Rem... Plus d'un an maintenant que ce chapitre est disponible dans mon ordinateur mais...J'ai manqué de temps et de courage à finir cette fiction. C'est encore un de mes bébés que je vous livre dans sa totalité.
En espérant que cela vous plaise et réponde à vos questions.
Bonne lecture et encore mille mercis à ma bêta :) Sans toi, jamais ce chapitre n'aurait été posté ^^
Chapitre 30 –Notre avenir
Alyzbell POV
Le cadre était idyllique en cette fin d'été. Les odeurs, les couleurs…L'air frais annonçait l'automne mais nous ne nous en inquiétions pas.
J'avais passé le cap de ma date anniversaire. Alyssa avait eu 18 ans et n'avait pas disparu. Tout était parfait dans le meilleur des mondes…Enfin, ça c'était la partie émergée de l'iceberg, car en fait les mois après mon retour et ma révélation avaient été quelque peu…agités.
Entre le plaisir de me revoir saine et sauve et la colère face à ma disparition soudaine et volontaire, j'avais dû faire mes preuves pour réintégrer les rangs de la famille Cullen. Carlisle et Esmée avaient pris leur distance. Jasper et Alice me surveillaient comme du petit lait. Rosalie m'ignorait et Emmett me lançait en pleine face ce qu'ils avaient fait pendant mon absence (chasses, fête des lycéens, fête nationale…).
Mais c'était sa réaction qui m'avait fait le plus de mal.
Son rejet était aussi intense et violent que ma disparition. Il ne souriait plus. Il ne me regardait qu'à peine. Il évitait tout simple contact avec moi. Il était mortifié et il avait du mal à me pardonner.
Mais je l'acceptais.
Après tout, j'avais tout manigancé pendant plusieurs mois, cachant tout à ceux que j'appelais ma famille. Je devais prouver que je souhaitais encore les appeler ainsi. Alors je m'accrochais.
J'avais commencé par traiter avec Emmett. Je me disais que s'il me pardonnait, il allégerait l'atmosphère pour moi et les autres. Une petite blague par-ci, un défi par-là. Il avait accepté mes demandes et nous nous étions battus à plusieurs reprises : bras de fer ou autre, il relevait mes défis. Lentement, je remontais dans son estime. J'étais prête à supporter ses gamineries donc j'étais de la famille…
Pendant ces quelques semaines, j'avais senti les regards inquisiteurs de Carlisle. Esmée ne pouvait plus se retenir et venait souvent m'encourager contre son 'fils'. Son mari, quant à lui, m'observait chercher à réparer mes erreurs. Parfois, un regard approbateur m'encourageait.
Jasper s'était peu à peu détendu à mon approche et je ne voyais plus ses efforts pour ressentir mes états d'âme. Mais il n'avait pas été facile de le contacter directement pour autant. Il m'avait fallu ouvrir mes émotions à son pouvoir, parfois sans qu'il s'y attende. Je l'avais laissé ressentir mes inquiétudes. Celles de ne pas retrouver les bras d'Edward. Celles de ne pas satisfaire à leurs attentes et de les perdre définitivement. Celles de tout avoir gâché avec eux pour toujours. Et puis un jour, il avait posé une main réconfortante sur mon épaule. De ce moment-là, sans savoir exactement les raisons de mes inquiétudes, il m'insufflait parfois des bonnes ondes pour m'aider à faire face à tout ça.
Mais cela ne me suffisait pas. J'avais, lors de mes anciennes vies, noué une relation amicale avec Rosalie. Et l'avoir perdue me faisait vraiment mal. Elle m'ignorait mais je savais qu'elle voulait se venger lorsque parfois au lycée, elle partait dans de futiles discussions avec les autres filles de la classe. Je l'avais laissé se fatiguer de ces gamines et lui avais proposé un coup de main pour coiffer ses cheveux lors d'une soirée à laquelle elle devait participer avec Emmett. Son regard blessé avait transparu un instant avant qu'elle reprenne son regard glacial. Mais je n'avais pas abandonné. Et à son retour, elle m'avait remercié et avait insisté pour me faire une manucure. J'étais redevenue sa poupée l'espace d'une après-midi. Nous n'avions abordé aucun autre sujet que celui de la forme de mes ongles et la couleur qu'elle y apposerait. Mais ça nous avait fait du bien. Imperceptiblement, elle se détendait à chaque fois que nous nous croisions et elle lançait parfois un sujet de conversation à la cantine ou à la maison pendant que les autres papotaient de sport ou voiture.
Alice et Edward furent les plus difficiles à rassurer sur mon retour définitifs mais j'avais bon espoir que les choses s'arrangent. Ils m'adressaient un peu plus la parole maintenant que les autres membres de la famille m'intégraient à leur vie. Et même si c'était extrêmement difficile de ne pas toucher Edward ou rire avec Alice, j'affrontais leurs doutes avec courage. J'avais déjà fait de gros progrès auprès d'eux alors je ne pouvais pas abandonner.
De temps en temps, Alice nous rejoignait avec Rose et nous observait un moment avant de repartir à ses occupations. Mais elle restait de plus en plus longtemps, quitte à faire un commentaire ou deux sur ce que nous disions. Et dans ses pupilles dorées, je trouvais aussi une flamme de jalousie qu'elle avait du mal à refouler. Je comptais les jours d'ici à ce qu'elle me demande de 'jouer avec moi'. Et j'avais hâte !
Ce dont j'avais hâte aussi, c'était m'allonger dans mon lit avec Edward lui parler pendant des heures de notre journée de cours ou du livre que j'avais emprunté à la bibliothèque –que je ne parvenais pas à lire ou presque avec les efforts que je devais fournir pour retrouver ma vie d'avant-.
