CHAPITRE 3 – INSOMNIE ET CONSIDERATIONS

Severus, appuyé sur le bureau, regarda la forme blottie sur le fauteuil, en serrant les bords avec tant de force que ses phalanges blanchirent. Malfoy et Granger. Granger et Malfoy. Cette seule idée le répugnait. Diable d'Albus. Lui et ses idées grotesques. Il soupira en passant sa main dans ses cheveux de jais. Il sortit sa baguette et, d'un mouvement fluide du poignet, il murmura « Levicorpus ». La petite Griffondor endormie fut doucement soulevée du fauteuil et il la fit léviter jusqu'au canapé, la déposant avec précaution sur la douce étoffe verte. Severus récupéra le manteau de la jeune fille et l'en couvrit, faisant attention de ne pas la réveiller. Puis, il avança la table basse qui était dans l'angle de la pièce et la positionna à côté de la tête de la jeune fille. Il posa dessus l'antidote et retourna au bureau. Il écrit deux lignes hâtives sur un bout de parchemin, le posa contre la fiole et, sans un autre regard, alla se terrer dans sa chambre.

Une fois en sécurité, il commença à se déshabiller. Il plia avec soin ses habits et les déposa sur la chaise devant la fenêtre. Puis il se glissa dans son lit et attendit que le sommeil le cueille. Mais celui-ci n'avait aucune intention d'arriver. Severus se tourna et se retourna dans le lit pendant une bonne demi-heure quand il décida d'abandonner tout espoir. Énervé contre lui-même, il jeta les couvertures, enfila sa robe de chambre avec des gestes nerveux et descendit dans le laboratoire à la recherche d'une potion de sommeil. Faisant attention à ne pas faire de bruit, il s'introduisit dans la réserve, où, avec déception, il se rendit compte qu'il n'avait plus de potion. Il rassembla avec rage les ingrédients pour en préparer une et commença à travailler en silence. De temps à autre, il levait les yeux vers le canapé. Hermione n'avait pas beaucoup bougé durant son sommeil. Elle avait seulement allongé une jambe qui maintenant dépassait du manteau. Une longue jambe. Une longue et belle jambe. Renfrogné par cette observation, il se reconcentra sur sa potion, mais après quelques instants, son regard était revenu vers la canapé.

« Oh, allons ! Ce n'est pas une grande beauté au fond, avec ces oreilles ridicules ! » se dit-il à lui-même, toujours plus irrité.

Oh ! S'il avait pu maltraiter un étudiant pour évacuer sa frustration ! Un rictus apparu sur le visage pâle de l'enseignant de potions le plus craint de l'histoire de Poudlard. Il était bon à ça. Il savait exactement comment terroriser ses élèves. Surtout les premières et septièmes années.

Avec les premiers, c'était facile. Ils étaient si petits ! Il suffisait d'un rien pour les faire fondre en larmes.

Avec les dernières années, c'était une autre paire de manches. Il aimait les rendre nerveux. Il savait parfaitement que réussir leurs examens de fin d'année dans sa matière était indispensable pour les carrières qu'ils avaient choisi. Il prenait plaisir à les mettre dans l'embarras. Naturellement il savait que les sept étudiants de septième année qui suivaient son cours étaient plutôt bons - il n'aurait jamais perdu son temps avec qui n'en était pas digne. Pourtant il s'en amusait de la même façon. Il n'avait pourtant jamais renvoyé un seul élève de dernière année, mais les étudiants semblaient ne pas s'en apercevoir et il pouvait continuer son règne de terreur. Le rictus s'élargit alors qu'il pensait à la leçon d'il y a deux jours. Zabini avait oublié de tourner une fois dans le sens horaire la potion Veritaserum avant d'ajouter la racine d'aconit et il avait reçu une série de commentaires caustiques sur son intelligence douteuse, qu'il avait tant serré les dents pour ne pas répondre que l'on avait entendu ses dents crisser. Absolument sublime. Il n'avait rien contre Zabini, au fond c'était un étudiant de sa Maison, mais certaines fois son attitude si hautaine l'agaçait. Et puis il avait volontairement renversé sur Granger du jus de haricots soporifiques, en lui tachant irréversiblement l'uniforme. Severus se bloqua alors qu'il taillait les brins de lavande. Il avait mis Zabini dans l'embarras, pourquoi avait-il fait une méchanceté à Granger ? Non, ce n'était absolument pas possible. Simplement, il ne tolérait pas que dans sa classe les étudiants pensent à autre chose qui ne soit pas ses chères potions.

Pourtant, lui, il y pensait à autre chose.

