscrets. Franchir les grilles fut l'affaire de quelques minutes, grâce au grappin dont elle s'était munie. Elle se dirigea ensuite vers un côté de la maison, et repéra assez rapidement ce qu'elle recherchait : un soupirail donnant sur le sous-sol. La porte et les fenêtres du rez-de-chaussée étaient sans doute protégées par une alarme, mais c'était rarement le cas pour ce genre d'ouvertures secondaires. Elle s'accroupit devant et enleva son sac à dos de ses épaules pour en sortir plusieurs petites éprouvettes contenant des produits chimiques (dérobés durant l'un ou l'autre de ses cours). Un petit mélange, quelques gouttes sur tout le pourtour de la grille qui fermait le soupirail, et celle-ci se décrocha toute seule, le métal attaqué par le cocktail corrosif. Nami la réceptionna avant qu'elle ne touche le sol et la déposa en douceur derrière un massif de fleurs. Et le tour était joué !
Elle ne s'attarda pas au sous-sol, où il n'y avait sans doute rien de très intéressant, et passa directement au rez-de-chaussée. Le couloir où elle aboutit en gravissant l'escalier était décoré de plusieurs peintures sur les murs, principalement des natures mortes. Rien de très excitant jusque-là – après tout, aussi riche soit-il, le propriétaire de la demeure n'allait pas s'amuser à accrocher des tableaux de maître dans un couloir. Sur un meuble en chêne massif avaient été posés divers bibelots scintillants et des cadres photographiques, que Nami regarda à peine. Elle savait déjà à quoi ressemblait sa victime, grâce au dossier fourni par Arlong : il s'agissait d'un homme de taille moyenne, avec des cheveux violets et un masque en cuir lui couvrant la moitié du visage. Mais surtout, il s'agissait d'un magistrat éminent, le procureur Spandam, qui avait une réputation d'homme corrompu, et dont la clémence dépendait uniquement de l'ampleur des pots-de-vin. En bref : une vraie poule aux œufs d'or.
Cela se confirma dès qu'elle entra dans la salle à manger, où la vaisselle en argent luisait à la lueur timide de la lune. Nami ouvrit les tiroirs du bas du buffet et vida les couverts qu'ils contenaient : en effet, il s'agissait des éléments du service les moins encombrants et les plus facilement transportables. Après tout, elle devait encore ré-escalader la grille du jardin dans l'autre sens, et ne pouvait pas se permettre d'être trop alourdie.
Son forfait accompli, elle retraversa le couloir et pénétra dans le salon. La pièce était décorée de manière extravagante : dans des vitrines, des objets de toutes les époques et de toutes les régions du globe étaient entassés sans logique aucune, tandis que sur les murs des masques vénitiens côtoyaient une défense d'éléphant et, accroché juste au-dessus du billard, un tableau de grandes dimensions, sans doute l'œuvre d'un primitif flamand. Le tout donnait l'impression d'une exhibition de richesses accumulées sans critères autres que leur valeur, et surtout sans goût. Sans plus attendre, Nami sortit un cutter de son sac à dos et découpa soigneusement la toile, qu'elle enroula et glissa dans un étui cylindrique prévu à cet effet. Crocheter quelques-unes des vitrines pour en extraire les pièces les facilement revendables fut également un jeu d'enfant. Finalement, dans cette pièce à l'atmosphère hétéroclite, la télévision à écran plasma jurait presque. Elle aussi valait une petite fortune, cela dit – mais Nami n'était pas équipée pour emporter quelque chose d'aussi volumineux.
Passant ensuite à l'étage, Nami localisa rapidement les pièces qui l'intéressaient, à savoir : les chambres et le bureau. Spandam était divorcé, et il n'y avait donc pas de coffret à bijoux à piller dans sa chambre à coucher, mais Nami trouva tout de même une chevalière en or et une Rolex dans sa table de nuit. Boutons de manchette et pinces à cravate en divers matériaux nobles furent également subtilisés. La chambre de sa fille unique, Kalifa, s'avéra finalement beaucoup plus vide, car la jeune femme était déjà adulte (à en juger par les photos où elle apparaissait aux côtés de son père), et ne vivait sans doute plus là depuis longtemps.
Dans le bureau, par contre, un stylo-plume en argent, le presse-papier en cristal de baccarat et une boîte de cigares de marque connurent à leur tour le grand plongeon au fond du sac de Nami. La voleuse hésita un instant devant le mini-bar, reconnaissant des bouteilles d'alcool de grande valeur, mais elle finit par secouer la tête, se disant qu'elles risquaient trop de se briser durant ses acrobaties. Et puis, son sac à dos commençait à être bien rempli ! Pour les mêmes raisons, elle dut renoncer à emmener les livres anciens qui trônaient sur une étagère, couverts de poussière car personne ne les ouvrait jamais. Ils n'étaient là que pour prouver que leur propriétaire pouvait se le permettre, hélas. Il s'agissait pourtant d'éditions rares d'ouvrages célèbres, illustrées au moyen de gravures. De vrais petits bijoux. La cambrioleuse soupira avec envie et passa ses doigts gantés sur la tranche d'un atlas ancien. Comme elle rêvait de voyager et de faire le tour du monde, un jour… Elle avait soif d'exploration. Mais elle savait pourtant que c'était impossible : Nojiko avait besoin d'elle pour faire tourner la plantation, et elle lui devait tant !
