Nami se permit de faire la grasse matinée le lendemain matin. Lorsqu'elle se leva, le soleil brillait et elle ouvrit sa fenêtre pour humer l'air avec délice, contente d'elle-même et confiante en l'avenir. Elle se sentait bien. Profitant de sa bonne humeur, elle sortit son téléphone portable et envoya un SMS à Arlong :

Mission accomplie. Au plaisir de ne plus jamais travailler pour vous !

Nami pouffa légèrement en imaginant la tête de l'usurier quand il lirait son message. C'était décidément une belle journée qui commençait ! Enlevant ses vêtements sombres de cambrioleuse (qu'elle avait été trop épuisée, physiquement et émotionnellement, pour enlever la veille au soir), elle enfila son pyjama en pilou et se dirigea vers la cuisine, où Luffy et Vivi se trouvaient en train de discuter.

- Hey Nami ! l'accueillit Luffy en bondissant comme un ressort. Tu aurais dû venir, hier soir, c'était trop cooooooooooool !

- Luffy, voyons, tu sais bien que Nami avait un rendez-vous amoureux, le gronda Vivi avec un clin-d'œil à l'attention de la rousse. Aloooors ? Comment ça s'est passé ?

- Boh, rien de spécial, mentit Nami en se faisant chauffer de l'eau. La nourriture était bonne, mais ce gars était vraiment trop imbu de lui-même. Il n'a fait que parler de lui pendant toute la soirée ! Je ne pense pas que je le reverrai, ce genre de mecs m'ennuie.

- Ah. Je comprends. Après tout, tu préfères qu'on te parle de toi, répondit Luffy avec un grand naturel.

Trente secondes plus tard, et une grosse bosse sur le crâne du capitaine en plus, Nami s'assit à table avec ses amis, une tasse de thé fumante à la main.

- Et vous alors ? Qu'est-ce qui s'est passé de si cool ? demanda-t-elle en souriant.

- Oh, tu aurais dû être là, c'était trop génial ! répondit Luffy en frétillant d'excitation. Brook a joué du piano toute la soirée, et Franky a sorti sa guitare, et la nouvelle copine de Sanji nous a fait une démonstration de danse vraiment impressionnante !

- La nouvelle copine de Sanji ? le coupa Nami d'une voix tranchante. Tu veux dire que Sanji a encore ramené une nouvelle poule et vous a imposé sa présence toute la soirée ? Alors excuse-moi, mais je suis contente de ne pas être venue !

- Mais Nami… se défendit Luffy d'une voix geignarde.

- Mais rien du tout ! Ce type est une ordure de première ! Il drague tout ce qui bouge malgré le fait qu'il a déjà une copine, et en plus il est homophobe ! Qu'est-ce qu'il vous faut de plus ?!

Vivi et Luffy la regardèrent quelques instants avec de grands yeux, surpris d'un tel éclat, puis les sourcils de Luffy se froncèrent, tandis que Vivi secouait la tête avec tristesse.

- Infidèle et homophobe, maintenant ? Et qu'est-ce qui lui vaut ces nouvelles accusations ? dit-elle en haussant un sourcil.

- Quoi, vous ne me croyez pas ? C'est Sanji lui-même qui a dit à Jewelry Bonney que son cœur était déjà pris ailleurs ! Et il a traité Iva et ses protégés d'abominations ! s'énerva Nami.

Elle fut très surprise, néanmoins, de voir Luffy et Vivi échanger un regard avant d'éclater de rire.

- Quoi ?! s'emporta-t-elle. Ça n'a rien de drôle !

- Non, ça n'a rien de drôle, mais ça explique bien de choses, pouffa Vivi en essuyant une larme d'hilarité au coin de son œil.

- De quoi tu parles ?

- Depuis hier, Iva-chan oblige Sanji à porter une culotte bouffante sous sa robe ! révéla Luffy avec un grand sourire. Je n'ai pas très bien compris les règles de jeu, mais tous les autres okamas essayent en permanence de soulever sa jupe pour voir sa culotte, et ça gêne beaucoup Sanji ! Shishishi !