Depuis mon retour, il me laissait la chambre pour passer ses nuits sur son piano à inventer des mélodies déchirantes. Au début, j'avais voulu rester auprès de lui, sur le canapé, mais il m'avait clairement fait comprendre qu'il ne souhaitait pas de ma présence, comme s'il avait peur de me faire du mal, comme j'avais pu lui en faire. J'avais ravalé ma salive et obéi à sa demande. Et tous les soirs, j'entendais combien il souffrait. Ses doigts jouaient sur le piano mais c'était comme s'il me parlait lui-même pour me dire à quel point il me détestait. Les sursauts dans sa musique reflétaient sa colère et ses doutes. Parce qu'il avait des doutes. Je le savais à ses regards lorsque nous étions tous ensemble avec les autres. Je savais qu'il réfléchissait à la meilleure conduite à tenir envers moi. Est-ce que finalement il était prêt à me pardonner comme les autres avaient pu le faire ou alors souhaitait-il être seul dorénavant ? Devions-nous décider d'un autre mode de vie ?
Au fond de moi, je paniquais à l'idée de ne plus jamais retrouver mon mari. Après tout ce que nous avions affronté, ma quête avait-elle été la goutte d'eau qui fait déborder le vase ? Allait-il me demander de partir ? Ou alors allions-nous être les deux célibataires de la famille ?
Mon corps se comportait comme s'il était prêt à pleurer et avec tout ce que je ressentais, j'avais l'impression que j'allais y parvenir. Je me demandais de quelle couleur seraient mes larmes lorsque mon téléphone portable vibra dans mon sac à dos. Je l'entendis à travers les notes qu'émettait le piano et j'hésitais à répondre. Ecouter les doutes dans sa musique ou les mettre de côté pour répondre à mon interlocuteur ?
Alors que j'étais prête à laisser sonner, une impulsion en moi me força à me lever et à décrocher.
_Allô ?
_Elizabeth Walter ?, demanda une voix masculine à l'autre bout du fil.
Je me tendis. Je n'avais plus entendu cette identité depuis dix-huit ans maintenant.
_Moi-même.
_Mademoiselle, je suis le shérif Williams, du comté de Brown, Wisconsin.
Une terreur sourde s'insinua en moi.
Pourquoi le shérif de Green Bay m'appelait-il un soir de fin septembre ?
_Oui ?
_Vous êtes la personne à appeler en urgence d'après la fiche de renseignements de madame Davis.
_Qui ?
Je n'avais jamais entendu ce nom. Mais je m'inquiétais toujours.
_Son nom de jeune fille est Livingston. April Livingston.
Cette fois-ci, je sus que si j'avais pu, je serais morte sur le coup.
Alors que je cherchais ma respiration inutile, je vis Edward apparaître sur le pas de la porte.
Je déglutis avant de reprendre le flux de parole de mon interlocuteur.
_...de voiture. Son mari est mort sur le coup. Votre amie est dans le coma.
_J'arrive. Je ne suis pas à côté. Mais j'arrive…S'il vous plait…Dites…Dites-lui…
Je finis ma phrase en murmurant. Il m'assura qu'il était à ma disposition si je le souhaitais. Je le remerciai et raccrochai.
_Edward…
Ma voix suppliait. Elle suppliait que ça ne soit pas vrai. Elle suppliait qu'il comprenne ma décision de partir immédiatement. Elle suppliait pour tant de choses.
_Je prépare la voiture. Prends-moi quelques t-shirts. Déclara-t-il en quittant déjà la maison.
Je restai là, à observer l'emplacement où il se trouvait un instant plus tôt.
Il n'avait pas dit non. Il m'avait même adressé la parole avec une voix qu'il n'avait plus utilisée depuis plusieurs semaines.
J'eus un hoquet qui aurait pu passer pour un sanglot.
Ma meilleure amie était mourante.
OoOoOoOoO
April était vraiment dans un sale état.
Bleus et cicatrices ornaient son visage et ses bras. Plusieurs bandages tentaient de les recouvrir mais ce n'était pas difficile de comprendre la violence du choc.
Ma meilleure amie était la passagère. L'homme qui arrivait de droite avait la priorité mais monsieur Davis n'y avait pas prêté attention.
La portière avait joué un rôle dans la réception du choc, mais pliée comme elle l'avait été, elle avait endommagé tout le côté droit d'April. Sa tête avait cogné la fenêtre, ce qui l'avait plongée dans le coma.
Je survolai rapidement le dossier médical à disposition au pied de son lit et frissonnai de frayeur à chaque nouvelle ligne. Elle avait eu énormément de chances d'être encore en vie.
_Elle s'est accrochée. Murmura Edward derrière moi et je ne pus que hocher la tête.
Là encore, je sentais mon corps prêt à pleurer. Je retins cependant mes états d'âme en entendant quelqu'un approcher. Le pas était lourd et précipité. La respiration irrégulière s'interrompit lorsque la personne nous aperçut.
C'était l'effet 'vampire' qui faisait s'arrêter le shérif du comté.
_Mademoiselle Walter ?
_Madame Cullen. Rectifia Edward en prenant ma main.
Son simple mais nouveau contact me fit l'effet d'une décharge délicieuse et si je n'avais pas dû garder un air naturel, j'aurais sûrement eu l'air en plein orgasme. Je me repris en même temps que l'homme se raclait la gorge.
_Merci d'être venus aussi vite. Vous êtes les seuls. Avoua-t-il.
_Et ses parents ?
Je désignai ma meilleure amie.
_En voyage en Europe…Il regarda sa montre et sembla calculer quelque chose. Ils devraient pouvoir attraper un avion dans les prochaines heures.
_D'accord.
Je reposai le dossier médical de mon amie et allai m'asseoir sur la chaise près d'elle. Ma main se posa sur la sienne. Il fallait qu'elle sente une présence.
Le shérif resta encore quelques minutes à discuter avec Edward mais je n'écoutais pas. Je me concentrais plutôt sur la respiration d'April. Les petits bruits des machines alentour me permirent de m'isoler et d'attendre sans trop de souffrance le réveil de ma meilleure amie. Parce qu'elle devait se réveiller.
A un moment donné, je sentis la main d'Edward sur mon épaule. A travers les rideaux fermés, je vis qu'il faisait noir. Depuis combien de temps m'étais-je immobilisée ainsi ?
Edward dût sentir mon interrogation car il répondit que cela faisait déjà une journée et une nuit que j'étais ainsi. Il fallait que je bouge si je ne voulais pas éveiller trop de soupçons chez les infirmières.