Et cet « autre chose » venait juste de murmurer dans son sommeil. Severus se raidit. Mais que diable se passait-il ? Maintenant l'excuse du Whisky Pur Feu ne tenait plus. Il s'était passé des heures depuis qu'il avait bu ces deux verres qu'Aberforth lui avait servi et l'effet était réduit. Non vraiment, ce ne pouvait pas être ça. Mais alors, quoi ? Il baissa le regard, les sourcils froncés. Mais certainement, la potion ... Il était simplement fatigué. Ça avait été une longue journée et il avait vraiment besoin d'une bonne nuit de sommeil. Il ajouta le dernier ingrédient et se résolut à attendre. Il fallait encore quarante minutes pour que la potion soit prête et il ne pouvait pas s'éloigner du laboratoire, vu qu'il y avait toujours un risque pour que le chaudron explose. Il aurait été ennuyeux de devoir tout recommencer dans ce cas.

Il s'assit au bureau près du comptoir du laboratoire et décida de corriger quelques devoirs qu'il avait donné à des secondes années. Le premier était d'un certain Kevin Craven. Il tenta mettre un visage sur le nom, mais lorsqu'il vit que le parchemin portait le symbole de Poufsouffle il décida que ce n'était pas important. C'était surement un des habituels placides que cette Maison fournissait en continu. Il ricana. Les Poufsouffle n'étaient pas aussi intelligents que les Serdaigle, ils n'étaient pas aussi astucieux que les Serpentard et pas aussi courageux - et là le professeur renifla de dédain - que les Griffondor. Griffondor. Le regard se déplaça du devoir de l'inconnu - et destiné à le rester - Kevin à la Griffondor sur son canapé.

Mais pourquoi ne l'avait-il pas réveillée brusquement et mise à la porte avec sa potion ? La panique le traversa. Et si … mais cela ne pouvait être. Il ne pouvait pas s'être ramolli à ce point ! Il chassa rapidement cette pensée et réprima sa panique en retrouvant son habituel et confortable masque de froideur. Il décida qu'il pouvait encore maudire l'alcool pour ce geste malheureux. Il était effectivement un peu embrumé lorsque cette épuisante gamine s'était présentée devant lui. Rien de plus. Il chercha à retourner à la dissertation mais la jeune fille se retourna sans son sommeil et le manteau glissa du canapé. Par la barbe de Merlin ! Cette gamine ne savait même pas dormir de façon appropriée ! et encore moins s'habiller. Elle avait la cravate tordue, le cardigan froissé et la jupe … Mon Dieu ! Severus réprima un gémissement de désapprobation. La jupe de Granger était enroulée sur un côté, montrant ainsi quelques centimètres de peau, bien plus que ce que Severus avait l'intention de voir. Maintenant, toute la longe jambe bien faite de la jeune fille était exposée. Il se leva d'un bon, couru récupérer le manteau et le lui jeta sans aucune douceur. La jeune fille protesta faiblement, encore immergée dans le sommeil, fronçant les sourcils dans une drôle de moue contrariée. Puis avec un geste du bras, se libéra de nouveau du manteau qui retourna s'affaisser par terre.

Severus se rendit compte qu'il faisait très chaud dans cette pièce. C'était le mois de septembre, un septembre inhabituellement chaud pour le climat écossais et la potion qui bouillonnait dans le chaudron rendait l'atmosphère humide. Et cette insupportable gamine portait un cardigan. Un cardigan ! pouvait-on être plus idiot ? personne ne portait l'uniforme complet avec cette chaleur ! Mais c'était la Miss parfaite Préfète-En-Chef et il semblait presque que ce soit sa croisade de faire porter les uniformes de manière appropriée. Bien sûr, si elle s'était vue en ce moment, elle aurait été couverte de honte à l'instant. Severus ricana à cette pensée. Puis il se rendit compte qu'il ne pouvait pas être dans la même pièce qu'elle dans ces conditions, lui-même habillé en tout et pour tout d'une longue robe de chambre en soie. Si elle s'était réveillée il aurait assisté à une scène d'hystérie qui honnêtement n'avait pas lieu d'être, mais il se contraignit à admettre que la situation était un tantinet ambiguë. Surtout avec la potion de sommeil sans rêve dans le chaudron. Cela semblait une chose très inconvenante. Il fit apparaître de nulle part une espèce de tenture autour du canapé, après quoi il appliqua à l'intérieur un charme de refroidissement et retourna en soupirant à sa potion. Il aurait pu y penser avant. La clepsydre indiquait qu'il restait encore vingt minutes d'ici la fin de la préparation, il retourna donc à ses dissertations. Il trouva qu'il lui était beaucoup plus simple de se concentrer sans constamment avoir sous les yeux la fille-chat. Une demi-heure plus tard, il était enfin dans son lit, immergé dans un sommeil sans rêves.