CHAPITRE 2 - L'ANTIDOTE
Severus fixait la jeune fille sans expression mais il était intérieurement agité. Il ne parvenait pas à comprendre le lien entre la description du petit déjeuner de la Griffondor et les oreilles de chat. Il n'y avait absolument aucune logique. Pourtant, elle le lui avait certainement expliqué mais à tout ce qu'il semblait, son cerveau noyé de Whisky Pur Feu s'était perdu dans des pensées à l'odeur de fraise et de jus. Il se concentra.
Donc, jus de citrouille et toast. Non, les toasts ne rentrent pas dans l'équation. Donc, le jus. Elle le boit lentement, à petites gorgées, pendant qu'elle révise ses leçons. Non, ce n'est pas le propos. Jus de citrouille, potion... Parkinson. Je crois que j'ai entendu ce nom. Parkinson et potion. Blague. Tout est clair, Parkinson a voulu faire une blague avec une potion dans le jus de citrouille !
Granger, sûrement mal à l'aise à cause du silence du professeur, recommença à parler
« J'ai... j'ai essayé toute la journée tous les contre-sorts auxquels je suis parvenue à penser... J'ai demandé à Harry de vérifier dans les livres de la bibliothèque mais il n'a rien trouvé. Alors, je suis allée voir Mme Pomfresh mais elle non plus n'a pas pu m'aider. Et donc... ben, me voici »
Elle continuait de se tordre les mains, ses oreilles de chats, miroir de ses émotions, étaient baissées. Severus haussa les épaules.
« J'imagine qu'il n'est pas possible de récupérer un peu de ce jus que vous avez bu ce matin... »
Inutile de le dire, le visage de la petite Je-Sais-Tout s'illumina et elle commença à fouiller dans un gros sac posé à terre. Elle en sortit une petite fiole contenant quelques gouttes d'un liquide orange plutôt dense. Severus le prit délicatement dans sa main, l'étudiant pensivement :
« Miss Granger, vous conservez toujours un échantillon de ce que vous mangez ou buvez ? Vous craignez de finir empoisonnées ? Je ne pense pas que vous soyez aussi importante »
Du coin de l'œil, il la vit rougir violemment pendant qu'elle bredouillait à propos d'un goût étrange qu'elle avait senti en le buvant. Elle reçut un regard de désapprobation. Quelle idiote ! Continuer à boire le jus de citrouille alors qu'elle avait senti que quelque chose n'allait pas. Peut-être était-elle trop concentrée sur son gros livre d'Arithmancie pour s'en rendre compte.
Et comment pouvait-il savoir que ce matin elle étudiait l'Arithmancie ? Peut-être parce que lorsqu'elle est concentrée sur ces calculs, elle fronce toujours les sourcils de la même manière ...
Severus Snape se renfrogna. Mais qu'est-ce qui lui arrivait ? Il se fit la promesse que plus jamais, pour aucune raison au monde, il ne toucherait de nouveau à cette mixture diabolique qu'est le Whisky Pur Feu. A moins de se lamenter seul. Il décida de se concentrer sur le problème de la potion pour se libérer le plus vite possible de Granger.
« Asseyez-vous » lui dit-il, en indiquant vaguement un fauteuil vert dans l'angle.
Sur le visage de la Griffondor apparut une expression un peu déconcertée. Elle regarda le fauteuil et de nouveau le professeur, mais celui-ci avait disparu derrière une petite porte qui donnait dans sa réserve. Quand il revint, il lui jeta un coup d'œil et il lui échappa une espèce de grognement quand il la vit accroupie sur le fauteuil plutôt qu'assise comme il s'y était attendu. Son regard la transperça, et elle murmura avec un demi-sourire, rougissant d'embarras
« La queue. Je ne peux pas m'asseoir sans l'écraser. »
Severus se retourna et se dirigea vers sa paillasse. Si la Griffondor avait vu son expression, elle aurait été choquée pour le reste de sa vie. Severus Snape - le meilleur potioniste du Royaume-Uni, le grand connaisseur de la Défense contre les Forces du Mal, celui qui avait sauvé Albus Percival etcetera Dumbledore de la mort au prix de sa propre vie en trahissant le Lord Noir - avait capitulé devant une gamine idiote qui avait réussi à se faire transformer à moitié en chat et se lamentait de ne pas pouvoir s'asseoir. En mots simples, il avait envie de rire. LUI !
Il se reprit de suite, en cherchant à analyser la substance qui se trouvait dans la fiole.
« Réagit à la pierre de lune... »
Il devrait écrire au Ministère pour faire déclarer hors la loi ce stupide alcool
« Odeur légèrement acidulée, probablement due aux feuilles d'étoile de mer »
Ou mieux, il devrait écrire au Ministère en demandant de déclarer hors la loi TOUS les alcools
« ... On relève des traces d'herbe à chat... »
Penser en grand : une loi qui aurait fait fermer tous les pubs du Royaume Uni, au prix d'une révolte de la part des irlandais
« ... Couleur légèrement altérée, tendant plus vers le rouge fauve que l'orange... »
Cette gamine ne levait donc jamais les yeux de son livre ? Comment pouvait-elle ne pas s'être aperçue de la couleur ?
« ... Arrière-goût de miel... »
Non, quelquefois elle les lève ses yeux. Ils ont la couleur du miel d'acacia
« ... Consistance plutôt dense... »
Du miel d'acacia regardé au soleil. Avec des milliers de reflets ambrés.
« En ajoutant de la poudre de corne de Troll le jus de citrouille s'évapore. Il reste au fons un poil de chat-garou »
Severus se retourna triomphant. Il connaissait l'antidote. Son cœur manqua un battement. La Griffondor s'était endormie, probablement épuisée après avoir passé la journée entière à essayer de s'en sortir. Severus continua de la regarder et se rendit compte qu'en effet ce n'était plus une gamine. Il se la rappelait lorsqu'elle était arrivée ici en première année. Elle était la seule d'entre tous ces enfants qui savait à quoi s'attendre. C'est pour cela qu'il s'en rappelait. Parmi tous les regards égarés et émerveillés, celui de la jeune Née-Moldue était l'unique qui transmettait de la satisfaction, comme si ses attentes avaient été confirmées. Ça lui avait rappelé comment il s'était lui-même senti quand il était arrivé pour la première fois à Poudlard, heureusement conscient de ce qui l'attendait. Mais maintenant Hermione avait grandi et, malgré les aspects félins auxquels elle semblait abonnée, il devait admettre qu'elle avait vraiment bien grandi.