_Et puis, tu ne t'es pas nourrie depuis plusieurs jours, peut-être que tu devrais…
_Non, je peux attendre. Affirmai-je avant que la porte ne s'ouvre en grand.
C'étaient les parents d'April.
Ils eurent un temps d'arrêt. Lui cligna des yeux pendant qu'elle arrêtait de respirer. Je ne sus dire immédiatement si c'était notre présence ou l'état de leur fille qui les faisait réagir ainsi. Mais leurs yeux passèrent du corps étendu dans le lit à nous. La situation entière les avait fait réagir comme cela. Et je pouvais le comprendre.
Je me levai lentement pour ne pas les effrayer et madame Livingston se jeta dans mes bras, les larmes aux yeux. Elle murmurait sans cesse 'ma fille, ma pauvre petite fille…' Je ne pus qu'accompagner ses sanglots, me sentant presque jalouse qu'elle puisse ainsi évacuer tout son stress.
_Jeunes gens. Interrogea monsieur Livingston.
Je me détachai de son épouse qui se précipita au chevet de sa fille.
_Bonsoir monsieur Livingston. Je suis….Commençai-je pour être interrompue par sa femme.
_Voyons, tu ne reconnais pas Liz Walter ? Elle se tourna vers moi. Merci d'être venue auprès d'elle. J'aurais dû être là mais…Je savais que je ne devais pas partir. Je sentais que quelque chose allait se passer. Je l'ai abandonnée…
_Elle allait bien, ma chérie. Et nous devions revenir rapidement de toute façon. L'appel du shérif n'a interrompu notre séjour que de deux jours…
_Mais nous n'aurions pas dû les laisser ! Je t'avais dit que Jason…Je ne lui faisais pas confiance.
Elle avait les yeux brillants de rage à peine contenue. En disant le prénom de son gendre, elle pensa à demander de ses nouvelles. La réponse que nous apportâmes avec Edward ne sembla pas lui déplaire.
_Et notre petite-fille ? Où ? Qu'en ont-ils fait ?
_Qui ? L'interrompis-je brutalement.
Elle me regarda comme si elle ne me reconnaissait pas.
_April était enceinte, Liz. Tu ne le savais pas ? Depuis combien de temps n'avais-tu pas pris de ses nouvelles ? Et d'ailleurs, pourquoi es-tu là ? Qui te l'a demandé ?
Elle devenait hystérique.
Derrière moi, Edward s'éclipsa et je le maudis de m'avoir abandonnée ici, seule face à la mère de ma meilleure amie.
_Je…Le shérif a dit que j'étais sur une liste de personnes à appeler. J'imagine qu'April l'avait demandé. Mais…J'ai eu des nouvelles à Noël et elle…
_A Noël, seulement ? Nous sommes déjà en septembre mademoiselle Walter !
L'agitation dans la pièce sembla atteindre April. Ses constantes s'accélérèrent et une infirmière se précipita à son chevet. Nous l'observâmes faire son travail dans un silence gêné.
Contrairement à ce que nous nous étions promis l'année précédente lors de nos retrouvailles, nous n'avions pas pu nous revoir. April n'était pas non plus au courant de notre mariage avec Edward et encore moins de ce qu'il s'était passé ensuite…Et pendant ma quête, je n'avais pensé à rien d'autre qu'à survivre à ma malédiction.
_Si vous devez vous disputer, faites-le ailleurs. Laissez-la se reposer. Exigea l'infirmière d'un regard sévère.
Nous baissâmes tous les trois les yeux au sol, repentants. Elle soupira et se retira en silence.
Je laissai les parents d'April s'installer près d'elle, me postant à la fenêtre pour voir se lever le jour.
Alors, elle attendait un bébé ?
De ce que je savais, c'était son premier. Elle avait dû être folle de joie en l'apprenant. Je souris. Je pouvais déjà l'imaginer avec son bébé dans ses bras se lever dès les premiers cris; le maintenir lors de ses premiers pas…April serait une merveilleuse mère.
Je la regardai du coin de l'œil. Encore fallait-il qu'elle ouvre les yeux. Je serrai les poings. C'était tellement injuste !
Edward passa bientôt la tête par la porte et m'appela doucement. Je ne voulais pas quitter la pièce, si jamais mon amie se réveillait, mais dans son regard, je lisais que c'était urgent.
Je m'excusai auprès du couple Livingston et sortis.
_Quoi ?
_Suis-moi.
Il prit ma main à nouveau et je savourai son contact rassurant. Je le suivis dans les couloirs de l'hôpital, cherchant à me repérer parmi les affichages.
Lorsqu'il s'arrêta devant la porte où je pouvais lire 'maternité', je serrai ses doigts dans les miens, interrogatrice.
Il se contenta de sourire en ouvrant la porte.
Les nouveau-nés s'agitaient dans leurs berceaux transparents. Certains semblaient même frapper quelque chose de leurs petits poings. Je passai en revue les nourrissons, un léger sourire aux lèvres. Ils étaient tous aussi adorables les uns que les autres. Entre ceux qui avaient déjà des cheveux et ceux qui observaient le plafond ou alors ceux qui dormaient, leur pouce dans la bouche…Les petits bracelets qu'ils portaient étaient de deux couleurs différentes. Le bleu pour les garçons. Le rose pour les filles. Je m'amusais à en lire certains.
_April a eu une petite fille. Elle n'a pas de prénom pour l'instant.
Edward me sortit de ma contemplation. Je me tendis. Du coin de l'œil, je l'apercevais à deux ou trois pas de moi. Etais-je prête à voir l'enfant de ma meilleure amie ? La petite fille qu'elle n'avait pas mise au monde normalement à cause de son époux ?
Je déglutis et avançai. Cette petite fille n'avait pas dû connaître l'accueil auquel elle avait le droit.
La petite 'Jane Doe' avait les yeux grands ouverts et me regardait avec autant d'intérêt que je le faisais. Ses mains eurent un sursaut comme si elle était contente et je me traitai d'idiote de lui prêter de quelconques intentions étant donné son âge.
_Bonjour toi. Dis-je en tendant la main vers son visage.