- Il a aussi été rétrogradé et doit faire la plonge, continua Vivi d'un air amusé. Il ne pourra à nouveau faire la cuisine que lorsqu'il réussira à éviter toutes les tentatives pour soulever sa jupe. Comme tu vois, Iva n'a besoin de personne pour se défendre, Nami : elle se venge très bien toute seule !

- Oui, eh bien ce n'est pas encore assez, si tu veux mon avis, bougonna la rousse en croisant les bras sur la poitrine.

Les regards qu'échangeaient Luffy et Vivi commençaient sérieusement à lui taper sur les nerfs, à présent, et encore plus quand elle crut lire de la compassion dans leurs yeux. De quel droit se permettaient-ils d'éprouver de la pitié à son égard ?! Surtout Luffy et le petit pois qui lui servait de cerveau ! Cependant, Vivi reprit la parole avant qu'elle n'explose.

- Luffy, tu peux nous laisser quelques instants, s'il-te-plaît ? demanda-t-elle avec douceur.

Luffy hocha la tête, et quitta la pièce d'un pas sautillant.

- C'est quoi, ces regards apitoyés que vous me lancez ? grogna Nami en jetant un regard venimeux à cette traîtresse qui se disait son amie. Vous pensez que j'exagère, c'est ça ?!

- Nami. Ça ne t'est jamais arrivé, que tes paroles dépassent ta pensée ? Je ne sais pas dans quel contexte Sanji a traité Iva et sa bande d'abominations, mais tu crois vraiment qu'il aurait accepté de travailler pour eux, et plus encore de porter une robe, s'il était homophobe à tous crins ? Il faut le comprendre, aussi. En tant qu'hétérosexuel, même tolérant, ça doit être assez agaçant de se faire draguer par d'autres hommes dès qu'il met les pieds dans la cantine ! Ce mot a pu lui échapper sur le coup de la colère, mais je ne pense pas que ce soit réellement ce qu'il ressente à l'égard de ses collègues. Tu ne crois pas ?

Nami fronça les sourcils, et considéra la question tout en prenant une gorgée de son thé.

- Je ne pense pas que Sanji ait été en colère. Je crois plutôt qu'il était horrifié à l'idée de se faire prendre pour l'un d'entre eux par une de ses anciennes conquêtes, et qu'il a cherché à se défendre avec un peu trop de véhémence, histoire d'être convaincant.

- Ah ! Tu vois ! fit Vivi avec un grand sourire soulagé. J'étais sûre que Sanji ne pouvait pas être aussi mauvais que tu le dépeins !

- Mouais. Même s'il n'est pas réellement homophobe, ça n'en reste pas moins un salaud qui trompe sa copine, s'obstina la rousse, les doigts crispés autour de sa tasse.

- Qu'est-ce que tu en sais ? soupira Vivi, avec une pointe d'énervement dans la voix. Il a juste dit que son cœur était pris, pas qu'il était en couple ! Si ça se trouve, il est juste amoureux d'une fille qui ne répond pas à ses sentiments, et il cherche à l'oublier en multipliant les aventures…

- Eh ben, depuis le temps qu'il ramène une fille différente chaque soir, il devrait pourtant l'avoir oubliée, sa dulcinée ! Parce que, d'après ce que j'ai entendu, ce n'est pas nouveau-nouveau, son comportement de Don Juan… Il s'est même fait virer de chez lui à cause de ça !

- Franchement, Nami, je ne comprends pas pourquoi tu ressens une telle hargne à son égard. Sanji est un tombeur, OK, mais en quoi ça te concerne ? On dirait vraiment que tu le prends comme une offense personnelle !

Nami se renfrogna, et prit le temps de se préparer une deuxième tasse de thé avant de répondre.