Se recentrant sur son objectif, Nami s'approcha de la peinture accrochée derrière le bureau. Sortant son cutter, elle répéta l'opération effectuée dans la salle à manger, et glissa la toile dans un second étui. Voilà. Il ne lui restait plus qu'une chose à faire : trouver le coffre-fort. Par acquis de conscience, elle décrocha le cadre (désormais vide) pour vérifier derrière, s'attendant à n'y trouver qu'un mur plein (après tout, ç'aurait été trop facile). Et pourtant, il était bien là. Quel manque d'originalité ! Forte de ses années d'expérience, et particulièrement fière de ses doigts agiles, Nami réussit sans trop de peine à l'ouvrir au toucher, et plongea sa main gantée à l'intérieur. Quelle ne fut pas sa déception quand elle n'y trouva aucun argent, mais seulement une épaisse liasse de documents ! Nami les posa à côté d'elle et replongea sa main au fond du coffre, mais il n'y avait rien d'autre.
- Qu'est-ce que ces papiers ont de si important pour être gardés dans un coffre-fort… ? murmura-t-elle, tout en les feuilletant.
Une photo s'échappa alors du tas de feuilles, et Nami sursauta en la ramassant. La photo représentait en effet Kalifa, reconnaissable à son air sévère et à ses petites lunettes d'acier, et là, à côté d'elle… Sanji. Sanji, qui affichait un grand sourire ravi et avait un bras passé autour des épaules de sa compagne. Était-ce donc elle, sa fameuse petite amie ? La cambrioleuse se mit à compulser les documents d'une main fébrile. Plusieurs feuilles, agrafées ensemble, attirèrent rapidement son attention. Il s'agissait d'un article dactylographié, intitulé « La vérité sur la guerre civile de Dressrosa », et signé Nico Robin. Tiens, tiens ! Intéressant. Mais ce n'était pas ce qu'elle cherchait.
Soudain, il lui sembla entendre un bruit à l'étage inférieur et la voleuse se raidit. Est-ce qu'il y avait quelqu'un d'autre dans la maison ? Nami tendit l'oreille, mais n'entendit rien. Par mesure de précaution, néanmoins, il valait mieux qu'elle ne traîne pas ici – elle fourra les papiers pêle-mêle dans son sac à dos et referma le coffre-fort à toute vitesse. Elle redescendit ensuite l'escalier sur la pointe des pieds, et là, de nouveaux bruits provenant de la salle à manger lui confirmèrent ce qu'elle redoutait déjà : elle n'était pas seule sur les lieux. Merde ! Nami se dépêcha de descendre les dernières marches, et de se diriger à toute allure vers l'escalier de la cave, retenant son souffle pour ne pas se faire repérer. Malheureusement, cet escalier-ci était en bois, et pas en pierre, et Nami crut que son cœur allait s'arrêter lorsqu'une des marches grinça, trahissant sa présence.
Tout se passa très vite. La silhouette d'un homme portant une casquette et affublé d'un très long nez (un peu comme Usopp) se découpa dans l'encadrement de la porte, juste au moment où Nami choisissait de sauter les dernières marches qui la mèneraient à la cave.
- Hey ! Toi, là ! eut-elle le temps d'entendre, tout en se précipitant vers le soupirail resté ouvert.
Elle lança d'abord son sac à dos par l'ouverture, avant de s'y faufiler elle-même, aussi preste qu'une anguille. Quelque chose frôla sa cheville et elle laissa échapper un petit cri de frayeur, avant de balancer un grand coup de pied derrière elle. Le grognement de douleur qui retentit aussitôt lui confirma qu'elle avait bien touché l'intrus, et elle en profita pour se hisser tout à fait à l'extérieur, ramasser son sac à dos, et courir à toute vitesse vers la grille où son grappin l'attendait, caché dans la haie.
Même après avoir mis plusieurs pâtés de maison de distance entre elle et le mystérieux individu, le cœur de Nami continuait à battre la chamade, et elle sentait ses jambes flageoler. Pourtant, elle se força à prendre une grande inspiration et à marcher normalement, sachant qu'elle attirerait l'attention si elle courait. Elle prit soin de faire de longs détours, pour semer qui que ce soit aurait essayé de la suivre, et ne se permit de perdre son sang-froid que lorsqu'elle fut à l'abri, enfermée à double tour dans sa chambre. S'effondrant sur son lit, Nami mit son visage dans ses mains et sentit la panique la submerger à nouveau. Il s'en était fallu de si peu pour que cet homme la rattrape ! Et qui sait ce qu'il aurait fait d'elle, alors ? Un sanglot pathétique résonna dans la pièce obscure, et Nami se ressaisit immédiatement, se refusant à être aussi faible. Elle se redressa et s'essuya les yeux d'un revers de manche, avant d'attirer son sac à dos (qu'elle avait laissé tomber au sol en arrivant) vers elle.
Elle commença par en sortir les papiers trouvés dans le coffre-fort du procureur, et alla les poser sur son bureau. Elle les lirait demain, à la lueur du jour – pour l'heure, elle était bien trop épuisée, physiquement et mentalement, pour s'en préoccuper. Examinant le reste de son butin, Nami émit un petit bruit appréciateur. L'un dans l'autre, elle avait plutôt fait une bonne récolte cette nuit, et c'était certainement suffisant pour solder sa dette à l'égard d'Arlong. Rien que les deux toiles valaient déjà une coquette somme ! Après ce cambriolage-ci, elle n'aurait plus jamais à voler quoi que ce soit, et à encourir à nouveau autant de risques. Elle serait enfin libre, et pourrait vivre une vie normale avec ses amis et sa sœur.
Ce fut avec cette pensée réconfortante qu'elle glissa le sac à dos sous son lit, et s'endormit aussitôt, un sourire aux lèvres.