Sa peau était douce et chaude sous mes doigts froids. La petite grimaça et je retirai ma main pour ne pas la déranger plus que ça.
_ Elle est belle. M'adressai-je à Edward.
_Oui. Elle ressemble beaucoup à April. Tu as vu ses cheveux ?
Je pouffai presque. Etant donné la chevelure de sa mère, ça ne m'étonnait pas de voir la fillette avec autant de cheveux.
_Il faut qu'elle se réveille, Edward. Elle doit la voir. Elle doit l'élever…
Ma voix céda à la panique et à la souffrance et je serrai mes bras autour de moi comme pour me recroqueviller.
Edward m'enlaça et déposa un baiser apaisant sur ma tempe.
_Je sais. Mais Bella…
Dans sa voix, j'entendais déjà ce qu'il voulait me dire. Je secouai la tête et quittai la pièce précipitamment.
_Non. Décidai-je lorsqu'il m'eut rejointe dans le couloir. Je ne laisserai pas cela arriver. Elles doivent se rencontrer. Tu ne peux pas imaginer ce que c'est que de grandir sans sa mère biologique !
Il acquiesça et je m'en voulus de lui dire cela ainsi. Je m'approchai et parlai plus bas.
_Edward, je veux dire…
Que dire ? Nous avions tous les deux dû perdu nos mères biologiques respectives. Moi, parce que j'étais morte et maudite. Edward parce qu'elle n'avait pas survécu à la maladie.
_Personne n'a répondu aux parents d'April encore.
_Il faut leur dire. Ce sont ses grands-parents.
_Oui.
Il caressa doucement ma joue puis m'entraîna à nouveau à sa suite dans la chambre de ma meilleure amie.
Nous restâmes près de quinze autres jours à son chevet avant que les choses ne changent définitivement notre vie.
Une nuit, alors que le couple Livingston était rentré se reposer, April avait montré des signes de réveil. Je les avais vus avant que l'infirmière n'arrive. Les paupières qui sautent comme si elles tentaient de s'ouvrir les doigts qui se crispent autour du drap et le mouvement de tête…
J'étais auprès d'elle, avec un sourire aux lèvres, lorsqu'elle ouvrit ses yeux. Elle parut d'abord perdue puis la panique prit le dessus.
_Tu n'as rien, April. Tu es à l'hôpital mais ça va aller.
Ma voix ne pouvait pas cacher ma joie de la voir éveillée. Mes prières avaient été entendues !
_C'est…un miracle. S'écria l'infirmière en accourant.
Elle vérifia différents tubes reliés à mon amie mais sembla satisfaite malgré une grimace que j'ignorais. Mon amie était réveillée, j'allais pouvoir tout lui expliquer, nous allions pouvoir nous retrouver comme avant. Avec sa fille en plus.
Mais April se rendormit avant que mes projets se réalisent. Alors je patientai. Ses parents arrivèrent avec leur petite-fille dans les bras. Ils l'avaient récupérée parce qu'ils étaient ses derniers parents vivants. Et malgré moi, pendant qu'ils l'avaient emmenée avec eux la première fois, j'avais eu un pincement au cœur. J'étais jalouse qu'ils en aient eu la garde…Après tout, April était ma meilleure amie, c'était à moi de veiller sur sa fille, non ?
Lorsqu'ils apprirent la bonne nouvelle, les projets fusèrent dans la petite pièce. Je les écoutai prévoir d'emmener les filles avec eux en Europe où ils pensaient la vie meilleure. Ils se demandaient même quand lancer les préparatifs mais Edward sut les convaincre de patienter jusqu'au réveil de leur fille. Après tout, elle n'avait fait qu'ouvrir les yeux et il avait lu quelque part que ça arrivait parfois aux personnes tombées dans le coma sans qu'elles se réveillent totalement pour autant.
Je l'avais d'ailleurs foudroyé du regard d'oser dire de telles choses.
Il ne pouvait en être autrement !
Et puis, je préférais passer mes journées à observer Livy, comme je l'appelais intérieurement. C'était un surnom parmi d'autres qu'avait eu April et je trouvais que c'était de circonstances. Livy semblait bien éveillée contrairement à sa mère. Ses yeux cherchaient toujours plus de choses et parfois, il me semblait la voir sourire. Je ne savais pas si c'était normal, mais j'appréciais de la voir se développer ainsi. J'aimais aussi la sentir dans mes bras, lorsqu'elle s'endormait, un de mes doigts dans sa bouche. Au début, elle tenait fermement mon index mais elle avait vite compris qu'elle pouvait le mettre dans sa bouche. Souvent, elle s'endormait sans s'en rendre compte, et même sa grand-mère l'admirait avec jalousie.
Edward revint lentement vers moi et je vis son air attendri sur Livy. Il sourit en croisant mon regard et murmura trop bas pour des oreilles humaines.
_La famille demande quand nous rentrons. Tu sais que les Denali doivent venir.
_J'attends son réveil.
Et malgré la fermeté que je souhaitais dans ma voix, j'entendis la question. Edward sourit et acquiesça.
_C'est ce que je leur ai répondu. Nous ne partirons pas tant que l'état d'April n'aura pas changé.
Et j'entendis la nuance dans sa formulation. Qu'April se réveille ou pas, la situation allait changer et nous quitterions la région à ce moment-là.
Je hochai la tête et me tournai vers mon amie. C'était à nouveau la fin d'après-midi et ses parents allaient repartir avec Livy. Je m'apprêtai à la tendre à sa grand-mère lorsque la fillette s'accrocha plus fort et se mit à pleurer dans son sommeil.
_Mhm. J'en connais une qui ne veut pas partir. Sourit monsieur Livingston en passant un doigt tendre sur la joue de sa petite-fille.
_Je peux m'en occuper. Tentai-je, mourant d'envie de la serrer plus fort contre moi.
Madame Livingston eut l'air affolée mais elle finit par soupirer.
_Elle ne peut pas rester à l'hôpital ! Vous n'avez pas non plus le nécessaire…Assura-t-elle.
_Il y a une boutique au rez-de-chaussée, on y trouvera ce qu'il nous faut. Ca vous fera du bien de dormir une nuit entière de toute façon. Proposa Edward.