- Tu sais que Bellemere était notre mère adoptive, à Nojiko et à moi, n'est-ce pas ? demanda-t-elle de façon rhétorique. Je ne me rappelle plus de notre mère biologique, j'étais trop petite, mais Nojiko m'en a un peu parlé. Visiblement, c'était une jeune fille un peu paumée, qui s'est laissé bercer par les douces promesses d'un homme marié, et qui a accepté de devenir sa maîtresse, convaincue qu'il quitterait bientôt sa femme pour vivre avec elle. Seulement, il ne l'a jamais fait, et l'a quittée au contraire quand il a appris qu'elle était enceinte de ma sœur. Puis, plus d'un an après, il est revenu la bouche en cœur, en disant que sa femme l'avait mis à la porte et qu'il n'avait nulle part où aller. Et notre mère lui a pardonné. Seulement, il a suffi qu'elle retombe enceinte (de moi, cette fois) pour qu'il la quitte à nouveau et se barre avec une femme plus jeune et plus jolie. Notre mère s'est retrouvée toute seule avec non pas un, mais deux enfants en bas âge. Elle a sombré dans l'alcool et la dépression, et a fini par se suicider après que les services sociaux nous aient emmenées ma sœur et moi. C'est pour ça que je déteste les mecs infidèles !

- Oh… Je suis désolée, Nami. J'ignorais… murmura Vivi, un peu sous le choc.

- Ce n'est pas quelque chose que je raconte volontiers, fit Nami en haussant les épaules. J'apprécierais beaucoup que cette histoire reste entre nous.

- Bien sûr ! Mais, Nami, tous les hommes ne sont pas comme ça, tu sais. Ni comme ce salaud de Nezumi, qui a tué ta mère adoptive parce qu'elle ne voulait pas céder à ses avances. Il y a des mecs bien, aussi… Des mecs qui méritent qu'on s'y attache, comme Luffy, ou Kohza. Et je suis sûre que Sanji n'est pas un mauvais bougre non plus, dans le fond.

Vivi lui avait pris la main tout en parlant, et Nami lui adressa un sourire las avant de se dégager doucement.

- Bon, jusqu'à preuve du contraire, je veux bien lui accorder le bénéfice du doute, soupira-t-elle, tout en allant rincer sa tasse à l'évier. Mais je te préviens, ce n'est pas pour autant qu'il aura le droit d'approcher ses sales pattes de pervers de moi, ou ça risque de très mal se passer !

- Je ferai passer le message… Mais dis-moi, ce ne serait pas plutôt parce que tu as peur de ne pas savoir lui résister ? sourit Vivi, tout en lui lançant un clin-d'œil malicieux.

Nami, indignée, sortit de la cuisine à grandes enjambées et alla s'enfermer dans sa chambre, dont elle claqua la porte avec grand fracas. Ce fut alors qu'elle vit son téléphone portable vibrer sur son lit, où elle l'avait laissé. 1 message reçu. Arlong.

Rendez-vous ce soir à minuit, à l'endroit habituel. Tu risques d'être surprise.

~~).(~~

Après une bonne douche, Nami s'enroula une serviette autour de la tête et s'assit à son bureau, prête à découvrir enfin ce que contenaient les mystérieux papiers trouvés dans le coffre-fort de Spandam. Elle avait besoin de se changer les idées, fébrile comme elle était depuis qu'elle avait reçu le message d'Arlong. De quelle « surprise » parlait-il donc ? Qu'est-ce qu'il mijotait encore, celui-là ? Sûrement rien de bon… Mais mieux valait se concentrer sur autre chose, pour l'instant, plutôt que de se torturer inutilement avec des questions sans réponses. Elle saurait bien assez tôt, de toute façon.

La première liasse de feuilles, glissée dans une farde en carton de couleur rouge, concernait un certain Iceburg. Les premières pages retraçaient tout son parcours jusqu'ici : sa date et son lieu de naissance, sa composition familiale, son parcours scolaire… Tout avait été consigné dans les moindres détails, avec une minutie qui faisait presque froid dans le dos. Même le nom de sa souris apprivoisée, Tyrannosaurus, faisaient partie du dossier ! S'ensuivait un rapport très méthodique sur les activités quotidiennes d'Iceburg et de sa compagnie, Galley-La. On aurait presque dit que Spandam avait envoyé un espion pour s'infiltrer parmi les employés de l'armateur, et le tenir au courant de ses moindres faits et gestes. Mais dans quel intérêt ? En survolant les documents, Nami ne voyait rien de très illégal – c'était même assez ennuyeux. Une entrée lui fit néanmoins hausser un sourcil : il y était stipulé que "l'agent K" s'était introduit dans le domicile d'Iceburg pendant que celui-ci travaillait, mais qu'il n'avait pas trouvé "l'objet recherché". De quoi pouvait-il bien s'agir ? La dernière page du rapport portait la date du lundi d'avant, ce qui prouvait qu'Iceburg était toujours sous surveillance à l'heure actuelle.

