Chapitre 16
Un rayon de soleil me réveille. Mais je ne me trouve pas au bon endroit. Je suis dans une pièce avec une seule petite ouverture par laquelle la lumière filtre. De plus, mes mains sont attachées au-dessus de ma tête par une corde pendues à un crochet.
J'essaie de faire fonctionner ma mémoire pour savoir comment j'ai pu me retrouver ici. Et en bougeant ma tête, j'ai légèrement mal au cou. Je sais ! Je me suis réveillée cette nuit à cause d'une piqûre. On m'a injecté un somnifère ? Mais pourquoi ? La réponse est sans doute dans « Tes heures sont primaires ». Et ce n'est pas une bonne nouvelle.
Une porte grince derrière moi. Un homme de la quarantaine se place alors devant moi, la mine satisfaite. Il a une barbe de plusieurs jours ainsi que de nombreuses cicatrices sur le visage et les bras.
-Bonjour Malloa.
-Je ne m'appelle pas comme ça.
Mais intérieurement, je me demande comment cet homme pourrait connaître le prénom que l'on m'a donné à ma naissance.
-Si et tu le sais très bien. Et je le connais car c'est moi qui l'ai inscrit sur un papier avant de te confier à cet orphelinat, il y a de ça 17 ans et six semaines. Car tu n'es pas née le 23 mais le 2 novembre.
-Qui êtes-vous ?
-Je m'appelle Joshua.
-Qu'est-ce que vous voulez ?
-Je vois que tu as le caractère de ta mère. Et ce que je veux, c'est toi.
Moi ? Que pourrais-je lui apporter et comment connaît-il ma mère ? Trop de questions se bousculent dans ma tête.
-Tu as tellement grandi depuis la dernière fois que je t'ai vu. À cette époque, je pouvais facilement te porter dans mes bras. D'ailleurs, je crois que j'ai fait une erreur en te confiant à cet orphelinat, surtout quand on voit tes fréquentations actuelles.
-Pourquoi m'avez-vous emmené ici ?
-Mais pour te parler, ça me paraît évident. Aurais-tu accepté de me parler autrement ?
-Peut-être. Alors que maintenant, je n'ai pas très envie.
-Tu changeras vite d'avis.
-D'accord. Alors parlons de ma mère. Vous la connaissez ?
-Oui mais hélas, elle est décédée, quelques jours après ta naissance... Je connaissais également ton père. Mort dans les mêmes circonstances que ta mère.
Il fait durer le silence, comme perdu dans ses souvenirs. Je n'ose briser le silence, de peur de connaître la suite. Il s'en charge lui-même quelques instants plus tard.
-Ta mère était une femme bien, pleine de rêves. Elle est tombée amoureuse de ton père quand nous étions au lycée. Sophia et Karl. Mes meilleurs amis. Nous formions un trio de chasseurs redoutable, tu sais. Du moins jusqu'à ce qu'une bande d'alphas nous mette en pièces.
-Deucalion.
-Tu le connais ?
-J'en ai juste entendu parler.
-Un jour, Karl est allé dans leur repère en pensant qu'il pourrait les surprendre et éliminer Deucalion seul. N'ayant pas de nouvelle, Sophia s'est précipitée à sa recherche. Ils ont subi le même sort.
-Et vous ?
-Moi ? J'étais trop intelligent pour les suivre. Je savais très bien que Karl faisait ça pour impressionner ta mère. Mais je ne pensais pas qu'il irait au bout. Et je me suis retrouvée avec un bébé sur les bras. Que pouvais-je faire de toi ? Te garder ? Trop dangereux. Alors je t'ai laissé aux soins d'autres personnes. Ensuite, j'ai rassemblé toutes mes économies pour m'acheter des armes. Je me suis construit une réputation seul, d'autres ont ensuite rejoint ma cause.
-Votre cause ?
-Éliminer toutes traces surnaturelles de la surface de la Terre pour enfin retrouver notre équilibre.
-Vraiment ? Notre équilibre ? Les créatures surnaturelles ne représentent aucun danger pour les autres.
-Tu en es sûre ? Tu connais pas le monde tel que je le connais. Tu penses vraiment que les Wendigos sont de gentils petits cannibales inoffensifs ? Tu crois que les loups-garou sont gentils et pleins de bonne volonté ? Tu te trompes.
-Alors vous êtes venus ici pour assouvir votre soif de sang ?
-Non. Comme je te l'ai dit, je suis revenu pour toi. Il y a quelques temps, j'ai entendu dire que la famille Argent avait eu quelques problèmes dans une petite ville du nom de Beacon Hills. J'ai immédiatement pensé à toi et je me suis dis que c'était peut-être le bon moment pour faire les présentations.
-Voilà c'est fait. Et maintenant ?
-J'aimerais savoir comment tu vis le fait d'être une Furie ?
-...
-Tu ne réponds pas ?
-Comment vous le savez ?
-Tout simplement parce que tu tiens cela de ta mère, une Furie très douée et puissante, qui savait quel camp est le bon.
-Il ne l'était pas tellement puisqu'elle en est morte.
-Oh ! Bonne remarque. Mais dis-moi. Tu penses réellement que ton cher Scott ne serait pas capable de t'éliminer si jamais tu représentais une menace pour sa meute ?
-Il n'est pas comme ça. Il cherche toujours des solutions en premier. C'est d'ailleurs ce qu'il a fait pour moi.
-Vraiment ? Et où en êtes -vous ?
-...
-Toujours rien ? C'est normal. Les loups et les Furies ne sont pas faits pour s'entendre. À la pleine lune, tu ferais mieux d'être loin d'eux.
-Et alors ? Je ne suis pas une menace.
-Ça, c'est ce que tu espères ne pas être pour eux, n'est-ce pas ? Je suis au courant de tes exploits chez ce cher Deaton.
Il a réussi à trouver mon point faible car, en effet, je n'ai pas su gérer ma colère et je m'en suis prise à Liam violemment. Mais je ne le laisserai pas gagner sur ce terrain.
-Qu'est-ce que vous voulez vraiment de moi ?
-Que tu rejoignes ta vraie famille, Malloa.
-Je m'appelle Auntinia.
-Non et tu le sais.
Sur ses paroles énigmatiques et déroutantes, il me laisse seule au milieu de cette pièce sinistre. Il m'a semblé sincère, je pense qu'il m'a dit la vérité sur mes parents. Seulement, je ne veux pas trahir Scott et mes amis, surtout pas Liam. Mon cœur se serre en pensant à lui. Il est sûrement en train de s'inquiéter pour moi.
Toute la journée, je ressasse mes idées noires. J'espère que la porte derrière moi va s'ouvrir sur mes amis, mais elle reste désespérément fermée. Je finis par perdre espoir, la faim me gagne et je commence à avoir mal aux bras et aux poignets à force de rester dans cette position. Je craque et me mets à pleurer.