_On s'en occupe. Ne vous inquiétez pas. On doit de toute façon rentrer à l'hôtel. Insistai-je avec espoir même si c'était faux.
J'espérais qu'ils n'en savaient toutefois rien et qu'ils soient trop fatigués pour repérer encore plus comme l'idée était mauvaise. Mais j'avais besoin de ma 'Livy'. D'autant que la séparer de sa mère une fois de plus me semblait cruel. Je soutins les regards des parents Livingston et vis lorsqu'ils capitulèrent.
Ils embrassèrent leur fille et petite-fille puis quittèrent la pièce en se demandant quoi manger ce soir-là.
_En parlant de cela, il faudra penser à y aller nous aussi demain. Conseilla Edward.
Et même si je ne voulais pas, je devais avouer qu'il avait raison. J'avais croisé mon reflet un peu plus tôt et mes pupilles noires criaient ma faim.
_D'accord. Lorsqu'ils seront revenus.
_Bien sûr. Tu veux t'asseoir ?
_Non, ça va. C'est fou comme elle est légère.
_Et pourtant, j'ai cru lire sur son dossier qu'elle faisait près de trois kilogrammes huit cent cinquante à la naissance. Sourit-il en lui caressant la joue.
_Edward…
Je ne sus comment continuer. Nous avions tant à nous dire mais tout était en suspend depuis l'appel du shérif. Il ne lui avait suffi que d'une seconde pour décider de m'accompagner dans cette épreuve malgré tout le mal que je lui avais fait. Et nous nous trouvions ici, plus unis que nous l'avions été ces dernières semaines. J'avais peur de tout briser par une maladresse de ma part et que cette fois-ci il souhaite me laisser.
_Je suis désolée. Ne pus-je que dire en plongeant dans son regard assombri.
Il prit une grande inspiration et je me trouvais suspendue à ses mots.
_Je sais, Bella. Nous devrons en parler mais je crois que je commence à comprendre ta décision. Je crois que je commence à te pardonner.
Je souris de soulagement et il mit une main sur ma joue.
_Je t'aime. Murmurai-je en même temps qu'il me le disait.
Nous restâmes une bonne partie de la nuit ainsi, entre deux passages d'infirmières.
Et puis April se réveilla tout à fait.
Je m'assis à ses côtés, sa fille dans mes bras et elle sourit. Elle tendit une main vers nous et la posa sur la tête de Livy.
_Je te présente ta fille, April. Elle est magnifique et géniale.
_Liz…
Une infirmière arriva avec un verre en plastique rempli d'eau qu'elle but doucement, entre deux essais pour parler. J'étais prête à lui dire d'attendre mais elle insistait avec force. Alors nous entamâmes une conversation. Les circonstances de l'accident, celles où elle avait appris sa grossesse. Leur joie. Ils voulaient même quitter la région où trouver du travail se faisait difficile pour aller dans une grande ville. Je soulevai l'amertume de sa mère pour Jason et April la balaya d'un revers de main.
_Elle n'a jamais apprécié Jason parce qu'il était routier.
_Ils sont impatients de pouvoir te parler. Ca fait quelques jours que tu te réveilles mais jamais assez pour discuter. Intervint gentiment Edward.
_Oui, je sais. Je vous ai entendus parfois même mais je n'avais pas la force. Et puis… je sais les critiques qu'ils vont me faire. Grimaça-t-elle.
_Ne t'en fais pas. Ils ne reviennent que demain en fin de matinée. Affirmai-je en installant sa fille sur sa poitrine.
_Quel nom lui ont-ils donné ? Demanda-t-elle.
_Aucun. Murmurai-je en pensant tout de suite à ma proposition.
_Ah.
Elle semblait déçue et serra plus fort encore sa fille contre elle.
Elles se regardèrent un moment maintenant que Livy avait ouvert les yeux et je vis qu'elle regardait sa mère encore différemment qu'elle me regardait. Je souris et m'éloignai pour leur laisser un peu d'intimité.
_Elle va avoir faim. Je vais chercher une infirmière. Déclara Edward en déposant un baiser sur ma joue.
Je ne pus retenir mon sourire béat et aperçus les sourcils froncés de ma meilleure amie. Elle attendit quelques secondes, à sa décharge, avant de me poser la question qui lui brûlait les lèvres.
_Que se passe-t-il entre vous ?
_Oh ! Rien…Tu sais….Voulus-je dédramatiser mais elle me lança le regard du 'On ne me la fait pas, à moi, alors accouche !'.
Et j'expliquai : le mariage en cachette puis la fête donnée en notre honneur la vie de couple marié l'approche de mes dix-huit ans et les questions qui me hantaient.
_Je devais savoir et Jasper me comprenait. Il m'a dit où commencer mes recherches : là où ils avaient eux-mêmes arrêté. Je suis retournée en Louisiane et j'ai cherché un des descendants des amis sorciers de ma mère biologique. Ma malédiction me pesait tellement que j'ai dû faire ce chemin. J'ai eu du mal à le convaincre de répondre à mes questions. Surtout parce qu'il n'était pas sûre de ce que j'étais. Je me désignai du doigt.
_Une vampire. Acquiesça-t-elle dans un murmure.
_Lorsqu'il a compris que ce que je racontais était plausible il a fait des recherches dans les bouquins familiaux. Impressionnant ce qui est écrit. Ca pourrait tomber entre de mauvaises mains mais ils persistent à tout transcrire pour les générations suivantes. Bref, la formulation de ma malédiction était floue pour lui comme pour les Cullen avant moi alors on a étudié tous les textes que fournissaient ces bouquins pour enfin comprendre que ma mère savait que je rencontrerai Edward un de ces jours. On s'est dit qu'elle avait eu la vision comme celle de ma mort et qu'elle avait tout fait pour la faire se réaliser.
_Et te transformer était ce qu'il fallait. Comprit April.
_Pas seulement. Edward m'a déjà mordue sous la forme de Liz et ça n'avait pas fonctionné. Il fallait que ma transformation soit achevée le jour de ma date anniversaire. Mais oui, devenir vampire était ce que ma mère me souhaitait. Conclus-je.