La farde suivante était de couleur jaune, et contenait un dossier en tous points similaire au précédent, mais portant cette fois-ci sur le père d'Iceburg, Tom Worker. Seulement, Nami déglutit nerveusement en voyant ce qui avait été tamponné à l'encre rouge sur la première page : ÉLIMINÉ. Eliminé ? Qu'est-ce que ça voulait dire ? Est-ce qu'il avait été… assassiné ? Le rapport sur ses activités quotidiennes n'en disait rien, évidemment, si ce n'est qu'il s'interrompait assez brutalement du jour au lendemain. Les feuilles suivantes étaient peu nombreuses, et concernaient le jeune frère d'Iceburg, un dénommé Cutty. Cette fois-ci, pas de rapport quotidien, et sur la première page, c'était un autre mot qui avait été tamponné : RECHERCHÉ.

Tout cela ne disait rien qui vaille à Nami. Elle savait déjà que Spandam était un procureur véreux, corrompu jusqu'à la moelle, mais si maintenant il s'avérait qu'il trempait aussi dans des affaires de meurtre… ! Il allait sûrement rechercher la personne qui l'avait cambriolé, et que ferait-il à la jeune femme une fois qu'il l'aurait retrouvée ? Nami se sentit frissonner involontairement. Peut-être devrait-elle brûler ces documents, les détruire complètement pour qu'on ne puisse pas remonter jusqu'à elle ? Mais il y avait toujours le reste du butin. Jusqu'ici, Arlong avait toujours bien réussi à effacer ses traces lorsqu'il revendait les objets volés sur le marché noir, mais que se passerait-il si, cette fois-ci exceptionnellement, on parvenait à le retrouver, et qu'il dénonçait Nami aux hommes de Spandam ?

Nami était piégée, contrainte à faire confiance à Arlong (pouah !) pour qu'il les protège tous les deux. Et de toute façon, elle en savait déjà trop : alors autant finir ce qu'elle avait commencé ! Se mordant la lèvre inférieure avec nervosité, la cambrioleuse s'empara de la farde suivante, qui était de couleur mauve. Tiens, tiens, tiens ! Il s'agissait du dossier concernant Nico Robin. Dans les premières feuilles concernant les renseignements généraux à son sujet, se trouvait confirmé ce que Luffy avait affirmé : la prof d'Histoire avait bel et bien fait deux ans de prison dans le même établissement que Monkey D. Dragon. Et elle aussi était sous surveillance constante, à en juger par la dernière date de son rapport quotidien, qui remontait elle aussi au lundi précédent. Nami fronça les sourcils en voyant qu'une entrée du rapport avait été entourée en rouge : il y était spécifié que Nico Robin s'était rendue au restaurant Le Baratie et, qu'après y avoir soupé, elle avait demandé à parler au chef (qui n'était autre que Sanji) pour le féliciter. La cambrioleuse ne voyait rien de suspicieux là-dedans, mais pour une raison ou une autre, Spandam s'était senti obligé de griffonner à côté : « Rappeler à Mme Nico les termes de notre arrangement ». La farde contenait encore l'article dactylographié, portant pour titre « La vérité sur la guerre civile de Dressrosa ». La rousse décida de ne pas le lire (l'Histoire et la politique, ça n'avait jamais été trop son truc) mais mit l'article de côté pour pouvoir le passer à Vivi. Cela l'aiderait sûrement pour son travail !

Enfin, la cambrioleuse ouvrit d'une main fébrile la dernière farde, de couleur bleue. Sanji. Pourquoi le jeune homme était-il fiché lui aussi, voilà qui était un mystère, mais qu'elle était bien décidée à élucider ! Sans plus attendre, elle se plongea dans sa lecture. Lorsqu'elle referma la farde, après avoir parcouru le rapport dans sa totalité, ce n'était plus seulement du dégoût qu'elle éprouvait pour l'étudiant en restauration, mais le mépris le plus total.