Chapitre 20
Auntinia est conduite dans une chambre de l'hôpital et est en observation constante. On guette le moindre signe d'amélioration mais elle ne semble pas décider à en donner. Ses récents examens montrent que les hématomes réduisent au fil des heures. Il reste cependant encore plusieurs côtes à soigner ainsi qu'un poignet.
Elle porte également une minerve pour éviter que les points de suture ne s'enlèvent. D'après Mélissa, elle aura sûrement la voix qui siffle pendant quelques temps. Du moins quand elle sera en état de parler.
Mais ce jour finit par arriver un matin d'hiver.
C'est le noir complet autour de moi. Je ne sais pas où je suis. Je ne suis pas sûre de qui je suis ? Malloa ou Auntinia ? Tout ce que je sais, c'est que mon corps n'est plus qu'une blessure ouverte, il n'est que douleur et souffrance.
Je ne perçoit aucun bruit. Le néant. Pourtant il y a une lumière en face de moi. J'essaie de l'atteindre mais elle est trop loin. J'essaie de tendre les mains mais j'ai mal alors j'ouvre les yeux. Je suis alors éblouie par des néons. On dirait un hôpital. Des silhouettes se penchent au-dessus de moi. Je ferme alors mes yeux pour retourner dans la quiétude du noir. Mais des voix me sortent de ma torpeur.
-Elle s'est réveillée !
-Tu es sûr ?
-Oui !
Une main froide se pose sur mon front. J'ouvre mes paupières pour voir à qui elle appartient. Une infirmière aux longs cheveux bruns. Elle m'est familière.
-Auntinia, tu m'entends ?
Je veux lui répondre mais mes lèvres restent désespérément closes. En essayant d'émettre un son, une douleur aiguë se ranime au niveau de mon cou et les appareils autour de moi s'affolent.
-Ssh... tout va bien.
Elle injecte un produit dans ma perfusion et je sombre de nouveau.
Deux heures plus tard, je reprends connaissance et essaie de reprendre contact avec le monde extérieur. J'ouvre donc les yeux et Liam est là, il me regarde, sourcils froncés. De l'autre côté du lit, la même femme que tout à l'heure.
-Bienvenue parmi nous.
-Je...
-Ne parle pas, tu vas fatiguer ta voix.
Je suis donc son conseil. Petit à petit, les souvenirs me reviennent. Un grand hall, un couteau, du sang, des hurlements. Beaucoup d'agitations. Ça y est, je me souviens de tout ! La détresse doit se lire dans mes yeux car ils tentent de me rassurer.
-Tout va bien. Tu ne risques plus rien maintenant.
-Je... je suis... désolée...
-De quoi ? Ce n'était pas de ta faute.
-Si... J'au... j'aurais pu empêcher... ça... Je... suis égoïste...
Liam pose son index sur mes lèvres pour que je cesse de parler.
-Tu avais tes raisons et maintenant, tout le monde va bien. À part toi, si ça peut te consoler.
J'arrive enfin à faire une grimace qui ressemble à un sourire. Ils semblent soulagés.
-Tu as mal quelque part ? demande Mélissa, que je reconnais enfin.
-P... partout.
-Je vais augmenter les doses d'anti-douleur et ça ira mieux, tu verras. Repose-toi encore.
Elle sort pour aller chercher son matériel, me laissant ainsi seule avec Liam.
-Je suis tellement content que tu sois en vie. Tu ne peux pas imaginer le sang d'encre qu'on s'est fait pour toi.
-Je suis... là.
-Oui.
Il confirme sa phrase par un doux baiser sur le haut de ma tête, un des seuls endroits où je n'ai pas mal. Les larmes me montent aux yeux de nouveau.
-Je t'ai fait... fait du mal...
-Ça n'a plus d'importance parce que je comprends pourquoi tu l'as fait.
Mélissa revient avant que je puisse répondre.
-Je croyais t'avoir dit de te reposer. Liam, je te fais sortir si tu l'en empêche.
-Il faut que je prévienne les autres de toute manière.
Le lendemain matin, j'entends les oiseaux chanter dehors. Cela me pousse à me réveiller. Je suis seule dans la chambre, bien que quelques minutes plus tard, Mélissa entre pour faire mes soins.
-Comment ça va aujourd'hui ?
-J'ai encore mal...
-C'est normal malheureusement. Bon, voyons voir ton cou.
Délicatement, elle enlève la minerve qui soutient ma tête vérifie les points de suture avant de mettre un nouveau pansement.
-Tout a l'air en ordre. Tu auras une cicatrice longtemps je pense mais bon, au moins tu es en vie.
-Je serais Frankenstein.
-Exactement ! Rigole-t-elle.
Ensuite, elle examine mes contusions. On voit de plus en plus la couleur de ma peau mais mes côtes sont encore fragiles. L'attelle au poignet me semble dérisoire au vu du craquement que j'ai entendu et de ma douleur.
-Gwendoline passera dans la journée après les cours. Ses parents ont signé les papiers, il ne manque plus que ta signature.
-Je ne sais plus quoi faire...
-Que veux-tu dire ?
-Avant je ne connaissais pas mes parents alors que maintenant j'en ai appris plus sur eux. Peut-être qu'il me reste de la famille en vie.
-Tu voudrais les retrouver ?
-Peut-être, je ne sais pas.
-Tu es au courant que si l'on découvre ta famille, légalement tu ne devras vivre avec eux je ne sais où. Tu partiras de Beacon Hills.
-Je n'avais pas vu les choses comme ça.
-Tu veux partir ? demande la voix de Liam à la porte de la chambre.
Il a entendu notre conversation.
-Non. Je veux juste savoir d'où je viens...
-On a vu où ça t'a amené.
-Joshua n'était pas de ma famille. Je veux en savoir plus sur mes parents. J'ai toujours cru qu'ils m'avaient abandonné parce qu'ils n'étaient pas capables de m'élever. Et là, j'apprends qu'ils sont morts avant d'avoir pu essayé. J'aurais dû grandir avec eux...
-Mais les choses ont été autrement, ajoute Mélissa. Et tu es devenue Auntinia, notre Auntinia. Tu nous manquerais si tu partais un jour.
Je ne répond pas. Elle a raison, je n'ai pas le droit de les abandonner sur de simples suppositions.