_Et bah ! Toutes ces réincarnations pour devenir une morte-vivante. Je ne sais pas si tu y gagnes au change. Rit-elle avant de tousser violemment.
Je l'aidai à se redresser tout en posant Livy dans son couffin. Je sentis l'odeur du sang avant que mon amie ne l'aperçoive dans son mouchoir mais ni l'une ni l'autre ne dit quoi que ce soit à ce sujet.
Lorsqu'elle put enfin reprendre ses esprits je lui apportai un verre d'eau et lui conseillai de se reposer. Elle ne refusa pas, à condition que Livy dorme près d'elle.
_Quel prénom veux-tu lui donner ? Demanda-t-elle en se laissant glisser dans les bras de Morphée.
_Et toi ?
_Lizzy. Réussit-elle à dire en fermant les yeux.
Je souris. C'était mon surnom, ça.
_Je pensais à Livy. Murmurai-je en déposant un baiser sur son front, une main sur le ventre de la fillette de ma meilleure amie.
Je passai le reste de la nuit à les observer ou plutôt à surveiller mon amie et sa respiration sifflante.
L'accident l'avait plongée dans le coma mais c'était peut-être pour mieux l'aider à supporter la réalité. Son corps était plus endommagé que j'avais voulu l'admettre. Ma meilleure amie était véritablement mourante.
Et c'était injuste.
EDWARD POV
Lorsque j'entrai dans la chambre, je lus sur son visage qu'elle avait accepté l'avenir d'April.
Je posai le biberon chaud sur la table de chevet et posai mes mains sur ses épaules. Elle s'affaissa un moment, le temps de vraiment l'assimiler puis elle se redressa et resta le dos droit jusqu'au changement d'infirmière.
Je m'occupais de donner son biberon à la fillette et profitai du calme environnant pour l'admirer. April avait laissé ses traits fins à sa fille mais pas seulement. J'avais pu voir aussi la malice et la curiosité se fondre dans ses pupilles noires. Et j'avais vu Bella fondre pour elle. J'avais peur de l'issue de cette histoire sur mon épouse. Comment vivrait-elle de perdre sa meilleure amie et celle qu'elle considérait déjà comme sa nièce ?
Ca allait la déchirer.
Et malgré les difficultés que nous avions, je ne pouvais pas nier que l'envisager dans un tel état me rendait malade. Je devais bien être capable de trouver une solution ?
Après tout, cette petite-fille semblait s'être habituée à nous et même si un de ces jours il nous faudrait lui dire au revoir de toute façon lorsqu'elle serait vieille, nous aurions au moins eu quelques années de plus avec elle.
_Qu'en penses-tu ? Lui demandai-je en n'attendant évidemment pas de réponses.
_De quoi ?
April était réveillée et tournait son regard vers moi. Tout comme Bella.
_Non. Rien. Je me parle tout seul.
_Ah bon ?! Je pensais que tu demandais à Liz ce qu'elle en pensait que vous vous pardonniez tous les deux vos erreurs et vous embrassiez fougueusement. Sourit-elle en tendant les bras vers sa fille. Donne-moi Livy, s'il-te-plait.
Je vis le sursaut de bonheur de Bella en entendant le choix du prénom mais obtempérai. Du coin de l'œil, April avait surveillé la réaction de sa meilleure amie et cela sembla lui plaire.
_Et allez donc vous réconcilier. Je ne veux pas vous voir tant que vous n'avez pas tout mis à plat ! Ordonna-t-elle avec un sourire.
Je bloquai mes pensées, peu enclin à connaître la douleur qui la traversait. Je posai une main compatissante sur son poignet et attirai Bella à l'extérieur. De toute façon, les infirmières et médecins allaient défiler pour évaluer son état de santé.
APRIL POV
Ma fille était dans mes bras.
Ma petite fille avait quitté la chaleur de mon ventre pour s'épanouir d'elle-même.
Et qu'est-ce qu'elle était belle !
Ses cheveux étaient foncés, ses yeux aussi. Mais elle avait la peau pâle. Celle de son père.
En y pensant, elle avait aussi son nez et ses lobes d'oreilles.
Je jouai avec ses doigts, perdue dans mes souvenirs de l'accident. Je me voyais encore, une main sur la cuisse de mon homme, à rire d'une de ses sempiternelles blagues pourries. C'était d'ailleurs ce qui m'avait fait craquer. Au contraire de mes parents… Mais j'avais assumé mon choix. Jason était mon troisième époux. Certains diraient que je suis frivole, instable, immature…mais je n'avais jamais eu de chance avec mes maris. Le premier m'avait trompée et bien malgré moi j'avais appris que cela durait depuis notre rencontre. Le second était mort dans un accident de voiture peu après notre mariage. Enfin, il avait plutôt été renversé par un chauffard qui avait pris la fuite ! Et maintenant Jason…
Je me crispai lorsque le souvenir de l'impact me parvint subitement. Ca avait été comme au ralenti. Mes mains qui se mettent devant moi comme pour me protéger. Ma pensée pour mon ventre rond de femme enceinte de huit mois. La plainte étouffée de Jason à mes côtés lorsque la voiture s'est renversée. Les crissements de pneus. Mon esprit qui réalise les dégâts sur mon corps. Mon visage qui se rapproche de la vitre sans que je puisse le contrôler. Et puis le noir complet…
Les babillements de ma fille dans mes bras me ramenèrent à la réalité. Elle s'agitait à cause de sa couche sale mais je ne pus l'aider à cause de la quinte de toux qui me prit. Je me redressai comme je pus et remerciai l'infirmière qui décida de passer à ce moment-là et qui prit en charge mon bébé. Je toussai un moment dans un mouchoir blanc d'où le rouge de mon sang ressortait.
Et je savais que Liz s'en était rendue compte.
Je mourais.
Les larmes jaillirent sans prévenir. L'infirmière posa une main sur mon épaule, réconfortante. Je m'accrochai à sa présence et à l'agitation de ma fille pour reprendre mes esprits. Mais c'était dur. J'avais à peine trente-quatre ans et j'allais mourir des suites d'un stupide accident de voiture.
Qu'allait devenir Livy ?
Et Liz ?
Et moi ? Je n'avais jamais envisagé que ma fille grandisse sans moi et ça faisait encore plus mal que réaliser que j'allais sûrement mourir dans d'atroces souffrances…
_Qu'est-ce…Pourquoi je crache….Du sang ? ! Interrogeai-je entre deux sanglots.
La femme grimaça et fit mine de vérifier mes constantes pour ne pas me répondre immédiatement.
_Vous ne vous souvenez pas de l'accident ?
_Si, je crois.
Mais je doutais, maintenant qu'elle me posait la question.
_Vous avez été projetée à l'avant. Vous avez dû vous prendre le tableau de bord dans la poitrine et être rejetée en arrière. Votre tête a cogné contre tout ce qui se trouvait alentour et vous avez fait une hémorragie interne. Les secouristes vous ont stabilisé comme ils ont pu pour le bébé. Vous avez fait deux arrêts cardiaques mais vous sembliez vous accrochez à chaque fois. Vos reins ont pris un sévère coup aussi.
_L'hémorragie interne ne s'est pas totalement résorbée, c'est ça ? C'est possible ? Compris-je au vu des dégâts qu'elle décrivait.
_Vous avez été opérée pour y remédier mais l'état de vos organes est critique. Il suffit « d'avaler de travers » pour que tout se dérègle. Finit-elle en faisant un petit sourire qui devait être réconfortant et désolé.
Je détournai les yeux pour mieux assimiler. Mon regard tomba sur Livy.
_Elle s'appelle Livy. Annonçai-je. Il faut que je fasse la déclaration de naissance, non ?
L'infirmière eut un sourire tendre et acquiesça.
_Je vous apporte les papiers nécessaires.
Et elle s'éclipsa.
Mais mon répit fut de courte durée puisque plusieurs médecins vinrent vérifier mon état. Ils faisaient des messes-basses qui me rendaient dingue. Je soupirai à plusieurs reprises, gigotant dans mon lit mais ils ne se pressèrent pas pour autant.
Soudain, l'un d'eux se tourna vers moi.
_Madame Davis. Commença-t-il. Nous avons appris que vous aviez fait le nécessaire pour nommer votre fille. Livy, c'est un très joli prénom.
_Merci.
C'était moi, où il faisait trainer en longueur de peur de m'annoncer une mauvaise nouvelle ?
Je croisai les bras et haussai les sourcils d'un signe interrogateur. Peut-être comprendrait-il que j'étais impatiente d'en savoir plus…
_Je vais être direct. Reprit-il en se raclant la gorge. Vos résultats ne sont pas bons. Vous avez perdu beaucoup de sang et votre cœur a payé cher cet accident.
_Combien de temps ? Demandai-je en sentant mes mains commencer à trembler.
_Impossible de le dire. Nous ne vous aurions pas donné plus de quelques heures lorsque vous êtes arrivée il y a presque trois semaines.
Je hochai doucement de la tête, me forçant à prendre une grande inspiration. Je devais me calmer. Je devais penser à ma fille d'abord. Ensuite, seulement, je pourrai m'apitoyer sur mon sort.
_En gros, vous me conseillez de prendre mes dispositions rapidement.
Ma voix était plus faible que je ne l'aurais voulu.
_Oui. Répondit un autre médecin.
Ils restèrent encore quelques instants pour me conseiller. J'écoutais d'une oreille, pressée de voir revenir ma meilleure amie.
Il fallait que je lui parle.
De toute urgence.
OoOoOoOoO
Ils ne revinrent que plus tard dans l'après-midi alors que mes parents tentaient de me distraire.
Avant qu'ils ne quittent ma chambre, j'avais demandé aux médecins que personne ne dise quoique ce soit à ma famille.
C'était à moi de leur annoncer mes décisions.
Ma mère avait sauté de joie en me voyant réveillée. Elle avait commencé immédiatement à parler de tout et de rien. De ma fille et de notre nouvelle vie qu'ils organisaient en Europe. Des obsèques de Jason auxquelles je n'avais pas pu assister à cause de mon coma.
Une larme roula sur ma joue à l'idée que mon époux était à présent enterré et que jamais je n'aurais plus l'occasion de lui dire que je l'aimais.
_Bonjour. Entendis-je alors que je regardais par la fenêtre pour m'isoler des propos de mes parents.
Ma meilleure amie rentrait à petits pas dans la pièce, suivie d'Edward. Ils avaient leurs pupilles dorées d'une faim rassasiée et ils semblaient plus à l'aise que lorsqu'ils étaient partis. Mes parents répondirent simplement et personne n'osa parler en premier. J'étudiai le couple que formaient Liz et Edward. Lorsque j'avais compris qu'ils se mettraient ensemble, j'avais admiré leur relation cette connexion qui les faisait apparaître comme faits l'un pour l'autre. A mon réveil, j'avais eu l'impression que cela s'était un peu éteint et les explications de ma meilleure amie avaient confirmé mon impression. Mais là, Edward prit Liz contre lui et elle déposa un baiser sur sa joue avant de nous regarder Livy et moi. Je lui souris et vérifiai qu'elle semblait vraiment plus heureuse qu'un peu plus tôt. J'étais contente de voir qu'ils avaient apparemment mis les choses à plat. Ou du moins en partie. Je l'espérais vraiment pour eux deux.
Mon père toussota dans son coin de la chambre et je réalisai combien la tension était palpable dans la pièce.
Ma fille quant à elle dormait dans mes bras. Je l'observai, son poing dans la bouche. Elle semblait si calme. Si insouciante.
Je pris une profonde inspiration pour prendre mon courage à deux mains.
_Est-ce que vous me laisseriez seule avec Liz, s'il-vous-plait ? Murmurai-je pour ne pas la réveiller.
_Ah bon ? Demanda ma mère, pas vraiment d'accord.
_Oui.
Je ne dis rien de plus même si je lisais dans son regard qu'elle voulait en savoir plus.
Elle soupira et sortit en faisant claquer fort ses talons sur le sol signe qu'elle comptait me le faire payer.
Je soupirai mais laissai faire.
_Qu'y a-t-il ? Interrogea ma meilleure amie lorsque nous fûmes seules.
Elle s'assit sur la chaise à côté de moi et attendit que je sois prête.
Elle paraissait parfois bien plus mature que moi…Plus posée aussi.
_Je vais mourir.
Je ne savais pas comment débuter alors autant ne pas tourner autour du pot.
_Non.
Elle fut catégorique et je pouvais comprendre. Je levai les yeux vers elle et attendis un instant.
_Mon cœur est à moitié mort. Mes reins fonctionnent par miracle et je tousse du sang parce que mes poumons s'en remplissent petit à petit. Et tu penses vraiment que je ne vais pas mourir ?
_Il doit y avoir une autre solution.
Je la regardais, éberluée. Pensait-elle me convaincre de la rejoindre dans sa nouvelle vie ?
_Non, Liz. Tu ne peux pas me demander ça. Je…Il n'en a jamais été question.
_Bien sûr, mais…April, ne me demande pas non plus de te laisser mourir alors…Alors qu'il peut y avoir une autre vie pour toi. Pense à Livy.
Elle était désespérée. Et malgré sa nouvelle forme, je le voyais. J'étais contente qu'elle soit restée celle que je connaissais en dépit de sa transformation.
_Justement. C'est pour ça que je voulais te parler. Je…Je pris une inspiration et poursuivis. Je veux que tu l'emmènes. Adoptez-la. Edward et toi serez les parents dont elle a besoin.
_Mais…Et tes parents ? Ce sont ses ascendants directs…
_Ils sont trop vieux et ils pourriraient la vision qu'elle aura de son père. C'était un homme tendre et aimant. Il aurait tout donné pour elle et moi. Je ne peux pas la laisser vivre dans cette atmosphère. Toi, je sais que tu bonifieras celle que je suis et pour moi tu respecteras la mémoire de son père.
Je fis mouche et elle le savait même si elle semblait totalement tétanisée.
_Je…April…
J'ouvris les bras et elle vint faire un câlin comme on en avait l'habitude lorsque nous étions jeunes.
_Je t'aime April. Je veillerai sur elle comme à la prunelle de mes yeux. Promit-elle.
_Liz. Je te demanderai juste…
Mais elle savait déjà.
_Je ne lui imposerai jamais la transformation. Et je ferai tout pour qu'elle ne le fasse pas. Je connais ta vision des choses là-dessus. Mais…Si elle est aussi têtue que toi et qu'elle en a décidé autrement…
_C'est ça, oui ! Remets tout sur son dos tant qu'elle ne peut pas se défendre ! La taquinai-je.
Nous rîmes un instant puis Livy se réveilla.
_Que vas-tu dire à tes parents ?
_La vérité. Je ne veux pas qu'ils l'élèvent.
Elle hocha de la tête et l'affaire était réglée.
Nous pouvions attendre patiemment que mon corps lâche.
Quelques jours après que j'ai annoncé la nouvelle de l'adoption de ma fille par ma meilleure amie furent tendus. Mes parents, comme prévu, furent bouleversés et encore plus distants envers Liz qu'auparavant. Mais elle fit face.
Une autre raison pour laquelle je l'avais choisie pour veiller sur ma fille après ma mort était que je savais qu'elle me laisserait mon rôle de mère jusqu'au bout. Au contraire de ma mère qui me l'aurait enlevée dès qu'elle l'aurait pu.
Je profitai ainsi de ma fille jusqu'au moment où je ne pus plus reprendre ma respiration après une violente quinte de toux. Mes reins me faisaient souffrir depuis quelques jours et les mouvements brusques dus à la toux ne m'aidaient pas.
Les infirmières et médecins se pressèrent dans ma chambre pour m'apaiser lorsque Liz les appela, en panique. Elle fut même sortie de la pièce sans ménagement alors qu'elle interrogeait et m'interpellait.
Je sentis qu'on me retirait mes oreillers lorsque la quinte se calma. Je retombai lourdement sur mon lit et fixai le plafond un instant. J'écoutai les bruits autour de moi. Etait-ce le moment ?
On plaça quelque chose sur mon visage.
_C'est pour vous aider à respirer. Me dit-on.
Mais alors pourquoi n'en sentis-je pas les effets ? Pourquoi cherchai-je ma respiration ?
Dans ma poitrine, au fur et à mesure que je cherchais, mon cœur s'emballait.
Je n'arrivais plus à respirer.
Je fermai les yeux pour ne plus voir l'agitation autour de moi.
Mes membres furent soulevés, piqués, reposés. Ils semblaient peser des tonnes alors que les fourmillements s'y répandaient.
Je me souvins d'un commentaire d'un professeur de sport un jour alors que je me plaignais d'avoir des fourmis dans les jambes. Il avait dit que c'était parce que j'avais une mauvaise irrigation des membres.
Mon sang parvenait donc difficilement aux bouts de mes doigts et orteils. Et c'était totalement désagréable.
_On la perd !
_Amenez le défibrillateur !
_Elle va nous lâcher !
Différentes phrases me parvinrent alors que je sentais mon corps s'affaiblir. Je respirais à peine et avec souffrance. Les aiguilles des cathéters et autres dans mes bras me faisaient atrocement mal mais je n'avais plus la force de les ôter.
Je n'avais plus la force de rien.
J'ouvris la bouche. J'avais quelque chose à dire…mais quoi ?
Ca n'avait plus d'importance. J'avais tout fait. Livy aurait des photos et une lettre à lire lorsqu'elle s'en sentirait prête. En attendant, ma meilleure amie veillerait sur elle. Je savais que ma fille aurait la meilleure vie possible sans moi.
Je n'avais plus qu'à accepter. Plus je lutterais, plus j'aurais mal.
Je me rendis compte que je n'avais même pas pris d'air en ouvrant la bouche.
Je crus plisser fort les paupières. C'était la fin.
Je me laissai glisser. C'était comme si je tombais sur un sol mou. Je parvins à ne plus ressentir la douleur de l'asphyxie.
Tout avait relâché ses efforts.
C'était la paix dans mon corps.
L'épilogue tout de suite...
